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Sur les traces de l'assassin de la tuerie de Bar-en-Champagne.
Et voilà que notre cher détective, fraîchement promu chef de lui-même, se lance tel Bayard sur la trace de l’assassin de la tuerie de Bar-en-Champagne. Le nom vend déjà du rêve mais il ne faut pas chanter victoire trop vite, cela pourrait porter la poisse ! En outre, être appelé en Allemagne dans le cadre de l'enquête sans maîtriser la langue de Goethe ne rend pas la tâche aisée. Mais peu importe surtout quand on n'a rien à perdre et que la cliente paye rubis sur ongle. Tiens au fait quand on y pense, ça sonne un peu trop beau pour être vrai…
Plongez dans ce polar et suivez pas à pas les investigations, en Allemagne, d'un détective fraîchement promu chef.
EXTRAIT
Je m’appelais Emmanuel Rivière et j’étais un homme comblé… par l’amertume. Âgé de trente-deux ans, j’étais un professionnel de l’échec. Diplômé de Sup de Co Pipo et si j’avais travaillé, j’aurais pu être un « célèbre avocat parisien », un des plus grands stéréotypes de la littérature moderne. Combien de fois avais-je vu ce cliché dans les nombreux livres qui étaient un de mes seuls divertissements ? J’aurais pu aussi devenir explorateur, grand journaliste, sportif émérite, un inventeur célèbre, un banquier richissime, que sais-je ? Pourquoi pas écrivain plus talentueux qu’Homère !!! Avec l’argent généré par cette profession, j’aurais pu aider mes amis, ma famille et distribuer aux pauvres…
Mais pas de chance pour un génie méconnu, je travaillais au centre des impôts d’Orléans en tant que contrôleur de catégorie B avec un B comme Bien… En tout état de cause, je considérais ma situation professionnelle comme étant le fruit de la malchance et me complaisais à mettre de l’huile aigre-douce sur un feu déjà bien attisé par des planches pourries. J’étais en revanche le spécialiste international — mais non reconnu — des expressions déformées, à bon tendeur, bonjour et pompe à vélo.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Âgé de 44 ans, Marc-Emmanuel Fontaine est originaire de Bretagne. Diplômé de l’École Supérieure de Commerce de Paris, il a travaillé dans différents pays notamment à Monaco et au Luxembourg où il réside actuellement avec sa femme et ses enfants. Il s’est spécialisé dans la lutte anti-blanchiment au sein d’établissements financiers. Tuerie et conséquences est son premier roman policier. À travers son écriture, l’auteur nous livre quelques clefs sur des thèmes qui lui sont chers.
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Seitenzahl: 221
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Chapitres
(pour se repérer, des fois, ça aide)
Résumé
Avertissement
Un détective qui s’ignorait
Long est le chemin qui mène au succès, long, long, la, sol dièse
À petit croyant petit Lourdes, à gros croyant palourde
En voiture Simone, car le train démarre
Un pas en avant, deux pas en arrière, en gros : point mort
La maison de Barbie et ses dessous
La pêche sans filet, ça use, ça use… et ça donne faim !
Frau Mage sur le plateau des confidences
Filature en voiture et sans rature !
Du carburateur pour le démarreur
Il vaut mieux desserrer le frein à main pour passer la seconde !
Épilogue ? Non, en fait, plus tard !
La Bourgogne est en France, cela est vrai, mais la Champagne aussi
En fait, Dijon est en Bourgogne
Si tu vas à Rio…
Épilogue ?
Dans la même collection
Et voilà que notre cher détective, fraîchement promu chef de lui-même, se lance tel Bayard sur la trace de l’assassin de la tuerie de Bar-en-Champagne. Le nom vend déjà du rêve mais il ne faut pas chanter victoire trop vite, cela pourrait porter la poisse ! En outre, être appelé en Allemagne dans le cadre de l'enquête sans maîtriser la langue de Goethe ne rend pas la tâche aisée. Mais peu importe surtout quand on n'a rien à perdre et que la cliente paye rubis sur ongle. Tiens au fait quand on y pense, ça sonne un peu trop beau pour être vrai…
Âgé de 44 ans, Marc-Emmanuel Fontaine est originaire de Bretagne. Diplômé de l’École Supérieure de Commerce de Paris, il a travaillé dans différents pays notamment à Monaco et au Luxembourg où il réside actuellement avec sa femme et ses enfants. Il s’est spécialisé dans la lutte anti-blanchiment au sein d’établissements financiers. « Tuerie et conséquences » est son premier roman policier. À travers son écriture, l’auteur nous livre quelques clefs sur des thèmes qui lui sont chers.
Marc-Emmanuel Fontaine
Tuerie et conséquences
Policier
ISBN : 978-2-35962-936-1
Collection Rouge
ISSN : 2108-6273
Dépôt légal avril 2017
©Ex Aequo
©2017 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.
Je m’appelais Emmanuel Rivière et j’étais un homme comblé… par l’amertume. Âgé de trente-deux ans, j’étais un professionnel de l’échec. Diplômé de Sup de Co Pipo et si j’avais travaillé, j’aurais pu être un « célèbre avocat parisien », un des plus grands stéréotypes de la littérature moderne. Combien de fois avais-je vu ce cliché dans les nombreux livres qui étaient un de mes seuls divertissements ? J’aurais pu aussi devenir explorateur, grand journaliste, sportif émérite, un inventeur célèbre, un banquier richissime, que sais-je ? Pourquoi pas écrivain plus talentueux qu’Homère !!! Avec l’argent généré par cette profession, j’aurais pu aider mes amis, ma famille et distribuer aux pauvres…
Mais pas de chance pour un génie méconnu, je travaillais au centre des impôts d’Orléans en tant que contrôleur de catégorie B avec un B comme Bien… En tout état de cause, je considérais ma situation professionnelle comme étant le fruit de la malchance et me complaisais à mettre de l’huile aigre-douce sur un feu déjà bien attisé par des planches pourries. J’étais en revanche le spécialiste international — mais non reconnu — des expressions déformées, à bon tendeur, bonjour et pompe à vélo. À l’exception de la littérature, il est vrai que je n’avais pas beaucoup de passions à partager : je n’étais ni supporter de l’OM ni du PSG. Bien que n’étant pas particulièrement réservé, j’avais assez peu d’atomes crochus avec les gens que je côtoyais. En plus, je ne lisais pas les faits divers, et avant même de parler d’atomes, je ne suis pas certain que les cellules étaient elles-mêmes crochues, et ce, sans condescendance aucune… Inutile de préciser, je crois, que je compensais ma vie professionnelle extrêmement épanouissante par une vie sociale extrêmement riche !
Pour revenir à mon activité professionnelle, je faisais partie d’une équipe de six personnes chargée du recouvrement de la TVA dans les entreprises, ça vend du rêve n’est-ce pas ? Rien que d’en parler, on se laisserait porter par le Messie de Haendel. J’avais un Responsable de Département qui avait eu l’intelligence de comprendre que me laisser tranquille était la meilleure chose à faire. Je n’avais pas beaucoup d’ambition, mais j’avais le mérite de ne jamais tomber malade ce qui n’était pas une chose fréquente dans mon service. En revanche, mon Responsable direct, bras droit et cassé du chef de service, qui ne devait cette place qu’à son ancienneté ne l’entendait pas de cette oreille, le mot entendre n’étant pas particulièrement adapté étant donné les dialogues de sourds qu’il pouvait échanger avec lui-même. Ce dernier usait et abusait de son autorité jusqu’au moindre détail. Et à chaque fois, il se plaisait à répéter la même litanie : « vous verrez, un jour, vous prendrez ma place et les responsabilités qui vont avec ». On avait l’impression qu’il parlait du Saint Graal et je souriais bêtement tout en rêvant de lui mettre mon poing sur la gueule. J’en avais encore pour douze ans avant sa retraite et c’était loin d’être gagné.
Le 1er janvier 2012, mon appartement fut totalement payé. Encore deux cents années de service et je deviendrais millionnaire. Le tout en profitant d’une tranquillité ce qui est un échange de bons procédés. En plus, je n’avais ni femme ni enfant à m’occuper et c’était là la plus grande réussite de ma vie ratée.
J’en avais marre de cette situation et pris enfin une décision, chose que je n’avais jamais faite durant toute mon existence : je démissionnais et m’improvisais détective privé. J’aurais pu tout aussi bien choisir brocanteur, à la différence près que j’aurais presque pu faire meilleure illusion en vente d’objets anciens. Mais le soir de ma décision, je mangeai une pêche melba. Si j’avais dégusté une poire belle-Hélène, tout aurait sans doute été différent. Mes connaissances s’arrêtaient à Miss Marple et Hercule Poirot alors que le monde avait passablement changé. On avait même inventé les ordinateurs, c’est pour dire. Mais j’aimais la difficulté et comme le disait le célèbre adage, la chance sourit aux audacieux alors pourquoi pas aux kamikazes et inconscients de surcroît !?
À peine eussé-je annoncé ma démission que je m’étonnais moi-même (ce qui n’est pas n’importe qui non plus) de mon inattendue popularité. Je faisais l’objet de toutes les invitations (auxquelles je ne répondis pas pour la plupart d’ailleurs), mais une meilleure maîtrise des bruits de couloirs – radio moquette – eut tôt fait de me donner une explication plus rationnelle : on ne démissionnait pas sans raison d’un poste de fonctionnaire catégorie B à moins d’avoir une très bonne raison comme celle d’avoir gagné au loto par exemple. N’écoutant pas les informations, n’allant pas au cinéma, je n’avais pas vu les nombreux films appliquant toujours la même recette, le français moyen gagnant le gros lot du loto, c’était le succès assuré. Justement, dans le mille Mimille, une cagnotte d’un montant plus qu’honorable avait été gagnée à Orléans quelques semaines plus tôt accréditant cette hypothèse. Les questions très fines du genre « qu’est-ce que tu ferais si tu gagnais la cagnotte du loto ? » en plein débat sur le recouvrement d’une entreprise, finirent par me gratter (le dos) et me mettre la puce à l’oreille. Mon amitié pouvait s’avérer être très intéressante, surtout s’il restait quelques traites à payer pour une maison pour laquelle on avait eu les yeux plus gros que le ventre. Je tiens à préciser pour l’ensemble de mes fidèles lecteurs pendus au fil de mon récit comme le saucisson à la corde de la kermesse que je n’étais pas le grand gagnant de la loterie : j’aurais pu ainsi écrire un livre sur la vie tranquille d’un ex-fonctionnaire en possession d’un ticket de loto gagnant, mais cette ficelle n’était pas usée jusqu’à la moelle, mais cramée. Hasard du calendrier peut-être, l’agitation autour de moi cessa très rapidement lorsque le gagnant de la cagnotte se fit connaître. Les invitations s’interrompirent d’un coup, je devins presque un pestiféré… Il fallait éviter l’inconscient qui démissionnait contre rien. Un instant, le doute me prit, mais il était trop tard pour faire marche arrière : le 15 février 2012, je commandais la plaque « Emmanuel Rivière détective privé », histoire de forcer le destin.
Et voilà, c’est fait. C’est incroyable parfois combien les choses sont d’une facilité déconcertante. Vous voulez devenir écrivain ? Démissionnez et écrivez ! Vous rêvez de devenir boxeur ? Même combat en rajoutant trois tours de pistes ! Nous vivons une époque si formidable où tout est possible, c’est le jeu de la vie ! Sans vouloir remettre le cliché au goût du jour, la première chose que je m’achète est une bouteille de whisky. Le champagne aurait été de trop même si, étant démissionnaire de la fonction publique, j’étais parti avec un an de solde. L’avenir n’est quand même pas assuré pour ma progéniture inconnue et à venir. Mon appartement fera donc parfaitement l’affaire pour démarrer mon activité, je ne vais tout de même pas acheter un trois-pièces dans la rue la plus cotée d’Orléans. Ceci traduit mon grand sens des affaires et la pertinence de mon business plan : zéro recette associée à zéro dépense. La pièce principale fera office de bureau. Les cartes Michelin accrochées au mur sont ce que j’ai pu trouver de mieux pour faire penser au métier de détective en herbe (voire en bois), une belle illusion pour un budget somme toute modique. Je bois un verre et m’endors comme un bienheureux — avec ma main droite comme meilleure amie, pas chère et toujours partante.
Je suis assez occupé pendant les premiers jours. Entre l’installation d’une ligne téléphonique professionnelle, l’achat d’un portable digne de ce nom, et puis les autres petits riens, je suis gagné par une frénésie aussi extraordinaire que courte, et ce, en totale adéquation avec les troubles bipolaires dont je souffre. Je dis quelques jours, car dès la fin de la première semaine, les prémisses de la non-activité — que l’on peut encore appeler ennui — commencent à se faire sentir. Je me rends assez vite compte qu’on ne se bouscule ni au portillon (je n’en ai pas et cela doit être la raison) ni au téléphone pour s’adresser à Emmanuel Rivière, détective privé de l’année. Cette profession n’est pas très répandue à Orléans, mais apparemment non sans raison puisque mon arrivée n’a pas relancé cette activité pour autant. Il faut dire que l’étude de marché a été peu profonde — doux euphémisme — tandis que mon moral risque lui rapidement de nager certes, mais dans des eaux quant à elles très profondes.
Pour ne pas me laisser aller, j’adopte une organisation quasi-militaire. Lever à 9 heures qui deviennent dix à la première occasion, c’est-à-dire dès le lendemain. Les ordres sont faits pour ne pas être suivis, n’est-il pas ?! Donc vous faisant grâce du menu de mon excellent petit-déjeuner, j’achète le journal et me surprends à éprouver du plaisir à lire la rubrique des chiens écrasés. Tu régresses mon cher Watson ! Je m’abonne d’abord au Parisien puis, crise oblige, j’opte pour Métro — ce n’est pas la plume du Monde, certes, mais cela a le grand mérite d’être gratuit. Je prends également un forfait global internet — histoire de passer le temps — avec téléphone inclus sauf que j’aurais dû opter pour une remise sur le téléphone, celui-ci restant désespérément muet sauf entre midi et deux pour les propositions commerciales du type vente de cuisine. Au début, je m’amuse de mes propres plaisanteries :
— Oui, bonjour, cuisine Hygiéno à l’appareil…
— Pour des cuisines, heureusement que c’est hygiénique !
— Euh… Oui… Certes… Justement nous avons une promotion sur des nouvelles cuisines…
— Oui, mais je suis détective privé…
— Vraiment ? Et alors, vous ne souhaitez pas une nouvelle cuisine ?
— Mais non, vous dis-je, je suis détective privé…
— Euh oui, et alors ?
— Eh bien, un détective privé n’a pas besoin de cuisine, c’est bien connu ! Ouarf, ouarf, ouarf…
Inutile — ou alors raccrochez vite les wagons, et c’est bien votre dernière chance ! — de vous dire qu’un détective privé n’a pas plus besoin non plus d’une encyclopédie (quoique), ni d’un service à thé en or massif, ni de l’aspirateur dernier cri. Ce type de plaisanteries — à sens unique et à compréhension unique soit dit en passant — m’amusèrent peu de temps comme bien d’autres choses d’ailleurs. Il est incroyable de constater combien l’outil internet peut paraître fabuleux quand on ne dispose pas de beaucoup de temps. À l’inverse, sans restriction, il devient vite ennuyeux.
Je m’étais préparé à la dureté et à l’ennui. On ne va pas en faire un flan de pruneau, mais le vivre est une tout autre paire de manches quand on a les moyens de se les acheter. La première fois que la sonnerie du téléphone retentit dans l’après-midi, je suis totalement pris au dépourvu. Encore habillé, je tombe des nues lorsqu’on me demande mes tarifs pour une petite affaire. Je suis encore en train de réfléchir aux prix potentiels en agrémentant mon semblant de conversation d’un fond sonore du type « bah euh c’est-à-dire que bah euh » que le correspondant raccroche sans demander son reste. Je l’aurais bien rappelé, mais j’ai oublié de noter son numéro… Je prends donc ma première leçon avant même d’avoir commencé le métier. Avant d’être un bon enquêteur, il faut être un bon commercial. Je m’autorise pour le coup une petite rasade de whisky – point trop n’en faut, mais quand même ! Si j’avais estimé la traversée du désert, j’aurais sûrement bu de l’eau, mais on ne se refait pas…
Puis six mois passèrent. C’est incroyable qu’une telle durée puisse tenir en deux si petits mots. Sans le moindre appel. Désespéré, j’allais jusqu’à m’appeler moi-même pour vérifier le numéro. Ironie du sort, avec succès cette fois. Même le répondeur téléphonique fonctionnait bien, je ne pouvais pas en vouloir à la technologie. Le faux espoir qu’on m’appelait chaque jour pendant les quelques instants où j’allais faire mes courses pour acheter du lait tombait aussi à l’eau. Alors je pris une grande décision : j’arrêtais le whisky. Je n’avais pas trop le choix : les réserves s’épuisent vite quand on n’a absolument aucun revenu. Est-il besoin de préciser que mon statut d’auto entrepreneur ne me donnait pas le droit au RSA pour couvrir les faux frais ? Je pris une leçon d’honnêteté : en voulant respecter l’éthique, je m’étais privé d’une ressource qui aurait été fort agréable… Il est assez difficile de décrire le désespoir qui s’installa en moi après six longs mois, mais je crois que le terme « abattement » correspond assez bien à la situation. En plus, je ne suis pas là pour écrire un roman sur la dépression donc je vous fais grâce de ces moments pénibles… À quelque chose malheur est bon, je devins excellent en mots croisés et en sudoku, ce qui accessoirement nous fait une belle jambe de bois. Mais même en participant aux Chiffres et aux lettres, cela ne risquait pas de me nourrir bien longtemps et j’appris à vivre plus que chichement.
Je n’en étais pas encore aux Restos du cœur, mais après les haricots frais que je me faisais un plaisir de cuisiner, je passais aux surgelés extra-fins puis aux mêmes avec la notion extra en moins puis finalement avec le temps les boîtes de conserve firent parfaitement l’affaire. L’expression populaire « montrez-moi vos courses ; je vous dirai qui vous êtes » prit tout son sens. Quant à la viande, j’en mangeais de moins en moins, mais c’était sacré, elle devait rester de qualité sinon cela ne serait rien. Alors le rien ferait parfaitement l’affaire, nécessité fit loi. Au moins, je ne risquais pas de mourir de la vache folle ! Cette plaisanterie me fit rire, mais me jeta dans un trouble intérieur : j’étais seul et je n’avais fait rire que moi-même, l’écho s’étant perdu dans la pièce désespérément vide. Attention danger, le cap de l’année risquait d’être difficile. Mais évidemment, il fallut bien que le miracle se produisît sinon l’histoire se serait arrêtée là pour le plus grand désespoir de mes fidèles lecteurs… !
1er avril 2013, même pas une blague !, on sonne à la porte. Un bruit peu familier puisque je n’ai pas perdu espoir au point de sonner moi-même avant d’entrer pour me donner un peu de compagnie. Les visiteurs ont été d’ailleurs si nombreux tels une foule en délire que j’en tombe presque de ma chaise. J’ouvre néanmoins la porte et une femme assez âgée se présente. Je suis prêt à la dépanner en sel ou en sucre (quoique ça devienne cher ce genre de conneries), mais apparemment elle est là pour le business. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle ne présente pas le profil type de la cliente, mais au vu de la profondeur insondable de mon étude de marché, je n’en suis pas si sûr que cela. Mais voilà, on n’est pas dans la vraie vie et les miracles sont permis.
— Je suis Madame Dieter, dit-elle en tendant la main.
— Détective Rivière.
J’ai tellement peu l’habitude de me présenter de la sorte que l’espace d’un instant je me demande si c’est bien moi qui parle. Je me ressaisis rapidement :
— Asseyez-vous, que puis-je pour vous ?
Elle semble trop âgée pour quelqu’un qui voudrait faire suivre son mari pour infidélité, mais je n’ai pas de quoi faire la fine bouche et c’est loin d’être un euphémisme. Je me sens capable de négocier un billet de vingt noisettes pour partir à la recherche d’un chat et de trois écureuils.
— Vous avez entendu parler de l’affaire Dieter, bien sûr…
« L’affaire », la discussion prend d’emblée une tournure aussi sérieuse qu’inattendue. J’ai beau me creuser, l’appel du ventre me faisant travailler aussi bien l’estomac que le cerveau, ça me fait penser à l’ensemble vide en mathématiques… Ce nom m’est bien familier, mais cela date d’avant que je prenne l’habitude de lire les journaux… Mentir ou jouer cartes sur table ? Allez, restons simples…
— Euh… non…
Et pourtant, cela aurait dû m’évoquer quelque chose : 18 novembre 2011, Bar-en-Champagne, petit village tranquille à mi-chemin entre Reims et Troyes. Un meurtre sanglant. Une voiture avec à son bord un industriel allemand, ancien diplomate, sa femme et ses deux enfants. Un carnage à l’arme lourde. Pas de trace, pas de mobile. Aucun survivant, tous tués à bout portant. Un piéton est également découvert sur les lieux du drame à l’insu de son plein gré. Un mois sous les feux de l’actualité, l’affaire avait totalement défrayé la chronique. La chancelière allemande s’était même sentie obligée de faire le déplacement face à la pression de l’opinion publique. Pour faire bonne figure devant les caméras, elle avait même chancelé sur la scène du crime.
Ce fait divers aurait pu continuer à faire la une des journaux, mais un accident d’autocar avec des enfants à bord avait apporté du sang neuf à l’actualité et surtout recelait les valeurs sûres : véhicules de gendarmerie, du SAMU et pompiers réunis : pour le coup ça avait plus de triomphe qu’un arc. À Bar-en-Champagne, on ne voyait que les véhicules de gendarmerie et on ne filmait pas la scène du crime, ce qui était de moins bonne facture.
La dame assise devant moi ne peut s’empêcher de laisser passer une exclamation de surprise face à cet aveu.
— Vraiment, vous n’avez pas entendu parler de cette affaire ?
Long moment de solitude de mon côté, il ne me reste plus qu’à acheter une corde… Vais-je payer au prix fort mon ignorance ou plutôt mon manque d’intérêt pour les faits divers — le comble du détective ?
Je prends une inspiration, prêt à envoyer mon discours sur mesure de vendeur d’aspirateurs sur mesure peaufiné pendant six mois, mais un peu creux en fonction des circonstances alors qu’il faudrait envoyer du lourd ! Fort heureusement, elle m’épargne cette peine et m’évite de me prendre le tapis…
— Eh bien, tant mieux, soupire-t-elle, je souhaitais un œil neuf. Eh bien, je peux dire qu’avec vous, je suis servie !
Dans cette phrase anodine, mais lourde de conséquences pour mon destin, je crois déceler un léger accent allemand.
— Je vous écoute, dis-je, d’un air qui se veut plein d’assurance.
— Je m’appelle Madame Dieter.
Elle l’a déjà dit, mais mon sens commercial très développé me prévient qu’il n’est peut-être pas judicieux de lui faire remarquer… Je ne peux m’empêcher de déceler une ressemblance assez frappante entre son nom et l’affaire citée : décidément, un grand détective qui sommeillait en moi — très certainement… Elle enchaîne rapidement, mettant un terme à mes ébats intérieurs…
— Hans Dieter était mon fils. Il représentait tout pour moi depuis le décès de mon époux. Il conduisait l’entreprise familiale de feu mon mari. Je suis prête à tout pour retrouver l’assassin de mon fils et de mes petits-enfants. Je suis une femme riche. Je n’ai rien à perdre. Je vous donne un an et pas un jour de plus pour résoudre cette affaire.
Tout était dit. Sauf l’absence de la belle-fille de Madame Dieter sur la liste des victimes, mais le moment ne semblait guère opportun pour pareille remarque. J’avais fait suffisamment de conneries jusqu’ici pour éviter de mentionner la bru ressuscitée qui d’un coup de baguette magique n’était plus sur la liste des cadavres. Cependant, je ne peux m’empêcher de poser une autre question tout aussi inappropriée, comme si je refusais cette chance tombée du ciel :
— Pourquoi m’avoir choisi ?
— Pour une raison simple. Cela fait maintenant presque deux ans que ce crime a été commis et la police allemande ne dispose d’aucun élément. Je dis bien allemande, car bien que le lieu du meurtre soit en France, je dispose de plus de pression dans mon pays pour maintenir des moyens sur l’enquête. Toujours est-il que la police ne dispose d’aucune piste à l’heure actuelle bien que des moyens considérables aient été mis en œuvre, suite à la médiatisation de cette affaire.
Je sens qu’il y a bien quelque chose qui ne tourne pas rond dans cette explication, mais j’ai trop besoin d’argent frais pour répondre à cette question et chercher des problèmes où il n’y en a pas. Le silence est ainsi mon meilleur allié. De toute manière, mon sens de la répartie est en escalier en colimaçon et je saurai sûrement ce qu’il conviendra de répondre demain matin au petit déjeuner pour le plus grand plaisir de Nesquik qui saura apprécier en solitaire — c’est sûr — la grande finesse de mes propos.
Elle ne peut s’empêcher de sourire en dépit d’un visage marqué par la tristesse, mais ce n’est pas surprenant au vu des circonstances.
— Accepteriez-vous de m’aider dans cette enquête ?
Avant qu’elle ne me propose ses conditions, j’accepte. Grossière erreur, me dis-je, mais tant qu’on est dans la Cour des Miracles… ! Et puis, on ne peut pas dire que j’ai l’embarras du choix.
— Vous aurez dix mille euros pour commencer, m’annonce-t-elle. J’habite à Wuppertal en Westphalie-Rhénanie du Nord. Vous devez être conscient que vous serez probablement amené à vivre en Allemagne dans le cadre de cette enquête. Tous vos frais seront pris en charge. Je vous verserai quarante mille euros au bout d’un an et un chèque de cent cinquante mille euros dans le cas où vous identifieriez l’assassin de mon fils — Tiens, y’a plus qu’un cadavre ce coup-ci ! — Inutile de vous dire qu’en cas de succès et compte tenu de la médiatisation de cette affaire, votre carrière sera assurée par la suite.
Vu l’importance de cette somme, je ne peux m’empêcher de montrer un visage satisfait pas forcément approprié vu la gravité des faits, mais on ne se refait pas non plus ! Il faut préciser qu’avant même d’envisager de connaître la notoriété, cette coquette somme va me permettre de manger à ma faim, ce qui présente un intérêt non négligeable. Un bon détective ne doit pas négliger les fondamentaux : nourrir la bête. Au pire, en cas d’insuccès, je pourrais toujours écrire le parfait manuel du détective privé…
— Je suis contente que vous ayez accepté.
Je n’avais pas vraiment dit oui, mais je ne savais pas comment elle avait deviné ! Elle reprend :
— Je vous propose que l’on se revoie cet après-midi pour plus de détails.
Sur ce, elle me tend un chèque de dix mille euros. Je manque un peu d’éducation sur ce coup-là, mais je prends bien le temps de tout vérifier, et ce, dans les moindres détails. Il ne manquerait plus qu’un chèque non signé et que je ne la revoie plus, ce serait le coup de grâce. Je manque tellement de classe que je suis sur le point de sortir la loupe pour inspecter le chèque, mais la digne raison, fort heureusement, m’en empêche…
— Je vous remercie (sur le ton de « Je suis quand même quelqu’un de bien »).
— C’est parfait, dit-elle en se levant.
C’est même plus que parfait. Je n’ai qu’une envie : déposer ce chèque dans les plus brefs délais, j’aurais bien le temps de chercher à comprendre de quoi il retourne. D’ailleurs, en parlant de ça, il vaut mieux ne pas trop forcer la réflexion, car il y a quand même une sacrée baleine sous caillou dans cette nouvelle : pourquoi aller chercher un détective inconnu — n’ayons pas peur d’être réaliste — pour résoudre une telle affaire ? Il doit y avoir un petit détail qui m’échappe… Ceci étant dit, quelle sensation agréable — d’abord au toucher quand on tend le chèque — de saluer son banquier habituel (celui qui s’occupe des mauvais comptes) et lui laisser un chèque inattendu de dix mille euros. Je ne sais pas si cela vous est déjà arrivé, mais il a tout de suite le sourire et un tas de choses intéressantes à vous proposer. Une assurance par exemple qui rime avec sourire quand facilité de découvert se décline avec grise mine. C’est également agréable d’inverser un peu les rôles. Néanmoins, il n’est pas question d’en abuser. La chance tombe du ciel, ce n’est pas le moment de faire le malin et il y a une différence notable entre chèque déposé sur un compte et chèque encaissé, une différence qu’on nomme cinq jours.
