Aïkan - Lebrun Cécile - E-Book

Aïkan E-Book

Lebrun Cécile

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Beschreibung

Aïkan est un jeune Berkutchi, une tribu de chasseurs à cheval accompagnés d’aigles, qui vit dans les montagnes de l’AltaÎ. Un jour, son père se fait attaquer par un aigle et tombe dans un profond sommeil. Pour le sauver, Aïkan participe à une cérémonie chamanique qui va l’entraîner dans un bien étrange voyage. Accompagné de son oncle Hisham et de son amie Kaïa, il parcourt les continents, croisant des créatures fabuleuses comme le Sphinx, le Serpent à plumes, le Dragon de Chine ou encore le Simorgh d’Iran, afin de ramener...

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Seitenzahl: 129

Veröffentlichungsjahr: 2025

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Couverture

Table des matières

AÏKAN

Igor et Piotr

Aïkan

Le voyage

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Titre

Cécile LEBRUN

Illustrations Solveig JOSSET

AÏKAN

À la poursuite de l’aigle rebelle

« Si tu n’as pas les yeux pour voir Simorgh, c’est que ton cœur n’est pas poli comme un miroir.

Ce miroir, c’est le cœur, regarde dans ton cœur !

Peut-être y verras-tu enfin briller sa face »

Farid al-Din Attar, La conférence des oiseaux

igor et piotr

Le soleil commençait à décliner ; d’ici deux heures, il aurait disparu derrière les sommets de l’Altaï qui fermaient l’horizon au loin dans la plaine.

Igor jeta un dernier regard sur les chèvres qui broutaient tranquillement dans l’enclos avant d’empoigner son fardeau et de rejoindre Piotr son petit frère. Ils déposèrent leurs seaux près des citernes, à l’arrière de la petite maison avant d’entrer dans la salle où leur mère s’affairait autour de la grosse marmite d’où s’échappait le fumet du ragoût qu’ils allaient savourer pour le repas du soir.

- Maman, on peut y aller ?

- Vous avez bien refermé l’enclos derrière vous ?

- Oui, et on a même pensé à remplir l’auge, assura le plus grand.

- Alors, d’accord, mais ne revenez pas trop tard et pensez à lui demander des herbes pour ma tisane.

Lui, c’était Soltan, le chamane, le guérisseur du village. Il habitait la maison située tout au bout du chemin. Il était très puissant, à la fois respecté et craint de tous car il savait communiquer avec les animaux et repérer le gibier dans la steppe. Comme il avait aussi une grande connaissance des plantes, il soignait les habitants avec une grande efficacité. Si bien que, dans ce village, on vivait vieux.

Au physique, il arborait un visage buriné, comme d’ailleurs la plupart des habitants du village. Igor et Piotr étaient ses petits-neveux à qui il avait choisi de transmettre son savoir. C’est pourquoi, les deux frères le rejoignaient aussi souvent qu’ils le pouvaient.

L’aîné, Igor, était ambitieux. Il voulait toujours être le meilleur. Comme il était doué, il progressait vite, trop vite, aux yeux du chamane.

Le village, comme beaucoup dans la région, était constitué d’un groupe de petites bâtisses blanches rectangulaires regroupées le long d’un chemin et cernées par des hangars de tôle et des enclos où l’on parquait les animaux. Ce peuple de nomades s’y réfugiait pendant l’hiver quand la température les obligeait à quitter les pâturages. Perdu au milieu de la plaine, il était très souvent battu par les vents qui soufflaient depuis les cimes de l’Altaï dont les sommets toujours enneigés couronnaient l’horizon.

Quand les frères arrivèrent chez Soltan, le vieux chamane était installé comme de coutume devant sa porte, entouré de nombreux enfants. Il avait l’habitude de leur raconter de fabuleuses histoires qu’ils écoutaient subjugués, assis contre des pierres et des troncs d’arbre.

Un aigle volait au loin que le vieux sage contempla en silence.

- Tu crois qu’il a repéré une proie ? l’interrogea Piotr.

Soltan se tourna alors vers eux.

- Vous ai-je déjà raconté d’où vient notre famille ?

- Non, répondirent les frères en chœur. Jamais.

- Autrefois, poursuivit le chamane, nos ancêtres vivaient à l’est de la Mongolie. Ils descendaient de la tribu de Gengis Khan, le premier grand chef des tribus mongoles qui, d’après ce qui se raconte, descendrait lui-même d’un loup.

Les enfants ouvrirent de grands yeux.

- Oui, les Mongols racontent que son père était Börte Chino, le Loup Bleu qui venait du ciel et sa mère Qo’ai Maral, la biche fauve. Ils vivaient sur une montagne sacrée, le Burquan Qaldun, au sud du lac Baïkal. D’autres racontent encore qu’un jour, alors qu’il avait environ dix ans, sa famille fut attaquée par une tribu voisine et tous furent massacrés, sauf lui qui se retrouva tout de même avec les pieds coupés et jeté dans une mare.

En découvrant l’histoire, les garçons furent horrifiés.

- Heureusement, une louve le sauva et le nourrit, continua Soltan. Et il devint à moitié loup. Vous savez, ce qui compte, c’est que pour les Mongols, le loup est un animal sacré. C’est pourquoi, quand un chasseur abat un loup, il doit ensuite détruire son arme désormais maudite pour rendre hommage au loup.

- Pourquoi ont-ils quitté cette région ? questionna Piotr.

- Et bien, un jour, alors qu’un de nos ancêtres, le célèbre Gantulga, se trouvait à pêcher au bord d’un lac, non loin du village, au cœur de la forêt, il fut surpris par un ours affamé. L’animal lui barrait l’accès à son arc posé juste derrière lui. Il tenta de distraire l’ours en répandant son poisson sur le sol. Et, dès qu’il vit le plantigrade s’éloigner, il bondit sur ses pieds et tenta de s’enfuir. Malheureusement pour lui, il se prit les pieds dans une racine et tomba. L’ours fit alors volte-face en grognant et se dirigea droit sur lui. C’est alors que, surgi du ciel, un aigle fondit sur l’ours, lui griffa la tête avec ses serres, l’obligeant à se retourner. L’ours, furieux, se redressa sur ses pattes et tenta de saisir son assaillant mais celui-ci s’éloignait toujours plus haut dans le ciel. Dès que l’ours se retournait vers l’homme, l’aigle repiquait sur lui et le griffait encore et encore. Gantulga n’en croyait pas ses yeux : un aigle qui volait au secours d’un homme ! Il profita de l’aubaine, se releva et boitillant, il disparut vers son village. Quelques jours plus tard, l’aigle vint planer au-dessus du village. Comme Gantulga avait raconté sa mésaventure à ses compagnons, aucun des habitants n’osa abattre le rapace. Tous considéraient dorénavant Gantulga avec respect. Ce dernier commença à laisser pour l’aigle un peu de viande près de sa maison. Le rapace restait à distance mais chaque matin, la viande avait disparu. Gantulga fut ainsi le premier à apprivoiser un aigle et à le dresser pour qu’il devienne son compagnon de chasse.

Hélas, au village, les ours étaient de plus en plus nombreux et les incidents se multipliaient. Une nuit, les habitants furent réveillés par les aboiements furieux des chiens et les bêlements des moutons parqués tout au bout du village. Ils lâchèrent les chiens dans la nuit avant de les suivre en direction de l’enclos des ovins. Ils y trouvèrent un ours qui finissait son repas au milieu des animaux paniqués. Ils se jetèrent tous sur lui dans un tohu-bohu de hurlements et de grognements. L’ours parvint toutefois à s’enfuir alors que plusieurs des chiens y laissèrent la vie.

Ce fut l’attaque de trop et les villageois décidèrent de quitter cet endroit. Ils abandonnèrent leurs maisons et se dirigèrent avec leurs troupeaux vers l’ouest. Les familles se retrouvèrent ainsi dispersées. Certaines s’arrêtèrent en chemin pour s’installer dans un autre village quand d’autres vendirent leurs bêtes et tentèrent leur chance en ville. La famille d’Igor et de Piotr parvint à l’ouest de la Mongolie non loin d’Ölgii. Là, ils rebâtirent des maisons où ils se réfugiaient l’hiver, passant une bonne partie de l’année sur les plateaux.

C’était là le genre d’histoire dont Soltan régalait les enfants.

L’hiver s’en allait lentement. Les hommes guettaient les sommets. Bientôt ils réuniraient le bétail, les vaches, les chèvres, les chevaux et les yacks, et ils remonteraient planter leurs yourtes dans la montagne. Si le village était un refuge pour passer l’hiver, la vraie vie pour les hommes du clan des Berkutchis était là-haut, dans les pâturages d’altitude, avec les aigles qu’ils élevaient et dressaient à traquer et à ramener le gibier. Ils se déplaçaient à cheval car on apprenait à monter dès le plus jeune âge.

Devenir « aiglier » était un art qui se transmettait de père en fils. Les jeunes garçons observaient les anciens et vers treize ans, pour symboliser le passage à l’âge d’homme, ils recevaient un aigle en cadeau, ou plutôt une aiglonne car elles se montraient plus fortes et plus agressives que les mâles.

Ils apprenaient à en prendre soin, à la nourrir, à l’habituer au son de leur voix. Selon la coutume, on gardait l’oiseau pendant dix ans. Après quoi, on lui rendait sa liberté. Dix ans au cours desquels tout Berkutchi veillait sur son aiglonne comme sur un enfant.

À l’automne, ils allaient fréquemment s’entraîner dans la montagne. Le Berkutchi plaçait alors son aigle au sommet d’un promontoire, puis dévalait la pente en traînant un leurre en peau de renard vers la plaine tout en poussant des cris pour attirer l’attention du rapace. L’aigle, s’il était bien préparé, et avait suffisamment faim, fondait sur la proie et la ramenait à coup sûr à son maître.

Soltan, le chamane, vivait dans une maison en bois au milieu de tapis colorés richement ornés que les femmes avaient tissé pour le remercier de ses bons soins. Il avait accroché aux murs des plumes, des peaux de bêtes, des griffes d’ours rapportées par des chasseurs. Dans un coin de la pièce, s’empilaient des bols et des ustensiles en bois remplis de diverses poudres, de graines et de feuilles qui lui servaient à préparer des décoctions qui soulageaient à peu près tous les maux.

Igor et son frère Piotr, de trois ans son cadet, s’attardaient souvent dans sa maison, pour lui rendre de menus services. En échange de quoi, il leur enseignait comment repérer les plantes qui soignent, à lire dans les nuages et à reconnaître le bruit du vent qui annonce la pluie. Les enfants l’accompagnaient dans les collines pour apprendre à suivre les traces du gibier, à décrypter les messages des roches, et parfois, à danser en harmonie avec le soleil et la lune.

C’est Igor qui se montrait le plus curieux. Il voulait toujours aller plus loin. Son ambition, c’était de devenir à son tour chamane et de communiquer avec les esprits. Un des trésors de Soltan qui le fascinait tout particulièrement était un vieux grimoire à la couverture de cuir brun ; grimoire que le chamane aimait consulter, confortablement installé sur des coussins pendant que les enfants s’occupaient à piler des racines et à retenir le nom des plantes qu’ils l’aidaient ensuite à mélanger.

Un jour, Igor lui demanda où il avait trouvé ce livre et ce qu’il contenait exactement. Soltan lui répondit gravement :

- Mon grand-père me l’a donné avant de partir au pays des esprits. Lui-même l’avait reçu en cadeau du chamane de son village. Ce livre contient des savoirs ancestraux.

Le visage d’Igor s’était illuminé.

- Alors, si je le lis, je pourrai devenir chamane comme toi ?

Le vieux sage le regarda avec amusement.

- Ça ne fonctionne pas comme ça. Le savoir des chamanes s’acquiert par l’expérience, pas dans les livres.

Igor se renfrogna.

- Mais alors, il ne sert à rien ?

- Si, il abrite la mémoire, comme un coffre, car il contient des formules très importantes.

- Tu nous les apprendras ?

- Oui, mais le premier enseignement est la patience. Il ne faut pas aller trop vite. Certains de ces savoirs sont dangereux pour un novice.

Igor avait acquiescé mais la curiosité l’avait saisi, une curiosité qui ne le lâcherait pas.

Un jour, alors que les garçons s’entraînaient à composer une décoction censée aider à cicatriser une blessure, un voisin vint chercher Soltan en urgence pour sa mère prise de coliques soudaines.

- Continuez ! leur lança le sage. Je reviens très vite.

Comme il avait laissé le grimoire parmi les coussins, Igor abandonna aussitôt ses herbes et commença à le feuilleter.

- Tu sais que c’est interdit ! lui fit remarquer Piotr.

- Il n’en saura rien. Tu ne vas pas lui dire, n’est-ce pas ? lui rétorqua son frère.

Piotr soupira. Bien sûr que non, il ne dirait rien.

- Si tu prépares ma potion en plus de la tienne, je te donnerai mon arc, lui proposa alors Igor.

Les yeux de Piotr brillèrent.

- Vrai ?

Igor hocha la tête.

- Juré !

Et c’est ainsi qu’à coup de petits marchandages, Piotr couvrit son frère qui saisissait la moindre occasion pour se plonger dans le grimoire.

Les années passèrent. Igor avait maintenant seize ans et Piotr treize. Ils étaient forts et étaient devenus de bons cavaliers. Ils passaient désormais beaucoup de temps avec leur père à s’occuper du bétail et à chasser dans les montagnes, s’entraînant à devenir de bons Berkutchis.

Igor possédait déjà un aigle, qu’il avait nommé Balapan. Avec son frère, ils continuaient à fréquenter la maison du chamane. Et, fidèle à son rêve de succéder à Soltan, il persévérait dans son apprentissage.

Il y avait dans le village une très belle jeune fille qui vivait avec sa grand-mère. Mariam, c’était son nom, était avenante, joyeuse et curieuse. Tout le monde l’aimait et elle était reçue partout.

Igor se voyait déjà marié avec elle, siégeant au conseil du village. Et comme il avait belle prestance, il ne laissait pas la jeune fille indifférente. De son côté, Piotr aimait aussi Mariam mais, d’un naturel plus réservé, il avait abandonné dans son cœur tout espoir de retenir son attention.

Ce jour-là Igor avait décidé d’impressionner la jeune fille. Il toqua à la porte de la grand-mère. Coup de chance, ce fut Mariam qui vint lui ouvrir.

- Viens ! Suis-moi ! lui dit-il en l’entraînant vers la falaise. J’ai quelque chose à te montrer !

Il la mena au pas de course en direction des rochers. Le soleil déclinait déjà au-delà des cimes et jetait des rayons qui faisaient étinceler la roche comme si elle prenait vie. Là, Igor avait disposé des pierres en un large cercle. Il fit assoir la jeune fille dans un renfoncement un peu à l’écart.

- Tu vas voir, je suis un vrai chamane ! lui annonça-t-il les yeux brillants.

Elle hocha la tête, l’invitant à poursuivre.

- Je vais te le prouver ! Mais tu dois me promettre de garder le silence. Quoi qu’il se passe, tu ne dois rien dire à personne…

- Pourquoi ?

Il hésita à répondre. Elle s’inquiéta.

- Tu vas faire quelque chose d’interdit, c’est ça ? l’interrogea-t-elle.

- Ne t’en fais pas ! Tout ira bien et le vieux chamane sera très fier de moi ! Et toi aussi ! Alors, promis ? Tu regardes et … il mit un doigt sur sa bouche en s’éloignant vers le cercle de pierres.

Il commença alors à tourner lentement sur lui-même, puis autour des pierres avant de lever doucement les bras. Les pierres semblèrent s’embraser davantage. Son pas s’accéléra et bientôt il sembla enveloppé d’une brume montant du sol.

Fascinée, Mariam observait la scène, parfaitement immobile. Soudain, elle distingua des plumes dans la nuée tourbillonnante, le nuage s’éleva et un aigle jaillit de la brume qui se dissipa en volutes blanches. La jeune fille médusée le suivit des yeux. Il s’éleva très haut au-dessus de la plaine située en contrebas avant de finir par disparaître derrière les cimes. Elle resta là, guettant son retour. Quand le soleil disparut complètement derrière les sommets, et que la pénombre envahit les rochers autour d’elle, la jeune fille renonça à attendre. Elle rentra chez elle, perdue dans ses pensées.

Pendant des heures, Igor vola au-dessus des monts de l’Altaï. Il s’éleva de plus en plus haut jusqu’à ce que l’air se raréfie et qu’il soit forcé de redescendre. Il se sentait ivre de liberté, de vitesse, ses ailes l’entraînant toujours plus loin. Il franchit les cimes avec facilité, avide de découvrir de nouveaux paysages, fasciné par les éclats d’argent de la neige sur les roches, attiré par l’immensité du ciel où des courants d’air tièdes le bercèrent en ondulant comme un tapis magique. Il revint vers les montagnes qui délimitaient la plaine où se trouvait son village. A présent, il les survolait. Il se sentait tout-puissant. Rien ne pouvait l’arrêter. Il était maintenant un grand chamane.

Quand il se trouva au-dessus des nuages, flottant comme sur du coton, il éprouva un sentiment de béatitude. Il avait perdu toute notion du temps. Euphorique, léger, il se sentait porté par le vent. La nuit arriva accompagnée d’un froid mordant. Il trouva facilement un abri dans le creux d’un rocher. Il n’était pas inquiet, le sort devait durer une nuit à l’issue de laquelle il reprendrait sa forme humaine et pourrait alors regagner le village.