Cœur d'Aztèque - Corine Pourtau - E-Book

Cœur d'Aztèque E-Book

Corine Pourtau

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Beschreibung

Les aventures de Tepecoco, jeune fils de potier, à Mexico, au temps des Aztèques.

Autrefois, au temps des Aztèques, Mexico s’appelait Tenochtitlàn, « le lieu où pousse le figuier ». On y menait la vie que mènent tous les hommes, depuis que le monde est monde… Les journées de Tepecoco, le jeune fils du potier Yautli, s’y déroulent dans l’insouciance. L’enfant aime surtout les jours de grand marché où il va vendre la vaisselle que fabrique son père. Devant l’étal de Tizinu, le plumassier, il rêve de devenir plus tard un grand guerrier au front ceint de plumes et de pierres précieuses… Mais c’est compter sans la fièvre des marais qui s’empare de son père. C’est compter sans la pauvreté qui l’oblige à partir lui-même à la recherche du remède au sommet du Popocatepelt, l’un des plus hauts volcans qui entourent la ville. C’est compter sans la malédiction lancée, un jour, sur une princesse et son fiancé. C’est compter sans Tezcatlipoca, le terrible, le noir dieu-sorcier…

Construit autour d’un mythe des origines et selon le schéma du conte, familier aux jeunes lecteurs, ce récit offre également un voyage au sein d’une civilisation disparue, celle des Aztèques de la période pré-colombienne.

EXTRAIT

Dans la pénombre du jour finissant, Tepecoco fit le tour de la clairière. Il cherchait un coin abrité pour y passer la nuit. Il avançait sur la pointe des pieds, sans faire craquer les feuilles ou le bois mort. Que rien, surtout, ne puisse révéler sa présence ! Il n’avait aucune raison de penser qu’il n’était pas seul. Pourtant, il ne se sentait pas rassuré. Il s’immobilisa et tendit l’oreille. Pas un bruit, pas un mouvement. Aucun souffle d’air à travers les branches. Aucun son d’oiseau. Il régnait autour de lui un parfait silence. C’était trop stupide ! Il allait finir par s’effrayer lui-même ! Qui aurait pu le surprendre, à cette heure et dans un pareil endroit ? Personne ne vivait sur les pentes du Popocatepetl et il n’avait rencontré personne en chemin. Il se força à respirer lentement et reprit son exploration. À l’abri d’un buisson de fougères, derrière un tronc couché, il découvrit enfin une petite niche de mousse sèche.
Une fois installé dans sa cachette, le jeune garçon se rappela qu’il n’avait rien mangé depuis le matin. Son ventre gargouillait. Il plongea la main dans son panier et en retira une poignée de figues à moitié écrasées. Il les avala goulûment. C’était suffisant pour calmer sa soif, mais pas sa faim… Il aurait donné n’importe quoi, à cet instant précis, pour quelques œufs de poule à gober, une ou deux tortillas bien épaisses, fourrées aux légumes et parfumées à l’ail et à l’oignon. Il avait honte de songer à manger, alors que son père se débattait avec la fièvre, en bas, dans la vallée. Mais c’était plus fort que lui.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Corine Pourtau est née en 1962 et vit dans le Sud de la Bourgogne. Après une quinzaine d'années d'enseignement du français dans le secondaire, elle collabore avec l'antenne éditoriale lyonnaise de la Réunion des Musées nationaux. Depuis 2004, elle se consacre à l'écriture de fiction et participe au comité de rédaction de La Faute à Rousseau, la revue de l'APA (l'Association pour l'Autobiographie).

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Seitenzahl: 68

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Couverture

Copyright

COLLECTION
ROMAN JEUNESSE
1.
Un loup dans la vitre
Philippe de Boissy
2.
Cloche
Clotilde Bernos
3.
Le cri
François David
4.
La promesse du bonhomme de neige
Eugène Trivizas
5.
Chat qui vole
François David
6.
Sous les sables d’Afghanistan
Jack Chaboud
7.
Direct au cœur
Yves Pinguilly
8.
Cœur d’Aztèque
Corine Pourtau
9.
Innocent
Magali Turquin
10.
Che Guevara habite au 7eétage
Bertrand Solet
11.
Silence et Papillons
E. Delafraye
12.
Mon mai 68
Aline Méchin
13.
Et moi dans tout ça
Heidi Dubos
14.
Crescenza, naissance d’un tableau
R.-C. Labalestra
15.
Celui qui voit avec les pieds
Yves Pinguilly
Illustration de la couverture : Tatiana Domas
Tous droits de reproduction, de traduction
et d’adaptation réservés pour tous pays.
© éditions dujasmin,2005-2010.
4, rue Valiton 92110 Clichy
www.editions-du-jasmin.com
ISBN 978-2-35284-570-6
Avec le soutien du

Titre

Prononciation des mots
En nahuatl, la langue parlée par les Aztèques, la plupart des lettres se prononcent comme en français, à part les exceptions suivantes :
– Voyelles et diphtongues :
Le e se dit é, le u se dit ou, le au se dit aou et le eu se dit éou.
– Consonnes :
Le ch se dit tch, ll équivalent à l, le z se dit s, le x se dit ch, le qu se dit qw.
Pour les mots terminés par an ou in, le n s’articule (anne / inne).
Les mots suivis d’un astérisque sont expliqués dans le glossaire en fin de volume.

1

Tepecoco referma tout doucement la porte de la maison pour ne pas réveiller Yautli, son père. Sous l’auvent de palmes, à côté du four encore fumant, il trouva un alignement d’assiettes et de bols en argile que le petit matin n’avait pas fini de tiédir. Il saisit l’un des bols entre ses mains et l’approcha de ses narines. La terre juste cuite avait une odeur et un grain particuliers qu’il affectionnait. Il lissa de ses pouces l’arrondi d’un motif en fleur de nénuphar. Il aurait reconnu les yeux fermés le tracé végétal qui servait de signature au potier.
Yautli avait tourné, façonné, décoré la vaisselle au poinçon toute la soirée et une partie de la nuit. Pour lui, comme pour la plupart des artisans de Mexico-Tenochtitlàn*, il n’était pas question de manquer le marché de la place Tlatelolco. C’était le marché le plus important de la ville.
Tepecoco enveloppa les pièces les plus importantes dans de la toile puis les entassa précautionneusement dans un grand sac. Il posa les petits bols dans une corbeille. Il accrocha solidement à la fine corde qui retenait son pagne un panier de feuilles de maïs tressées contenant son repas : deux tortillas fourrées aux haricots rouges et une poignée de figues de Barbarie dont l’odeur sucrée lui mettait l’eau à la bouche. Enfin, avec une vigoureuse torsion du bassin, il fit glisser l’énorme sac sur ses épaules, attrapa la corbeille et se glissa dans la ruelle étroite encore déserte.
C’était l’heure où le sommet des sept volcans qui entourent la ville déchire le pâle violet du ciel. Bientôt, un jour rose et transparent descendrait sur Mexico. Le mugissement des conques* signalerait le lever du soleil et, avec lui, la rumeur de la vie envahirait les rues. Le jeune garçon jeta un coup d’œil craintif sur les crêtes enneigées du Popocatepetl et du Citlaltepetl. Les deux montagnes fumaient encore et lançaient parfois des gerbes de feu qui coulaient le long de leurs flancs. On voyait alors, à travers la forêt, des traces épaisses, d’abord mousseuses et incandescentes, qui devenaient, en séchant, noires et dures comme la pierre.
Tepecoco n’aperçut que quelques fumerolles et il en fut rassuré. Même si, de mémoire d’Aztèque, jamais la lave n’était parvenue jusqu’à la cité, les prêtres n’excluaient pas cette possibilité. Les offrandes étaient toujours faites en abondance au sommet de la pyramide consacrée à Tezcatlipoca*. Mais que pouvait-on savoir vraiment de Miroir Fumant, le noir dieu de la guerre et de la nuit, celui qui commande au feu et aux volcans, qui voit tout de l’avenir des hommes dans son miroir d’obsidienne* ?
Les premières lueurs du matin atteignaient à présent les toits de roseaux et les murs d’argile des petites maisons toutes semblables à la sienne. C’était le jour neuf du mois du jaguar*, un jour néfaste à la navigation. Aussi toutes les barques étaient-elles amarrées aux embarcadères de bois. Aucune pagaie n’agitait l’eau plate des canaux. Personne n’irait pêcher sur le lac, aujourd’hui. Les marchands attendraient le lendemain pour charger leurs bateaux. L’enfant s’en réjouit. Il y aurait plus de monde au marché, tout à l’heure. Les affaires seraient bonnes ! Il replaça d’un coup de rein le sac sur ses épaules. La vaisselle semblait moins lourde, tout à coup. Son pas s’accéléra.
Il sut qu’il avait quitté les faubourgs aux pavés de terre qui remplaçaient la terre battue des rues de son quartier. Il n’était plus seul. D’autres enfants, des femmes et des hommes de tous les âges cheminaient avec lui. Maraîchers, marchands de vêtements, de sandales, marchands de peaux de jaguars, de pumas, de renards, marchands de volaille, tous portaient des ballots de marchandises sur les épaules, des paniers ou des petites cages en osier. Seuls les bijoutiers, les orfèvres et les plumassiers* ne portaient rien. Ils étaient suffisamment riches pour posséder des esclaves et bénéficier de leurs services.
Tout ce petit monde bruyant et coloré parvint au centre de la ville. À proximité de l’enceinte sacrée, le silence se fit. C’était une large place rectangulaire, recouverte de marbre blanc. Au sud, elle était fermée par l’un des nombreux canaux qui sillonnaient Mexico-Tenochtitlàn. Elle n’offrait à cette heure matinale que l’austère majesté des temples et du palais royal. La maison du chant, à côté, semblait minuscule. Quand il avait le temps, quand son père n’était pas trop fatigué et qu’il lui laissait le loisir de se promener, c’est là que Tepecoco venait retrouver d’autres garçons. Ensemble, ils chantaient et faisaient de la musique.
À droite de la maison du chant, le palais du roi et la grande pyramide se faisaient face comme deux monstres qui s’affrontent. Le jeune garçon ne passait pas devant la pyramide sans un grand frisson dans le dos. À son sommet, les prêtres, vêtus de pagnes en cuir rouge, de manteaux de peaux et la tête couronnée de plumes d’ara écarlates, procédaient aux grands sacrifices humains en l’honneur de Huitzilopochtli*, le Dieu-Soleil. Là-haut, où personne ne montait jamais, hormis les prêtres et les victimes, l’énorme Pierre du Soleil attendait son tribut de sang.
Enfin, le temple de Quetzalcoatl*, avec la pénombre fraîche de son porche, ses bancs de pierre et le parfum entêtant de son encens, jouxtait la pyramide. Certains affirmaient qu’après avoir été vaincu en combat singulier par Tezcatlipoca, le Grand Serpent à Plumes s’était exilé. Ils attendaient son retour. D’autres disaient qu’il s’était immolé sur un bûcher. D’autres encore qu’il avait disparu dans la mer. Tepecoco se demandait souvent qui croire. Tezcatlipoca était un dieu redoutable. Il fallait l’honorer car c’était lui qui soutenait le bras des guerriers et leur permettait de faire de nombreux captifs. La guerre avec les autres peuples était nécessaire. Tous les Aztèques savaient cela. Sans prisonniers à sacrifier, comment nourrir le Soleil ? Comment lui donner la force d’effectuer sa longue course dans le ciel sans tomber dans le néant, et de renaître chaque matin pour éclairer la Terre ? Oui, sans doute, la guerre était nécessaire. Mais Quetzalcoatl, ce dieu doux et plein de bonté, qui inventa les arts et les techniques, n’était-il pas, lui aussi, nécessaire à la vie des hommes ? Le monde, pour rester monde, avait besoin de chacun d’eux. Pourquoi ces dieux s’étaient-ils combattus ?
Comme chaque fois qu’il traversait la place, Tepecoco se sentit mal à l’aise. Les bâtiments étaient trop hauts, trop grands, trop solennels pour le garçon de neuf ans qu’il était. Malgré son allure solide, ses jambes musclées et son air décidé, il se sentait si fragile, à côté, comme menacé. Il préférait les ruelles de son quartier. Les habitations y étaient bien plus simples, mais il y connaissait tout le monde et tout le monde le connaissait.