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Raphaël est un jeune homme à qui la vie n'a pas fait de cadeau. Pourtant la chance lui sourit en le plaçant sur la route d'Enrique et Claude, propriétaires du Sésame à Montmartre. Il est loin de se douter que le mal rôde en la personne du charismatique mécène Gaël Lemercier. Bientôt, il vivra une longue et douloureuse descente aux enfers. L'heure des choix sonnera pour lui. Fera t-il les bons ? Trouvera t-il la force de surmonter l'impensable ? Réussira t-il à croire en un avenir meilleur ?
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Seitenzahl: 448
Veröffentlichungsjahr: 2021
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« L’être humain a deux visages : celui qu’il nous montre et celui qu’il a vraiment »Yvon Deveault
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Epilogue
TROIS ANS AVANT
La vie de Raphaël n’était qu’une succession de non-dits qui lui donnaient l’impression de se trouver sur un manège. Il pouvait annoncer à ses parents qu’il avait obtenu son bac avec mention très bien. Cette année semée d’embûches finalement effaçait ses doutes. Elle se terminait bien. Il ne supportait plus cette école qui l’isolait. Il y avait enduré les quolibets dans la douleur. Les paroles blessaient autant que les coups. Malgré tout, il se taisait, encaissait, veillant à ce que ça n’empire pas. Certes, il connaissait avec certitude son orientation sexuelle. Découverte en classe de troisième, lors de sa rencontre avec un grand brun, au regard de braise qui malheureusement, préférait les filles. Avouer son homosexualité lui semblait effrayant. Il était bien décidé à garder ce secret. S’il avait espéré que ça se passerait mieux au lycée, ce ne fut pas le cas. Il continua à raser les murs. Chez lui, il avait dû faire face à l’entêtement de sa mère qui tenait à le voir au bras d’une fille. Il pensait détruire ses rêves de mariage, ceux accompagnés de petits enfants.
Son père était comptable à domicile. Pas très apprécié, mais reconnu pour son travail. Il adhérait au principe qu’une femme n’avait sa place que derrière les fourneaux. Elle restait donc au foyer, sans travailler. Le couple investit religieusement dans l’équipe paroissiale, sa mère y donnait même des cours de catéchisme.
Trois soirs par semaine, celle-ci le traînait littéralement à des répétitions de chorale. Il n’avait aucune envie de s’y rendre, mais entendre le son du piano le ravissait. Dès que sa voix résonnait, il devenait le point de mire de ces bigots. Ceux-là mêmes qui se vantaient d’être de bons chrétiens, alors qu’ils n’étaient que des commères à la vision étriquée de la vie. Quand il avait pointé le bout de son nez, ses parents s’étaient résignés. Il était fils unique arrivé trop tard dans leur vie ordonnée. Un jour, Raphaël, seulement âgé de huit ans, avait surpris sa mère en pleine discussion avec le sacristain, lui avouant qu’ils ne l’aimaient pas. Ces propos faisaient voler son monde en éclat. Ses cheveux longs et fins, son corps androgyne, ne pouvaient qu’attirer la méchanceté des autres élèves. Le dénigrement perpétuel de son père pour l’école publique et ses professeurs le perturbait davantage. D’après lui, si leurs parents avaient écouté la parole de Dieu, ces enfants auraient bénéficié d’une bien meilleure éducation au lieu d’une mentalité douteuse. Quand les parents lâchaient la bride, le comportement de leurs rejetons ne pouvait que devenir indécent et irresponsable. Il finit donc par décréter que face à tant de laxisme, dans ce lieu digne de Sodome et Gomorrhe, son fils devait le quitter. En deux temps, trois mouvements, Raphaël s’était trouvé inscrit dans un lycée jésuite, sur les conseils éclairés du sacristain, pour trois longues années éprouvantes. Le temps passant, ses parents furent de moins en moins tolérants. Alors qu’ils ne lui autorisaient que peu de liberté, il n’en eut plus du tout.
Comment, dans ces conditions aurait-il pu annoncer son homosexualité ? Sachant que son départ pour l’université était acquis. Son honnêteté le poussa, la peur au ventre, à avouer son secret dans un silence assourdissant. Sa mère en pleurs, la main sur la bouche, tout en étouffant un cri, s’était retrouvée à genoux pour prier. Son père avait hurlé au point que les voisins devaient avoir entendu. Il avait frappé Raphaël jusqu’à l’envoyer au sol.
— Je refuse d’abriter un suppôt de Satan dans ma maison, avait-il éructé les yeux fous. Qu’a-t-on commis de mal pour que tu te conduises de façon si stupide ? Tu es une honte.
Raphaël s’était montré naïf. Il avait cligné des yeux plusieurs fois, tentant de dissiper le brouillard qui l’enveloppait. Ensuite, il lui avait fallu se relever puis regagner sa chambre où on l’avait consigné. Son père lui conseilla de prier pour prendre le bon chemin. Idiot qu’il était ! Croire que ses parents comprendraient une fois la surprise et la peur passées était utopique. Plus rien ne serait jamais pareil.
Durant plusieurs heures, il avait cherché une position, histoire de dormir sans que la douleur perdure. Au matin, il s’était rendu au lycée pour récupérer ses résultats, étrangement soulagé d’avoir avoué son secret. Ils finiraient par accepter. Ses parents devaient posséder un minimum de sentiments pour lui. Raphaël se demandait s’il avait le droit de se plaindre. Il avait un toit sur la tête, il était habillé et nourri. Néanmoins, il ne déniait pas que le manque d’affection l’avait toujours perturbé. En attendant ses résultats, il avait stressé à mort. Espérant, malgré la méchante petite voix dans sa tête, que tout allait revenir à la normale. Plus il s’approchait de la maison, plus il s’angoissait jusqu’à en avoir un mal de ventre phénoménal. Il ne pouvait se défaire de l’idée que quelque chose allait mal se passer. Cette sensation s’amplifiait à chaque pas, alourdissant sa démarche. Il était pressé de leur annoncer la nouvelle. Du coup, ils ne seraient pas en mesure de lui débiter de nouveaux reproches. Peut-être même qu’ils toléreraient plus facilement la vérité de ses aveux, l’espérait-il.
***
En atteignant son domicile, Raphaël resta surpris par le calme ambiant, les volets clos en plein après-midi, pas de voiture sur le parking. Ses parents devaient être là pourtant. Ils ne seraient pas partis sans le prévenir, même si la communication entre eux n’existait pas. Sachant que leur famille se résumait à eux trois, où avaient-ils pu se rendre ? Le cœur serré, il monta l’escalier jusqu’au perron, il sursauta face à l’ombre du sacristain. Celui-ci le fixait de haut en bas. Il ressentait vis-à-vis de lui une profonde aversion. Pour un homme d’Église, il était aussi froid qu’un serpent, mesquin, sachant jouer de ce qu’on lui confiait. Jamais il n’ouvrait la bouche sans se faire un devoir de montrer son intolérance. En d’autres temps, il aurait été un serviteur zélé de l’inquisition. Surpris, le jeune garçon se demanda ce qu’il fabriquait là. Puis il aperçut la valise à ses pieds. Elle ressemblait étrangement à celle que sa mère gardait dans la penderie du couloir. Il décida de se montrer poli.
— Monsieur Larsonneur, vous m’avez provoqué une de ces peurs. Pourquoi vous cachez-vous ? continua-t-il avec un sourire forcé. Mes parents ne vous ont pas entendu ? Ils vous attendaient ? C’est étrange, j’ai l’impression qu’ils se sont absentés. Attendez, je vais vous ouvrir.
Lorsqu’il ne maîtrisait pas la situation, il se transformait en véritable moulin à paroles. Sa main trembla quand il tenta d’insérer sa clé. C’était quoi ce bordel ?
— Excusez-moi, balbutia-t-il, stupéfait. Je ne comprends pas ce qui se passe. Quand je suis parti ce matin, tout fonctionnait parfaitement. Désolé de vous faire attendre. Peut-être devriez-vous revenir à leur retour. Laissez-moi essayer la porte à l’arrière.
Alors qu’il allait descendre les marches, le sacristain telles les griffes d’un aigle, enserra son bras, le stoppant net.
— Raphaël, cesse de t’agiter. Je suis là pour toi, mon garçon.
Son regard alla de la main de fer au visage revêche de l’homme.
— Que se passe-t-il ? s’inquiéta-t-il, grimaçant, car ce crétin de Larsonneur appuyait sur ses bleus.
— Ils vont très bien. Remercions au moins le seigneur pour ça. Réfléchi un peu, tu vas comprendre qu’ils n’avaient pas d’autres choix que de s’éloigner de toi, face à ce que tu as eu l’audace de leur confesser.
— Je ne comprends pas, j’avoue que je suis perdu. Ce n’est quand même pas la fin du monde. Si ? demanda Raphaël, abasourdi.
Quelle idée les avait piqués ? Pourquoi lui avaient-ils envoyé ce connard ? Un vertige le saisit. C’était pire d’heure en heure.
— Tes parents ont eu la gentillesse de te préparer cette valise pendant que nous discutions de la meilleure façon d’agir pour eux.
— Je pensais que nous parlerions en famille. Ils n’avaient pas à vous mettre au courant d’un sujet qui ne vous regarde pas. Où dois-je les rejoindre ? s’énerva-t-il.
— Je suis leur ami, c’est suffisant.
Raphaël en stress total trouvait que le choix du messager laissait à désirer. Le nœud qui lui barrait la poitrine se resserrait de plus en plus. Il avait toujours su que ces trois-là partageaient de nombreuses valeurs communes. Le sacristain était hideux, petit et empatté. Son visage rougeaud laissait entrevoir un amour certain pour la divine bouteille. Ses yeux délavés semblaient refuser de s’ouvrir sur ce qui l’entourait, réduisant son regard à une fente. Sa voix caverneuse, imputable aux cigares qu’il fumait, résonnait étrangement sous le porche. Cet homme ressemblait à un puzzle dont on aurait associé des pièces éparses. Elles ne s’emboîtaient pas vraiment les unes dans les autres quoique l’on fasse. Il lui donnait envie de fuir le plus loin possible.
— Les rejoindre où ? insista-t-il méprisant. Ça dépend en grande partie de toi, tu t’en doutes. Tu es une cruelle déception pour eux et ça ne date pas d’hier.
— Ils seront fiers de moi dès qu’ils sauront que j’ai obtenu mon bac avec mention, grogna-t-il.
— Ils ne te comprennent plus. L’ont-ils seulement déjà réussi ? Tu ne te plies pas à nos lois. Aussi longtemps que tu n’auras pas retrouvé le chemin du Seigneur et ses préceptes, ils ne rentreront pas. Pas tant que ton âme restera souillée par toutes ces pensées impures.
Sonné, il regarda ce connard avec des yeux écarquillés.
— C’est quoi toutes ces inepties ? On dirait que j’ai assassiné quelqu’un. C’est incroyable ! Et pourquoi ne me l’ont-ils pas dit eux-mêmes ? L’autre n’hésite pas à me rouer de coups, mais ne trouve pas le moyen de me parler en face ?
Le jeune homme bouillait d’une rage froide. Le comportement de son père le laissait estomaqué.
— Tu les as blessés en leur avouant cette monstruosité. Je les avais mis en garde, il y a longtemps déjà, ils auraient dû sévir. Tout chez-toi, tes cheveux longs portés à la manière d’une fille, ce corps androgyne, c’est inacceptable ! Un homme, un vrai j’entends, ne te ressemble en rien. Tu dois renier tout cela, formula-t-il le désignant du doigt, dédaigneusement. J’avais obtenu qu’ils t’envoient chez les jésuites. Dommage qu’ils aient refusé de t’y laisser en pension. S’ils m’avaient écouté, nous n’en serions pas là. Tu es une honte permanente. Ils ne peuvent plus le tolérer ! éructa-t-il, une expression de dégoût sur le visage.
Raphaël hésitait entre l’hébétement et la colère. Le corps et l’esprit à la limite de l’explosion, il serra les poings.
— Tout chez toi transpire le péché. Un garçon qui aime les hommes est une offense à Dieu. Tu es très malade, il est largement temps d’intervenir.
— Je devais mentir ? hurla-t-il.
— Tu t’es égaré. Tu dois revenir dans le troupeau, c’est notre rôle de te donner le temps de te reprendre. Tu es très jeune, on va considérer que tu ne sais pas dans quoi tu t’engages. Notre foi peut te sauver, te soigner. Tes parents sont de bons chrétiens. Il y a forcément une erreur quelque part et elle ne peut venir que de toi.
— VOUS DITES QUE JE SUIS UNE PUTAIN D’ERREUR ! hurla Raphaël, se foutant que les voisins l’entendent.
Sa colère à peine contenue lui donnait des frissons. Il ressentit la satisfaction de voir l’autre perdre sa superbe.
— Voyons, voyons, ne t’énerve pas. Nous serons là pour t’aider à te repentir. Tu finiras par accepter que le seul chemin pour toi reste celui que notre Sainte Église a choisi pour nous. Toutes ces pensées diaboliques doivent quitter ton esprit. Une fois purifié, tu rencontreras une charmante jeune fille de notre communauté. Il se trouve que j’en connais une qui te rendrait heureux. L’amour c’est un homme et une femme, rien d’autre, tu m’entends ? Tu l’épouseras, elle est d’accord. Vous pratiquerez ce pour quoi Dieu nous a créés. Tes parents découvriront la joie que procurent des petits enfants à choyer. Toutes ces fadaises resteront un mauvais souvenir.
Raphaël en tomba sur le cul, les yeux exorbités. Ses poings si serrés que ses ongles lui rentraient dans la peau. Larsonneur le fixait, fier de son laïus. Le jeune homme se demandait à quel moment ils étaient passés dans une autre dimension. Ça aurait au moins eu le mérite de fournir une explication plausible à ces sornettes. S’il n’avait pas été autant chamboulé, il en aurait ri. Il comprenait parfaitement que ses parents aient subi un choc. Là, il n’arrivait pas à assimiler ce qui se passait. Il avait toujours veillé à se conduire en fils aimant. Timide, il s’était tenu à l’écart des problèmes. S’il ne leur avait pas annoncé qu’il était gay, ça serait resté son secret. On aurait juste continué à le trouver étrange. L’entendre dire qu’il était une honte pour eux, l’avait mis dans une colère qu’il ne se pensait pas capable d’éprouver. Leurs réactions étaient totalement disproportionnées.
— Reprenons, reprit-il d’une voix tranchante tout en se relevant. Je leur annonce que je suis gay et le monde vacille sur son axe. Bon sang, c’est ce que je suis ! Continua-t-il, le corps tendu, le teint blême. À vous entendre tous autant que vous êtes, j’ai le triste sentiment que tout aurait été différent si je vous avais avoué être un criminel, éructa-t-il. Vous acceptiez et cachiez vos prêtres pédophiles jusqu’à peu et MOI, je dois me justifier. Non, mais c’est dingue ! Mes parents poussent même le bouchon jusqu’à changer les serrures et parler de moi avec le premier abruti venu. Ils se barrent, et me laissent comme une merde sur le trottoir. On aura tout vu ! Vous êtes loin d’être le saint que vous prétendez être. Moi, je devrais écouter votre diarrhée verbale, c’est ça ?
— Tu deviens impoli. Cesse de nous jeter à la figure ce mot… ce mot abject. Mon garçon, les jésuites seraient révoltés de t’entendre, mais surtout de voir le tournant que tu as pris. Je reste persuadé que ce n’est qu’une mauvaise passe. Bientôt, tu vas te ressaisir. Il serait aberrant que tu deviennes un de ces pervers, mon enfant.
— Alors UN, je ne suis ni votre enfant ni votre garçon. Je préférerais mourir. DEUX, un pervers ? Vous en êtes un aussi. Je sais que vous n’êtes pas étranger à tout ce merdier, affirma-t-il, ironique. Et pour remettre les pendules à l’heure, où est-il écrit que deux hommes, ou deux femmes qui s’aiment valent moins qu’un homme et une femme ? Si leur amour est réel, pourquoi seraient-ils des pervers ? Ah oui ! Suis-je bête? Dieu l’a soi-disant écrit. À moi, il me semblait qu’il avait dit, « aimez-vous les uns les autres » vous placez les mots qui vous arrangent dans sa bouche. À la fin, il n’en ressort que votre intolérance. Vous ne cherchez pas à comprendre. Vous n’avez aucun respect des autres, de la différence. L’amour, quelle que soit la façon de le donner ou de le recevoir, est beau. Je reste persuadé qu’il peut être magique.
Larsonneur manqua s’étouffer et vira rouge brique.
— Je ne sais pas qui t’a mis ces fadaises dans le crâne et je ne tiens pas à le savoir, lança-t-il d’une voix virulente, ses yeux lançant des éclairs. Mais crois-moi, si tu continues sur ta lancée, tu vas filer tout droit en enfer et y brûler avec tous ceux de ton engeance. Tes parents n’ont pas vu le mal déjà très enraciné en toi. Pour ma part, je ne veux plus rien entendre qui sorte de tes lèvres. Voilà ta valise, désormais tu vas devoir te débrouiller. Il semble évident que l’on ne peut plus rien tenter pour toi. Si tu récupères tes esprits, tu auras la capacité de venir me voir. Seulement à cette condition, je te dirai où les rejoindre. Dans le cas contraire, tu erreras à la manière d’une âme perdue à jamais. Disparais !
— À vous entendre, je n’ai pas le choix.
— Non, le père Lebrun t’attend à l’Église. Il priera avec toi et demandera à Dieu de bien vouloir te pardonner pour tes égarements. Ensuite, tu pourras reprendre ta place dans le troupeau. Tu seras alors sauvé.
— Vous vous écoutez? Me soigner ? Me sauver ? Mais de quoi ? vociféra-t-il au dos du sacristain qui descendait l’escalier. Je suis certainement moins malade que vous avec vos bouteilles. Allez vous faire mettre, bordel !
Raphaël venait de recevoir un coup de massue derrière la nuque. Sa vie n’avait plus aucun sens. Entre ses parents et lui s’était creusé un abîme que rien ne comblerait. En larmes, il s’assit sur la première marche de l’escalier. Il jeta un regard à la maison qui avait été la sienne pendant dix-sept ans. Il avait comme l’impression d’être sur pilote automatique. Hébété, il n’avait même pas à emballer ses affaires. Sa valise remplie avec rage ne contenait que quelques vêtements. Il était pratiquement certain que le reste de son armoire avait été soit brûlé, soit donné aux bonnes œuvres. Ses mains trouvèrent une enveloppe fermée, sans annotation. L’espoir d’y trouver un mot d’explication lui fit l’ouvrir fébrilement. Un billet de cent euros et sa carte d’identité en tombèrent. Il s’évertua à prendre de grandes inspirations. Tentant d’avaler la boule qui lui obstruait la gorge. Son destin venait d’être scellé. Voilà ce qu’il représentait pour eux. Toute sa vie, il avait attendu un signe qui montrerait qu’ils l’aimaient. Il était leur seul enfant bon sang ! Il n’avait jamais quitté son village. Sans ami, sans famille, qu’allait-il devenir ? Son monde s’effondrait. Son cœur tambourinait si fort qu’on devait l’entendre résonner partout. Aucune idée d’où il devait désormais aller. Il devait juste filer droit devant. Plus jamais il ne renierait ce qu’il était.
Leur dernière opération venait de tourner au fiasco, une tonne de cocaïne terminait dans les pattes des flics. Il allait devoir rapidement trouver qui se sentait pousser des couilles suffisamment blindées pour leur fournir ces renseignements. Quand cette putain de taupe serait entre ses mains, il lui montrerait comment il remerciait les traîtres. Un exemple pour ceux qui s’égareraient sur ce chemin.
Il aurait dû savoir que Richard, son bras droit, occasionnellement son amant, se montrerait à la hauteur. Celui-ci avait débusqué rapidement ce petit salopard. Il possédait un don pour dégoter les menteurs. L’interrogatoire s’était déroulé devant tous leurs hommes, dans leur entrepôt de Palaiseau, situé à l’écart des curieux. Démoniaque, il maîtrisait les moyens de susciter la souffrance de ses victimes. Son petit rictus féroce, ses yeux sournois et perçants, son air arrogant et froid avaient vite donné le ton.
Tous ceux présents avaient cessé de sourire, retenu leur respiration, leurs visages suintants dans un silence de mort. Bon sang ! il s’était tant amusé à les regarder. Les coups, suivant un rythme de métronome, étaient tombés au point que même sa mère ne l’aurait pas identifié. Le gars s’était chié dessus dès qu’il avait pigé qu’il était foutu. Il pissait le sang. Son joli minois n’était plus qu’une masse informe lorsqu’il avait tout balancé. Richard l’avait égorgé sans état d’âme. Puis comme si rien n’était survenu, il avait ordonné d’emballer le corps, de le soustraire à sa vue, informant qu’il allait se changer. Ils détenaient désormais les noms de ces inconscients. Personne n’avait pipé. Le message était parfaitement passé, on ne le cocufiait pas impunément.
Pour l’instant, il s’en voulait pour son imprudence. Cette vermine s’était payé sa tronche. Avec sa gueule d’ange, son p’tit cul ferme et rond, il l’avait chauffé jusqu’à terminer dans son lit. Le sexe en sa compagnie avait été d’enfer, peut-être le meilleur coup de sa vie. Tout ça pour le trahir ! À l’avenir, il choisirait ses amants ailleurs qu’au milieu du petit personnel. Il chasserait loin du terrain de ses affaires. Richard avait jugé le gamin dès le début, l’informant qu’il jouait avec le feu. Au courant de sa jalousie maladive, il avait trouvé excitant de le narguer. Résultat, il perdait une somme colossale. Si ce petit salaud ne pourrissait pas déjà les deux pieds dans le béton au fond de la Seine, il l’aurait tué de ses propres mains. Ce branleur plaçait son autorité en porte-à-faux.
Depuis plus de dix ans, il gérait l’organisation avec Vlad, l’Europe pour lui, le reste au profit de son ami. Sa relation avec cet homme, de son nom complet, Vladimir Kutcheïv, lui avait ouvert les portes du monde entier, jusque-là infranchissables. Il vivait désormais à des années-lumière de ses débuts. En y repensant, il sourit. Il avait démarré en solitaire un petit commerce de drogue, prenant soin d’éliminer la concurrence. Peu à peu, il avait atteint le sommet, jusqu’à représenter un atout de la plaque tournante européenne. Son négoce était dorénavant prospère. Quelques-uns avaient essayé de le déstabiliser. Tous en avaient payé le prix.
Appuyé par le parrain russe, il était devenu intouchable. Depuis quelques mois, ils avaient étendu leurs activités au marché des armes et créé une branche mercenaire sur le darknet. Moyennant finances, ils acceptaient toutes les transactions. Là, l’obligation de s’agrandir devenait urgente. Mettre le bordel dans n’importe quel pays du monde, descendre des hommes politiques, peu importe qu’ils pratiquent le bien ou le mal, que des curieux disparaissent, tout, était possible. Cela dépendait du prix qu’on était prêt à payer. Le recrutement s’effectuait chez les bannis de l’armée, à l’intérieur des gangs dans les cités. Les paiements transitaient sur des comptes off-shore encore existants dans les quelques paradis fiscaux restants. Aucune règle, aucun contrat, il n’accordait qu’une confiance limitée à ces mercenaires. Ils restaient des inconnus. Tout se passait grâce à des intermédiaires sur internet.
Aux yeux du monde entier, son nom Lemercier était associé au mécénat à grande échelle. Absolument personne n’était en mesure de se vanter d’avoir accès à son autre facette. On savait qu’il gérait magistralement des galeries au Japon, en Russie, aux USA, au Maroc et en France. Il découvrait de jeunes talents, montait des expositions. Son immense fortune impossible à évaluer provoquait les envieux. Elle découlait, pour la partie la plus propre, de sa famille. Le magazine Forbes l’avait classé parmi les cinq hommes les plus riches du monde. Son arrière-grand-père et son grand-père paternel avaient déposé des tas de brevets dans l’industrie aéronautique. Les générations suivantes, à l’abri du besoin, n’avaient pas à travailler. Fils unique de parents décédés dans des circonstances troublantes, jamais élucidées, il restait à bientôt quarante ans, l’unique héritier de ce patrimoine. Le seul qui aurait pu remettre en cause cet héritage s’avérait être un cousin mort, renversé par un véhicule qui avait pris la fuite, jamais retrouvé. La faune mondaine, bon chic bon genre, convoitait ce beau parti. Il se savait bel homme. Son air hautain et froid tenant les gens à distance cachait parfaitement sa vraie nature. Il cultivait son côté charmeur et érudit, histoire d’attirer les crédules, comme la lumière les papillons de nuit. Il détenait le pouvoir d’exploiter la vulnérabilité de ses proies. La peur leur clouait le bec aussi sûrement que si on leur avait cousu la bouche. Ses cheveux châtains taillés ras, ses yeux noisette, ses mâchoires carrées, son nez aquilin, sa démarche assurée, ses un mètre quatre-vingt-seize le désignait en tant que célibataire le plus recherché de la capitale. Il s’en amusait.
Chacune de ses sorties donnait lieu à des paris suivis d’articles dans les magazines. Les femmes souhaitaient toutes épouser ce prince charmant riche à millions. Même les hommes attendaient des invitations aux parties fines dans son hôtel particulier. Il aimait laisser planer le doute. Sa précédente conquête officielle remontait à plus de deux ans. La presse, relayait à la une, qu’elle l’avait largué, pour un prince arabe. Lui seul était en mesure de dire que c’était faux. Lors de l’un de ses voyages d’affaires, cette petite pute avait eu l’outrecuidance de se taper un gigolo ramassé en boîte, dans son lit en plus. Ses cris, ses pleurs, n’avaient en rien apaisé sa colère, au contraire. Pour punition, il l’avait envoyé dans un des bordels russes de Vlad, pratiquant l’abattage.
***
Ce soir, il recevait en grande pompe dans sa demeure, avenue Montaigne, pour une de ces fameuses soirées caritatives qu’il affectionnait. Elles le rendaient plus influent, plus sympathique. Celle de ce soir ne manquait pas de sel. Elle était au profit d’un des plus grands hôpitaux parisiens, pour ouvrir une nouvelle aile où seraient soignés de jeunes drogués. La semaine d’avant, il avait permis de récolter des fonds destinés à une ONG dont il ne se souvenait même pas du nom. C’est dire ! Elle travaillait dans un pays d’Afrique centrale où une insurrection avait provoqué des milliers de morts. À la suite de quoi, l’information avait envahi les chaînes d’info. Ce soulèvement, perpétré par ses mercenaires contre la tête du pays, avait permis de placer un homme de paille à sa place, dûment averti de la contrainte à suivre les ordres, à ses risques et périls.
Passer d’un personnage à l’autre au nez de tous ces abrutis se montrait jouissif. On le félicitait face à tout le travail qu’il effectuait pour son prochain, son immense empathie envers les victimes. Ceux qui ne savaient pas comment s’immiscer dans ses bonnes grâces lui mangeaient dans la main. Tous ces gens qui bavaient devant lui l’exaspéraient au plus haut point. Ils n’imaginaient pas qu’ils lui servaient juste à maintenir sa couverture. Si ces crétins voyaient son côté diabolique, ils pisseraient dans leur froc. Évoluer dans ces zones grises lui permettait de se sentir omnipotent.
Le summum se présenta lors d’un vernissage récent. Il avait surpris une conversation hilarante entre le préfet de police et un homme de loi célèbre, de par ses procès retentissants. Il y était question de la traque sans fin d’un certain Gaël Bishop. Le juge regrettait fortement que ce criminel d’envergure internationale coure toujours. Il sévissait depuis trop longtemps. Il disait à qui voulait l’entendre que sa place n’était pas en prison, ce serait certainement trop doux. Le magistrat regrettait la peine de mort pour un vaurien de cet acabit. Le préfet de police hochait sa grosse tête en signe d’assentiment. Les deux hommes restaient désappointés face à ce mystère. Bon nombre d’agents, autant à Interpol qu’au FBI, s’inscrivaient dans l’incapacité de dire à quoi ce fantôme ressemblait, une véritable anguille qui se jouait d’eux. On lui imputait tous les crimes mafieux non résolus d’un hémisphère à l’autre.
— Mon bon ami, comprenez-vous cet énergumène ? Comment fait-il pour glisser entre les mailles du filet ?
— Ça doit être un homme très intelligent. Ça n’enlève rien à vos forces de police, avait-il répondu d’un sourire sardonique. Le brave juge n’avait rien remarqué.
— Je sais que même les plus doués finissent par commettre des erreurs. Regardez Mesrine, avait insisté le juge. On devrait tirer sur ce malfrat, sans aucune sommation.
— Vous êtes expéditif, tout être humain a droit à un procès non ?
C’est lorsque les deux hommes avaient insisté afin de connaître d’après lui, quelle serait alors la bonne punition à infliger à ce criminel, que Lemercier avait failli s’étouffer avec son verre de champagne. Racontant cet aparté à Richard le lendemain, ils en avaient ri durant des heures.
— Ces connards l’avaient sous le nez. Oh merde ! Il n’aurait plus manqué qu’ils te demandent ton aide, s’était esclaffé Richard plié en deux, les yeux noyés de larmes.
— Si ça ne tient qu’à moi, ils ne sont pas près de m’enfermer. Tu peux me croire, je suis largement plus malin qu’eux.
La soirée caritative terminée, les deux individus se rendirent chez Yvan, place des Vosges. Rien de mieux qu’une bonne partouze entre gens civilisés, sans minauderie, pour se détendre. À leur arrivée, la petite fête battait son plein. Une forte odeur de tabac, de joint, de sexe, de sueur envahit leurs narines. La règle voulait que tous se désapent à l’entrée et se présentent aussi nus qu’à leur naissance. La seule obligation était d’accepter de se faire baiser, n’importe où, par n’importe qui. Tous refus entraînaient une radiation immédiate du club. Il valait mieux y réfléchir à deux fois tant la carte était difficile à obtenir. Entrer dans cette confrérie obligeait à garder le secret.
Pour respecter la parité, il y avait autant de femmes que d’hommes. Chaque membre recevait à tour de rôle, fournissant alcool, nourriture, drogue et viande fraîche. Ses amis connaissaient ses goûts et dégotaient toujours un ou deux beaux éphèbes. À la fin de la nuit, les pauvres ne montraient plus rien d’attirant. Suivant leur état, on les dédommageait, leur ordonnant de se taire sous peine de représailles. Ça marchait, autrement on balançait leur corps dans des lieux éloignés, peu fréquentés. On effectuait le nécessaire pour qu’ils soient introuvables. Gaël se foutait de leur sort, leurs vies n’ayant aucune valeur.
Une fois ses penchants cruels assouvis, il rentrait chez lui satisfait et vidé. Dans la mesure où il agissait en France, la prudence devenait primordiale. Trop de cadavres risquaient d’attirer l’attention. Encore plus s’il y avait une autopsie, celle-ci mettrait le pot au rose sur certaines drogues employées. Il pouvait se vanter d’être un des seuls criminels à exister en pleine lumière. Il était à la fois le blanc et le noir, le jour et la nuit, le bon et le mauvais. Personne ne le voyait en tant qu’une menace. Pourtant, blesser et tuer des gens après les avoir torturés le faisait bander comme un âne. Entendre et sentir leur douleur lui servait de préliminaires, lui si froid, si calculateur.
— Patron, lança Richard en entrant dans le bureau majestueux en trombe, l’avion sera prêt à décoller pour vingt heures. Le pilote a déposé un plan de vol pour Moscou, nos valises sont bouclées.
— Mon chéri tu es une vraie soubrette, se moqua Lemercier. À quelle heure nous attend Vlad ?
— Demain, fin d’après-midi, on va étudier la mise en place de l’équipe qui doit rencontrer les Yakuzas. Ils ont fini par accepter les termes du contrat.
— Avoue qu’ils n’ont pas vraiment eu le choix. Éliminer quelques têtes, faire sauter une ou deux salles de jeux ne pouvait que les mettre sur la voie.
— Ils ne doutent plus de notre poids et notre influence. Malgré quelques réfractaires dont notre ami va se charger, tout roule. Lors de cette entrevue, on distribuera les points de vente. Ensuite, il faudra finaliser l’expédition du Mali.
— Ce sont les deux seuls points à l’ordre du jour ?
— Exact, pour justifier ta venue à Moscou, si proche de la précédente, tu devras te rendre à un vernissage dans une autre galerie que la tienne, répondre à quelques journalistes. Vladimir n’est pas certain des douaniers qui seront de service ce jour-là.
— D’accord, faudra faire vite avec ces balourds. Rien de tel pour me foutre en boule, niveau amusement ?
— Comme d’habitude, notre cher ami a paré à tes besoins. Il t’a trouvé Rachel, un superbe mannequin de seize ans ainsi que des jumeaux de dix-sept ans, Youri et Stanislas. Il les a convoqués pour des photos d’art. Les gamins croient que tu diriges une boîte américaine intéressée par leur image. Il tient à te faire savoir que les trois seront préparés. Tu pourras donc t’en donner « à bite-joie » sans problème.
— Parfait, vraiment parfait, ici je suis sérieusement trop restreint. Tu parles de coincer de première ! Il a envoyé des photos ?
Sans un mot, Richard lui tendit sa tablette, les lèvres ourlées d’un sourire égrillard. La fille était un vrai canon, mais l’œil du galeriste pétilla à la vue des jumeaux, entièrement nus dans diverses positions. Les deux correspondaient totalement à ce qu’il recherchait, le corps glabre, grand et mince, légèrement efféminé, la peau nacrée sans défaut, impeccable à marquer. Il songeait déjà à la couleur qu’elle prendrait après son passage. Gaël, aussi dur qu’une barre de fer, resta stoïque. Des années auparavant, il avait approché le BDSM, apprenant à se contrôler. Il pouvait tenir une érection autant qu’il le souhaitait sans éjaculer. Malheureusement, son comportement sadique et pervers lui en avait fermé les portes.
— Ça te va chéri ? demanda Richard en le tirant de ses pensées.
— Vlad me connaît vraiment très bien. Là-bas au moins je ne risque pas de me faire pincer.
— Tu vas souvent beaucoup trop loin, souffla Richard.
— Tu sembles inquiet… ou jaloux peut-être ?
— Écoute, tu sais parfaitement que ce sentiment m’a quitté depuis un bon moment. Plus par nécessité que par volonté, c’est un fait. Non, je suis seulement inquiet pour toi. Il n’y a pas si longtemps, tu arrivais à te raisonner. Là, tu nous fais peur. De surcroît, tu n’as plus de limites. Tu es incapable de bander si ton partenaire ne pisse pas le sang ou ne hurle pas de douleur. Tu les laisses pratiquement en charpie. Nettoyer après toi devient épuisant. Tu en demandes toujours plus. Nous pensons qu’à un moment ou à un autre, ça va te revenir en pleine gueule, façon boomerang. Tu n’es pas assez prudent.
— De quoi avez-vous peur, bon Dieu ?
— Qu’un jour tu ailles trop loin. Les conséquences seraient terribles.
— Ce sont des conneries, s’énerva Lemercier
— Comme tu veux. Tu ne pourras pas dire qu’on ne t’avait pas prévenu. Je prêche dans le désert. Revenons à nos moutons, les Russes sont vierges. Leurs parents ont signé une autorisation qui les laisse partir pour l’Europe et accepté le pognon. Si tu ne les massacres pas, Vlad les veut pour son service d’escorte. C’est dingue, quelques billets et les gens perdent tout sens commun.
— Au moins, dans tous les cas de figure personne ne les réclamera. La fille ne m’intéresse pas, tu peux la prendre.
***
Trois jours plus tard, les prédictions de Richard se vérifièrent. Dans l’indifférence la plus totale, deux corps atrocement mutilés furent retrouvés, jetés comme des ordures sous un pont. Les jeunes hommes nus et méconnaissables avaient subi des rapports sexuels d’une rare violence. On les avait battus, coupés avec ce qui ressemblait à un scalpel. Leur sang contenait une drogue inconnue. La mort avait été une vraie bénédiction. Le plus étrange dans cette affaire est que la police classa le dossier en suicide. Les deux pauvres victimes n’étaient personne.
Malgré la grosse colère de Vladimir, le séjour fut productif. Gaël et Richard ne passèrent que peu de temps à Moscou. Au retour en France, une clique de journalistes patientait à l’aéroport. Désireux de découvrir le nouveau petit génie de la peinture. Celui débusqué dans un village Russe au nom imprononçable. D’après la rumeur, ce Misha était le Picasso moderne. Alors que le galeriste répondait suavement, Richard, lui, dans la limousine peaufinait les détails d’une opération. Il répartissait les paiements, trouvait des containers, gardait sous pression des capitaines de navires. Ceux-là mêmes qui transportaient les marchandises sans poser de question. Le bras droit termina les virements sur les comptes des banques qui résistaient à la soi-disant virginité qu’on leur proposait, s’en amusant. Si Gaël Lemercier se prétendait le Houdini des criminels, Richard, lui, était celui du Net. Il y avait des années en Russie, il avait failli se faire coincer après avoir pénétré dans les ordinateurs qui géraient la sécurité du Kremlin. Il ne devait sa liberté qu’à un certain Kutcheïv, roi des faussaires, capable d’établir des papiers plus vrais que les officiels.
Attendant que Gaël termine, il ferma son ordinateur. Un sourire flamboyant étira ses lèvres. Celui qui serait susceptible de percer son montage comptable n’était pas encore né. À la façon dont l’homme bougeait, Richard comprenait son énervement. Ça durerait un moment avec ces fouille-merdes. Il s’installa pour se reposer, sa tête sur le dossier. La vitre entre lui et le chauffeur était relevée. Il laissa son esprit vagabonder dans les limbes de son passé. Ça ne lui arrivait pas souvent.
Au premier voyage du marchand d’art en Russie, Vlad l’avait offert à cet homme magnifique, sauvage. À l’époque, il entretenait des rapports forts, mais pas aussi violents. Ça remontait à douze ans, l’organisation n’en était qu’à ses balbutiements. Leurs nuits avaient ressemblé à un savant mélange de baise et de bagarres. Richard avait résisté marquant Gaël. Il n’était pas idiot, un homme dans son genre ne pouvait se satisfaire d’un seul partenaire. Malgré tout, il l’avait accepté, sachant qu’un jour, les envies de son petit ami changeraient. Son âge tout d’abord l’avait classé dans les pièces à mettre au rebut. Le fait qu’il l’ait donné à Gaël était susceptible de déranger. Ça marchait ainsi dans le milieu. Lorsque celui-ci l’avait tiré de ses ennuis, il avait compris qu’il faudrait payer sa dette. Il avait eu de la chance, ça aurait pu être pire. Gaël l’avait ramené dans ses bagages. Avant ces deux chefs, il traînait sa carcasse dans les rues ou les squats. Il vendait son corps au plus offrant, pas depuis assez longtemps, pour être abîmé. Le parrain l’avait ramassé pour un plan cul ni plus ni moins, comme n’importe quel autre prostitué. Quand il avait compris son potentiel en informatique, que de surcroît, on le recherchait, il lui avait proposé un boulot et un toit. Il était devenu un vory, un membre à part entière, en entrant dans le clan.
Tous les trois avaient couché ensemble. Ils formaient un trio détonnant au lit, comme dans les affaires. Leur amitié surnageait, résistant à tous les coups de vent. Le sentiment amoureux s’était fait la malle de la part de Gaël, depuis un sacré moment. Richard gardait le sien en sommeil. Ils terminaient dans le même lit, mais le feu des débuts était éteint. À trente-cinq ans, il avait dépassé la date de péremption. Il n’irait pas jusqu’à dire qu’il acceptait la situation. C’était ça ou rien. Chez son partenaire, la peur de vieillir l’obligeait à prendre ses amants de plus en plus jeunes. Il avait installé un circuit vidéo dans sa chambre afin de filmer ses ébats. Ils revenaient avec celle qui concernait les jumeaux qu’ils avaient sautés tous les trois. Bien sûr, le français avait tenu plus qu’eux. Vlad et lui l’avaient abandonné, épuisés. Richard devait reconnaître que ce petit mélange, créé par le chimiste du russe, avait offert une nuit des plus inventives. Il sentait encore la queue de Gaël frôler la sienne dans l’un des jumeaux. Ce n’est qu’au petit matin, que celui-ci, hébété de fatigue, drogué, les avait appelés. Des hommes de main avaient nettoyé, le laissant récupérer.
Le sourire revenu, Vladimir avait fourni quelques grammes de sa poudre magique. Heureusement, les jets privés n’étaient pas soumis à une fouille réglementaire. Le hic de cette petite merveille était le dosage, il restait aléatoire. Les jumeaux n’y avaient pas résisté. S’ils ne voulaient pas que la même merde se reproduise, leur chimiste allait devoir procéder à des ajustements. Richard repensa à son entrée dans la chambre de Gaël, le spectacle avait attisé la colère du russe. Il se foutait des gamins, le problème n’était pas là, chez lui le réservoir de chair fraîche ne risquait pas de se tarir. Non, il en voulait à Gaël de se montrer si instable.
DE NOS JOURS
Il repense à cette période noire de sa vie, sa douleur reste profonde. Il n’a plus jamais regardé en arrière et ne souhaite pas connaître le devenir de ses géniteurs. Il se souvient encore, l’âme déchirée, d’avoir erré des heures, mort de trouille. Ses pas l’avaient mené vers la nationale pour effectuer du stop. Qu’importe le lieu où il atterrirait, rien ne serait pire que ce maudit patelin. Il avait progressé dans la pluie, le vent, tête baissée, sa valise pesant. Étonnant comme les choses peuvent paraître lorsque tout va mal. Un routier débonnaire l’avait récupéré, épuisé, trempé comme une soupe, lui avait demandé sa destination, ne formulant aucune remarque sur ses yeux bouffis. Gentiment, il avait attendu que le gamin lui donne une direction.
— Déposez-moi là où ça vous arrange. Ça sera très bien avait-il répondu, la voix cassée.
— Je me rends en banlieue parisienne, mon garçon.
Curieusement, ce surnom-là n’avait pas la même résonance qu’avec le sacristain.
— Bien, alors la banlieue parisienne ce sera. Je vous remercie.
Il n’avait pas fallu à l’homme beaucoup de réflexion pour comprendre ce qui se passait. Discret, il avait remis le véhicule sur sa trajectoire. Puis doucement, il avait entamé la conversation, n’attendant pas forcément de réaction de sa part.
— Si je ne me montre pas trop curieux, peux-tu me dire ce que tu fuis ?
Malheureux, exténué, Raphaël avait craché le morceau, la peur chevillée au corps qu’en l’écoutant, son hôte l’éjecte. Le lourd véhicule ne pila pas. Le conducteur en resta abasourdi. Ils parlèrent de sujets anodins pour qu’il se détende. C’est alors que son estomac grondant avait poussé le routier à lui offrir un repas dans un resto. Arrivée à la fin de leur voyage, cette personne, dont il ne connaissait que le prénom, Daniel, lui avait tendu une carte annotée.
— Tu trouveras de l’aide à cette adresse, avait-il annoncé, insistant pour lui laisser deux cents euros. Tu pourras vivre un peu en attendant une éclaircie.
Comme si tout lui semblait normal, un inconnu lui avait apporté plus en quelques heures que ses parents en dix-sept ans. Sans émettre aucun jugement, il l’avait écouté, apaisant son cœur en lambeaux. Au lieu indiqué, Raphaël avait trouvé une place en foyer pour un temps limité.
Sa vision de Paris l’avait sonné, rien de commun avec son village. Sans ressource, des questions sans réponse plein la tête, il avait arpenté les rues de la capitale, se perdant souvent au milieu de toute cette agitation. Voyant des hommes l’accoster en permanence, il avait compris qu’ici, il devrait toujours rester sur ses gardes. Un seul choix s’offrait à lui, trouver rapidement du travail. Il était partant pour n’importe quoi, tant que ça restait honnête.
En descendant la rue des Martyrs, il avait remarqué un encart blanc sur la porte d’un club. On cherchait un homme, avec ou sans expérience, pour une dizaine d’heures de ménage par semaine. Le jeune adolescent s’était dit que le destin se montrait clément. S’il obtenait le poste, le salaire serait le bienvenu le temps qu’il se retourne. Prenant son courage à deux mains, il avait poussé la porte du Sésame, un monde totalement inconnu pour lui. Les deux propriétaires, très gentils, avaient vite compris que le jeune était à la dérive. Un clin d’œil échangé, on lui avait offert en même temps le gîte et le couvert, le sauvant de la mendicité et de la prostitution à coup sûr. Il cherchait à se convaincre qu’il était à sa place dans cette nouvelle vie.
Le plus doux des deux boss, Claude, l’avait aidé à s’installer dans une chambre avec salle de bain, située dans leur propre appartement. Petite pièce qui lui suffisait largement. Raphaël, enfin débarrassé de ses inquiétudes, s’ouvrit peu à peu. Il prenait ses repas avec eux, disposait de son temps libre comme il le voulait. Sa première rencontre avec les drag-queens du club le scotcha. Revêtues de leurs costumes extravagants, elles servaient en salle. Le jeune homme prit l’initiative de réapprovisionner le bar durant la soirée. Une tâche supplémentaire, son unique volonté était de rester près d’eux. Le jour de ses dix-huit ans, Enrique le convoqua dans son bureau. C’était le moment pour lui de reprendre ses études comme convenu. Sa vie prenait un nouveau tournant. Là, dans le bureau, avant que le patron ne parle, il se lança.
— Je suis certain de ne pas vouloir recouvrer le chemin de la fac, pas plus que vous quitter, lâcha-t-il d’une traite.
— Dans ces conditions mon poussin, je vais te soumettre une proposition. Tu sais que Marco veut suivre son homme en Espagne. Du coup, on a besoin de quelqu’un au bar pour le remplacer. On a remarqué que tu ne te débrouillais pas si mal. Si tu es tenté, la place est à toi dès ce soir. Qu’en dis-tu ?
— Yep, je veux participer au travail du club.
— Alors, vendu ! Claude choisira ta tenue avec toi. Tu fais désormais partie du personnel du Sésame à part entière.
Le destin avait placé ces deux hommes sur son chemin, chamboulant son existence. Au fil du temps, ils ressemblèrent à une famille. Raphaël fut présenté comme leur fils, chéri et protégé. Apprendre avec Claude la préparation des cocktails devint très vite un jeu où il excella. Derrière le bar, ils formaient un duo qui amusait la clientèle.
L’adolescent, entre ces deux hommes amoureux, était passé de l’ombre à la lumière, dans un monde qui lui convenait enfin. Papinou et Ricky, comme il les appelait, lui versaient un salaire convenable. Les transformistes le prirent sous leurs ailes. Il devint la mascotte des lieux. Moins timide qu’à son arrivée, il plaisantait avec eux. Seul dans sa chambre, l’ombre de ses géniteurs, qui l’avaient renié sans émotion, planait. Il imaginait avec bonheur leurs têtes devant l’endroit où il passait son temps. Le Sésame pour eux représentait les portes de l’enfer. Alors, voir ces hommes se muer en femmes, chanter face à un public homosexuel, les aurait fait fuir à grande vitesse. Grâce à papinou, il comprenait enfin qu’il devait cesser de penser à eux, si ce n’est les remercier de l’avoir jeté, lui permettant de se trouver. Le chemin avait été long, douloureux. Il avait compris n’avoir aucun besoin d’être soigné. Les différences ne participent-elles pas à ce qu’est le monde, un patchwork ? Un matin, alors qu’il chantait, imitant à la perfection les voix de Madona, Lady Gaga, ou encore Cher, tous cessèrent leurs occupations. Face à ce don inné, les artistes insistèrent pour qu’il intègre le spectacle avec eux.
Depuis dix-huit mois, il chante tous les soirs. Il adore ce milieu où il évolue. Le monde des transformistes se montre éclatant et joyeux. Claude lui a donné toutes les ficelles pour apprendre comment se vêtir et se maquiller. Enrique a décidé qu’il devait travailler sa voix. Lucas, son meilleur ami, maître de chant à l’opéra, lui fait travailler ses gammes trois heures par jour, auxquelles il ajoute du sport intensif pour le souffle. À vingt-deux ans, sa vie prend un tournant incroyable. Il ne manque plus d’amour, entouré d’amis sincères.
Son corps androgyne qui lui avait apporté tant de souffrances, aujourd’hui le comble. Du haut de son mètre quatre-vingt, il veille à ce que son poids ne dépasse pas les soixante-dix kilos. Son visage en forme de cœur fait ressortir ses yeux verts, bordés de cils fournis. Le bronze de ses iris se teinte de doré sous l’effet de la lumière. Ses cheveux, d’un noir de jais, tombent sur ses épaules. Ses lèvres pleines complètent le tout. On le surnomme l’angelot, inconscient de sa beauté éthérée, il reste ouvert aux autres. Claude s’est chargé d’une partie de son éducation sexuelle. Tout en travaillant dans le monde de la nuit, Raphaël attend son prince. De nombreux clients ont tenté leur chance, se sont cassé les dents. Tous souhaitent un plan cul, mais pas lui. Papinou lie ses réactions aux horreurs qu’il a entendues dans son adolescence. Pour le jeune homme, le peu qu’il sait d’une relation vient de ce qu’il a glané dans les loges du Sésame.
Dans ses lectures, tout semble facile. Un clin d’œil, un sourire, un verre et les deux gars terminent dans un lit. Il n’ignore pas que la vie ne ressemble en rien à ça. Il veut ce que vivent ses pères. L’explication la plus logique au fait que rien de bien ne lui est arrivé jusqu’à ses dix-sept ans demeure imputable au destin qui a pris un congé le jour de sa naissance. Une question le taraude, comment saura-t-il que le gars rencontré est le bon. Ça ne peut pas être aussi facile que de lire une notice. Il doute que tout devienne clair le jour J, comme le lui assure Ricky. Au club, tous le chahutent pour son côté fleur bleue. Il ne se plaint pas, sa vie lui convient telle qu’elle est, en harmonie avec ceux qui l’entourent. Personne n’est en mesure de réécrire son passé, juste se tourner vers autre chose. Les applaudissements dans la salle où ses amis réalisent le show le ramènent au temps présent. Ruminer ne lui vaut rien, il doit assurer le spectacle. Dans sa loge, il termine son maquillage, étirant ses yeux d’un long trait d’eye-liner. Dans un instant, la scène sera à lui.
Ce matin, Enrique descend le premier, rejoint par Raphaël et Claude. Aujourd’hui, tout va de travers. Cet instant leur sert en général à remonter la salle.
— Mon poussin surtout ne touche à rien. Les flics vont nous envoyer quelqu’un. Fais chier ! On a payé une blinde pour cette merde qui n’a pas fonctionné ! Amour de ma vie, appelle-moi ces incapables, ils vont m’entendre. Quant à celui qui a commis cet acte, si je le coince, je l’ÉMASCULE, tu m’entends.
— Tu dois te calmer, Ricky. Je suis certain que rien ne cloche avec notre alarme.
— Il a raison, affirme son mari. Je certifie qu’on a vérifié tous les deux avant de monter. Tout était OK.
— Ils sont partis avec quel montant ?
— J’avais tout mis au coffre pour préparer mon versement à la banque. Il ne restait que les paiements des retardataires, des cartes bancaires. Ces crétins n’ont récolté que quelques centaines d’euros, répond Enrique.
— Le fond de caisse en fait !
Une voix féminine résonne derrière eux, les faisant sursauter.
— Bonjour messieurs, lance-t-elle.
La jeune femme en tailleur crème, blonde comme les blés, à l’énergie débordante se présente à eux. À chaque mouvement, sa veste dévoile une arme coincée dans un holster d’épaule.
— Je suis le lieutenant Naomi Debort, continue-t-elle la main tendue vers Claude. Ces policiers font partie de la scientifique. Ils sont là pour l’enquête, formule-t-elle en montrant les deux personnes qui l’accompagnent.
— Nous sommes contents de vous voir, je vous présente mon compagnon Enrique, copropriétaire de ce lieu avec moi, et Raphaël notre fils adoptif.
— Bonjour messieurs ! à quel moment avez-vous constaté le vol ?
— C’est mon mari en descendant ce matin.
— C’est impensable, rage celui-ci.
— Excusez-le, il est un peu soupe au lait. Pour une fois qu’il descend avant moi. Je suis réglé comme une pendule. J’arrive en premier, toujours à la même heure. J’ouvre et je ferme. La plupart du temps, je profite de la tranquillité du matin pour terminer la paperasse en retard. Tout ce que je peux certifier, c’est que lorsque j’ai fermé hier soir, l’alarme fonctionnait parfaitement.
— Vous vivez au-dessus ?
— Ouaip, reprend Enrique. Depuis toujours, c’est plus simple que d’affronter la circulation infernale dans Paris. Ce qui me tarabuste, c’est qu’on n’a absolument rien entendu. Ils n’ont pas pu entrer du côté privé. Ils auraient eu besoin du code que nous changeons tous les deux jours.
— Bien, on va laisser mes collègues effectuer leur travail. Mais en raison du passage, je doute que l’on obtienne un résultat probant. Y a-t-il eu effraction ?
— C’est là que ça se corse, avoue Claude dépité, justement… pas du tout.
— Étiez-vous au courant que sur le mois précédent, deux autres boîtes de nuit ont subi le même avatar ?
— Heu… non, répondent-ils en cœur.
— Si je me fie à mon instinct et à vos explications, je pense que nous nous trouvons face au même mode opératoire dans les trois cas. On suppose que l’un d’eux se laisse enfermer, ou qu’ils prennent contact avec un employé qui leur ouvre pour leur permettre de perpétrer leur méfait, ni vu ni connu. Je dois interroger votre personnel.
— Ça ne pose aucun problème. Nous avons une confiance absolue en tous ces hommes. Ils travaillent avec nous depuis des années. Je suis certain qu’aucun d’eux ne nous causerait le moindre tort. Vous comprenez, ils sont un peu notre famille.
— La trahison arrive souvent par les siens. Croyez-moi, je vois ça très fréquemment.
— Dès que nous les avons mis au courant, ils sont tous venus. Ils attendent là-haut. Nos deux barmans, Léo et Xavier ne vont pas tarder. Et enfin, Daniel qui s’occupe du ménage est injoignable. Si vous voulez bien me suivre dans mon bureau. Vous serez plus tranquille. Mon poussin, tu veux bien essayer de le rappeler s’il te plaît ?
— Claude, c’est bien ça ?
— Oui madame.
— Votre club, c’est un club homosexuel, échangiste ? demande la jeune femme.
Le grognement d’Enrique la fait se retourner vers lui, surprise. Les trois hommes marquent un temps d’arrêt, se regardent en éclatant de rire.
— Nan, note Raphaël de sa voix douce, un sourire illuminant son visage. Notre club présente un spectacle de travestis. Un peu comme chez Michou à Montmartre pour vous donner une idée. Si, effectivement, pour la plupart nous sommes gays, deux de mes amis sont très heureux en ménage avec leur dulcinée et leurs enfants. Ils n’ont absolument aucun problème avec leur virilité. De façon à vous rassurer, nous ne sommes pas des pervers non plus. Chaque homme qui travaille avec nous est simplement différent. Chanter et se travestir reste un travail complet. Vous allez rencontrer ici des drag-queens qui bossent en tant que serveuses.
— Vous ne m’en avez pas parlé tout à l’heure.
— Ils ont un autre boulot tous les deux.
