Casting mortel - Thierry Crifo - E-Book

Casting mortel E-Book

Thierry Crifo

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Beschreibung

Jessica, Marco, Larry et Muriel se lancent dans une enquête dont ils ne mesurent pas tous les dangers.

Un casting dans un préfabriqué sur le terrain à l'abandon d'un ancien entrepôt, une société de production qui disparaît sans laisser de trace, une jeune fille des pays de l'Est qui fuit son oncle et ses hommes de mains… Qui est Milena, sans cesse sur ses gardes, que Jessica a croisée lors de ce casting et qu'est-elle devenue ? Que cache la société Magic Gold Star ? Pour faire éclater la vérité, Jessica, Marco, Larry et Muriel se lancent dans une enquête dont ils ne mesurent pas tous les dangers. Dans les bas fonds du show biz, ils devront jouer serré contre des individus sans scrupules.

Découvrez un roman jeunesse palpitant et suivez pas à pas les investigations de trois jeunes gens bien décidés à faire éclater la vérité !

EXTRAIT

— Très bien, monsieur. Nous sommes dans le XIIe, près de la place de la Nation, au 25, rue de Picpus.
— Et Magic Gold Star ?
— Magic Gold Star, vous dites, oui, voilà, dans le XIe, passage de la Main d’Or au 15 ter.
— Merci beaucoup, je leur rends leur matériel et je passe vous voir en fin d’après-midi.
— Très bien, monsieur Dorin, je vous prépare le contrat. Une semaine, on est d’accord ?
— Tout à fait. Merci beaucoup. À tout à l’heure.
Il raccrocha. Pour l’opération, il avait masqué son numéro de portable.
— Et voilà le travail, fit Larry. Super, non ? Ça se confirme, ils ont payé en liquide, pour qu’on puisse pas remonter jusqu’à eux. Toujours la même chose !
— Pas mal, acquiesça Marco. D’où tu nous as sorti ce nom, Jean Dorin.
— Monsieur l’inculte, Dorin, c’est l’anagramme de Rodin, le sculpteur, tu connais, quand même ? Et Jean, comme Renoir, le fils d’Auguste ! La classe, mon pote !
Les autres le regardèrent, mi-impressionnés, mi-agacés par sa suffisance habituelle.
Maintenant, ils avaient la première piste pour Magic Gold Star. Quant au rendez-vous avec la secrétaire de Loca-chantier, la secrétaire à la si jolie voix, eh bien, Larry lui poserait un lapin, c’était de bonne guerre. À la guerre comme à la guerre, et puis un lapin, il savait ce que c’était. Chacun son tour.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Après avoir beaucoup voyagé et exercé différents métiers, notamment dans la télévision, Thierry Crifo se consacre pleinement à l'écriture, tant pour la jeunesse que pour les adultes, alternant romans et nouvelles. Il anime également des ateliers d'écriture en milieu scolaire et carcéral. Il a obtenu nombre de récompenses pour ses livres : Prix Sang d'Encre des Lycéens 2001, pour Paris parias, Prix des Terrasses du polar de Marseille 2004, pour J'aime pas les types qui couchent avec maman, Prix Lion noir Neuilly-Plaisance 2007, pour Paternel à mort.

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Seitenzahl: 136

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Couverture

Titre

Copyright

COLLECTION

jasminnoir

1.

Casting Mortel

Thierry Crifo

L’auteur

Après avoir beaucoup voyagé et exercé différents métiers, notamment dans la télévision, Thierry Crifo se consacre pleinement à l’écriture, tant pour la jeunesse que pour les adultes, alternant romans et nouvelles. Il anime également des ateliers d’écriture en milieu scolaire et carcéral.

Il a obtenu nombre de récompenses pour ses livres : prix Sang d’encre des lycéens 2001 pour Paris parias, prix des Terrasses du polar de Marseille 2004 pour J’aime pas les types qui couchent avec maman, prix Lion noir Neuilly-Plaisance 2007 pour Paternel à mort.

Prologue

Fraîches jeunes filles à peine sorties de l’enfance et de son insouciance ou jeunes ados faisant bien plus que leur âge, reines de Facebook et de Twitter, elles avaient répondu en masse à une petite annonce sur le net.

Magic Gold Star, Société de production artistique, recherche pour enregistrement et clip, jeunes filles de 14 à 18 ans. Maîtrise du chant et de la danse impérative.

Apprenties bimbos, version miniature de Lorie, de feu les Spice Girls, de Chimène Badi, de Nolwenn Leroy, de Diam’s ou, façon néo-underground, de Lady Gaga ou de la regrettée Amy Whinehouse, elles attendaient leur tour, dans le couloir, debout ou assises sur des chaises, sur des banquettes, comme dans la salle d’attente du médecin. Se rongeant les ongles et le sang, mâchouillant un chewing-gum avéré ou fictif, elles feuilletaient, pour passer le temps, les yeux gros comme des billes, des magazines spécialisés ou people. Certaines, anxieuses, tapotaient leur portable. D’autres, apparemment détachées, mais concentrées, à l’aise dans des attitudes et des postures de petites pros, attendaient leur audition, aussi calmes et désabusées qu’une chanteuse aguerrie faisant son énième Olympia ou son énième Bercy. Curieusement décontractées, les yeux fermés, les oreillettes en action, elles avaient évacué le stress avant la bataille.

Elles s’observaient, se scrutaient sans ménagement. Les yeux laser aussi perçants que le plus allumé des serial-killers, elles jaugeaient l’autre, en face. L’autre, l’ennemie, la concurrente, la fille à abattre. Discrètes ou carrément frondeuses, elles évaluaient leurs chances, s’esclaffaient, se moquaient sans prendre de gants de celles qu’elles avaient cataloguées ringardes au premier regard, ou au contraire, admiraient avec envie le look d’enfer que certaines arboraient, rivalisant d’audace et de sex-appeal : jeans taille basse, décolletés aguicheurs, tatouages coquins et nombrils piercés. D’autres enfin, comme voyageant éternellement en première classe, le book – payé à prix d’or par les parents – sous le bras, racontaient, avec un rien de suffisance, leur dernier casting, leurs faits de gloire, se vantant même d’avoir été retenues dans les cinquante dernières pour les sélections régionales Ile de France de Chanson Paradis, de L’Étoilec’est toi, ou, summum de la consécration, de Marche pour la gloire. Et coup de grâce, qui mettait l’adversaire au tapis pour le compte, elles exhibaient une photo dédicacée où elles posaient avec Lio ou Philippe Manœuvre. Pour une carte de visite, c’était une carte de visite !

M.G.S, ladite société de production, avait installé ses bureaux dans un long préfabriqué de plain-pied, sur le terrain à l’abandon d’un ancien entrepôt, à deux pas des quais de la Seine, dans le nouveau quartier de Bercy, en face de la bibliothèque François Mitterrand.

La décoration était soignée : murs en crépi blanc, moquette noire curieusement flambant neuve, plantes vertes, mobilier design noir. Trônaient ici où là, bien en vue, trophées, nominations aux Victoires de la musique, coupes, disques d’or, photos dédicacées de Madonna et de Britney Spears, et plus récentes, de Lady Gaga – encore elle –, de Justin Bieber et des BB Brunes.

La plupart des candidates étaient accompagnées de leur mère, de leur grande sœur, de leurs copines ou de leur petit ami dont l’attitude jalouse et protectrice valait toutes les caméras de surveillance du monde. Mais rien n’y faisait, les rêves de gloire étaient bien trop grands, bien plus forts, et s’il l’aimait, s’il croyait en elle, il devait avoir confiance. La réussite tant espérée, le soir, au moment sacré du prime time et de la finale en direct, était plus importante que tout.

Parmi ces starlettes en devenir ou éternellement au chômage, lolitas, nymphettes et autres petites poupées mécaniques, deux adolescentes, pour le moins décalées, dans leur allure et leur comportement, faisaient exception, pour ne pas dire tache.

1

L’une, Jessica, seize ans, grande gigue aux cheveux ras – elle avait depuis peu abandonné sa teinture rouge –, en robe noire toute simple et en baskets jaune citron, sans chaussettes, était accompagnée de Muriel, sa meilleure amie. Jessica rêvait depuis sa plus tendre enfance de faire carrière dans la chanson. C’était son secret, son jardin secret. Elle aussi était venue tenter sa chance.

L’autre, accroupie à côté de la porte des toilettes, en jogging plus très frais, longs cheveux noirs sur les épaules, les yeux sans cesse en action, était à des années-lumière des autres prétendantes comme si elle s’était trompée de film. Petit être frêle, c’était une enfant sauvage à fleur de peau. Les autres filles se demandaient, méfiantes et méprisantes, ce qu’elle faisait là : c’est sûr, cette meuf ne présentait aucun danger, elle n’avait aucune chance d’être prise. Une de moins. C’était toujours ça de gagné !

Parfois, pour tuer la peur et le temps qui ne passait pas vraiment, pour tenter de calmer l’angoisse, on tendait l’oreille et on percevait ici ou là des murmures, des soupirs de lassitude et d’anxiété, des bribes de conversation.

— Ils sont vachement sérieux quand même, et puis y a d’la thune à la clé, c’est le rêve !

— Il paraît qu’y a genre une tournée la semaine prochaine en Belgique. La Belgique, c’est genre trop ouf.

Une assistante débordée, en noir de la tête aux pieds, lunettes spéciales intello, sortit des bureaux, des planches contact sous les bras, se refusant de répondre aux sempiternelles questions :

— Est-ce que ça va être long ?

— Ils n’en prennent qu’une ?

— Le prochain casting, c’est quand ?

— Vous faites aussi de la pub ?

— Et si on n’est pas prise, figurante, c’est possible ? Même si c’est pas payé, j’suis d’accord, déjà toute petite, je voulais être artiste…

Depuis le bureau, pourtant porte close, salle de répétition, bunker, lieu secret et stratégique où tout se décide – les carrières comme le retour à la vie normale –, on entendait de la musique, des intros au piano, des vocalises, des débuts de standards. Certaines étaient interrompues dès le premier couplet et sortaient en larmes, même si on leur avait promis que la prochaine fois serait la bonne, et que de toute façon, maintenant qu’elles étaient dans le grand fichier informatique, un jour peut-être, la chance leur sourirait. La chanson, c’était un métier, il fallait travailler encore et encore, il fallait être patiente. D’autres avaient eu la possibilité de pouvoir finir leur chanson. Triomphantes, le sourire éclairant leur visage, la tête haute, elles se dirigeaient vers la sortie, comme sur les marches de Cannes, ayant l’impression de caresser les étoiles, de ne plus être de ce monde-là, le monde des éternelles recalées. Cette fois, c’était gagné pour de bon, enfin !

Le strass, les paillettes, le prince charmant, l’argent, la gloire, la tournée des Enfoirés, la une de la presse people, Thierry Ardisson, Laurent Ruquier, Michel Drucker et le Grand Journal de Canal+, en clair, c’était pour elles.

Plus dure sera la chute.

Dans son coin, la petite sauvageonne, contrairement aux autres candidates, ne semblait pas pressée de montrer aux producteurs ce qu’elle savait faire. Ici, elle avait très vite trouvé ses marques, s’était approprié son petit bout de territoire et paraissait plus détendue. Se sachant différente, elle n’affichait aucune agressivité, aucune jalousie vis-à-vis des autres filles. Ses préoccupations étaient autres, plus terre-à-terre, et si elle s’était trouvée là, c’était par hasard.

La porte des toilettes s’ouvrit, une pin-up brune et bronzée en sortit. La fille au comportement bizarre entra à son tour à l’intérieur, ferma à clef, se précipita au-dessus du lavabo, s’aspergea la figure, se lava les mains, sortit une brosse à dents et un tube de dentifrice de sa poche, se lava les dents, coiffa comme elle le put ses cheveux en arrière, s’inspecta, sortit de dessous son tee-shirt une chaînette en or, puis reprit sa place, debout cette fois, adossée au mur.

Depuis son admission dans la section « prépa arts appliqués », Jessica avait arrêté la chanson, se consacrant pleinement à sa nouvelle passion, les costumes de théâtre. Elle s’y était remise tout doucement, en cachette. Elle avait dissimulé à ses trois amis son passé de musicienne, pressentant que Larry allait encore se moquer d’elle. En secret, elle avait continué à écrire, à composer à la guitare, toute seule, le soir dans sa chambre. Elle avait commencé à douze ans, dans un groupe de rock de sa banlieue havraise, Les bruits de la ville, et avait décidé qu’elle pourrait – pourquoi pas ? – poursuivre une carrière solo. Elle s’était même, toujours en secret, créé une page sur My Space avec trois morceaux de sa composition et voulait se tourner, le moment venu, vers une chanson française de qualité. Ses modèles présentaient une palette variée, mais à ses yeux, deux choses primordiales les réunissaient : une personnalité atypique et une absence totale de compromission : Camille, Mademoiselle K., la Grande Sophie, Anaïs, Rachel des bois, Lucie. De la variété intelligente.

Sur son mail, elle avait reçu une pub, comme il y en a tant, avec l’annonce de la production Magic Gold Star, et s’était dit « pourquoi pas, on verra bien… » Ses antivirus et antispams n’avaient rien détecté de louche, c’était déjà un signe.

Quand elle avait enfin parlé de ses projets, Muriel et les deux garçons l’avaient dissuadée de se présenter à ce casting.

— Tu vas pas aller à ce machin, c’est nul !

— Pourquoi pas ? On sait jamais.

— C’est pas ta voix qu’ils vont regarder en premier. T’es tellement canon qu’on dirait Monica Bellucci !

— Tu vois le mal partout !

— Pas le mal, le mâle !

— J’suis chanteuse, pas strip-teaseuse, t’inquiète !

— T’es assez grande après tout, t’as pas besoin de nous.

— Si, venez avec moi, c’est vachement long d’attendre toute seule.

Muriel avait hésité et avait fini par accepter. Solidarité féminine oblige, elle ne laisserait pas Jessica toute seule dans cette épreuve. Après tout, Marco et Larry, avec qui elles avaient rendez-vous dans leur petit café de la place de Clichy, pourraient attendre un peu.

Ils étaient passés tous les quatre en classe supérieure, avaient mûri. Marco et Jessica filaient toujours le parfait amour. Quant à Larry, éternelle silhouette noire, il n’avait toujours pas exposé ni explosé au Japon. Sans avoir vraiment abandonné la sculpture, il s’était mis à la photo numérique. Il passait ainsi de longues heures sur Photoshop et, comme toujours, était très content de son travail… et de son génie !

Muriel, qui repoussait tous les jours les avances de Larry – quel gamin, disait-elle en douce à Jessica, j’en ai marre des gamins, c’est plus d’mon âge –, n’avait pas encore trouvé le petit copain idéal. Depuis un an, elle avait beaucoup changé, avait maigri, mais arborait toujours sa tignasse frisée. Elle ressemblait un peu à Maria Schneider, une actrice de films d’auteur des années 70, récemment disparue dans l’indifférence générale.

Jessica paraissait particulièrement décontractée, moins à fleur de peau que les autres filles, alors que Muriel bouillait sur place et se sentait aussi à l’aise que dans un commissariat. N’y tenant plus, elle décida de prendre l’air, elle étouffait.

— Jess, ça craint vraiment, j’vais bouger.

— Lâcheuse !

— J’ai tenu parole, fit Muriel, mais là, je craque.

— D’accord.

— Tu nous rejoins place de Clichy ?

— Oui, à tout à l’heure.

— Allez, grosses bises ! Te bile pas, j’suis sûre que tu vas gagner, t’es la meilleure.

Maintenant que sa copine n’était plus là, Jessica cherchait à s’extraire de l’ambiance, à faire le vide autour d’elle pour mieux se mettre en condition. Son tour approchait, il n’y avait plus que deux prétendantes avant elle, mais quelque chose, ou plutôt quelqu’un l’empêchait de vraiment se concentrer. Elle avait remarqué le comportement étrange de la fille brune aux cheveux mouillés, son drôle d’accoutrement – la brosse à dents qui dépassait de sa poche –, ses petits yeux d’oiseau blessé. Elle se leva, alla aux toilettes à son tour. En chemin, elle regarda la fille. Elle remarqua les deux tatouages qu’elle arborait, un visage de madone dans le cou et un serpent sur le poignet. Elle put lire aussi son prénom, gravé en grosses lettres sur la chaînette en or : Milena.

2

À quatorze ans, Milena en paraissait dix-huit. Avec son corps de femme, son teint pâle, ses très longs cheveux noir de jais en bataille, c’était une sauvageonne à l’état brut. Quelques heures plus tôt, elle était assise sur un banc à la station Châtelet, aux aguets, lorsque ce type l’avait abordée. Il s’était assis à côté d’elle, et lorsqu’il l’avait entendue chanter, il avait reconnu la mélodie. C’étaient les chansons des films d’Émir Kusturica, il avait été subjugué. Quelle voix, quelle présence, quelle intensité ! Il s’était présenté, James Vertier, producteur dans le show biz.

— Je… Milena.

Elle lui avait tendu la main. Sa peau était douce. James était troublé.

— Bonjour Milena.

— Bonjour, monsieur James.

Son accent était craquant.

James ne la quittait pas des yeux.

— Show biz ? Qu’est-ce que c’est, show biz ?

Il avait souri. Elle ne bredouillait que quelques mots de français. Il avait tout de suite compris qu’elle était étrangère et sans-papiers et qu’elle était à la rue. Il lui avait donné sa carte de visite, cinquante euros. Il lui avait demandé de passer l’après-midi même à la production, pour un casting. Il avait sorti un magnifique stylo plaqué or et écrit l’adresse au dos de la petite carte.

— Casting ? Qu’est-ce que c’est, casting ?

— Toi chanter, OK ?

— Je… chanter ? Pas problème !