Young Ladies et Kalachnikovs - Didier Amans - E-Book

Young Ladies et Kalachnikovs E-Book

Didier Amans

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Beschreibung

La sergente Jenny Canuto combat les Talibans en Afghanistan avec son régiment du Génie quand, suite à un évènement terrible, elle est contrainte à déserter de l'Armée de Terre. Aux cotés de ses copines Peshmergas, elle va se retrouver à combattre Daech au Kurdistan irakien. Erbil, Sulaymaniyah, ou encore Kirkouk sont les lieux où l'ex-soldate française va suivre son destin

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Veröffentlichungsjahr: 2018

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Ähnliche


A elle et à toutes les autres

Table

Caserne Valmorin, le vendredi 19 avril 2013.

Un an avant, Région parisienne.

À des milliers de kilomètres de là

Paris.

Joinville-le-Pont, le vendredi 19 avril 2013.

Erbil.

Sulaymaniyah.

Kirkouk.

Retour à Erbil.

Épilogue

Caserne Valmorin, le vendredi 19 avril 2013.

Jenny sortit de son bureau, les gars de son équipe étaient déjà partis, elle regarda en arrière avant de fermer la porte. L'ordinateur était éteint, elle laissait place nette. Son dossier à la main, elle se dirigea vers le bureau des chefs en passant devant les salles de cours, fermées un vendredi après-midi. La secrétaire du capitaine, une blonde légèrement boulotte, gironde, disait quelquefois l’adjudant en plaisantant, était toujours présente à son bureau et Jenny entendit du bruit dans le bureau adjacent où l’officier devait être en communication téléphonique. La troisième compagnie de combat était commandée par un capitaine. Celui-ci avait la responsabilité de quatre groupes, dont deux étaient en mission à l’étranger ou OPEX1.

Jenny rentra au secrétariat pour vérifier son courrier, ne rien laisser en suspens avant son départ.

- Bonjour Sandrine, fit-elle

- Bonjour, sergent, fini la semaine ?

- Oui, je vois l’adjudant pour lui donner un dossier et je pars en vacances.

- C’est pareil pour moi, je vous souhaite de bonnes vacances.

La secrétaire ne put s’empêcher d’avoir un brin d’envie devant cette fille au caractère bien trempé. La sergente Jenny Canuto était brune, mesurait dans les cent soixante-huit centimètres. Le Jiu-Jitsu avait modelé son corps et, associé au sport sur la caserne, son corps musclé pouvait paraître un peu épais, ses cuisses étaient puissantes, mais les arts martiaux lui donnaient une légèreté qui la rendait désirable. Sous son front dégarni par des cheveux tirés en arrière, et noués par un élastique, elle avait de grands yeux gris foncé en amande et profonds. Un nez rond joliment dessiné apportait un peu de tendresse dans son regard pur et volontaire. Une bouche étroite, avec des lèvres fines mises en valeur par des dents supérieures très légèrement avancées, finissait de former un séduisant visage. Un teint mat et quelques taches de rousseur sur le haut de ses fossettes soulignaient le mélange de ses origines espagnoles par son père et normandes par sa mère.

Il n’y avait pas beaucoup de femmes dans la caserne, et Jenny était le type de fille que Sandrine aimerait connaître un peu plus, mais elle ne pourrait jamais lui avouer son homosexualité.

Elle suivit du regard la sergente et la vit s’arrêter devant la porte de l’adjudant Barenne, son chef de groupe, il gérait trois équipes dont la sienne.

Jenny était devant la porte, respirait profondément comme si elle était en séance de yoga, tendue. Ça ne me ressemble pas, même quand je sais que je vais prendre un savon, j'y vais franco, advienne que pourrait. Là, je m'en veux de ce que je vais faire.

Elle était dans un sale état, le treillis tout neuf de son dernier paquetage faisait triste mine. La nouvelle tenue, la Félin T3, se composait d'un pantalon plus large que les anciens, et d'une veste qui se portait droite sur les hanches, non retournée vers l'intérieur. Deux larges poches étaient disponibles au niveau du bassin. À croire que les états-majors avaient dessiné ces treillis pour tromper l'ennemi, le pantalon de l’ancienne tenue était vraiment moulant, et la veste remontait au-dessus des fesses, le ceinturon soulignant la taille. Les filles ne pouvaient ne pas voir les coups d’oeil du personnel masculin. Jenny n’avait aucun complexe avec son gros cul et ses cuisses musclées. Donner des coups de pied tendus dans un punching-ball à hauteur de tête était une distraction dont elle ne pouvait se passer, et les conséquences en étaient certainement sa taille quarante-deux, pour ne pas dire du quarante-quatre.

Ses chaussures ne brillaient pas. En cuir gras, résistant et imperméable, elles présentaient une doublure en Gore-Tex intégrale pour protéger du froid. Les semelles étaient adaptées à la marche sur les terrains pierreux.

Mes galons dorés en forme de doubles chevrons sur mes épaules me manqueront, j'en avais ressenti une telle fierté quand je les avais perçus à la sortie de mon séjour à l'école des sous-officiers. Elle sentait monter l’odeur de la poussière collée à la sueur de la journée. C’est ce qu’elle aimait le plus dans son boulot, finir la journée crevée, vidée et poussiéreuse de ses efforts. Elle mit sous son bras gauche son béret bleu foncé, orné d’une cuirasse d’or ornée d’un casque, - un pot-en-tête d’après l’héraldique, frappa à la porte de l’adjudant et rentra dans son bureau.

- Mon adjudant, je vous apporte mon rapport de la semaine.

- Asseyez-vous, sergent Canuto.

Le bureau de l’adjudant était dégagé du superflu, un dossier cartonné rouge fermé par les élastiques et deux photos, dont l’une de ses deux enfants. L’autre montrait une réunion de vieux soldats dans un désert en Afrique, elle trônait devant une figurine 1/6e du Famas2. Il travaillait sur son ordinateur portable ouvert devant lui. Les rubans de la médaille de la défense nationale, ainsi que la médaille outre-mer avec agrafes Tchad et Somalie ornaient son treillis. Une pucelle du régiment, rouge et vert foncé était accrochée sur le rabat de sa poche poitrine droite.

Ses cheveux légèrement grisonnants et sa barbe donnaient une bonhomie et un paternalisme qui avaient souvent réconfortée la sergente. Une dague était accrochée au mur derrière lui, dans un étui en bois sculpté sous des couleurs vives dont l’origine, - le clan Majeerteen, ayant sévi dans la région du Puntland au nord-est de la Somalie - était gravée sur une plaque de bronze. Une poignée en corne de zébu donnait une idée de la puissance de cette dague. Un souvenir qu’il avait ramené très certainement d’une campagne en Afrique.

Jenny tendit à son chef de groupe le compte rendu comportant les occupations réalisées par son équipe dans la semaine. Elle avait triché comme d’habitude sur l’état des séances de sport. Les dix kilomètres journaliers avaient été courus, mais le mercredi, un match de basket avait remplacé le parcours d’obstacles. Ce n’était pas noté dans le CR. Jenny savait que l’adjudant n’était pas dupe. Il y avait eu aussi une séance de Techniques d’Interventions Opérationnelles Rapprochées, le TIOR qui consistait à du combat corps à corps. Les soldats s’équipaient de protège-tibias, les garçons de coquilles et les filles de protège-seins. Ils répétaient inlassablement les techniques à mains nues, avec des bâtons de défense ou matraques, puis en utilisant des armes létales telles que poignards ou armes à feu.

Dans ces exercices de TIOR, celui que Jenny craignait le plus, c’était Durand, le connard de son groupe, ça le faisait chier d’être commandé par une femme. Il tapait fort quand elle tenait le bouclier et il y avait de la colère ou de la haine dans ses yeux. Elle ne savait dire s’il lui en voulait ou s’il était amoureux de son sergent. Quand c’est elle qui était du côté du bâton, elle se faisait un plaisir de lui en retourner autant.

Même lui allait manquer à Jenny. Alors les autres, n’en parlons pas.

Il était notifié dans son compte rendu les séances d'instruction théorique. Cette semaine, le sujet portait sur les embuscades, en réaliser et évidemment les déjouer et s’en protéger. Il y avait aussi toutes les semaines une ou deux séances d'anglais.

- Vous avez nettoyé votre VAB3, sergent ?

- Oui, mon adjudant, les pneus sont bons, ils peuvent encore faire une campagne en Afghanistan.

- Oh ! C’est terminé, Tora ou la Kapisa. Pour les prochaines ballades, on retournera certainement en Afrique. Personnellement, je préfère.

- Les Famas sont nettoyés et stockés à l’armurerie, continuait-elle de rendre compte. J’ai pu tirer trois cartouches au PGM Hecate au stand de tir, c’est impressionnant.

Elle pensait à ce fusil de précision, normalement réservé pour les tireurs d’élite, il était bon de se familiariser avec tout type d’armes que l’on pouvait rencontrer sur un théâtre de combat. Il y avait même des Kalachnikovs et les soldats devaient connaître son maniement, l’AK47 étant l’arme la plus répandue dans le monde.

- Bien je vous souhaite de bonnes vacances, vous m’aviez parlé un jour de faire une croisière dans les Fjords du nord de l’Europe avec votre père, vous allez vous promener en dehors du territoire, peut-être ? Ou alors vous allez faire de la plongée quelque part en Méditerranée ?

- Non, mon adjudant, répondit-elle avec une sueur froide dans le dos. Je rejoins mon père à Paris et on part sur la côte à Fécamp, chez ma grand-mère.

Il se doute de quelque chose, je lui avais parlé d’un voyage similaire au début de ma convalescence. Je pensais que le froid et les immensités glaciales du nord de l’Europe auraient gelé mes tristesses et mes haines. J’avais oublié ce voyage, plus tard.

- Bien, vous donnerez mes amitiés à votre père.

- Merci mon adjudant.

- Vous pouvez disposer, Canuto.

Elle se leva et sortit du bureau.

Elle avait du respect pour l’adjudant Barenne. Il était correct, il l’avait accueilli comme un sergent avant tout, plutôt que comme une fille, après ses années à l’École Nationale des Sous-Officiers d’Active, l’ENSOA de Saint Maixent.

Sept mois avant, elle pensait qu’il avait pesé sur la balance pour sa réintégration dans un groupe de combat. Les docteurs lui disaient inapte temporaire pour Vigipirate, les officiers lui proposaient les transmissions ou d’autres voies de garage. L’argument temporaire, par définition disant qu’elle pouvait retrouver son aptitude, lui donnait le droit de continuer à exercer son activité comme avant. Je savais ce que je voulais, ils ne pouvaient pas non plus me prendre mon travail, en plus du reste. Il y avait eu une certaine pression médiatique sur le commandement, et ils avaient finalement autorisé la sergente à réintégrer le groupe de combat. Elle n'avait par contre toujours pas récupéré son aptitude à Vigipirate ni encore moins à une OPEX.

C’était sans doute une des plus importantes raisons pour laquelle elle allait faire ce à quoi elle s’était préparée pendant ces 7 mois.

Quelle merde, tout ça, quel gâchis. Elle avait une belle carrière en vue, cette fille, se disait l’adjudant Barenne. Je ne suis pas sûr que les gradés prennent le risque un jour de la renvoyer en OPEX. En a-telle conscience ? Si c’était le cas, elle en foutrait un drôle de pataquès !

Elle a un sacré caractère, avec un charisme pas possible, elle obtient ce qu’elle veut de ses gars, ça me fout la gerbe, cette situation. Cela ne pourra pas durer éternellement, soit les psychologues la voient capable de tenir un fusil armé dans une gare à Paris ou en Afrique, soit il faudra qu'elle trouve un autre boulot, ici ou ailleurs.

Elle est bizarre aujourd’hui, son départ en vacances peut-être ? Ce n’est pas cette histoire de séances de sport, elle sait que je suis au courant. La connivence et la cohésion apportées par les sports collectifs, c'est bon pour un groupe. Non, ce n’est pas ça.

Qu’elle ne fasse pas de conneries, bon sang.

Des signaux d’alarmes tambourinaient l’esprit de l’adjudant, mais il était très loin du compte.

Jenny en avait gros sur la patate, elle quittait les gars de son équipe, Magnin, Bernous, Marin, Ahmed, et Durand. Ils lui manqueront tous. Elle était partie en Afghanistan avec eux. Leur mission au sein du génie était la protection des équipes de déminage, quand le risque était grand sur les routes verminées. Ensuite, il fallait protéger les équipes de reconstruction quand le terrain était défoncé par des obus ou des mines.

Le déminage était assuré entre autres par le Buffalo, une sorte de tracteur équipé d’une fourche monstrueuse avec 9 dents de deux mètres, et vers le bas d’un dard menaçant appelé griffe de scarification. Longue de trois mètres, elle permettait de dégager une bombe artisanale, appelée aussi EEI4. L’opérateur, dans sa cabine insonorisée et blindée, manoeuvrait l’engin à l’aide de caméras disposées à différents endroits.

Une fois douchée, changée en civil, Jenny récupéra son sac et sortit du quartier de la compagnie de combat du génie.

Malgré ce début de printemps, il ne faisait pas très beau, le ciel était bas. Il ne pleuvait pas mais l’atmosphère était morose. Jenny vit le vol d’une dizaine de cigognes en escadrille remontant vers le nord de l’Europe, elles arrivaient d’Afrique pour passer l’été près des moulins en Belgique. Cette vision lui remonta le moral. Elle prit cet évènement comme un bon présage. Elle admirait ces oiseaux, leur migration pour suivre la nourriture, traverser des régions inhospitalières. Elles ne sont que du gibier dans certaines régions d’Afrique. Jenny était sortie six mois avec un mécano avion d’une base aérienne, il l’avait invitée lors d’une journée porte ouverte et elle avait vu les célèbres mirages 2000 ornés d’une cigogne. Les oiseaux fins dessinés sur les fuselages de ces avions à la ligne agressive avaient une allure folle. Elle avait revu avec plaisir cet escadron en Afghanistan.

Le septième régiment du génie était basé sur le Camp Valmorin à dix kilomètres au sud-ouest de Nancy. Tous les quartiers, équipés de bureaux, de salle de cours et de chambres, s’érigeaient sur trois étages enduits de chaux blanche et couverts de tuiles rouges.

À droite, le quartier de la compagnie de dépollution, assurait la mise en oeuvre des mines et des explosifs, le déminage et l'ouverture d'itinéraire piégé.

A ses côtés, trois hangars métalliques étaient utilisés pour les matériels tactiques ; les VAB, 2 Buffalos, et des chars AMX30.

La compagnie d’appui dont le quartier se trouvait à droite après le quartier de dépollution, rangeait dans les autres hangars leurs engins de terrassement, des tractopelles, des bulldozers, des moyens de forage rapide et des matériels de franchissement de cours d’eau. Le rôle de cette compagnie était de reconstruire ce que tous les autres avaient détruit.

Jenny avait passé 3 ans sur cette caserne, et elle avait aimé cette vie. Elle récupéra sa petite Citroën, et sortit du camp. Je donnerai mon laissez-passer à mon père, pour qu’il le renvoie à l’administration. Je ne savais combien mes décisions allaient lui faire du mal. Cette nouvelle épreuve lui serait éprouvante encore une fois.

L’appartement était complètement vide. Jenny récupéra ses trois sacs de vêtements qu’elle allait laisser à Paris, plus un sac avec le strict nécessaire. Elle avait laissé la chaîne hi-fi et la télé dans un dépôt-vente, envoyé le préavis pour son appartement, avec ce qu’il fallait sur son compte pour les trois loyers restants. Tous les prélèvements existants avaient été clôturés.

Quatre heures après, elle était rue Marie Curie à Joinville-le-Pont. Elle avait vécu toute son enfance dans cet appartement, au deuxième étage d’un ensemble résidentiel. La vie y était belle, l’école maternelle et la primaire étaient à deux pâtés de maison. Plus tard, elle prenait le bus avec deux copines pour aller au collège, elles étaient inséparables.

Jenny avait eu une enfance heureuse, ses parents n’avaient pu avoir un deuxième enfant. Sa mère, originaire de Fécamp, en Normandie, issue d'une famille de morutier avait fait toute sa carrière de sage-femme à la clinique Sainte-Christine. Son père avait travaillé dans plusieurs gares parisiennes à la SNCF, comme mécanicien soudeur. Il était originaire de Santander, capitale de la région de Cantabrie, aux portes du pays basque espagnol. Les grands-parents avaient fui l'oppression franquiste pour venir à Paris dans les années cinquante avec un premier enfant. La grand-mère était enceinte de son père qui allait naître à Paris. Jenny avait encore de la famille en Cantabrie.

Elle avait quand même quelques frères et soeurs dans l’immeuble où elle habitait. En période de Ramadan, ils avaient le droit de chanter et danser tard dans la nuit. Jenny avait appris l’arabe dans ces murs avec ses deux copines Aicha et Donia. Qu'est-ce qu'on avait pu l'enquiquiner, Aicha, avec la chanson de Khaled. Avec une scolarité moyenne, elle était allée jusqu’au Bac grâce aux langues. Nulle en mathématique, elle était légèrement meilleure en français. Cette matière avait pris un sens dans son esprit lorsqu’elle avait étudié La nuit des temps de Barjavel dans sa quatrième.

Par contre, au bac, elle possédait déjà cinq langues, le français évidemment, puis sa langue paternelle, l’espagnol. L’arabe quand elle était gardée par les mères de ses copines, puis l’anglais, perfectionné par des voyages scolaires. Elle se débrouillait en allemand, c'était quand même plus dur, par manque de pratique. On lui disait qu’elle possédait des facultés pour l’apprentissage des langues.

À sept ans, avec Aicha et Donia, leurs parents les avaient inscrites au judo, Jenny avait pratiqué quelques années pour basculer sur le jiu-jitsu. Les arts martiaux étaient devenus pour elle une vraie passion et un art de vivre. Ses copines ne l'avaient pas suivie. Faire une séance de yoga après un Goshin Jitsu, sorte de Kata d'autodéfense était une obligation pour son équilibre intérieur. Elle avait remporté le championnat de France militaire en 2011.

Jeune sapeur-pompier bénévole à quatorze ans jusqu’à ce qu’elle rentre dans l’armée, elle surpassait les mecs dans les épreuves sportives.

Sa deuxième passion découverte en Espagne, lors de ses voyages chez des cousins avait été la plongée. Jenny avait fait trois voyages en divers coins de Méditerranée où elle avait exploré les fonds marins du matin au soir. Elle n’était pas adepte de la chasse, elle emportait juste un couteau. Les grands fonds étaient pour elle un éden où son esprit vagabondait, elle se retrouvait dans un autre monde.

Son père n’était pas là, elle eut le temps de ranger ses sacs dans sa chambre. Il y avait quelques peluches sur une armoire en formica blanche, quelques affaires. Elle revenait une ou deux fois par mois en fonction de son emploi du temps. Elle avait trouvé un club de Jiu-jitsu à Nancy, mais elle aimait revenir voir son maître Kino Senseï au dojo du soleil. Sa mère disait parfois qu’elle revenait plus pour aller faire ses arts martiaux plutôt que de les voir à eux. Une coupe, quelques médailles gagnées lors de compétition d'arts martiaux, essentiellement judo et jiu-jitsu ainsi que des photos en kimono ornaient une étagère et au mur, un vieux poster d’Indochine.

En attendant son père, Jenny revoyait en détail tous les éléments de ses trahisons, elle était en train de quitter l’armée française, du jour au lendemain ; ses chefs, ses collègues, son équipe la croyaient en permission. Lundi, dans dix jours, elle devrait être présente à la cérémonie des couleurs du lundi matin et elle n’y serait pas. Les autorités la mettront en position administrative : Absent Sans Motif, ASM, cela sonne comme une injure dans cette institution qu’est l’armée. Jenny avait eu beau chercher une alternative, elle revenait toujours à la même finalité. En quittant l’armée, en cassant son contrat, elle aurait eu toutes les peines du monde à inventer son avenir, dire la vérité aurait été source d’une multitude d’avis contraires pour lui faire changer d’avis. Elle n’avait d’autres choix que de garder secret ses projets.

Elle regardait l’appartement, assise dans la salle à manger. Avant, il y avait toujours des fleurs sur la table, à la place, des classeurs de timbres en vrac, une paire de ciseaux et des pochettes de rangement pour ces morceaux de papier de l’administration postale. Deux canapés et une table de salon semblaient parler à un meuble bar sur lequel trônait une antique télévision à tube cathodique. Dessus deux cadres ; une photo ancienne où l’on voyait une jeune femme d’une vingtaine d’années en train de rire dans la vieille rue d’un vieux village. Maman. Elle était aussi sur la deuxième photo dans une rue de Paris, elle rigolait toujours, tenant par la main le petit frère de Jenny. Il avait huit ans, sur la photo. Ses parents avaient adopté Boladji au Bénin alors qu’il avait un an. Ils étaient allés le chercher à Porto-novo en 2003. Jenny avait du mal à se retenir de pleurer et se projeta dans le passé un an auparavant.

1 Opérations extérieures

2 Fusil automatique utilisé dans les armées françaises

3 Le Véhicule de l'Avant Blindé est le véhicule de transport de troupes le plus répandu

dans l'armée française

4 Elément Explosif Improvisé

Un an avant Région parisienne, le mercredi 6 mars 2012.

9 h 45, Abdullah Aziz attendait dans un Renault Trafic, rue Raymond Poincaré à Ivry sur seine, cela faisait deux heures qu’il était au silence, sans bouger, il se découvrait des capacités phénoménales depuis qu’il avait découvert la voie.

Dans une époque très ancienne, du moins dans son espace-temps, il s’appelait Benoît Ganzy. Il avait fini sa troisième dans le collège à trois pâtés de maison à côté de cette rue Poincaré. Il connaissait bien le quartier. Benoît n’avait pas une once de savoir ce que pourrait être son avenir, c’était une notion très abstraite, et les deux dernières années du collège avaient été laborieuses, ponctuées d’absences fréquentes. Sa mère travaillait à la SNCF, ses horaires de nuit lui permettaient d’avoir un revenu suffisant pour vivre mais, évidemment, l’empêchaient de, ne serait-ce que croiser son fils, encore moins s’en occuper et lui donner cette confiance que tout homme a besoin.

Le père de Benoît était parti quand il avait appris sa future paternité, l’héritage génétique ne fut pas un cadeau pour l’adolescent.

À dix-neuf ans, Benoît mesurait un mètre quatre-vingt, cheveux noirs, le visage carré et osseux, l’ensemble de son physique de corpulence maigre et son teint blanc lui donnaient cette impression d’indécision chronique le caractérisant et qui avait accentué son manque de confiance.

Suite à six années de collège, Benoît s'était retrouvé dans le lycée professionnel de Vitry, pour passer un CAP de serrurier.

Dans les rues de Paris, il voyait des jolies femmes caracoler, et lors des stages qu’il faisait avec son patron, quand il allait dans un beau quartier pour secourir une bourgeoise enfermée dehors, son patron s’imaginait sans doute comme un prince charmant lorsqu’il disait cela, il ne pouvait s’empêcher d’envier ce monde. Il était convaincu que ce ne serait jamais avec son petit salaire d’artisan qu’il pourrait faire plier ces dites bourgeoises. Les idoles, les gens connus qu’il rêvait de côtoyer et même de vivre dans leur microcosme, il les avait tout d’abord découverts à la télévision, ces mêmes gens qui racontaient leur réussite avec un minimum de bagages scolaires. J’étais mauvais à l’école, je n’aimais pas l’école, mais je savais ce que je voulais ; quand on veut, on peut ! Disent-ils, certains, dénigrant l’école qui sauve des enfants dans le monde entier.

La fin de son CAP avait été difficile, les retards répétés dans le lycée et pendant les stages chez le patron étaient indices à penser que l’avenir de Benoît allait branlant.

Durant son CAP, une rencontre allait bouleverser la vie de Benoît. Émile et Jo, ils se faisaient appeler sous ces pseudonymes, et cela, déjà, commençait à donner du piment dans la vie de Benoît. Celui-ci était assez adroit dans son art, les portes récalcitrantes n’avaient aucun secret pour lui. Les trois compères imaginèrent aller visiter ces maisons que Benoît leur présentait comme des palais pour riches.

La jeune équipe avait commencé par de petits larcins, Benoît se prenait pour un artiste, on est des génies, se disait-il, quand ils rentraient dans un pavillon déserté par ses occupants. Le jeune cambrioleur se découvrait une belle et perverse impression de violer l’intimité de ces gens qu’il enviait et détestait à la fois. Les heures d’attente et la persévérance pour surveiller le départ des habitants donnaient de la profondeur, une certaine valeur à leurs tâches. Il fallait une stratégie complexe pour programmer le jour J et pénétrer le Graal.

Benoît passa son CAP, la théorie fut pénible. Sa pratique était parfaite, il réussit son épreuve. Celui-ci en poche, Benoît quitta son patron mais garda le carnet d’adresses sur lequel il avait notifié tous les bons plans de la région parisienne. Ils écumèrent la région parisienne et se sentaient intouchables.

Cette histoire devait pourtant mal se terminer et Benoît allait se retrouver en prison à la Santé entre 2000 et 2001.

Avant qu’il ne rentre en prison, les détenus étaient répartis dans différents blocs, en fonction de leur origine : le Bloc A était réservé pour les Européens, le B accueillait les détenus d’Afrique noire, le C attendait les Maghrébins et le D le reste du monde.

La disparition de cette ségrégation et le déménagement des détenus se réalisèrent lorsque Benoît débarqua à la santé en ce début de siècle. Benoît se trouva dans une cellule avec deux marocains de confession islamique. Benoît n’avait que très peu de rapport avec la religion. Il n’aurait aucun contact avec ses codétenus. Ceux-ci parlaient arabe entre eux et Benoît ne comprenait goutte de leurs propos. Il les voyait, de temps en temps, discuter, rigoler sur leurs méfaits qui les avaient conduits en cet endroit, avec de la violence quelquefois. À l’inverse, lors de leurs prières, il les sentait empreints de solennités et de sérieux, ces instants d’harmonie dans cette cellule l’impressionnaient. Il commença à comprendre l’arabe petit à petit.

Au bout d’un an de prison, il ressortit et ce fut la dégringolade, il avait côtoyé d’autres voyous que ses compagnons de cellule et il allait s’ensuivre une série de combines foireuses. Il avait oublié l’islam, mais pas l’arabe, le milieu de la pègre est multiculturel et Benoît allait démarrer son année 2006 en prison, la réputée dure Fleury-Merogis.

Dans son utilitaire Renault garé sur le côté droit de la voie, Abdullah Aziz l’avait volé à son ancien patron, le futur tueur regardait la rue Raymond Poincaré. Sur le bord de la voie, à sa droite, une grille en métal bordée d’arbres délimitait un parc, où le jour des enfants jouaient au ballon, surveillés par leurs nounous, où la nuit des clochards picolaient et se battaient entre eux, réchauffés par leurs chiens. Sur la gauche de la rue, un grand mur cachait à la vue la Synagogue Barchichat. Ce mur continuait sur une dizaine de mètres et faisait un angle de soixante-dix degrés avec la rue du même nom. Dans le prolongement de cette voie, à une trentaine de mètres, se dressait la porte d’entrée de la Synagogue.

Abdullah pouvait la voir de son véhicule par une mini caméra portable utilisée par les sportifs, placée sur le tableau de bord du véhicule. Elle était reliée à un écran à l’arrière du véhicule calfeutré par des rideaux intérieurs. La caméra donnait une image de la porte de la synagogue grâce à un miroir de surveillance, montrant la profondeur de la rue. Ce miroir avait été installé sans doute sur le mur pour aider un automobiliste à sortir de son garage.

En plus de son matériel audiovisuel, Abdullah était équipé d’un vrai arsenal, trois pistolets-mitrailleurs Uzi, deux AK47, deux caisses de munitions contenant des chargeurs de rechange remplis.

L'Uzi est un pistolet-mitrailleur de marque israélienne, quelle ironie ? Abdullah préférait cette arme, elle pouvait être utilisée d’une seule main. Les chargeurs étaient équipés chacun de vingt cartouches.

L’AK47 aussi connu sous le nom de Kalachnikov, ou Kalache, est un fusil d’assaut créé dans l’ancienne URSS, et fabriqué maintenant dans le monde entier. Les chargeurs, incurvés, contenaient 25 engins mortels de 7,65mm. Abdullah fit encore l’inventaire de son équipement et se reconcentra sur son objectif.

Abdullah, de toute façon connaissait l’heure à laquelle son corps musculeux et puissant allait se mettre en mouvement. Il connaissait la raison du rassemblement de certains rabbins influents sur la place de Paris et la fin de leur réunion allait se finir sur la Sha'harit, l'office du matin qui se terminerait à dix heures.

Ce corps musculeux et puissant, Benoît allait se le forger au centre de détention de Fleury-Merogis. Il avait pris de la confiance. Ces quelques années de trafics et de larcins, associées à quelques raclées le laissant sur le carreau quelques semaines, avaient augmenté un peu plus sa haine tous les jours et lui avaient donné une force de caractère qu’il ne s’imaginait pas dans sa jeunesse. Quand Benoît franchit les murs de la prison, il se jura que ce ne serait pas du temps perdu, il allait passer ses journées à mouler son corps.

Il rencontra aussi Abou Mezraoui, ce Français d’origine tunisienne n’avait aucune fonction officielle dans la prison, que sa qualité de détenu. De façon occulte, par contre, il utilisait son don pour détecter au plus profond d’un individu sa conscience réelle et il en usait à bon escient parmi les pauvres âmes du centre. La haine de Benoît, si voyante en surface cachait un grand besoin de soutien et de compréhension de la part d’une autorité supérieure, sans aucun doute une présence paternelle. Abou Mezraoui allait bien se garder d’expliquer cet état de fait à Benoît, il allait le laisser dans l’ignorance et, à l’inverse, fournir cette entraide et son appui à Benoît pour avoir une emprise sur lui et pouvoir guider sa haine où il le voudrait.

Il commença à l’amener dans les séances de prières, suivies de préceptes de survie dans ce monde. En premier, il ne parla que du bonheur de la religion islamique en lui lisant quelques versets bien choisis et bien traduits en fonction du but à atteindre. Allah est grand était le résumé de ces premières séances de spiritualité. Cette loi allait être assénée de multiples façons sur Benoît. Celui qui avait appris l’arabe parlé, allait commencer à lire le Coran, toujours sous l’assentiment de l’Imam maintenant à visage découvert. Benoît allait se convertir à l’Islam. Par des signes extérieurs en premier, il se laissa pousser la barbe, il arrivait à contenir et cacher sa haine. Ensuite, par ses occupations, il allait abandonner les lectures et les distractions interdites, évidentes comme des revues pornographiques, moins évidentes de prime abord comme le football, les trois mousquetaires et tous les romans du centre pénitentiaire. Benoît n’avait jamais lu les trois mousquetaires, il eut un peu plus de mal avec le football, mais il se plia à ces contraintes tellement il se sentait à l’aise dans un monde où des limites lui étaient imposées de façons rigoristes.

Lors d’une cérémonie, dans une cellule qui servait de lieu de prière, Benoît allait changer de nom pour prendre l’identité d’Abdullah Aziz. Le rituel était des plus solennels et Abdullah se trouva comblé avec l’impression de faire partie d’une famille, d’une collectivité, d’une communauté.

La deuxième étape commençait à pénétrer l’esprit d’Abdullah, elle se résumait au précepte ; Allah est la vérité. L’imam Mezraoui allait inculquer à son élève combien est important de diffuser cette parole dans le monde, le monde est en danger et il faut le sauver. Seuls la religion islamiste, le Coran et Allah peuvent sauver tous ces gens qui ne savent pas.

Abdullah devait être un exemple pour tous ses proches et ceux qui les côtoyaient, c’était sa première mission, déjà au centre pénitentiaire. Ses activités devaient être irréprochables. Il lui était autorisé à faire de la musculation, il continuait de forger son corps, d’autant plus que l’imam lui assurait qu’il aurait un grand avenir au sein de la communauté. Il devait se plier à toutes les obligations dignes d’un bon musulman. Abdullah appréciait ces contraintes, il les aimait, elles donnaient un sens à sa vie.

Si les incultes ne comprenaient pas la vérité d'Allah et du prophète, et la refusaient, alors la troisième idée allait rentrer peu à peu dans l’esprit d’Abdullah, sous l’impulsion d'Abou Mezraoui. Tuez les mécréants, l’imam allait apprendre le djihâd à son disciple. Il allait faire ressortir la haine qu’il avait réussi à enfermer dans l’esprit d’Abdullah, pour la faire ressurgir encore plus forte et destructrice. L’imam allait apprendre longuement comment reconnaître les mécréants. Ils appartenaient à d’autres communautés. Il y a deux types, racontait l’imam. L’ennemi juré de la vérité, l’adversaire ancestral, c’est le juif. L’autre, c’est celui qui veut nous empêcher de montrer la vérité au monde, c’est la police, les journalistes, certains font des dessins humiliant le prophète Mahomet. Ces impies ne devraient avoir jamais existé, pour que le monde renaisse une fois guidé par la réalité d’Allah :

Allah Akbar. Dieu est le plus grand.

En 2008, il restait un an à Abdullah à faire dans cette prison, qui était devenu à ses yeux, un havre de sérénité et de travail. Cette dernière année allait faire l’objet de la préparation d’un grand voyage vers des terres saintes, ou il apprendrait le contact avec la mort des impies.

L’imam allait lui fournir une identité, un passeport, un visa pour affaire, et durant ce voyage, Abdullah allait apprendre, se battre, voir la mort, tuer, au Yémen puis en Syrie pour ensuite faire son retour triomphant en France. Il était devenu un animal de combat. Il était prêt à semer l’enfer. Son retour était attendu, par son initiateur ainsi que par toute une organisation prête à lui donner les moyens pour accomplir sa mission.

Les forces de police et du renseignement allaient voir passer un terroriste en puissance. Abdullah Aziz fut arrêté pour être interrogé. Les services secrets des nations occidentales avaient suivi son périple au Yémen et en Syrie, ils se doutaient du but de ces voyages, mais Abdullah savait pertinemment les réponses à donner. Les Français sont tellement prévisibles, en rigolait l’imam Mezraoui. Abdullah se bornait à énoncer des activités de tourisme dans ces pays, il serait automatiquement relâché.

Allait s’ensuivre une période relativement longue, qui servirait à se préparer psychologiquement à être le plus fort pour devenir un martyr de la vérité. Abdullah allait être surveillé par des écoutes téléphoniques et une présence physique continuelle des policiers le suivant comme une ombre. C’est exactement ce qu’il allait devenir, une ombre noire qui traverserait dans les clous, jamais une injure ou un mot de travers. Il n'allait pas reprendre ses anciennes activités répréhensibles, ni côtoyer ses amis d’une très lointaine époque. Abdullah allait reprendre contact avec sa mère pour donner l’impression d’un fils irréprochable, lui mentir sur sa profession, que la prison l’avait changé et qu’il avait corrigé ses erreurs.

Abdullah, en fait, était en service commandé, il devait se montrer et apparaître comme un être exempt de tout reproche. Abou Mezraoui, lui annonçait une période de six mois minimum avant que sa surveillance accrue par les forces de police ne se tarisse faute de résultats.

Les écoutes téléphoniques étaient relativement faciles à contourner, un silence radio étant la meilleure parade à une écoute qui commençait à s’éterniser, il suffisait de passer de temps en temps un appel à sa mère.

La surveillance physique était plus difficile à contrôler. Au bout d’un certain temps, racontait l’Imam Mezraoui, nous pouvons penser à l’abandon de la surveillance. Les nations occidentales n’ont pas les moyens de surveiller en permanence tous les combattants. Les polices engagent alors des contrôles de hasard, il ne se passe rien pendant deux semaines, puis les mécréants, se mit à siffler Abou en colère, débarquent, recherchent les lieus habituels où le combattant se rend et reprennent leur surveillance pendant deux jours. Abdullah se rendit compte de la colère de son mentor, il allait apprendre l’échec d’une mission un an auparavant à cause d’une négligence du soldat de la vérité.

Mais Abdullah était sérieux, il exécutait toutes ses tâches avec obéissance et avec sérieux.

La veille du jour de son fait d’armes, Abdullah était prêt, L’imam l’avait engagé à préparer lui-même sa mission. L’organisation lui avait fourni les armes et le matériel dont il avait besoin. Il avait bien expliqué le déroulement de son sacrifice à l’imam Mezraoui qui avait été très satisfait. Il vola le Renault Trafic. Le lendemain, Abdullah allait se mettre en guerre sainte. Il avait peur d’échouer, l’imam le réconforta. Le but premier était de créer la psychose dans la population. Avec son armement et la préparation qu’il avait subie, il ne pouvait faire que du mal aux autres et du bien pour la cause.

Le temps des attentats préparés pendant deux ans par des spécialistes triés sur le volet, coûtant très cher était fini. La police arrivait à démanteler les réseaux. La population, malgré la souffrance des nombreuses victimes, savait qu’il ne pouvait y avoir un tel attentat tous les jours, tandis qu’un homme, un voisin, un Français armé de deux fusils-mitrailleurs pouvait amener la peur du fait de la facilité de préparation de l’attentat.

9 h 45, Abdullah rentra dans la cabine côté conducteur, il n’y avait personne aux alentours. Il posa son armement sur le siège passager, trois Uzis. Il pourrait ainsi tirer de ses deux mains en même temps. Il n’était pas précis dans ce cas, mais ce n’était pas le but. Il fallait faire beaucoup de dégâts, non tuer quelqu’un en particulier. Il mit le moteur en route, il savait que l’heure était arrivée, il ne pouvait plus faire demi-tour. Il lui sembla entendre le portail bouger. Il vit un gardien sortir et regarder la rue, celui-ci ne pouvait voir le fourgon dans l’angle de la rue.