Rendez-vous mortel(s) - Alain Gil - E-Book

Rendez-vous mortel(s) E-Book

Alain Gil

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Beschreibung

Drame causé par de la timidité, de la jalousie et, peut- être, d'autres raisons...qui se passe dans une région rurale, à la fin d'un conflit.

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Seitenzahl: 105

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Toute ressemblance avec des personnes, des lieux et des situations existants ou ayant existé ne pourrait être que fortuite.

Remerciements à Evelyne et Axel pour leurs précieux conseils,

ainsi qu’à Katia, Nadège et Raphaël pour leurs relectures attentives.

Remerciements également à Patricia pour sa belle illustration de couverture.

La timidité est la prison du cœur.(Proverbe espagnol)

Sommaire

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Epilogue

Partie 1

- Bon, vous êtes prêts les premiers danseurs ? Attention, je mets la musique, en espérant que la sono va marcher depuis le temps qu’elle n’a pas été allumée !

Lucien est content. Les premières notes retentissent, son appareil fonctionne toujours. Et c’est parti, les pas de danse s’enchaînent sur la place de la mairie de Château-sur-Bade, un joli village du centre du pays.

Lucien regarde les couples avec un brin de nostalgie. Car, avant le conflit, deux fois par semaine, les samedis soir et les dimanches après-midi, il sillonnait les communes aux alentours avec son matériel pour animer les bals. Sans compter les jours fériés où on faisait également appel à ses services.

Bien avant le début de la guerre, il y a déjà une vingtaine d’années, Lucien avait investi dans du matériel de sonorisation. Travaillant comme ouvrier agricole, en alternance dans plusieurs grosses exploitations, les animations qu’il assurait lui permettaient non seulement d’avoir un complément à son salaire mais également de rompre un peu la monotonie de sa vie.

Habitant toujours avec sa mère une petite maison d’un quartier de Château-sur-Bade, Lucien n’a jamais osé demander à cette dernière de lui raconter son histoire familiale et, de ce fait, il ne connait pas l’identité de son père.

Lucien est ce qu’on peut appeler un « vieux garçon ». Il a eu une déception amoureuse, il y a quelques années. Ayant eu du mal à s’en remettre, il préfère, pour le moment, rester célibataire et se contenter, à l’occasion, de « rencontres du samedi soir », pendant ou après les bals.

Ses activités d’animation permettaient aussi à Lucien d’assouvir son goût pour la musique et la chanson que lui avait transmis sa mère. Car, malgré cette vie faite de moments de solitude quelquefois difficiles à supporter, il l’avait toujours entendue chanter dans la maison, en faisant le ménage, en préparant les repas ou bien lors de son travail de couturière. Elle avait installé un petit atelier de couture dans la pièce à vivre de la maison. Et les gens du village et des alentours faisaient souvent appel à ses services. Quand elle ne chantait pas, elle allumait la radio pour écouter les derniers titres à la mode.

Aussi, très jeune, Lucien s’était mis à chanter avec un tel professeur à la maison. Si bien que pendant les animations, il lui arrivait fréquemment de « pousser la chansonnette », après avoir branché un micro à sa sono, tout en s’accompagnant, le plus souvent, de son accordéon. Un voisin lui avait appris à jouer de cet instrument et, après avoir économisé l’argent nécessaire, il avait pu s’en acheter un.

Mais, la guerre avait arrêté tout ça. Après la déclaration du conflit avec le pays frontalier du nord, la nation, mal préparée, avait été rapidement envahie par les troupes ennemies. Beaucoup d’hommes de la région et de la commune avaient été appelés pour grossir les rangs de l’armée et combattre l’avancée des adversaires. Situé au centre du pays, Château-sur-Bade était loin des zones des affrontements.

Peu de temps après, un autre état frontalier, situé lui au sud, est, à son tour, rentré dans le conflit et s’est rallié au pays du nord. Et les soldats de cet état du sud ont eu rapidement besoin de renfort pour progresser à l’intérieur du pays envahi car la résistance avait eu le temps de s’organiser. Si bien que l’état du nord a envoyé des soldats pour aider leurs alliés du sud et prendre la résistance à revers. Ces troupes ennemies n’ont fait que traverser la commune de Château-sur-Bade pour rejoindre le sud du pays.

Des attaques, lors du passage des convois adverses, ont eu lieu au sud du canton, du côté de Moutiers, au pied du Mont-Gangard. Un semblant de résistance s’était plus ou moins mis en place pour retarder l’avancée des soldats ennemis. Des groupes d’hommes, informés du passage des troupes adverses, se sont formés spontanément et répartis le long des routes empruntées par les convois, dans l’espoir de ralentir leur progression. Beaucoup possédaient des fusils de chasse et s’en sont servis pour tirer sur les soldats. D’autres posaient des troncs d’arbres et autres obstacles sur les chaussées pour arrêter les engins militaires.

Mais, face à l’équipement ennemi tant au niveau des armes que des véhicules, les actions des autochtones ont eu peu d’effet. C’est pour cela que ce n’était bien qu’un semblant de résistance au vu des moyens vraiment dérisoires et il y a eu beaucoup de morts du côté des opposants, à la suite des répliques des envahisseurs. Des hommes de Château-sur-Bade, ceux ayant dépassé l’âge d’être mobilisés ainsi que quelques jeunes qui, eux, n’avaient pas encore l’âge pour être enrôlés, faisaient partie des victimes.

Ajoutés aux nombreux soldats n’étant pas revenus vivants des conflits du nord ou du sud, pendant cette période, personne n’avait bien sûr le cœur à s’amuser.

Alors, comme la fin du conflit était annoncée car les dirigeants des pays envahisseurs étaient prêts à capituler, Lucien a pensé distraire les habitants de Château-sur-Bade en ces temps si terribles. Il est allé voir le maire, André Moreau, pour proposer de sortir sa sono afin de faire danser les habitants.

L’élu de la commune a hésité car, d’après les toutes dernières informations données à la radio, des troupes ennemies basées au sud continuaient les combats. L’annonce de la prochaine capitulation de leurs dirigeants n’était peut-être pas arrivée jusqu’à eux ou, alors, ils combattaient encore en signe de représailles, la défaite étant difficile à encaisser. Aussi, tant que les troupes n’étaient pas toutes mises en état de nuire, les populations pouvaient craindre des actions de malveillance. Il est vrai que pendant ce conflit les soldats de ces armées ont commis des actes odieux, impardonnables.

Mais devant l’insistance et l’enthousiasme de Lucien, le maire a fini par donner son accord. Une date a été fixée et la nouvelle s’est vite répandue dans les quartiers du village. Et ce moment tant attendu est enfin arrivé.

En pensant à cette soirée spéciale, Lucien s’était dit qu’il ne mettrait que des disques de musique. Il ne prévoyait ni de chanter ni de jouer de l’accordéon. Il ne voulait pas risquer de heurter la sensibilité des personnes présentes alors que le conflit n’était pas encore vraiment fini.

- C’est une bonne idée que tu as eu Lucien, s’écrie un danseur en passant devant la petite estrade où se trouve l’organisateur de la soirée et où est installée la sono.

- Cela fait du bien de retrouver une telle activité. On n’oublie pas nos morts mais on a l’impression de revivre enfin, ajoute sa femme en enchaînant des pas de valse.

C’est un couple d’un quartier du village mais Lucien a oublié leur nom de famille, ce qui ne l’empêche pas de les saluer.

Il y a beaucoup de couples au centre de la place mais il y a aussi du monde tout autour, les gens formant une ronde et applaudissant à la fin de chaque danse.

Comme dans tous les villages, la place principale, située au centre de Château-sur-Bade, était un endroit très fréquenté par toutes les générations. Entre les jeunes qui se réunissaient dans un coin pour discuter ou qui faisaient des tours de vélo et les plus anciens qui occupaient les bancs pour passer le temps ou qui jouaient aux boules, la journée, il y avait toujours de l’animation.

Au milieu de la place, se trouvaient deux rangées de tilleuls. A la belle saison, les soirs de forte chaleur, les effluves de ces arbres envahissaient l’espace et distillaient cette senteur de bien-être et de tranquillité. Sur un côté, il y avait la mairie encadrée par les deux écoles, séparées bien sûr, celle des filles et celle des garçons et, à l’opposé, l’église. Les deux autres côtés étaient bordés de maisons individuelles dont certaines avaient un commerce en rez-de-chaussée.

Justement, parmi ces commerces, il y avait le bar de Bernard. Devant le succès de cette soirée, il avait installé à la va-vite une buvette sur sa terrasse. Les gens se pressaient pour se désaltérer, surtout que le temps était chaud en ce printemps. Mais, aussi, pour partager ces moments de retrouvailles, l’esprit un peu plus léger.

Une grande partie du village s’était déplacée, seules les familles touchées par le décès d’un proche étaient restées derrière les volets entrouverts de leur logement.

Ne sont là, bien sûr, que les hommes qui ne sont pas partis au front ayant dépassé l’âge d’être mobilisés, au moment du début du conflit. Du front, sont également revenus les hommes blessés car, pour eux, la guerre était finie. Pour ceux qui sont encore sur les lieux des affrontements, il faudra attendre leur retour. Et la commune devra les accueillir avec tous les honneurs qu’il se doit. C’est pour toutes ces raisons qu’il y a beaucoup plus de femmes que d’hommes pour ce moment convivial.

Il y a aussi une bonne partie de la jeunesse du village et des alentours. Les filles n’hésitent pas à danser avec leurs mères ou leurs grandsmères ou ensemble. Les garçons sont plus réservés et préfèrent, le sourire en coin, regarder leurs copines. Tous ces jeunes se connaissent car ils fréquentent les mêmes établissements scolaires de la commune, écoles et collège. Et parmi les adolescents, il y a bien sûr « La bande des quatre garçons », comme ont été surnommés ces jeunes qui sont toujours ensemble.

Il est vrai que ces quatre-là se connaissent depuis longtemps. Ils sont devenus copains à l’école maternelle et, depuis, ils sont inséparables. Ils ont suivi leur scolarité élémentaire ensemble et, de même, au collège où ils sont en classe de troisième. En dehors des jours de cours, on les voit non seulement se réunir sur la place de la mairie pour discuter, mais, également, faire du vélo dans les rues du village et se recevoir à leur domicile respectif. Une équipe de football pour les adolescents a été créée par un professeur du collège et, bien sûr, nos quatre compères en font partie. Inséparables donc, comme les … cinq doigts d’une main !

Pourtant, ils sont bien différents que ce soit au niveau de leur personnalité ou de l’origine sociale de leur famille.

Il y a William, le second fils du propriétaire de la plus grande entreprise de Château-sur-Bade, la scierie Martin, qui emploie, en temps normal, la moitié des hommes de la commune. Là, évidemment, l’usine fonctionne avec un effectif réduit car beaucoup des ouvriers sont sur le front du conflit. C’est d’ailleurs pour continuer à faire fonctionner son entreprise que le père de William n’a pas été mobilisé.

Il s’agit d’une scierie familiale car c’est le grand-père paternel de William qui l’a fondée. Château-sur-Bade se situant dans une région très boisée, il a créé une scierie en achetant des arbres à des propriétaires forestiers. L’usine a été construite à l’ouest du village, sur les bords de la rive gauche de la Bade. La proximité du cours d’eau permettait de faire fonctionner des moteurs hydrauliques actionnant les premières scies mécaniques.

L’entreprise s’est vite développée et a permis l’embauche de nombreux ouvriers. Les bois coupés étaient vendus à des industries de menuiserie, d’ébénisterie et de construction. Devant l’ampleur prise par la scierie, la municipalité de l’époque a eu l’idée de construire un quartier ouvrier. A la périphérie du centre du village, le long de la Bade, entre le pont et l’usine, des maisons mitoyennes ont été construites.

Il s’agissait de maisons modestes, avec quatre pièces et un jardinet sur le devant, mais elles permettaient aux nouveaux employés de trouver tout de suite un logement avec leur famille quand ils arrivaient à Château-sur-Bade. De plus, les loyers étaient modérés. Plusieurs rues ont été créées dans ce coin du village. En complément, pour les locataires qui le souhaitaient, des jardins ouvriers étaient proposés, entre ce nouveau quartier et le pont sur la Bade.

Quand il a pris la succession, le père de William a modernisé l’entreprise si bien que, maintenant, l’usine Martin est l’une des scieries les plus importantes de la région !

La mère de William est la fille d’un riche propriétaire terrien et forestier de la commune auquel l’entreprise Martin achète du bois, depuis longtemps.

La famille habite une belle maison bourgeoise au centre du village. Là aussi, il s’agit d’un bien familial. Car, les grands-parents de William ont laissé non seulement la direction de l’entreprise à leur fils unique mais, également, cette demeure quand il s’est marié.