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Après son retour en France, Emmy Gibson se réfugie dans son nouveau poste de profileuse pour la société Exit, sa grande passion, celle qui l'aide à ne pas perdre la raison. Lorsqu'elle s'installe à Lille, elle est déterminée à prendre un nouveau départ. Malheureusement, elle va rapidement être rattrapée par ses angoisses. La perte de son coéquipier portugais Dario De Souza, le grand amour de sa vie, pour qui elle vouait une véritable passion, l'avait plongée dans une profonde dépression. Elle avait dû lutter de longs mois pour s'en sortir et souffrait toujours de quelques séquelles dues aux graves blessures qui auraient pu lui coûter la vie. Exit, société de profilage belge, lui confia de nouvelles affaires de disparitions inquiétantes qu'elles mènera tambour battant avec deux détectives. L'une d'elles, concernant des maris, pères de famille, aux carrières plutôt brillantes, disparaissent ou meurent sans motif, sans mobiles et sans laisser d'indices, la sortira de sa torpeur et lui redonnera goût à la vie...
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Seitenzahl: 364
Veröffentlichungsjahr: 2020
La vérité est parfois si simple… Et les suspects si proches !!!
Je pensais avoir bien profilé mon avenir professionnel…
J’imaginais avoir rencontré l’amour de ma vie…
Le destin en a décidé autrement, après avoir tout perdu,
vais-je savoir me reconstruire ?
Emmy Gibson
Préambule
Chapitre 1 - Nouvel envol
Chapitre 2 - Énigmes en cascade
Chapitre 3 - L’incompréhension totale
Chapitre 4 - Enfin, une progression !!!
Chapitre 5 - Encore une victime !!!
Chapitre 6 - Un début de vérité
Chapitre 7 - Contrecoup fatal
Chapitre 8 - Le cataclysme
Chapitre 9 - La présomption
Chapitre 10 - Coup de théâtre
Emmy Gibson, profileuse, avait passé ces deux dernières années au Portugal comme inspectrice de police. Elle rêvait depuis des années de s’installer à Porto où il faisait bon vivre, à côté du Douro, sur les quais. Elle appréciait flâner dans les nombreuses rues piétonnes de la ville. Elle participait à une enquête passionnante sur des disparitions inquiétantes. Malheureusement, cette affaire s’était vite révélée compliquée au fur et à mesure des investigations, puis terrifiante. La police portugaise avait dû faire appel à une société de détectives privés bruxelloise, Exit.
La jeune profileuse avait aimé travailler auprès de Dario De Souza et d’Alvaro Periera, tous deux inspecteurs. Malgré de nombreuses recherches, expertises et perquisitions, l’affaire avait traîné et face aux redoutables criminels la situation était devenue cauchemardesque. Emmy avait été très secouée par la mort atroce de l’inspecteur Pereira, assassiné à Porto dans des conditions aussi horribles qu’effrayantes.
Dario et Emmy avaient finalement réussi à résoudre l’énigme bien qu’ils furent eux-mêmes plusieurs fois blessés grièvement lors de guet-apens. La gravité de cette affaire les avait marqués à jamais.
Les deux inspecteurs s’étaient rapidement rapprochés et avaient vécu une belle histoire d’amour. Dario avait su la protéger. Il l’avait aussi fait grandir. Malheureusement, alors qu’ils avaient élaboré de grands projets d’avenir, ils furent pris dans une sanglante embuscade à Porto où Dario perdit la vie et Emmy fut blessée gravement. Elle sombra dans une dépression. Elle finit toutefois par se rétablir au bout de plusieurs mois d’hospitalisation et de rééducation grâce à une force de caractère hors du commun. Son état de santé nécessitait cependant des exercices réguliers pour atteindre un rétablissement complet.
François Leblanc, responsable de l’agence Exit, proposa à Emmy de venir s’installer en France pour travailler avec son équipe. Il avait été très surpris par les résultats obtenus brillamment par la jeune profileuse. Il organisa son installation à Lille, dans le Nord de la France où la jeune femme était persuadée de pouvoir oublier la mort de Dario, qu’elle aimait plus que tout, ainsi que toute la terreur vécue lors de cette enquête.
Mais Emmy arrivera-t-elle à cicatriser ses plaies. Réussira-t-elle à oublier ces horreurs ?
Dès son retour en France, Emmy Gibson se jeta à corps perdu dans son nouveau poste de profileuse, pour la société Exit, sa grande passion. Lorsqu'elle s'installa à Lille, elle était déterminée à prendre un nouveau départ. Malheureusement, elle allait rapidement être rattrapée par ses angoisses. La perte de son coéquipier portugais Dario De Souza, l’amour de sa vie, l'avait plongée dans une profonde dépression. Elle avait dû lutter de longs mois pour s'en sortir et souffrait toujours de quelques séquelles dues à de graves blessures. Elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. François Leblanc, le meilleur ami de Dario, responsable de l’agence Exit, de Bruxelles, l’avait recrutée pour lui confier des affaires de disparitions inquiétantes qu'elle aurait sans aucun doute envie d’élucider aux côtés de deux détectives de la société, Quentin Chaillit, trente-huit ans et Anton Guillot, trente-quatre ans.
Elle avait atterri à l’aéroport de Lille, un jeudi matin de septembre, sous un soleil de plomb. François Leblanc était venu la chercher pour l’accompagner dans son nouvel appartement du vieux Lille. Petit, celui-ci offrait tout de même un vrai confort grâce à ses grandes fenêtres qui laissaient entrer la lumière dans les deux pièces principales. Il possédait une minuscule cuisine équipée et une jolie salle de bains. Entièrement meublé, le logement disposait malgré tout d'un spacieux salon avec un coin bureau où Emmy pourrait travailler ses dossiers.
François l’avait ensuite invitée à passer le weekend dans sa maison à Merlimont, à dix kilomètres du Touquet sur la côte d’Opale, pour qu’elle fasse connaissance avec les deux détectives, Quentin et Anton, avec qui elle enquêterait dorénavant. Ils arrivèrent le vendredi à dix-neuf heures, juste à l’heure pour partager un apéritif sur la terrasse. Emmy apprécia la douceur du temps de l’arrière-saison et le bruit des vagues. Elle avait hâte de découvrir les plages du Nord dont elle avait si souvent entendu parler. Les deux détectives la mirent à l’aise aussitôt. Emmy connaissait déjà François par le biais de Dario lors de l’enquête des disparitions de Porto. Son nouveau responsable était à la fois ému et intrigué par l’état de la jeune femme.
Ils se couchèrent après un copieux repas et une mise au point du programme du lendemain. Emmy s’endormit tout de suite grâce au traitement prescrit par le psychiatre qui la suivait depuis la dernière agression au Portugal. Elle avait suivi une longue convalescence tant physique que psychologique. Elle savait qu’il lui faudrait encore du temps pour faire le deuil de Dario.
Le samedi se déroula bien. Ils étaient allés se balader sur le marché du Touquet le matin. Ils avaient partagé un délicieux plateau de fruits de mer au restaurant, et avaient marché plus de deux heures sur la plage. Ils avaient ensuite dégusté une bière dans un bar. Emmy avait préféré dîner tranquillement sur la terrasse chez François et se coucher tôt. Elle aimait se souvenir de tous les bons moments passés avec Dario avant de s’endormir. Elle ne voulait pas oublier.
François avait organisé, le dimanche matin, quelques activités sportives pour mesurer les capacités d’Emmy. Il devait s’assurer que la jeune profileuse était à nouveau en bonne condition physique afin de se défendre. Les enquêtes sur lesquelles l’agence travaillait étaient relativement dangereuses et difficiles. Il s’agissait essentiellement d’affaires policières non résolues faute de moyens humains et financiers.
Ils avaient commencé par quelques étirements sur la plage de Merlimont, puis un footing d’une heure sur le sable, suivi d’épreuves de lutte. Pour terminer, ils avaient nagé trente minutes dans l’eau froide de la Manche. Quentin et Anton furent surpris de la résistance physique de leur collègue, plutôt fluette, même si elle mesurait un mètre soixante-seize. De retour chez François, celui-ci l’avait fait monter au premier étage en escaladant la gouttière. Puis, il lui avait demandé de sauter depuis le balcon. Emmy, impressionnée sur le coup, avait bien réagi. Sans tarder, elle s’était laissé glisser hors du balcon, pour tomber doucement dans un parterre de fleurs fraîchement bêché qui avait amorti sa chute. Enfin, il lui avait ordonné de passer au-dessus de la haie, ce qu’elle fit avec une aisance exemplaire. Le responsable de l’agence Exit était rassuré. Emmy avait bien récupéré et était à nouveau opérationnelle. Ils dînèrent en discutant des dernières enquêtes en cours. François souhaitait boucler une enquête qui piétinait, faute de preuve. Julie Vraq, d’une jeune femme de vingt-trois ans avait disparue, sa famille suspectait son compagnon de l’avoir assassinée.
Le lendemain, François emmena Emmy à l’agence Exit à Bruxelles. Les bureaux situés au dernier étage d’un immeuble cossu étaient modernes et spacieux. Les détectives ne s’y rendaient qu’une fois par mois ou si nécessaire. Deux collaboratrices, Anna, quarante-six ans et Lucille, trente ans, y travaillaient respectivement comme secrétaire et assistante juridique. Elles remplirent les dernières formalités pour finaliser le recrutement d’Emmy. François lui expliqua le fonctionnement de la salle de réunion ultramoderne à laquelle Dario avait souvent fait référence. Elle savait qu’il y était venu à plusieurs reprises. Elle laissa courir son imagination quelques minutes, ce qui lui procura un plaisir intense. Un appel sur le portable de François la ramena à la réalité. Le commissaire de la DIPJ (Direction Interrégionale de la Police Judiciaire) de Lille, Edward Ducornet, cinquante-deux ans, avait besoin de leurs services. Après plus d’une heure d’échanges, François confia l’affaire à Emmy. Il croyait en elle.
Selon le commissaire, un couple, Jean et Elisabeth Velet, cinquante-huit et cinquante-sept ans, tous deux infirmiers, avait déclaré la disparition subite de leur fils, Maxence Velet, trente-quatre ans, professeur de mathématiques dans un lycée de Valenciennes.
Anaïs Velet, son épouse, trente-deux ans, psychologue dans un foyer pour femmes battues, était en déplacement professionnel quatre jours à Paris afin de suivre une formation sur les addictions. Son mari assurait les cours toute la semaine et enchainait des réunions le soir pour la rentrée scolaire. Leurs enfants, Pauline, huit ans, et Grégory, six ans, avaient été confiés aux grands-parents. Ces derniers avaient appelé leur fils Maxence le jeudi soir, inquiets de ne pas avoir eu de nouvelles comme prévu. Sans réponse de leur fils qui devait récupérer les enfants afin que les parents puissent partir en weekend à Londres, fêter leurs trente-quatre ans de mariage avec quelques amis, l’angoisse les avait envahis. Ils avaient dû se résigner à prévenir leur belle-fille qui ne put rentrer à temps. Monsieur et Madame Velet n’avaient pas pu prendre l’avion alors que ce séjour était réservé depuis un bon moment. Elisabeth Velet avait aussitôt appelé le proviseur du lycée qui lui avait indiqué que le professeur était absent depuis lundi sans explication. Il avait essayé de le joindre à plusieurs reprises en vain. Anaïs avait constaté à son retour que la maison n’avait pas été dérangée et que Maxence n’avait pas touché aux plats qu’elle lui avait préparés. La famille s’affola et se demanda ce qui avait bien pu se passer. Anaïs et sa famille avaient lancé un appel à témoin sur les conseils d’un journaliste local de la voix du Nord, Guy Frémoy.
La famille et les amis proches de Maxence Velet avaient été entendus durant deux semaines, ainsi que quelques collègues et témoins supposés. C’est alors que le commissariat de Dunkerque avait contacté celui de Lille. Un cadavre, ne correspondant pas au signalement, mais portant les mêmes vêtements, venait d’être retrouvé dans les dunes, à proximité de la plage de Malo-Les-Bains. Le commissaire, Edward Ducornet, avait tout de suite compris que l’affaire allait se corser et avait immédiatement décidé de demander l’aide de l’agence Exit. François Leblanc, le responsable, confia par instinct l’enquête à Emmy, sachant qu’elle serait efficace grâce à ses expériences et sa formation de profileuse. Quentin et Anton pourraient venir en renfort si nécessaire. Ils étaient pour le moment retenus sur d’autres affaires importantes, dont la disparition de jeunes filles bruxelloises.
Emmy prit une chambre dans un hôtel à Dunkerque. Elle se rendit très tôt au commissariat où elle fut accueillie par le commandant Franck Levain, quarante-six ans. Celui-ci lui expliqua les détails de l’affaire. Puis il l’emmena à la morgue découvrir le corps qui venait d’être autopsié. Le médecin légiste les informa qu’il s’agissait d’un homme de trente-neuf ans, Victor Mage, marié, père de deux enfants, ingénieur en informatique dans une usine locale. Il avait été drogué. La victime avait été entièrement lavée à l’eau de javel. Le même détergent avait été détecté dans la trachée et dans l’estomac. Cela laissait penser que le tueur avait délibérément fait souffrir le pauvre homme avant de l’achever en l’égorgeant. Une image représentant un diable était épinglée sur son torse. Rien ne permettait de faire un rapprochement entre la disparition de Maxence et le meurtre, hormis les vêtements. Emmy prit discrètement quelques photos pour ses propres investigations.
— Sa femme, Maya Mage, trente-cinq ans, nous a signalé sa disparition quelques jours après. Même si par chance nous avons découvert le corps rapidement, il était en état de décomposition avancée et avait été malmené, semble-t-il, par des chiens errants, lui précisa le commandant Levain.
— Comment son épouse explique-t-elle avoir prévenu la police si tardivement ? Le questionna Emmy interpelée.
— Son mari avait l’habitude de découcher quand il rentrait tard de l’usine ou sortait avec des amis. Il préférait rester sur place afin de ne pas prendre le risque de perdre son permis. Ce qui apparemment lui était déjà arrivé.
— Ok, peut-on revoir l’ensemble du dossier à votre bureau ?
— Oui, allons-y.
— Qui a découvert le corps ?
— Un couple qui s’était isolé dans les dunes.
Ils passèrent la journée à étudier les faits et à donner des coups de fil pour vérifier certains aspects confus du dossier. Elle avait lu et relu à maintes reprises les dépositions de l’épouse et de la famille. Les proches étaient plongés dans le chagrin, à l’inverse l’épouse semblait être plus préoccupée et anxieuse.
— Ne remarquez-vous pas que madame Mage est tourmentée comme si elle craignait que l’on découvre un secret ? Demanda Emmy au commandant.
— Non, pas du tout, lui répondit-il surpris par cette question.
— Je pense qu’elle nous cache quelque chose, protesta Emmy sûre d’elle.
— Que comptez-vous faire ?
— Je vais vérifier si les vêtements sont bien ceux de monsieur Velet et comparer les deux dossiers. Je vous tiendrai informé. Merci pour votre accueil. Pouvez-vous me déposer à la gare ?
— Bien entendu. Je suis content de vous avoir avec moi sur cette enquête, lui assura-t-il, même s’il était surpris par son apparence négligée et son regard vide.
— Merci. Espérons que nous allons résoudre cette affaire rapidement.
Assise dans le train, Emmy contemplait un paysage de bocage verdoyant qu’elle aimait déjà. Elle ne s’expliquait pas pourquoi elle se sentait aussi bien depuis son arrivée à Lille où jamais elle n’aurait pensé atterrir un jour. Elle laissa son esprit vagabonder dans ses merveilleux souvenirs avec Dario au Portugal. Elle se remémora ses précieux conseils au fur et à mesure que les enquêtes avançaient. Elle se devait maintenant de les suivre pour sa sécurité. Elle arriva à la gare de Valenciennes vers dix-huit heures et alla s’installer aussitôt au Grand Hôtel situé en face. Elle appela François Leblanc, son responsable, pour lui faire part de son sentiment.
— Madame Mage, l’épouse de la victime cache quelque chose d’essentiel pour l’enquête.
— Qu’est-ce qui vous fait penser cela ?
— Elle a déclaré tardivement la disparition de son mari et sa déposition est ambigüe.
— Bien. Que comptez-vous faire ?
— Je suis à Valenciennes. Je veux m’assurer qu’il s’agit bien des vêtements de monsieur Velet et comparer les dépositions des familles. Nous devons repérer des similitudes pour comprendre et vérifier si les deux affaires sont liées.
— Très bien. Je compte sur vous Emmy.
— Merci Monsieur.
Emmy alla dîner à l’Escargot, un restaurant sur la place d’Armes de Valenciennes. Elle opta pour un plateau de fruits de mer qui lui permettait de lire son dossier en même temps. Elle souhaitait être prête pour son rendez-vous du lendemain avec le commandant, Pierre de Chauvet, quarante-deux ans, qui avait une réputation de « dur à cuire ».
Elle arriva tôt au commissariat de Valenciennes où l’attendait le policier. Il lui offrit un café dans son bureau afin qu’elle croise le moins de monde possible. Ils comparèrent les photos des vêtements. Aucun doute, il s’agissait des mêmes.
— Sommes-nous face à un tueur en série ? Lui demanda le commandant d’une voix calme et posée.
— Sans aucun doute. Mais attendons encore un peu. Nous devons vérifier les liens éventuels entre les deux victimes. J’ai besoin de lire attentivement les dépositions de madame Velet. — Ok, je vous prépare cela. Pensez-vous qu’ils se connaissaient ?
— À voir ! Nous devons découvrir s’il y a un rapport entre les deux, lui indiqua-t-elle déterminée.
Il sortit le dossier qui lui sembla tout de suite bien mince pour une telle enquête. La déclaration d’Anaïs Velet tenait en deux pages. Emmy la consulta attentivement. Elle trouva que les propos étaient nettement choisis. La jeune épouse avait préparé chaque mot. Elle s’appliqua à lire celles des parents, Jean et Élisabeth Velet. Elles étaient plus disparates, l’émotion plus sensible dans les expressions employées. Emmy n’avait aucun doute, Anaïs n’était pas sincère. Elle se garda pourtant de le mentionner au commandant. Elle demanda une copie de la photo de Maxence pour compléter son propre dossier.
— Pardonnez-moi, mais je trouve les dépositions succinctes, lui avoua Emmy le plus délicatement possible.
— Nous sommes allés à l’essentiel afin de gagner du temps. Mon équipe cherche de nouveaux éléments probants depuis le meurtre de Victor Mage, mais en vain. Aucun fait important… Aucune trace de cet homme… Nous avons interrogé plus de deux cents personnes, visionné une dizaine de caméras… Mais nous n’avons rien trouvé, lui précisa-t-il sans se démonter.
— Cela n’apparaît pas dans votre dossier, insista la profileuse sceptique.
— Je ne l’ai pas mis à jour depuis quelque temps. Nous sommes débordés ici, lui répondit-il soucieux. Il comprenait que la jeune détective était expérimentée pour son âge et qu’elle allait leur être utile.
— Quelles caméras avez-vous visionnées ?
— Celles du lycée, de la gare, des banques…
— Et ? Le coupa-t-elle sèchement.
— Nous avons aperçu Maxence Velet retirer de l’argent à vingt heures. Ce qui ne correspond pas à ses habitudes selon son épouse. Puis plus rien.
— Quelle somme ?
— Quatre-vingts euros.
— De quoi payer une nuit d’hôtel ou un restaurant sans laisser de trace. Avez-vous vérifié de ce côté ? Questionna Emmy.
— Non, nous n’y avons pas pensé. Connaissez-vous le nombre de restaurants et d’hôtels que nous avons en ville ?
— Vous devez vérifier ! Rétorqua-t-elle impertinente.
— Je vois, s’agaça-t-il. Préconisez-vous qu’on le fasse rapidement ?
— Oui, s’il vous plait, lui affirma-t-elle calmement afin de ne pas le mettre cette fois-ci en colère. Elle souhaitait collaborer le mieux possible avec lui.
— Bon, je m’en occupe.
— Je peux vous aider, lui proposa-t-elle naturellement.
— Pourquoi pas, accepta-t-il aussitôt. Il était content de bénéficier de ses compétences et la trouvait plutôt intelligente, sympa, même s’il avait détecté chez elle, au départ, une certaine froideur.
— Je dois me rendre à Dunkerque demain. Je reviendrai dans deux jours si cela vous convient, lui suggéra-t-elle.
— Avec plaisir Madame Gibson, se surprit-il à lui répondre.
Emmy regagna son hôtel pour mettre à jour toutes ses investigations. Elle prendrait le premier train, le lendemain, pour Dunkerque afin d’examiner le lieu où la victime avait été retrouvée. Elle se doucha vers vingt-trois heures, fit ses étirements comme lui avait conseillé son kiné à Porto, et se coucha afin d’être en forme le lendemain. Elle prit un TER jusqu’à Lille, puis un TGV. Franck Levain l’attendait à la gare.
— Bonjour commandant. Pouvez-vous m’emmener sur les lieux où a été retrouvée la victime ? Le pressa Emmy.
— Oui, tout de suite ? Vous ne souhaitez pas un café ? L’interrogea-t-il pantois devant d’une telle réactivité
— Non, merci. Après, peut-être, répondit-elle plus calmement, consciente d’avoir été trop dirigiste.
Il l’invita à prendre place dans sa voiture et fonça vers le site où le cadavre avait été découvert. Emmy remarqua qu’il y avait peu de sang.
— La zone a-t-elle été nettoyée ? Le questionna-t-elle perplexe.
— Non, pas que je sache. Qu’est-ce qui vous intrigue ? Lui demanda-t-il étonné.
— Il n’y a pas assez de sang pour une victime qui a été, paraît-il, égorgée. Le corps a donc été amené post-mortem. Puis-je voir les photos prises par les légistes ?
— Oui, allons dans mon bureau, lui proposa-t-il.
— Pourquoi n’ai-je pas vu ces photos la dernière fois ? Continua-t-elle.
— Parce que vous ne me les avez pas demandées, et surtout je ne les avais pas encore, se défendit tranquillement le commandant Levain.
— Autant pour moi. Je prendrai finalement volontiers un café.
— Avec plaisir Madame Gibson. Restez-vous sur Dunkerque ce soir ?
— Oui, si je peux interroger dès demain Maya Mage et les parents de son mari.
— Nous les convoquerons pour neuf heures, lui assura-t-il.
— Faites en sorte qu’ils se croisent dans le commissariat. Cela excitera forcément leur mémoire.
— Bien. Allons-y. Mon chef souhaite vous rencontrer si vous n’y voyez pas d’inconvénient.
Ils traversèrent les immenses couloirs, passèrent par l’accueil et prirent l’ascenseur jusqu’au troisième étage où le commissaire les reçut immédiatement.
— Bonjour, Madame Gibson. Que pensez-vous de cette enquête ?
— Rien qui vaille. Nous avons affaire à forte partie ou à un amateur qui a beaucoup de chance !
— C’est-à-dire ? L’interrogea le commissaire curieux et soucieux que l’affaire se résolve le plus rapidement possible.
— Nous avons face à nous un homme grand et fort, déterminé, et intelligent qui a été capable de poignarder et de déplacer Victor Mage qui mesurait un mètre quatre-vingt-quatre et pesait quatre-vingt-six kilos. Tout cela sans, ni se faire voir, ni se faire prendre !
— C’est exact. Êtes-vous sûre que le corps a été bougé ? Insista-t-il comme si cette information signifiait quelque chose d’important pour lui.
— Oui, il n’y avait pas suffisamment de sang sur place pour une victime égorgée. Même quand le cœur s’arrête faute d’oxygène, l’hémorragie continue. La victime a dû être partiellement endormie, forcée à ingurgiter un détergent puissant dans le but de la faire souffrir, puis elle a été achevée. Elle a ensuite été minutieusement lavée à l’eau de javel, rhabillée avec les vêtements d’un homme porté disparu à plusieurs centaines de kilomètres et déposée dans les dunes.
— Effectivement, c’est tout à fait plausible, la félicita le commissaire. Mais quel rapport entre les deux hommes ?
— Le tueur connait bien la victime et les lieux. Il se peut aussi qu’il ait peur du sang, ou qu’il souhaite que celle-ci soit purifiée de ses impiétés.
— Quels pêchés ? S’exclama le commandant Levain très étonné.
— À nous de le découvrir, répondit Emmy satisfaite de l’effet qu’elle venait de produire chez eux.
— Quel rapport avec cet homme disparu ? Demanda à nouveau le commissaire.
— Aucun, pour l’instant, Monsieur. Mais il y en a forcément un, reconnut la jeune femme qui pourtant savait qu’il s’agissait sans doute de ce pêché. Mais elle préférait ne rien précipiter, au cas où les deux affaires ne seraient pas liées.
— Que suggérez-vous ? La questionna le commissaire.
— Je pense qu’il faut vérifier les caméras des banques, en commençant par la sienne, de la gare et éventuellement celles de son usine.
— Nous l’avons déjà fait. Mis à part une petite somme d’argent retirée à la banque, le reste n’a rien donné. Le jour de sa mort s’est passé normalement. Il a même déjeuné chez ses parents, l’informa le commandant.
— Avez-vous interrogé les hôtels et les restaurants de la ville ? Continua Emmy sur sa lancée.
— Non, pourquoi ? Demanda Franck Levain impressionné par l’aplomb de la jeune femme.
— Ce retrait peut correspondre à ce genre de dépense dans de telles circonstances, précisa Emmy. Elle avait trouvé une première similitude avec le disparu de Valenciennes, Maxence Velet, mais préféra là aussi garder l’information pour elle.
— Je mets mes hommes sur le coup, approuva aussitôt le commandant. Quelque chose le poussait à lui faire confiance. Lui qui avait toujours refusé de collaborer avec une femme, écoutait maintenant tous les conseils de la profileuse.
— Il faut aussi vérifier ses ordinateurs tant professionnels que personnels, suggéra-t-elle également.
— Bien, je demande une commission rogatoire du juge pour les saisir, acquiesça le commissaire.
— Nous interrogerons à nouveau l’épouse et les parents de la victime demain matin, précisa le commandant à son chef.
— Bien, vous ne communiquez rien à personne sans mon aval, même pas au maire ! Insista le supérieur, d’un coup inquiet. Je sens une sale histoire !
Franck Levain et Emmy sortirent satisfaits du bureau du chef qui les soutenait dans l’enquête.
— Puis-je vous inviter à déjeuner, Madame Gibson ?
— Avec plaisir. Je meurs de faim.
Il l’emmena à l’Édito, un restaurant de chaine, situé sur le petit port plaisancier, au cœur de la ville. Ils s’installèrent face à la mer pouvant ainsi contempler les bateaux amarrés. Franck se doutait que cela plairait à Emmy.
— Pouvons-nous nous appeler par nos prénoms ? Lui proposa-t-elle.
— Avec grand plaisir Emmy. Vous êtes très particulière. J’apprécie déjà de collaborer avec vous. Vous me paraissez bien expérimentée pour votre âge.
— Est-ce un compliment ?
— Oui, tout à fait. J’ai eu l’impression que vous aviez trouvé une piste ce matin.
— C’est exact, lui avoua-t-elle. Mais je préfère rester prudente et ne pas m’emballer.
— Je comprends. Que prenez-vous ?
— Une bière pour commencer ! Suivie d’une moules-frites ! Rit-elle.
— Même chose pour moi. C’est parfait !
Emmy lui relata les faits sur la disparition de Maxence Velet à Valenciennes et les similitudes qu’elle avait repérées. Forcément, les deux victimes avaient un point commun et se connaissaient peut-être. Aussitôt le repas terminé, il lui montra les distances entre la maison du défunt et son usine, puis de la dune. Ils firent tous les restaurants de la ville avec une photo. Personne ne l’avait vu, ni le jour de sa mort ni les jours précédents. Il avait juste déjeuné avec un collègue à la Cocotte la semaine d'avant. Ils firent les hôtels, là aussi, sans succès. Pourquoi avoir retiré cette petite somme ? Ils devaient continuer leurs recherches dans les villages environnants.
Emmy regagna son hôtel, exténuée. Elle mettait un point d’honneur à enregistrer chaque soir ses investigations, qu’elle relisait chaque matin avant de partir. Elle commanda un verre de vin à l’accueil et regarda la télévision. Mais son esprit dévia sur ses souvenirs avec Dario. Dans un sens, ceux-ci lui faisaient plaisir, mais à l’inverse ils la plongeaient parfois dans une terrible anxiété. Elle devait pourtant garder la tête sur les épaules et être forte si elle voulait s’en sortir. La perte de Dario et les douleurs suite à ses graves blessures l’avaient vraiment engloutie dans une sévère dépression. Elle s’en était sortie après de longs mois de lutte. Ce nouveau départ était essentiel dans sa reconstruction. Elle s’était toutefois fixé des interdits : pas de drague, pas d’amis et ne jamais évoquer son passé bien trop lourd à porter. Emmy s’était endormie et s’était levée tard. Elle s’aperçut qu’elle avait pourtant oublié son comprimé qui lui permettait de passer une bonne nuit. Son téléphone bipa alors qu’elle prenait un café en se remémorant les investigations de la veille.
— Bonjour Emmy. C’est Franck. Madame Mage est au commissariat. Un agent de police vous attend dans le hall de l’hôtel.
— Merci Franck. J’arrive !
Emmy prit sa gabardine et descendit à la réception où se tenait l’agent. Ils partirent aussitôt au poste de police. Elle partagea un café avec le commandant tout en se mettant d’accord sur les questions à poser. Maya Mage était petite et menue. Elle avait un regard fuyant qui laissait paraître une certaine timidité.
— Bonjour Madame Mage. Nous souhaitons vous poser quelques questions. Cela ne prendra pas beaucoup de temps, expliqua Emmy.
— J’ai déjà répondu plusieurs fois aux inspecteurs, protesta-telle complètement perdue.
— Oui, nous le savons, mais nous devons éclaircir certains détails avec vous.
— Bien, je vous écoute alors, accepta-t-elle bien malgré elle et d’une voix à peine audible.
— Quand avez-vous vu votre mari pour la dernière fois ?
— La veille de sa mort au petit déjeuner. C’est lui qui s’occupait des enfants et qui devait les déposer à l’école, car je suis en télétravail le mardi et le vendredi. Je suis commerciale pour une grande marque de bijoux.
— Vous n’avez plus eu de nouvelle ensuite ? Insista la profileuse.
— Un SMS le midi pour me souhaiter bon appétit et me prévenir qu’il rentrerait plus tard.
— C’est-à-dire ? À quelle heure ? Demanda à son tour le commandant Levain.
— Après vingt et une heures.
— Vous ne nous l’avez pas dit lors de votre précédente déposition, protesta le commandant mécontent.
— Vous ne me l’avez sans doute pas demandé. J’étais assez bouleversée… Gloussa la jeune femme gênée, car elle se sentait prise en faute.
— Vous devez réfléchir et nous communiquer les moindres détails, même s’ils ne vous semblent pas importants, ils peuvent l’être pour l’enquête, ajouta Emmy.
— Votre mari a retiré une petite somme d’argent le soir de sa disparition. Savez-vous pourquoi ? La questionna doucement le commandant.
— Non, du tout. C’est lui qui fait les comptes. Nous payons tout par carte bancaire. Je présume qu’il avait besoin de monnaie sur lui.
— Voyait-il un ou des amis régulièrement ? Interrogea à nouveau Emmy.
— Non, pas que je sache. Sauf les membres de son club.
— De quel club s’agit-il ? La somma le commandant.
— Un club de course à pied, dont voici justement la licence. Il devait faire un certificat médical pour la rendre le vendredi à l’entraînement.
— Mais vous ne l’avez pas dit non plus ! Cette information est pourtant importante, riposta le commandant furieux, la plongeant sans le vouloir dans la détresse.
— Merci pour votre collaboration Madame. Nous vous recontacterons dès que possible, lui assura Emmy tout en observant ses réactions.
Maya Mage repartit discrètement sans poser de question, ce qui perturba Emmy.
— Elle ne pose aucune question. Elle sait sûrement quelque chose ou elle a peur, précisa l’enquêtrice.
— Elle donne vraiment l’impression de se dérober. Pourquoi ? S’enquit le commandant.
— Soit pour se préserver, soit pour nous cacher quelque chose. Il faut interroger à nouveau les parents, les collègues et les voisins.
— Ça marche ! Acquiesça le policier satisfait de cet interrogatoire.
— Merci commandant.
— Justement, les parents de la victime sont arrivés.
Ils entrèrent dans la salle d’à côté où était assis un couple âgé d’une soixantaine d’années, aux traits tirés, yeux rougis, sans doute par de nombreuses nuits d’insomnie passées à pleurer la mort de leur fils unique. Emmy leur posa à peu près les mêmes questions qu’à leur belle-fille. Ils lui répondirent posément et plus précisément. Une fois en confiance avec eux, elle se permit d’aller plus loin.
— Quels étaient les rapports entre votre fils et votre belle-fille ?
— Bons, Maya est calme, courageuse et s’occupe très bien de l’éducation des enfants. Notre fils était moins patient. Il travaillait souvent tard. C’est pourquoi il se chargeait des garçons le matin et le dimanche après-midi, répondit madame Mage.
— Pas de dispute ? Continua Emmy.
— Non, c’était un beau couple, affirma cette fois monsieur Mage.
— Votre fils vous semblait-il contrarié ? Questionna le commandant.
— Non, il venait d’obtenir une promotion et il préparait le marathon de Paris, leur précisa fièrement monsieur Mage.
Emmy et le commandant les remercièrent. Monsieur et madame Mage avaient craqué plusieurs fois et avaient demandé à plusieurs reprises qui avait bien pu tuer leur fils. Ils s’inquiétaient également pour la sécurité de leur belle-fille et de leurs petits-fils, Jules et Benoît, qui n’avaient que huit et onze ans. Emmy les rassura du mieux qu’elle put. Elle était persuadée qu’ils ne risquaient rien. Elle prit congé auprès du commandant.
— Je rentre sur Lille ce soir et je me rendrai à Valenciennes demain pour poser les mêmes questions à madame Velet et aux parents du disparu. Je repasserai sur Lille prendre des affaires et je reviendrai sur Dunkerque. Je vous appelle dès que j’ai du nouveau.
— Très bien. Je ferai de même de mon côté. Je vais vérifier les hôtels, hébergements et restaurants locaux.
Emmy était arrivée à neuf heures au commissariat de Valenciennes après avoir passé la soirée chez elle pour changer ses vêtements et refaire sa valise. Elle avait travaillé toute la soirée sur la disparition de la jeune femme, Julie Vraq. Son responsable, François Leblanc lui avait confié l’enquête qui lui paraissait être un bon départ au sein de l’agence Exit. Elle prépara quelques appels à passer le lendemain. Elle observa de loin Anaïs Velet qui lui semblait bien stressée pour un simple témoin. Elle se mit d’accord avec le commandant de Chauvet sur le déroulé de l’interrogatoire. Ils entrèrent en même temps dans la salle où Anaïs attendait nerveusement.
— Bonjour, Madame Velet, je suis Emmy Gibson, je suis cette enquête avec le commandant de Chauvet. Nous sommes désolés de vous ennuyer à nouveau, mais nous devons approfondir quelques détails. Comme vous, nous souhaitons retrouver votre mari. Malheureusement, plus le temps passe, plus cela devient difficile. Nous comptons donc sur votre entière collaboration et celle de votre famille.
— Merci Madame Gibson. Où peut-il bien être ? Nous a-t-il abandonnés, les enfants et moi ? Et pourquoi ? Demanda Anaïs Velet au bord des larmes.
— Madame Velet. Tout se passait-il bien entre votre mari et vous ? La questionna doucement Emmy.
— Oui, mais il était devenu distant depuis la naissance de notre fils Grégory. Il aurait préféré une deuxième fille selon ses dires.
— Qu’entendez-vous par distant ? Continua Emmy.
— Jusqu’aux dix-huit mois du petit, tout se passait bien. Ensuite quand le petit a réclamé plus d’attention, ça s’est compliqué. Mon mari ne le prenait plus dans ses bras, ne jouait plus avec lui… Il le repoussait. Ses parents le lui ont d’ailleurs souvent reproché.
— Que leur répondait-il ?
— Que Grégory était turbulent et qu’il le fatiguait. Les choses n’ont fait qu’empirer. Après ses quatre ans, il l’ignorait complètement. Le petit s’est habitué et venait uniquement vers moi.
— Ne lui a-t-il jamais fait de mal ? Insista Emmy.
— Non, du tout. Il l’a même veillé jour et nuit quand il a été opéré des amygdales et d’une otite séreuse à cinq ans. Il lui achetait aussi de beaux cadeaux. J’ai pensé que c’était sa manière à lui d’éduquer un garçon. À la dure, comme on dit.
— Je vois. Et entre vous ? Comment cela se passait-il ? S’empressa par réflexe la profileuse.
— Normalement. Nous sommes très pris par le quotidien, le travail, la maison, les enfants…
— Êtes-vous encore proches ?
— Oui, nous nous entendons bien. Mon mari est calme et prévenant. Il est aussi solitaire. Il lit beaucoup et pratique la course à pied.
— Il ne fréquente pas d’amis ?
— Non, aucun, sauf Paul, son collègue de travail, avec qui il déjeune parfois.
— Et vous ?
— J’ai des amis que je vois régulièrement et je passe beaucoup de temps avec mon associée, Alexia Bollet. Nous avons des enfants du même âge.
— Très bien. Je pensais que vous travailliez dans un foyer pour femmes battues, lui indiqua Emmy surprise.
— C’est exact, dans le cadre de mon activité de psychologue. Je suis associée à une collègue, Alexia Bollet, au sein d’un cabinet situé en centre-ville. Nous partageons les consultations ainsi que les différents rendez-vous dans les structures environnementales, dont le foyer des Iris.
— Je vois. Effectivement vous devez être bien occupée.
— Oui, c’est pour cela que mes parents reprennent les enfants chaque soir et le mercredi. Ma mère est institutrice dans leur école. Mes beaux-parents les gardent le weekend, et surtout le samedi après-midi pour que nous puissions faire les courses et parfois la nuit du samedi afin que nous puissions nous détendre.
— Comment vont vos enfants ? Lui demanda alors Emmy.
— Bien, merci, lui répondit automatiquement la jeune maman.
— Bien ! En êtes-vous sûre ? Ne réclament-ils pas leur père ? S’étonna la profileuse.
— Nous ne leur avons pas encore dit la vérité, avoua Anaïs gênée.
— Pourquoi donc ?
— Une idée des parents de Maxence. Ils refusent le pire… J’ai accepté. Je ne désire pas de conflit. J’ai besoin d’eux… On ne disparaît pas comme ça. Il y a forcément une explication ! Une femme ! Ou je ne sais quoi d’autre… Il reviendra sans doute ! S’exclama-t-elle cette fois en colère.
— Avez-vous confiance en votre mari ? Insista Emmy.
— Oui, madame. Mais j’avoue ne plus savoir quoi penser… Répondit-elle hésitante au bord des larmes.
— Quelqu’un en voulait-il à votre mari ? Un voisin mécontent ? Un parent d’élève furieux ?
— Non, pas que je sache. Mon mari était calme et discret…
— Pourquoi employez-vous le passé Madame Velet ? Demanda Emmy sur un ton ferme pour la faire réagir.
— Je ne sais pas…
— Pensez-vous au pire également ? Insista la profileuse.
— À vrai dire, oui… Il n’aurait jamais manqué de cours en début d’année scolaire. Il critiquait fortement ceux qui le faisaient.
— Merci Madame Velet. Vous pouvez compter sur nous pour retrouver votre mari. Je vous souhaite une bonne journée.
Emmy avait à nouveau remarqué l’angoisse de la jeune femme. Elle était persuadée qu’elle savait quelque chose qu’elle leur cachait délibérément. Le commandant de Chauvet avait assisté à l’interrogatoire sans dire un mot. Il était bluffé par la détermination d’Emmy Gibson. Il avait détecté un grand charisme, derrière son air négligé.
Elle aperçut les parents de Maxence qui discutaient avec leur belle-fille. Son beau-père la prit dans ses bras et la serra un long moment. Emmy s’avança vers eux pour les saluer et les inviter à la suivre dans la salle d’interrogatoire. Elle leur proposa un café qu’ils acceptèrent. Emmy leur posa les mêmes questions qu’à leur belle-fille. Ils apportèrent quasiment les mêmes réponses, ce qui ne surprit pas la profileuse. À l’inverse de l’épouse, ils posèrent par contre à leur tour plein de questions. Allaient-ils retrouver leur fils ? Serait-il vivant ? Qui pouvait lui en vouloir à ce point ? Avaient-ils avancé dans l’enquête ?
Le commandant Pierre de Chauvet comprit très vite ce qu’Emmy cherchait. Il était vraiment impressionné par son intelligence et sa détermination. Elle avançait bien plus vite qu’eux. Le laboratoire d’expertise informatique, à travers son directeur, Mohamed Gounann, titulaire d’un troisième cycle à l’université de Lille 1 et formé par l’IREJ (Institut régional d’expertise judiciaire, et au Computer Crime Institute (Dixit University – USA), expert judiciaire membre actif de la CNEJITA (Compagnie Nationale des Experts de Justice en Informatique et Techniques Associées), venait de rendre son rapport en un temps record. Aucune information concrète n’avait pu être détectée dans l’un des ordinateurs saisis. Le commandant était déçu alors qu’Emmy s’en doutait.
— Cela vous inspire-t-il quelque chose ? On dirait que vous vous y attendiez ! S’avança-t-il maladroitement.
— Je suis surtout inquiète pour être franche. Cela ne m’inspire rien qui vaille.
— C’est-à-dire ?
— Cyber-attaque, espionnage, terrorisme, ou même pédophilie… Un truc dans ce genre !
— Non ! Vous n’y pensez pas ? S’inquiéta aussitôt le commandant de Chauvet.
— J’en suis persuadée ! Rétorqua Emmy sûre d’elle. Il faut maintenant creuser.
— Souhaitez-vous déjeuner sur Valenciennes ?
— Oui, mais léger. J'aimerais rencontrer le proviseur et Paul, le collègue.
— OK, je prends l’adresse du lycée.
Ils déjeunèrent rapidement au « Président », un restaurant situé sur la place d’Armes, proche du lycée. Ils furent ensuite reçus par le chef d’établissement. Emmy lui posa une flopée de questions qu’elle avait une fois de plus minutieusement préparées. Elle était très attentive à ne pas devoir répéter les mêmes questions aux mêmes personnes, mais plutôt à les croiser, afin d’obtenir des résultats probants. Le proviseur collabora du mieux qu’il put. Il était choqué et très ennuyé par cette disparition en pleine rentrée scolaire. Les deux enquêteurs découvrirent que Paul, le collègue de Maxence, était le responsable informatique du lycée. Ses ordinateurs, professionnels et privés, furent saisis. Emmy lui expliqua que pour avancer dans une enquête, il fallait d’abord écarter toutes les possibilités, surtout les proches. Il coopéra également le mieux possible.
Emmy et Pierre de Chauvet étaient ravis de la masse d’informations récoltée en une journée. Ils firent le point au bureau.
— Que pensez-vous de la disparition de Maxence Velet, tenta le commandant.
— Je suis persuadée qu’il est mort, assassiné dans les mêmes circonstances que Victor Mage.
— Qu’est-ce qui vous le prouve ?
— Anaïs Velet ne nous a pas signalé qu’il manquait des affaires personnelles de son mari à part son cartable avec lequel il était parti travailler le matin.
— C’est exact !
— Plus de retrait d’argent, pas de bornage téléphonique, pas d’appel chez lui malgré l’amour qu’il porte à ses enfants… Et surtout s’il ne lui manque pas de vêtement, c’est qu’il est à poil ! Sourit-elle.
— Pas forcément, quelqu’un a pu lui en prêter.
— C’est peu probable.
Emmy reprit le train pour Lille. Alors qu’elle descendait sur le quai, il lui sembla reconnaître une jeune femme. Elle sortit rapidement la photo de sa disparue. Bingo ! C’était bien elle ! Elle n’en revenait pas. Le taux de probabilité de tomber sur Julie Vraq était quasiment nul. Elle ne courut aucun risque. Elle la suivit discrètement jusqu’à un appartement situé au troisième étage d’un immeuble. Ce qui allait simplifier son interpellation. Elle appela François Leblanc, son responsable, qui lui envoya le lieutenant qui suivait l’affaire. Celui-ci arriva plus de quarante minutes plus tard, ce qui parut être une éternité à Emmy. Cette dernière frappa à la porte et sans tarder passa les menottes à la jeune femme.
— Attention, Madame, j’attends un bébé, s’écria Julie paniquée.
— Bien. Nous allons juste vous interroger au poste de police. Vous êtes recherchée. Savez-vous pourquoi ?
— Oui, j’ai fugué de chez mon petit ami.
— Vous serez relâchée quand nous aurons contrôlé votre identité et vérifié que vous êtes en sécurité.
Ils emmenèrent Julie Vraq au poste, tandis que deux agents de police prirent les dépositions du voisinage. Le locataire du logement fut appréhendé à son travail, un magasin de chaussures situé à deux pas. Emmy et le lieutenant devaient s’assurer que la jeune femme n’était pas retenue contre son gré. Ils arrivèrent, sirène hurlante, au commissariat, où la jeune femme fut installée confortablement, vu son état.
— Expliquez-nous ce qu’il s’est passé, Madame Vraq, lui demanda gentiment le lieutenant.
— Mon ami me trompait et me brutalisait. Je me suis rapprochée du frère de mon collègue. On se voyait en cachette les après-midis où je ne travaillais pas. Puis je suis tombée enceinte. J’ai eu peur qu’il me frappe, je suis donc partie.
— Qui est le père de cet enfant ? La questionna Emmy.
— Mon nouvel ami. Mon ex ne me touchait plus depuis plusieurs mois. Il voyait une fille également.
— Pourquoi vous cacher ? Votre ex-ami a été suspecté par vos proches d’assassinat, madame, lui expliqua le lieutenant.
— Il refusait de me laisser partir tant que la voiture et un prêt en cours n’étaient pas payés. Il aurait découvert ma grossesse et s’en serait pris à mon nouvel ami. J’étais terrorisée. Je ne savais plus quoi faire. Je suis venue m’installer chez Aurélien qui prend soin de moi.
— Comment votre ex vous brutalisait-il ? Lui demanda Emmy.
— Il me giflait régulièrement et me tirait les cheveux. Le voisin d’en face était déjà intervenu pour me porter secours.
— Ces faits ont été effectivement portés au dossier. D’où la suspicion de meurtre sur votre ex-conjoint. Nous ne donnerons pas votre adresse. Nous allons simplement rassurer vos proches, surtout votre maman. Nous allons convoquer votre ex-ami et le sommer de ne pas vous importuner. Votre employeur s’inquiète également pour vous. Téléphonez-lui.
— Merci. Je contacterai ma mère et mon employeur si je suis assurée que mon ex me laissera en paix.
— Souhaitez-vous déposer une plainte ? Requérit le lieutenant. — Non, je veux juste être tranquille.
— N’hésitez pas à nous appeler et même à venir en cas de problème, la salua le policier content d’élucider une affaire de disparition inquiétante.
François Leblanc, le responsable de l’agence Exit félicita Emmy pour son sang-froid et son audace. Elle était décidément aussi efficace que ce que lui avait dit Dario De Souza. Il lui demanda de passer le lendemain signer son contrat dans les bureaux de Bruxelles.
Après une bonne nuit de sommeil, Emmy se rendit comme prévu à l’agence. Elle fut accueillie par Anna et Lucille, les deux secrétaires. Elles lui laissèrent le temps nécessaire de bien relire chaque document qui constituait le contrat. Emmy bloqua sur les trois articles qui précisaient qu’elle s’engageait à suivre un programme de mise en forme comprenant deux heures de courses à pied, une heure trente de natation et la pratique d’un sport de combat ou de self-défense, chaque semaine, dont la société prenait les frais en charge. Elle parapha et signa le tout. Anna lui remit un double de chaque exemplaire.
