Rochefort - Camille Azény - E-Book

Rochefort E-Book

Camille Azény

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Beschreibung

À l’ombre de l’Hermione et de la Corderie Royale, la petite cité militaire de Rochefort-sur-Mer offre un cadre de vie paisible et rassurant. Pourtant, d’étranges lettres annonçant des assassinats imminents sont adressées à certains habitants et sèment la terreur.
Conformément à ses déclarations manuscrites, Léon Parateau, l’auteur des lettres, tue froidement, à plusieurs reprises et sans mobile apparent.
Élodie Roy, jeune capitaine de gendarmerie récemment incorporée à la Brigade, va mener une enquête au long court pour tenter de découvrir le fil conducteur qui relie ces meurtres.
Un suspect trop ordinaire, des victimes trop innocentes, un passé trop bien dissimulé…
La trame devient rapidement un incroyable tissage…

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Veröffentlichungsjahr: 2020

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Camille Azeny

Rochefort, les lettres assassines

Roman

Madame, Monsieur,

J’aimerais que vous portiez une considération toute particulière aux informations dont vous allez prendre connaissance dans cette lettre. Évidemment, je conçois que la découverte de son contenu puisse générer des doutes. Mais, sachez que je me livre en toute sincérité. Véritablement.

Pour commencer, et pour vous prouver ma bonne foi, je vais me présenter. Je m’appelle Léon Parateau. Je viens d’avoir 42 ans, le 18 septembre de cette année. Je suis originaire de la région. Mes parents habitent encore dans un petit village, sur la commune de Saint-Savinien, situé entre Saintes et Rochefort. J’imagine que vous allez vous empresser de les interroger. D’avance, je vous remercie de ne pas trop les bousculer. Ils vous affirmeront n’être au courant de rien, et vous pouvez les croire. Mon enfance fut plutôt heureuse. Évitez de perdre votre temps avec d’inutiles recherches sur ce point, car elle n’est aucunement en lien avec ce qui va suivre.

Je n’irai donc pas par quatre chemins. Je vais tuer une femme. Je ne sais pas encore comment. Mais elle est de toute façon condamnée. Et si je vous en informe, c’est que je l’ai déjà choisie. Il s’agit d’Hélène Maguire. Elle habite dans le centre-ville de Rochefort. Je ne connais pas son adresse exacte, mais je sais qu’elle est d’origine irlandaise. Je n’ai aucune revendication particulière. J’ai décidé de la tuer. C’est tout.

Cela se passera dans la semaine.

Ne cherchez pas d’éventuelles ressemblances avec d’autres crimes, je n’ai jamais tué auparavant.

Chapitre 1

On aurait pu imaginer que ce courrier ferait l’effet d’une bombe et que les officiers de la gendarmerie se précipiteraient au domicile de cette femme, afin d’assurer sa protection. Mais il ne fut pas envoyé à la gendarmerie ni à la police municipale ni même à la mairie. En effet, il fut déposé dans la boîte aux lettres d’Elsa Legaux, une étudiante à l’école d’infirmière de Rochefort. Dès qu’elle en prit connaissance, elle appela son père qui lui conseilla de se rendre aussitôt à la gendarmerie.

Malheureusement, malgré son empressement, pour Hélène Maguire, il était déjà trop tard.

Nous sommes en direct de Rochefort, en Charente-Maritime. D’apparence paisible, la ville vient d’être le terrain de l’horreur. Un homme a froidement assassiné une jeune femme, en pleine rue. La gendarmerie est sur le pied de guerre. Mais, à ce stade, il n’y a visiblement aucun suspect.

Julien BRUN pour BFMTV

Il y a plusieurs mois, l’Hermione faisait les gros titres. Emblème de Rochefort, le bateau fait désormais le tour du monde. Mais aujourd’hui, c’est une bien triste nouvelle qui nous amène dans cette ville. En effet, une jeune femme vient d’être assassinée en pleine rue. Nous connaissons maintenant son identité, il s’agit d’Hélène Maguire, une trentenaire d’origine irlandaise qui vivait là depuis trois ans.

Boris PARILEAU, TF1

D’après nos informations, une lettre, dans laquelle un individu prévenait de son futur homicide, aurait été reçue par la gendarmerie le jour de sa mort. Rien n’est confirmé pour l’instant, mais plusieurs sources concordent sur ce fait.

Liliane PETROWISTE, FRANCE 3 Régions

*

Dans le bureau du capitaine de gendarmerie Élodie Roy, l’ambiance s’électrisait.

— Mademoiselle, je comprends vos peurs. Mais je me dois de vous poser toutes ces questions.

— Mais, puisque je vous dis que je ne le connais pas, ce type. J’ai trouvé son courrier... Je vous l’ai amené tout de suite. Qu’auriez-vous voulu que je fasse de plus ? s’emporta Elsa, exténuée.

La jeune fille était tétanisée. À la première lecture de la lettre, elle avait cru à une farce. Les événements s’étaient enchaînés à une telle vitesse, que tout cela lui paraissait quasiment irréel, échappant à son contrôle.

Par contre, la vision de ces photos, posées sur le bureau, celle de cet homme, l’auteur de la lettre, et de cette femme, Hélène Maguire, la victime, rendait cette histoire atrocement vraie.

— Vous êtes certaine de ne l’avoir jamais rencontré ? Regardez-le une nouvelle fois ! insista Élodie.

— Ne m’y obligez pas ! Je vous certifie que je ne l’ai jamais vu. Ce n’est pas possible ! Pourquoi m’a-t-il choisie ? Moi ? Je ne lui ai rien fait à ce mec ! s’écria-t-elle en sanglotant.

Elsa sembla tout à coup succomber à une crise d’angoisse. Son corps se mit à trembler comme une feuille. Ses yeux étaient à la limite de se révulser.

La capitaine Élodie Roy ordonna alors d’ouvrir la porte afin que ses parents puissent la rejoindre. Son père se précipita à ses côtés et l’aida à sortir du bureau. Lui et la gendarme échangèrent un regard. Elle ne perçut pas de haine mais de l’incompréhension.

Tandis qu’ils quittaient les lieux, le téléphone d’Élodie sonna. Une nouvelle fois !

— Monsieur le maire, re-bonjour. Je vous ai déjà dit que je vous tiendrai au courant. Vous serez le premier informé, je vous l’assure. Mais arrêtez de m’appeler et laissez-moi faire mon travail. Vous comprenez ?

La discussion n’alla pas plus loin. La jeune capitaine était tout juste en poste, elle était obligée de s’imposer. La pression était à son comble. Les informations avaient fuité à propos de la lettre. Chacun attendait rapidement des réponses. Elle se devait de garder la tête froide, l’enquête était forcément particulière. Un homme qui se dénonçait avant même de passer à l’acte en révélant le nom de sa victime, personne n’avait jamais vu cela.

Les perquisitions chez Léon Parateau n’avaient rien donné. Aucun indice et évidemment, aucune trace de lui. Ses voisins ne l’avaient pas aperçu depuis plusieurs semaines et sa voiture était là. Il circulait probablement avec un véhicule volé, cependant rien ne concordait non plus avec les dernières déclarations. Concernant la victime, il n’y avait aucun lien avec le suspect. D’après ses proches, elle menait une vie tranquille, certes loin de sa famille, mais avec beaucoup d’amis. Serveuse dans un bar sur le vieux port de La Rochelle, rien ne semblait la prédestiner à ce funeste destin.

*

Elsa avait la chance d’être bien entourée. Ses parents avaient décidé de rester à ses côtés toute la semaine. Elle était forcément effondrée par ce qui venait d’arriver. Elle s’en voulait de ne pas avoir été plus vite, relevé son courrier plus tôt et appelé la gendarmerie, au lieu de s’y rendre et d’attendre que quelqu’un daigne l’écouter. Elle se disait aussi qu’elle aurait pu aller voir directement Hélène, pour la prévenir et lui montrer la lettre. Même si elle ne la connaissait pas, peut-être aurait-elle pu la trouver avant que ne se déroule l’irrémédiable.

— Tu as fait ce que tu devais faire. Ce n’est pas ta faute, tenta de la rassurer sa mère.

Après leur entrevue, la capitaine Roy l’avait recontactée. Elle lui avait conseillé de retourner à l’école et d’essayer de faire comme si rien ne s’était passé.

Étrangement, les journalistes n’avaient pas été informés que c’était elle qui avait reçu la lettre. C’était un moindre mal. Dans le cas contraire, on pouvait imaginer l’afflux à la porte de son appartement.

Brigitte, sa mère, préféra qu’elle reste au moins une journée tranquille, en leur compagnie. Tout ceci était arrivé seulement la veille, c’était encore trop frais. Elle savait qu’elle n’avait pas fermé l’œil de la nuit, il fallait qu’elle se repose.

Elsa était avec sa mère dans sa chambre, tandis que son père observait à la fenêtre. La rue était calme, les passants se faisaient rares. Ils avaient choisi ensemble ce quartier, avec cet appartement au premier étage, dans ce modeste immeuble qui n’en comptait que deux. Pour ses études, cet endroit paisible avec une dame âgée comme unique voisine au rez-de-chaussée était l’idéal. Les conditions étaient parfaites. Malgré tout, le père savait très bien que sa fille sortirait de temps à autre. Il avait confiance en Elsa, elle était sérieuse. Il ne pouvait pourtant s’empêcher de s’en vouloir, parce que s’il avait pris un autre logement, sa fille n’aurait peut-être pas reçu ce courrier. Sur l’enveloppe, c’était bien son nom qui était inscrit, mais aucun élément de la lettre ne faisait directement référence à Elsa. L’auteur l’avait probablement choisie au hasard.

Soudain, il aperçut un individu s’approcher de la porte de l’immeuble. Il s’agissait du facteur. Lui non plus n’avait aucune idée de ce qu’il avait déposé ici. Sa fille était toujours dans sa chambre. En général, elle ne recevait pas beaucoup de courrier. Il était peut-être entré pour la voisine. Il voulut en avoir le cœur net et s’empressa de descendre les escaliers. Arrivé dans le hall, le facteur avait déjà quitté les lieux. Il ouvrit la boîte aux lettres et découvrit une nouvelle enveloppe. Le nom d’Elsa y était indiqué.

*

Élodie tentait de comprendre. En poste à la gendarmerie de Rochefort seulement depuis quelques semaines, la jeune femme ne s’imaginait pas être confrontée à une semblable affaire si rapidement. Seule dans son bureau, elle essayait de se mettre à la place du tueur présumé. Oui présumé car, pour l’instant, rien ne confirmait qu’il était l’assassin d’Hélène. Tout était allé tellement vite. Personne ne pouvait affirmer avec certitude que la personne qui avait tiré était Léon Parateau. Après la détonation, les quelques passants avaient simplement vu ce corps gisant sans vie sur le sol. Et, concernant la lettre, comment être sûr qu’il en était l’auteur ? Elle avait très bien pu être tapée par quelqu’un d’autre. Elle n’était pas signée, c’était sans doute volontaire. Mais alors, pourquoi avait-il disparu, s’il ne l’avait pas envoyée ? Elle reprit la déposition de sa mère.

Nous ne l’avons pas vu depuis plusieurs semaines. Une femme ? Non ! Il a toujours été célibataire. Mais ce n’est pas un garçon à problème. Il est gentil. Très gentil. On ne se plaint jamais de lui. C’est une bonne personne, je vous assure.

La suite lui sembla sans intérêt, hormis la confirmation de ce qui était indiqué sur sa lettre : une enfance heureuse et des parents choqués à sa lecture.

Son téléphone sonna. C’était l’un des deux brigadiers qu’elle avait envoyé pour interroger le patron de Parateau sur son lieu de travail : une pépinière en pleine campagne, à quelques kilomètres de Rochefort.

— L’homme a pris deux semaines de congé, il y a un mois. Il n’est jamais revenu. C’est quasiment le même témoignage que ses parents, un individu discret, poli, qui ne fait pas de vagues. Ils n’ont pas compris pourquoi il n’est pas revenu travailler.

— Vous leur avez montré la lettre ?

— Oui, son responsable n’arrive pas à croire qu’il ait pu l’écrire.

— Sinon, rien de nouveau ? s’énerva-t-elle.

— Non, rien !

Soudain, de violents coups portés sur la porte de son bureau la firent presque bondir de sa chaise. Elle aperçut l’individu à l’origine du tapage.

— Je vous rappelle, dit-elle en raccrochant.

*

Les journalistes affluaient et la ville était prise d’assaut. Un meurtre avec un tel scénario allait sans conteste intéresser les foules car, tous savaient qu’un homme avait envoyé une lettre pour prévenir de son méfait. Ils connaissaient également son identité. Son visage était sur toutes les chaînes de télévision. L’information tournait en boucle.

Pris de court, le procureur avait saisi l’occasion pour donner une conférence de presse, en demandant à tous ceux qui disposaient d’informations sur Léon Parateau, de se rapprocher de la gendarmerie de Rochefort et spécialement de la capitaine Élodie Roy, en charge de l’enquête.

Personne ne savait comment les informations étaient arrivées jusqu’aux médias. Le procureur avait ordonné à Élodie de faire preuve de vigilance sur les prochaines avancées qu’il espérait éminemment rapides.

Chapitre 2

L’aire de jeux moderne, où se retrouvaient de nombreux enfants, semblait étrangère au tumulte qui s’était emparé de la ville. Le lieu surplombait la Corderie Royale, monument gigantesque, connu pour son passé et son architecture grandiose. Quelques siècles plus tôt, on y construisait de solides cordes pour la marine royale française. L’endroit avait été transformé en musée, en médiathèque et qui savait ce que les prochaines années réserveraient à cet illustre bâtiment, hissé comme le témoin immortel de nombreuses décennies d’histoire.

Imperturbable, la Charente s’écoulait dans son lit un peu plus bas. Elle était là bien avant la pose de la première pierre à cet édifice. Les familles venaient souvent se promener sur ses berges. Mais aujourd’hui, le temps était maussade et les visiteurs se faisaient rares. Seuls quelques joyeux cris résonnaient, ces cris d’enfants qui jouaient dans des mondes imaginaires, inspirés par cette aire de jeux propice à l’enchantement.

Les parents observaient, certains avec appréhension, d’autres avec détachement. Le vaste jeu, construit à l’identique d’un navire, était pris d’assaut. Nombreux étaient ceux qui grimpaient par les cordages, tandis qu’un jeune garçon tenait solidement la barre. D’autres se poursuivaient et manquaient de faire chuter les plus petits. Un père aidait sa fille qui marchait depuis peu, à descendre du toboggan alors qu’un garçon plus âgé patientait péniblement derrière elle. Certains tombèrent, puis se relevèrent. Plusieurs se chahutèrent gentiment. L’endroit grouillait de vie.

Sur un banc, une femme en profitait. Elle souriait. Personne ne la suspectait ni ne s’étonnait de sa présence. Sans doute était-elle venue avec un enfant. Plusieurs parents l’avaient vue arriver, puis étaient repartis sans s’en soucier. D’autres l’avaient à peine aperçue, trop occupés à surveiller leur progéniture. Elle était pourtant bien là, silencieuse, le visage empli de joie, comme d’habitude.

Elle ne se cachait pas. Mais elle était seule.

Chapitre 3

Dans le bureau de la capitaine Roy, le ton monta.

— Comment ça ! Vous n’avez rien ? Ma fille est effondrée. Elle a peur ! Vous saisissez ?

— Évidemment. Je comprends parfaitement qu’Elsa soit effrayée…

Cet homme qui avait frappé violemment à la porte de son bureau, c’était le père d’Elsa. Quand Élodie l’avait aperçu, elle avait tout de suite vu à son visage que l’incompréhension des premières heures s’était transformée en sourde colère.

— Non, vous n’avez pas l’air ! Comment voulez-vous qu’elle reprenne l’école tant que ce type court toujours ? C’est impossible ! Et comment expliquez-vous que ce courrier soit arrivé chez elle ?

— Je n’en sais rien, monsieur Legaux. Malheureusement, je n’en sais rien ! Et croyez bien que je me mets à votre place. Mais pour l’instant, à part poster une équipe de surveillance dans la rue, je ne peux rien faire de plus. Vous a-t-elle apporté d’autres éléments dont elle ne se serait pas souvenue quand nous l’avons interrogée ?

— Non, rien ! Il faudrait déjà qu’elle réussisse à parler...

Lionel Legaux éprouvait toutes les peines du monde à se canaliser. Devant lui, la capitaine Roy n’en menait pas large.

— Sa photo est diffusée sur toutes les chaînes. Toutes les forces de gendarmerie sont sur cette affaire. Nous allons le trouver, tenta-t-elle de le rassurer.

C’était à la fois un homme meurtri et une véritable montagne qui se dressait face à Élodie. Il était imposant et il l’impressionnait. Malgré tout, elle percevait que sa rage n’était que celle d’un père effrayé à l’idée que sa fille puisse être en danger.

— Je peux vous certifier que nous faisons tout ce qui est possible pour le retrouver. Retournez auprès d’Elsa, elle a besoin de vous sentir proche d’elle.

Il finit par s’y résoudre. La porte claqua. Elle ne lui en voulut pas. Comment aurait réagi son propre père, dans de pareilles circonstances ?

Malgré tout, l’enquête n’avançait pas. Léon Parateau demeurait introuvable. Aucune piste ne se dessinait. Elle décida de relire scrupuleusement la lettre. Elle avait certainement laissé échapper quelque chose. Pourquoi l’envoyer chez Elsa, alors qu’elle paraissait être directement adressée à la gendarmerie ou à la police ? C’était incompréhensible, mais il y avait forcément une raison.

Chapitre 4

Souvent, elle partait la dernière. Pour donner le change, elle sortait un livre et en feuilletait les pages, tranquillement. Observée au début, elle savait que beaucoup s’étaient certainement posé des questions. Au fil du temps, elle était parvenue à s’intégrer au décor. Elle ne faisait pas de vagues et ne parlait pas aux enfants. Par conséquent, ils avaient réussi à l’ignorer, presque à s’habituer à sa présence. De temps en temps, elle s’absentait. Rarement plus de deux jours. Dernièrement, certains s’étaient même étonnés de ne plus la voir, jusqu’à ce qu’elle fasse à nouveau surface.

Aujourd’hui, le temps était grisâtre et les enfants peu nombreux. Seuls quelques-uns avaient bravé le froid. Les parents semblaient se connaître. Tandis que leurs petits jouaient, ils parlaient entre eux de la mort de cette femme et aussi de cette fameuse lettre. La veille, avant que la presse ne s’empare de l’affaire, tous y semblaient étrangers. La plupart étaient désormais inquiets et les autres faisaient mine de ne pas l’être. Cela se lisait sur leur visage.

La pluie fit son apparition. Chacun se dépêcha. La vieille femme, comme tous la surnommaient maintenant, rangea le livre dans son sac et déplia un parapluie. Elle aussi allait rentrer.

Chapitre 5

— J’ai décidé de la tuer. C’est tout ! répétait-elle à haute voix. J’ai décidé de la tuer... Mais pourquoi elle ? Et pourquoi nous en avertir ?

La capitaine Roy était dans l’impasse. Ses équipes n’avaient trouvé aucun indice sur la scène de crime. Un meurtre, en pleine rue, elle n’arrivait pas à croire que personne n’ait rien vu.

Jusqu’à présent, l’avis de recherche lancé contre Léon Parateau n’avait rien donné, si ce n’était quelques témoignages farfelus, indiquant qu’un individu lui ressemblant avait été aperçu dans divers endroits de France. Tout ceci avait été bien vérifié, malheureusement en pure perte de temps.

Elle relut également le témoignage des collègues et amis d’Hélène Maguire, la victime.

Non, tout allait très bien. Si elle avait l’air craintive ? Pas du tout ! Je l’ai embauchée l’été dernier. Au départ, elle devait faire la saison, et comme cela se passait très bien, je l’ai gardée. C’était la joie de vivre au quotidien, cette fille. Une vraie perle. Elle était peut-être un peu fatiguée ces derniers temps, mais à part cela... 

Je n’arrive pas y croire. Quand elle est arrivée en France, elle ne connaissait personne. En ce qui nous concerne, on s’est rencontrés en faculté de Droit à La Rochelle. Depuis, il ne se passait pas un jour sans que l’on n’échangeât un message. C’est horrible !

Elle avait un peu délaissé les cours, ces derniers temps. Mais elle s’assumait. Financièrement, je veux dire ! Ses parents s’inquiétaient beaucoup pour elle. La savoir loin, tout ça, on peut comprendre. Mais elle était toujours gaie, elle leur disait que tout allait bien. Les pauvres, ils doivent être dévastés.

Oui, elle avait des aventures. Souvent sans lendemain. Pendant quelque temps, je sais qu’elle a côtoyé un type. Un gars, un peu plus vieux, qu’elle avait rencontré au boulot. Mais, il est parti à l’autre bout du monde, alors ils ne se sont plus revus. Ce n’était pas le grand amour, elle s’en est vite remise.

Soudain, on frappa à la porte du bureau.

— Capitaine, on vient d’avoir le relevé des communications de la victime. Vous devriez y jeter un œil, dit le jeune brigadier Julien Chollin.

— Vous avez noté quelque chose d’anormal ?

— Un numéro étranger a cherché à la contacter la veille et le jour de sa mort.

— Ce sont sans doute ses parents ou quelqu’un de sa famille. Elle est irlandaise, il n’y a rien de surprenant.

— Peut-être ! Mais ce qui est sûr, c’est qu’elle n’a pas voulu répondre. Ils ont essayé plus de cent fois !

*

Deux jours s’étaient écoulés depuis le meurtre d’Hélène Maguire. Elsa avait réussi à dormir un peu. Il était dix heures. Brigitte, sa mère, patientait sur le canapé lorsqu’elle entendit sa fille se lever. Elle préféra ne pas lui parler. À l’évidence, elle était encore choquée. On l’aurait été à moins. Tenter de dédramatiser aurait été pire que de ne rien dire. Elle connaissait le tempérament et la sensibilité d’Elsa. Elle allait avoir besoin de se livrer, il suffisait de lui laisser le temps.

— Papa n’est pas là ?

— Non, il est sorti. Tu sais bien comment est ton père ! Il m’a affirmé qu’il serait présent pour le déjeuner. Déjà hier, il s’est éclipsé pendant quelques heures. Il ne supporte pas de tourner en rond. Ne lui en veux pas !

— Je le connais, ne t’inquiète pas.

Elsa se dirigea vers la cuisine puis se servit une tasse de café.

— Vous avez dormi sur le canapé ?

— Ton père s’y est assoupi. Moi, je suis restée dans le fauteuil. Pour tout t’avouer, on n’a pas beaucoup fermé l’œil. Et toi, tu as pu te reposer un peu ?

— Oui, je crois, dit-elle en laissant échapper un sanglot.

Brigitte s’empressa alors de l’enlacer. Elsa ne put masquer son état de choc. Son corps tremblait comme une feuille. Elle pleurait. Pendant quelques instants, elle avait oublié ce qui venait de se passer. Les images revinrent inévitablement : le visage de Léon et celui d’Hélène sur les photos que lui avait montrées la capitaine. C’en était trop pour elle.

— Calme-toi ! Je suis là, se contenta-t-elle de lui murmurer.

Dans le même temps, toutes deux furent surprises d’entendre des pas dans l’escalier. Ce ne pouvait pas être Lionel, il devait rentrer plus tard. Elles furent soudain saisies de terreur.

La porte s’ouvrit. Brigitte retint de justesse Elsa qui manqua de s’effondrer sur le sol.

— Ce n’est que moi, dit alors Lionel, en voyant les visages effrayés de sa femme et de sa fille.

Il s’approcha d’elles, puis les prit dans ses bras.

— C’est intenable ! On ne va pas pouvoir rester ici.

Chapitre 6

Nous sommes en direct de la place Colbert de Rochefort, dans le cœur historique, lieu célèbre où ont été tournées quelques scènes du film Les Demoiselles de Rochefort.

Aujourd’hui, l’endroit se passerait bien d’attirer les feux des projecteurs. En effet, dans une rue voisine, il y a deux jours, une jeune irlandaise, Hélène Maguire, a été froidement abattue. Pour l’instant, les forces de police sont toujours sur la trace de l’auteur présumé du meurtre : Léon Parateau, un quarantenaire originaire d’un petit village à proximité, qui s’est lui-même dénoncé dans une lettre envoyée à la gendarmerie de Rochefort. À ce jour, aucune trace de lui. Sa photo circule partout en France.

Cette histoire sordide a plongé la population dans une angoisse permanente. Nous avons tenté d’interroger des passants qui ont refusé de nous répondre. Le climat actuel est véritablement pesant.

Derrière nous, vous pouvez observer la mairie… 

Soudain, une détonation fit sursauter le journaliste.

— Tu as entendu ? On est toujours en direct ?

Le cameraman lui répondit par l’affirmative. Les passants criaient et se réfugiaient dans les commerces. La panique s’était emparée de la place.

 Nous approchons du lieu d’où provient la détonation. Nous passons devant l’église Saint-Louis. Il me semble qu’à quelques pas, il y a une école ou un collège. Tout ceci n’est pas préparé mesdames et messieurs... il y a des gens là-bas, ils sont regroupés autour de… enfin… je ne peux pas m’avancer pour l’instant… 

Les images étaient diffusées en direct. On pouvait percevoir l’horreur sur les visages et l’effroi du journaliste qui n’en menait pas large.

 Plusieurs personnes semblent entourer… peut-être une victime… Nous allons essayer de nous frayer un chemin. 

Des individus tentèrent de les repousser. Ils parvinrent malgré tout à passer. La caméra filma alors une femme, gisant sur le sol, dans une mare de sang. Elle se trouvait sur le ventre. Il était impossible d’apercevoir son visage. Un homme se tenait à ses côtés. Un homme âgé. Il pleurait.

— Dégagez d’ici ! La gendarmerie arrive. Foutez le camp, allez filmer ailleurs, cria un individu particulièrement énervé avec un tablier.

La foule lui emboîta le pas. Le journaliste et le cameraman furent repoussés.

Visiblement, nous venons d’assister à une nouvelle tentative de meurtre. 

L’image fut alors coupée nette.

*

La capitaine arriva sur les lieux. La foule évacuée, le décès fut rapidement constaté.

— En pleine rue et au beau milieu de la journée et personne n’a rien vu ?… C’est juste pas possible ! s’énerva Élodie.

Le corps emmené, l’ensemble des passants fut interrogé et malheureusement, les témoignages concordaient :

 Nous avons entendu un coup de feu, et quand nous nous sommes retournés, cette pauvre dame était allongée sur le sol. 

 Non, rien. Juste la détonation et puis cette femme... 

Le fleuriste du magasin devant lequel s’était déroulée la scène fut également entendu.

 J’étais en train de servir monsieur André. On l’appelle comme ça depuis des années. Son nom, c’est André Guérineau. Une fois par semaine, il vient acheter un bouquet pour son épouse qui l’attend sur le trottoir.

Dès qu’on a entendu le coup de feu, je me suis empressé de sortir. Ça s’est passé tellement vite. J’ai vu cette femme, par terre. C’était elle ! Je ne voulais pas qu’il la voie comme ça. J’ai pas pris le temps de regarder autour. Je suis désolé. J’aurais dû, mais dans l’affolement... Vous croyez que c’est le même homme qui a fait ça ? Celui qui a tué la jeune fille ?

La capitaine se garda bien de toute déclaration. La foule s’agglutinait de nouveau. Il régnait une sorte de curiosité malsaine, empreinte d’une terreur justifiée. Car, même si elle ne pouvait l’affirmer, la scène de crime ressemblait à la précédente. Mais pourquoi cette femme ? Et pourquoi maintenant ?

Les journalistes présents tentèrent de lui faire dire quelques mots, mais elle quitta rapidement les lieux. Le mari venait d’être emmené à l’hôpital.

Chapitre 7

La voiture fut chargée. Le trajet se fit dans un calme absolu. Brigitte et Lionel n’échangèrent pas un regard.

Elsa était assise sur la banquette arrière, l’air absent, le visage amorphe. Elle observait les paysages défiler. Moins d’une semaine auparavant, elle préparait son examen de fin d’année. Dans quelques mois, ce serait le diplôme. Elle pourrait alors chercher un emploi et entrer enfin dans la vie active. Mais ça, c’était le plan avant le meurtre.

Elle refusait d’imaginer comment se dérouleraient les jours à venir. Pour l’heure, elle repartait vivre chez ses parents. Son père avait décidé de la ramener pour mieux la protéger et la couper de cet environnement néfaste. Sa mère avait contacté son école, prétextant une maladie qui la tiendrait éloignée une à deux semaines au moins, sans toutefois en dire plus. Tout était organisé.

Dans l’esprit d’Elsa, ce trajet, c’était comme redevenir enfant. Son appartement, elle en avait tellement rêvé, pour enfin s’assumer seule et prouver à ses parents qu’ils pouvaient lui faire confiance. Revenir chez eux, sentir à quel point elle en avait besoin, c’était replonger dans ce statut d’adolescent, celui dont elle avait tant voulu se défaire.

Les kilomètres défilaient de façon surprenante. Plus elle se rapprochait de cette maison et de ces souvenirs heureux, plus elle se sentait de nouveau protégée. En quittant son appartement, elle laissait derrière elle cette sinistre affaire de lettre et ses conséquences. Pour l’instant, sa réflexion pouvait paraître simpliste mais elle était bien réelle. Un dernier virage et, à la vue du portail que sa mère irait ouvrir comme d’habitude, elle ressentirait un semblant de quiétude, comme si rien de tout cela n’était jamais arrivé.

*

Ses cartons n’étaient même pas déballés. Élodie demeurait assise sur son canapé. Adroitement, le brigadier Chollin s’était permis de lui dire que ses collègues et lui pouvaient prendre le relai. Elle avait alors décidé de s’octroyer quelques instants de répit pour se reposer. Mais comment trouver le sommeil dans de semblables circonstances ?

Le corps de cette pauvre femme sur le trottoir et les visages des passants, horrifiés par cette scène macabre, la hantait. Pour eux, ces meurtres ne se produisaient que dans les séries policières, pas chez eux, pas dans une petite ville de province !

Il n’y avait pas un bruit dans l’appartement. En arrivant, elle avait voulu allumer la télévision, puis elle s’était rétractée. Elle souhaitait garder l’esprit clair et ne pas se polluer avec les diverses interprétations des journalistes. Elle aurait aimé éviter tout ce tapage médiatique. Malheureusement, l’affaire n’avait pas tardé à être relayée. Un deuxième meurtre, dans des circonstances quasi identiques au premier, il était évident que cela allait faire grand bruit.

L’interrogatoire du mari de la défunte n’avait rien donné. Le pauvre homme était tellement choqué et effondré qu’il réalisait à peine ce qui s’était passé. Même leur fille, plus lucide, qui habitait à quelques centaines de mètres de chez eux, n’avait rien trouvé d’anormal ces derniers temps. C’était un couple des plus classiques qui, à aucun moment, n’aurait pu imaginer être lié à une pareille affaire.

Et si les deux meurtres n’avaient rien à voir entre eux ? réfléchit-elle à haute voix. Pourquoi être informé du premier meurtre et pas du second ? Pourquoi Léon Parateau, un individu sans histoire, disparaît-il du jour au lendemain, en adressant une lettre à une jeune étudiante, pour la prévenir d’un homicide ? Et pourquoi les parents d’Hélène ont-ils tenté de la joindre la veille de son assassinat ? 

Élodie savait pertinemment qu’elle ne trouverait pas le sommeil. Elle enfila sa veste et, malgré l’heure tardive, retourna à la gendarmerie. Il lui fallait reprendre depuis le début.

*

Depuis quelques jours, les parents de Léon Parateau restaient cloîtrés chez eux, dans un hameau à proximité de Saint-Savinien. Gérard avait même interdit à sa femme Simone d’allumer la télévision. Le téléphone n’en finissait pourtant plus de sonner. Au début, il s’agissait de membres de la famille qui s’inquiétaient au sujet de Léon. Maintenant, les journalistes réclamaient, avec plus ou moins de véhémence, une interview ou une simple réaction de leur part. Tous les prétextes furent utilisés, mais les portes demeurèrent closes.

Tous deux ne pouvaient croire en la culpabilité de leur fils. Leur fils unique. Ils avaient lu la lettre, celle dans laquelle il s’accusait du meurtre d’Hélène. Ce n’était pas lui, ce ne pouvait être lui !

La mère restait assise pendant des heures. Le père, lui, sortait dans le jardin entouré par une haie qui les protégeait du moindre regard extérieur. Depuis le début de cette affaire, ils s’étaient véritablement coupés du monde. Toutefois, personne n’est préparé à endurer cela. Cette solitude qu’ils imaginaient salvatrice devenait insoutenable. Les heures s’écoulaient, les jours passaient et Léon demeurait introuvable. La capitaine Roy leur avait promis qu’elle les tiendrait informés des avancées de l’enquête. Elle seule n’avait pas conclu à sa culpabilité. Quand elle était venue, elle s’était contentée de les interroger sur Léon et sur son passé. Lorsqu’elle leur avait montré la lettre, elle leur avait demandé s’ils pensaient que leur fils pouvait en être l’auteur. Spontanément, malgré les larmes et les cris d’effroi, ils avaient répondu non. Cela ne lui ressemblait pas et il en était incapable. Elle les avait alors quittés, sans donner d’indications sur ce qu’elle croyait réellement et faute de pouvoir se reposer sur quelqu’un d’autre, ils lui avaient accordé leur confiance.

Il était encore très tôt, une voiture venait de se garer devant chez eux. C’était elle ! Ils s’empressèrent d’aller ouvrir. Malheureusement, Élodie ne tarda pas à refroidir leurs espoirs.

— Nous n’avons toujours aucune trace de Léon. A-t-il tenté de vous contacter ou vous êtes-vous souvenus de quelque chose ? Un détail ?

— Non, absolument rien, répondit fermement Gérard, agacé par ces questions suspicieuses, lui qui avait tant espéré que la capitaine lui apporterait de bonnes nouvelles.

— Vous êtes certain que Léon ne connaissait ni Elsa Legaux ni Hélène Maguire ?

— Certain ! Comment voulez-vous que l’on en soit certains ? On ne contrôlait pas tous ses faits et gestes. Il était proche de nous mais…

Sa femme l’interrompit.

— N’en parle pas au passé ! Je ne peux pas entendre ça. Je ne veux pas ! termina-t-elle en sanglot.

L’énervement de Simone et son désespoir sincère jetèrent un froid glacial, si bien que chacun se cantonna au silence.

— Excuse-moi, lui murmura-t-il en s’approchant d’elle.

Malgré le désarroi des parents de Léon, Élodie se devait de continuer. Elle savait que leur inquiétude était véritable, mais un doute s’était installé dans son esprit. Simone avait le regard fuyant tandis que son mari ne cessait de l’observer, comme s’il redoutait ses futures réactions.

— Je pense que vous êtes au courant. Un autre meurtre a eu lieu. De nouveau une femme, Pierrette Guérineau. Ce nom vous évoque-t-il quelque chose ?

— Pourquoi demandez-vous cela ? Notre fils n’a rien à voir avec toutes ces personnes. Il a disparu ! Quelqu’un lui fait porter le chapeau, c’est sûr ! s’énerva Gérard.

— Je comprends votre réaction. Je cherche à découvrir la vérité, croyez-moi !

— Alors pourquoi perdez-vous votre temps avec nous ? On ne sait rien de plus que ce que l’on vous a déjà dit. Léon travaille dans une pépinière à quelques kilomètres, en pleine campagne. Il habite dans un petit village, seul. Oui, il est célibataire depuis toujours. Qu’allez-vous en déduire ? Qu’il peut avoir envie de se venger des femmes !

— Je n’en déduis rien. Je veux simplement comprendre pourquoi votre fils n’a plus donné de signe de vie depuis plusieurs semaines, ni à vous, ni à son employeur, ni à ses voisins. Et, s’il n’y est pour rien, je veux aussi que l’on m’explique pourquoi c’est son nom qui est mentionné sur ce papier ! s’emporta-t-elle subitement en posant une copie du document reçu par Elsa Legaux sur la table.

— Enlevez ça, s’écria alors Gérard.

Le vieil homme apparut véritablement secoué. Simone, quant à elle, n’osait pas regarder la lettre.

— Je l’enlève. Mais je crois que vous me cachez quelque chose. Je ne sais pas si c’est en lien avec l’affaire, mais plus je vous vois, plus je suis persuadée que vous refusez de tout m’avouer au sujet de votre fils.

— Sortez ! Si c’est pour nous dire ça que vous êtes venue, alors quittez notre maison ! ordonna Gérard, en se dirigeant vers la porte.

— Nous devrions lui dire, lâcha tout à coup Simone, tandis qu’Élodie se levait de sa chaise.

— Me dire quoi ?

— Tais-toi !

— Non, maintenant vous allez tout me révéler !