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" Un filet de sang chaud et fourni coula sur le sol, s'étalant en une flaque grandissante. Lisa, dissimulée dans son coin, semblait plongée dans un véritable cauchemar. L'odeur métallique du sang envahissait son odorat. Elle comprit qu'elle ne dormait pas. Atterrée, elle ne fit pas un seul mouvement. Le tueur se redressa et se dirigea vers le comptoir où l'argent avait été déposé. Il s'empara des quelques billets. Avant de sortir d'un pas rapide, il cracha sur les deux corps encore chauds qui gisaient sur le sol." Après une adolescence marquée par un évènement cruel, Lisa rencontre dans sa boutique un homme dont elle tombe amoureuse. Leur relation prendra une tournure inattendue et terrifiante qui bouleversera la vie de Lisa.
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Seitenzahl: 138
Veröffentlichungsjahr: 2020
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L’auteur tient à remercier particulièrement
Magali G. pour son soutien et
ses nombreuses suggestions.
CHAPITRE 1
CHAPITRE 2
CHAPITRE 3
CHAPITRE 4
CHAPITRE 5
CHAPITRE 6
CHAPITRE 7
CHAPITRE 8
CHAPITRE 9
CHAPITRE 10
CHAPITRE 11
CHAPITRE 12
CHAPITRE 13
CHAPITRE 14
CHAPITRE 15
CHAPITRE 16
CHAPITRE 17
CHAPITRE 18
CHAPITRE 19
CHAPITRE 20
CHAPITRE 21
CHAPITRE 22
EPILOGUE
Paris – mars
Le soleil se levait et commençait à réchauffer la capitale de ses puissants rayons. Les rues étaient mouillées. Lisa Croisier regardait la balayeuse faire son travail sur les pavés. Elle aimait la fraîcheur du matin, mais attendait avec impatience l’arrivée du soleil qui réveillerait la ville. À l’aube, les rues étaient encore peu fréquentées.
Tous les matins, elle effectuait le même trajet pour se rendre à sa boutique en empruntant de petits chemins tranquilles.
Elle se sentait bien, en accord avec elle-même et avec ce qui l’entourait. Son corps élancé et sa fine taille, mis en valeur par la courte robe, distrayaient beaucoup de regards masculins en errance dans les rues de Paris. Lisa avait été gâtée par la nature. Bien qu’elle s’en moquât, elle connaissait son pouvoir de séduction sur les hommes. Elle savait en user. Parfois même en abuser. Quelquefois, Lisa tirait parti de ses atouts pour adoucir son entourage.
Elle jouait entre son côté femme autoritaire, ce qui n’était pas pour lui déplaire, et son côté femme enfant. Elle s’était rendu compte assez tôt que son corps était un puissant allié. Lorsqu’elle demandait quelque chose, il lui suffisait de sourire un peu pour obtenir ce qu’elle voulait. La gent masculine n’était jamais insensible à ses charmes, ce qui l’avait avantagée dans plusieurs situations.
Eny réfléchissant, Lisa pensait que cette subtilité permettait à l’homme d’exprimer son autorité, son besoin de protéger, mais surtout de retrouver le sentiment maternel auprès d’une autre femme. Même les plus durs ne résistaient pas.
Sa mère l’avait mise en garde plusieurs fois lorsqu’elle commençait à être adolescente concernant le comportement masculin. Elle sut lui dire très tôt que les hommes n’étaient pas tous semblables, mais qu’il fallait se méfier.
Lisa continuait sereinement son chemin. Dans ces moments-là, elle aurait souhaité la compagnie d’un homme. Ily avait bien longtemps maintenant qu’elle n’avait pas eu de relations suivies et régulières. Cela lui manquait. Elle voulait partager ses joies, mais aussi ses peines, ses incertitudes et ses envies. Elle se sentait souvent très seule. Ce sentiment commençait à lui peser. La jeune fille avait besoin d’une compagnie masculine sur laquelle elle pourrait compter.
Malgré son éducation catholique traditionnelle, Lisa ne voulait pas se marier. Pour elle, le mariage ne signifiait pas grand-chose. Elle avait ses propres valeurs et le mariage ne faisait pas partie de ses projets. C’était un cheminement classique dans la société : trouver un compagnon, se marier, puis fonder une famille. Elle s’opposait pourtant à entrer dans ce carcan imposé par la bienséance.
Dans sa vie, un seul homme comptait et pour lequel elle s’était enflammée ily a bien longtemps. Il s’appelait Luc. C’était tout à fait le genre d’homme qu’elle aimait. Ils avaient grandi ensemble et Lisa ne lui avait pas révélé ses sentiments. Elle avait imaginé pour eux leur future vie à deux, leurs projets et décisions communes. Comme dans un film romantique, elle s’était déjà imaginée avec une grande maison, un chien et une vie heureuse. Elle s’était aussi vue vieillir à ses côtés, partageant les instants de bonheur auxquels elle aspirait.
Mais son histoire avait tourné court rapidement lorsqu’il lui avait appris son homosexualité après le début de l’adolescence. Ses espoirs s’étaient envolés après les quelques mots prononcés par Luc. Ses confidences ne furent pas aisées, mais il partageait tout avec Lisa et n’envisageait pas de continuer à lui cacher cette partie de lui-même. Elle le comprendrait et l’accepterait. Il en était certain. C’était la première personne à recevoir cette révélation. Même s’il ne savait pas pourquoi, c’était difficile d’en parler. Il avait honte et s’était caché lorsqu’il s’était rendu compte qu’il était différent des autres. Être différent, c’était être mis à l’écart de la normalité et de la majorité des gens. C’était aussi se confronter aux préjugés, à la méchanceté et à la peur de ceux qui ne le comprendraient pas.
À cette époque, Lisa et Luc étaient encore en classe de terminale. Plus les jours passaient, plus Lisa s’attachait à lui. Elle n’avait d’abord pas compris ce qu’elle ressentait. Elle passait du rire aux larmes sans raison. Elle guettait avec impatience son arrivée le matin. Lisa attendait fébrilement les moments où elle pourrait être à ses côtés. Chaque instant gagné illuminait sa journée.
Son cœur battait la chamade lorsqu’il lui parlait. Le soir, en quittant les cours, tout s’écroulait, car elle devait se séparer de lui. Elle sentait son cœur arraché par une force obscure et sombrait dans le désespoir. Lorsqu’elle se retrouvait dans sa chambre, des flots de larmes venaient remplacer les moments de bonheur de la journée.
Le temps s’écoulait et les instants passés ensemble s’allongeaient chaque semaine. Ils n’avaient aucune relation intime. Pourtant, Luc et Lisa passaient pour un vrai couple aux yeux des autres. Personne ne comprenait comment deux êtres pouvaient être aussi proches sans relations physiques consommées.
Au début, Luc et Lisa se donnaient la peine d’expliquer encore et encore le genre de relation qui les liait, mais las de ces efforts, qui souvent se heurtaient à un mur d’incompréhension, ils laissaient les autres penser ce qu’ils voulaient sans venir les contrarier dans leurs idées étriquées. Lorsque Luc lui avait parlé sans détour, il lui avait annoncé la vérité crûment. Après le choc de l’annonce, Lisa avait quand même essayé un peu plus tard de forcer les choses, testant ainsi sa prétendue homosexualité. Par de petits gestes tendres, elle avait tenté des rapprochements physiques et des effleurements. Sans succès.
Au fil du temps, son amour pour lui s’était gommé et avait laissé la place à un nouveau sentiment : l’amitié. Tout était clair aujourd’hui et le doute n’était plus possible.
Lisa s’était résignée, non sans mal. La douleur et la déception avaient été intenses. Plusieurs mois furent nécessaires afin de passer à autre chose. Après l’espoir, la colère et la tristesse, elle cessa le combat. Elle avait gardé pour elle ses émotions qui, au fil du temps, muèrent et s’adoucirent. Le plus important pour elle était de rester auprès de Luc. Quelle que soit la situation entre eux deux et ses sentiments pour lui, elle était incapable de s’éloigner de lui.
Plongée au cœur de Paris, Lisa continuait son chemin. Elle était prise parfois d’intenses moments de réflexion. En apparence, rien ne laissait présumer que son cerveau tournait à plein régime. Ce qui se produisait bien souvent lorsqu’elle se couchait, l’empêchant de trouver le sommeil avant plusieurs heures. Elle était incapable de mettre en pause ses idées.
Elle aimait ces rues, ces gens, ces monuments et ces odeurs. Pour Lisa, chaque nouvelle saison était l’occasion d’un renouvellement dans sa vie. Au fil de ses promenades et des années, elle constatait que tout autour d’elle se modifiait, se transformait. Elle accueillait le changement avec bonheur, symbole pour elle de nouveauté et de fraîcheur, mais ce qu’elle n’osait pas s’avouer, ce fut que ces nombreux changements la concernaient également. Son corps évoluait, son esprit se nourrissait de ses nombreuses expériences depuis sa naissance. Lisa avait conscience que chaque nouvelle année venait se greffer sur son corps, comme une maladie que l’on ne pouvait pas arrêter.
Depuis qu’elle était petite, elle profitait des échanges avec autrui pour scruter, observer et essayer de deviner leur comportement. Elle avait acquis une bonne pratique. Ses intuitions sur les personnes qu’elle avait rencontrées ne l’avaient jamais trompée. Lisa ne parlait pas beaucoup lorsqu’elle se fondait dans un groupe. Non pas par timidité. Elle prêtait attention à tout ce qui se passait autour d’elle et enregistrait les paroles et réactions des individus.
Elle était seule dans cette ruelle au charme typiquement parisien. Presque comme tous les matins quand elle se rendait à sa boutique, mais ce jour-là n’était pas un jour comme les autres. Elle s’était levée plus tôt. Pour fêter l’arrivée de l’été, elle avait décidé de réorganiser son magasin. Lisa voulait insuffler un air nouveau à son commerce et en réorganiser l’intérieur. Elle ne savait pas encore de quelle façon. Elle souhaitait avant tout du changement.
Lisa arrivait devant sa boutique de décoration ety entrait gaiement.
Ses parents, madame et monsieur Croisier, en avaient été les propriétaires jusqu’à ses dix-huit ans. Elley avait grandi. Sa mémoire était truffée d’agréables souvenirs qu’elle conservait pour elle. L’acquisition de cette boutique de décoration n’était pas un don volontaire et généreux de ses parents. Cet héritage découlait d’un événement dramatique qui bouleversa sa vie. Ainsi que celle de ses parents.
Lisa perdit son regard dans le feuillage d’un arbre devant elle. Elle se remémorait ce dramatique vingt-six octobre.
Paris - Ily a plus de dix ans
Ce jour-là, Lisa était dans la réserve de la boutique de ses parents. C’était un peu son sanctuaire dans lequel elle venait toujours pour jouer l’exploratrice. Même si elle connaissait parfaitement les rayons, elle aimait poser ses yeux sur les nombreux cartons et objets qui y étaient disséminés.
Elle s’y était jetée plus vite que d’habitude. La pluie n’avait cessé de tomber. Les nuages gris et lourds ne quittaient plus la ville.
Comme d’habitude, elle se livrait à ses jeux favoris, courant dans les allées étroites de la remise, fouillant les cartons nouvellement déposés.
Ses parents venaient de recevoir un arrivage de lampes et d’horloges qu’elle devait ranger par couleurs et par tailles. Lisa s’occupait la plupart du temps des marchandises livrées. Mis à part les grosses livraisons, elle avait la charge des autres arrivées moins volumineuses. Ils lui faisaient confiance. Lisa avait pris goût très tôt aux petites responsabilités qu’ils lui laissaient.
C’était un gage d’autonomie et de responsabilisation que ses parents essayaient de lui inculquer le plus tôt possible. Dans un monde compétitif et de jugement, il leur était important que leur fille puisse se défendre. Qu’elle forge ses propres armes lui permettrait dans l’avenir d’être moins la cible de requins avides d’innocence.
Ce que Lisa préférait était le moment du déballage des cartons. Elle ressentait pour chaque bibelot un sentiment différent, caressant les formes tantôt douces, tantôt rugueuses, selon le matériau employé. Elle accordait beaucoup d’importance aux objets. Ils reflétaient pour elle la personnalité de ceux qui les possédaient. Plus ily en avait dans une maison et plus la personne avait besoin d’être rassurée et entourée, pensait-elle. Elle cherchait quel sentiment animait l’artiste au moment de la création.
Soudain, la cloche de l’entrée retentit et la porte s’ouvrit.
Souvent, lorsqu’un client entrait, Lisa restait cachée quelques instants pour regarder en secret son comportement dans la boutique ainsi que son parcours. Elle s’en amusait à chaque fois et elle seule connaissait son petit jeu. Plusieurs fois, elle s’était aperçue que les clients n’avaient pas la même conduite les uns en présence des autres. Elle volait quelques moments d’intimité à des inconnus, mais elle ne se moquait jamais.
Lisa restait toujours très respectueuse des autres. Sa démarche ne visait pas à les ridiculiser. Même si parfois elle était prise de fous rires qu’elle ne pouvait contrôler ou arrêter.
Dès son premier coup d’œil, elle observa quelque chose d’étrange dans l’attitude de l’homme qui venait d’arriver. Vêtu de noir, assez grand et bien bâti, il regarda dans toutes les directions. De façon furtive. Comme s’il était pressé ou affolé.
Son visage mal rasé supportait des traits tirés et fatigués. Ses joues étaient creusées. Lisa pouvait apercevoir les os saillants de ses pommettes. Un de ses yeux était pris de tics nerveux et se fermait par à-coups.
Sa démarche raide à l’entrée du magasin lui fit penser à un homme angoissé. Peut-être était-il même malade. Le comportement de cet individu ne lui plaisait pas du tout. En dehors de l’aspect physique, Lisa avait cette faculté de ressentir les gens.
Sans comprendre pourquoi, Lisa fut gagnée par une peur panique. Elle trembla.
Son père était affairé derrière le comptoir, plongé dans un cahier de comptabilité. Sa mère aussi était penchée au-dessus de la console, mais de l’autre côté, dos à la porte d’entrée. Ils saluèrent le client comme à chaque fois. Ils eurent pour seule réponse un geste faisant apparaître un petit, mais large couteau. Sans que personne ait le temps de réagir, l’homme s’avança et attrapa madame Croisier par ses longs cheveux. Il la tira brutalement vers lui, puis passa un bras autour de son cou. Sous le choc, madame Croisier poussa un cri qui retentit dans toute la boutique.
— La caisse ! La caisse ou je l’égorge !
Abasourdie, la jeune et fragile Lisa resta pétrifiée dans son coin. L’image de ce couteau sorti de nulle part, menaçant le cou de sa mère, coupa sa respiration. Elle eut l’impression qu’un vent glacial venait de s’abattre dans la boutique. Tétanisée et impuissante, elle resta interdite, à observer la scène. Ses paupières ne se fermèrent plus. Ses grands yeux ronds l’obligèrent à être témoin de cet affreux spectacle.
Après un moment de stupéfaction, monsieur Croisier ouvrit d’un geste désordonné le tiroir-caisse et déposa l’argent liquide sur le comptoir. Presque par réflexe, il sortit tout le contenu. L’argent n’était rien en comparaison d’une vie. Surtout la vie des êtres qui comptaient le plus dans sa vie. L’argent peut être remplacé, pas une personne. Pour avoir lu de nombreux faits divers dans la presse, il savait que toute situation similaire pouvait tourner au drame. Sans explication. Sans justification. Drame qui serait irréparable.
— Prenez tout ce que vous voulez, mais laissez ma femme. Je vous en prie ! Monsieur Croisier, paniqué, cria sur l’homme qui tenait son épouse d’une main de fer.
Des larmes commencèrent à couler sur ses joues ; son regard apeuré et suppliant fixa l’individu. Monsieur Croisier ne sut pas comment réagir. Il étudia dans son esprit une multitude de possibilités.
Devait-il bondir sur l’agresseur pour écarter ce dangereux couteau et le frapper ? Le risque était que le couteau finisse sa course avant qu’il ne puisse s’en saisir. Le téléphone n’était pas assez proche non plus. Le magasin n’était pas équipé d’un système d’alarme. Venant de découvrir son incapacité à agir sur les événements qui se déroulaient sous ses yeux, monsieur Croisier devint à cet instant paralysé et effrayé. L’homme resserra l’étreinte autour de la mère de Lisa. D’un geste aussi rapide que précis, il trancha sa gorge. Le sang gicla immédiatement au rythme des pulsations du cœur. Il la laissa tomber à terre comme un vulgaire paquet. Le sang commença à couler sur le revêtement blanc du magasin. La mère de Lisa réunit dans un dernier soupir ses deux mains autour du cou, mais ses forces vitales la quittèrent. Madame Croisier venait de rendre son dernier souffle. Son cadavre, tel un objet encombrant, reposait sur le sol froid de la boutique.
Monsieur Croisier se précipita vers le corps de sa femme. L’agresseur lui expédia un brutal et vigoureux uppercut dans l’estomac. Il s’écroula à terre. Malgré la souffrance et ne pensant qu’à sa femme, il rampa vers elle en se contorsionnant. La douleur qu’il lui avait infligée envahit tout son être.
Ne lui laissant aucun répit, l’homme s’agenouilla sur son dos. Un bruit de craquement d’os résonna dans la pièce.
— Tu veux rejoindre ta femme ? Laisse-moi faire. Je sais comment m’y prendre, susurra-t-il à l’oreille de sa victime.
Sans que le père de Lisa ait le temps de réagir, il lui tira la tête en arrière en le maintenant par les cheveux et planta son couteau déjà ensanglanté dans la carotide.
L’assaillant, devenu l’auteur d’un double meurtre de sang-froid, laissa apparaître un sourire qui se transforma en un rire diabolique et strident.
L’homme lâcha la lourde tête inanimée de monsieur Croisier qui percuta le sol dans un bruit sourd. Le tueur se redressa et se dirigea vers le comptoir où l’argent avait été déposé. Il s’empara des quelques billets et, avant de sortir d’un pas rapide, cracha sur les deux corps encore chauds. Le liquide rougeâtre se répandit mollement. Les flaques s’agrandissaient lentement. Le sang, devenu visqueux au contact de l’air, eut du mal à continuer son chemin.
Lisa n’arriva pas à détacher son regard de ses parents. Elle fut au bord des larmes. La cloche de l’entrée retentit de nouveau. Le tueur venait de sortir.
