Succession - Fabs - E-Book

Succession E-Book

Fabs

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Beschreibung

Afin d'échapper aux agissements d'un groupe religieux en pleine expansion, la famille de Jérémy n'a eu d'autre choix que de venir s'installer dans la ville de Bluewoods. Une nouvelle vie qui aurait dû signifier une sérénité retrouvée. C'était sans compter sans le harcèlement dont lui et son frère sont victimes, venant du collège où ils étudient, et qui va déclencher quelque chose à l'intérieur du jeune garçon. Une colère extrême, ainsi qu'une force insoupçonnée, lui faisant prendre conscience qu'il n'est pas un adolescent comme les autres. Il va alors découvrir que le déroulement de sa vie semble très proche de l'histoire d'un célèbre personnage d'une creepypasta : Jeff the Killer. Une admiration proche du fanatisme le persuadant qu'il est amené à devenir son incarnation physique, brisant ainsi les frontières entre fictif et réel. Dès lors, il va plonger allègrement dans la folie afin de se rapprocher de celui dont il est convaincu d'être le successeur.

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Veröffentlichungsjahr: 2024

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Ähnliche


TABLE DES MATIERES

Avant-Propos

Chapitre 1-Là Où Naissent Les Fils

Chapitre 2-Les Bergers De SouthRiver

Chapitre 3-Nouvelle Vie

Chapitre 4-Les Bourreaux

Chapitre 5-Fascination

Chapitre 6-Celui Que Je Veux Être

Chapitre 7-Docteur Stevenson

Chapitre 8-Meadows

Chapitre 9-Rencontre

Chapitre 10-Ascension

Chapitre 11-Origines

Chapitre 12-Léna

Chapitre 13-Traumatisme

Chapitre 14-Liens

Chapitre 15-Inquiétudes

Chapitre 16-Révélation

Chapitre 17-Fusion

Chapitre 18-Rupture

Chapitre 19-L’Evasion

Chapitre 20-Retour à La Maison

Chapitre 21-Réunion De Famille

Chapitre 22-L’Heure Des Cadeaux

Chapitre 23-John

Chapitre 24-Epilogue

AVANT-PROPOS

Ce 1er roman, à l’origine, fait partie d’un projet de recueil d’histoires dont le but était de « revisiter » plusieurs grands personnages de creepypastas. Je pensais parvenir à des récits relativement courts, de l’ordre d’une nouvelle pour chaque histoire. Mais c’était sans compter mon imagination qui a décidé d’imposer sa loi.

Dès le premier jet de l’histoire qui va suivre (qui ne devait faire au départ qu’une trentaine de pages), j’ai exploré d’autres tournants du protagoniste principal. D’autres développements de scènes se sont rajoutés au fur et à mesure de l’écriture, et j’ai très vite compris que le synopsis rédigé ne pourrait pas être suivi au vu des rajouts amplifiant la portée du récit.

Dès lors, le projet de recueil s’est évanoui, au profit d’une série de romans, plus propice à explorer les moindres recoins des personnalités des personnages, et me donnant l’occasion d’un hommage plus appuyé à leurs univers respectifs, tout en y apposant ma touche personnelle.

Si j’ai choisi Jeff the Killer, parmi tous les personnages célèbres de l’univers du creepypasta, c’est parce qu’il a toujours été mon préféré. Son parcours, sa personnalité, le symbole qu’il représente, à la fois être torturé par un passé sanglant qui a créé sa folie, et dans le même temps personnification du mal absolu sans pour autant ressentir la moindre haine pour ses victimes, bien au contraire : ce sont tous ces éléments qui m’ont fait le préferer à d’autres.

Je dirais qu’entre tous ses pairs, il est celui qui est le plus humain quelque part. Il ne fait pas le mal pour le mal, car il n’a pas une conscience véritable de ses actes. Il pense œuvrer pour une certaine forme de délivrance de la condition humaine en offrant le « Grand Sommeil », tel qu’il le définit, à toutes ses victimes. Tout le contraire des autres « stars » des creepypastas, qui, elles, en tout cas pour leur grande marjorité, sont parfaitement consciente de la portée de leurs crimes.

De ce fait, Jeffrey Woods, de son nom complet, est à part. C’est la raison pour laquelle je me devais de commencer par lui pour cette série. D’autres personnages suivront l’époppée de Jeff : Slenderman, Sally Williams, Le Rake, The Puppeteer, Masky et bien d’autres.

Pour autant, l’objectif de cette série est d’offrir une autre vision de celle qu’on connaît de ces figures incontournables du monde du creepypasta. Pas de me contenter de faire ce qui a été déjà fait par d’autres par le passé. Que ce soit sur internet à travers des blogs ou des forums, ou bien par l’intermédiaire de livres comme le mien, et qui se résume le plus souvent à modifier légèrement l’histoire d’origine, pour ne faire, qu’au final, qu’un vulgaire copier/coller.

Tout le monde, et c’est tant mieux, ne se contente pas de procéder à cette technique malgré tout. Certaines versions dérivées de l’histoire de Jeff valent vraiment d’être lues et rajoutent au prestige de ce personnage hors normes, si on le compare à ses pairs.

C’est ce que je voulais donner à Jeff : une histoire qui le mette en valeur. Mais je voulais aller plus loin que d’autres, en faisant de lui un être transcendant le principe même du creepypasta. Vous comprendrez mieux ce que je veux dire une fois arrivé au bout de ce 1er roman écrit de ma plume.

Qui plus est, j’ai choisi le challenge de raconter l’histoire de Jeff, sans qu’il soit le personnage principal du récit. Ce qui, en tout cas à ma connaissance, n’a pas été fait de manière significative dans d’autres histoires le mettant en scène de la part de divers auteurs partageant, comme moi, une véritable passion pour le drame que représente le destin de Jeffrey Woods.

Dans la version que vous allez lire dans les pages suivantes, Jeffrey n’a qu’un rôle secondaire. Le vrai « héros » est un jeune garçon tout à fait lambda de prime abord. Avant qu’il s’aperçoive que les fils du destin ont choisis une autre voie pour lui, en le rapprochant, par les drames vécus lors de sa vie familiale, de ce qu’a vécu une figure qu’il va venir à aduler.

Le choc des évènements qui vont le frapper de plein fouet, similaires à ceux de Jeffrey Woods, vont pousser Jérémy, le protagoniste de ce récit, à penser être un « élu », accentuant la folie naissante qui germe dans son corps. J’ai teinté les lignes de ma revisite de Jeff the Killer d’une portée mixant le fantastique, l’onirique et la métaphysique, à travers les ressentiments psychologiques de Jérémy.

Une forme de parcours initiatique en somme, dont j’espère que vous saurez saisir toute la portée, et qui s’inscrit dans la droite lignée de mes autres écrits. Que ce soit dans mes 2 recueils de nouvelles, à savoir « Sous des Horizons Différents » et « Creepy World », ou dans celles figurant sur mon blog, dont j’ai adapté une grande partie sous forme audio au sein de ma chaîne YouTube « Histoires de l’Autre Monde ».

Ceux et celles qui ont l’habitude de me lire savent l’importance que j’accorde à la relation inter-personnages, le fond social omniprésent et l’exploration de la psyché humaine sous diverses formes. Ce roman porte l’empreinte de tout ceci, de manière plus détaillée encore que je n’ai eu l’occasion de le faire dans mes nouvelles jusqu’à présent.

Peut-être, au fur et à mesure des pages de cette histoire, vous poserez-vous les questions suivantes :

Jérémy est-il vraiment l’incarnation de Jeff, comme il le pense, ou bien tout ce qu’il vit n’est que le fruit de sa folie, s’étendant toujours plus au gré de ce qu’il va subir ?

A vous de le découvrir…

CHAPITRE 1 :

LA OU NAISSENT LES FILS

Je sais que nombre de personnes ne croient pas au destin : elles refusent d’envisager que nous puissions avoir des lignes de vie établies à l’avance, inscrites sur un registre tenu par des forces qui nous dépassent et nous manipulent comme on actionne des fils de marionnettes. Mais au fond, ne sommes-nous pas exactement cela ? Des pantins de chair et d’os dont les corps se brisent au contact d’une lame creusant leurs entrailles, jusqu’à percer ces organes vitaux qui sont le moteur de tout être humain.

Je n’ai pas choisi de devenir ce que je suis. Pour autant, je ne regrette pas le chemin qui s’est tracé devant moi. Je n’ai fait qu’agir selon mon instinct, ma conviction d’avoir été choisi en tant qu’instrument par ceux qui nous ont forgés depuis la nuit des temps. Ceux-là même qui se délectent de suivre nos pérégrinations au gré des actes qu’ils ont imaginés pour nous.

A ce titre, je me sens privilégié par rapport à d’autres dont la vie misérable se limite à travailler au sein d’entreprises dans lesquelles ils ne trouvent aucun plaisir à s’y rendre. Y effectuant des tâches le plus souvent ingrates parce qu’ils ne font pas partie de la bonne série de fils choisie par nos créateurs.

Ils ne savent pas de quoi demain sera fait, de quoi sera constitué leur avenir. Celui de leurs enfants, de leurs proches… Si ces derniers les trahiront ou leur feront du mal, une fois qu’ils auront atteint un âge respectable. Sans avoir la moindre reconnaissance des sacrifices effectués pour eux.

Quand ce ne sont pas des personnes de leur entourage, ce sont des inconnus, qui, par leur force de caractère, prennent le dessus en abusant de leur passivité, leur incapacité à se défendre. Des opportunistes jouant des faiblesses de leurs cibles, comme s’il s’agissait de pièces de bois qu’ils peuvent disposer à leur guise sur un échiquier dont eux seuls connaissent l’issue de la partie, car ils sont ceux qui en dictent les règles.

Je connais bien ce sentiment d’impuissance, car j’en ai été victime. Tout comme mon frère… J’ai été un simple pion ne sachant pas comment changer la partie, se demandant pourquoi je devais participer au carrousel de folie et de méchanceté gratuite d’une poignée de gosses de riches, alors que ces derniers prenaient plaisir à martyriser ceux qu’ils jugeaient inférieurs à eux. Juste parce que je n’appartenais pas à leur caste sociale.

Mais en fait, je ne les blâme pas. Aujourd’hui, je ne peux que les remercier pour ce qu’ils m’ont fait, car ils ont contribué à faire naître en moi les germes de ma vraie personnalité. Ils ont érigé les bases de ce qui allait se développer au fond de mon être, année après année, depuis ce jour où j’ai croisé leur chemin. Désormais, là où je les ai contraints à se rendre, ils ne pourront jamais oublier qu’ils ont été l’étincelle qui a fait s’enflammer le puits de violence et de destruction que je suis devenu.

Dans la nuit éternelle qui est la leur à présent, je resterai à jamais gravé dans tout ce qui constitue leur être : aussi bien leur enveloppe charnelle que leurs souvenirs. Une marque indélébile, devenue l’apanage de tous ceux et celles que j’ai choisi pour rejoindre l’obscurité où j’ai été plongé dès l’instant où mon corps et mon esprit se sont transformés. Depuis ce jour où mes bourreaux m’ont fait prendre conscience que j’étais amené à devenir la continuité des fils sur lesquels nous sommes tous disposés.

Je suis persuadé aujourd’hui que ma naissance même n’était que l’étape me prédestinant à être ce que je suis en cet instant et pour les années à venir. Je sais que beaucoup n’acceptant pas mon existence. Ils ne veulent pas croire que je pratique une mission pour répondre à mon rôle d’élu, cherchant toujours à me convaincre que je ne suis qu’un tueur parmi d’autres.

Les imbéciles… Comment peuvent-ils seulement prétendre savoir mieux que moi ce qu’il y a dans ma tête ? Ils sont tellement ignorants de ce que j’ai compris à mon retour de ce séjour forcé au sein de ces murs blancs. Ceux-là même ayant constitué ma maison durant de longs mois d’exil… Mais maintenant que j’ai atteint l’apogée de ma force, que j’ai atteint un tel niveau de compréhension de ce que je suis et que j’ai toujours été amené à devenir, je me fais un devoir de leur faire voir la vérité qui m’est apparue.

Je suis bien plus qu’un être humain. Je suis un ange purificateur chargé de couper les fils de vie de ceux et celles dont le destin doit s’achever. Celui qui a été choisi en tant que régulateur de ce monde. C’est ma voie, et je ne laisserai personne affirmer le contraire. Car personne ne peut concevoir ce que je sais, ce que j’ai vu lors de mon ascension mentale, alors que j’étais cloîtré dans ce qui était mon temple de connaissance. Là où mon moi véritable est né.

Mais peut-être est-il nécessaire, dans un souci de postérité, que je vous dévoile comment j’ai été amené à découvrir qui je suis ? Ainsi, vous comprendrez plus aisément pour quelle raison vos voisins, vos amis, votre supérieur peut-être, sont destinés à devenir des amas de chair pourrissant au soleil. Des corps remplis de meurtrissures, de blessures profondes, au sang coulant indéfiniment sur le sol de votre cuisine, de votre salon ou bien de votre jardin. Leur cadavre retrouvé gisant entre les deux arbres où se balance le hamac à l’intérieur duquel vous aimez tant vous détendre, sirotant un jus de fruit, et profitant d’un soleil radieux.

Je vais donc vous révéler comment je suis né. Ou plutôt comment je suis devenu la réincarnation vivante d’un personnage que j’ai toujours adulé, admirant son histoire tragique et sanglante. Car maintenant, je sais que si j’étais autant fasciné par lui, c’est parce que je suis lui. Je l’ai toujours été. Il suffisait juste d’un déclic pour faire surgir en moi l’évidence du pourquoi de mon existence.

Les souffrances que j’ai dû subir, aussi bien physique que psychologique, elles étaient indispensables pour que je puisse me résoudre à accepter ma vraie nature, ma vraie mission en ce monde. Celle de faire comprendre à tous que, contrairement à ce qu’on croit, certaines creepypastas ne sont pas seulement des récits fictifs écrits par des auteurs à l’imagination débordante. Ceci dans le seul but de divertir, effrayer ; faire craindre le moindre son dans le noir, le moindre grincement de dents derrière soi. Ou encore le souffle du vent, alors que l’on se trouve à l’intérieur de ce que l’on pense être un lieu sécurisé, un abri où rien ne peut arriver.

Non, il y a des creepypastas qui jouent un rôle prémonitoire. Leurs créateurs n’en ont pas conscience. Ils ne savent pas qu’ils sont nés uniquement pour écrire ces destinées futures appelées à devenir réelles, bien au-delà des écrans d’ordinateur, de téléphones ou de tablettes numériques. Dès le départ, leur rôle s’est limité à ça : donner vie sur papier à de futurs figures d’un équilibre sur Terre, attendant de trouver la personne qui saura les installer dans le monde réel et continuer leur légende.

C’est de cette manière, en étant lues, en s’installant dans les esprits de futures incarnations de leurs personnages, que ces creepypastas deviennent bien plus que de simples écrits. Ce sont des prémices à la venue, à la naissance de leurs homologues de chair et de sang, afin que les fils de vie destinés à se rompre dans notre monde voient leur horizon s’achever et laisser place à d’autres.

Grâce aux mains de ce que vous appelez familièrement des tueurs, des tueuses, des créatures qui vous font frémir dans le noir de vos chambres, alors que vous êtes installés devant vos écrans. Ces personnages qui parviennent parfois à augmenter le battement de vos cœurs ou envahir vos corps de sueur, trempant vos draps. C’est le résultat de toute cette expérience qui forme le cycle de l’existence humaine et lui donne un équilibre.

Dans mon cas, voyant que ma vie ressemblait trait pour trait à celui que je préférais parmi toutes ces histoires, j’ai fini par comprendre que je devais suivre les traces de ce personnage de papier. Lui qui fait partie des plus célèbres du monde des creepypastas et dont le seul nom fait baver nombre d’aficionados de l’horreur : Jeff the Killer. Car oui, c’est bien de lui dont je suis devenu la réplique vivante, la personnification. Je vais vous conter comment j’en suis venu à cette constatation, comment l’esprit de Jeff a fusionné avec le mien. Je vous ai fait assez attendre : il est temps de vous révéler le commencement de ma légende.

CHAPITRE 2 :

Les Bergers de SouthRiver

Tout a débuté ce jour du 9 Octobre 2020. Ma famille et moi venions d’arriver au sein de la petite ville de Bluewoods, qui devait son nom aux mousses bleues poussant sur les arbres de la forêt avoisinante. C’était la source principale des revenus de la cité, car attirant des touristes en masse venant admirer les teintes bleutées arborées par la forêt en soirée. Un phénomène dus à la phosphorescence de ces mousses à la couleur particulière.

Ce déménagement n’était pas vraiment un choix à proprement parler. Dans le Minnesota où nous vivions auparavant, au sein de la ville de Southriver, mon père avait fait l’objet de la cible d’un groupe religieux, « Les Bergers des Etoiles ». Ce dernier acceptait mal les critiques que mon père faisait de leur communauté au sein du journal où il était employé. Ceci à coup d’articles les ciblant directement et causant du tort à leur « intégrité ». Un terme qui avait fait sourire mon père, au vu du manque total d’éthique et de morale des têtes pensantes de cette nouvelle religion en plein essor dans la région.

Plusieurs membres de ce qui était considéré comme une quasi-secte, bien que ses adeptes prétendissent le contraire, opéraient à des recrutements en masse au sein des quartiers désœuvrés de la ville. Ils faisaient miroiter monts et merveilles à leurs habitants en leur promettant une vie meilleure s’ils rejoignaient leur communauté. Des postes de prestige ; une notoriété à venir importante ; une facilité à trouver l’âme sœur… Tout ceci grâce à leurs différentes relations auprès d’agences matrimoniales et leur présence en expansion sur les réseaux sociaux.

Dans les faits, les nouveaux adeptes se faisaient délester du peu de revenus qu’ils possédaient pour le « bien de la communauté ». Selon leurs dires, ce n’étaient que des oboles pour assurer le financement d’organismes dont ils avaient le contrôle, et offrant aux généreux donateurs une place privilégiée à l’avènement de ce qui était nommé « le Nouveau Monde ». Celui qui viendrait après l’épuration de la race humaine sur notre Terre, n’y laissant que les sages et les « méritants ».

Une idéologie assez proche de l’Eglise de Scientologie dans son concept, de par sa faculté à s’accaparer la mainmise sur différents supports de communication et de pouvoirs. Tout ceci au sein de SouthRiver. Cette ville que les « Bergers » avaient choisi comme capitale de leur mouvement. Seul échappait à leur domination le journal où travaillait mon père. Ce dernier prônait une totale liberté de penser et s’était fixé l’objectif de dénoncer tous les mensonges des profiteurs de toute sorte. Autant dire que les « Bergers » étaient devenus rapidement la cible principale des articles incendiaires et populaires du journal.

Mon père en était le co-fondateur avec son ami de toujours : il était fier de ce qu’il avait bâti. Quand le mouvement religieux a commencé à faire parler de lui au sein de SouthRiver, les deux chercheurs de vérité qu’étaient mon père et son associé, tel qu’ils se désignaient, ont presque immédiatement senti la menace s’étant incrustée en ville. Dès que le Grand Berger et ses lieutenants ont acheté l’église historique vieillissante située au cœur de la cité.

Le prêtre qui en avait la charge était presque aussi vieux que l’église elle-même. Submergé par les detters, il ne parvenait plus à obtenir les dons et financements nécessaires pour éviter que la bâtisse ne s’écroule un jour ou l’autre. Aussi, quand l’opportunité de vendre s’est présenté, sous la forme d’une offre d’achat du bâtiment en mauvais état par les « Bergers », il y a vu un miracle de sauver ce qu’il considérait comme le dernier bastion d’une foi en décrépitude, à l’intérieur d’une ville rongée par le péché.

Des mots habituels pour un homme d’église. La bonté et la gentillesse naturelle de ce dernier, trop heureux de voir des « successeurs » à sa fonction pouvant éviter la disparition de son église, n’a pas senti le piège installé par ceux qu’il ne voyait que comme des bienfaiteurs. Il n’a pas hésité à signer les papiers faisant du Grand Berger le nouveau propriétaire des lieux. Ce dernier promettant de rendre tout son éclat à l’église afin d’y faire revenir de nombreuses ouailles, comme au temps de sa splendeur. Mais très vite, les intentions des philanthropes religieux se sont révélées au grand jour.

Une fois le plus gros des travaux sur l’église effectué, le Grand Berger a lancé de véritables campagnes de propagande pour inciter les futurs adeptes à faire partie du mouvement. Publicités télévisées locales, spots radios, tracts à grande échelle : tout était savamment organisé pour que le plus grand nombre vienne adhérer et devenir de nouveaux « Bergers ». L’excuse religieuse et le talent médiatique des dirigeants du mouvement ont permis l’endoctrinement d’un grand nombre de nouveaux fidèles par les recruteurs du Grand Berger. De véritables « chasseurs de tête » commerciaux, et représentant ce qui apparaissait, de plus en plus, comme une secte à peine cachée aux yeux de mon père.

Dick, l’associé de mon père, qui avait aussi la fonction de reporter principal du journal, a cherché à en savoir plus sur les « Bergers » et ses dirigeants. Après une enquête longue, il a pu réunir des documents attestant d’antécédents bien loin de l’idéologie religieuse affichée par Powell, dit le Grand Berger. Un ancien escroc, soi-disant repenti, ayant découvert la voie de Dieu lors de son passage en prison, auprès du créateur du mouvement, mort depuis. Il s’est auto-proclamé successeur de celui qui lui a « ouvert les yeux », en y insérant ses anciennes méthodes d’arnaques de façon discrète.

Il a vite vu dans le mouvement des « Bergers » un moyen légal et quasi-inattaquable d’engranger des milliers de dollars quotidiennement. Cela en se servant de la crédulité des gens. Mon père et Dick ont eu beau faire, en procédant notamment à la rédaction d’articles retentissants sur les méthodes du mouvement, la secte de Powell grandissait à vue d’œil et étendait son emprise sur la ville peu à peu. Jusqu’à prendre dans ses filets Dick lui-même, en utilisant sa passion des femmes à son détriment.

Il ne l’a pas indiqué à mon père, suivant vraisemblablement les recommandations de Powell, mais ses retenues régulières sur le contenu de plusieurs articles attaquant ouvertement Powell et ses bergers ont mis la puce à l’oreille de mon père. Il a fini par comprendre son implication en tombant sur des tracts dissimulés dans son veston. Il avait profité du fait que Dick se trouvait occupé à rédiger un article, et s’était faufilé dans le bureau de son ami afin d’y fouiller discrètement, ayant déjà des soupçons sur son lien avec Powell.

La confirmation de ce qu’il craignait a été un crève-cœur pour mon père. Et ce n'était que le début. Dick changeait régulièrement la « une » du journal à l’insu de mon père, dès qu’il y était évoqué les magouilles de la secte. Notamment les manœuvres de discréditation de certains commerces, dont les propriétaires avaient refusé d’adhérer au mouvement religieux pouvant leur procurer la « protection » des Bergers.

Se rajoutait à ça de nombreux cas de suicide de malheureux ayant cru les mensonges de Powell, se retrouvant ruinés ou ayant vu leur vie de famille brisée. Des épouses quittaient leur mari pour faire partie des fidèles de Powell, sous couverts du titre des « Anges des Etoiles ». Un subterfuge pour masquer l’utilisation que Powell en avait d’en faire ses esclaves sexuels attitrés. Ce dont bénéficiaient également ses lieutenants les plus proches.

Les épouses n’étaient pas les seules concernées, bien évidemment. Quel que soit l’âge, toutes les femmes étaient la convoitise de Powell. Mon père soupçonnait que des mineures étaient aussi intégrées au harem de celui qui apparaissait clairement comme un gourou à peine voilé, en plus de l’escroc qu’il était déjà.

Nombre de ceux découvrant la vérité, voyant leurs femmes et leurs filles quitter le foyer familial au profit du « Bureau des Anges », le nom donné à un sanctuaire établi au sein de l’Eglise qui avait de plus en plus la constitution d’un baisodrome dissimulé, quittaient la ville ou mettaient donc fin à leur vie. D’autres ne supportaient plus d’être relégués pratiquement au statut d’esclave en étant utilisés pour les tâches les plus ingrates, alors que les dirigeants se la coulaient douces, profitant de l’argent obtenu de leurs fidèles.

Dick a fini par quitter le journal, sous l’impulsion de mon père. Ce dernier ne pouvait plus accepter la présence d’un traître au sein du journal. Le souci, c’est que l’influence de cette secte était telle qu’elle possédait des membres jusqu’au conseil municipal de la cité. Au départ, mon père a fait l’objet de simples remontrances de la part de la mairie concernant ces « diffamations non-justifiés », le terme employé à l’encontre du journal. Cependant, par la suite, les attaques furent plus virulentes.

Graffitis sur les murs ou la carrosserie de la voiture familiale ; appels anonymes, parfois en pleine nuit ; tentatives d’effractions… Cela pouvait aller parfois jusqu’au refus de certains commerces de nous permettre un ravitaillement chez eux, car le patron était un membre de cette communauté toxique. En plus de ça, par une pirouette administrative, mon père a perdu ce qui faisait sa fierté : les locaux de son journal. La société qui louait ceux-ci à mon père a refusé le renouvellement du bail de l’entreprise de mon père.

N'ayant pas les moyens nécessaires pour acquérir un nouveau local, et craignant que Powell ait tout mis en œuvre pour l’empêcher de le faire, mon père dut se rendre à l’évidence : il avait perdu devant la puissance montante de Powell et sa secte. La situation devenant invivable, augmentée par la perte des revenus occasionnée par la cessation d’activié du journal, et craignant les répercussions que ne manqueraient pas de faire Powell envers notre famille, mon père a finalement obtenu un emploi en tant que simple journaliste auprès d’un autre quotidien, et situé à Bluewoods.

Ce fut un déchirement pour moi, ayant dû me séparer de tous mes amis parmi les rares qui me restaient. Un grand nombre de ceux constituant mon petit cercle, dont les parents étaient membres de la secte de Powell, m’ayant fait comprendre qu’ils ne désiraient plus être vus en ma compagnie pour ne pas s’attirer les foudres de leurs parents. Mon frère, âgé de 4 ans de plus que moi, a été encore plus affecté, car s’étant vu obligé de devoir rompre avec sa petite amie.

Cette dernière ne voulant pas se résigner à être seule, avec des milliers de kilomètres de distance la séparant de mon frère, et surtout faisant partie des Anges de Powell depuis quelques jours avant notre départ, c’est d’ailleurs elle qui a exprimé le désir de cette séparation définitive. Là encore, sûrement à la demande de Powell, devenu le véritable maître de la petite ville. L’éviction de notre famille de SouthRiver étant ce que le gourou visait. Autant vous dire que ce dernier était ravi de notre départ loin de son désormais fief principal.

En résultait cette situation où notre famille n’avait eu guère d’autre choix que d’abandonner tous ceux que nous aimions. Ceci afin d’échapper à la menace que représentait cette secte et son influence. C’était le mieux à faire pour la tranquillité de notre quotidien.

CHAPITRE 3 :

NOUVELLE VIE

Mes parents se sont faits assez vite de nouveaux amis et connaissances, là où se trouvait notre nouveau lieu de résidence. Mon père grâce au journal, par le biais de ses collègues. Ma mère, elle, avait trouvé un emploi plutôt bien rémunéré auprès de la bibliothèque de la ville. Son expérience au sein de la petite librairie où elle était employée à Southriver auparavant lui avait offert cette opportunité.

Pour mon frère et moi, ce fut plus difficile de trouver nos marques. Le collège où nous nous trouvions avait en son sein plusieurs élèves ayant un niveau de vie bien au-dessus de nous. À vrai dire, ma mère avait eu du mal à nous faire intégrer en son sein. Justement à cause de la différence de statut social régnant dans l’établissement.

C’était un collège privé, et donc, forcément, les élèves avaient des parents occupant des fonctions importantes au sein de la ville. Mon frère et moi aurions pu suivre les cours dans le collège de Trenxtown, la ville la plus proche, plus adapté à nos modestes conditions de vie. Cependant, l’établissement se situait à plus de 50 kilomètres de là.

Il y avait d’autres petites villes ayant une proximité plus réduite, mais elles ne disposaient pas d’établissements au-dessus du 5ème grade primaire. Pour ceux et celles voulant suivre des études supérieures à ce niveau, il était impératif de se rendre à Trenxtown. Toutefois, le coût du trajet était trop élevé pour que nous nous rendions là-bas, en regard des revenus de notre famille. Comme nous venions d’arriver en ville, mes parents ne bénéficiaient pas encore d’un salaire suffisant pour de telles dépenses journalières, et les autres établissements présents à Bluwoods ne correspondaient pas au niveau d’études pouvant convenir à mon frère et moi.

Bien qu’importants, les prix demandés pour que nous suivions les cours au collège de Bluewoods étaient moindre en comparaison du budget qu’aurait nécessité une intégration au sein d’un établissement similaire à Trenxtown, du fait de la distance. Ma mère ne pouvant pas nous y emmener en voiture, cela l’aurait obligée à recourir à la ligne directe de bus reliant Bluewoods à Trenxtown, qui était prohibitif. Le collège privé de la ville était la seule alternative possible pour nos parents afin de s’adapter à leurs ressources.

A cause de notre statut, j’ai été très vite une cible parfaite pour les moqueries des autres élèves, voyant en moi, à cause de mon caractère timide, le souffre-douleur parfait pour les distraire. Si, au sein du lycée, les brimades étaient discrètes, afin que mes bourreaux ne se fassent pas voir des professeurs et surveillants, elles étaient pour moi la source de souffrances psychologiques régulières.

Ne voulant pas attirer de problème à mes parents s’ils se voyaient obligés d’intervenir en dénonçant ces actes odieux, touchant aussi mon frère, j’ai préféré supporter en silence ces sévices qui se répercutaient également au-dehors du collège. Je dirais même qu’au-delà des murs de l’établissement, c’était pire, se révélant être surtout du fait de 3 élèves en particulier. John, Mark et Douglas. Des brutes qui attendaient que moi et mon frère étions installés à l’arrêt de bus devant nous ramener chez nous pour venir nous tourmenter, et surtout racketter mon grand frère.

Au début, il subissait les mêmes attaques ciblées que moi, malgré son âge plus important. Jusqu’à ce que le trio se rende compte que mon frère recevait de l’argent de poche de la part de mes parents. Cela à la suite d’un simple achat de nourriture auprès du distributeur affecté au collège. Connaissant notre niveau social, et au vu des prix élevés des sandwichs dispensés par la machine, les 3 compères destinées à devenir nos bourreaux se sont interessés de près à la source de revenus permettant à mon frère de s’acquitter de sa pitance de manière aussi disrète qu’il le pouvait. Il craignait justement d’attirer l’attention s’il opérait à des achats quotidiens.

Toutefois, son manège a quand même été repéré. Douglas a vu mon frère sortir un portefeuille plein de sa poche lors de l’une de ses escapades alimentaires, dont il me faisait profiter tout aussi discrètement que pour lui-même.

Cet argent, ce n’était pas grand-chose à proprement parler. Pour mes parents, c’était surtout une manière d’habituer mon grand frère à avoir une certaine autonomie. La raison principale de cette somme allouée principalement par ma mère, c’était pour payer les trajets de bus, à l’origine. Mais pas seulement.

Il était libre de se payer ce qui lui faisait envie, pour se faire plaisir, tout en faisant preuve d’une légère parcimonie. Le but étant pour lui de débuter une habitude d’économiser, tout en prenant conscience de la différence à faire entre dépenses essentielles et superflues, en vue de la vie qu’il aurait après son parcours scolaire.

Il recevait une petite cagnotte chaque semaine. Pour que ça soit plus simple, il avait pris l’initiative de prendre des abonnements hebdomadaires pour le bus, dont je bénéficiais bien entendu, suivant en cela la demande de ma mère de subvenir à mes besoins dans le même temps. Il était libre de faire ce qu’il entendait du reste de l’argent. Seulement, celui-ci finissait invariablement dans les poches de nos trois tourmenteurs principaux.

Riley, mon frère, n’osait pas avouer à nos parents qu’il était obligé de donner son argent pour éviter de subir des coups, m’incitant à me taire sur la situation moi aussi. Il ne voulait pas que nos parents soient obligés de se retrouver avec des dépenses plus importantes à effectuer s’ils étaient obligés de nous faire suivre notre parcours scolaire à Trenxtown. Alors, il agissait en soumis volontaire, et acceptait de leur reverser son argent de poche.

C’était aussi, et surtout, pour me défendre. John avait menacé de s’en prendre à moi plus violemment si Riley ne leur versait pas leur « pourboire ». C’était comme ça que les trois désignaient leur racket. J’avais beau être plus jeune que mon frère, je fulminais en moi à chaque fois que je voyais le trio s’approcher de nous, une fois par semaine, pour obtenir l’argent convoité.

Depuis que mon frère leur versait celui-ci, les 3 martyriseurs se contentaient de moqueries à notre égard. Seulement ponctué parfois de jets de boulettes de papier en cours ou de crocs-en-jambe pour nous faire chuter dans les couloirs du collège. Ce qui était déjà source d’humiliation importante. Je savais que si mon frère ne se rebellait pas, c’était à cause de moi.