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"Pasta Vodka", fruit de la collaboration entre un père et son fils passionnés de littérature, illustre un moment précieux de partage et les perspectives uniques de deux générations. Avec plus de 30 nouvelles, réelles ou imaginées, centrées sur l'amour, chaque histoire est racontée avec un langage direct et réaliste, reflétant les expériences et les différences de chaque auteur.
A PROPOS DES AUTEURS
Jean-Jacques Astruc a consacré la majeure partie de son temps à la musique. C'est son expérience dans l'écriture de chansons qui l'a progressivement conduit vers le monde de la littérature. À présent conférencier, il partage les vies et les œuvres d'artistes emblématiques qui ont profondément influencé notre imaginaire. Après ses études en hôtellerie,
Dylan Astruc explore le monde lors d'un voyage solitaire de plus de 2 ans à travers 40 pays. De retour à Paris, il se lance dans une carrière de trader en énergie, un domaine exigeant nécessitant un engagement personnel important. Cette phase intense le pousse à chercher une échappatoire à travers un projet d'écriture sur l'amour, qu'il entreprend en collaboration avec son père.
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Seitenzahl: 107
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Jean-Jacques Astruc & Dylan Astruc
Pasta Vodka
Nouvelles
© Lys Bleu Éditions – Jean-Jacques Astruc et Dylan Astruc
ISBN : 979-10-422-2724-1
Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
J’espère qu’un jour les femmes auront la nostalgie des hommes.
Alain Finkielkraut
À Versailles, Lolita était ma p’tite amie… Deux ans de différence la rendaient cependant plus mature, et cette différence face à des garçons plus avertis comme Mike jouait en ma défaveur.
Mike, lui, se posait pas tant de questions et prenait les filles pour ce qu’elles étaient… Lui avait troqué son blouson de cuir contre une veste de treillis, et renié la gomina, pour des cheveux longs dans le vent. Il était chanteur Mike, et pour toutes les rêveuses des alentours, toutes celles qui espéraient un coin de ciel plus bleu, sortir avec lui était une promotion non négligeable.
Lolita était de celles-là, et le dimanche après-midi quand Mike chantait à la Loco ou au Bus Palladium à Paris, elle était là, Lolita, devant la scène, à le bouffer des yeux. Sa résistance fut donc faible, quand Mike dans sa grandeur daigna lui offrir un banana split au Gogo’s Pigalle.
Je les avais déjà surpris en pleine action sur un lit de fortune dans les loges. Une porte mal fermée. Le lendemain, ma douleur au fond des poches, j’avais décidé d’attendre Lolita à la sortie du lycée. J’voulais qu’elle s’explique. Pour toutes excuses, elle me servit un truc du genre : « Je suis très occupée en ce moment ! »
J’avais alors tenté de l’embrasser comme pour combler le vide de sa réponse. Elle se laissa faire. « Attends ! qu’elle lâcha juste après. Ne crois pas que c’est gagné. J’vais pas coucher avec toi, comme ça. J’te l’ai déjà dit. T’es trop bien pour moi ! Et puis, Mike et tous les autres ne comptent pas non plus. Ne te fais pas trop d’idées… » À ces mots, elle m’embrassa encore avec la langue, et s’envola.
Que penser ? En pleine crise d’acné, j’affrontais toute une palette de sentiments que je maîtrisais mal, et mon adolescence en bandoulière, grise comme une maladie honteuse, traînait son désarroi sur les trottoirs de Versailles.
Quelques jours plus tard, en fin d’après-midi, alors qu’un orage se préparait, plongeant le petit peuple dans une effervescence de fourmilière, rue de la Paroisse, je la surpris s’engouffrer dans la Mercédès de mon père.
Mon père avec des jeunes filles ! Une longue histoire qui ne m’étonnait plus, mais sonné de découvrir Lolita avec lui, je me réfugiai dans l’embrasure d’une porte cochère pour reprendre mon souffle.
« Viens ! Viens, Lolita ! que j’voulus crier. Je connais des îles au trésor… » Pétrifié, je ne dis rien, et dans un rictus amusé, s’afficha alors la vieille peau de mon père sur le corps rebondi de Lolita. Comment c’était possible ?
Jamais on n’envisage sa maîtresse d’école se donnant du plaisir sous son bureau, ni ses parents faire l’amour… encore moins son père baiser sa p’tite amie. La Mercédès démarra sous l’orage.
Pas banal d’avoir son père comme rival amoureux. Le pire, c’était de le voir rentrer le soir, innocent comme un agneau de trois jours, et jouer son rôle de chef de famille. « Alors, le lycée ? Comment s’est passée ta journée ? » Il était affable. Sympa. Combien de fois, au dîner, j’ai croisé son regard ? Combien de fois, le cœur dévasté, j’ai voulu crier : « Je sais tout ! »
Au grand casino de la vie, la table était désormais renversée. Plus rien ne servait à rien. Plus rien ne serait comme avant. La Terre pouvait s’ouvrir pour m’engloutir.
« Viens ! Viens ! lança Lolita enjouée, en m’entraînant au milieu de la pièce. Viens ! Danse avec moi. » Il s’était passé plusieurs semaines. Qu’est-ce que j’étais venu foutre à Glatigny, dans ce quartier chic de Versailles, dans cette villa ? Une boum ! Lolita sentait la sueur. Elle avait trop bu. Riait. Tortillait son corps. Collait. Se collait. Se frottait… Dix fois, de ses bras tentacules, je voulus me sortir. Dix fois, elle tenta de m’embrasser. Chaque fois, je détournais ma bouche de ses lèvres impies. Elles avaient embrassé mon père…
Quelques whiskies plus tard, presque contraint, presque forcé, dans une chambrette oubliée, la fête au loin, en essayant d’avoir du style, Lolita s’effeuilla.
Combien de fois, j’avais rêvé cette séquence ? Combien de fois ? Et voilà que dans la banalité d’un samedi soir ordinaire, dans une fin de nuit stupide, sans complexes, Lolita cœur d’inox, s’offrait.
« Alors quoi ! Qu’est-ce que tu fais ? Tu rêves ? Viens ! Déshabille-toi ! » Elle parlait comme une poissonnière. Je n’aimais pas cette tonalité. Mais spectateur de ma propre action, j’ôtai moi aussi mes vêtements.
« Viens ! » qu’elle redit dans un empressement surfait. Je m’allongeai près d’elle, entre désir et répulsion. Mes mains, sans passion, erraient sur son corps moite. Et Lolita devint reptile, serpent, venin, femelle.
À l’instant ultime, la tête dans un étau, et oubliée des dieux de l’Olympe, ma jeunesse déborda…
« Quoi ? C’est déjà fini ? qu’elle lança, écumant de rage. Fais quelque chose… Me laisse pas comme ça. »
Prostré, j’ai pensé à mon père, qui devait tellement mieux que moi maîtriser ses émotions… et remercié le ciel pour ce ratage. Comment aurais-je pu aimer ce corps que mon père avait touché ? Et loin de créer une fraternité masculine, ou une connivence phallocrate, toute cette confusion dans ma tête ne sema que des graines de haine. Une haine qui redoubla, quand Lolita ajouta :
« Vraiment les hommes de quarante ans sont bien meilleurs !
Au cœur du chaos, elle faisait des statistiques ! J’eus envie de vomir. Mon sang battait à gros bouillon. Écœuré, je lâchai avec hargne :
Visiblement cet échange la dessoûla, et soudainement pudique, les mains sur ses seins, Lola renchérit :
« Ça va pas, mon pauvre garçon ! Moi avec ton père…
Lolita montra le drap souillé, preuve de mon échec.
À ces mots, je quittai la chambrette, me cognai dans les couloirs et rejoignis le salon et la fête. Des corps avachis tentaient encore de bouger sur Only you. Ah oui ! Les Platters… Only you.
J’ouvris alors la lourde porte de cette villa, me jetai dans la vie. Il était là, beau, fort, viril… le roi-soleil.
Ma force, lorsque je parle à une femme, c’est mon humour, et aujourd’hui les femmes ont besoin de rire, tout le monde connaît le dicton : « femme qui rit… »
Pourtant l’autre jour, poussé par quelques amis, j’ai voulu moi aussi tenter Tinder, cette fameuse appli de rencontres. Peut-être aussi voulais-je augmenter le nombre de mes conquêtes !
Je suis alors devenu très actif et j’ai enchaîné les « matchs/rencontres. » J’ai passé des heures à swiper.
C’est ainsi que j’ai rencontré Élisa. Elle est musicienne, Elisa. C’est une jeune femme dynamique aux cheveux courts, aux yeux en amande, dans un look très fashion-week.
Au premier date, on s’est retrouvé dans un bar du 10e et la soirée est vite devenue magique, quand j’ai découvert nos nombreuses passions communes.
Elle est belle, Elisa. Elle dit des mots qui m’enflamment et je danse sur ses lèvres. J’ai envie d’elle plus la soirée avance, envie de l’emmener loin, et d’être seul en intime.
Après une bouteille de Petit Chablis, seuls dans l’appartement de sa meilleure amie, où elle m’a entraîné, et chez qui elle habite pendant les vacances, c’est elle qui m’embrasse en premier.
Elle est musicienne, Elisa, et ses doigts sont agiles sur la partition de mon corps.
Je l’ai alors prise sur le canapé, puis sur le fauteuil, puis contre la porte des toilettes, et sur la table de la kitchenette, comme elle avait vu dans les films américains.
Le lendemain matin, passés, ces moments de bonheur et après avoir chanté le sexe à l’unisson, sans effusions particulières de sentiments, on s’est quittés comme ça.
Quelques jours plus tard, toujours très actif sur Tinder, j’ai continué à charmer des filles. Cette fois, j’ai fait la connaissance de Caroline, musicienne aussi, avec qui le feeling passait bien. Pour notre premier rendez-vous, on s’est rencontrés au Gravity Bar, sur le canal Saint-Martin.
Là, on boit quelques Caïpirinha. Puis avec la nuit qui avance, Caroline propose de poursuivre chez elle. « J’habite rue de Lancry, c’est à deux pas. »
On commence à marcher, tout en s’embrassant avec passion, et, pendant le trajet, je réalise qu’on se rapproche petit à petit de la rue où habitait Elisa.
Devant l’immeuble, le même, je suis mal… Alors comme un condamné sur l’échafaud, tête baissée, je monte les escaliers et prie… Avec frayeur, je n’ose demander l’étage… Mais mon cœur s’arrête quand Caroline stoppe sur le palier, celui que je redoutais.
Elle ouvre la porte très enjouée, pendant que je reste tétanisé sur le palier, en apesanteur.
Quelques secondes me seront utiles pour atterrir.
Imagine-t-on deux parallèles se croiser, la Russie envahir l’Ukraine, neiger au Sahara… et pourtant c’est ce qui est arrivé. Les courbes se sont inversées et au cœur de cette coïncidence improbable, je dois l’avouer, ça a beaucoup chauffé ma libido.
J’ai alors pris Caroline sur le canapé, puis sur le fauteuil, puis contre la porte des toilettes, puis sur la table de la kitchenette, comme elle avait vu dans les films américains.
Avec Caroline, je refaisais les mêmes gestes qu’avec Elisa, je sentais les mêmes parfums, les mêmes sucs, toute cette nature, ce naturel qui me sautait au visage.
Et une nouvelle histoire allait s’écrire avec Caroline, la propriétaire de l’appartement.
Ce hasard m’a plutôt amusé. Deux femmes différentes et cependant amies. Dans ma tête, ça se mélangeait. C’était un peu comme dans mes rêves les plus fous, comme coucher avec deux sœurs, ou avec la fille puis avec sa mère.
Ma supercherie involontaire n’a pas tenu longtemps. Quelques jours, plus tard, j’ai reçu un message signé Caroline et Elisa : « Bravo, pour ton jeu d’acteur, tu nous as bien baisées. »
Aucun corps n’est mieux adapté au mien que celui d’Allison, et ici l’expression : faites pour moi prenait tout son sens. Merci aussi, l’Ange, pour ces instants où simplement être ensemble nous suffisait.
Le prix des choses… j’ai souvent payé. Allison aussi. C’est d’ailleurs le fait d’en être conscient qui rendait notre amour beau et fort.
Comment le contraire serait-il possible… Je suis tellement différent de son mari. J’ai vu sa photo. C’est un flic, la semaine. Un homme des bois dans sa cabane le week-end, qui tue des animaux, pêche le saumon, a toujours le nez dans le moteur de sa Jeep.
Mais quel autre choix avait-elle, Allison, oubliée au fond du Minnesota, dans la neige et le froid qui descend des Grands Lacs ? Elle savait pas que j’existais.
Heureusement que sa sœur brisa ce sortilège. Neuf semaines… et deux jours à Paris !
C’est à Noël que j’ai rencontré Allison, dans un dancing de jour.