Soleil noir - Marcel Donnaës - E-Book

Soleil noir E-Book

Marcel Donnaës

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Beschreibung

Que signifie "Soleil noir"? Lorsque Mandès posa cette question à Gilbert Kaert, le patron de ce night-club à Kigali, il lui répondit: Le soleil c'est l'or, le noir c'est la mort. En 1916, l'Empire allemand s'effondre. cinq cents kilos d'or disparaîtront dans des conditions mystérieuses au Burundi. C'est là que naîtra la légende du trésor de guerre du IIèm Reich disparu dans la jungle du mont Teza, jusqu'à ce que... En 1972, une prise d'otages assujettie à un chantage placera Miguel Mandès dans une situation où la réalité rejoint la légende. Une enquête le conduira au Burundi où Hutus et Tutsis se livrent une guerre fratricide. Au Rwanda où il affrontera dans une lutte sans merci, mercenaires, aventuriers et conspirateurs en tout genre qui osent braver la légende pour s'accaparer l'or du Reich. La trahison, les assassinats, la souffrance et la mort sont au rendez-vous du "Soleil noir".

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Seitenzahl: 362

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Avertissement

Le respect de la vérité oblige à reconnaître que ce roman est une pure fiction.

Toute ressemblance avec des événements réels, avec des personnages existants ou ayant existé, qu’il s’agisse des noms, des fonctions, des traits physiques ou de caractère, serait pure coïncidence.

Le lecteur reste le seul maître de son imagination.

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Le livre en papier

Sommaire

Chapitre-1 Le plan d’Otto Goesfeld

Chapitre-2 Otages

Chapitre 3 L’assaut

Chapitre-4 Investigations

Chapitre-5 Prédilection

Chapitre-6 Révélations

Chapitre-7 Complications

Chapitre-8 Le Nyungwe

Chapitre-9 L’or du Reich

Chapitre-10 Le Soleil noir

Épilogue

Chapitre-1

Le plan d’Otto Goesfeld

1972 - Bangui, Centrafrique.

Tout commença avec cette extraordinaire découverte faite par hasard dans un des locaux de l’Ambassade d’Allemagne, où s’entasse un important volume de documents non classés que l’on avait jugés sans importance. Ils avaient été déplacés à maintes reprises et devenaient de plus en plus gênants. C’est pourquoi Otto Goesfeld, un employer de l’Ambassade, en pestant contre la poussière soulevée à chaque manipulation, s’échinait à les transporter, à trouver un nouvel emplacement dans une réserve, sans doute celle de l’oubli définitif. Ce ne fut pas le cas pour l’un des dossiers contenu dans une sacoche en cuir, qui glissa à terre en sortant de celle-ci, usée, abîmée par le temps.

Otto se baissa pour récupérer le document. Un détail attira immédiatement son attention. La chemises cartonnée portait le sceau de l’Empire germanique, celui du IIèm Reich!

Fébrilement, d’une main où les doigts tremblaient il l’ouvrit. Elle contenait une page dactylographiée. Il cessa toute activité, se rapprocha de l’éclairage du local pour prendre connaissance de son contenu. Grand fut son étonnement lorsqu’il lut ce qui suit.

« Bujumbura 05 octobre 1916.

Le Colonel Karl Von Wurnberg, qui avait pour mission de convoyer 500 Kg d’or répartis dans vingt-cinq caisses en provenance du Cameroun, s’est présenté le 18 septembre à mon état major ayant rempli sa mission. Il était accompagné du Lieutenant Julien Vernier, son aide de camps. Le lendemain 19, au cours d’une réunion où je réunis le Colonel Von Wurnberg et le Colonel Ralf Kupdorf l’un de mes officiers, il fut conclu que l’or, dans les moments critiques que nous subissions, devait être mis au secret le temps que je puisse organiser son transfert vers la Libye. Le Colonel Kupdorf, connaissant parfaitement la région proposa un endroit qui fut retenu pour être le plus approprié à ce que nous souhaitions. Les deux officiers quittèrent Bujumbura le 20 septembre avec un détachement de six hommes et sept mules transportant les vingt-cinq caisses d’or. Dix jours plus tard, le détachement n’était toujours pas de retour de cette mission. C’est le temps que s’était alloué le Colonel Kupdorf pour la mener à bien.

Le 30 septembre j’ai ordonné des recherches menées par le Commandant Hans Romelaert. Elles durent être abandonnées le 04 octobre. Les troupes françaises et belges prenaient position aux portes de Bujumbura, m’obligeant à préparer en hâte le déplacement de mon bataillon vers le Rwanda

En ce jour, 05 octobre 1916, ceci est mon dernier rapport avant de quitter Bujumbura.

Général Udo Gorbach »

*

Otto n’en croyait pas ses yeux. Comment un tel document avait bien pu échouer dans cette Ambassade à Bangui, dans ce paquet avec d’autres qui n’avaient aucun rapport avec des événements de cette époque. Celle de la chute de l’Empire colonial allemand à la première guerre mondiale ?

Il lut et relut le rapport du Général Gorbach, comme pour se justifier qu’il ne rêvait pas, qu’il avait bien en main le privilège d’une information de la plus haute importance. Devait-il en douter ?

certainement pas, le sceaux du Reich, celui de l’Empire allemand de Guillaume II était la preuve incontestable de authenticité de l’acte. Alors, il le mit à l’écart avec dans l’esprit la ferme intention de bien réfléchir sur cette extraordinaire découverte. Il reprit son travail, machinalement, avec en tête le rapport du Général Gorbach qui revenait en boucle. Lorsqu’il quitta l’Ambassade, il enveloppa soigneusement le document dans un journal qu’il emporta, avec un curieux sentiment intérieur d’accomplir un acte réprobateur. Le détournement d’un dossier qui aurait dû être classé secret.

*

Otto Goesfeld est berlinois, célibataire, la quarantaine, il est diplômé d’un doctorat en histoire ce qui lui a valu d’être nommé il y a quatre ans à un poste vaquant à l’Ambassade de Bangui. Pour lui, ce poste est un changement radical dans sa vie, la découverte d’un autre monde. L’Afrique avec ce qu’elle renferme de mystères, de mythes ancestrals, de continuels bouleversements politiques le plus souvent accompagnés d’actes de violence.

Ce soir là, dès qu’il fut rentré chez lui, il déplia le journal qui enveloppait le document détourné de l’Ambassade. Il le lut à nouveau, lentement, pour bien s’en imprégner de toute son importance. Puis il dîna d’un frugal repas préparé, s’installa confortablement sur un fauteuil en rotin une bière à la main, laissant libre cours à son imagination...

Bien sûr, ce qui occupait son esprit c’était le rapport du général Gorbach. Ces vingt-cinq caisses d’or en provenance du Cameroun qui avaient mystérieusement disparues quelque part au Burundi, il y a plus d’un demi-siècle. Que l’on avait dans la débâcle de cette fin de l’Empire colonial allemand abandonnées sans pouvoir entreprendre des recherches plus poussées. Qu’était donc devenu cet escadron de six hommes menant sept mules chargées d’or sous la conduite du Colonel Von Wurnberg et du Colonel Kupdorf réputé connaître parfaitement la région. Cela lui semblait une situation impensable. Comment n’avait-on pas entrepris les recherches qui s’imposaient pour retrouver cet escadron et les 500 kg d’or, inestimable trésor de guerre du Reich. Le rapport du Général Gorbach était-il le seul document qui faisait mention de cet épisode du déplacement de l’or en provenance du Cameroun. Selon lui, certainement pas, mais peut-être bien le dernier comme désignant un échec, une fin définitivement classée. Alors, dans ce cas, est-il possible que ces vingt-cinq caisses d’or se trouvent cachées quelque part au Burundi, dans les environs de Bujumbura. C’était bien le but de la mission de ce détachement de six hommes sous les ordres des deux officiers, mettre l’or en lieu sûr en attendant le moment propice pour le récupérer dès que possible. Les recherches durent être abandonnées, mentionne le Général Gorbach forcé par les événements à déplacer ses troupes vers le Nord. Il semblerait que le détachement eut quitté la base militaire le 20 septembre, que le Général eut fait mouvement le 5 octobre, sans avoir de nouvelle sur cette mission combien importante. Il est précisé que le Colonel Kupdorf connaissait parfaitement la région, donc on peut éliminer le fait qu’il se soit perdu. Les troupes françaises et belges étaient aux portes de Bujumbura, le détachement a t’il était intercepté, dans ce cas, avant ou après avoir caché l’or ?

Autant de questions qui se bousculaient dans la tête d’Otto Goesfeld sans qu’il puisse y mettre de l’ordre, sans trouver une déduction crédible. Il se coucha très tard ce soir là, en se promettant de ne pas laisser cette affaire sans entreprendre des recherches. Il ne savait pas encore comment, tout était trop récent, encore trop confus dans son cerveau pour en tirer une conclusion rationnelle.

Il faut croire que la nuit porte conseil. À son réveil un plan se dessina lentement dans son esprit encore embué par le caractère invraisemblable du rapport rédigé en 1916 par le Général Udo Gorbach. Invraisemblable parce que se trouvant dans une pile d’autres documents n’ayant aucun rapport avec la première guerre mondiale, ni avec la fin de l’Empire colonial du Reich en Afrique centrale, qui de plus provenait certainement des archives des troupes de l’armée du IIèm Reich basées à l’époque au Burundi. Alors, par quel miracle, par quel hasard, ce rapport se trouvait mêlé à d’autres documents traitant d’affaires plus récentes entre le Centrafrique et la RFA. Interrogation sans réponse. Il devait bien y avoir une explication et c’est pourquoi un plan avait lentement à son réveil, germé dans le cerveau d’Otto Goesfeld.

Disposant de temps libre dans son travail à l’Ambassade, de contacts au gouvernement dans la capitale à Berlin ouest, il put avec obstination mettre au point le plan qui avait pris forme dans son esprit. Premièrement, se renseigner sur les deux officiers que furent Karl Von Wurnberg et Ralf Kupdorf, mais aussi sur le Général Udo Gorbach. Pour cela il fit appel à un ami proche qui tenait un poste important au gouvernement actuel de la République fédérale allemande à Berlin, aux archives militaires. Une démarche qui prit du temps, mais porta ses fruits, une base, un point de départ à exploiter à l’occasion. Il prit soin de noter ce qui lui sembla être le plus important pouvant consolider son plan.

Il eut ainsi confirmation que les deux Colonels, Von Wurnberg et Kupdorf avaient disparus au cours d’une mission secrète qui leur fut confiée en septembre 1916 par le Général Udo Gorbach. Il retenu dans ce que lui transmit son ami de Berlin que le Colonel Ralf Kupdorf était resté en poste durant dix ans au Burundi, qu’il était connu pour avoir pris les premières photos de gorilles de montagne, plus précisément vers le mont Teza, point culminant d’une forêt primaire. Qu’il avait épousé Greta la sœur d’un exploitant forestier du nom de Gurt Fitswald, établi à une dizaine de kilomètres de Bujumbura. Il n’apprit rien de bien important sur Von Wurnberg, si ce n’est qu’il fut effectivement en poste à Douala, qu’il quitta en juillet 1916 pour une mission secrète accompagné de son ordonnance le Lieutenant Julien Vernier et un escadron en direction du Burundi. Un ordre donné par le Général Udo Gorbach. Tout cela semblait cohérent avec le rapport du Général Gorbach. Quant-à ce dernier, qui avait fait carrière en Afrique, laissé plusieurs rapports au ministère de la guerre, fut tué en octobre 1916 lors de la débâcle de ses troupes à la frontière nord du Burundi. Aucune trace de sa part du rapport que Otto avait maintenant en main. Des informations qui lui coûtaient le fait de devoir partager avec son ami de Berlin Jef Regensburg, le cas échéant, l’or justification du mystérieux rapport signé par le général Udo Gorbach. Une situation délicate, qu’il faudra gérer à deux pour qu’il puisse faire avancer son plan. Au cours de discussions avec Jef, Otto avait clairement laissé entendre le but de sa démarche, en connaître d’avantage sur les acteurs de cette mission secrète, arriver à cerner le problème et bien sûr le résoudre. C’est à dire, retrouver l’or à son profit. Pour cela, il y avait encore bien des étapes à franchir, mais déjà la suivante se devait d’être mise en application.

Certes, il savait qu’il ne pouvait compter sur aucun témoin de l’époque, et pour cause, nous sommes en 1972 et les faits se sont déroulés en 1916 !

Cependant, un nom avait attiré son attention, tant sur le rapport du Général Gorbach, que sur les renseignements fournis par son acolyte de Berlin. Ce nom, c’est Julien Vernier. Un nom qui à Bangui est bien connu, c’est celui d’un exploitant en diamants qui a comme l’on dit pignon sur rue, exporte les pierres précieuses brutes vers l’Europe, plus précisément vers Anvers en Belgique. Aux premiers renseignements obtenus, il apprit que Julien Vernier avait laissé son exploitation à son fils Jacques Vernier, confortablement installé à Bangui dans le quartier résidentiel où il possédait appartements et bureaux. Il lui fut facile de vérifier que Julien Vernier était bien celui qui fut l’ordonnance du Colonel Karl Von Wurnberg.

Tout s’achète, il suffit d’y mettre le prix !

Il trouva assez facilement à corrompre un employé de l’administration en place à Bangui, pour obtenir tout ce qu’il voulait savoir sur Julien Vernier. Né en 1890 à Strasbourg, dans l’Alsace devenue allemande après le guerre de 1870, il avait fait de brillantes études et obtenu un diplôme d’architecte. Dès le début de la guerre, en 1914, il fut incorporé dans l’armée du IIèm Reich. Il fut l’un de ceux que l’on appela « les malgré eux ». Il fut rapidement dirigé vers les troupes d’occupation en Afrique, fut affecté en tant que Lieutenant comme ordonnance au Colonel Karl Von Wurnberg. C’est en 1919 qu’il déclara sa situation aux autorités françaises à Bangui et prend la nationalité française qui lui revenait de droit après la défaite de l’Allemagne en 1918 et la réintégration de l’Alsace et la lorraine au territoire français. Il se marie un an plus tard avec Josiane Deworther, la fille d’un exploitant belge, expert en diamants. À la mort de son beau père, Julien reprendra l’exploitation, qu’il fera croître à son avantage et ne tardera pas à installer une antenne à Anvers où il se retirera en 1965, laissant son fils jacques gérer son exploitation.

Jacques est né en 1930 à Bangui, il a donc 42 ans, est marié avec Alice Dekerkove la fille d’un diplomate belge en poste à Bangui. Ils ont deux enfants. Un garçon, Louis qui a 10 ans et une fille, Line qui a 16 ans. C’est une famille heureuse, disposant d’une confortable fortune, connue à Bangui.

Pour Otto Goesfeld, voilà donc le précieux maillon qui relie l’extraordinaire périple de l’or en provenance du Cameroun, convoyé par le Colonel Karl Von Wurnberg et son aide de camps le Lieutenant Julien Vernier jusque Bujumbura. Ils sont avec le Colonel Ralf Kupdorf les dernier à avoir convoyé l’or dans un lieu qui devait être sûr, secret, avant que l’on perde trace et de l’or et des convoyeurs. Les deux officiers ont disparus dans cette aventure, Julien est donc le seul témoin encore vivant de ce périple. C’est l’homme qu’il faut interroger pour faire la lumière sur cette mystérieuse affaire, de plus qu’il est très riche et que l’héritage de l’exploitation de son beau père ne justifie peut-être pas sa fortune actuelle. Alors, de là à faire un rapprochement avec l’or disparu, il n’y a qu’un pas. Seulement, le problème est que Julien se trouve à Anvers et il ne livrera certainement pas facilement le secret qui entoure la disparition de l’or. Il faut trouver un moyen pour faire pression sur le personnage. Une idée germa dans l’esprit d’Otto, il réfléchit longuement au moyen de la mettre en application. Pour se faire, il avait besoin d’une aide efficace. C’est presque automatiquement qu’un nom lui vint à l’esprit. Gurt Henbruck qu’il avait eu l’occasion de côtoyer au cours de ces dernières années très riches en événements politiques bouleversants la stabilité du Pays en proie depuis l’indépendance à des luttes fratricides. En effet, Bedel Bokassa qui avait pris le pouvoir en 1966 avait eu à répondre brutalement en 1969 à un coup d’état bien mené par le Lieutenant Colonel Alexandre Banza. Gurt Henbruck, un allemand, un ancien militaire à la tête d’un contingent de mercenaires lui était venu en aide pour faire avorter le coup d’état. C’est à cette époque qu’Otto Goesfeld lui avait procuré des faux papiers d’identité afin qu’il puisse se déplacer en Allemagne où il était recherché pour vol à main armée, prise d’otages et assassinat. Un individu sans scrupule, autoproclamé Commandant à la tête d’un escadron de mercenaires se livrant à des pillages systématiques tant en Centrafrique qu’au Zaïre voisin. Depuis 1969, il était resté proche de Bokassa, qui l’utilisait pour des basses besognes dites de maintien de l’ordre sur le territoire. C’est cet homme qu’Otto Goesfeld contacta, persuadé que l’appât du gain ne pouvait pas le laisser désintéressé. Ils se rencontrèrent dans une salle sombre d’un bar, dans un quartier mal famé de la ville

Ils étaient venus chacun par leur propre moyen, s’étaient attablés au font de la salle. Otto avait commandé de la bière, qu’une serveuse plantureuse avait servi avec nonchalance. Un ventilateur brassait lentement l’air chaud et humide au dessus de leur tête. C’est Gurt qui s’exprimait.

‒ Cela fait un bon bout de temps que je ne t’ai pas vu Otto, quelle bonne nouvelle te fait nous rencontrer ?

Gurt était assis face à son interlocuteur, il portait des vêtements civil, moins voyants pour la circonstance, avait posé ses bras volumineux sur la table et saisi d’une main large comme une raquette de ping-pong sa canette de bière qu’il vida d’un trait. Otto, homme plus distingué, du moins en apparence, en fit autant, rappelant la serveuse à peine éloignée à remettre le couvert.

‒ C’est que j’étais occupé ces derniers temps, répondit Otto, une affaire qui me turlupine l’esprit depuis quelques semaines. J’ai pensé qu’elle pouvait t’intéresser.

‒ Une affaire, de quel genre ?

‒ Qui consiste à récupérer cinq-cents kilos d’or !

Gurt releva son regard bleu acier sur son acolyte, sans doute se demandait-il s’il avait bien entendu ou si Otto se payait sa tête. Après quelques secondes d’hésitation, il articula la gorge serrée .

‒ Cinq-cents kilos d’or, vraiment, pas moins que ça! C’est une plaisanterie ?

‒ Crois-tu que je t’aurai appelé pour plaisanter ?

‒ Alors, de quoi s’agit-il, qu’elle est cette affaire ?

Otto sortit calmement une feuille pliée en quatre de la poche de sa chemise, la déplia, la tendit à son compagnon de table…

Gurt lut attentivement, releva à plusieurs reprises son visage vers Otto, remit la feuille entre les mains de son compagnon.

‒ Bien, s’exclama Gurt, qui a t’il de vrai dans cette histoire, et même, rien n’indique où trouver cet or, au Burundi en plus !

‒ C’est pour cela que je gamberge depuis plusieurs semaines. J’ai fait une enquête sérieuse. Je suis donc certain que les personnages ont bien existé et comme l’indique le rapport du Général Gorbach, l’or a été mis en sécurité par le Colonel Kupdorf qui connaissait bien la région. Pour des raisons que nous ignorons encore, le détachement, les officiers, les hommes de troupe, les mules et les vingt-cinq caisses d’or ont mystérieusement disparu. Ma conclusion est, les vingt-cinq caisses sont là où le Colonel Kupdorf les a mises en sécurité. À nous de trouver cet endroit et nous serons riches !

Gurt éclata d’un gros rire qu’il étouffa en vidant sa bière.

‒ Tu ne manques pas d’imagination. Crois-tu que depuis plus de cinquante ans cette affaire n’a pas été éventée. Qui dit que les vingt-cinq caisses se trouvent toujours là où elles furent déposées. Si toute fois elles le furent, si le Colonel Kupdorf et ses acolytes ne se sont pas partagé l’or ! Mets-toi un instant à la place de ses types qui ont cinq-cents kilos d’or entre leurs mains, au moment où le Reich bat en retraite, hésiterais-tu à le détourner ?

‒ En effet, on peut le penser ainsi. Mais ne crois-tu pas que cela vaut la peine de s’en assurer. Cinq-cents kilos d’or, cela représente des millions de dollars. Qu’en dis-tu ?

‒ Je suppose, puisque tu réfléchis à cette affaire depuis plusieurs semaines, que tu as certainement une bonne idée de comment t’y prendre.

‒ Oui, suivant le rapport du Général Gorbach, les deux officiers et les hommes de troupe ont disparu, n’ont plus donné signe de vie après leur départ. Renseignement pris, je sais que le Général à été tué à cette époque à la frontière du Burundi et du Rwanda. Il n’y a donc plus de témoin diras-tu. Personne pour nous mettre sur une piste. Détrompes-toi, j’en ai un de témoin, son nom est sur le rapport du Général. Julien Vernier !

‒ Un témoin, encore en vie, il doit être centenaire !

‒ Non, il a quatre-vingt-deux ans, négociant en diamants de son état, il réside à Anvers, c’est lui qu’il faut faire parler. En 1916, il était l’ordonnance d’un des deux officiers disparu, le Colonel Karl Von Wurnberg, l’officier qui avait transporté l’or du Cameroun au Burundi.

‒ Et tu proposes de le questionner à Anvers, c’est peut-être lui qui a mis la main sur l’or !

‒ Non, il n’a pas accompagné l’escadron pour planquer l’or. À la débâcle des troupes allemandes au Burundi , il a regagné le Centrafrique et Bangui dans le but de reprendre la nationalité française. Sa fortune vient surtout d’un héritage, celui de son beau-père. André Deworther, exploitant en diamants. Nous n’avons pas besoin de nous déplacer à Anvers. Son fils, Jacques Vernier est à la tête de l’affaire qu’il gère depuis que son père est à la retraite. C’est lui qui nous amènera Julien Vernier à nous faire des confidences.

‒ Puisqu’il n’était pas avec l’escadron pour planquer l’or, était-il vraiment dans le secret ?

‒ C’est précisément ce qu’il nous apprendra lorsque nous l’interrogerons. Il était encore en compagnie des deux officiers la veille du départ de l’escadron pour planquer l’or. Il est forcément au courant d’une partie du secret, c’est peut-être suffisant pour mener à bien notre affaire.

‒ Comment comptes-tu t’y prendre ?

‒ Nous allons simplement enlever Jacques Vernier et faire une proposition à son père. Qu’il se livre à nous, contre la vie de son fils.

Gurt grimaça un rictus qui plissa son visage de brute, signifiant par là qu’il émettait un doute sur ce plan.

‒ Cela ne marchera pas !

‒ Et pourquoi ?

‒ Crois-tu que le vieux a envie de se suicider ?

‒ Nous lui garantirons la vie sauve dès que nous aurons obtenu ce que nous voulons de lui.

Gurt haussa ces larges épaules…

‒ Enfin, bref s’il n’y a pas d’autre moyen d’obtenir quelque renseignement que ce soit à propos de l’endroit, où selon toi, l’or serait encore dans une planque au Burundi, on peut toujours essayer ce scénario. Je suppose que c’est là où tu veux me faire intervenir ?

‒ Oui, avec deux ou trois de tes hommes, je suis sûr que tu mèneras proprement et rapidement ce kidnapping. Mais ce n’est pas tout. Il faudra ensuite le transférer à Bujumbura, au Burundi.

Cette fois-ci, Gurt ne grimaça pas, mais remua la tête de gauche à droite et lâcha :

‒ Franchement, là tu dérailles ! Au Burundi, vraiment, comment et pourquoi ? Si c’est une plaisanterie, je n’apprécie pas !

Otto fit signe à la serveuse aux formes volumineuses d’apporter d’autres canettes de bière, ce qu’il avait encore à dire allait donner soif à son acolyte. Puis il lança d’un trait :

‒ Tu es dans les papiers du Président Bokassa, tu lui a donné un bon coup de main pour lui assurer cette place et dans bien d’autres occasions. Je pense qu’il te sera facile d’obtenir à ta disposition un hélicoptère, à ma connaissance ça ne sera pas la première fois, avec son pilote pour le transport de notre otage, Jacques Vernier de Bangui à Bujumbura. Nous devons être sur place pour faire l’échange avec son père. Le pays lui rafraîchira peut-être la mémoire. De plus que c’est bien au Burundi que nous devrons entreprendre les recherches suivant les indications obtenues de Julien Vernier. Le vieux lâchera tout ce qu’il sait. Je suis persuadé que l’or est à notre portée. On le libérera une fois cette affaire terminée.

‒ Je n’en reviens pas. Tu parles comme si tout était écrit. Kidnapper Jacques Vernier, passe encore, mais assurer son transport payé par Bokassa, c’est une autre affaire.

‒ Tu sais qu’il ne peut rien te refuser.

Gurt resta un moment silencieux, comme s’il se demandait si tout cela était bien réel et de plus réalisable...

‒ Hum ! Cinq-cents kilos d’or murmura t’il, comme s’il pensait à haute voix. Puis il lança clairement, le jeu en vaut la chandelle...Alors le kidnapping, c’est pour quand ?

‒ Je vais partir en avant à Bujumbura. J’aurai besoin d’un de tes hommes, le plus futé, le plus intellectuel de la bande, si tu vois ce que je veux dire. Il m’aidera à trouver une planque pour mettre en lieu sûr notre otage. Cela étant établi, je te donnerai le feu vert pour le kidnapping. Tu me rejoindras avec ton colis à l’endroit que je t’indiquerai avec précision pour poser l’hélico. Il ne restera plus qu’à envoyer un télégramme à Julien Vernier pour qu’il se présente en échange de la remise en liberté de son fils. Alors nous pourrons nous lancer à la recherche de l’or.

Les canettes s’entrechoquèrent, le plan était établi d’un commun accord, ils allaient pouvoir passer à l’action.

*

Trois jours plus tard, Otto débarquait à l’aéroport de Bujumbura accompagné de Joseph M’bassa, un homme de la bande de mercenaires sous la conduite de Gurt, mis à sa disposition comme prévu. Le pays était en pleine tourmente. Les contrôles d’identité pour entrer sur le territoire furent longs et fastidieux. Ils arrivaient quelques semaines après un coup d’état manqué contre le Président Michel Micombero, un Tutsi, et les représailles qui suivirent menées par cette ethnie majoritaire contre les Hutus, qui firent des milliers de morts. C’est dans ces conditions plus que difficiles que Joseph démontra toute son efficacité à trouver une planque pour abriter le futur otage et ses ravisseurs. Une vieille ferme isolée proche du village de Ramba, à 15 Km au sud de Bujumbura. Son propriétaire, un Hutu, avait abandonné toutes ses activités depuis 1969, compte tenu de la situation, du contexte et des sanctions infligées à l’ethnie hutu. Il y avait là, trois bâtiments, une grande maison d’habitation et deux hangars. Lorsque les vents venaient de l’ouest, on pouvait apprécier la fraîcheur des eaux du lac Tanganyika à quelques kilomètres. Tout autour, un paysage de savane arboré et des friches sauvages jusqu’au bord du lac. Une piste mal entretenue comme voie d’accès.

Otto, toujours avec l’aide de Joseph avait recruté un boy pour la cuisine et deux gardiens tutsis armés, une précaution indispensable dans ces moments de tension pour prévenir à d’éventuelles surprises indésirables. Il avait aussi loué une voiture, une vieille Peugeot 403, poussive, mais encore en bon état général, embauché un chauffeur. Enfin, bien installé, il avait donné le feu vert à Gurt pour le kidnapping de Jacques Vernier.

*

À Bangui, Gurt, le mercenaire autoproclamé Commandant attendait ce moment dans l’impatience de l’action. Le plan d’Otto avait fait germer dans son esprit machiavélique des perspectives pleines de promesses. Pensez-vous, 500 Kg d’or, une manne de plusieurs millions de dollars. Si Otto était à l’origine de cette affaire, lui, Gurt allait faire le plus difficile, le plus délicat pour la mener à bien. Alors, le fait de partager à part égale lui semblait déjà profondément injuste, de plus que les hommes de sa bande qui participeront à l’enlèvement devront être rémunérés sur sa part, de même que le pilote de l’hélico. Encore heureux qu’il avait obtenu ce moyen de transport de la part du gouvernement mafieux avec l’aval du Président Bokassa, prétextant une nouvelle opération punitive à la frontière avec le Zaïre.

Il avait longuement discuté au téléphone avec Otto la veille, obtenu les informations nécessaires et précises quant-à l’endroit où faire atterrir l’hélico. Il avait prévenu et préparé trois de ses hommes, il était prêt à l’action.

Le repérage du domicile où résidait Jacques Vernier avait été soigneusement et discrètement effectué. C’est vers deux heures du matin, en pleine nuit, qu’il lança l’opération. Lui et deux de ses mercenaires pénétrèrent dans la villa par derrière, par le jardin, tandis qu’un troisième restait au volant d’un fourgon commercial à une trentaine de mètres de l’habitation, dans l’avenue principale déserte à cette heure et peu éclairée. Le gardien fut rapidement maîtrisé, battu et laissé pour mort sur la terasse. Les chambres étaient à l’étage, les époux Vernier furent saisis dans leur sommeil. S’en suivit un remue-ménage qui réveilla les enfants, la fille et le garçon dans des chambres voisines. Sous la menace des armes, Gurt et ses congénères calmèrent cependant difficilement l’ardeur du couple bien décidé à protéger leur progéniture. Le bruit, les cris risquaient d’alerter le voisin le plus proche, surtout à cette heure de la nuit. Alors Gurt décida de ligoter et bâillonner tout ce joli monde pour le diriger vers la sortie où le fourgon s’était avancé. Sans ménagement, toute la famille fut entassée dans le véhicule et pressée contre leurs ravisseurs peu enclin à les ménager. Il démarra immédiatement.

Le voyage fut de courte durée dans la nuit tiède de Bangui. Les quatre otages furent surpris de se trouver à l’aéroport, sur le tarmac, face à un hélicoptère d’un impressionnant gabarit. Un hélicoptère de transport de troupe que Gurt avait réussi à mettre à sa disposition. Sous la pression de leurs ravisseurs, malgré leur résistance farouche, homme, femme et enfants furent tassés dans le gros porteur de l’armée qui décolla immédiatement sur l’ordre de Gurt...

Le voyage fut de beaucoup plus long que celui terrestre, avec un atterrissage, un arrêt indispensable d’une demi-heure, vraisemblablement pour faire le plein de carburant. Un endroit que ne purent déterminer les otages, mais à ce moment il faisait encore nuit. De même que le jour n’était pas encore levé lorsque l’hélico se posa pour la deuxième fois depuis son départ. Un endroit désert au bord du lac Tanganyika. Une petite crique repérée par Joseph et le chauffeur récemment embauché qui répondait au nom de Désiré Kombo, un swahili des hauts plateaux, grand, sec et élancé. S’en suivit un débarquement laborieux pour les otages, délicat pour Gurt, intempestif pour Otto.

Laborieux pour les otages, parce que sortis de leur sommeil en pleine nuit, fagotés, bâillonnés et bousculés, ils se retrouvaient jetés sur un sol inconnu, certainement loin de chez eux, pour une raison qui échappait à toutes les pensées qui se bousculaient dans leur tête.

Délicat pour Gurt, qui débarquait quatre personnes au lieu d’une seule, comme cela était prévu, et de plus, une femme et deux enfants qui allaient compliquer la situation. À son avantage, c’était cela ou faire avorter l’enlèvement rendu difficile par la résistance du couple et les bruits inopportuns engendrés par l’action.

Intempestif our Otto, qui était venu avec la 403 et son chauffeur se voyait devoir accueillir huit personnes au lieu de cinq. Il y avait manifestement un problème de transport de plus que Gurt ne voulait pas se séparer de ses trois mercenaires prétextant la sécurité de l’opération, la protection des otages dans le contexte très particulier dans lequel se trouve le Burundi. Peut-être avait-il raison, mais le problème n’en était pas moins présent. Le jour ne tardera pas à se lever. Gurt ordonna au pilote de l’hélico de prendre son envol pour la route retour. Tant pis, il attendra, lui et ses trois hommes qu’Otto qui pestait contre ce contre-temps, fasse un deuxième voyage. Vrai, qu’il y avait là un risque, celui à ce que cette opération et ce déplacement de personnes puissent attirer l’attention du voisinage malgré l’heure matinale, l’isolement du lieu, et mettre en difficulté la suite du projet. Enfin, une heure plus tard, otages et ravisseurs furent réunis dans cette grande maison flanquée entre deux hangars. Un ensemble solitaire entouré d’une végétation complice à toute indiscrétion. Otto manifestait son mécontentement.

‒ Nous avions convenu d’un otage, Jacques, le fils de julien, pas de toute la famille que nous allons devoir surveiller et nourrir.

‒ Quoi faire d’autre que de les emmener tous. La femme et les enfants faisaient un boucan à réveiller un régiment. Les flinguer sur place !

Otto haussa les épaules.

‒ Lorsque nous aurons le vieux sur les bras, c’est quatre personnes qu’il faudra rapatrier, tu as une idée comment. Ils sont au Burundi sans papier !

‒ En les débarquant au Zaïre, de l’autre côté du lac, comment aurais-tu fait avec Jacques Vernier ?

Dans cette phrase, Otto avait sa question et la réponse. C’est d’une voix plus calme qu’il exposa la suite de son plan.

‒ Nous allons regrouper la famille dans la pièce prévue à recevoir Jacques, le boy va leur apporter à manger. On verra plus tard comment loger tout ce monde. Demain je me rends à Bujumbura. Désiré, c’est le chauffeur swahili, m’a réservé une chambre au Kiri Résidence Hôtel. J’ai rédigé un télégramme à l’attention de Julien Vernier. Il n’y a qu’un terme à changer. C’est maintenant toute la famille contre sa personne ici à Bujumbura. Je resterai à l’hôtel, c’est là que je dois le recevoir et le questionner. Tu me rejoindras en cette circonstance. Inutile de te dire qu’en mon absence, il faudra avoir l’œil sur nos otages et veiller à ce qu’ils soient bien traités. Je fais allusion aux deux femmes, si tu vois ce que je veux dire. Il faut que Julien soit convaincu que l’échange ne soit pas un marché de dupe.

Gurt approuva, que pouvait-il faire d’autre malgré une tension intérieure qui commençait graduellement à monter. Il n’apréciait guère la façon dont Otto dirigeait les opérations en le prenant pour son sous-off. Lui, à la tête d’un commando de mercenaires, respecté par ses hommes. Lui le Commandant Gurt Henbruck. Il gardait en lui une colère contenue, se disant que le moment viendra où il inversera les rôles sachant qu’il avait pour lui quatre de ses hommes qui le suivront le moment venu.

Chapitre-2

Otages

Anvers 1972 .

À la réception du télégramme envoyé depuis Bujumbura, Julien Vernier avait immédiatement contacté son avocat Maître Gilles Bouchard. Ce dernier avait répondu avec empressement. Moins d’une heure plus tard, il se présentait au domicile du riche négociant en diamants situé sur une artère principale du port belge. Après l’avoir lu, il reposa l’énigmatique message sur la table basse qui les séparait. Son visage grave affichait l’interrogation. Il avait de quoi!

« Jacques, sa femme et ses deux enfants ont été enlevés à Bangui : Ils sont retenus comme otages à Bujumbura : Ils seront libérés à la seule condition que vous preniez leur place : Dès réception de ce télégramme rendez-vous à Bujumbura : Prenez une chambre au Kiri Résidence Hôtel : Je serai prévenu de votre arrivée : Je vous contacterai pour les formalités de remise en liberté de votre fils et de sa famille : Attention : Soyez discret : Ne prévenez pas les autorités : Il y va de la survie des membres de votre famille : Je vous conseille d’agir très rapidement : Sinon, soyez bien concient que la situation s’aggravera dangereusement ».

‒ Que pensez-vous de cela Monsieur Vernier ?

Le vieil homme était altéré, enfoncé dans son fauteuil il affichait un air abattu, le visage sombre, la mâchoire serrée.

‒ Je ne comprends pas, laissa t’il échapper dans un souffle, je ne comprends pas le mobile d’une telle action. Je ne connais pas d’ennemi à Jacques. Je ne trouve aucun justificatif qui pourrait justifier cet enlèvement criminel. Lui, sa femme et ses deux enfants. Qui peut être l’auteur d’une telle machination. Que veut donc ce ravisseur ?

‒ Ce n’est pas qu’un enlèvement, mon cher Vernier, mais aussi un chantage. Il est clair que c’est votre personne qui intéresse les kidnappeurs. Il doit bien y avoir une raison à cela. Peut-être une demande de rançon à traiter de vive voix avec vous.

‒ Le ou les ravisseurs ne font pas allusion à une rançon, mais à un échange. Celui de prendre leur place contre leur liberté. Que me veulent-ils ?

‒ Le télégramme est clair, vous devez vous rendre à Bujumbura pour connaître les formalités de leur remise en liberté. Lorsqu’il y a prise d’otages, il est de règle toujours question d’argent. Il est de notoriété connu que vous disposez d’une importante fortune. De quoi attirer des malfrats sans scrupule

‒ Je peux le comprendre, mais il eut été plus simple de faire pression directement sur ma personne, ici à Anvers. Pourquoi diable kidnapper Jacques et les siens à Bangui et m’obliger à ce que je me rende à Bujumbura, au Burundi, pour traiter avec le ou les ravisseurs ?

‒ En effet, il y a là comme l’on dit « anguille sous roche » cela ressemble à un piège, dont vous seriez alors la seule et unique victime. Mais pourquoi, Aviez-vous des ennemis à Bangui, des gens qui en voudraient à votre fortune ?

‒ Non, pas que je sache. Cette situation ne me laisse guère le choix. Il faut que je suive immédiatement les directives de ce chantage. Je vais prendre mes dispositions pour un voyage au Burundi. Je vous demanderai Maître de bien vouloir m’accompagner.

‒ Je vous déconseille cette démarche, mon cher Vernier, c’est vous jeter dans la gueule du loup. J’ai une autre proposition à vous soumettre. J’irai à Bujumbura, mais je n’irai pas seul. Je vous explique pourquoi. Le pays est en plein bouleversement à la suite d’un coup d’état manqué. Vous avez appris comme moi, le massacre de milliers de personnes, particulièrement de l’ethnie hutu. Nous ne connaissons rien des ravisseurs. Pour traiter avec eux, il faut un homme capable de maîtriser une telle situation.

‒ Soit, je veux bien suivre votre conseil, mais avez-vous cet homme à votre disposition ?

‒ Non, pas encore, si vous êtes d’accord je le contacte et je vous le présente. Dans le cas où il veut bien accepter cette mission. Bien entendu, ce personnage n’agit pas gratuitement.

‒ Peu importe Maître, il y va de la vie de Jacques et des siens. Vous avez carte blanche. Je suppose qu’en faisant cette proposition, vous avez déjà une petite idée derrière la tête sur le personnage à contacter.

‒ Avez-vous lu parfois dans la presse ou entendu parler sur les ondes de la radio, d’un certain Miguel Mandès ?

‒ cela m’est arrivé, vous faites certainement allusion à cet aventurier qui s’est spécialisé dans la recherche de personnes disparues dans des milieux particulièrement hostiles, comme le Brésil, la Nouvelle guinée ou encore l’Afrique équatoriale.

‒ C’est bien à lui que je pense. Il y a quelques années de cela il a retrouvé et ramené tous les membres de l’expédition du belge Édouard Van Springen, prisonniers d’une tribu Mangbetou au plus profond de la forêt vierge du bassin du Congo. Il a retrouvé et délivré Vincent Overpelt, un riche affréteur otage de dangereux malfaiteurs. Il est allé le chercher jusqu’en Guinée Papouasie. Plus récemment il a délivré un scientifique américain des griffes de ses geôliers. Une sombre affaire d’espionnage qui s’est déroulée au Mexique. J’en passe et bien d’autres. C’est l’homme qu’il nous faut pour discuter avec les kidnappeurs de jacques et des siens. Nous ne savons pas qui sont les ravisseurs, mais les otages sont retenus à Bujumbura au Burundi, personne ne connais mieux que Mandès cette région et leurs habitants. Il a une grande habitude de l’Afrique équatoriale. Nous pourrons lui faire confiance.

‒ Vous savez où le contacter ?

‒ Cela ne sera pas difficile à trouver, je m’en charge immédiatement Monsieur Vernier et je vous tiens au courant de ma démarche. Nous n’avons pas de temps à perdre !

*

Dès le départ d’Otto, Gurt avait pris la directive du personnel restant à la ferme. La famille Vernier fut séparée. La mère et la fille dans une pièce, le père et le fils dans une autre, toutes deux situées au rez de chaussée. Les gardes, lorsqu’ils n’étaient pas de faction, occupaient un endroit aménagé dans un des hangars. Le boy de l’ethnie hutu, une pièce aménagée dans l’autre hangar qu’il devait partager avec le chauffeur swahili. Gurt et ses hommes avaient pris possession de deux pièces, les plus spacieuses et les mieux aménagées à l’étage. Le premier jour après le départ d’Otto, tout se passa bien, ainsi que la première nuit. Le chauffeur qui avait déposé Otto en ville était revenu avec des provisions. Les repas n’étaient pas pris en commun. Le boy servait les otages séparément, ainsi que les deux gardiens dans le hangar. Gurt et ses trois mercenaires festoyaient dans la grande salle située elle aussi à l’étage comme les deux chambres. La séquestration des otages eut pu bien se passer, si la mentalité diabolique de Gurt et de ses congénères n’eut éveillé des instincts primitifs. La deuxième nuit, les quatre mercenaires et leur chef pénétrèrent dans la pièce où reposaient Madame Vernier et sa fille de 16 ans, les violèrent à tour de rôle avec une bestiale brutalité. Aux cris des deux femmes, jacques Vernier hurla des menaces en frappant sur la porte de sa chambre fermée à double tour. Pour toute réponse, à la suite de leur abominable besogne, Gurt ordonna à ses quatre complices d’aller le calmer en lui administrant une sévère correction à coups de bâton. Louis, son fils de 10 ans reçut sa part en tentant de défendre courageusement son père. Meurtris et gémissants, ils furent laissés étalés sur le carrelage de cette pièce sombre et humide. La porte se referma sur la douleur ressentie dans leur chair et dans leur âme.

Gurt, déjà autoproclamé Commandant d’une bande de mercenaires sans foi ni loi, signait un acte d’une bestialité sans nom, entraînant dans sa folie ses acolytes tout aussi pervertis que lui. Jugeant qu’il était le maître de la situation, qu’il avait tous les droits sur les otages, il se permit de renouveler à sa guise l’atroce, l’ignoble persécution. Pour couronner sa bestialité, il livra la mère et la fille d’a peine 16 ans aux deux gardiens tutsis avec la satisfaction d’un maniaque perverti. Des actes d’une sauvagerie immonde, marquant à jamais la vie d’une femme, les laissant dans une atroce et douloureuse situation. Quant à Jacques et Louis, roués de coups, pour éviter d’entendre leurs hurlements de rage et de colère, furent enfermés dans un cellier sous un des hangars avec seulement du pain et de l’eau. Une situation qui en perdurant mettait la vie des otages en danger de mort. Il faut croire que Gurt, avec son esprit déséquilibré, n’avait rien compris au plan d’Otto Goesfeld. Les deux autres occupants de la ferme s’étaient bien aperçus de cette abominable situation, mais, ni le chauffeur swahili, ni le boy hutu manifestèrent leur réprobation. D’ailleurs, avaient-ils la possibilité de s’opposer à Gurt et ses congénères ?

Gurt avait déjà imaginé un plan. Otto avait pris la direction des opérations en le laissant à l’écart. Il aurait dû être avec lui à l’hôtel, à Bujumbura et non pas dans cette ferme insalubre, mais il ne regrettait pas cette situation qui lui permettait de réfléchir comment et à quel moment il prendra la situation en main. Il pouvait compter sur ses quatre mercenaires lorsque la situation se présentera à son avantage. Cette histoire de 500 Kg d’or perturbait son esprit, mais il n’y croyait pas trop. C’était, à son avis, chercher une aiguille dans une botte de paille. Selon lui, il serait plus simple et plus judicieux, lorsque Julien Vernier sera à Bujumbura de demander à sa société une rançon pour le libérer, lui, son fils et les siens. Une alternative bien plus à sa main que de se lancer dans une recherche au trésor dans un pays instable où Tutsis et Hutus s’entre-tuent lorsqu’ils ne s’en prennent pas aux blancs !

*

Je m’en charge immédiatement avait alors lancé maître Bouchard à l’intention de Julien Vernier. Dès le lendemain de cette déclaration, il s’y appliqua personnellement et avec l’aide de son secrétariat réussit dans la journée à joindre Miguel Mandès au téléphone. Il lui exposa sans préambule la situation qui l’amenait à se rapprocher de lui et aussi la proposition inattendue de l’accompagner au Burundi, à Bujumbura. Miguel revenait d’une mission en Israël, (1