Pripiat Paradise - Arnaud Tiercelin - E-Book

Pripiat Paradise E-Book

Arnaud Tiercelin

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Beschreibung

La découverte d'une autre réalité...Alors que Thomas ne rêve que de plages de sable fin et de siestes à l’infini, ses parents décident de l’emmener en vacances à Kiev, capitale de l’Ukraine, pas très loin de Tchernobyl.L’adolescent va y rencontrer Tanya, une étrange lycéenne… Mais pour quelle raison cette jeune Ukrainienne part-elle tous les jours avant le lever du soleil, pour ne revenir qu’au beau milieu de la nuit ?Un roman habile qui mêle intrigue et questions de société !EXTRAIT13 juinJ’ai eu un mal fou, mais j’ai fini par annoncer à mes potes que je partais pour l’Ukraine. Comme je le pensais, ils m’ont demandé quelle connerie j’avais faite pour qu’on m’envoie aussi loin.Mon pote Axel en a même rajouté une couche : « quand un joueur de foot est envoyé là-bas, c’est qu’il est en fin de carrière… »Quand je disais que c’était la poisse !CE QU'EN PENSE LA CRITIQUEUne collection coup de poing qui permet d'exercer son esprit critique et son imagination. Un court roman que l'on peut considérer comme le point de départ d'un débat avec des jeunes (des classes ou pas) sur la société actuelle. - Blog Les coups de cœur de GayaneÀ PROPOS DE L'AUTEURNé en 1981 à Parthenay dans les Deux-Sèvres, Arnaud Tiercelin est un auteur de littérature de jeunesse. Il a publié En Secret et S’échapper d’ici, deux romans pour les adolescents à l’École des loisirs, puis quatre livres pour les adolescents et les plus jeunes aux éditions du Rouergue. À côté de ses publications, il a participé au projet Haiyan, un recueil de textes dont les bénéfices ont été reversés à une association humanitaire.À PROPOS DE LA COLLECTIONLa collection Rester vivant est constituée de nouvelles et de romans qui parlent du monde d’aujourd’hui, en abordant sans détour les questions écologiques, sociales et éthiques qui émergent au sein de la société dans laquelle nous évoluons. Elle s’adresse en priorité aux pré-ados, aux ados… et plus généralement à tous les lecteurs qui résistent encore à l’asservissement des esprits, quel que soit leur âge. Ces livres ont pour ambition, en plus d’attiser l’imaginaire du lecteur, d’éveiller son sens critique et de poser un regard incisif sur nos comportements individuels et collectifs.

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Seitenzahl: 62

Veröffentlichungsjahr: 2017

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PRIPIAT PARADISE

Arnaud Tiercelin

Dans la même collection

■ Faits d’hiver (Cathy Ribeiro)

■ Jours de neige (Claire Mazard)

■ Jours de soleil (Claire Mazard)

■ La peau noire des anges (Yves-Marie Clément)

■ Le 9e continent (Dominique Corazza)

■ Les mains dans la terre (Cathy Ytak)

■ Orient extrême (Mireille Disdero)

■ Phobie (Fanny Vandermeersch)

■ Station Sous-Paradis (Jean-Luc Luciani)

■ Sur le dos de la main gauche (Anahita Ettehadi)

■ Traits d’union (Cécile Chartre)

■ Trouver les mots (Gilles Abier)

■ Virée nomade (Alain Bellet)

© Le muscadier, 2016 48 rue Sarrette – 75685 Paris cedex [email protected]

Directeur de collection : Christophe LéonCouverture & maquette : EspelettePhotographie de couverture : © Alessandro Lucca/EnolabrainConversion numérique : Mariane Borie

ISBN : 979-10-90685-82-6 ISSN : 2493-6170

Table des matières

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

Quatrième partie

Cinquième partie

La collection

L’auteur

Pour Julie, Adam et Rose

8 juillet_1O heures 13

Des voix sont entrées et on a juste eu le temps de se lever en coup de vent.

J’ai secoué Tanya qui s’était endormie.

Avec le sac à dos, nous sommes allés derrière la grande armoire dont la peinture ne tenait plus que par endroits.

— Sortez les mains en l’air! Vous n’avez rien à faire ici. C’est un endroit interdit aux visiteurs…

Tanya tremblait comme une feuille morte.

Je sentais son corps, blotti dans mon dos, plus affolé que moi.

Son sang circulait à toute vitesse dans ses doigts.

Comme j’aurais aimé l’emmener loin…

Mais il était trop tard. On s’était jurés de tout prendre. Un maximum. Pour ses parents, pour améliorer leur vie.

Alors, nous avons cessé de respirer.

— Nous sommes de l’armée d’Ukraine, sortez! Il y a une fuite à Tchernobyl. Sortez! La menace est imminente! Nous craignons une nouvelle explosion!

Dans un souffle, Tanya traduisait pour moi les mots des soldats en français. J’ai passé la tête et j’ai aperçu quatre hommes, armés, habillés en treillis vert militaire. Tous portaient un masque sur le visage.

Leurs pas continuaient de se disperser dans tout l’appartement.

— Nous savons que vous êtes là. C’est une folie de rester plus longtemps! Venez!

Mon souffle s’enfuyait, mes mains ne tenaient pas en place.

Mais c’était pas plutôt parce que je sentais la bouche douce et froide de Tanya sur ma nuque?

À mesure que les quatre hommes s’approchaient de la chambre, leurs compteurs Geiger s’accéléraient.

Ils tenaient leurs armes en joug.

Tout en marchant, ils évitaient consciencieusement les chaises, les tables, les meubles, la vaisselle renversée sur le sol.

Ils avaient dû recevoir des consignes très claires. Ne pas toucher à tous ces objets, mille fois plus radioactifs que l’air.

Plus mortels que le poison.

Ils ont slalomé et leurs rangers ont franchi la porte.

C’était la fin.

La petite musique du compteur s’affolait. Elle ne s’arrêtait plus, pareille aux battements de mon cœur.

Tanya pleurait en silence dans mon dos.

Elle répétait à l’infini que tout était de sa faute.

Mais comme nous l’avions décidé, pour Anton, pour Émilie, nous ne bougerions pas.

Nous ramènerions ce putain de sac à dos.

26 mai

Demain, c’est mon anniversaire. J’aurai quinze ans. Il paraît qu’à mon âge, des mecs comme Rimbaud avaient déjà révolutionné le monde. Rimbaud, c’est le poète préféré de ma prof de français. Et celui de ma mère, aussi. Normal, elle est prof de français.

Alors, j’entends souvent parler de lui. Rimbaud qui, selon ma mère, a changé le monde.

Sans rire! Moi, je reste modeste.

Pour demain, j’ai commandé un scooter.

27 mai

J’aurais peut-être dû prévenir la prof que c’était mon anniversaire. Elle m’a saoulé pour que j’écrive un texte de manière poétique. Cet exercice consistait, d’après elle, à développer notre imaginaire. Est-ce que Rimbaud a été obligé de faire des trucs aussi niais quand il était au collège?

Alors, comme je n’ai pas son talent, j’ai écrit des vers tel que « l’amour c’est comme une étoile magique et L. a des yeux magnifiques ».

J’ai écrit L.

J’ai pas osé écrire Lou en entier. Je trouvais que ça sonnait mieux.

C’était plus intime, quoi.

L… Comme libellule ou lune.

Ç’aurait pu s’arrêter là. Tout le monde aurait écrit son petit texte minable et basta, on passait à autre chose.

Mais non!

La prof a commencé à interroger des élèves pour qu’ils lisent leur poème à voix haute. Et comme je dois avoir une tête de bon élève, elle m’a désigné en premier. Carrément, au tableau. Comme en primaire.

Ma gorge s’est serrée en une seconde. La prof m’a fixé. Elle a croisé les bras comme pour dire « allez, à nous deux! ». Je me suis demandé si elle avait des comptes à régler avec moi pour m’infliger la honte. Ses yeux ne quittaient pas mes yeux. Je me suis donc levé. Je pesais trois cents kilos. Mes jambes avaient du mal à me soutenir. Heureusement, que je n’étais pas assis trop loin du tableau. J’ai raclé ma gorge pour accorder ma voix. En fait, c’était surtout pour vérifier qu’elle était encore là.

Elle aurait très bien pu s’enfuir jusqu’au Chili ou sur Saturne.

Et, franchement, je ne lui en aurais pas voulu…

J’ai respiré et j’ai lu. Pendant que je lisais, mot après mot, les ricanements montaient, les gloussements de tous ces enfoirés… Ah, ça! Ça n’a pas été facile de finir le poème mais j’ai fait comme Roger Federer quand il perd une finale, j’ai gardé le menton bien haut, j’ai tenu bon.

Après les cours, nous avions rendez-vous Lou et moi.

Elle m’a offert une gourmette avec nos deux prénoms gravés.

Elle portait la même. Comme ça, on était unis. Inséparables. Ça peut paraître tarte ou complètement ringard mais moi, après l’humiliation publique en cours de français, ça m’a fait du bien.

En rentrant chez moi, j’ai directement filé dans le garage pour aller voir mon nouveau scooter. Je nous imaginais déjà avec Lou.

Elle, m’enserrant dans ses bras.

Moi, le cœur et le scooter à mille à l’heure!

Tout autour du lac et avec le soleil qui tombait dedans, transformant le ciel en palettes de couleurs.

Mais non.

Rien.

Pas de scooter.

Comme pour mes quatorze ans.

Je suis rentré à la maison et à peine dans le couloir, ma mère a ouvert la porte de la cuisine en chantant « Bon anniversaire! »

Elle m’a tendu un paquet.

C’était peut-être un scooter gonflable?

J’ai ouvert. C’était un portable. Ah chouette, enfin un téléphone! J’ai quinze ans et je devais être le dernier de ma classe à ne pas avoir de portable. Le dernier à envoyer des textos sur des pierres taillées, livrés par des pigeons voyageurs!

OK. Ce n’était pas un scooter. Ça n’allait pas être la vraie vie, l’aventure, l’expédition à l’autre bout du monde, mais c’était pas si mal.

Le début de quelque chose. De l’indépendance je pourrais dire si je voulais jouer à l’adulte.

Quand ma mère m’a fait un grand sourire, c’est exactement ça que j’ai vu entre ses dents : le début de l’autonomie.

En fonçant dans ma chambre, après avoir fait deux bises à ma mère et l’avoir presque renversée comme à la fin d’un tango, j’ai créé mon premier contact et l’ai nommé :

Ma Lou.