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Un nouveau pays, un nouveau mode de vie et de magnifiques histoires autour de la cuisine.Stelian et sa fille Lulia sont en France depuis peu. Ils arrivent de Roumanie – plus précisément des Carpates, le pays de Dracula. Pour Lulia, l’apprentissage de la langue française est un jeu (d’enfant) : l’école, les amis, les séries télé, tout concourt à lui rendre la tâche facile – même si elle garde un accent chantant qui charme son institutrice. Son père, lui, sort peu. Quand il arrive à prononcer trois mots en français, c’est un exploit. Mais il finira par apprivoiser cette nouvelle langue, grâce à sa passion pour la cuisine, mais aussi grâce à une accorderie – une association où chacun apporte son aide et son savoir, et où chacun a le droit de bénéficier de l’aide ou du savoir des autres, le tout sans échange financier. Un livre sur le partage, où l’on apprend aussi de merveilleuses recettes de cuisine.Un récit émouvant qui nous conte l’intégration en France d’un homme et de sa fille venus du pays de Dracula.EXTRAITAs-tu déjà entendu un chien parler au réveil ?Je ne te parle pas d’un chien qui parle vraiment ou qui se réveille vraiment, mais d’un chien qui te parle à toi parce que tu comprends ses grognements. Un chien qui pourrait dire quelque chose comme ça :OOOAAHH ! SNNIFF ! SNNIFF !C’EEST L’HEUEURREUEU DEE MAHASOUOUPPEUEU NOOON !!!Tu l’entends ? C’est Scotty, le chien des Walter, au deuxième étage. Un gros chien patapouf qui adore la soupe et le gratin de chou-fleur.CE QU’EN PENSE LA PRESSE« Avec délicatesse et un naturel proche de celui d'un conteur, Philippe Milbergue implique le lecteur dans cette histoire d'une grande actualité, qui pourrait concerner notre voisin dès demain. » – Ricochet Jeunes« …la réflexion sur la différence, l’apprentissage d’une langue étrangère, sur la difficulté de s’intégrer dans un pays qui n’est pas le sien, est menée de manière à la fois simple et intelligente. » – Mille et une frasques « C’est une belle leçon d’humanité, de partage, d’entraide. » – Les Bavardages de SophieA PROPOS DE L’AUTEURPhilippe Milbergue a écrit essentiellement pour les adultes : théâtre, poésie, chansons, nouvelles (dont des publications dans la mythique revue Nouvelles Nouvelles). Par ailleurs, il accompagne depuis 2004 des structures de l’économie sociale et solidaire dans leurs développements de projets. Il est père de deux filles, maintenant adultes, à qui il a raconté des centaines d’histoires. Dire que 40 jours d’automne et Plus belle la ville sont ses premières incursions en littérature jeunesse ne serait donc pas tout à fait exact. Disons que c’est la première fois qu’il publie des romans pour la jeunesse.
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Seitenzahl: 64
Veröffentlichungsjahr: 2016
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40 jours d’automne
Philippe Milbergue
DANS LA MÊME COLLECTION
Les orphelins d’Amérique
(MICHEL PIQUEMAL
)
Promesses
(
JULIA BILLET
)
Du sable entre tes doigts
(
PATRICE FAVARO
)
Plus belle la ville
(
PHILIPPE MILBERGUE
)
Pense bêtes
(
CHRISTOPHE LÉON
)
Charlie
(
PATRICE FAVARO
)
© Le muscadier, 2013
48 rue Sarrette – 75685 Paris cedex 14
www.muscadier.fr
Directeur de collection: Éric Denniel
Couverture & maquette: Espelette
Photographie de couverture: © Titus Lacoste
ISBN: 9791090685406
As-tu déjà entendu un chien parler au réveil?
Je ne te parle pas d’un chien qui parle vraiment ou qui se réveille vraiment, mais d’un chien qui te parle à toi parce que tu comprends ses grognements. Un chien qui pourrait dire quelque chose comme ça:
OOOAAHH! SNNIFF!SNNIFF! C’EEST L’HEUEURREUEUDEE MAHA SOUOUPPEUEU NOOON!!!
Tu l’entends? C’est Scotty, le chien des Walter, au deuxième étage. Un gros chien patapouf qui adore la soupe et le gratin de chou-fleur. Quand il grogne, on a l’impression d’entendre mon grand-père qui râle parce qu’il a perdu sa pipe. Et s’il aboie on dirait ma grand-mère qui enguirlande mon grand-père qui veut fumer sa pipe. C’est un chien grave, large, le poil noir jusqu’au bout des pattes. Il ne bouge presque plus maintenant. Il est vieux, si vieux qu’il a la truffe qui traîne par terre chaque fois qu’il se déplace. Parfois, lorsqu’il relève la tête, il a une petite bourre de poussière sur le museau.
Attends!
Tu entends?
Cela vient d’en haut on dirait…
Ça me gratte! Ça meOuap! Ouap!!Ça me gratte derrièrel’oreille!!!Ouap! Ouap!! Mais j’ai soif !Ouap! Ouap!! Vite, boire !GRRRREEE!Je suis bien!! Ouap! Ouap!!! Vite! Vite!! Ouap! Ouap!!
Oui, c’est ça. C’est bien ça… C’est la voix de Prune, la petite chienne de Lulia, au troisième droite. Entends le cliquetis de ses ongles sur le carrelage. Elle tourne en rond et doit encore chercher sa queue pour japper comme cela… ou elle vient de se réveiller. Cela lui arrive parfois. Elle court partout, renifle le sol, suit une piste puis retourne dans son couffin, histoire de terminer sa sieste du matin… ou de l’après-midi… ou sa nuit… Elle arrive quand même à dormir vingt heures par jour. Mais il ne faut pas dire du mal de Prune. Elle est vieille aussi, comme le gros Scotty. Elle a 10 ans presque. Comme Lulia. Mais les chiens cela ne vieillit pas comme les enfants.
Quand Stelian est rentré à la maison avec la chienne, elle tenait dans sa poche. Pourtant elle avait déjà 5 ans. Lulia pensait qu’elle allait grandir mais Prune est restée toute petite. C’est un Yorkshire nain. Plus petit que le Yorkshire nain, tu as le hamster… ou la souris. Mais il n’y a pas d’autre chien plus petit. Cela n’existe pas. Pour te donner une idée, le chat du cinquième gauche est presque deux fois plus gros que Prune et pourtant c’est un petit minou. Au début, Lulia voulait l’appeler Mirabelle à cause de la couleur de son poil qui tirait sur le jaune. Mais c’était trop long. Plus long que l’animal. Alors ils l’ont appelée Prune. C’est plus court. Plus rapide.
Quand Lulia la promène, elle lui met un petit manteau écossais, rouge et noir en damier. Tu l’as peut-être croisée avec sa chienne? En allant à l’école? Elle est brune, de grands yeux rieurs d’un vert profond qui tire sur le marron lorsqu’elle est en pétard. Non? Cela te dit rien? Lorsqu’elle rit, tu vois ses dents comme des gouttes de lait éclairer son visage de l’intérieur. C’est une jolie fille et son accent chantant charme même son institutrice. Elle est arrivée l’année dernière. Elle va à l’école de la rue Lafargue, juste à droite du grand garage, en face de l’église. Tu vois où c’est? Le matin, elle promène Prune à l’aller et Stelian, qui l’accompagne, ramène la chienne à la maison. Lorsqu’il s’arrête chez la boulangère, il met Prune dans son manteau pour ne pas la laisser dehors. Tu la verrais avec son petit museau qui dépasse par l’ouverture de la fermeture éclair. La boulangère, elle est gentille, elle ne dit rien et sourit à la chienne.
Au début, ce n’était pas facile pour eux d’acheter du pain ou de faire les courses. Stelian et elle ne parlaient presque pas le français. Ils viennent des Carpates, là où il y a des vampires. Si, si, je t’assure. C’est elle qui me l’a dit. Ils habitaient Sinaïa, une petite ville surmontée d’un gros château construit par un roi qui s’appelait Carol. Et pas très loin de là, il y a le château de Dracula qui regarde le château de Carol. Quand je dis « qui regarde », en fait, il y a une petite montagne entre les deux, mais à vol de vampire ce n’est pas loin du tout. Et comme la nuit tombe très tôt en hiver, les enfants de Sinaïa ont toujours une gousse d’ail dans leur cartable pour éloigner les vampires. Au cas où.
Le premier jour de classe, Lulia avait fait comme dans son école là-bas. Elle avait sorti sa gousse d’ail à côté de sa trousse. Naturellement. Sa maîtresse, madame Godin, avait été un peu surprise mais Lulia lui avait expliqué, avec plus de gestes que de mots, parce qu’elle ne parlait vraiment pas beaucoup français à l’époque, la raison du pourquoi. Crois-moi, cela avait fait rire toute la classe! Pas pour se moquer, non. Mais Lulia imitait trop bien le vol du vampire, la nuit, enlevant les petits enfants de Sinaïa…
VLAAAADDD…VOÏVOOODE… VLAAAADDD…VOÏVOOODE… HOPOSTARD!!!
Madame Godin avait écouté sans rire. Elle connaît bien les vampires et les Carpates. Elle a déjà visité le château de Carol. À la fin, elle a remercié Lulia et a demandé aux élèves s’ils connaissaient d’autres légendes. Si dans leurs familles on racontait des histoires comme ça. Mathieu – tu sais, celui qui marque toujours le premier but au foot – Mathieu a expliqué qu’en Martinique, il y avait un monsieur très méchant qu’on appelait le dorlis qui attaquait les femmes la nuit et que, pour s’en protéger, il fallait poser une coupe de sable sur la commode. Comme ça, le dorlis passait la nuit à compter les grains de sable et oubliait pourquoi il était venu. Ensuite, Khalissa a raconté l’histoire d’Aïcha Kandicha qui vole les hommes célibataires des villages pour les manger. Mais tu peux être sauvé si tu as un couteau sur toi car l’ogresse n’aime pas le métal. Et toute la matinée, ils ont raconté des histoires à faire peur. Enfin, moi, j’aurais eu peur. Lulia écoutait et apprenait plein de nouveaux mots.
Stelian, lui, n’avait pas pu apprendre le français lorsqu’il était jeune. Pourtant, il y a beaucoup de monde qui parle français dans les grandes villes des Carpates. Il aurait bien aimé aussi. Pouvoir étudier les grands auteurs et lire Astérix ou le Zizi sexuel… Mais dans son école, ses professeurs lui avaient dit qu’il valait mieux apprendre l’anglais, que c’était plus utile, que tout le monde parlait anglais, que c’était la langue des affaires, qu’il fallait faire des affaires, que bientôt les affaires à faire dans le fer se feraient en anglais ou ne se feraient pas. Que faire et défaire c’était toujours travailler. C’était le plus important: travailler. Surtout en anglais. Dès lors, il avait appris l’anglais ne sachant que dire ni que faire pour faire autrement. Et jamais, mais jamais de sa vie, je te l’assure, il n’avait prononcé un mot d’anglais après avoir quitté l’école. Il n’aimait pas cela. Il ne comprenait pas pourquoi un Chinois et un Russe devaient se parler en anglais pour se comprendre. Ils ne pouvaient pas apprendre le chinois? Le russe
