A la recherche de Bella - Jean Giraudoux - E-Book

A la recherche de Bella E-Book

Jean Giraudoux

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Beschreibung

Bella se dérobait. Plusieurs fois j’allai l’attendre à la porte du Ministère de la Justice, place Vendôme. Au pied du mètre type gravé dans le mur, j’attendais. J’attendais, sous la pluie, et en maugréant. Les passants pouvaient croire que j’attendais la Justice elle-même. Je faisais les cent pas, n’ayant d’autre distraction que de les étalonner au mètre type. J’avais le col de mon pardessus relevé, les yeux aigus ; les passants coupables m’évitaient, me croyaient de la Justice secrète. De la porte voisine, porte du Ritz, sortaient dix, vingt, cent femmes. Je m’étais sans doute dans la vie trompé d’une porte ! Que n’aurais-je pas reçu à l’autre, mais par la mienne Bella ne sortit jamais…

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Veröffentlichungsjahr: 2026

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A LA RECHERCHE DE BELLA

DEJEAN GIRAUDOUX

© 2026 Librorium Editions

ISBN : 9782387410214

 

A LA RECHERCHE DE BELLA

Bella se dérobait. Plusieurs fois j’allai l’attendre à la porte du Ministère de la Justice, place Vendôme. Au pied du mètre type gravé dans le mur, j’attendais. J’attendais, sous la pluie, et en maugréant. Les passants pouvaient croire que j’attendais la Justice elle-même. Je faisais les cent pas, n’ayant d’autre distraction que de les étalonner au mètre type. J’avais le col de mon pardessus relevé, les yeux aigus ; les passants coupables m’évitaient, me croyaient de la Justice secrète. De la porte voisine, porte du Ritz, sortaient dix, vingt, cent femmes. Je m’étais sans doute dans la vie trompé d’une porte ! Que n’aurais-je pas reçu à l’autre, mais par la mienne Bella ne sortit jamais… C’était la première fois depuis la guerre que la chair féminine, les parfums, les fourrures se raréfiaient autour de moi. C’était les premiers jours depuis que je n’avais plus d’uniforme, où mes doigts n’avaient pas ouvert un bâton de rouge, caressé, mamelle de luxe, souvent de l’amour, un réticule, caressé des seins. J’avais troué ce filet de bras nus, qui m’avait reçu en 1919 dans mon premier veston, et je me retrouvai seul par terre, à Paris, sans amis. Mes meilleurs camarades étaient tués. Je n’avais plus guère d’amis de mon âge que parmi les étrangers. Toutes ces lettres, toutes ces pensées, destinées par ma nature et mon éducation à des Limousins, à des Berrichons, à des Savoyards, c’étaient à des Anglais, à un Italien, à un Balte, que je devais maintenant les envoyer. C’est en Américain qu’on me félicitait de ma fête, de Noël. Ma jeunesse ne me souriait plus guère qu’avec des dents en or. Mais voilà que ces âmes de rechange se mettaient elles aussi à disparaître, Murphy tombait dans le Niagara, Druso tuait son président du conseil et se suicidait. Je souffrais un peu de l’immodestie de ces morts, mais les jeunes gens que j’avais rencontrés chez mon père étaient justement, de retour chez eux, les fauteurs de révolution ou de réformes. Celui qui fit sortir les femmes des harems, celui qui souleva la Chine du Sud contre la Chine du Nord, c’étaient mes nouveaux amis. Le journal du matin me donnait de mes amis, en manchette, les nouvelles les plus personnelles. J’aurais mieux aimé une carte postale. Moi qui avais désiré des amis rentiers, notaires, jardiniers, pour lequel l’amitié était une partie de billard à Vaucresson, un jardin à Pramain, mes nouveaux amis étaient Stefanik, Mussolini. Je me cherchais des amis français. Je partais pour le pré Catalan, pour les dancings, avec l’appréhension de mon premier départ pour le lycée. Quels voisins allais-je voir ? Je les cherchais au Café de Paris, là où un autre eût cherché des femmes. Je les cherchais aux environs des femmes, dans les endroits du monde où se trouvent le plus de colliers et de diamants. Je m’asseyais dans le voisinage des jeunes gens qui me paraissaient bien portants et gais. Je raccrochais surtout la franchise, la loyauté. En deuil de l’amour, je raccrochais l’amitié.

J’avais eu tort de ne pas venir plus tôt au Palais de Glace. C’était la fin des vacances. Les platanes du Grand Palais qui avaient orgueilleusement résisté à l’essence des autos, au goudronnage, succombaient à une souffrance qu’ils ne comprenaient pas, et qui était l’automne. Ils me découvraient maintenant le fronton du Palais de Glace, les feuilles mortes en jonchaient l’entrée, ils m’y menaient comme à l’hiver. Ils m’effleuraient le visage de leur feuille la plus basse et la plus solide, qui tombait, qui mourait de cette première caresse à un homme. Je m’approchai d’eux, je les flattai, je n’avais plus ce sot amour-propre qui empêche les humains de caresser les arbres ; jusqu’à hauteur d’homme, ils étaient maculés, souillés, mais, à partir de la première fourche, plus intacts que ne l’a jamais été arbre à la campagne et sans branche tranchée par l’orage, car le paratonnerre du théâtre Marigny protégeait cette forêt de la foudre. Je me décidai, et, passant sous le portique romain, pour cinq francs, j’arrivai au cœur de la saison encore prochaine…