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L’histoire de l’humanité se situe à une époque charnière. La planète bleue montre des signes d’agonie précoce. L’équipe de scientifiques dirigée par Salomon Davidstein a réussi une percée dans le domaine de la fusion de l’hydrogène à froid. Elle a développé un générateur d’énergie verte qui recourt à l’eau lourde comme carburant.
Salomon Davidstein annonce son intention d’offrir gratuitement cette technologie à toutes les nations qui s’engagent fermement à vivre en paix avec tous ses voisins. Dans le cadre de la réalisation de son rêve, il établit un partenariat avec l’ONU. Or, coup de théâtre ! À quelques heures de la clôture de la conférence sur les changements climatiques qui se déroule à la Ville de Québec, Salomon Davidstein disparaît. Dès lors, les espoirs du monde entier sont ébranlés et un compte à rebours est amorcé. Au terme de ce décompte, le jeu des pièces sur l’échiquier à l’échelle planétaire définira le nouvel ordre mondial.
Dans ce livre, intitulé
Sion ou le globe bleu ? Faites votre choix, rien ne va plus, le lecteur est transporté au cœur des circonstances peu banales qui ont contraint Joshua Wallace, un officier haut gradé de l’armée canadienne, à devenir l’acteur central de ce drame. Durant l’enquête, la police découvre son portefeuille et celle-ci confirme sa présence sur les lieux du crime. Toutes les preuves recueillies indiquent qu’il serait un agent dormant à la solde du Mossad.
Lamech, un individu qui œuvre derrière le rideau des officines du pouvoir, est celui qui est à la tête du climat de terreur dont l’objectif avoué vise à détruire Israël.
Wallace réussira-t-il à s’extirper des griffes de Lamech ? Parviendra-t-il à s’innocenter des crimes pour lesquels les forces constabulaires cherchent à l’appréhender ? Enfin, saura-t-il tirer Israël du danger imminent auquel l’état hébreu est confronté avant la fin du décompte ?
À PROPOS DE L'AUTEUR
André Laveau est un auteur québécois. Très tôt dans son adolescence, il a développé un intérêt pour les champs de la science, telles que l’astronomie, la physique des particules et les sciences de la vie. Il a rêvé de suivre les pas de Neil Armstrong, d’Edwin Aldrin et de Michael Collins après le succès de la mission Apollo 11. Pour réaliser son rêve, il a décroché des diplômes en génie mécanique « option aérospatiale ».
Son intérêt pour la physique pure et son expérience d’ingénieur d’essais l’ont conduit à écrire une ébauche de la trame narrative de ce qui allait devenir ce roman. Il fit de nombreuses recherches documentaires afin de créer un décor crédible. Il peaufina des personnages dotés d’une grande force de caractère. Le lecteur s’attachera à certains d’entre eux et détestera les autres. Cet ouvrage constitue la première œuvre signée de sa plume.
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Seitenzahl: 522
Veröffentlichungsjahr: 2022
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AVERTISSEMENT
Citation
Dédicace
PROLOGUE
Première Partie
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Deuxième Partie
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Chapitre 40
Chapitre 41
Chapitre 42
Chapitre 43
Chapitre 44
Chapitre 45
Chapitre 46
Chapitre 47
Chapitre 48
Chapitre 49
Chapitre 50
Chapitre 51
Chapitre 52
Chapitre 53
Chapitre 54
Chapitre 55
Chapitre 56
Chapitre 57
Épilogue
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Titre: Sion ou le globe bleu? / André Laveau.
Noms: Laveau, André, 1960- auteur. | Laveau, André. Faites votre choix, rien ne va plus.
Description: Sommaire incomplet: tome 1. Faites votre choix, rien ne va plus.
Identifiants: Canadiana 20220011877 | ISBN 9782898091971 (vol. 1)
Classification: LCC PS8623.A8353159 S56 2022 | CDD C843/.6—dc23
Auteur :Anadré LAVEAU
Titre :Sion ou le globe bleu
S/titre : Faites votre choix. Rien ne va plus.
Tous droits réservés.
Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’Auteur, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle.
©2022 Éditions du Tullinois
www.editionsdutullinois.ca
ISBN version papier : 978-2-89809-197-1
ISBN version e-Pub : 978-2-89809-198-8
Bibliothèque et Archives Nationales du Québec
Bibliothèque et Archives Nationales du Canada
Dépôt légal version papier : 3e trimestre 2022
Dépôt légal version e-Pub : 3e trimestre 2022
Illustration de la couverture :Mario ARSENAULT
Imprimé au Canada
Première impression :Août 2022
Nous remercions la Société de Développement des Entreprises Culturelles du Québec (SODEC) du soutien accordé à notre programme de publication.
SODEC - QUÉBEC
« Le faible n’arrive pas à pardonner.
Le pardon est l’apanage du fort. »
Mahatma Mohandas Karamchand
Je dédie ce livre à la mémoire de mon père, Roger, et à celle de mon ami, Eustace Cosmo Shuffler. Je veux aussi honorer leur épouse, soit ma mère, Dolorès, et la conjointe de Eustace, Muriel Magdaline. Enfin, je ne puis passer sous silence la générosité de la princesse de ma jeunesse, Danielle. Je tiens à lui réitérer toute l’expression de mon amour. À eux tous, je dédie cette œuvre littéraire avec un cœur reconnaissant.
Cher André Laveau,
J’ai confié ce colis à un ami. Je lui ai donné comme instruction de te le faire parvenir en main propre. Il contient deux manuscrits. La lecture du premier ouvrage te convaincra d’un constat : le passé événementiel nourrit encore le présent du citoyen lambda. Ces pages brossent un tableau impartial du véritable enjeu de la crise dans laquelle est plongé le monde civilisé. Le second décrit le combat coriace d’un homme brisé par le poids de la culpabilité et par l’acharnement du destin contre lui.
Plusieurs personnes ont entrepris de narrer le récit des péripéties qui sont survenues. Après avoir effectué une recherche minutieuse, j’ai donc décidé de te les exposer depuis le commencement. Je n’ai pas la prétention de tout expliquer, mais je pense détenir, en toute modestie, des informations exclusives qui sont susceptibles de t’offrir une perspective éclairée de la chronologie des faits.
J’ai constitué un recueil d’articles. Chacun d’eux est fondé sur les rapports de témoins oculaires. Toutefois, les motivations du comploteur prennent leurs racines à une époque où nous ne représentions pas encore un projet pour nos parents biologiques respectifs.
Au terme de ton enquête indépendante, j’ai l’assurance que tu appuieras la véracité de mon histoire et que nous cosignerons ces articles.
Ces documents constituent une œuvre inachevée. Lorsque j’ai enfin déposé ma plume, une immense tristesse m’a envahie. Albert Einsteinrésume bien mon état d’âme actuel :« La tragédie de la vie, c’est ce qui meurt dans l’homme pendant qu’il vit. »
Bon courage !
Catherina Powell
12 septembre, 6 h 15
Estuaire du Saint-Laurent, Québec, Canada
À la grande joie de Joshua Wallace, le soleil et le vent avaient répondu présents. Devant lui, un vraquier montait l’estuaire marin à moins d’un mille nautique. Wallace manœuvra avec finesse. Il configura la grand-voile et le foc en formation ciseau et se positionna de manière à garder le navire de transport maritime à son bâbord.
Wallace souriait en son for intérieur. En prévision de ce samedi, il n’avait pas ménagé ses efforts pour redonner une allure de jeunesse à son yacht de près de onze mètres de long et équipé d’un mât de plus de quatorze mètres de hauteur. Il avait astiqué planchers et boiseries. Il avait réparé voiles et coque. Et il avait renouvelé tout gréement défectueux. Un diesel d’un peu plus de vingt-deux kilowatts motorisait son bateau de plaisance.
L’air marin remplissait ses poumons. Le vol des goélands élevait son esprit au-dessus des tracas de la vie. La houle le berçait de la sollicitude du moment. Assis derrière la cabine de sonCatalina 350, réimmatriculé sous le nom de Julia XIII, Wallace savourait en silence son second café matinal. Ses pensées surfaient au gré de ses vents intérieurs. Il s’était éloigné de la mer déchaînée où sa colère l’avait ancré dans l’abysse du désespoir.
-o∫o-
Pour Wallace, tous les éléments étaient réunis pour honorer la mémoire des deux femmes de sa vie. Julia, sa conjointe, avait perdu son combat contre le cancer en juillet, un an plus tôt. Jody, sa mère, était décédée le mois dernier. S’il s’en remettait à la version officielle, Jody serait morte d’une cause naturelle.
Julia et Wallace s’étaient rencontrés lors d’une soirée de poésie. Julia y animait un atelier. Wallace y avait partagé ses œuvres avec le public. Julia avait remarqué sa sensibilité et son imagination. Ces deux traits de personnalité révélaient des qualités hors de l’ordinaire pour un officier fraîchement diplômé de l’école militaire. Les jeunes gens s’étaient découvert plusieurs points communs et avaient échangé leurs coordonnées. Leur correspondance avait donné lieu à de belles créations littéraires qu’ils avaient publiées quelques années plus tard. Après un peu plus d’une année de fréquentation à distance, ils s’étaient mariés. Durant les trois années suivantes, les nombreuses tentatives de Julia pour devenir enceinte s’étaient soldées par autant d’échecs. Ils avaient mis ce projet sur la glace.
Des images d’escapades amoureuses avec Julia cognaient à la porte de l’esprit de Wallace. Julia et lui s’étaient découvert une autre passion. En harmonie avec la nature, ils avaient utilisé les forces générées par le vent au profit de l’allure du voilier. Leur enthousiasme commun avait apporté son lot de moments d’ivresse. Ils avaient joui de tous ces instants passés en mer.
Puis, une tumeur maligne, un adénocarcinome, apparut dans le cerveau de Julia. En peu de temps, elle fut emportée par ce cancer impitoyable et fulgurant. Ils avaient connu treize années de bonheur durant lesquelles ils avaient vécu l’un pour l’autre. Leurs épreuves témoignèrent de la solidité de leur amour.
Quant à Jody, le pathologiste avait conclu à une mort naturelle. Au moment de la découverte du corps, elle était couchée dans son lit. Sa tasse de tisane, sa bible et ses lunettes étaient déposées sur la table de chevet. Son cadavre n’exhibait aucun signe de lutte ni marque de piqûre. Aux yeux des détectives, ces éléments ne constituaient pas une scène de crime. Wallace aurait tiré la même conclusion, mais l’appel à l’aide de sa mère avait changé la lecture du drame. Elle croyait sa vie et la sienne menacées.
Jody exerçait la profession de journaliste dans la section des délits économiques pour le compte d’un diffuseur canadien. Quelques jours avant son décès tragique, elle enquêtait sur un ensemble d’entreprises dont les ramifications s’étendaient partout sur la planète. Au fil de ses recherches, elle avait établi un lien entre le dirigeant de ce conglomérat, une organisation criminelle internationale, et son ex-conjoint. Joshua Wallace n’avait pas connu son père, mais sa mère avait laissé sous-entendre qu’il était un homme dangereux et puissant. Quant à son filsCaleb, le frère jumeau de Joshua, Jody l’avait cru mort dès sa naissance. À sa grande surprise, elle avait découvert une tout autre histoire. Lors de l’accouchement, le père biologique était intervenu et avait ordonné aupersonnel soignant de séparer immédiatement les enfants. Enfin, Caleb vivrait quelque part en Europe. Cela constituait un résumé succinct du dernier entretien avec sa mère.
Aux yeux de Wallace, une seule conclusion s’avérait plausible : l’ex-conjoint de Jody l’avait assassinée. Mais comment le prouver ? Il avait fait part de ses soupçons aux policiers, mais cette piste avait mené les enquêteurs dans un cul-de-sac. Il avait donc entrepris ses propres recherches. Il avait fouillé la maison de sa mère de fond en comble. Il avait vidé le coffret de sûreté, accédé au disque dur de son ordinateur, lu tous ses courriels, consulté ses amis et anciens collègues. Rien. Seul le violon de Jody dans son étui manquait.
À la lumière de ces révélations, les enquêteurs avaient repris le dossier. Mais leur empathie envers sa cause s’était muée en hostilité à son égard. Cette tension entre lui et les détectives l’avait épuisé. Ils restaient sourds à son argumentation et cela le frustrait. Il se voyait comme une espèce de Don Quichotte en quête de la vérité. Tel un chevalier, Wallace brandissait son épée contre le moulin à vent de l’indifférence des policiers. Il avait constaté combien il se ridiculisait. Au terme de cet épisode, il avait accepté de ne pas connaître le fin mot de l’histoire et de tourner la page.
Wallace s’apprêtait à enterrer les cendres de Julia et de Jody dans le parc de Sainte-Anne-des-Monts en Gaspésie. Ce lieu avait été témoin de sa demande en mariage et de plusieurs randonnées pédestres avec sa mère ou avec sa femme. De cette manière, il mènerait son deuil à sa complétude et recommencerait sur de nouvelles bases.
À trente-six ans, il ne lui restait plus personne de sa famille. Il corrigea aussitôt sa pensée. Il comptait dans sa parenté un jumeau et un père biologique dont il ignorait l’identité. C’était comme s’il tentait de résoudre un problème mathématique avec un nombre supérieur d’inconnus pour les équations dont il disposait. La solution lui échappait. Il demeurait rationnel lorsqu’il s’attaquait à ce puzzle.
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Le corps de Wallace se balançait en phase avec chaque vague de proue. Chacune d’elle provenait de trois sources distinctes. La première prenait son origine dans l’onde produite par l’étrave profilée du voilier. Le frottement du déplacement de la masse d’air contre la surface de la mer, qui faisait ballotter le navire suivant l’axe du tangage et du roulis, générait la seconde. Enfin, le passage des autres embarcations de plusgrands tonnages provoquait la troisième. Wallace voguait sur l’estuaire du Saint-Laurent en cohésion avec les éléments de la nature. Une fois la direction du vent connue, il coordonnait la manipulation de la barre parde légers réglages du safran. Cela permettait au Julia XIII de poursuivre sa trajectoire sans risque d’empannage. Le déploiement de la voile et l’ajustement de l’écoute de la grand-voile constituaient une habileté acquise avec les années de pratique assidue. De plus, il veillait à ce que la bôme ne bute pas contre le hauban durant la navigation. Ces moments où l’adrénaline se mélangeait au plaisir ne lui faisaient pas oublier le danger d’une mauvaise manœuvre. Il faisait attention de ne pas se trouver dans la sphère d’action de la grand-voile lorsqu’elle changeait d’orientation sans crier gare. Il avait déjà vécu cette situation, non sans heurts.
À bâbord, Wallace admirait la beauté de la région de Charlevoix au Québec. En dirigeant ses yeux vers l’avant de la proue, il devinait la rivière Saguenay et le fjord. Tout ce panorama inspirait la poésie. C’était comme si un chef d’orchestre animé d’une baguette magique avait taillé ce relief au galbe bucolique lors de la prestation de la symphonie pastorale composée par Ludwig van Beethoven.
Depuis plus d’une heure, Wallace avait dépassé la hauteur de la rivière Saguenay. Le voilier exhibait un cap approximatif nord-nord-est. Wallace profitait d’un vent arrière de vingt-six nœuds avec des rafales occasionnelles qui allaient jusqu’à trente-cinq nœuds. Il avait fourni à son ordinateur de bord les données des prévisions météorologiques, son trajet et sa position exacte. L’application GPS(Global Positionning System)intégrée estima qu’il arriverait à Sainte-Anne-des-Monts dans un peu moins de six heures. Il se trouvait dans les temps.
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Depuis le départ du Julia XIII de la marina, un yachtDoral Alegriasuivait le même parcours. Une distance de près d’un mille nautique séparait les deux embarcations. Le capitaine duDoral Alegriaet ses matelots portaient tous des vêtements noirs. Un des membres de l’équipage épiait les manœuvres duCatalina 350avec des jumelles à prismes. Un autre homme utilisait un caméscope couplé à un faisceau laser et à un modulateur de type acousto-optique et filmait les agissements de Wallace en vidéo ultra hautedéfinition. Cet appareil produisait des images d’une netteté telle qu’il était possible d’observer le mouvement de la cage thoracique d’un homme pendant son cycle d’expiration et d’inspiration. De plus, les signaux en provenance des capteurs optiques mesuraient les battements du pouls carotidien et sa valeur était affichée en temps réel sur le moniteur de l’écran.
Arrivé dans sa cabine, le capitaine Lamech se posta devant la glace. Il colora ses yeux à l’aide de lentilles de contact marron. Afin d’assurer leur stabilité, il appliqua de la matière collante à l’appendice nasal, aux jouesen silicone et à la paroi intérieure de son déguisement en latex. Il inséra ses deux pouces dans sa bouche et ajusta la prothèse en plastique qui déformait son visage. En dernier, il se coiffa de sa perruque brune. Le résultat final lui conférait un air de jeunesse. Satisfait, il remit les accessoires restants dans sa trousse de maquillage et retourna dans la cabine de pilotage.
Le moment propice pour entreprendre la phase numéro un de l’opérationTerreur à Sionétait arrivé. Lamech allait enfin se venger du Dieu des juifs et des chrétiens. Conséquemment à cette quête, il briserait la vie d’innocentes victimes et Israël serait détruit. Peu importe, son Maître à lui serait enchanté et l’élèverait au rang de principal collaborateur et de messager de la bonne nouvelle.
Le capitaine mit la manette des gaz au maximum et les deux puissants engins de près de quatre cent trente kilowatts firent accélérer leDoral Alegriade plus de quinze mètres de longueur et d’un mètre de tirant d’eau. Il dépassa le voilier de Wallace et se positionna sur sa trajectoire. Le bruit d’une explosion retentit à l’arrière du yacht. De la fumée, résultante de la combustion d’huile à moteur saturée d’essence, auréola l’embarcation d’un nuage fuligineux.
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Wallace fut témoin de la scène. Sans plus attendre, il manipula le safran avec souplesse. Il changea son cap sur tribord et fonça vers le navire en détresse. Au loin, il observa l’affolement des membres de l’équipage. Dépassé par la situation, l’un d’eux jeta un paquet à la mer. En quelques secondes, le canot pneumatique prit de l’expansion jusqu’à sa maturité et trois matelots plongèrent à l’eau et y embarquèrent. Ils ramèrent vers le voilier. Wallace exécuta la manœuvre d’accostage. L’un des hommes lui lança un cordage qu’il enroula autour de l’un de ses taquets. Un à un, les membres de l’équipage montèrent à bord du bateau. Chacun des rescapés affichait sur son corps des plaies ouvertes et des traces de suie.
— Y a-t-il d’autres personnes sur le yacht ? demanda Wallace à leur capitaine.
— Non. Le navire va couler d’une minute à l’autre, répondit Lamech.
— Il ne gîte ni par bâbord ni par tribord. Et son assiette longitudinale ne balance ni par la proue ni par la poupe. J’en déduis qu’il n’y a ni avarie sur la quille ni entrée d’eau sous la ligne de flottaison. Nous avons encore une chance de le tirer hors du danger.
— Cela ne sera pas nécessaire, Monsieur Wallace.
Sur cette réplique, les hommes de Lamech exhibèrent des armes de poing. Wallace étudia ses possibilités de contrer la menace. L’attente du moment propice lui semblait la meilleure stratégie.
Lamech entra dans la cabine du voilier. Il vit l’emplacement du X sur la carte et il en comprit d’instinct la raison. Il ressortit de l’habitacle avec deux objets compacts.
— Attention ! Ces urnes funéraires contiennent les cendres de ma mère et de ma femme. Ne les touchez pas ! cria Wallace.
— Je sais, déclara Lamech sur un ton impersonnel.
Lamech s’apprêtait à les ouvrir.
— Vous n’avez pas le droit ! hurla Wallace.
Aussitôt, Wallace se précipita vers le profanateur. Deux des hommes contrèrent son geste télégraphié du revers de leur main. Il tomba la face contre les boiseries du plancher. Sous l’impact, il se fractura le septum nasal.
Lamech attendit que Wallace ait repris ses esprits pour disperser les cendres dans la mer.
— Mais qu’avez-vous fait ? balbutia Wallace tant il était sans voix.
— Je veux toute votre attention.
— Espèce de salaud ! J’aurai votre peau, jura Wallace. Son ton ne laissait planer aucun doute sur ses motivations.
Sur le pont supérieur du bateau en difficulté, un écran de fumée dissimulait un homme accroupi en position de tir. Muni d’une carabine de précision, il visa et atteignit le thorax de Wallace. Le puissant soporifique contenu dans la fléchette se déversa dans son muscle cardiaque. Chaque battement de cœur propulsa une armée de pernicieuses molécules dans son sang. Chacun de ces soldats microscopiques participa à la neutralisation du sujet-hôte. Après avoir retiré le corps étranger planté dans sa poitrine et s’être débattu en vain, Wallace perdit connaissance.
Sur ordre du capitaine, les trois marins à bord duDoral Alegriamirent fin à la simulation. Chacun s’activa afin de faire disparaître le décor de la mise en scène. L’un d’eux coupa l’alimentation du générateur de fumigènes. Un autre nettoya à l’aide d’un jet d’eau pressurisée les formes dessinées avec de la gouache qui suggéraient la présence d’avaries. Et le troisième rangea le matériel sur le pont.
Les deux marins à bord duCatalina 350transférèrent le corps inerte de Wallace sur leDoral Alegria.
Lamech vida le chargeur de son fusil d’assaut. Certains projectiles se logèrent dans les boiseries du voilier, d’autres sur les instruments de navigation du navire. Il dissémina des preuves incriminantes. Enfin, ilrépandit des gouttes de sang humain un peu partout sur la moquette à l’intérieur de la cabine.
Lorsque les officiers de La Garde côtière canadienne arraisonneraient l’épave, ils y verraient une scène de crime typique.De plus, les autorités compétentes suspecteraient Wallace de travailler pour le Mossad à titre d’agent dormant.
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Le lent retrait d’un glacier avait façonné le relief de la vallée de la rivière Jacques-Cartier. Au nord du quarante-neuvième parallèle, cette région représentait le nirvana pour les amateurs de descentes en kayak.
Pour accéder à la planque, une fausse ambulance flanquée de deux véhicules utilitaires négocia la route jalonnée d’un parcours sinueux au travers de la dense forêt laurentienne. Arrivé à destination, ce convoi disparut derrière les portes du garage triple.
Les ravisseurs transportèrent le corps de Wallace, toujours inconscient, au sous-sol dans une pièce vidée de tous ses objets. C’était un espace rectangulaire de deux mètres par trois et sans fenestration. Quelque part en son centre, une poutre maîtresse s’élevait à la verticale. Les hommes menottèrent Wallace à ce poteau. Autour de lui, le plancher en ciment était lézardé à plusieurs endroits. Les murs et le plafond affichaient une isolation parcellaire contre le froid. Le chauffage déficient n’arrivait pas à chasser l’humidité de la pièce. Cette négligence entretenait les quelques foyers de cultures de champignons disséminés un peu partout le long des solives, des montants et des traverses en bois.
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DuCatalina 350,les sbires de Lamech avaient rapporté les papiers d’identité, le porte-clés et le téléphone cellulaire de Wallace. Ces objets personnels étaient déposés dans une boîte de carton sur la table de la cuisine au rez-de-chaussée.
L’effet de l’anesthésiant administré s’était estompé. Lamech en eut la confirmation à travers le judas de la porte. Il s’engagea dans la pièce où se trouvait le prisonnier.
— Comment allez-vous, Monsieur Wallace ? lui demanda-t-il sur un ton qui manquait de sincérité.
Wallace maugréa son mécontentement entre ses dents à l’égard du chef des mécréants.
— Qu’avez-vous fait de mon voilier ?
— À l’heure actuelle, la Garde côtière a remorqué leCatalina 350jusqu’à son port d’attache à Tadoussac. Votre embarcation constitue une scène de crime. Les enquêteurs l’ont mise sous scellés.
— Pourquoi vous êtes-vous attaqué à moi ?
— Dans les prochains jours, vous participerez à un complot terroriste d’envergure. Votre présence sur les lieux sera confirmée. Les services de police et les principales agences d’espionnage du monde entier vous rechercheront activement.
— Ils reconnaîtront bien le coup monté !
Un sourire sardonique ourla les lèvres de Lamech. Il laissa Wallace se bercer dans ses illusions. Les enquêteurs changeraient d’avis pour adopter son point de vue. Il en était convaincu.
Les préparatifs de cette opération d’enlèvement avaient débuté longtemps auparavant. L’un des hommes de Lamech avait usurpé l’identité de Wallace. Un peu partout sur la Toile, l’imposteur avait disséminé plusieurs preuves incriminantes contre lui. Ces indices conduiraient les détectives vers un compte aux îles Caïmans au nom de Wallace. Tous les premiers du mois depuis un an, ce sbire de Lamech y déposait un montant dans les six chiffres. Le vrai Wallace serait aussi estomaqué de lire les courriels soi-disant échangés au courant de la dernière année avec des gens du Mossad(Agence de renseignements israélien)et du ministère des Affaires étrangères d’Israël. Chacune de ces fausses pistes analysée séparément n’avait aucune signification. Toutefois, si elles étaient jointes, alors, elles brossaient un tableau des plus éloquents. La police en tirerait les conclusions qui s’imposent. Elle considérerait Wallace comme un agent dormant. Elle le suspecterait d’avoir simulé sa propre disparition avant de s’engager dans une mission importante.
La pause de Lamech poussa Wallace à reprendre la parole.
— Après que j’aurai servi votre cause, vous m’éliminerez, n’est-ce pas ?
— Je n’ai pas encore statué sur votre cas.
Dans l’esprit de Lamech, son prisonnier ne sortirait jamais sain et sauf de cette histoire. Wallace serait incapable de prouver son innocence, car des doutes plus que raisonnables pèseraient sur lui jusqu’à la fin de ses jours.
Wallace tenta vainement de se libérer de ses liens.
— Je vous tuerai de mes propres mains, rétorqua Wallace.
— Vous n’aurez pas ce loisir, déclara Lamech sur un ton désinvolte et méprisant.
Wallace était confronté à une organisation qui le mettait dans unesituation sans issue évidente. Encore une fois, son courage et sa résilience allaient être mis à l’épreuve dans l’adversité. Il se battrait jusqu’à son dernier souffle.
Lamech quitta la pièce et confia la garde du camp à deux de ses hommes.
13 septembre, 19 h 15
Baltimore, Maryland, États-Unis
Dans l’une des salles d’attente de l’aéroport international Baltimore-Washington, plusieurs s’affairaient à lire les dernières nouvelles sur leur tablette numérique. D’autres envoyaient des textos au moyen de leur téléphone portable. Une équipe de nageurs se faisaient remarquer par leur stature et leur fébrilité. Des parents surveillaient leurs enfants. Une mère donnait le biberon. Et enfin, quelques rares individus, comme Catherina Powell, se bornaient à observer l’activité des gens autour d’eux.
— Les passagers du vol 316 d’Air USAà destination de la ville de Québec sont priés de se diriger vers la porte D9, répéta la voix depuis les haut-parleurs.
À l’instar de Catherina Powell, une soixantaine de personnes réagirent à l’annonce. Catherina remit sa carte d’embarquement à la préposée. Lors de l’achat du billet, son choix s’était porté vers un siège situé près des ailes du bimoteur à voilure haute. La chance avait comblé ce désir. Quelques instants plus tard, elle entendit le grondement sourd des turbopropulseurs duBombardier Dash-8 Q400et sentit l’aéronef s’élancer sur la piste. À travers le hublot enperspex, elle le vit prendre ses distances du sol.
Catherina avait adopté une perspective réaliste à propos de ses propres appréhensions face à l’avenir. Elle avait maintenant trente-sept ans. À son grand désarroi, elle n’avait jamais vécu le développement d’un enfant dans son sein. Son âge jouait en sa défaveur. Elle avait exprimé ce désir à son conjoint à maintes reprises pendant cinq ans. Il lui avait promis qu’ils concevraient un bébé ensemble, mais il lui avait souvent répété qu’il avait besoin de temps. La dernière année, les exigences de son travail au Pentagone l’avaient absorbé. Lors de ses permissions, il fréquentait ses amis qui, avides de sensations fortes, carburaient à l’adrénaline et à la testostérone. De retour à la maison, il manquait d’enthousiasme et de libido pour réaliser son engagement. Catherina en avait conclu qu’il ne voulait ni être un père ni assumer les contraintes propres à ce rôle. Elle avait rompu le dimanche précédent. En raison de ce nouveau développement dans leur relation, elle lui avait demandé de reprendre ses effets personnels durant son absence.
L’agente de bord s’arrêta devant sa rangée. Catherina choisit une eauPerrierdu panier de boissons non alcoolisées. Un clin d’œil de l’hôtesse laramena à sa dernière conversation avec son chef de service chezXpress-Media.comqui avait eu lieu quarante-huit heures plus tôt.
— Catherina, puis-je te demander une faveur ? lui avait-il dit sur un ton mielleux pour l’amadouer.
— Comme je suis surprise ! Où veux-tu m’envoyer cette fois ?
Elle se tenait les deux mains croisées à la hauteur de la poitrine. Elle le voyait venir avec ses gros sabots et avait déjà structuré toutes ses objections dans son esprit.
— Tu as cumulé beaucoup d’heures supplémentaires et tu devrais être en vacances à partir de ce soir. Que dirais-tu d’un voyage au pays de l’été des Indiens ? En ce temps de l’année, le panorama du Québec est à couper le souffle. Je t’offre l’occasion d’en profiter.
— Donne ces reportages à un pigiste, avait-elle déclaré.
— Personne ne se trouve libre pour couvrir la conférence sur les changements climatiques à Québec.
— Pourquoi m’as-tu choisie ? avait-elle demandé en demeurant sur la défensive.
— Cette affectation s’avère du gâteau. Nous prolongeons ton séjour au Québec d’un mois aux frais de la maison.
— Qu’est-ce qui justifie cette délicate attention ?
— Nous te l’offrons en reconnaissance de ta couverture duNSAgate.
— J’avais justement besoin d’un changement d’air, avait-elle ironisé. Elle songeait au nuage de scandales et de suspicions qui chapeautaient presque à longueur d’année le Tout-Washington.
— Tu pars dimanche dans la soirée. Ma secrétaire te donnera tes billets. Bon voyage !
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Catherina consacra le reste de cette journée-là à lire ses courriels et à mettre à jour ses différents dossiers. Elle consulta le répertoire des messages à détruire une dernière fois. L’un d’eux retint son attention. Il provenait du siège social de l’ONU(Organisation des Nations Unis)à New York. Son destinateur était un traducteur contractuel. Dans le passé, cet homme s’était avéré être un informateur fiable. Le fichier joint vantait les mérites d’une réforme complète des instances onusiennes. Cedocument résumait les différents points d’une discussion tenue entre les délégations de l’Indonésie et des officiels affectés au bureau du secrétaire général, Judas Applegold. Toutefois, ce papier ne constituait pas une copie authentifiée. Elle téléphona à son contact et sut le rassurer. Il recevrait la rétribution habituelle si une seconde source indépendante validait l’information.
Elle appela quelques fonctionnaires du département d’État à Washington et alla à la pêche aux renseignements. Après plusieurs essais infructueux, le poisson mordit à l’hameçon. Elle obtint plus que ce à quoi elle s’attendait comme confirmation. Et c’était de la dynamite ! Elle entreprit un travail de recoupement des faits.
Catherina possédait maintenant une esquisse actualisée de la situation qui prévalait au sein de sa nation. Les banques centrales d’Europe et d’Asie exigeaient des États-Unis le remboursement des titres de dettes, non pas en dollars américains, mais en lingots d’or. Le pays de l’Oncle Sam était menacé de sanctions importantes advenant son incapacité à s’acquitter de ses obligations. À cela s’ajoutait le lien d’amitié entre les États-Unis et l’État hébreux qui risquait d’être fragilisé. En effet, la réforme onusienne mettait en péril le protectorat américain d’Israël. Ainsi, une seule conclusion s’imposait. De véritables enjeux se tramaient dans les coulisses du pouvoir à la Maison-Blanche et au Capitole. La crise en sourdine avait été enclenchée par les exigences démesurées de Judas Applegold. Cependant, le président Simpson ne se contenterait pas de regarder le train passer à la gare. Il agirait.
L’année dernière, après avoir lu la biographie approuvée de Josh Simpson, avoir eu le privilège de l’interviewer en privé durant une heure et d’interroger ses proches, elle avait appris à connaître l’individu derrière le personnage public. Ses articles avaient fait taire les calomnies de ses détracteurs. Elle admirait autant l’homme que sa présidence. Il se révélait d’une grande intégrité et était doté d’une intelligence exceptionnelle. Voilà ce qui ressortait des dires de tous. En tant qu’être de couleur noire, il avait rallié à une vision noble de l’Amérique un large éventail de gens qui provenaient de divers milieux ethniques. Il avait encadré le rôle de l’État sur les économies du savoir et de la santé et avait redéfini la place des lobbyistes au sein des élus des deux Chambres. Il avait rédigé une charte sur l’éthique et avait conclu un pacte fiscal. Ses politiques et ses vues dans différents domaines avaient été formulées en proposition de lois qui avaient obtenu l’aval du Congrès et le sceau présidentiel. Ces législations rehaussaient la qualité de vie du citoyen américain ordinaire. Ainsi, les réalisations de Simpson éclipsaient déjà l’héritage légué par ses prédécesseurs.
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— Mesdames et Messieurs, veuillez reprendre vos places et attacher vos ceintures de sécurité jusqu’à l’atterrissage. Nous traversons une zone de perturbation atmosphérique dans le secteur de l’aéroport Jean-Lesage. À Québec, la température est de 13°C sous un ciel parsemé de nuages. Le taux d’humidité est de 25 %. Nous vous remercions d’avoirchoisiAir USA. Bon séjour dans la ville de Québec, déclara le pilote de l’avion où Catherina avait pris place.
Les chroniqueurs politiques faisaient la pluie et le beau temps à Washington. Catherina se demanda s’ils ne qualifieraient pas le Québec de « région à haut potentiel de perturbation ». Selon son intuition, les gouvernements américains et hébreux interviendraient d’une manière ou d’une autre lors de cette conférence. Catherina était contrariée en songeant à cette association explosive.
La personnalité du secrétaire général de l’ONU, Judas Applegold, se révélait une énigme en soi. Les gens au pouvoir placés sur son chemin ne tarissaient pas d’éloges sur ses compétences. Son curriculum vitæ faisait état de son passage au sein de nombreuses sociétés d’envergure où il avait agi à titre d’avocat en droit international. Depuis, toutes les portes devant lui s’ouvraient par son seul charisme. Le président de la France l’avait nommé à la fonction d’ambassadeur à l’ONU. Dans le cadre de ses nouvelles attributions, il avait effectué des tournées dans les pays non émergents du tiers-monde. Il y avait plaidé en faveur d’une redistribution des richesses et d’une autosuffisance en biens de première nécessité. Lors de ses voyages, il avait été le témoin de plusieurs théâtres de guerres motivées par des différences de race ou de religion. Il avait appelé les gens à la tolérance. Ses nombreux discours avaient été bien accueillis et avaient généré un solide climat de paix. Si Catherina se fondait sur ces seules données, il serait l’homme le plus compétent en diplomatie qu’elle ait connu et le plus désintéressé, politiquement parlant. Pourtant, son sixième sens lui dictait de rester sur ses gardes. Cet homme lui faisait peur. Elle avait la certitude que plusieurs éprouvaient ce sentiment.
13 septembre, 20 h 45
Quelque part dans le parc du Catoctin Mountain, Maryland, États-Unis
La région du Catoctin Mountain constituait la limite orientale de la chaîne des Appalaches. Une forêt de feuillus y agrémentait le panorama.
Au volant de saAudi R8, le capitaine de vaisseau Jack Scofield, officier au sein de l’US Navy, roulait sur la 77 Ouest. Son attention se porta sur la route sinueuse. L’un des plaisirs de Scofield consistait à négocier les virages et les descentes aux courbes prononcées. Cette montée d’adrénaline stimulait les activités de son néocortex, là où tout seréduisait à des images, à des scénarios, à des moyens, à des évaluations de risque et à de la gestion d’imprévus.
À la radio, le lecteur de nouvelles annonça le début de la conférence sur les changements climatiques tenue dans la ville de Québec. Cet événement connaîtrait son apogée à la clôture de ce forum, soit le 21 septembre à midi. Ce jour coïncidait avec la Journée internationale de la paix au cours de laquelle l’ONU recevrait les droits d’exploitation du générateur écologique. Jamais, dans l’histoire, un rassemblement de dignitaires n’avait suscité autant d’excitation et d’espoir.
Quelques minutes plus tôt, Simpson avait convoqué Scofield par le moyen d’un appel téléphonique à Camp David, la résidence de villégiature officielle du président américain en exercice. Cet appel était survenu au moment où Scofield sentait la chance le quitter autour d’une table de poker. Ce jeu de cartes et son travail d’agent sur le terrain comportaient des similitudes. Durant le processus de raisonnement, les mêmes réflexes de survie étaient sollicités et permettaient la résolution de problématiques à première vue insolubles. Ces deux activités constituaient des domaines pour lesquels il avait reçu un entraînement et où il excellait.
À la fin de son mandat, le chef de l’exécutif informait son prochain titulaire de renseignements confidentiels relatifs à la gouvernance. Or, dans la foulée des attentats terroristes du 11 septembre 2001, George W. Bush avait fondé le réseau Gardien. Depuis lors, chacun des présidents sortants avisait son successeur de l’existence de cette agence secrète quelques jours avant son discours d’investiture.
Le réseau Gardien recrutait son personnel au sein de la fonction publique, auprès des employés des différents corps de l’armée et dans le bassin de leurs retraités. Ces soldats hors-norme étaient disséminés partout sur la planète et occupaient parfois des postes stratégiques. Ce réseau disposait d’un fonds d’opération puisé à même le budget discrétionnaire du président. Jack Scofield le dirigeait. La raison d’être de cette agence ultra-secrète consistait à neutraliser et à éliminer tout élément nocif pour la sécurité nationale. Elle intervenait dans l’univers réel et l’espace virtuel, et ce, n’importe où dans le monde lorsque le président autorisait l’exécution du protocole UAF-93. L’administration Bush le baptisa ainsi à la mémoire du vol 93 de la compagnie United Airlines. Les passagers et les membres de l’équipage avaient péri le 11 septembre 2001 à la suite de l’écrasement de cet avion dans un champ près de Shanksville dans l’État de Pennsylvanie.
Les banques centrales étrangères menaçaient les États-Unis de faillite. De nombreux secrétaires du cabinet Simpson et desreprésentants des deux Chambres du Congrès cherchaient tous les arguments possibles pour justifier leurs coupures dans les dépenses gouvernementales. L’agence dirigée par Scofield était en tête de liste despostes budgétaires à éliminer. Dans ce contexte, toute mission créditée d’une réussite était à même de faire admettre le bien-fondé de sa propre existence.
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La piscine creusée où se trouvait Simpson jouxtait l’Aspen Lodge. Dès son arrivée à Camp David, les plantons du président y escortèrent Scofield. Simpson et son chef de cabinet, Helena Vista Bella, avaient revêtu leur maillot de bain. Helena nageait suivant un corridor imaginaire et cumulait des longueurs. Simpson dégustait un frappé aux fruits. Le thermomètre stagnait paresseusement à 25 °C. Le ciel était dégagé et les criquets chantaient leur complainte avec un parfum d’allégresse.
Scofield avait entendu tout ce qui se disait sur cette blonde sulfureuse. Bien des prétendants s’étaient cassé les dents à la désirer. Sa beauté éclipsait son quotient intellectuel et, pourtant, elle faisait partie du groupe Mensa(Organisation internationale dont le seul critère d'admissibilité est d'obtenir aux tests d'intelligence des résultats supérieurs au groupe qui représente 98% de la population).Aux yeux du président, elle représentait sa carte maîtresse. Depuis sa nomination à ce poste, elle lui avait assuré un atterrissage en douceur en de nombreuses circonstances.
Après les civilités d’usage, Simpson dressa un portrait succinct de la situation à Scofield.
« Jusqu’à aujourd’hui, mes conseillers ne s’étaient pas formalisés des rêves de grandeur de Judas Applegold. La donne a changé.
Les pays émergents prennent de plus en plus d’importance au sein de l’économie planétaire. Leurs doléances ont obtenu l’attention d’Applegold. Auprès des cent quatre-vingt-douze nations membres, une délégation d’ambassadeurs a effectué des représentations en vue d’une réforme en profondeur de l’ONU. Comme il fallait s’y attendre, ce groupe a gagné l’assentiment de la majorité des pays, à l’exception des cinq membres permanents du Conseil de sécurité qui s’opposent à ce changement… »
De son fauteuil, Scofield avait une vue directe sur la piscine, sur le président Simpson et sur la sirène au corps de déesse. Les charmes d’Helena obnubilaient Scofield. En raison des jeux d’ombres et de lumière, même un observateur avisé aurait éprouvé de la difficulté à saisir les instants où le regard de Scofield se focalisait ailleurs que sur le président Simpson.
« … Au terme de la métamorphose, le monde entier assistera à l’émergence de l’OMCUP(Organisation mondiale des continents Unis pour la paix).Cette nouvelle entité apportera une solution au vice de la structureopérationnelle de l’ONU. Chaque continent élira l’un de ses pays pour le représenter. Il siégera à ce poste pour un terme de deux ans au sein du Conseil de sécurité réformé. Ces décideurs adopteront à la majorité simple les propositions mises sur la table. Avec la notion du veto abolie, les nouvelles entités seront contraintes à l’établissement de consensus. »
Helena sortit de la piscine. Les deux hommes et les gardes du corps jetèrent un second regard appuyé vers elle. Scofield vécut, l’espace d’un instant, un fantasme sexuel récurrent. Helena s’emmaillota sous des couvertures de plage et prit place à côté du président Simpson de manière à faire face à Scofield.
« Comme je l’ai mentionné au départ, la donne a changé. Le magnat Johan Danson a financé les projets de recherche de Salomon Davidstein. Le savant a inventé un générateur d’énergie verte. Il s’agit d’un produit dérivé de la fusion de l’hydrogène à froid. Danson et Davidstein ont manifesté le désir de l’offrir à toutes les nations afin de les pacifier à l’échelle mondiale. Ce projet se concrétisera dans la mesure où chacun des pays démontrera une volonté ferme de s’entendre avec ses différentes ethnies et ses voisins.
Applegold a saisi la balle au bond et il a proposé ses services au tandem Davidstein-Danson. Les parties ont signé un accord. Les clauses du contrat qui lient l’organisation onusienne à Salomon Davidstein et à Johan Danson décrivent la manière dont les pays seront qualifiés pour obtenir un permis d’exploitation du générateur écologique. Seules les nations membres de l’OMCUP et de la CERCA(Commission d'Exploitation des Ressources Céréalières et Aquifères)y auront droit. »
Un garde du corps s’approcha du président Simpson et lui murmura quelques mots à l’oreille. Simpson empoigna le téléphone. Il se leva et s’éloigna de ses invités. Quelques minutes plus tard, il revint au bord de la piscine. À la reprise de son discours, il fixa son interlocuteur.
« Dans huit jours, lorsque les cloches des églises sonneront à midi, Applegold sera en position de force pour contraindre la Chine, les États-Unis, la Fédération de la Russie, la France et le Royaume-Uni à abdiquer. Israël ne pourra plus se réfugier sous le parapluie du protectorat américain. Rien n’empêchera Applegold de créer “l’ONU 2.0”. Ildétiendra non seulement la capacité d’influer sur tous les grands enjeux internationaux, mais il dictera le mouvement des pièces sur l’échiquier planétaire. Ainsi, l’ONU deviendra en quelque sorte le gouvernement mondial et son secrétaire général se positionnera à la tête de l’exécutif.Selon nos services de renseignements, Applegold a eu des entretiens privés avec les principaux manufacturiers d’automobiles et les producteurs de biens de consommation qui fonctionnent à l’aide dupétrole ou du gaz naturel. Il les aurait incités à entreprendre un plan de conversion vers l’énergie verte dès cette année.
Cet après-midi, j’ai réuni l’ensemble de mon cabinet et les leaders de la majorité et de la minorité des deux Chambres. Je leur ai fait part de la situation. Tous ont appuyé la nécessité d’engager le protocole UAF-93. C’est la raison de votre présence ici. Prenez la relève, Helena. »
— Merci, Monsieur le Président. Selon les informations colligées, la marche à suivre et les dessins techniques du générateur seraient enregistrés sur un support informatique entièrement isolé du monde extérieur et se trouveraient à l’intérieur d’une pièce appelée « salle d’incubation des rêves ». La première proposition serait de pénétrer au sein du complexe scientifique EINSTEIN, de pirater les barrières de sécurité de l’intérieur et de dérober les documents techniques.
— Intéressant. Continuez, déclara Scofield.
— L’autre scénario possible consiste à enlever Salomon Davidstein et à le cacher dans l’une de nos planques au Canada. L’annulation du contrat, qui lie l’ONU, Johan Danson et Salomon Davidstein, conditionnerait la libération du savant.
— Dites-moi si je me trompe : vous favorisez personnellement la première option, n’est-ce pas ? demanda Scofield.
— Le président Simpson penche pour la seconde. À ses yeux, le capital humain représente un actif plus important. Nous protégerions nos acquis lors d’éventuelles négociations avec Judas Applegold.
— Est-ce vous, Helena, qui militez pour la première option ?
— Ce choix offre l’avantage de tout réduire à néant.
— J’ai besoin de plus d’informations avant de donner mon avis sur la question.
— Ce dossier sous cachet scellé contient tous les renseignements qui vous aideront à prendre une décision éclairée. Le nom de code de la mission est :Été des Indiens. Voilà, vous savez tout. Le président Simpson veut entendre votre opinion ce soir.
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À l’instar de tous les mandats exécutés par son groupe, un hic existait. Il en prenait conscience chaque fois qu’il en entreprenait un. Leréseau Gardien accomplissait ses opérations commandées en marge des autres agences connues par leur sigle de deux à quatre lettres. En tant qu’agents NOC(Non Officiellement Couvert),Scofield et ses comparses travaillaient à la limite du cadre législatif fédéral. Lors d’une missiontypique, chacun d’eux se demandait combien de règlements et de lois il serait amené à enfreindre pour la mener à bien.
Scofield feuilleta le dossier avec certaines appréhensions. Plus l’analyse des documents se poursuivait, plus son étonnement croissait. Selon les informations remises à Scofield, Johan Danson, le propriétaire du centre, ne ferait pas entièrement confiance à son personnel. Naturellement méfiant, il s’opposait au recrutement de ses membres parmi les différentes régions du globe. Salomon Davidstein tenait à cette diversité. Danson se serait effectivement plié à la volonté du savant conditionnellement à l’implantation d’une procédure pour décourager l’espionnage industriel au profit d’une tierce partie. Davidstein avait dû s’y résigner. Lors de la lecture du profil psychologique de Danson, Scofield fut, à tout le moins, ébranlé par son contenu. Danson aurait recommandé à Davidstein de distribuer le générateur écologique à toute la communauté planétaire, et ce, à un prix abordable. Le caractère magnanime de cette proposition se révélait aux antipodes de la nature même de son auteur, si Scofield donnait de la crédibilité aux rapports consultés.
Une sécurité de haut niveau assurait l’accès à l’entrée principale. La personne passait d’abord son badge devant l’œil numérique. Ce capteur optique gérait les informations emmagasinées dans la puce électronique intégrée. Une fois qu’elle était autorisée, l’agent chargé de la protection des lieux l’invitait à s’introduire dans le sas d’accueil dont les murs de dix centimètres d’épaisseur étaient constitués d’acier trempé. Lorsque la chambre cylindrique se refermait sur elle, l’officier de garde effectuait dans un premier temps une lecture des valeurs biométriques de la personne. L’analyse des données permettait d’établir une concordance entre les résultats de ce balayage et les paramètres contenus dans la mémoire de l’ordinateur. Par la suite, il mettait en fonction un numériseur radioscopique. Il visionnait l’image pour s’assurer qu’elle ne constituait pas une menace à la sécurité. Si elle passait ces deux contrôles, le sas s’ouvrait de l’intérieur et elle accédait ainsi aux deux premiers étages. Sinon, il activait les ultrasons et elle s’effondrait en moins d’une minute. Une équipe de soutien venait la menotter. Puis, elle était transférée pour des fins d’interrogatoire dans la prison militaire située à proximité du complexe scientifique.
La rampe de réception et d’expédition des pièces représentait le second point d’entrée. L’addition d’un dispositif qui transformait ce second sas en véritable chambre hyperbare relevait d’un cran la protection des lieux. Afin d’éviter le risque de causer des dommages à la marchandise, les requérants avertissaient leurs fournisseurs des normes en matière de sécurité lors de l’envoi du colis.
Le sous-sol comportait trois niveaux et le personnel s’y rendait soit par l’ascenseur soit par les escaliers de secours. Il y avait aussi un monte-charge surdimensionné d’une capacité de levage de vingt tonnes métriques. Une lecture de l’iris assurait le contrôle de ces accès. Advenant une demande d’autorisation non authentifiée, le rabattement de grilles en acier trempé mettait immédiatement la zone en isolement.
Durant l’examen des dessins techniques et des photos prises par satellite, Scofield fit un constat : les spécifications du complexe avaient été énormément rehaussées par rapport aux devis initiaux.
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L’étude de tous ces détails absorba tellement Scofield qu’il fut rappelé à l’ordre par le président qui était impatient d’en finir avec ce dossier. Il s’éclaircit la voix et commença à décrire la forteresse et à énumérer les difficultés inhérentes associées à l’option privilégiée par Helena.
— Sur cette première photo, l’architecture nous montre un édifice de deux étages plutôt banal. Rien de plus faux ! Deux portes existent et leur accès est contrôlé de l’intérieur, déclara Scofield.
— Johan Danson avait lui-même rédigé les détails du plan d’affaires associé à cette technologie. Alors pourquoi a-t-il jugé bon de construire une forteresse ? exposa le président Simpson. À ses yeux, l’universalité de l’offre et l’accessibilité du produit en termes de prix de vente semblaient ne pas peser lourd sur la balance lorsqu’il considérait le coût exorbitant des mesures de sécurité.
— À mon avis, il craignait comme la peste les tenants de la technologie de la fusion à chaud et voulait aussi dissuader toute tentative d’espionnage de la part de quiconque, répondit Helena.
Après un moment, elle demanda :
— Qu’advient-il du périmètre de sécurité ?
— Les caméras dispersées aux endroits stratégiques détecteront rapidement une entrée par la route terrestre. Leurs emplacements sont agencés de manière à ce qu’aucun angle mort n’existe. Quant à l’option d’une intrusion par la voie aérienne, elle est risquée, mais demeure envisageable. Enfin, toutes les vitres de cet édifice sont conçues pour résister à un tir continu d’arme légère. Ce niveau de protection a été rendu possible afin que le bâtiment satisfasse aux normes du ministèrede la Défense canadienne. Il y a un monde entre les réglementations civile et militaire.
Scofield poursuivit ses réflexions tout haut. Il chercha spécifiquement une information contenue dans l’une des feuilles du plan qu’il avait remarqué un peu plutôt dans la soirée et la trouva. Il pointa son index sur un point précis de la vue en élévation.
— Sur les photos du centre prises par satellite, il y a une sorte de diffuseur comme entrée d’air sur le toit. Cela me semble inusité. Il n’y a aucune indication de ce genre sur les dessins techniques.
— Si je comprends bien, les plans dont nous disposons ne reflètent pas nécessairement la réalité, paraphrasa Helena.
— Exactement. Leur dernière mise à jour date de cinq ans. Si nous donnons du crédit à l’un de ces rapports, alors, il existe de nombreuses non-conformités par rapport aux dessins originaux.
— Pouvez-vous accéder au bâtiment par le système d’égout ?
— C’est justement cette voie que je préconise si nous adoptons l’option numéro un. Les infrastructures souterraines représentent à mon avis le meilleur moyen d’infiltration. Je recommande leur exploration. Nous pourrions ainsi apporter les corrections aux dessins en comparant avec les mesures réelles. Helena, mon choix ne vous plaira pas. D’emblée, je penche vers la seconde option en raison de sa simplicité.
Helena s’avança sur sa chaise de patio et inclina son corps d’une telle manière que le galbe de ses seins était avantageusement découvert. Scofield posa un regard sur ses charmes et sut d’instinct qu’il perdrait la face à la prochaine réplique d’Helena.
— Capitaine de vaisseau Scofield, ne craignez-vous pas des répercussions sur le plan diplomatique s’il s’avère qu’une organisation détient les preuves de notre méfait ? Enlever le symbole de la paix serait un acte lourd de conséquences. Toutes les nations se ligueraient contre nous, argumenta Helena.
— De combien de temps est-ce que je dispose pour évaluer les options ?
— D’une semaine ; c’est une éternité pour des gens de votre calibre ! répliqua Helena.
— J’en conviens, mais je ne change pas d’avis pour autant. Et je pousserais l’audace de mon raisonnement d’un autre cran. À mon avis, c’est précisément pour contrecarrer une mission de ce genre que ce bâtiment a été conçu.
Simpson mit un terme au duel rhétorique.
— C’est décidé. Nous enlevons le savant.
Le président Simpson congédia Scofield et Helena. Il ouvrit sa boîte de cigares cubains. Il en sortit unhabanoTotalmente a Mano — Tripa Larga(Totalement fabriqué à la main avec une tripe longue).Il demeura seul au bord de la piscine située à proximité du parcours de golf et en périphérie du boisé.Il fit le vide autour de lui et permit à ses pensées de flotter au gré de la contemplation des étoiles.
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Helena et Scofield partirent côte à côte en direction de leur chalet de résidence respectif à l’intérieur de Camp David. Un silence tacite régnait entre eux.
Scofield fantasmait à l’idée d’attirer Helena dans son lit. Il soupesait chacune de ses options en vue de cet objectif.
Pendant la rencontre, Helena avait vu à maintes reprises ce regard enflammé dans les yeux de Scofield et se demandait s’il valait la peine de songer à d’hypothétiques initiatives de sa part.
— Iriez-vous jusqu’à me tenir tête si je vous invitais à prendre une consommation dans ma chambre ? balbutia Scofield tant il perdait ses moyens devant son idéal de la beauté incarnée.
— La seule manière pour vous de le savoir consiste à vous jeter du haut de la falaise.
— Je vous le demande.
— J’ai quelques appels à effectuer. Venez plutôt chez moi dans une heure, charma Helena.
Curieuse, Helena cherchait à connaître ce qu’il y avait dans les tripes de ce marin.
Ils se séparèrent au croisement d’un sentier.
L’imagination de Scofield atteignait la stratosphère tant il était excité à l’idée de ce rendez-vous. Son instinct lui dictait de stopper les multiples scénarios de libertinage. Il entreprenait une mission qui sera peut-être sa dernière au sein du réseau Gardien. L’important était de focaliser son attention sur l’opération commandée par le président Simpson. L’existence de son agence en dépendait. Il vivait un combat, et dans ce type de champ de bataille, il succombait par habitude. Et pour une fois, il doutait de pouvoir agir en héros.
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Arrivée à son chalet, Helena enleva le double fond de sa valise. Elle y saisit un appareil de détection. Elle le mit en fonction et balaya toute sa chambre à la recherche de mouchards. Satisfaite, elle en ressortit un module de cryptage. Munie de cette unité électronique, elle appela Lamech sur une ligne sécurisée.
— Monsieur, le président Simpson a réagi selon le plan prévu. Il envoie Scofield kidnapper Salomon Davidstein.
— Faites en sorte qu’il échoue dans sa mission.
— Dois-je rayer Scofield de la liste des vivants ?
— Absolument pas ! Sa perception des événements servira notre cause, allégua Lamech.
— Très bien.
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Quelques minutes plus tard, Helena prenait un bain moussant lorsque quelqu’un cogna à la porte.
— Entrez ! La porte n’est pas verrouillée, dit-elle sur un ton qui exprimait un zeste de nonchalance.
Scofield entra. Il contempla la beauté d’Helena, voilée par l’écume savonnée. Elle avait rassemblé ses cheveux autour d’un chignon. Ses yeux bleus, semblables à deux coupes de champagne, pétillaient d’excitation contrôlée. Son nez représentait une pente abrupte aux arêtes fines ; l’escalader constituait sûrement un exercice de haute voltige. Ses lèvres pulpeuses ressemblaient à une ventouse à laquelle Scofield désirait être cramponné. Ses épaules encadraient deux belvédères d’où il aimerait plonger ses regards vers les monts et les vallées de son corps. Toutes les appétences de l’animal en lui refaisaient surface.
— Apportez-moi un verre de champagne. Le seau à glace se trouve sur la table du salon. Mouillez-vous si vous tenez à me tenir tête.
— Pas de problème pour un ancien officier de la Navy Seal, déclara Scofield avec désinvolture, soudainement plus sûr de lui. Toutefois, je refuse d’obtempérer à cet ordre.
— Je suis donc votre supérieure.
— Je me vois dans l’obligation d’exercer mon droit à la mutinerie.
Il la souleva. Quelques cris d’étonnement fusèrent dans les oreilles de Scofield. Il la retira des eaux bulleuses, la déposa délicatement sur le lit, lui lança deux serviettes de bain et une robe de chambre.
— Quand vous serez prête, nous prendrons notre coupe de champagne.
20 septembre, 19 h 30
Ville de Québec, Québec, Canada
La ville de Québec était à la veille de devenir une planche de salut pour les habitants de la planète bleue. Il y régnait une fébrilité peu commune. Une page d’histoire s’écrivait. Plusieurs qualifiaient cette conférence d’événement du siècle et d’autres, du millénaire. Autour du Château Frontenac, un cordon de sécurité étanche protégeait lesdignitaires des cent quatre-vingt-douze pays membres de l’ONU. Chacun d’eux profitait de son passage devant la lentille des caméras de télévision pour signifier sa part active à ce sauvetage. En périphérie, desmanifestations spontanées débordaient de la Place d’Armes et s’étendaient jusqu’à l’Hôtel du Parlement et sur la Place Royale au pied du cap Diamant. Au moyen de leur porte-voix, plusieurs associations de militants engagés depuis des décennies, soit à la sauvegarde de l’environnement ou à la préservation de la paix, scandaient avec enthousiasme des slogans de victoire. Ces défenseurs de nobles causes aussi s’appropriaient certains mérites.
Dans toute cette fièvre médiatique, Davidstein et son équipe pluridisciplinaire demeuraient introuvables. Seuls le service de protection de l’ONU et quelques rares personnes connaissaient le lieu où ces scientifiques célébraient leur réussite en toute intimité.
Tous les habitants de la planète bleue retenaient leur souffle et attendaient avec impatience la conclusion de cette conférence sur les changements climatiques. Les officiers de l’ONU avaient convié les journalistes pour le lendemain midi sur le site historique des Plaines d’Abraham. Tous les ambassadeurs des pays à l’ONU et la majorité des chefs de gouvernement y seraient réunis. Ils se tiendraient sur la tribune. Ensemble, ils joindraient leurs mains. Cette chaîne humaine se prolongerait avec la multitude rassemblée. En réponse aux discours officiels, chacun des dignitaires clamerait : « Paix et sécurité pour nous, pour nos enfants et pour les enfants de nos enfants. » Pour sceller l’engagement, la foule ferait écho et martèlerait à son tour ces mots dans la langue respective des interlocuteurs. Ce serait alors le plus grand moment de la télévision jamais enregistré. L’accord de Québec constituerait le traité qui lierait deux thèmes très rassembleurs, soit la sauvegarde de la planète et l’instauration d’une paix durable.
Le monde était loin de se douter de toutes les tractations diplomatiques derrière les rideaux. Certains leaders modérés tenaient un discours favorable à la vision du secrétaire général de l’ONU. Ils attiraient dans leur camp les pays réfractaires à l’idée de renoncer à certaines prérogatives chèrement acquises sur le plan de la souveraineté territoriale et du commerce international. Ils encourageaient chacun de ces pays hostiles à embrasser, tel un voilier, le vent du changement. Ils les incitaient à mettre le cap en direction du port où régneraient l’unité, la fraternité, la tolérance et la paix. Ces quatre vertus cardinales constituaient autant de piliers sur lesquelles l’organisation onusienne était fondée.
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Au cœur même du quartier Petit Champlain à Québec, les vingt-sept membres du personnel du complexe scientifique EINSTEIN étaient réunis à la Maison Chevalier. Cette résidence historique constituait l’un dessites phares de la Place-Royale. Une mosaïque de chants traditionnels, qui reflétaient avec fidélité le large spectre culturel des employés, traversait les murs en pierre de l’édifice.
Une équipe de sept agents assurait la protection des lieux. Chacun était lourdement armé et avait revêtu une veste pare-éclats. Leur centre des communications était situé dans un endroit secret à moins d’un kilomètre de la Maison Chevalier. Trois d’entre eux étaient postés en faction devant la porte d’entrée principale. Trois autres gardaient l’accès arrière. Enfin, un garde patrouillait dans l’enceinte du bâtiment.
La joie, la fierté et le sens du devoir accomplianimaient les participants rassemblés autour d’une grande table en forme de U située dans la grande salle de l’édifice. Cette atmosphère détendue s’était propagée, tel un virus, sur l’humeur des personnes affectées au service du repas et des boissons.
L’hôte de la soirée, le directeur général, avait donné son aval au traiteur pour amorcer le deuxième service. Il s’informait de la satisfaction de ses collègues et poursuivait sa tournée. Deux d’entre eux étaient assis de chaque côté du siège laissé vide par l’une ou l’autre des personnes qu’il recherchait.
— Savez-vous où John Hackerman et Salomon Davidstein se trouvent ? s’enquit le directeur général.
L’individu à la droite de John effectua un effort de mémoire avant de répondre.
— Je n’ai pas vu John depuis qu’il est sorti pour brûler une cigarette. Salomon est parti peu après. Il parlait au téléphone et paraissait soucieux et contrarié.
Le collègue de gauche confirma les dires de son compagnon.
— Écoutez, quand vous les apercevrez, faites-moi signe.
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À l’heure prévue, trois personnages contemporains d’une bande dessinée populaire, appelée Les Aventures d’Alexandre, apparurent près de l’embarcadère du bateau qui assurait la navette entre Québec et Lévis. Ces individus étaient masqués et costumés en Alexandre, César et Archimède. Ils déambulaient dans la rue des Traversiers et saluaient les passants.
Ils appartenaient à un groupe de six super héros. Leurs histoires charmaient un large éventail du public en général. César représentait la force brute de la bande. En raison de sa stature imposante, sescompagnons l’avaient surnommé « l’armoire à glace », mais il s’avérait un être au cœur tendre. Archimède était l’ingénieur lunatique et un inventeur hors pair. Ensuite, Castor et Pollux jouaient le rôle de deuxfrères inséparables. Castor, le détective surdoué de la famille et un maître de la déduction, excellait dans la résolution d’énigmes. Pollux était l’homme aux multiples talents et constituait un heureux mariage de magicien, d’imitateur et d’adepte des arts martiaux. Vénus était la contorsionniste, l’équilibriste et la dulcinée du chef. Finalement, Alexandre, leur capitaine, était un amalgame des forces de ses compagnons.
