Si c’était le dernier jour - Célestine Adil - E-Book

Si c’était le dernier jour E-Book

Célestine Adil

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Beschreibung

Quand Julien décide de se venger d'une manière radicale d'un laboratoire d'analyses, ce sont plusieurs vies qui basculent, dont celle de Rebecca qui, se croyant atteinte d'une maladie incurable, décide d'en finir. Le destin met sur sa route Lionel, un tueur à gages disposé à l'aider. Sauf qu'une fois la vengeance de Julien mise au jour, la mission de Lionel n'a plus lieu d'être. Mais comment le retrouver, lui qui se fond dans la foule après avoir accepté la mission ?
C'est alors que le passé refait surface et qu'une histoire sordide de voiture meurtrière remontant à vingt ans se répète de manière inexpliquée.

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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CÉLESTINE ADIL

ET SI C’ÉTAIT LE DERNIER JOUR

MORRIGANE ÉDITIONS

13 bis, rue Georges Clémenceau — 95 440 ÉCOUEN (France)Siret : 510 558 679 00006 85 10 65 87 — [email protected]

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CHAPITRE 1

Il n’y avait pas d’échappatoire, le destin qu’elle avait voulu changer, se retournait contre elle. On ne défiait pas Dieu impunément, elle allait l’apprendre à ses dépens, pour preuve, la machine était en marche et il n’y avait aucune possibilité de l’arrêter.

Elle avait beau retourner le problème dans tous les sens, malheureusement pour elle, il n’y avait pas de solution, rien ne changerait l’issue fatale de sa vie, cette vie qu’elle avait choisie. Il fallait bien avouer qu’elle ne tenait plus qu’à un fil. Restait à savoir quand ce fil romprait, mais l’intérêt ne serait-il pas justement de ne pas savoir ? Si elle en était persuadée auparavant, il en allait différemment à présent. Les yeux rougis d’avoir tant pleuré, Rebecca s’approcha de la fenêtre et le regard dans le vague, remonta le temps jusqu’à ce jour maudit qui avait brisé sa vie. Son petit déjeuner avalé elle se précipita dans sa chambre. Elle devait passer la matinée avec Claire, sa meilleure amie et la sœur de celle-ci, pour cela elle avait pris sa demi-journée.

Le mariage approchait à grands pas et les derniers essayages étaient prévus ce matin. Elle était presque aussi impatiente que la mariée. Cette dernière lui avait proposé d’être sa demoiselle d’honneur et elle avait

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accepté avec fierté. Elle avait choisi pour les circonstances, une magnifique robe longue en mousseline de soie rose pastel avec un bustier drapé, tout comme la sœur de la mariée.

Quant à la robe de mariée, son amie avait choisi une robe princesse magnifique qui lui allait à ravir. En se dirigeant vers la salle de bain, son regard fut attiré par l’enveloppe qui était posée sur son bureau et qu’elle avait négligée depuis quelques jours. Elle prit le coupe-papier, l’ouvrit puis sortit la feuille. Dès que ses yeux se posèrent sur les premières lignes, elle se sentit mal, si mal, que son petit déjeuner n’allait pas tarder à remonter. Le plus sage était de se précipiter vers les toilettes, mais ses jambes tremblaient tellement qu’elle fut incapable de bouger. Il y avait forcément une erreur, ce courrier ne lui était pas adressé, elle en était certaine. Malheureusement, un coup d’œil en haut de la page lui confirma que c’était bien son nom et son adresse. Non, le problème n’était pas sur la feuille, le problème c’était elle, il lui fallait certainement des lunettes. L’explication c’est qu’elle avait dû confondre tous les résultats ! De son index elle suivit tous les résultats, ligne par ligne, pour en revenir au point de départ. Soit elle avait un gros, très gros problème, soit ...

Rebecca réfléchit quelques secondes, il n’y avait pas d’autre explication, elle avait un problème insurmontable. Elle était bien placée pour savoir interpréter les résultats. Malgré tout, elle voulut en avoir le cœur net sur le champ ! Forte de cette décision elle prit son portable et composa le numéro de son médecin qui était aussi un ami. En composant son numéro elle se demanda ce qui lui avait pris de faire un bilan, au moins avant elle ne savait rien et la vie était belle ... à l’autre

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bout de la ligne, ayant sans doute reconnu le numéro appelant, une voix s’exclama.— Je commençais à m’inquiéter de ton silence.— Je viens juste de voir les résultats. Rassure-moi, murmura-t-elle.

— Il y a forcément une erreur, ces examens définissent une personne que tu n’es pas. Une jeune femme de vingt- neuf ans en pleine forme n’a pas un bilan tel que celui-ci, confirma-t-il.

— C’est bien la réflexion que je me suis faite, mais tu avoueras, il y a très peu de chance pour que cela arrive ! dit-elle dans un souffle.— Très peu en effet, mais je n’explique pas autrement ce que j’ai sous les yeux, s’obstinait-il.

Malgré elle, des larmes se mirent à couler sur son visage. Comme s’il l’avait deviné, Christophe s’exclama.— Tu passes me voir et on refait un bilan complet, cela te va ? Ainsi il n’y aura plus de doute.

— D’accord, je passe en fin de matinée, dit-elle rassurée. Rebecca raccrocha, Christophe avait toujours été présent, lorsqu’elle avait besoin de réconfort, lui semblait- il. Ils s’étaient connus au collège, lors de son arrivée à Toulouse alors qu’elle n’avait qu’une dizaine d’années. En effet son père avait été nommé juge d’instruction au tribunal de grande instance de cette même ville. Ils avaient poursuivi une partie de leurs études ensemble. Il était devenu médecin généraliste et elle avait poursuivi avec passion, jusqu’à être l’une des plus jeunes pédiatres de la région. Les nouveau-nés la fascinaient comme au premier jour. Tous ces petits êtres étaient merveilleux. Elle pouvait rester de longs moments à observer ces petits bouts de choux sans défense, et à déceler parfois

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quelques anomalies. Le plus dur dans son métier, c’était l’annonce aux nouveaux parents du futur problème de leur enfant. C’était une chose terrible, elle avait beaucoup de mal avec cette facette de ce métier qui la passionnait.

Depuis quelques mois, elle se partageait entre les maternités et le cabinet que son amie Marie possédait. Celle-ci lui avait même proposé de devenir son associée à part entière, mais elle avait décliné son offre, lui expliquant qu’elle avait besoin de cette atmosphère qui régnait dans les maternités. Pour le moment cet état de choses lui convenait parfaitement, même si parfois elle était débordée, il ne lui viendrait jamais à l’idée de se plaindre.

Ces merveilleuses frimousses lui enlevaient toute lassitude et motivaient à fond son travail dans lequel, il fallait bien le reconnaitre, elle excellait. Son amie ne s’y était pas trompée, en lui proposant une place à ses côtés, elle savait qu’elle acquérait en sa personne, une valeur sûre pour son cabinet.

Rebecca était consciente qu’elle consacrait tout son temps à son travail, mais pouvait se le permettre. Elle vivait encore chez ses parents, elle n’avait donc pas de soucis pour entretenir son appartement ou bien s’occuper de ses repas. Ses deux frères se trouvaient dans la même situation. Étonnant qu’aucun d’eux ne soit marié, c’est d’ailleurs ce qui faisait le désespoir de ses parents, enfin surtout de sa mère qui attendait patiemment des petits enfants. Elle-même n’avait pas eu le temps de s’occuper de sa vie privée, à part Éric elle n’avait pas vraiment senti son cœur battre pour un homme. Le visage d’un géant aux boucles blondes apparut soudain à ses yeux, oui elle avait aimé cet homme, si son travail ne l’avait pas envoyé à l’autre bout de la planète ils auraient pu être heureux.

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Rebecca avait alors eu la sagesse de comprendre qu’Éric pouvait être envoyé n’importe où du jour au lendemain et y rester des mois. Elle savait aussi que son travail de journaliste était tout pour lui. Il était hors de question de lui demander, de choisir entre elle et son travail. C’est pour cette raison qu’elle avait mis un terme à leur relation. Malgré les supplications d’Éric qui ne comprenait pas ce qui motivait cette décision, elle réussit à imposer sa volonté, même si son cœur saignait, elle fut assez forte pour ne pas le montrer. Voilà à quoi pensait Rebecca en raccrochant.

En jetant un œil à sa montre, elle constata qu’elle avait un retard considérable, son amie devait déjà trépigner d’impatience. Comme une somnambule, elle prit sa douche et s’habilla.

Le cœur lourd elle prit son sac, ses clés de voiture et sortit. Par chance ses parents étaient en Égypte et ses frères déjà partis travailler, car elle se sentait incapable de faire comme si de rien n’était. Le problème c’était Claire, comment faire pour qu’elle ne s’aperçoive de rien ? Elle qui avait un don certain pour tout deviner ? Mon dieu et si c’était vrai, si vraiment elle était atteinte ?— Bonjour, Rebecca, c’est une belle journée qui se prépare.

Elle sursauta, perdu dans ses pensées elle n’avait pas vu Lucien Leors, qui l’observait inquiet.— Vous allez bien ? demanda-t-il.— Bonjour Lucien, ça va et vous-même ?— Oh moi ça va ! Je commence à trouver le temps long c’est tout, mais je suis sûr que je vais trouver à m’occuper.

De cela Rebecca n’en douta pas une seconde. Lucien était la personne la plus intègre qu’elle connaisse.

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En effet ses parents étaient partis depuis huit jours, ils commençaient à lui manquer c’était évident. Ils avaient toujours traité les Leors plus en amis qu’en employés. Lucien faisait office de chauffeur, de jardinier, il venait à bout de tous les problèmes, quels qu’ils soient. Quant à sa femme, elle s’occupait de l’intendance de la maison et était excellente cuisinière. Ils avaient deux fils, l’ainé était marié et vivait dans la région, il avait deux filles qui faisaient le bonheur des grands-parents, lors du déjeuner dominical. Le plus jeune était parti en Angleterre et avait trouvé sa tendre moitié là-bas. Malheureusement pour les Leors il ne revenait en France que pour les fêtes de fin d’année et quelques jours en été. Angelina en avait été très affectée au début, mais voyant son fils heureux dans cette union, se réconfortait en songeant que c’était sa vie et que c’était celle-ci qu’il avait choisie.

— À plus tard, Lucien.— Bonne journée, Rebecca.

Elle s’installa au volant du magnifique 4x4 que son père venait de lui offrir, mais aujourd’hui ne ressentit aucun plaisir en le démarrant.

Pendant le trajet de noires pensées ne cessaient de venir à son esprit et si c’était vrai ? On pense toujours que cela n’arrive qu’aux autres, mais cela peut arriver à n’importe qui et cette fois-ci c’est sur elle que c’est tombé. Elle ravala ses larmes en voyant son amie surexcitée qui l’attendait devant le portail.— Tu as failli me faire mourir d’impatience !— Excuse-moi Claire je n’ai pas vu l’heure passer.— Tiens gare-toi là on prend ma voiture. Ma sœur nous rejoint directement à la boutique. Allez dépêche-toi.

Oh là là, comment allait-elle tenir la matinée ? 8

— Rebecca réveille-toi un peu, tu n’es plus dans ton lit ! se plaignit son amie.— Mais Claire arrête de sauter partout ! Si tu commences ainsi je me demande comment tu vas être le jour du mariage.

— Tu as raison excuse-moi, maman m’a déjà fait la même remarque ce matin, mais c’est plus fort que moi.

Malgré elle un sourire apparut au coin de ses lèvres, l’état d’excitation de son amie était tout à fait légitime à quelques semaines du mariage.

Finalement la matinée se passa mieux qu’elle ne l’avait espéré, son amie, si elle se rendait compte de son état ne lui avait fait aucune remarque. La styliste étant une professionnelle jusqu’au bout des ongles, l’essayage fut un pur moment de détente pour elles trois. Claire serait une mariée magnifique, sa robe était de toute beauté, ce fut sans doute ce qui la calma. Grand soulagement pour toutes quand la créatrice annonça qu’il n’y avait plus de retouche à faire et que les robes seraient disponibles dès le lendemain matin. Il fut convenu que les demoiselles d’honneur prendraient la leur le lendemain. Sur le chemin du retour, Claire était pensive, Rebecca se demanda si elle avait remarqué quelque chose, auquel cas les questions n’allaient pas tarder à arriver et elle se sentait incapable d’y faire face. Elle s’attendait au pire quand son amie lui proposa tout simplement de déjeuner ensemble, chose qu’elle refusa, prétextant quelques rendez-vous.

Arrivée à destination Rebecca s’empressa de quitter son amie, s’installa et démarra son 4x4 afin de se diriger vers le cabinet de son ami. Elle avait hâte d’y être et de récupérer les ordonnances qui le lendemain lui permettraient de reprendre sa vie en main. Il lui semblait

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que d’ici là elle avait une éternité à attendre. La salle d’attente était pleine, elle prit place sur la dernière chaise vide. Christophe Maeste malgré son jeune âge, était connu pour être l’un des meilleurs généralistes. Dès qu’il la vit, il fit patienter la patiente qui s’apprêtait à le saluer et fit entrer Rebecca dans son bureau.

— Voici tes ordonnances, ainsi nous en aurons le cœur net. Je ne comprends pas ce qui a pu se passer. Une chose est certaine, il y a eu erreur quelque part et ça, c’est grave, c’est très grave même, s’écria Christophe.

— Je te laisse, tu as beaucoup de travail. Merci pour ce que tu es Christophe, murmura Rebecca.

En sortant, elle s’arrêta à la boulangerie, elle n’avait pas faim, mais elle devait s’alimenter pour tenir jusqu’au soir. Elle prit un sandwich et une boisson et s’installa à une des tables qui était prévue pour la dégustation.

Son après-midi était chargé, mais aujourd’hui plus que les autres jours l’idée d’une quelconque lassitude ne lui effleura même pas l’esprit. Elle était prête à travailler jour et nuit pour oublier la noirceur de sa vie.

Assise à son bureau, son regard s’attarda longtemps sur l’écran de l’ordinateur, brusquement sa main saisit la souris, l’heure de vérité avait sonné, elle ferma les yeux et inspira profondément, prenant son courage à deux mains elle cliqua plusieurs fois. Avant de valider le dernier clic elle inspira et expira lentement puis cliqua, la page avec les résultats de son bilan s’ouvrit aussitôt, ses yeux les parcoururent attentivement, son visage se décomposa, atterrée elle se dirigea vers la salle de bain et s’aspergea le visage d’eau froide puis un torrent de larmes envahit son beau visage. Le doute n’était plus permis, elle était atteinte de cette terrible maladie qui

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atteint les fonctions vitales, progressivement. Elle était bien placée pour savoir qu’il n’y avait aucune guérison possible. Heureusement, ses parents n’étaient pas encore rentrés et ses frères déjà sortis, quant à Angelina elle savait qu’elle ne viendrait pas la déranger. Son corps fut pris d’un tremblement inexplicable. Incapable de se maitriser davantage elle éclata en sanglots. On frappa à la porte, il ne manquait plus que ça !

— Rebecca ? Christophe est en bas. — J’arrive.

Toujours là quand on avait besoin de lui, au moins avec lui elle pouvait jouer cartes sur table. Elle dégringola les marches tant bien que mal et se jeta dans ses bras, mais il eut le temps de voir son visage ravagé par les larmes.— Je vois que tu sais déjà, gémit-il.— Je viens de regarder à l’instant.— Comme moi, j’étais censé les avoir en priorité, dit-il.— Je leur ai demandé ce service.— Je comprends, je suis vraiment désolé. J’ai quelques consultations ce matin, mais je suis libre pour déjeuner.

En réalité il avait reporté quatre rendez-vous pour pouvoir s’occuper d’elle.

— Il faut que j’aille au cabinet, faut bien que j’assume mes fonctions, souffla-t-elle.— Dans ce cas je te prends au cabinet, confirma-t-il.— Merci, Christophe.

Il la regarda désespérément, comme s’il s’apprêtait à lui dire quelque chose de très important puis détourna le regard et s’éloigna.— À tout à l’heure, lança-t-il.

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Elle le regarda s’éloigner puis remonta les escaliers, en priant « Mon dieu donnez-moi la force de continuer comme si de rien n’était ». Malheureusement elle savait que c’était impossible.— Vous disiez quelque chose Rebecca ?

Elle ne remarqua même pas qu’Angelina la dévisageait d’un air perplexe, l’avait-elle seulement entendu ?— Je vous trouve une petite mine ce matin. Il est temps que votre maman revienne, d’ailleurs à ce propos elle a téléphoné ce matin. Ils arrivent demain soir.

Plus qu’un jour pour apprendre à vivre avec ce fardeau. Elle acquiesça d’un signe de tête et s’éloigna. Bizarre songea Angelina, cette petite avait des soucis, voilà deux, trois jours qu’elle était ailleurs. Il fallait absolument qu’elle en parle à Charlotte dès son arrivée.

Rebecca se jeta sur son lit et à nouveau éclata en sanglots, que pouvait-elle contre le destin ? Rien ! Elle se leva s’aspergea le visage d’eau froide. À nouveau on frappa à la porte. Décidément songea-t-elle, ce n’était vraiment pas le jour.— Régis au téléphone, cria Angelina.

Elle s’épongea le visage et se dirigea vers le combiné, qui se trouvait dans le couloir.— Salut sœurette, tu as oublié ton portable quelque part ? Voilà trois ou quatre fois que j’essaye de te joindre et je tombe toujours sur ta messagerie, demanda Régis.— C’était si important que ça ? dit-elle en ravalant un sanglot.— Et comment ! Nous avons décidé de sortir le bateau ce week-end, invite qui tu veux, Antony et moi serons

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accompagnés. Tu as besoin de repos ces temps-ci, il me semble.— C’est tout ? questionna-t-elle.— Excuse-moi si je t’ai dérangé, mais oui c’est tout. À ce soir, bonne journée.

— Bisous, bonne journée à toi aussi.Ses frères étaient formidables, comment avaient-ils

deviné sa détresse ? Elle avait toujours adoré la mer et une sortie en bateau était vraiment ce qu’il lui fallait. Son père lui avait appris à naviguer très jeune, ainsi aucun terme marin ne lui échappait. Ce qu’elle ne savait pas c’est qu’Angelina, inquiète, en avait touché un mot à Régis ce matin, songeant que si Rebecca avait des problèmes, il était de son devoir de mettre sa famille au courant.

Elle ne s’attarda pas dans la cuisine, voulant éviter Angelina qui à coup sûr se rendrait compte de son état, elle se contenta d’une tasse de café puis prit son sac et ses clés et sortit.

Sa journée était relativement chargée, mais c’était exactement ce dont elle avait besoin en ce moment. Elle venait d’accompagner son dernier petit patient quand Christophe se présenta.— J’ai réservé à « Le Maio ». Nous prenons une seule voiture ? demanda-t-il.— Tu as bien fait, c’est un endroit comme celui-ci qu’il me faut en ce moment, le jardin attenant est une pure merveille. Il vaut mieux prendre les deux voitures. Non ? — Tu as sans doute raison.

Il la regarda attentivement, comment faisait-elle pour tenir le coup ? Être condamnée à brève échéance à devenir un légume. Comment accepter cela et rester aussi calme ?

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CHAPITRE 2

Julien avait la rancune tenace, à présent qu’il avait pris goût au risque que cela représentait, il enrageait de ne pouvoir y aller aujourd’hui. Les deux fois où il avait tenté cet exploit avaient été d’une facilité déconcertante. Il entendait bien faire payer l’injustice dont on avait fait preuve à son égard et c’était là le meilleur moyen d’y parvenir. Il n’y avait rien de plus radical pour anéantir un laboratoire d’excellente réputation, que ce qu’il s’apprêtait à faire.

Depuis qu’il avait été renvoyé, ou plus exactement que son contrat n’avait pas été renouvelé, il avait mis toute son énergie à élaborer ce plan et il entendait bien aller jusqu’au bout. Une question ne cessait de revenir à son esprit, pourquoi avait-il été évincé au profit de Roger ? Alors que celui-ci était arrivé un mois après lui. Il devait faire le nécessaire pour que justice soit rendue. Puisqu’il ne pouvait pas y aller aujourd’hui, il allait devoir attendre quelques jours pour que l’occasion se représente. Bien entendu il ne voulait à aucun prix que sa femme soit au courant de cette affaire, c’est pour cette raison qu’il fallait y aller les jours où elle était absente.

Il aurait été si facile de trouver un travail dans un autre laboratoire, voire même dans un cabinet et pourquoi

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pas dans un hôpital ou une clinique, pourquoi s’être focalisé sur ce laboratoire ? Julien était un excellent infirmier, s’il avait été moins entêté et plus ouvert à la discussion, il aurait compris qu’il n’avait aucune chance que son CDD se transforme en CDI et pour cause, Roger était le fils d’un des dirigeants du groupe. La raison de cet intérêt pour ce laboratoire c’est qu’il était à deux pas de sa maison, qu’il adorait l’ambiance qui y régnait et surtout que le travail qu’il y accomplissait était passionnant. Dans ce petit laboratoire, où l’ambiance familiale primait, c’est un peu une deuxième famille qu’il avait trouvée là. Qu’il perde tout ce qu’il avait acquis au profil de ce jeune gamin, qui en plus de lui avoir ravi sa place était désagréable avec les patients, le mettait dans une rage folle. Il avait tellement tourné la situation dans tous les sens, que l’idée de la vengeance lui était bien vite apparue comme la seule solution. Vengeance, quand tu nous tiens...

Malgré les mets délicieux qu’on lui servit Rebecca bouda le déjeuner, Christophe était sincèrement désolé, mais ne voyait pas comment l’aider, car les résultats étaient catastrophiques. C’était à ne rien y comprendre, les réactions de la personne qu’il avait en face de lui ne correspondaient en rien aux résultats qu’il avait sur son bureau, pourtant il n’y avait aucun doute là-dessus puisque cela avait été confirmé. Devait-il en faire part à ses frères ou à ses parents ? Après tout qu’est ce que cela changerait ? C’était à elle de décider, il n’avait pas à intervenir dans sa vie, d’ailleurs qui était-il pour avoir de telles réactions ? Son médecin, rien d’autre, à son grand désespoir, car elle ne lui était pas indifférente, loin de là, mais il n’existait pas pour elle. Il se contentait d’être

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présent quand elle en avait besoin. Il savait qu’elle n’avait pas fréquenté d’autres hommes depuis le départ d’Éric. L’aimait-elle toujours ?— Excuse-moi Christophe, je ne suis pas d’une humeur agréable aujourd’hui.

— Il faut qu’on discute de tout cela ! Pour l’instant, finissons le dessert.

En sortant du restaurant, Christophe consulta sa montre, il avait quarante-cinq minutes à lui consacrer.

Le beau jardin des plantes qui s’étalait juste en face d’eux lui suggéra une idée.

— Tu as quelques minutes ?— Je suis libre jusqu’à seize heures, répondit-elle. — Parfait.

Il lui prit la main et l’entraîna vers ce jardin où il avait tellement de souvenirs. Enfant, sa mère venait souvent le promener ici, chaque fois qu’il y revenait une nostalgie certaine lui nouait la gorge. Il y avait beaucoup de monde, comme toujours quand il faisait beau, il examina les bancs. Ils étaient tous occupés, sauf un à double assise qui était juste prise d’un côté par un homme qui lisait le journal. Ils s’y dirigèrent et s’installèrent de l’autre côté.— Je ne te cache pas, d’ailleurs à quoi bon puisque tu le vois bien, que c’est catastrophique. Tu as rendez-vous jeudi 19 à 10h30, c’est-à-dire dans quinze jours, pour une IRM. Je ne te conseille pas de l’ignorer, c’est compliqué d’avoir un rendez-vous rapidement. Il y a quelque chose qui nous échappe et je voudrais bien savoir quoi Rebecca, au vu des résultats ce n’est pas ces réactions que tu devrais avoir. Où est le problème ? Il est certain qu’il y en a un. Comme tu le sais, la maladie de

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Huntington est une maladie héréditaire, il va falloir savoir de qui tu la tiens. Avec cette IRM nous saurons à quoi nous en tenir.— À ma connaissance, il n’y a aucun cas dans la famille. C’est pour cette raison que je croyais très fort à une erreur, mais avec cette confirmation aucun doute n’est permis, murmura Rebecca.

— Je sais que tes parents sont en voyage, mais en as-tu parlé à tes frères ?— Non ! Il est hors de question que je le dise à qui que ce soit pour le moment. Tu entends ! Je ne te conseille pas de leur dire, menaça-t-elle.

Il eut un sourire malgré lui. C’était toujours la même fille qu’il avait connue au collège. En y réfléchissant c’est probablement à cette époque qu’il en était tombé fol amoureux. Elle avait toujours été d’une franchise déconcertante. Ce qu’elle avait à dire elle le disait sans cérémonies que cela plaise ou non, c’est sans doute pour cette raison que personne ne lui cherchait querelle et comme elle était d’une perspicacité étonnante, ses désirs avaient toujours été des ordres pour chacun d’eux. Elle avait toujours eu beaucoup de succès auprès des garçons et les filles recherchaient en permanence sa compagnie, ce n’était pas pour autant qu’elle était devenue prétentieuse, elle était restée d’une gentillesse incroyable. — À ton avis les premiers symptômes vont apparaître bientôt ? demanda-t-elle en étouffant avec peine un sanglot.— Pour tout te dire, d’après les résultats cela fait belle lurette que tu aurais dû les avoir.

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Malgré elle des larmes perlèrent à ses yeux. Christophe posa sa main sur son épaule et la serra contre lui.— Non ne pleure pas, je vais tout faire pour te sauver, implora-t-il.— Je le sais bien Christophe. Le problème c’est qu’il n’y a pas de guérison possible, tu le sais aussi bien que moi. Tu sais à quoi j’ai songé ? Ce serait si simple de mourir demain, mais je ne peux tout de même pas me suicider. — Tu es folle de dire cela ! s’exclama Christophe atterré.

Rebecca éclata en sanglots. Il déposa un baiser sur son front puis la serra un peu plus fort contre lui, en chuchotant des mots de réconfort.— Je sais c’est idiot. Dommage que les tueurs à gages n’existent pas, comme dans les films. Mourir sans souffrir, quelle chance ce serait !

L’homme qui se trouvait derrière eux se retourna légèrement et les dévisagea, mais ils ne le remarquèrent même pas.— Tu dis vraiment n’importe quoi Rebecca, s’impatienta Christophe.— Tu es bien placé pour savoir ce qui m’attend. Ne penses-tu pas que la meilleure chose qui puisse m’arriver est de partir dignement ? Tant qu’il en est encore temps.

Il la fixa d’un regard désespéré. Que répondre à une question pareille ? Il était bien placé pour savoir l’horreur qui l’attendait. Son bipeur se fit entendre. Une moue de contrariété apparut sur son visage. Il avait bien spécifié à sa secrétaire qu’il ne voulait pas être dérangé. — Je ne voulais pas être dérangé, j’ai laissé mon portable dans la voiture, mais là si j’ai bien compris c’est une urgence. Excuse-moi deux minutes.

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Il se leva et se dirigea vers la sortie du parc à grandes enjambées. L’homme qui était derrière elle, plia son journal se retourna vers elle discrètement et la dévisagea quelques secondes. Elle fit l’objet de toutes ses attentions. Il finit par lui murmurer quelques paroles à l’oreille.— Surtout, ne vous retournez pas, ne dites rien, faites comme si vous étiez seule. Je crois que j’ai la solution à votre problème.

Il fouilla dans la poche de sa veste et lui tendit sa carte.

— Si vraiment vous ne trouvez pas de solution, je peux peut-être vous être utile.

Elle demeura muette quelques secondes, puis malgré elle, sa main s’avança et prit la carte.

Il se leva et s’éloigna. Sur la carte juste un prénom Lionel suivit d’un numéro de téléphone. Elle la mit dans sa poche.

Christophe revenait vers elle en courant. — Je dois y aller, c’est bien ce que je pensais !

Les yeux de Rebecca se posèrent sur sa montre. — Mon Dieu, quatorze heures cinquante-cinq déjà ! Merci pour cet excellent déjeuner.— Pour ce que tu en as mangé.— Une sortie en bateau ce week-end te dirait ?— Et comment, je suppose que les frères seront de la partie ?

Elle acquiesça d’un signe de tête. — Pour toi je ferais l’effort de les supporter.

Un mince sourire étira ses lèvres.— Je te préfère ainsi, murmura Christophe.

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Il se pencha et délicatement déposa un baiser au coin de ses lèvres. Geste qu’il n’avait jamais eu auparavant. Elle le dévisagea, mais il s’empressa d’intervenir avant qu’elle ne dise quelque chose qu’il regrette.— Je t’appelle ce soir.

Elle le regarda s’éloigner puis regarda autour d’elle, espérant apercevoir l’homme, mais il était invisible. Elle sortit la petite carte, ses yeux s’attardèrent sur le prénom et ensuite sur le numéro de téléphone. Indécise, elle ne savait que faire de cette carte, finalement elle la remit dans la poche de son tailleur. Ses yeux se portèrent à nouveau autour d’elle, mais il avait disparu. Déçue elle se dirigea vers sa voiture.

Au dîner elle fut surprise de trouver ses deux frères, en effet depuis quelques jours c’était assez rare qu’ils dînent ensemble, pourtant c’est aujourd’hui qu’elle avait besoin d’être seule. Pendant le repas ils la dévisagèrent, mais elle ne le remarqua même pas. Quant à ce qu’elle avait dans l’assiette, on avait l’impression qu’elle cherchait plus à s’amuser avec qu’à le déguster. Antony et Régis se regardèrent perplexes, Angelina avait raison, quelque chose la bouleversait. Ils avaient organisé la sortie en mer suite aux confidences de cette dernière. Jamais ils ne l’avaient vue aussi abattue, elle n’avait prononcé que deux ou trois mots, alors qu’elle était réputée pour savoir animer un dîner, ce qui en faisait leur fierté. Que se passait-il ? Régis se jeta à l’eau.— Rebecca si tu avais des problèmes tu nous le dirais n’est-ce pas ?Surprise elle leva la tête et les fixa.— Bien sûr, mais je n’ai pas de problème.

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Elle mentait. Il en fut certain quand il croisa son regard. Antony également ne s’y trompa pas et rétorqua aussitôt.— Tu sais bien que les grands frères sont là pour protéger leurs petites sœurs, en revanche ce serait bien qu’on sache de quoi il est question avant le retour des parents. Histoire que tout soit en ordre à leur arrivée.

Pendant quelques secondes son regard allait de l’un à l’autre, et si elle leur disait la vérité ? Mais ce n’était pas aussi simple. Que diraient-ils s’ils savaient que leur petite sœur ne se souviendrait peut-être plus d’eux d’ici quelques mois, que bientôt elle ne pourrait rien faire toute seule, elle faillit éclater en sanglots, mais se ressaisit à temps. Et avec un certain aplomb s’exclama.— Si j’avais le moindre problème, vous seriez les premiers au courant.

Les émotions qui s’étaient succédé sur son visage n’avaient pas échappé au regard pénétrant de Régis. C’est bien ce qu’il pensait, c’était grave, très grave, mais enfin de quoi s’agissait-il ? Il ne la quittait pas des yeux. Leur petite sœur avait un gros problème, comment l’aider à s’en sortir si elle ne voulait pas en parler ? Pour l’instant ce n’était pas la peine d’insister, car elle ne céderait pas. Après le dîner prétextant une migraine elle se réfugia dans sa chambre. Ce qui ne fit que confirmer aux deux frères qu’ils avaient un gros problème.

Allongée sur son lit, les yeux grands ouverts, Rebecca songea à ce qui l’attendait, et ce pour combien d’années ? Dire qu’à vingt-neuf ans elle pouvait considérer sa vie comme terminée. Des larmes roulèrent sur ses joues, elle ne chercha même pas à les retenir. Comment allait-elle pouvoir vivre sachant ce qui

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l’attendait ? Soudain elle alluma la lampe de chevet et se précipita vers son tailleur, fouilla les poches de la veste et sortit la carte. La solution était certainement là, elle la glissa dans le tiroir de son bureau et se recoucha.

Le lendemain matin elle venait tout juste de se réveiller quand le téléphone sonna. Chose incroyable elle avait dormi comme un bébé.— Je ne te réveille pas au moins ? questionna Christophe. — Je n’ai pas de consultations avant neuf heures trente, j’ai fait une grasse matinée, dit-elle.

Quel courage, songea-t-il.— Comment vas-tu ? demanda-t-il.— Ça va..., pour tout te dire, je n’ai pas trop le moral. Je me sens en pleine forme, donc théoriquement tout va bien, mais quelques secondes plus tard, j’angoisse en songeant que ce n’est qu’éphémère. Et que bientôt, bientôt...

Incapable de finir sa phrase, ses yeux se remplirent de larmes et un sanglot lui échappa.— Nous n’en sommes pas encore là, il reste des examens à faire avant de nous résigner, nous devons tout tenter, murmura Christophe.— À quoi bon... Je te laisse, ou je vais me mettre en retard. Merci beaucoup pour ta bienveillance Christophe. — Si tu as besoin de moi, tu sais où me trouver, n’hésites surtout pas.

Elle raccrocha, puis se dirigea vers la salle de bain, ce matin elle se contenterait d’une douche rapide, mais il lui sembla qu’elle avait mis une éternité à faire sa toilette et à s’habiller. Elle se dirigea enfin vers la cuisine, certaine d’y trouver Angelina, du plus loin de ses souvenirs, elle avait toujours apprécié sa présence constante et sa

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prévenance lors des petits déjeuners, mais aujourd’hui elle se serait bien passée de sa compagnie.— Bonjour, dit-elle du bout des lèvres.— Bonjour, Rebecca, le café est prêt.

Angelina l’observa du coin de l’œil, encore cette petite mine qui ne la quittait pas depuis quelques jours. Elle prit deux tartines qu’elle grignota du bout des lèvres. On sonna, Angelina se précipita vers la porte. Visiblement Claire était furieuse, sur ses talons Angelina faisait de grands signes sans pouvoir placer un mot.— Là, Rebecca tu exagères, il faut que ce soit moi qui te la livre. Hier en allant récupérer ma robe, imagines un peu ma surprise quand la vendeuse me dit « la demoiselle d’honneur n’est pas encore venue chercher la sienne » j’ai songé à ma sœur, « non c’est de votre amie dont il est question me dit-elle », mais enfin à quoi tu penses, tu as un rôle important à tenir à cette cérémonie.