ALBERT & GERALD - Alain René Poirier - E-Book

ALBERT & GERALD E-Book

Alain René Poirier

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Beschreibung

La presse est unanime, c'est The Roman, qui est mieux que s'il était moins bien. De Christian Barbant de L'ex Presse à Bernard Pie-Veau, de la Poste de Strophe. Il est encore mieux ont affirmé des acheteurs. dommage que nous ne sachions pas lire, l'histoire semble vraiment. avec plus de vocabulaire certains auraient même complété leur phrase. François Brunel, de la boucherie jouxtant la Grande Librairie s'est fendu d'un: Ce livre est vachement bien, il est écrit sur des pages qui se suivent, bien classées, toutes de la même taille, le titre est marqué dessus ce qui facilite le classement et la recherche, une fois l'histoire murie. L'auteur a ajouté: ceux qui ne l'achèteront pas ne seront pas protégés du CoVid 21 à venir lorsque le 19 et le 20 seront passés de mode. Un livre qui sera, à terme, recommandé par le ministère de la santé du pays où les électeurs ont de vrais choix. Pour résumer: un livre à garder sur soi hiver comme été, automne comme printemps, du berceau à la tombe. Penser à le mettre à part lors de la crémation, puis le glisser dans l'urne pour éviter aux cendres de se faire chier pendant l'éternité.

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Seitenzahl: 156

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Avertissement: Les personnages d'un roman sont fictifs. Les propos et les sentiments qu'ils expriment n'engagent qu'eux. L'auteur ne pourra être tenu responsable des paroles et des pensées de ses personnages... C'est pas pour de vrai... du moins l'espère-t-il du haut de sa grande naïveté.

À Valérie et Gérard Boutouyrie.

Lors de nos ripailles festives du réveillon marquant l'arrivée de l'année 2020, dans l'historique maison Corrézienne de Vieillemaringe où flottent tant de souvenirs, de vibrations et l'esprit des artistes qui hantèrent ses murs, l'idée farfelue de ce roman instincvitiste* m'est venue.

*Le mouvement instincvitiste se définit comme le chantre de la médiocrité arrogante. Sa philosophie : écrire rapidement, n'avoir aucun talent, ne rien faire pour améliorer la chose. Ses membres osent tout... ce ne sont pas eux qui ont commencé, ils ne sont pas plus cons que les autres. Ce mouvement est issu de la scission du mouvement instinctiviste fondé par A.R. Poirier. Il en fut le seul membre, puis le seul farouche opposant rendant la fracture inévitable entre les deux mouvements. Du mouvement instinctiviste d'origine l'instincvitisme créé également par A.R. Poirier, en conserve tous les principes, n'ajoutant qu'une condition supplémentaire : relire et accepter quelques corrections des textes lors de cette relecture.

Albert, que par commodité nous nommerons Al, ouvrit l'œil gauche à la première lueur du soleil. Il n'avait pas encore soulevé la paupière protégeant le droit, qu'il pressentit immédiatement que cette journée allait être spéciale. Son troisième œil, l’œil de l'âme, ne pouvait expliquer pourquoi. D'ailleurs, qui lui aurait demandé ?

Sans être chaman, ni charlatan tireur de cartes, il le devinait. Une sorte de sixième sens lui permettait de détecter l'atmosphère particulière qui entourait les jours de loose. Il percevait la vibration spéciale qui les annonçait. Al avait le nez pour ressentir ces choses-là.

Contre l'évidente journée de merde qui se profilait, il se mit à jurer comme un prêtre ensoutané se coinçant les doigts dans la porte du tabernacle, renversant dans sa maladresse le ciboire, faisant rouler son couvercle surmonté de la croix, éparpillant sur les dalles du sol, toutes les hosties consacrées, finissant en apothéose, l'ecclésiastique glissa dessus, s'écrasant la tronche sur un coin de l'autel, en tentant de les rattraper au vol.

-Putain de nom de Dieu de bordel de merde de pute borgne, ça commence mal, corne de cul!

Il stoppa net son flot d'injures. Non par manque de vocabulaire, il lui en restait des tombereaux en réserve. Il venait de s'apercevoir qu'il partait sur des expressions sans aucun rapport avec le sujet.

« Corne de cul... » est le début de la célèbre phrase « Corne de cul dit la marquise je suis enceinte et je ne sais pas de qui ». De toute évidence cela n'avait rien à voir avec la situation présente. Que viendrait foutre une marquise dans ce récit. Il n'y a pas place non plus pour un obstétricien. Al partait en vrille. S'il n'y avait pris garde son délire verbal s'auto-alimentait.

Historiquement, certains attribuent cette citation à la jeune Marie, jalouse de sa précieuse virginité, découvrant sa surprenante grossesse, devant un Joseph puceau, plus que dubitatif.

Le pauvre homme exposé aux railleries populaires n'avait toujours pas consommé. Depuis son mariage il l'avait gardée sous le bras, comme on dit. Une expression qui n'augure en rien la taille du membre. Son épouse se refusait à lui, prétextant une destinée procréatrice plus universelle. Contrairement au modeste Joseph qui, de jour en jour voyait croître le contenu de ses bourses, sans penser à investir, Marie, elle avait une ambition démesurée. Elle voulait laisser une trace extraordinaire dans l'histoire de l'humanité, en devenir une icône, une idole.

Corne de cul.... la phrase d'origine s'étant modifiée avec le temps. La peur des représailles à l'époque de l'inquisition, où Dieu, en ce temps dominateur, prenant le melon, était un peu moins débordant d'amour que son mode d'emploi ne le prévoit. Ceci en explique l'évolution.

La phrase initiale était :

« Corne de cul dit Marie, je suis enceinte du Saint Esprit ». Marie gardant sa virginité, la portant en étendard, cette déclaration pouvait conduire l'auditeur à se poser des questions concernant la méthode de procréation. Lui laisser envisager des chemins détournés, des contournements, des possibilités peut-être pas sans fondement. Ceci explique qu'elle soit devenue celle que nous utilisons tous de nos jours.

Pourquoi « corne de cul » ? Cette image du synonyme de plug anal est peut-être une voie ouverte détournée pour expliquer une grossesse sans perte de virginité.

Toujours selon certains historiens de droit canon (jus canonicum), le charpentier voyant s'arrondir le ventre de son épousée aurait répliqué ;

« les bras m'en tombent ». Ce qui peut inconsciemment prévoir l'avenir de l'enfant, une vision de bras cloués pour éviter qu'ils ne tombent. Sigmund n'ayant à cette époque pas encore sévi, il semble hasardeux de souscrire à cette théorie.

Certains textes, peut-être apocryphes, faisant référence à des passages du Talmud (base de la halakha) précisent que des ironistes de cette époque exempte du politiquement correct, grâce à Dieu, auraient dit :

« s'il n'y avait que les bras ».

Ajoutant un côté salace à l'ironie de la situation matrimoniale de l'époux de la première biblique mère porteuse. Celle, se refusant à son mari, qui portait l'enfant du boute-entrain de Dieu.

Des irrespectueux riaient sous cape de la virginité, conservée tout au long de sa sainte vie, par la mère du divin enfant, malgré l'enfantement non césarisé de l'épouse de l'artisan charpentier...

Le pauvre homme était-il impuissant, souffrait-il de phimosis non opéré ?

Avait-il des préférences autres, pour accepter un mariage blanc ?

Les mystères de la foi.

Ne pas s'interroger. Comme pour l'univers, c'est une réalité que nous observons, ou rêvons. À notre niveau humain ça ne s'explique pas. Nous avons les circonvolutions cérébrales trop premier degré...

Un jour peut-être, lorsque notre évolution d'espèce sera achevée, s'ouvrira le chemin de la compréhension...

Pour se remettre les idées en place, chasser de sa tête la vision du « corne cul », les pratiques sexuelles peu orthodoxes du Saint Esprit, Al posa sur sa platine virtuelle

« Catholic Girls » de Frank Zappa.

Moins par moins font plus, loi des mathématiques.

Malgré cette démarche, il ne pouvait chasser de sa tête une question.

LA question :

Marie était-elle consentante ? Elle, le Saint Esprit, comment s'étaient-ils connus ? Qui avait fait le premier pas. Marie, femme mariée, était-elle une dévergondée, ou devançant les époques, une femme libérée ?

Le plateau de la balance penchait vers favorable, certes. Comment refuser un Saint adultère pour procréer du divin. Cela demande quand même réflexion. Le poids des habitudes. La morale régnante... Puis comment vérifier, le Saint Esprit avait-il une carte prouvant son identité, n'était-il pas un intrigant, un simple queutard ? Portait-il son auréole au moment où Dieu se fit par son intermédiaire pénétrant ? Que de questions sans réponse.

Qui pourrait jurer avec certitude d'avoir dit non ? Qui aurait refusé les avances du messager... Qui aurait osé mettre en doute la divine intention.

Je sais, il y a prescription. Il faut considérer la chose avec les yeux de l'époque, faire abstraction de nos lois actuelles. Le droit de cuissage est presque aboli de nos jours... juste pratiqué en catimini par quelques-uns se croyant d'essence supérieure, se disant élus. Un vestige de notre animalité concernant les prérogatives des chefs de meute. Cet usage admis par le groupe pour ne pas affaiblir la lignée. La loi du plus fort... L'évolution créera religions et civilisations qui transféreront le pouvoir aux plus malins, puis aux plus riches. Le début de la dégénérescence génétique, pour finir par l'extinction de la race...

Al, à la plus légère entorse faite à sa routine, voyait sa fibre râleuse entrer en vibration. Il n'aimait pas sortir de sa zone de confort. Toute distorsion de la trajectoire de son train-train le perturbait. En même temps, dans la routine, il finissait par admettre qu'il s'y emmerdait. Vivre un peu d'aventure, au fond de lui, il n'était pas contre. Il y mettait une seule condition. Cet imprévu, il devait pouvoir l'anticiper, le planifier. Al ne concevait l'imprévu que désamorcé, encadré, balisé. De l'aventure soft, gentille, aimable, qui ne te fout pas dans la merde. De l'inattendu apprivoisé, qui ne te fasse pas perdre la face. De l'imprévu prévisible en quelque sorte voire, de l'imprévu... prévu. L'homme de toute évidence n'était que contradictions. La grande complexité de la vie.

Ce matin, Al devinait que l'imprévu qui s'annonçait ne serait pas domestiqué. Il redoutait du sauvage, du retors, le genre grain de sable qui vous nique les rouages. Cela le mit d'humeur chafouine. Pour nous résumer, il se leva du pied gauche, comme on dit.

Sortant de son lit, son premier geste matinal, un automatisme, une routine, se saisir de ses lunettes, celles posées précautionneusement la veille sur sa table de chevet, les verres hors du contact de la surface pour éviter les rayures.

Sa main, dans la pénombre, se posa à l'endroit habituel.

Rien !

Il tâtonna en cercles excentriques, avec méthode.

Toujours rien.

Il poursuivit surpris.

Le vide !

-Putain quel est le con qui a touché à mes lunettes ?

Al se trouvant le seul humain dans la chambre. Bill déjà levée, couchant de l'autre côté du lit, possédant son propre chevet, Al se trouvait être le seul être vivant de taille supérieure aux iules et autres arachnides à utiliser cette table de nuit.

Le meuble à sa question avait une réponse évidente à lui fournir. Il s'en abstint, devinant que cela n'arrangerait pas l'humeur matinale du râleur. La deuxième raison du silence du chevet, non pas due à cette forme de lâcheté que l'on attribue à la réserve d'êtres civilisés voulant éviter les conflits, à l'attitude de faux-cul permettant soi-disant le vivre ensemble, mais l'absence de cordes vocales constatée sur tous les mobiliers de bois.

De sa main droite Al explora méthodiquement le dessus du petit meuble. Il arriva dans des zones rarement explorées. D'un geste gauche il heurta ses assistantes de vision, qui en se dérobant churent sur le sol de la chambre. Il voulut enfiler ses chaussons pour les traquer, les pourchasser. Ceux fourrés, le dessus écossais, laissés bien parallèles, la veille, lors de son coucher. Méthodiquement il avait disposé celui du pied gauche à gauche, côtoyant le chausson du pied droit à droite, les talons de la paire jouxtant sa couche. Déterminé, glissant d'autorité son senestre peton dans la charentaise destinée à le recevoir, il sentit quelque chose de dur, de froid, de déformable. Trop tard, après l'hallali, Hara, par ici, à lui, le gibier venait d'être blessé.

D'un côté, il était heureux d'avoir retrouvé ses besicles, d'un autre, il pestait d'avoir marché dessus. La complexité de l'âme humaine tant décrite, une fois de plus confirmée par l'expérience.

Ayant retrouvé ses lunettes. Il s'en saisit, en orna ses yeux, les posant sur son nez, sollicitant ses oreilles pour aider ce dernier à les maintenir en place. Al eut une sensation inhabituelle. Il leur découvrit une nouvelle ergonomie, une nouvelle façon de regarder. Putain mon arpion les a niquées, le gauche, celui censé porter chance lorsqu'il écrase le macron ou l'étron... je ne sais plus lequel choisir de ces synonymes !

Son pied gauche trop fier ne s'excusa pas. Il prétexta que ce n'était pas à lui de voir où il se mettait, ne possédant pas d'organe de la vision, il devait se fier aveuglément à Al.

Al bougonna, jura même. En ce domaine, son vocabulaire était suffisamment riche, pour qu'il puisse sans complexe intégrer la confrérie des charretiers.

Calmé, il se dressa. D'un pas nerveux, il se dirigea vers la salle de bain. Par esprit de contradiction, snobant la baignoire, il y prit une douche.

À la libération de l'eau, le pommeau orienté vers lui, l'arrosa d'un jet glacé. Ce dernier changeant brusquement d'avis devint bouillant, avant qu'Al n'eut le temps de réagir sur les robinets. D'un coup de poing rageur il fit savoir au mitigeur sa façon de penser.

L'eau enfin à bonne température, en téméraire, à mains nues, il se saisit du flacon de gel douche. Ce dernier, facétieux, n'avait pas dit son dernier mot. Il était du genre à ne jamais renoncer, il lui glissa des mains. Les parois recouvertes des résidus savonneux de la veille, le flacon imitait l'anguille. Al se baissa dans un geste réflexe, il tenta désespérément de rattraper le fuyard. Pour tout résultat couronnant sa tentative, il s'écrasa le front contre la robinetterie. Il jura, pesta, gronda comme un beau diable.

Par convention ici le diable est qualifié de beau. Ne diton pas la beauté du diable ?

Je sais, les goûts et les couleurs...

Un hématome sur le front, le visage crispé par la douleur, Al entreprit de se savonner le corps. De l'extrémité des cheveux jusqu'au bout de l'ongle du gros orteil, il avait le pied égyptien, tout y passa. Rien n'y échappa. Il était méticuleux.

Une fois rincé, chair de poule, poils hérissés, les pieds tremblants, en équilibre instable sur le sol glissant de la douche, il se saisit de la serviette de bain pour s'essuyer.

Aux premières loges dans la trajectoire du jet de douche, la serviette avait largement participé aux ablutions. Elle avait opté pour l'option mouillette. Bonne citoyenne, elle suivait à la lettre les conseils gouvernementaux. Savoir se reconvertir, s'adapter, ne pas rester figée à vie dans le même domaine de compétence, oser traverser la rue.

Résultat, un nouveau tombereau d'injures. Charretiers de tous les pays unissez-vous !

Al s'habilla ensuite. Aucun incident ne fut à déplorer. Il but son café sans s'ébouillanter, Bill lui avait tout préparé. Avant de partir pour sa journée de labeur, il lui baisa le front, puis lui dit :

-À ce soir chérie, passe une bonne journée.

Al enfila ses santiags sans trouver le moindre scorpion endormi à l'intérieur. Pour se donner du courage, de l'entrain, il sélectionna

« Midnight Rambler » des Rolling Stones sur son smartphone, fixa ses écouteurs...

Did you hear about the midnight rambler

Everybody got to go

Did you hear about the midnight rambler

The one that shut the kitchen door

He don't give a hoot of warning

Wrapped up in a black cat cloak

He don't go in the light of the morning

He split the time the cock'rel crows

Talkin' about the midnight gambler

The one you never seen before

Talkin' about the midnight gambler

Did you see him jump the garden wall

Sighin' down the wind so sadly

Listen and you'll hear him moan

Talkin' about the midnight gambler

Everybody got to go

Yeah....

Le morceau ne fut pas interrompu par du Carla Bruni, du Hallyday, du Jean-Louis Aubert, du Rap, ou toutes autres daubes commerciales qui encombrent nos ondes.

Les Dieux taquins faisaient une pause, partis en RTT les clowns Divins.

Arrivé au bureau sans encombre, Al retrouva Gérald. Gérald que par facilité aussi, nous nommerons Gé.

Gé le casque sur les oreilles écoutait « A day in The life » des Beatles.

Une source de leur pseudo conflit.

Al était Rolling Stones, Gé Beatles...

Heureusement ils n'en étaient pas au stade de l'intégrisme. Ils faisaient équipe dans la compréhension et le respect mutuel, ayant d'autres points communs musicaux.

Ce matin, ils étaient de permanence au commissariat.

-Tout est calme pour le moment, dit Gé, arrivé le premier, alors que ses oreilles vibraient de bonheur aux harmonies de

« I Am The Walrus ».

I am he as you are he

As you are me and we are all together

See how they run like pigs from a gun

See how they fly

I'm crying

Sitting on a cornflake

Waiting for the van to come

Corporation tee-shirt

Stupid bloody Tuesday

Man, you been a naughty boy

You let your face grow long...

-Traitons les affaires en suspens, proposa Al, les yeux malicieux du gars qui a envie de glander.

-Où en étions-nous ? questionna Gé retirant ses écouteurs.

-Je menais vingt-six contre vingt-quatre à pierre, feuille, puits, ciseaux.

Ils reprirent la partie en cours. Le score resta serré. Ils en étaient à cent vingt sept partout, lorsque soudain, le commissaire JP vint les interrompre.

JP portait une cinquantaine avec ostentation et des lunettes d'écaille. Les cheveux mi-longs grisonnants, habillé avec soin d'un costume Francesco Smalto, aux pieds des Berluti, la panoplie complète de vieux beau.

-Un homme a été découvert victime d'une mort, pas des plus naturelles, devant l'entrée du « The Good Old Time », rue du Jus de Pommes ou un nom à la con dans le genre.

-Ok patron nous y allons, fayota Al. Il espérait une promotion.

-Découvert ? Patron vous voulez dire nu, à poil, pas habillé, pas couvert, c'est un naturiste ? Questionna Gé.

-Vous lui demanderez ! Allez, magnez-vous, le légiste est déjà sur place ! Il m'envoie des photos, je vous les imprime.

-Putain qu'il n'est pas beau le gus. Merci patron. C'est comme si c'était résolu patron... ajouta Gé, qui ne voulait pas demeurer en reste question léchage de pompe.

Al et Gé traduisirent l'adresse, rue du Jeu de Paume.

JP n'avait aucun goût pour l'histoire de France. Versailles, le serment, la constitution, le tiers état, il n'en avait cure, il s'en fichait comme du quart. Il s'en expliquait par ses origines.

-Je ne suis pas Français moi messieurs, je suis parisien... alors votre histoire de France....

Comme quoi, on peut être con et gravir les échelons.

Gé et Al enfourchèrent leurs fiers destriers. Ils se transportèrent à brides abattues sur les lieux du crime. Arrivée pétaradante. Ils béquillèrent leur Motobécane AV 88, coupèrent les moteurs. Les décibels, comme ils étaient montés, descendirent dans l'exponentiel.

Leurs montures, les fameuses « Bleue ». Ils chevauchaient chacun un modèle de 1961.

Monocylindre deux temps refroidi par air, de 49,93 cm3 à carburateur Gurtner de 12 mm, embrayage automatique double Dimoby, fourche télescopique à l'avant, bras oscillant à l'arrière, freins tambours avant et arrière, réservoir de cinq litres de mélange deux temps.

The Good Old Time semblait un endroit irréel. Un billet pour un voyage dans le passé.

Devant l'entrée, un grand gus, mesurant au moins un mètre quatre vingt, gisait sur le sol. Le gus négligé qui te meurt dans le désordre. Pas d'amour-propre, ne se retiens même pas, c'est relâche chez les sphincters, le gars s'éloigne artistiquement du pointillisme, plus école Piero Manzoni qu'adepte de Georges Seurat.

Al se bouchant le nez, le toisa d'un œil. L’œil dont Gé disait :

-toi Al, tu as le compas dans l’œil. Fais gaffe à ne pas t'éborgner. Dis Al, ce gus c'est le genre qui ne se fait plus chier... c'est fait... je ne lui dis pas de laisser pisser... c'est fait aussi.

Gé magnait l'humour explosif comme Stanislav Brebera le Semtex.

-Allongé tu parais toujours plus grand, laissa tomber Al, histoire de rompre le silence et sortir de l'humour pipi caca.

Al analysa la scène :

Mare de sang, couteau planté dans le cinquième espace intercostal gauche.