Victor Hugo par le bibelot, le populaire, l'annonce, la chanson - Paul Beuve - E-Book

Victor Hugo par le bibelot, le populaire, l'annonce, la chanson E-Book

Paul Beuve

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"Victor Hugo par le bibelot, le populaire, l'annonce, la chanson", de Paul Beuve, Henri Daragon. Publié par Good Press. Good Press publie un large éventail d'ouvrages, où sont inclus tous les genres littéraires. Les choix éditoriaux des éditions Good Press ne se limitent pas aux grands classiques, à la fiction et à la non-fiction littéraire. Ils englobent également les trésors, oubliés ou à découvrir, de la littérature mondiale. Nous publions les livres qu'il faut avoir lu. Chaque ouvrage publié par Good Press a été édité et mis en forme avec soin, afin d'optimiser le confort de lecture, sur liseuse ou tablette. Notre mission est d'élaborer des e-books faciles à utiliser, accessibles au plus grand nombre, dans un format numérique de qualité supérieure.

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Paul Beuve, Henri Daragon

Victor Hugo par le bibelot, le populaire, l'annonce, la chanson

Préface par Adolphe Brisson
Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066306090

Table des matières

PRÉFACE
AU LECTEUR
AMEUBLEMENT
ARMES
BIJOUTERIE
CATALOGUE
CONFISERIE
EX-LIBIUS
FAIENCE
FLEURS
FUMEURS (articles de)
IMAGES POPULAIRES
INSIGNES
JOURNAUX
LIQUEURS
MÉDAILLES
MENUS
MODES
PAPETERIE
PARFUMERIE
PIÈCES OFFICIELLES
QUESTIONS
SCULPTURES
SPORTS
SURPRISES
TIMBRES
VERRERIE
AFFICHES
PUBLICITÉ
CHANSONS
LA CHANSON POPULAIRE
CHANSONS SUR LA VIE
CHANSONS SUR LA MORT
TABLE DES PLANCHES

PRÉFACE

Table des matières

On trouvera, groupés dans ce volume et fidélement reproduits, les bibelots les plus remarquables que M. Paul Beuve s’est attaché à recuellir et qui se rapportent tous au souvenir de Victor Hugo.

Le lecteur sera bien aise, je suppose, d’avoir quelques détails précis sur cette curieuse collection et sur celui qui l’a formée.

M. Paul Beuve ressemble, en apparence, à un homme ordinaire; il n’est ni plus haut, ni plus court, ni plus chevelu, ni plus chauve, ni plus blond, ni plus brun, ni plus intelligent, ni plus sot que vous et moi. Cependant il porte en lui un signe distinctif: il est hugolâtre. Et il l’est, d’une manière, si j’ose ainsi dire, unique. Je n’affirmerai pas qu’il possède par cœur les ouvrages du poète et soit capable de vous réciter d’affilée, sans reprendre haleine, les quatre volumes de la Légende des siècles. Ce n’est point cela. Il vénère Hugo, comme on adore Dieu, par élan de foi et modestie. Il ne le discute, ni ne l’explique. Il le subit. Et de même que les anachorètes ornaient l’autel du Seigneur — n’ayant pas d’objet plus précieux à y déposer — de branches et de coquillages, de même Paul Beuve consacre à son idole de pauvres reliques. Il n’est pas riche, loin de là. Et c’est ce qui rend son sacrifice si honorable.

Voilà seize ans qu’il fut touché par la grâce. Il assista, comme tous les Parisiens, aux funérailles de Victor Hugo; il vit le peuple échelonné de l’Arc de Triomphe au Panthéon, ces milliers de députations, venues de tous les points de l’univers, ce cortège où, pour un jour, les haines et les rivalités se confondaient; il avait contemplé, la nuit précédente, le calafalque au pied duquel les disciples du Maître veillaient, silencieux et prosternés, et qu’éclairait la flamme des torches funèbres. Car Beuve, à l’exemple des badauds, friands de spectacles, voulait s’assurer une place au premier rang.

Lorsque la cérémonie fut achevée, il regagna son logis, situé très loin, quelque part, dans les faubourgs. Il avisa, à la devanture d’un marchand de bric-à-brac, un plat en terre cuite, grossièrement modelé et portant en relief l’effigie du grand homme. Il l’acheta. Et cette acquisition décida de sa destinée. Dès lors il ne vécut que dans l’espoir de réunir des objets où l’image de Victor Hugo, sous une forme quelconque, serait reproduite. Il rogna sur son petit budget d’employé ; il accomplit des miracles d’économie. Il explora, chaque dimanche, à l’aube, le marché aux puces de Saint-Ouen; il lia commerce avec les chiffonniers et rida leurs hottes. Tout lui était bon: le bois, le fer, le papier, le pain d’épice. Il recueillait, avec la même avidité, la vieille planche de caricatures, la boîte de conserve, le calicot imprimé. Ces débris lui devenaient précieux, à condition qu’ils eussent un caractère hugotique. Et, peu à peu, son musée prit tournure. Au bout de la dixième année, il comptait quatre mille pièces; il en compte peut-être le double aujourd’hui. L’honnête Beure travaillait à l’enrichir, sans arrière-pensée, sans but défini, pour le plaisir de mener à terme ce qu’on a une fois commencé ; il était dévoré par cette étrange inquiétude et cette fièvre auxquelles se reconnaissent les collectionneurs.

Chose à peine croyable, il n’eut pas l’idée, dans sa solitude et sa candeur, d’aller frapper à la porte de M. Meurice. Il fallut que le hasard ou, pour mieux parler, la Providence les réunit. Ils ne se connaissaient pas et tout de suite ils se reconnurent. Le célèbre auteur dramatique tendit la main à l’obscur bureaucrate. Ces deux âmes, inégales en culture, se sentaient sœurs, cependant; elles communiaient dans une même piété ; et celle-ci agissant dans un domaine purement intellectuel et celle-là dans un domaine plus humble, l’une et l’autre étaient faites pour s’entendre. Paul Meurice ouvrit à Paul Beuve sa maison: il lui confia des besognes assez délicates et n’eut qu’à se louer de son zèle. Lorsqu’il fut question de reconstituer l’appartement de Victor Hugo, place Royale, Paul Beuve offrit bénévolement d’y verser son trésor, fruit d’une longue patience. On ne put manquer d’accepter ce don. Les journaux en ont déjà vanté l’importance. Et Paul Beuve tira de cette notoriété, répandue autour de son «œuvre», une satisfaction qui le rend expansif et joyeux.

La dernière fois que je le rencontrai, cet été, entre deux voyages, il me dit:

— Quand venez-vous visiter mon magasin?.

— Votre magasin?

— Oui, certes. J’aurais de quoi en monter un superbe, avec tous les articles que je possède. J’ai de la bijouterie, de la parfumerie, des denrées coloniales, que sais-je encore...

— Et tout cela marqué à l’empreinte de Victor Hugo?

— Naturellement!

— Et vous avez aussi des têtes de pipe?

— Elles abondent... Allons! un peu de courage...

Ma curiosité ne résista point à cet assaut. Et je promis de me rendre, le lendemain, à Levallois-Perret, chez l’intrépide et obstiné fureteur.

Il m’attendait sous les armes, je veux dire qu’il tenait encore au bout des doigts le léger plumeau et le morceau. de cuir souple avec lesquels il astique et épouisète les «numéros» de sa galerie. Son chat noir Quasimodo était gravement assis sur le seuil. Il se hérissa en m’apercevant. Et j’en conclus que Paul Beuve l’avait dressé à défendre à coups de griffes, ses richesses contre l’irruption des barbares.

— Paix, Quasimodo! C’est un des nôtres!

Quasimodo s’adoucit. Et je pénétrai dans une série d’étroites pièces dont les murs étaient garnis d’un nombre prodigieux d’Hugos de toutes matières, de tous formats, de tous aspects. Dans les temples de l’Inde, on ne voit que des Bouddhas. Ici, Bouddha c’est Victor Hugo; — Hugo souriant, Hugo pensif, Hugo avec barbe et sans barbe, Hugo aux cheveux ras et aux chevenx ondulés, Hugo en famille, Hugo seul sur son rocher, Hugo formidable, Hugo poterne, Hugo écoutant chanter l’alouette ou lançant la fondre, Hugo sénateur, Hugo prophète, Hugo-Océan, Hugo-Soleil!

Vois, cet astre éclatant. Il n’a pas son pareil. Par sa prose et ses vers, il répand la lumière; Il darde ses rayons sur la nature entière, Et, pour le genre humain, sa lampe est un soleil.

— Beuve, s’il vous plaît, procédons avec ordre. Et faisons un inventaire méthodique et soigneux de vos objets. Nous les classerons, si vous y consentez, par «rayons», comme dans les magasins de nouveautés.

Ces façons commerciales scandalisent, je crois, le brave garçon, qui les juge secrètement irrévérencieuses. Quand il s’agit de Victor Hugo il ne peut être question que des rayons du génie. Pourtant Beuve a de l’esprit et prend son parti de rire. Il va chercher dans une vitrine des bibelots et revient, les bras tendus, l’œil fixe, et retenant sa respiration, comme s’il voiturait le saint sacrement.

— Voici vos têtes de pipe.

— Alors, c’est le rayon des fumeurs.

— Parfaitement.

Elles sont six têtes de pipe. La plus ancienne et la plus rare remonte aux environs de 1848 et sort de la fabrique de Duméril de Saint-Omer, dont la raison sociale est inscrite sur le tuyau. Victor Hugo y est représenté sans barbe: il fronce les sourcils d’un air farouche et déjà olympien. Puis il y a le «gambier» aux yeux noirs, et le «gambier» aux yeux blancs.

— Observez bien cette distinction, murmure Paul Beuve. Elle est capitale!

Le gambier aux yeux noirs est terrible. Sous cet aspect, Victor Hugo ressemble à Croquemitaine. Il louche horriblement. Les trois autres pipes correspondent à la vieillesse du poète et ne sont pas moins naïves. Mais, bah! ne soyons pas plus exigeants que le public qui daigna s’en accommoder. Et d’ailleurs ces pipes sont des merveilles d’art et de goût, si on les compare aux deux pots à tabac que Beuve a découverts chez un mastroquet des Batignolles et qui reproduisent, avec une touchante gaucherie, la «pose» du fameux portrait de Bonnat. Et ce n’est pas fini. Le rayon des fumeurs s’allonge immodérément. C’est le porte-pipe V. H., le papier à cigarette V. H., la blague V. H. où trône Victor Hugo entouré de Gambetta, Grévy et Raspail. Hugo et Grévy ont les cheveux jaunes. Gambetta et Raspail ont les cheveux verts. Mais ils sont très respectables. Enfin un cigare, rien qu’un, le gloria V. H. de Balsa hermanos, dernier exemplaire d’une famille éteinte et que Beuve a miraculeuse-meut sauvé de la destruction. Le cigare est fatigué, quoique la bague soit toute fraîche. Ce cigare ne sera jamais fumé...

— Mon cher Beuve, passons au rayon des comestibles...

Il est concevable que ce rayon soit assez mal fourni, ce qui se mange ayant une durée éphémère. Il ne renferme qu’un mince paquet de chocolat qui a dû, sous son enveloppe argentée, blanchir en vieillissant. Le chocolat V. H.!... Le rayon de parfumerie est représenté par deux savons, un savon couleur caramel, qui menace ruine, malgré les soins paternels ou filiaux (comme il vous plaira!) de Beuve. Le second pain, de ton vert-myrte, est merveilleux. Il excite l’appétit. C’est la consolation de mon ami — et son orgueil. Il est baptisé savon des muses et orné d’attributs en reliefs qui s’enguirlandent aux initiales V. H.: la lyre, la palme, la couronne de lauriers, l’étoile, le papyrus. Rien n’y est oublié. Ce morceau de sculpture en pâte tendre émane d’un artiste savant et ingénu. Le rayon des liqueurs n’est remarquable que par la forme de ses bouteilles, fioles ventrues où apparaît, gravé dans l’épaisseur du verre, un distique de Ruy Blas:

Monseigneur, nous formons un assemblage infâme, J’ai l’habit d’un laquais et vous en avez l’âme.

Sans doute eût-il été plus spirituel d’y graver ces autres vers qui eussent fait implicitement l’éloge de ce que contenait le flacon.

... Affreuse compagnonne. Dont le menton fleurit et dont le nez trognonne.

Mais, n’est-ce pas? on ne pense pas à tout! Le rayon de beuverie (sans calembourg) se complète par deux coupes, décorées de lyres, avec les éternels V. H., dans un écusson, et qui mériteraient d’être posées devant Job et Magnus, sur la table des Burgraves... Par contre, les bâtons que j’aperçois seraient trop frêles pour leurs mains robustes (car j’allais oublier le rayon des pommes de canne!)

— Je vais vous montrer la papeterie, la bijouterie et la vaisselle.

Paul Beuve me regarde du coin de l’œil et son sourire indique que ces rayons me réservent des surprises. Ils sont très copieux. Il n’est pas un fabricant d’encre ou de plumes qui n’ait essayé de mettre ses produits sous le patronage de Victor Hugo. Il se défendait mollement contre leurs entreprises, il était bon prince; les autographes ne lui coûtaient guère, même lorsqu’on les lui demandait dans une intention de lucre. Le géant tolérait que quelques Myrmidons vécussent des aumônes de sa magnanimité. Il n’hésitait pas à écrire à un marchand: «Désormais, je ne me servirai plus que de votre encre». Cette phrase reproduite, en fac-similé, sur les topettes dudit, en accélérait la vente. Vous pensez bien que Beuve en a repêché un exemplaire. Il a aussi trois variétés de porte-plume V. H., avec vue intérieure, par projection, du testament du poète; sept cahiers d’écolier, une infinité de cartes postales, un carnet de blanchisseuse, des encriers en faux bronze et le papier à lettre V. H., bleu myosotis, avec ces vers attribués à l’auteur des Feuilles d’automne:

Une rose me dit: Devine Et je lui répondis: Amour.

Plus d’un militaire usa de ce velin sentimental pour envoyer des douceurs à sa payse. Et cette lettre, il pouvait l’éponger, s’il le voulait, avec le buvard V. H., et s’attabler, pour l’écrire, au cabaret, devant la toile cirée V. H., et déguster un vermouth V. H., et grignoter des biscuits V. H. dans une des huit assiettes V. H., que Paul Beuve a réunies.

Il y a l’assiette patriarcale, découverte sur la route de Fontainebleau, et renfermant, côte à côte, autour d’Hugo, ses petits-enfants Jeanne et Georges, Vacquerie et Meurice; il y a les assiettes d’André Gill. d’Alfred Le Petit, de Hadol, et, la plus amusante de toutes, où l’on voit un personnage à favoris, brandissant un flambeau et saluant un visiteur plein de morgue, avec cette légende: «Le roi Louis-Philippe reconduit Victor Hugo qui vient de lui réclamer, à minuit, la grâce de Barbès.» Ah! je vous assure que Louis-Philippe n’en mène pas large! Il semble adresser des excuses à son hôte. Dans la pensée du dessinateur, à qui est due cette étonnante composition, le vrai roi, c’est le poète...

Ces bibelots étalés et qui surgissent de tous les points de la chambre, qui jaillissent des armoires, sortent des tiroirs, quittent les murs, montent de terre, finissent par m’étourdir. Il y en a trop. Je veux les fuir, je me lère, je saisis mon chapeau, où l’un des savons V. H. s’es introduit subrepticement,.. Beuve court après moi:

— J’ai encore les pantoufles V. H., les chenets V. H.

— Vous m’en voyez ravi, mon cher Beuve.

— J’ai trois épingles de cravate, quatre boutons de manchettes, deux broches, quatre breloques, deux insignes pour la boutonnière, deux porte-montre, un ruban de soie, quatre tapisseries, vingt médailles d’argent. de bronze, de cuivre, de nickel!...

— Que de splendeurs, excellent ami.

— Cent dix bustes et médaillons...

— Arrêtez!...

— Mille portraits...

— Je n’en puis plus...

— Six cents charges.

— Je meurs!...

— Deux cent journaux de mode...

— De grâce!

— Et neuf cents photographies...

— !!!

— Et, de plus, un horoscope, ramassé sur la poitrine de l’aveugle du pont Neuf, énumération continue. Mais je n’écoute plus. Je bouscule l’innocent Quasimodo. Et je dégringole l’escalier.

Tel est le véridique récit de la dernière visite que j’eus l’occasion de rendre à mon ami Beuve.

Certains esthètes grincheux (il en est de par le monde) ne manqueront pas de faire observer que le culte de Victor Hugo, ainsi entendu, dégénère en fétichisme et qu’il est offensant ou tout au moins ridicule de conserver un tas de colifichets destinés à ne pas survivre aux circonstances qui les avaient enfantés.