Vérité déformée (Un thriller d'Amy Rush — tome 1) - Ava Strong - kostenlos E-Book

Vérité déformée (Un thriller d'Amy Rush — tome 1) E-Book

Ava Strong

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Beschreibung

L'agente de la Protection de la Faune Amy Rush a consacré sa vie à parfaire ses techniques de survie en milieu sauvage. Aujourd'hui, elle s'en servira pour traquer un tueur en série. Au cœur d'une nature sauvage et reculée, des victimes sont impitoyablement traquées et tuées par un prédateur invisible armé d'une arbalète mortelle. Seule l'agente de la Protection de la Faune Amy Rush, experte en survie et naturaliste, peut retrouver la trace du tueur et sauver d'autres vies innocentes, y compris la sienne. « L'intrigue est pleine de rebondissements, mais c'est la fin, que je n'ai pas du tout vu venir, qui fait de ce livre l'un des plus captivants que j'aie lus depuis des années. » —Avis de lecteur pour *Pas comme nous* ⭐⭐⭐⭐⭐ Voici le premier tome d'une nouvelle série très attendue par Ava Strong, auteure de best-sellers n°1, dont les livres ont reçu plus de 1 000 évaluations et critiques cinq étoiles. Thriller policier intense et captivant, Amy Rush est une série psychologique complexe qui séduira les lecteurs avec son héroïne brillante et fascinante. Remplie d'action constante, de suspense, de surprises et d'un rythme effréné, cette série de polars vous garantit des nuits blanches, à tourner les pages avec avidité. Les fans de Mary Burton, Lee Child et Kendra Elliot vont adorer. « C'est un thriller glaçant et plein de suspense qui se dévore et qui pourrait bien vous faire peur la nuit ! » —Avis de lecteur pour *Pas comme nous* ⭐⭐⭐⭐⭐ « Très intrigant, je n'ai pas pu m'arrêter de tourner les pages… Beaucoup de rebondissements et une fin très inattendue. J'attends avec impatience le prochain tome de cette série ! » —Avis de lecteur pour *Pas comme nous* ⭐⭐⭐⭐⭐ « De véritables montagnes russes d'événements… Impossible à lâcher avant la fin ! » —Avis de lecteur pour *Pas comme nous* ⭐⭐⭐⭐⭐ « Excellente lecture avec des personnages très réalistes auxquels on s'attache… Impossible de le lâcher ! » —Avis de lecteur pour *Le Code de la Mort* ⭐⭐⭐⭐⭐ « Une excellente lecture, beaucoup de rebondissements et une fin surprenante, qui donne envie de lire le prochain tome de la série ! Bravo ! » —Avis de lecteur pour *Le Code de la Mort* ⭐⭐⭐⭐⭐ « Une lecture qui en vaut vraiment la peine. J'ai hâte de découvrir la suite dans le prochain tome ! » —Avis de lecteur pour *Le Code de la Mort* ⭐⭐⭐⭐⭐ « C'est vite devenu un livre que je ne pouvais plus lâcher ! Je recommande vivement ce livre ! » —Avis de lecteur pour *Son Autre Femme* ⭐⭐⭐⭐⭐ « J'ai vraiment apprécié l'action trépidante, la construction de l'intrigue et les personnages... Je ne voulais pas lâcher le livre et la fin a été une surprise totale. » —Avis de lecteur pour *Son Autre Femme* ⭐⭐⭐⭐⭐ « Les personnages sont extrêmement bien développés… L'intrigue est pleine de rebondissements qui m'ont tenu en haleine. Une histoire extrêmement bien écrite. » —Avis de lecteur pour *Son Autre Femme* ⭐⭐⭐⭐⭐ « L'un des meilleurs livres que j'aie jamais lus… La fin était parfaite et surprenante. Ava Strong est une écrivaine incroyable. » —Avis de lecteur pour *Son Autre Femme* ⭐⭐⭐⭐⭐ « Mon Dieu, quelles montagnes russes… Plusieurs fois, j'étais absolument SÛR de savoir qui était le tueur, pour découvrir à chaque fois que j'avais tort. J'ai été complètement surpris par la fin. Je dois dire que je suis ravi que ce soit le premier tome d'une série. Mon seul reproche, c'est que le suivant n'est pas encore sorti. Il me le faut ! » —Avis de lecteur pour *Son Autre Femme* ⭐⭐⭐⭐⭐ « Une histoire incroyable, intense, envoûtante et passionnante. Elle vous tiendra en haleine jusqu'à la fin. » —Avis de lecteur pour *Son Autre Femme* ⭐⭐⭐⭐⭐

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Seitenzahl: 255

Veröffentlichungsjahr: 2025

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VÉRITÉ DÉFORMÉE (UN THRILLER D'AMY RUSH — TOME 1)

UN THRILLER D'AMY RUSH

AVA STRONG

PROLOGUE

CHAPITRE UN

CHAPITRE DEUX

CHAPITRE TROIS

CHAPITRE QUATRE

CHAPITRE CINQ

CHAPITRE SIX

CHAPITRE SEPT

CHAPITRE HUIT

CHAPITRE NEUF

CHAPITRE DIX

CHAPITRE ONZE

CHAPITRE DOUZE

CHAPITRE TREIZE

CHAPITRE QUATORZE

CHAPITRE QUINZE

CHAPITRE SEIZE

CHAPITRE DIX-SEPT

CHAPITRE DIX-HUIT

CHAPITRE DIX-NEUF

CHAPITRE VINGT

CHAPITRE VINGT-ET-UN

CHAPITRE VINGT-DEUX

CHAPITRE VINGT-TROIS

CHAPITRE VINGT-QUATRE

CHAPITRE VINGT-CINQ

CHAPITRE VINGT-SIX

CHAPITRE VINGT-SEPT

ÉPILOGUE

PROLOGUE

Desolation Wilderness, Californie – 2004

Les petites bottes d’Amy suivaient les empreintes bien plus larges laissées par son père. Les débris craquaient et crissaient sous ses pas alors qu’elle avançait sur le sentier sauvage. Le bruit sec des feuilles mortes sur le sol de la forêt avait toujours été l’un de ses préférés. Ce son lui rappelait l’odeur du premier feu de camp de l’automne, ou la saveur de la première bouchée de baklava maison, nappée de miel, que préparait sa mère pour les fêtes. Ce bruit, c’était celui de la maison.

Son père marchait juste devant elle, se retournant de temps à autre pour vérifier qu’elle suivait bien, un large sourire illuminant son visage sombre et barbu. Il l’avait emmenée camper, rien que tous les deux, pour un week-end père-fille, pendant que Maman était restée à la maison avec le petit Elijah sur les genoux. Amy et son père étaient partis à l’aventure.

Son vieux chapeau de cow-boy beige était incliné vers l’arrière, comme il le portait toujours quand il était de bonne humeur. Amy adorait ce chapeau, et elle était fière de la grande étoile de Warden en bronze qu’il gardait bien astiquée sur le devant. Elle aimait même le gros revolver qu’il portait d’habitude dans un étui en cuir à la ceinture, même si cela lui faisait un peu peur. Son père était devenu très sérieux en lui interdisant d’y toucher, mais il semblait ne jamais sortir sans l’attacher à sa hanche. Pourtant, le chapeau et l’étui lui donnaient l’allure du shérif dans ses dessins animés du samedi matin. Elle aimait l’imaginer, coiffé de ce chapeau, attrapant les bandits avec un grand lasso. Elle voyait son père, plus grand, plus fort, presque invincible, ramasser les brigands dix par dix et les jeter dans une vieille prison.

Bien sûr, ce n’était qu’un rêve. Son père lui avait expliqué que la plupart de son travail consistait à distribuer et contrôler les permis de chasse et de pêche. Il n’entrait pas trop dans les détails.

Devant elle sur le sentier, son père s’arrêta. Ils n’étaient qu’à un petit kilomètre de leur campement, suivant un chemin bien tracé qui longeait un petit lac. Au loin, un cri d’oiseau aigu résonna au-dessus de l’eau.

— Tu entends ça ? demanda son père en s’agenouillant à côté d’elle, un sourire aux lèvres. Elle hocha la tête, et ensemble, ils scrutèrent le lac et le ciel.

— Qu’est-ce que c’est, Papa ? demanda-t-elle en le regardant.

— On dirait un aigle, répondit-il. Ou peut-être un balbuzard. Attendons un peu, elle va peut-être crier à nouveau.

Côte à côte, son père toujours agenouillé dans la terre meuble près de la petite Amy, ils écoutèrent, impatients. L’appel retentit encore, mais ils ne virent rien.

Alors que l’ennui commençait à la gagner, Amy détourna les yeux du lac pour les poser sur le visage de son père, sur le large bord de son chapeau, et sur l’étoile de bronze épinglée devant. Son père observait les arbres, l’eau et le ciel avec une concentration intense, comme s’il lisait un livre, déchiffrant chaque détail pour ne rien manquer.

— Papa, ça fait quoi, un Warden ? demanda-t-elle pour la centième fois de sa jeune vie. Son père lui sourit, repoussant son chapeau en arrière.

— Eh bien, un Warden, c’est quelqu’un qui veille à ce que les gens qui vont dans la nature respectent les règles pendant qu’ils y sont.

— Un peu comme la surveillante dans la cour de l’école ? demanda-t-elle, les yeux fixés sur le lourd revolver qu’il portait à la place d’un sifflet. Mais son père se contenta de sourire et lui ébouriffa les cheveux.

— C’est exactement ça, répondit le père d’Amy avec un sourire. Je suis un peu le surveillant de la forêt. Et tout comme il y a des enfants méchants à l’école qui aiment embêter les autres et ne respectent pas les règles, il y a des gens qui ne se comportent pas bien avec la forêt.

— Et c’est là que tu interviens ? avait-elle demandé en levant les yeux vers le visage sombre et chaleureux de son père. Il lui sourit tendrement, mais elle crut voir une ombre de tristesse dans son regard.

— C’est là que j’interviens, confirma son père en lui tapotant l’épaule d’un geste rassurant. Il faut toujours que quelqu’un tienne tête aux brutes, que ce soit dans la forêt ou dans la cour de récréation. Tu comprends ?

— C’est pour ça que tu portes une arme ? demanda-t-elle d’une toute petite voix. Au cas où il y aurait des brutes ? Le père d’Amy la regarda un instant, puis reporta son attention sur la crête des montagnes qui se dressaient de l’autre côté de l’étang.

— Oui, répondit-il. Parfois, ces brutes sont des chasseurs, et les chasseurs sont souvent armés. Il leur faut parfois voir que toi aussi tu as une arme avant d’écouter ce que tu as à dire.

— Papa ? demanda Amy d’une voix encore plus basse, les yeux fixés sur le sol entre ses chaussures de randonnée. Tu as déjà tiré sur quelqu’un ?

Son père posa sur elle ses grands yeux sombres et profonds. L’espace d’un instant, Amy eut peur de son visage. Puis il la souleva dans ses bras et lui déposa un baiser piquant de barbe sur la joue, un baiser bruyant qui la fit éclater de rire.

— Non, douce Amayah, je n’ai jamais fait ça, murmura-t-il. Et je vais te confier un secret : j’espère ne jamais avoir à le faire. À part te perdre, toi ou ton frère, rien ne m’effraie plus que l’idée d’être un jour obligé d’appuyer sur la détente. Je connais des gens qui se croient courageux parce qu’ils tirent mieux que les autres, mais ce ne sont que des brutes, comme à l’école. Les vrais forts savent quand il faut poser l’arme et régler les choses avec des mots.

Au-dessus de l’étang, l’aigle poussa un nouveau cri, auquel répondirent les chants doux des plongeons, des grenouilles et des canards qui se cachaient dans les roseaux, coassant alors que l’après-midi glissait paresseusement vers le soir. Derrière elle, quelque chose craqua lourdement dans les broussailles. Amy se retourna, mais elle ne distingua rien parmi les ronces et les longues ombres.

— Allez, ma puce, dit son père en se relevant. On va monter le camp avant que le soleil ne disparaisse.

***

Plus tard dans la soirée, le ciel s’était teinté de prunes sombres et d’indigo, au-dessus de la ligne d’arbres à peine dessinée sur la crête. Le feu s’était réduit à des braises rougeoyantes dans le cercle de pierres, et Amy avait encore les doigts et les lèvres collants de chocolat et de marshmallows grillés. Ils avaient emporté une tente, mais la nuit était si douce que son père avait proposé de dormir à la belle étoile. Elle était bien au chaud dans son sac de couchage, près du feu, somnolente, observant les vagues de chaleur qui s’élevaient de la lueur rouge. Son père, plus vigilant que Smokey l’Ours en matière de sécurité incendie, était accroupi près du cercle de pierres, remuant doucement les braises avec une branche verte et solide. Il fredonnait à mi-voix les paroles d’une vieille chanson de Bob Dylan, et Amy n’en saisissait que quelques bribes, portées par la voix rauque et sans mélodie de son père, douce comme le chant des grenouilles.

…Mais nous crierons du pont que leurs jours sont comptés,

Et comme la tribu de Pharaon,

Ils seront engloutis par la marée,

Et comme Goliath, ils seront vaincus.

Un coup de feu éclata soudain, déchirant le ciel en deux.

Sursautant, Amy se redressa d’un bond, serrant les pans de son sac de couchage sous son menton, les yeux écarquillés. Après avoir fixé si longtemps le cœur brûlant du feu de camp, la forêt autour d’elle n’était plus qu’un noir absolu. Elle cligna des yeux, tentant de s’habituer à l’obscurité. Un grand-duc, invisible dans un arbre tout proche, hulula un avertissement inquiet avant de s’envoler sans bruit.

— Papa ? Qu’est-ce que c’était ? demanda Amy d’une petite voix, en jetant un coup d’œil depuis l’ouverture de son sac de couchage vers la silhouette sombre et imposante de son père, de l’autre côté du feu. Il avait la tête penchée en arrière, à l’écoute. Ses sourcils étaient froncés.

— On aurait dit… commença son père, mais le claquement sec d’un autre coup de feu déchira la nuit déserte, le coupant net. — … des coups de feu, conclut-il à voix basse. Il resta accroupi près du feu, mais Amy vit sa main glisser vers l’étui qui ne quittait jamais sa hanche tant qu’il portait ses bottes et son pantalon. — Il ne devrait pas y avoir de chasseurs ici, dit-il.

— Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda Amy. Son père se leva, les yeux scrutant les bois obscurs.

— Ce sont des terres protégées, répondit-il, toujours fixé sur les ombres de la forêt dense. Personne n’a le droit de chasser ici. Si quelqu’un tire, c’est soit qu’il est en danger, soit qu’il chasse alors qu’il n’en a pas le droit.

Et c’est là que Papa intervient, pensa Amy, se rappelant leur conversation près de l’étang plus tôt dans la soirée. Elle se tassa au fond de son sac de couchage, espérant qu’aucun autre coup de feu ne retentirait dans l’obscurité.

Son père s’était éloigné du feu, s’approchant des bois, à l’écoute. Le pick-up était garé tout près ; il s’en approcha, ouvrit la portière et sortit un grand talkie-walkie.

— Ici l’adjoint du garde forestier Aaron Rush, indicatif 4031, je signale un incident observé hors service près du camping 104, Desolation, Californie. Poste de garde, vous me recevez ? Terminé.

Un grésillement de la radio se fit entendre, puis une voix répondit, mais Amy ne comprit pas les mots. La conversation s’échangea quelques instants.

Puis, deux autres coups de feu retentirent dans la nuit, à la suite.

— Euh, attendez une seconde, poste de garde, je viens d’entendre deux autres détonations, annonça le père d’Amy à la radio. Un nouveau grésillement, quelques échanges. Puis, sur la colline, à peine à quatre cents mètres, Amy aperçut des lumières entre les arbres. De petites lumières, comme des lucioles blanches qui dansaient et virevoltaient à la lisière de la forêt. Amy sentit la peur la glacer jusqu’aux os, malgré la chaleur du sac de couchage qu’elle serrait contre elle.

Son père revint du pick-up vers le feu, le talkie-walkie toujours en main, et s’agenouilla près d’Amy. Il lui confia la radio, enveloppant ses petites mains douces dans les siennes, larges et puissantes.

— Je dois aller vérifier quelque chose, Amy. Je ne serai pas long.

— Papa, non ! couina Amy, tentant de lui rendre la radio. N’y va pas !

— Je dois y aller, ma puce, répondit son père en l’embrassant sur le front. J’ai fait une promesse, à la Terre et au gouvernement, de protéger la nature. Il faut tenir ses promesses, même quand c’est difficile ou effrayant. Je vais juste faire une petite promenade nocturne, et je veux que tu restes dans le pick-up jusqu’à mon retour. Tu fermes les portes à clé et tu n’ouvres à personne d’autre qu’à moi. Allez, petite Amayah, je t’emmène.

Sur ce, le père d’Amy la souleva dans ses bras. Son corps était emmitouflé dans le sac de couchage, et elle se tortilla comme une chenille pendant qu’il la portait. Il la déposa sur le siège passager du pick-up, puis s’accroupit de nouveau pour la regarder dans les yeux.

Libérant ses mains, le père d’Amy retira la montre de son poignet gauche. Elle avait un bracelet en métal solide et des aiguilles phosphorescentes. Il était 22h03, même dans l’obscurité. Son père tendit la montre à Amy.

— Tiens, dit-il en déposant la montre dans ses mains avec la délicatesse d’un œuf d’oiseau rare. Je devrais être revenu quand la grande aiguille sera sur le 6. Si la grande aiguille fait tout le tour, je veux que tu appelles la station à la radio. Tu as compris ?

— Papa, s’il te plaît, ne…

— Tu as compris ? Son père plongea son regard dans les yeux d’Amy. Elle vit à son expression qu’il n’avait pas envie de la laisser non plus, mais il devait partir, et elle serait plus en sécurité ici.

— Oui, murmura-t-elle. Reviens vite, s’il te plaît.

— Je serai plus rapide que l’éclair, promis, répondit-il avant de lui déposer un dernier baiser sur le front, sa barbe rêche lui griffant la peau comme une brosse métallique. Puis il se redressa, redressa les épaules et referma la porte dans un bruit sourd.

— Verrouille la porte, Amy, dit son père en lui adressant un sourire à travers la vitre. Je reviens tout de suite, et après on rallumera le feu et on fumera encore une fois. Je t’aime. Il attendit qu’elle ait appuyé sur le bouton de verrouillage automatique, puis se détourna et s’enfonça dans l’obscurité.

Amy se redressa sur la banquette, scrutant la nuit au-dehors. Elle serrait la radio contre elle, n’osant pas toucher aux boutons. Elle tendit l’oreille, mais il n’y avait pas un bruit. Rien à la radio. Rien dans la forêt. Il n’y avait que le son de sa propre respiration — inspiration, pause, expiration — tandis que la vitre s’embuait et se dégageait, s’embuait et se dégageait.

La trotteuse de la montre de son père tournait presque sans bruit sur le cadran. Une minute passa, puis deux, puis trois.

— Allez, Papa, murmura-t-elle en frottant la montre entre son pouce et son index, arrête les méchants et reviens.

Cinq minutes passèrent, puis dix.

— Allez, Papa. S’il te plaît, s’il te plaît, s’il te plaît.

Les bois sombres au-delà de la clairière du campement ne livraient rien, ni père revenu, ni chasseurs malveillants. Rien que des ombres et le gémissement doux du vent dans les branches de pin. Amy ferma les yeux très fort, espérant que le temps passerait plus vite, que son père reviendrait et que tout cet épisode effrayant serait terminé.

Au fond de sa mémoire, Amy entendit la voix de sa mère. Ce souvenir était profondément ancré, usé et chéri comme un vieux doudou.

— Dis à la Terre qui tu es. Dis à la Terre que tu l’aimes. Ensuite, dis à la Terre ce dont tu as besoin. L’amour d’une mère protège de bien des choses.

— Mais Maman, c’est toi ma maman, avait protesté la petite Amy, secouée de rires alors que sa mère lui chatouillait le ventre.

— Oui, et la Terre est ta maman aussi. Et la mienne, et celle de Papa, et celle de tout le monde.

— Même les méchants ?

— Oui, ma chérie, même les méchants. Mais les méchants sont souvent méchants parce qu’ils oublient que la Terre les aime, et qu’ils doivent aimer la Terre en retour. Alors ce qu’il faut que tu retiennes, c’est l’amour. Aime la Terre, et laisse-la t’aimer.

Toujours serrant la montre de son père, Amy murmura une minuscule prière.

— Mère Terre, je suis ta fille Amy. Merci pour ma vie, pour l’air, la terre et l’eau. Je t’aime. S’il te plaît, laisse-moi revoir mon père.

À ce moment-là, un bruit retentit dehors, près du camion. Les yeux d’Amy s’ouvrirent d’un coup. Elle tenait toujours la radio et la montre, mais son regard restait fixé sur la forêt. Elle eut la sensation désagréable que quelque chose venait de bouger à l’instant, quelque chose qui restait parfaitement immobile à présent. Elle plissa les yeux, tentant de percer sa propre silhouette reflétée dans la vitre. La forêt au-delà de la clairière semblait vaciller, onduler, comme une ombre glissant sur un étang sombre.

— Papa ?

Une forme jaillit des bois, déchirant les broussailles, la terre et la mousse comme une petite tornade de vert et de brun. La silhouette déboula dans la clairière et s’arrêta juste de l’autre côté du feu qui couvait. Amy la fixa, les yeux écarquillés de peur, à travers la vitre du camion.

Ce n’était pas son père.

Ce n’était même pas un homme.

C’était un cerf blanc.

Un instant, l’animal resta là, la tête dressée fièrement, un immense panache de bois pointé vers le ciel. Même à la faible lueur des étoiles et des braises qui couvaient dans le foyer, Amy vit que le cerf était blessé. Du sang coulait de son flanc pâle, maculant ses hanches puissantes et glissant jusqu’au sol meuble de la clairière.

L’animal jeta un regard en arrière, vers la forêt d’où il avait surgi, puis tourna brusquement la tête et fixa le camion.

Il fixa Amy.

Leurs regards se croisèrent — celui de la fillette et celui du cerf. Amy se serait attendue à voir dans les yeux de la bête blessée de la peur, de la haine, de la panique. Mais elle n’y lut qu’une dignité grave et solennelle, dans ces grands yeux albinos qui la scrutaient.

Le grand cerf fit un pas vers elle, baissant la tête pour lui montrer les pointes de ses bois. Était-ce une menace ? Un avertissement de ne pas s’approcher ?

Non, souffla la voix de la mère d’Amy, tout au fond d’elle, tu as demandé de l’aide à la Terre, et elle t’a envoyé une autre créature en détresse. Vous devez vous protéger mutuellement.

Lentement, les doigts tremblants, Amy déverrouilla la portière du camion et l’entrouvrit. Le cerf continuait de la fixer, sans bouger, ni pour charger, ni pour s’enfuir. Le sang continuait de goutter sur la terre sous ses cuisses meurtries.

Amy ouvrit la portière en grand. La montre dans sa main indiquait 10h20. Son père ne tarderait pas à revenir. Il saurait comment aider le cerf, et où l’emmener pour qu’il soit soigné.

Son père saurait quoi faire.

Mais son père lui avait aussi dit de rester dans le camion.

Amy hésita, juste un instant. Elle se rappela les consignes de son père, mais il n’avait pas prévu la venue d’un cerf blessé. N’aurait-il pas dit que c’était leur devoir de protéger les animaux des braconniers ?

Elle attacha la montre autour de son bras — bien trop grande pour son poignet maigre — et, serrant toujours la radio contre sa poitrine, Amy descendit du camion. Presque au même moment, les pattes arrière du cerf fléchirent et la noble bête s’effondra dans un gémissement étrange et déchirant.

— Tu dois être celui qu’ils chassaient, dit Amy en s’approchant lentement du cerf. Il leva vers elle ses immenses yeux, émettant encore ce son étrange, mais plus doucement. Le sang s’étalait sous le corps du cerf.

Amy s’accroupit, à moins d’un mètre de la tête de l’animal. Elle plongea son regard dans le sien. Au fond d’elle, elle sut que cette bête ne lui ferait aucun mal. Elle ignorait si son instinct était juste, mais elle savait qu’elle devait tout faire pour réconforter cette créature majestueuse, même si elle ne pouvait rien pour le sauver.

— Ça va aller, murmura-t-elle en tendant lentement la main, Papa ne les laissera plus te faire de mal, et Maman disait que la Terre protège ses enfants. Si elle t’a amené jusqu’à notre camp, c’est que tu fais partie des bons. Repose-toi, Papa arrangera tout quand il reviendra.

Le cerf sembla apaisé par la voix douce de la fillette et posa la tête sur la terre. Doucement, Amy posa sa main sur le front de l’animal, juste entre les bois. Elle ne le caressa pas, ne le gratta pas, se contentant de sentir la douceur du pelage sous sa paume et ses doigts. L’animal laissa échapper de faibles plaintes de douleur. Ses yeux se fermèrent, et sa langue rose dépassa de sa bouche.

— Non, murmura Amy, désespérée, les larmes emplissant ses yeux et coulant sur ses joues, non, non, non. Tu ne peux pas mourir — pas maintenant. Papa va bientôt revenir. Il va tout arranger.

À cet instant, un coup de feu retentit dans la forêt.

Le sang d’Amy se glaça. Il n’y avait eu qu’un seul coup de feu. Sa main resta figée sur la tête du cerf mourant. Sa respiration, les battements de son cœur, même la rotation de la terre semblaient s’être totalement arrêtés.

C’était un coup de carabine, pas le claquement familier du revolver de son père. Quelque chose avait mal tourné.

CHAPITRE UN

Dix-neuf ans plus tard : Réserve naturelle de Wilson – District des gardes forestiers 03

L’agent spécial Amy Rush avait le doigt sur la détente. La crosse du fusil était bien calée contre son épaule. Le bois poli du garde-main était lisse et frais dans sa paume gauche. Ses pieds étaient écartés, bien ancrés, ses yeux grands ouverts, fixant sa cible avec assurance.

Elle contrôlait sa respiration, maîtrisait les battements de son cœur. Elle ne faisait qu’un avec l’air qui l’entourait. Elle ne faisait qu’un avec la terre sous ses pieds.

Elle ne faisait qu’un avec la balle dans la chambre rayée de son fusil.

Le soleil n’avait pas encore franchi la ligne d’horizon dentelée au loin. Les montagnes, nettes et verdoyantes, étaient encore enveloppées par les brumes de l’aube. Un mince nuage de buée blanche s’échappa des lèvres d’Amy lorsqu’elle expira.

Elle visualisa la trajectoire de son tir une fraction de seconde avant d’appuyer sur la détente. Elle sentit la force familière du recul du fusil. Elle absorba le choc dans son épaule avec souplesse, exactement comme son père le lui avait appris, autrefois, avant que…

Le pigeon d’argile explosa dans un éclat de poterie.

Amy expira et ramena le levier d’armement, éjectant la douille vide et introduisant une nouvelle cartouche.

Un tir parfait – exactement comme son père le lui avait appris.

Amy laissa la satisfaction l’envahir. Trois des cinq cibles fixes qu’elle avait installées affichaient un impact en plein centre. Les deux autres attendaient patiemment leur tour au bout de la rangée.

Amy relâcha sa respiration, épaula son arme et visa à nouveau.

Elle s’entraînait dans une zone isolée du parc national, où randonneurs et touristes étaient rares et où la sécurité n’était jamais compromise. Son rituel matinal consistait à parcourir en courant les dix-sept kilomètres du sentier de Lesser Twin Ridge depuis la station locale des gardes jusqu’à la clairière, transportant sur son dos fusil, cibles, munitions, ainsi que des rations de secours en nourriture et en eau – au cas où. Amy avait suffisamment appris de son père et passé assez de temps seule dans la nature pour savoir qu’il ne fallait jamais sous-estimer la forêt. Même une simple promenade sur un sentier familier pouvait, en un instant, devenir une question de survie. Comme une mer de vagues dormantes, les bois épais et les montagnes escarpées ne devaient jamais être pris à la légère.

Elle appuya sur la détente. Le fusil recula à nouveau dans sa prise assurée.

Le quatrième pigeon d’argile éclata. Un tir parfaitement centré ; net, précis, sans esbroufe.

— Un vrai tireur n’a rien à prouver. La pureté de sa visée parlera d’elle-même.

C’est ce que son père lui répétait lorsqu’il lui apprenait à tirer. Il regorgeait de maximes pleines de sagesse pendant qu’il formait sa fille. Il lui avait appris à manier aussi bien les carabines que les arbalètes, à abattre un animal sans cruauté pour qu’il souffre le moins possible, et à utiliser chaque partie de la bête pour ne rien gaspiller.

Amy avait renoncé à la chasse dès l’âge de douze ans, au grand soulagement de sa mère. Sa mère, Fatima Wared-Rush, était convaincue que tous les êtres vivants étaient liés. « Tuer un animal, c’est comme tuer une part de soi-même », aimait-elle dire. « Au bon moment, ça peut te sauver la vie. Mais à l’excès, c’est du suicide. »

Amy tira son dernier coup. Un cinquième impact en plein centre se manifesta dans un éclat de céramique. Presque au même instant où elle éjecta la douille de la chambre, une alarme retentit sur son téléphone. L’entraînement était terminé. Il était temps de retourner à la station et de commencer sa journée.

Après avoir vidé la chambre, retiré le chargeur vide et enclenché la sécurité, Amy rangea son fusil dans son étui et le passa sur son épaule. Son fusil et son sac ajoutaient du poids à sa course, et elle régulait sa respiration sous la charge, calant son souffle sur le rythme de ses foulées.

Dans la forêt tout autour d’elle, l’aube réveillait les animaux diurnes. Elle percevait la symphonie de couinements et de frôlements qui l’entourait. Amy s’imprégnait de tout cela, se laissant porter par cette harmonie naturelle et splendide. C’était dans ces instants qu’elle sentait le plus fortement la présence de son père. Il adorait la nature sauvage et l’avait protégée au péril de sa vie. Elle s’en souvenait chaque matin pendant son entraînement. Garder son corps en forme et son tir précis pouvait s’avérer crucial à tout moment. Elle était résolue à venger son père, pas à suivre son destin tragique.

Alors qu’elle parcourait les kilomètres du chemin du retour, elle repensait avec reconnaissance aux années passées avec son père avant le drame. Il lui avait tant appris – il l’avait tant aimée. Beaucoup n’avaient pas eu cette chance, même si on le lui avait arraché trop tôt. C’était ce mélange grave de gratitude et de soif de justice qui la poussait à s’entraîner avec une telle rigueur.

Un cri retentit dans la forêt.

Amy s’arrêta net, penchant la tête pour écouter. Le cri était fort, sauvage, chargé de terreur et de panique. On aurait dit un homme, mais un homme au bord de la folie.

Le cri s’éteignit, lointain, résonnant dans les bois. Un silence s’installa. Amy tendit l’oreille. Certains animaux pouvaient pousser des sons proches de la voix humaine lorsqu’ils étaient effrayés. Le hurlement d’un lynx ou le mugissement d’un ours pouvaient tromper un promeneur inattentif.

Le cri reprit. Amy n’avait plus de doute. C’était bien un homme.

Reserrant son sac et son fusil, Amy se remit à courir. Elle avait une radio dans son sac, mais elle ne comptait pas s’en servir avant d’avoir vu l’auteur du cri. Ce pouvait être de simples adolescents cherchant à s’amuser avec l’écho.

Le frisson qui parcourut l’échine d’Amy lui souffla que ce n’était pas un simple cri pour s’amuser. Le hurlement résonnait entre les arbres, chargé de peur et de folie. Le cœur d’Amy battait à tout rompre, ses yeux étaient grands ouverts, mais son esprit restait froid et lucide. Elle scrutait les arbres, cherchant la source du cri. Elle connaissait ce coin de forêt aussi bien que le salon de sa propre maison. Elle courait sur ce sentier chaque matin depuis sept ans, avait cueilli et marché dans ces bois, nagé et bu dans les rivières et ruisseaux. Elle connaissait le terrain par cœur.

Elle entendait maintenant des pas. Quelqu’un courait. On traversait les broussailles et les feuilles mortes à toute allure, venant du nord-est tout proche. Il y avait un petit pistolet dans le sac, à côté de la radio, et Amy le sortit à présent. Elle laissa la sécurité enclenchée, son doigt restant sur le pontet avec une discipline parfaite. Elle s’avança vers le bruit du fuyard.

— Allô ? lança-t-elle dans la forêt, en direction des pas précipités. La forêt était dense, la lumière du matin encore faible et le brouillard plus épais que d’habitude, si bien qu’elle ne distinguait toujours personne. — Je suis du Service de la pêche et de la faune ! Tout va bien ?

Le cri s’interrompit brusquement, mais les pas se firent plus forts et plus rapides. Amy plissa les yeux, tentant de percer la brume mouvante.

— La mort ! hurla la voix à travers le brouillard. La mort est venue pour nous tous ! Fuyez ! Sauvez-vous !

La silhouette émergea du voile de brume telle une ombre, d’abord à peine plus qu’un contour indistinct. Il tituba, glissa dans la boue, trébucha sur les ronces, s’écrasa contre les arbres. Amy resserra sa prise sur le pistolet tandis que l’homme fonçait à travers le banc de brouillard. Maintenant qu’elle le voyait, et qu’il l’avait aperçue, les cris de l’homme reprirent de plus belle.

L’homme qui courait portait une barbe. Ses vêtements, bien que sales et déchirés, semblaient avoir été autrefois des tenues de randonnée de marque, coûteuses. Ses bottes, couvertes de boue, paraissaient encore rigides – à peine portées.

— Monsieur ! appela Amy en direction de l’homme, baissant son arme pour ne pas l’effrayer davantage, sans toutefois la ranger. Vous êtes en sécurité maintenant. Je m’appelle Amy – je suis agent spécial au Département américain de la pêche et de la faune.

L’homme sortit des bois jusqu’au bord du sentier, clignant des yeux vers Amy comme si elle était une créature venue d’une autre planète. Ses yeux bleus étaient écarquillés, injectés de sang, fous de panique et de fatigue. Ses cheveux et sa barbe étaient en bataille, parsemés de brindilles et de feuilles dans tous les sens.

— La mort ! répéta-t-il. Personne n’est en sécurité ! Il faut fuir !

— Monsieur, il faut que vous me disiez ce qui s’est passé. Qui cherchez-vous à fuir ? demanda Amy d’une voix calme et posée, tout en scrutant la forêt embrumée derrière lui, à l’affût du moindre mouvement. Seuls les pépiements et les bruits furtifs des animaux dérangés lui répondaient.

— La mort, la mort, haleta l’homme. Il continuait d’avancer, mais plus lentement que lorsqu’il était arrivé, descendant le sentier. Amy le suivit de près, sortant son talkie-walkie.

— Poste de garde W-33, ici l’agent spécial Amy Rush, indicatif 4201. Vous me recevez ? Terminé.

— Ici le poste de garde W-33, on vous entend parfaitement, Rush. Terminé.

— J’ai trouvé un homme seul dans les bois, près du repère 194, poste de garde. Il a l’air très secoué – sûrement perdu. Je vais le ramener à la station. On va lui donner un café bien chaud et essayer de savoir qui il est et ce qui s’est passé. Terminé.

— Bien reçu, Rush. On vous attend à la station. Terminé.

— J’en ai pour moins de vingt-cinq minutes, dit Amy, ajoutant à voix basse : Si je mets plus d’une demi-heure, donnez l’alerte. Terminé.

L’homme, toujours pressé de s’éloigner de l’endroit d’où il était sorti, prenait de l’avance sur elle le long du sentier. Amy se mit à trottiner pour le rattraper.