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Un agent du FBI rencontre dans d'étranges circonstances une jeune femme morte depuis des années...
L’agent fédéral Julian McDonnell enquête sur des fonds occultes aux ramifications multiples et internationales. Rapidement freiné par des règles diplomatiques et certains conflits internes, il comprend que ses recherches touchent un point ultrasensible. Soupçonnant les services secrets mexicains, il fait la connaissance de Sandra lors d’un passage à Las Vegas. Rencontrée dans des circonstances pour le moins particulières, son identité l’est encore plus. Cette jolie jeune femme que ne refuserait aucun homme est centenaire. De l’autre côté de l’Atlantique, aux Pays-Bas, l’homme d’affaires Thomas Eton retrouve sa grand-mère qu’il avait tant aimée et décédée deux ans plus tôt… Contre l’avis de tous et les pressions croissantes, il s’entête et refuse de croire à un fantôme ou une supercherie.
Comment se peut-il que des morts ressurgissent du jour au lendemain ? Accompagnez Julian McDonnell au fil de ses recherches dans ce roman de science-fiction absolument glaçant !
EXTRAIT
— Comme vous le savez peut-être déjà, je travaille pour le FBI et j’ai besoin de vous poser quelques questions, ça va aller pour y répondre ?
Très intrigué et relativement sceptique, il avait volontairement adopté une stratégie de compassion, exagérant son empathie.
— Ce sont mes jambes qui ont un problème, pas mon cerveau, plaisanta-t-elle.
— Justement, parlons-en ! Elles ont été anesthésiées et vous vous êtes retrouvée dans un véhicule incapable de freiner. D’après mes connaissances sur le sujet, c’est peu banal, répondit-il ironiquement.
— Je me souviens que des hommes cagoulés m’ont mise dans la voiture et ont posé une brique sur l’accélérateur. J’étais paniquée, je ne savais plus quoi faire. Malheureusement, je ne me souviens pas d’autre chose, comme si mes souvenirs avaient été effacés. J’ignore totalement l’identité de mes ravisseurs, expliqua-t-elle calmement.
— Où êtes-vous née ? testa Julian.
La jeune femme voulut répondre directement mais aucun son ne sortit de sa bouche. Elle regarda Julian dépitée, prenant progressivement conscience de son amnésie.
— Savez-vous en quelle année nous sommes ? poursuivit-il.
— J’avoue l’ignorer… probablement à la fin du vingtième siècle, balbutia-t-elle.
— Nous sommes en 2020, l’année des Jeux olympiques de Tokyo, dit-il sérieusement.
Elle ne sut que répondre, totalement désemparée. Le regard interdit, elle prit le bras de Julian et le serra fortement.
— Combien de temps suis-je restée dans le coma ? Que m’est-il arrivé ? demanda-t-elle la voix remplie de sanglots.
— Vous n’allez peut-être pas me croire… En réalité, vous n’avez jamais été dans le coma, vous êtes décédée il y a quarante-neuf ans d’un problème au cœur, répondit-il d’un air désolé.
— C’est une blague ? demanda-t-elle en levant les sourcils.
— Elle ne serait pas très drôle. Vous avez cent sept ans et vous en paraissez vingt-cinq, il s’agirait plutôt d’une utopie.
— Ce qui signifie que je n’ai nulle part où aller…, murmura-t-elle en se prenant doucement le visage entre les mains.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Titulaire d’un Master en gestion d’entreprise et d’une spécialisation en développement durable, politicien,
Geoffrey Van Hecke est passionné par le monde des lettres. À la fois romancier, poète et auteur de pièces de théâtre, l’évasion se décline chez lui sous toutes ses formes, parfois avec humour, subtilité, philosophie mais aussi de manière plus froide. Un auteur à 360° qui ne cesse de rêver et qui a fait de la dimension temporelle son thème de prédilection.
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Seitenzahl: 227
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Geoffrey Van Hecke
« Le temps malgré tout a trouvé la solution malgré toi. »
Socrate
Avant propos
Mémé était revenue plus jeune mais avec les dents déchaussées. Elle m’avait dit qu’elle remontait parfois. Où, je l’ignore. Je lui avais répondu que j’avais toujours été là pour elle, provoquant un moment d’émotion assez subtil. Elle souffrait des autres, toujours présente pour eux, rarement de manière réciproque. Puis ma grand-mère m’a dévoilé une partie inconnue de ma famille. Pour m’assurer que tout allait bien, j’ai testé sa présence, comprenant qu’elle se trouvait effectivement aux côtés de sa maman. Alors je l’ai prise dans mes bras et lui ai confirmé mon identité. Ma copine s’est subitement tenue face à nous. je m’éveillai là, dans une semi-inconscience où résonnaient les battements rapides de mon cœur.
Un rêve peut parfois changer une vie. Celui-ci m’a permis de faire le lien entre le décès de la personne à laquelle je tenais le plus au monde et ma passion pour l’écriture. Ma plume est l’outil d’évasion dont je ne peux plus me passer, ma thérapie. La réalité ne reste malheureusement que la réalité. Cette histoire brouillonne et complexe à retranscrire survenue quelques mois après la date fatidique du 24 juillet 2013, date du décès de Marie-Josée Janssens, ma grand-mère maternelle, a constitué une formidable source d’inspiration. De sensibles sentiments mélangés à l’imagination, s’écoulant paisiblement tout au long du papier. L’histoire qui se vit diffère de l’histoire qui s’écrit. La difficulté de l’artiste est de transmettre au lecteur les mêmes sentiments qu’il éprouve, de l’amener avec lui dans un monde qu’il appréhende et face auquel il se sent peut-être impuissant. Mais parfois certains récits sont beaux, même si la mort y prend part. Elle n’est au final qu’une loi naturelle parmi tant d’autres.
Cette histoire commence le 24 juillet 2013. Après une agonie de six mois, commencée par un infarctus subaigu, le corps de ma grand-mère gît inanimé sur son lit d’hôpital. Selon les médecins de la clinique Europe Saint-Michel de Bruxelles, la probabilité qu’elle passe la nuit est de 50 %. Son dernier sourire pour moi date de trois jours. Peu avant sa disparition, elle nous avait demandé de la laisser tranquille, ma mère et moi, alors que nous tentions de la nourrir. La lutte était inégale, le destin déjà écrit. Je me souviens d’une phrase en particulier, lors d’une rare période de conscience : Tu es resté jusqu’au bout. Elle me tenait la main et me souriait, sourire rendu aussitôt. Nous ne nous l’étions jamais dit mais savions que notre relation était unique tant par sa force que par sa pureté. En mon absence, elle s’était encore inquiétée de mon alimentation. Le petit a bien mangé ? avait-elle demandé à ma mère sur son lit d’hôpital, les narines aérées par des tuyaux d’oxygène. Le petit c’était moi et mon double-mètre. Elle s’en voulait d’apparaître aussi faible face à moi. Personnellement, je relativisais et considérais que mourir de vieillesse à 88 ans était honorable. Mon grand-père paternel n’avait pas eu cette chance : il est mort trop jeune, le lendemain de ma naissance, d’un cancer généralisé, après plusieurs mois d’atroces souffrances. Un sourire avait illuminé son visage lorsqu’il avait appris l’existence nouvelle d’un petit-fils. Bien entendu, la théorie diffère souvent de la pratique. Le 24 juillet, jamais mes larmes n’avaient été aussi pesantes et ma tristesse aussi grande. Depuis des années, je me demandais : Et quand elle ne sera plus là, que se passera-t-il ? Ce jour était arrivé et j’avais beau tenter de m’y préparer, rien n’y a fait. Je me consolais en me disant que je ne l’avais jamais abandonnée, j’avais été là pour elle comme elle l’avait été pour moi tout au long de ma vie. Je souhaitais qu’elle parte apaisée et aimée. Si je n’avais pas été présent chaque jour, jamais je n’aurais réussi à me le pardonner et les regrets auraient été impossibles à porter.
L’incinération s’est produite six jours plus tard. On m’avait reproché de ne pas porter de costume, je leur avais reproché leur superficialité. J’allais dire bonjour à ma mémé une dernière fois et elle n’en avait rien à faire que je sois habillé en costume cravate ou pas. J’étais là, c’était tout ce qui comptait. Je n’avais pas pleuré ce jour-là, contrairement à ma mère qui s’était levée en pleurs pour toucher le cercueil avant qu’il ne finisse dévoré par les flammes. Mon deuil commençait mais ma vie devait continuer. Je devais avancer pour qu’elle soit fière de moi, pour qu’elle se dise que le temps qu’elle a passé à m’élever n’avait pas été vain. J’avais mis une énergie considérable à nous placer sous une bulle immunisée contre la mort, un havre de paix où seule la vie a des droits. Mais la nature est impitoyable. J’y pense chaque jour tant elle me manque. Un genre de personne qui ne fait jamais de mal et qui était connue comme une des seules à savoir dire « merci » à l’hôpital. Un détail qui illustre une grandeur d’âme. Elle avait été la première à corriger mes manuscrits alors que je n’étais encore qu’un adolescent. La première à jouer avec moi au Monopoly ou au Stratego, la première à ne pas me blâmer mais à me pousser vers le droit chemin. Cet hommage qui basculera par la suite vers la fiction me paraît naturel. Ma grand-mère était tout simplement quelqu’un de bien. Ses cendres reposent aujourd’hui à Ath, dans la province de Hainaut en Belgique, dans le caveau familial. La savoir sous forme de cendres m’est insupportable. Elle est à mes yeux bien plus que de simples cendres. Si cela n’avait tenu qu’à moi, je l’aurais embaumée pour la préserver des millénaires.
Le nom des personnages, les lieux, l’époque et l’action ont été volontairement modifiés afin de réaliser un récit purement fictif. Il est cependant partiellement inspiré de faits réels et d’importantes recherches.
I
Amsterdam
Le temps que Thomas Eton passait au téléphone exaspérait Rachel. À force de prôner le travail à distance, on devient un robot entouré de choses virtuelles. La jeune femme de dix-neuf ans attendait ce moment depuis plusieurs jours. Une partie de tennis avec le CEO de l’entreprise High-Tech², son père. Une start-up qui a d’emblée raflé 9 % du marché européen du prêt-à-porter en proposant un habillement futuriste à toutes les classes sociales. Le rapport qualité-prix et une campagne marketing ultra-élaborée ont fait le reste. Ce succès a toutefois un prix : la disparition d’une vie de famille. L’appel terminé, Thomas regarda la rue, pensif, en manipulant nerveusement son stylo.
— Papa ! On y va ? demanda Rachel, impatiente.
Rachel lui faisait penser à sa mère, décédée dans un accident de la route. Toujours nerveuse et impatiente pour sortir, toujours nerveuse et impatiente pour rentrer. Thomas n’était pas misogyne mais pensait sincèrement que la nature a créé la femme compliquée. Il n’avait pas souvent été présent pour elle, cette partie de tennis s’annonçait comme un moment unique. Sur le seuil de la porte se cachait un visage derrière un bouquet de roses. Le jeune homme bascula anxieusement la tête vers la droite pour tomber nez à nez avec Thomas.
— Euh… désolé, je ne savais pas que…, bredouilla-t-il.
Rachel s’amusa de la situation. Jan était un brave garçon avec qui elle avait eu une aventure la veille. Sa démarche la surprenait à moitié.
— Vous vous connaissez ? demanda Thomas, sceptique.
— Alors tu me le donnes ce bouquet ? sourit-elle.
Le jeune homme remit le bouquet, intimidé, en échange d’un baiser. Rachel l’invita à repasser pour le dîner et monta dans la Tesla garée devant le portail. Au moment où Thomas s’installa au volant, son portable resonna.
Washington D.C.
Julian McDonnell travaillait, mangeait, dormait au 935 Pennsylvania Avenue, mais, n’y habitait pas. Pour une raison simple : il s’agissait du siège central du FBI. Un lieu où il lui arrivait de passer seize heures par jour lorsqu’il n’était pas sur le terrain. Sur son bureau trônait un article du New York Times paru en mars 1907, L’âme a une masse, pense un médecin. Ce médecin, c’était Duncan MacDougall, l’auteur de la théorie du poids de l’âme. D’après certaines recherches, il aurait découvert que l’âme pèse 21 grammes. « En 1907, MacDougall pèse six patients moribonds avant et après leur mort. Constatant dans l’écart des mesures une portion non nulle et d’après lui non justifiable biologiquement, il en déduit qu’il pourrait s’agir de la masse de l’âme s’échappant du corps humain. Son expérience en constituerait une preuve inédite1. » Julian prit une tasse de café tiède et la porta à ses lèvres avant de se rétracter.
— McDonnell, dans mon bureau immédiatement ! lança son supérieur.
L’agent spécial se dirigea d’un pas nonchalant vers la pièce située à l’autre bout du plateau. Sous le regard habitué de ses collègues.
— Julian, t’es vraiment un malade ! Qu’est-ce qui t’a pris d’aller convoquer le bras droit du consul du Mexique, tu veux risquer un incident diplomatique ou quoi ? criait-il.
— J’ai besoin de voir ce type, il se trouve trop souvent dans des endroits où il n’a rien à faire. Et mon indic m’a fourni des documents troublants où son nom apparaissait.
— T’as pas compris, tu t’approches plus de lui ! tonna-t-il en le pointant du doigt.
— On me paie pour protéger mon pays, alors laissez-moi faire mon job !
— Tu fais chier, bon, allez, casse-toi ! soupira-t-il en attrapant rageusement son téléphone.
McDonnell sortit du bureau aussi calmement qu’il y était entré, sous le regard sceptique de l’agent Thompson, une sorte de poupée blonde qui le prenait pour un utopiste. Voire un crétin. Il prit sa veste et sortit du bâtiment en direction du Capitole. Seul un homme avait le pouvoir et peut-être la volonté de l’aider.
*****
De l’autre côté de l’Atlantique, Rachel servit pour le match et marqua le point après une partie gagnée relativement facilement. Son père justifia ce mauvais résultat par quelques soucis professionnels sans oublier néanmoins de féliciter sa fille. Il prit sa serviette et son portable.
— Ma chérie, j’ai un dîner avec un gros client ce soir, prends ça et va t’amuser avec ton copain, dit-il en lui tendant gentiment un billet de 50 €.
— Ok, merci, je verrai s’il est libre après le repas…
— Même s’il est pris, il se libérera, crois-moi, sourit son père.
Jan accepta la proposition de Rachel dans la demi-heure.
Julian attendit la fin de la séance parlementaire pour interpeller le sénateur Rodwell. Un homme d’une quarantaine d’années constamment en quête d’une occasion pour se mettre en avant. Rodwell invita Julian à le suivre dans son cabinet et l’y accueillit avec un large sourire. Il enleva sa veste et retroussa ses manches avec vigueur, impatient.
— Souhaitez-vous un café, monsieur McDonnell ?
La capsule était en réalité déjà dans la machine, prête à être torréfiée.
— Non, je vous remercie. Monsieur le sénateur, j’ai besoin de votre aide, enchaîna sérieusement Julian.
Contrarié, Rodwell s’empressa de replacer la capsule dans la boîte, oubliant de se préparer une tasse.
— Mais ne suis-je pas élu pour que la justice soit respectée ? sourit-il.
— Il ne s’agit pas vraiment de justice dans ce cas-ci, monsieur le sénateur. J’ai de sérieuses raisons de croire que le gouvernement mexicain aide certains scientifiques américains à monter des expériences totalement illégales. Mais j’ignore leur type, leur lieu et les personnes qui tirent les ficelles de ce projet opaque.
Rodwell retint un rire nerveux et décida finalement de se faire un thé.
— Et qu’attendez-vous de moi ? demanda-t-il avec un semblant de sérieux.
— Soit le gouvernement est au courant, et mon combat est perdu d’avance, soit il ne l’est pas, et nous sommes assis sur une bombe. Je voudrais avoir dans un premier temps votre avis, expliqua-t-il impassible.
Le sénateur s’assit et mit une importante dose de lait dans son thé à moitié plein.
— Je n’ai personnellement pas connaissance d’un plan scientifique secret. D’ailleurs, pour quelle raison cacherait-on l’avancée de la science ? haussa-t-il les épaules.
— Je ne crois pas que vous soyez aussi naïf. Vous savez parfaitement que de gros groupes pharmaceutiques préfèrent cacher certaines découvertes pour des raisons financières. En attendant, par exemple, que la demande pour tel ou tel produit miracle explose.
— Admettons que ce mystère soit fondé, que voulez-vous ? Que j’aille convoquer l’ambassadeur du Mexique ? se hasarda-t-il ironiquement.
— Non, je veux une couverture et un laissez-passer express sur l’ensemble du territoire des États-Unis. Mon chef ne m’aide pas dans mon enquête, alors je vais toquer plus haut, répondit froidement Julian.
— Avez-vous de réelles preuves de ce que vous avancez ?
Julian tendit le dossier au sénateur qui le parcourut en diagonale.
— La dernière photo a été prise en Arizona à 3 h 36 du matin, souligna-t-il.
Rodwell se mit à tourner sur sa chaise en tapotant nerveusement son stylo sur sa bouche.
— Le plus troublant est la facture au nom de Garcia, la quantité de matériel médical est énorme et il est évident qu’un particulier ne peut avoir les fonds à lui seul, réfléchit Rodwell.
— Tant que je n’ai pas l’accord de mon supérieur, je n’aurai aucun accès aux fichiers de la CIA2 ni même aucun droit de me mettre en contact avec quiconque, regretta Julian.
— En bref, vous me demandez de faire jouer mes relations en échange de lauriers si cette affaire tourne bien ? enchaîna-t-il d’un regard espiègle.
Julian acquiesça.
— Donnez-moi quarante-huit heures et revenez me voir avec quelques éléments en plus, dit Rodwell en serrant chaleureusement la main de Julian.
Julian sortit du bureau sénatorial avec un air satisfait. Il décida de ne pas retourner au bureau et alla prendre un verre dans son bar préféré, le Marvin, connu pour ses spécialités belges.
Amsterdam
Jan invita Rachel au Chet’s Jazz Café, un bar qui rappelait le Chicago des années 1930. Le jeune homme se sentit mal à l’aise face aux regards qui les dévisageaient. Rachel était belle et ne manquait pas d’attirer l’attention. Jan préférait la discrétion, n’éprouvant aucune fierté à se montrer en public avec elle, il l’appréciait et cela lui suffisait. Ce genre de moment était précieux. Elle but une gorgée de sa coupe et prit sa main pour le rassurer. Sa simplicité et sa gentillesse le séduisaient, il voyait en elle plus qu’une apparence. La soirée passa et les jeunes gens voulurent danser. Sur la piste, Rachel prit le visage de Jan et l’embrassa doucement. Elle se savait ivre mais était parfaitement consciente. Et Jan veillait sur elle. La nuit fut belle et étoilée, tout semblait parfait.
Thomas rentra exténué. Les revendeurs chinois devenaient trop coriaces en affaires, ils voulaient tout et n’étaient même pas capables de respecter les droits les plus élémentaires. Il était néanmoins arrivé à les faire plier avec un argument de poids mis en place par le nouveau gouvernement : la garantie d’une réduction des cotisations salariales, et donc du coût de revient, s’il installait la nouvelle usine High-Tech² sur le territoire des Pays-Bas. Ses nouveaux partenaires s’étaient inclinés, renonçant temporairement à leur projet d’usine locale. Thomas n’arriva pas à trouver le sommeil. Il se tourna et retourna nerveusement dans son lit sans comprendre pourquoi. Son subconscient avait capté une information mystérieuse durant la soirée. Mais laquelle et où ? Sentant une sensation inexplicable envahir son esprit, il prit un cachet et parvint enfin à tomber dans les bras de Morphée. Mais sur les terres du rêve, le subconscient est maître, l’agitation ne le quitta pas, au contraire.
Rachel fut raccompagnée à l’aube. Le jeune homme lui montra sa demeure sur le chemin du retour. Une belle maison rouge deux façades de style Art déco. Il y était fort attaché. Jan expliqua à quel point les biens familiaux étaient importants, ils avaient une âme et une histoire, une base solide sur laquelle se posaient les briques. Ils marchèrent encore un kilomètre et eurent de la peine à se quitter. Rachel lui laissa sa longue écharpe bleue légèrement parfumée de jasmin. Elle enferma un baiser dans sa main puis le lui souffla avant de fermer la porte. Demain et hier furent un beau jour, les cœurs semblaient battre plus intensément qu’à l’habitude.
Washington D.C.
Julian pensait qu’on ne pouvait changer l’histoire, c’est elle qui nous modifiait. Des milliards de choses se produisent chaque jour sur Terre, rendant le destin impossible à maîtriser. L’affaire qui l’occupait allait probablement le faire évoluer radicalement tant elle était lourde à porter et à comprendre. Son indic lui avait fourni la preuve d’un important versement de liquidités sur le compte en banque d’un homme d’affaires mexicain proche du pouvoir. Son job consistait à établir le lien entre son enquête, le gouvernement mexicain et le dénommé Pablo Ramon. Un homme d’une cinquantaine d’années qui touchait à tout, au casier judiciaire vierge. Il avait la réputation d’être droit et généreux. Julian embrassa la belle créature encore endormie ramenée du Marvin et alla vérifier ses e-mails. Rien de spécial dans la boîte de réception si ce n’était la confirmation du rendez-vous de l’après-midi avec Rodwell. Il hésita à contacter l’IRS3, l’argent crédité sur le compte de Ramon provenait en effet d’une société-écran obscure basée aux Bahamas, État où le secret bancaire est roi. Tout transfert de plus de 10 000 $ est, aux États-Unis, automatiquement signalé. L’idée était de fusionner partiellement son enquête avec celle de l’IRS afin de mettre davantage de pression sur Ramon et les parties cachées qui gravitaient autour. L’IRS l’informa qu’elle était tombée sur un montage financier complexe. Ramon n’était qu’un maillon d’une chaîne conçue pour brouiller les pistes. Ce qui ennuyait l’IRS était la propreté de ces sommes colossales. Aucune fraude découverte, aucune tentative de blanchiment d’argent, aucun lien avec un quelconque trafic. Ramon se trouvait à Las Vegas pour les deux prochains jours avant de repartir pour le Mexique, l’occasion était en or.
*****
Aux Pays-Bas, la journée était plutôt froide, Rachel préféra faire une halte chez Jan plutôt que d’attendre le bus pour rentrer chez elle. Elle souhaitait en profiter pour récupérer son écharpe et aller manger avec lui. Elle retint son souffle et attendit patiemment qu’il vint lui ouvrir. Ce fut un vieil homme aimable qui l’accueillit à sa place. Rachel laissa passer quelques secondes d’étonnement et se ressaisit.
— Bonjour, excusez-moi de vous déranger, je suppose que vous faites partie de sa famille, je suis venue voir Jan, expliqua timidement Rachel.
Le vieil homme la regarda, stupéfait. Il croyait à une blague.
— Jan ? demanda l’homme, dubitatif.
— Oui, j’ai passé la soirée d’hier avec lui. Il m’avait raccompagnée et je lui avais laissé mon écharpe. Sur le chemin, il m’avait indiqué qu’il habitait ici, expliqua Rachel avec beaucoup de conviction.
— Vous devez faire erreur, mademoiselle, j’avais effectivement un fils qui s’appelait Jan, mais il est décédé il y a quelques années, répondit tristement l’homme.
Rachel resta bouche bée, comment pouvait-elle s’attendre à cela ?
— Ça va ? demanda l’homme, inquiet en voyant Rachel blanchir.
— Vous… vous avez une photo de lui ? bégaya-t-elle.
Il hésita puis alla chercher un album photo élégamment décoré. Rachel fut prise d’effroi à la vue des images. Il s’agissait bel et bien du jeune homme avec lequel elle avait dansé la veille. Un frisson parcourut lentement son dos et alla éclater à l’intérieur de ses épaules. Aucun son ne sortit de sa bouche tant le choc psychologique était violent.
— Vous… vous avez un verre d’eau, s’il vous plaît ?
Il la fit entrer et asseoir dans le salon, comprenant qu’il ne s’agissait pas d’une blague de mauvais goût.
— Monsieur, j’étais avec votre fils hier, dit sérieusement Rachel.
— Mais mademoiselle, ce n’est pas possible, répondit le vieil homme d’un ton bienveillant.
— De quoi est-il mort si je peux me permettre ?
— Une saloperie de cancer, il était si jeune…, répondit-il pensif.
— Excusez-moi, je n’ai pas envie de remuer le couteau dans la plaie, mais quelque chose m’échappe, j’ai besoin d’en avoir le cœur net, dit Rachel, déterminée.
— Voulez-vous voir sa tombe ?
— Si c’est possible…, répondit-elle, étonnée.
Il enfila un blazer à carreaux et invita Rachel à le suivre, le cimetière se trouvait à quelques encablures de là. Ils y allèrent à pied.
— Je n’ai aucune raison rationnelle de faire cela, mademoiselle, mais l’amour que j’avais pour mon fils me pousse à vouloir croire à l’impossible, dit l’homme rapidement essoufflé.
— Je sais ce que j’ai vu, je serais prête à payer la réouverture de la tombe, répondit sérieusement Rachel.
— Ne gaspillez pas votre argent pour une cause perdue d’avance, dit-il anxieux.
Ils mirent une demi-heure à parvenir au cimetière. L’endroit était désert, le gardien n’avait rien décelé d’anormal. Le vieil homme indiqua la tombe, simple, ornée de fleurs, sur laquelle était gravé le nom de Jan ainsi que ses dates de naissance et de décès. Rachel s’arrêta brusquement. Un bout de tissu dépassait. L’écharpe parfumée de jasmin qu’elle avait donnée à Jan la veille s’était dissimulée sous les bouquets. Elle attrapa nerveusement son téléphone portable et composa le numéro du jeune homme. Le numéro était indisponible.
— Vous sentez cette écharpe ? demanda-t-elle au vieil homme, resté en retrait.
— Oui, c’est votre parfum, simple coïncidence peut-être, répondit l’homme, résigné.
— Vous devez me prendre pour une folle, mais je vous assure que mon écharpe ne se trouve pas là par hasard, dit Rachel en sanglots.
— Il peut s’agir d’un sosie, dit l’homme tentant d’apaiser la jeune femme.
— Vous croyez aux fantômes ? demanda-t-elle froidement.
Le vieil homme ne sut que répondre. Seule une larme coula silencieusement sur sa joue.
Las Vegas
La chaleur était torride, les rues presque désertes. Julian sortit à la MGM Grand Station, le terminus du monorail de Las Vegas installé sur The Strip. Polo coupé à l’italienne, lunettes de soleil, la démarche assurée, il ne faisait pas penser à un agent fédéral en mission. Rodwell lui envoya un SMS sur sa ligne privée : « Tenez-moi au courant dès que vous avez du neuf. Ne vous faites pas attaquer par une machine à sous. Bonne chance, T.R. »Le message fit sourire Julian. Ramon apparut dans le hall de l’hôtel avant le dîner. Il avait l’air détendu et de bonne humeur, le teint bronzé. Son costume beige cachait partiellement son imposante corpulence. Julian s’avança rapidement et lui montra discrètement son badge. Son interlocuteur prit un air serein et le suivit dans un salon à l’abri des badauds.
— Monsieur Ramon, je n’irai pas par quatre chemins, une très grosse somme d’argent a été versée sur votre compte et plusieurs pistes me mènent à vous dans le cadre de mon enquête. Je veux dans un premier temps connaître le nom de l’expéditeur. Je veux dire, le véritable, pas la société-écran basée aux Bahamas, dit Julian d’un léger sourire.
— Il s’agit d’un client désirant garder l’anonymat, rien de bien complexe, sourit Ramon.
— Connaissez-vous un certain Garcia ?
— La moitié du Mexique s’appelle comme ça ! s’esclaffa-t-il.
— Et quelqu’un du consulat ou de l’ambassade ? dit sérieusement Julian.
— Je connais beaucoup de monde, sourit Ramon.
Julian regarda fixement deux hommes en costume blanc attendre dans le hall d’entrée.
— J’ai l’impression que notre discussion dérange certains de vos amis, dit Julian en restant braqué sur les deux individus.
— Ce sont mes gardes du corps, logique d’en avoir lorsque l’on est multimillionnaire, à moins que vous soyez l’utopiste qui pense que la police peut surveiller tout le monde. Dans ce cas, pourquoi la criminalité reste-t-elle si élevée aux États-Unis ? répondit-il nerveusement.
— Ce ne sont pas vos gardes du corps, Ramon, souligna calmement Julian.
— Ah bon ? Pouvez-vous m’expliquer pourquoi ? demanda-t-il étonné.
— Vous avez eu un cancer de la thyroïde, vous ne permettriez pas à vos gardes du corps de fumer, répondit-il en les regardant éteindre leur cigarette dans le cendrier.
Il ne sut que répondre et parut très surpris.
— Ok, soit vous me dites qui ils sont, soit je vous fais arrêter tous les trois, reprit Julian.
— Je ne savais pas que le FBI arrêtait des innocents, répondit sérieusement Ramon.
— J’ai le droit de vous mettre en garde à vue… assez longtemps pour vous faire rater votre retour au pays.
— Voici mes mains, dit-il en les tendant pour que Julian puisse le menotter.
L’agent fédéral resta de marbre. L’homme paraissait trop sûr de lui, un mauvais présage. Julian soupira.
— J’étais venu en ami, Ramon, vous commettez une erreur, expliqua Julian en le menottant.
Ramon fit signe à ses accompagnants de ne rien tenter. Julian envoya un SMS à Rodwell : « Ramon arrêté, refus de coopération, besoin de votre appui. »
— Ah, au fait, c’est vous qui commettez une erreur, lança Ramon en entrant dans la voiture de police stationnée en retrait de l’entrée principale.
Les hommes en blanc avaient disparu. Julian examina les regards stupéfaits autour de lui, l’incompréhension ambiante. Quelque chose clochait, il le savait. Une chose si simple. Il s’assit en se grattant la tête et vit le titre d’un journal local. Son regard se glaça si rapidement qu’il parut transfiguré.
*****
Thomas avait mal dormi, un rêve l’avait bouleversé vers trois heures du matin. Rachel apparut encore plus étourdie. Il avait toujours privilégié le dialogue avec sa fille, peut-être la raison d’une telle complicité. Elle lui raconta son aventure de la veille, Thomas crut à une mise en scène ou à un cauchemar qui s’était rapproché trop près de la réalité. Pourtant, Rachel insista et reçut son aval pour aller en informer la police. Qui lui expliqua la même chose que le vieil homme. Elle promit néanmoins de garder le dossier ouvert. En fin de matinée, ils décidèrent d’aller se promener au parc pour honorer un dimanche ensoleillé. Thomas se livra à son tour, regardant fixement devant lui tout en parlant.
— J’étais dans l’appartement de ma grand-mère avec ma mère et mes deux oncles puis quelqu’un a ouvert la porte. C’était elle, vêtue d’une chemise de nuit blanche. Souriante mais un peu décharnée. Elle pénétra dans la salle de bain avant de revenir nous voir. Nous n’en revenions pas. Tu sais à quel point j’aimais ma grand-mère, ton arrière-grand-mère. Elle m’a élevé et a fait tant de choses pour moi. Elle me manque énormément. Dans ce rêve, elle a voulu nous faire promettre une chose que je n’ai pas comprise. Mon oncle m’a demandé pourquoi je n’étais pas au courant juste avant que je me réveille en sursaut. Probablement à cause de l’émotion trop forte à supporter. Ça m’avait paru si réel, expliqua Thomas en laissant un long moment de silence passer.
Rachel lui prit affectueusement le bras. Elle aimait le côté sensible de son père malgré son important statut social. Ils vivaient un moment inhabituel de leur vie et souhaitaient éviter de tomber dans une euphorie émotionnelle. Juste rester dignes, même quand le rêve flirte avec la réalité. Et surtout savoir faire la part des choses.
Dix mois après, tu ne m’abandonnes pas. Tu t’immisces dans mes rêves et me rappelles à quel point la vie ne tient qu’à un fil, qu’elle est courte et fragile. De là où tu es, tu veilles sur moi, et moi, j’irais décrocher la lune pour entendre ton cœur battre à nouveau. Je n’ai aucune larme à verser, penser à toi me donne le sourire.
*****
Julian apparut dans la salle d’interrogatoire, déterminé. Il jeta son dossier sur la table et s’assit en face de Ramon.
— Bien, nous allons reprendre, commença-t-il froidement.
— Vous me traitez comme un chef de cartel alors que je suis tout sauf un criminel, soupira Ramon.
— Dissimulation de preuves, ça vous dit quelque chose ? Bien, connaissez-vous cette personne ? demanda-t-il en sortant une photo du dénommé Garcia.
— Il travaille au consulat mexicain, et alors ? Tous les Mexicains qui font du business ici le connaissent.
— Le connaissez-vous bien ? Pour quel type d’affaires ?
— Dites plutôt que c’est lui qui me connaît ! Je le côtoie comme un citoyen qui a besoin de l’appui de son pays quand il va à l’étranger, lui c’est différent, il regarde l’argent que ses citoyens produisent et rapportent. J’en rapporte beaucoup, expliqua-t-il fièrement.
— Vous en recevez tous deux beaucoup aussi. L’IRS a découvert que les sommes versées sur vos comptes respectifs provenaient du même fonds d’investissement. Fonds totalement opaque, comme par hasard. J’ai du mal à croire aux coïncidences.
— Écoutez, je vous aime bien McDonnell, vous pensez sincèrement bien faire et je respecte cela. C’est pour cette raison que je ne ferai pas appel à mon avocat et que je vais attendre sagement ma libération demain matin. Vous n’obtiendrez rien de moi, et vous savez pourquoi ? Car je ne sais rien ! insista-t-il.
— Vous ne savez rien ? Très bien, je vous laisse un petit cadeau, j’espère qu’il vous aidera à retrouver la mémoire. Je reviens ce soir, prenez la bonne décision car je déteste perdre mon temps, dit Julian en posant un cachet sur la table.
— Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-il, sceptique.
— Un comprimé d’iode4, il vous servira peut-être si vous ne parlez pas, répondit-il en feignant de sortir de la pièce.
Tremblant, Ramon commença à balbutier. Derrière le miroir, les autres agents furent stupéfaits des méthodes peu orthodoxes de leur collègue.
— Vous… vous êtes dingue ! s’exclama-t-il.
— À ce soir !
— Attendez ! lança-t-il, nerveusement.
— Oui ? se retourna Julian.
— Ok, calmons-nous, je sais que ce que vous faites est illégal, mais comme vous me paraissez cinglé, je préfère garder une vie saine…, dit-il en essuyant une goutte de sueur.
— Illégal ? Car je vous donne un simple cachet en cadeau ? s’étonna-t-il faussement.
