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Claire est comme toutes les jeunes filles de son âge. Elle a une meilleure amie, des parents aimants et elle appréhende le brevet des collèges. Mais sa petite tranquillité va voler en éclats... Claire va devoir faire face à des problèmes familiaux ainsi qu’au chamboulement engendré par l’arrivée d’un nouvel élève dans sa classe. Alexander vient des Etats-Unis et amène, dans la petite ville de Claire, son air enfantin et son esprit joyeux. Malgré les réticences de Claire, le mystère qui émane de lui ne va faire qu’attiser sa curiosité. En voulant en découvrir plus sur lui, elle va laisser sa peur des garçons de côté et s’aventurer dans la vie du jeune américain. En une année scolaire, elle va affronter ses premières épreuves et découvrir des sentiments jusqu’alors inconnus.
À PROPOS DE L'AUTEURE
Lisa Greco, toute jeune passionnée d’écriture et de lectures fantastiques, trouve sa source d’inspiration auprès de l’écrivain Pierre Bottero. Durant ses premières années de collège, elle axe ses écrits sur des histoires fantastiques. Mais la perte d’un premier manuscrit et son vécu d’adolescente marque le début d’un genre plus réaliste. Elle publie avec «Cette année où je t’ai rencontré» son premier roman dans lequel beaucoup d’adolescentes se retrouveront.
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Seitenzahl: 213
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Cette année
Où je t’ai rencontré
LISA GRECO
A Pierre Bottero…
Si tu veux absolument te battre, commence par te battre contre toi-même » Pierre Bottero
« Ne dis jamais que tu marches sur ton dernier chemin » Survivre avec les loups
« L’amour est la forme de magie la plus puissante au monde »
Introduction
Ceci n’est pas une autobiographie. Même si des faits de ma vie sont à l’origine de certains passages, mon inspiration vient davantage des livres qui m’ont marquée durant l’enfance.
Ce livre est le second que j’écris.
J’ai commencé par rédiger des nouvelles. Puis j’ai voulu me lancer dans l’écriture d’un roman. La Révolte Des Clans est nédurantl’été 2011. Mon esprit s’ouvrait au monde de la littérature et peu à peu au fil des pages mon écriture devenait plus mature. Je me suis prise au jeu, inventant des personnages que je considérais comme des amis. Ils me hantaient la nuit et me tenaient compagnie le jour, en cours, chez moi, partout. Quelques traits de ma personnalité ont servi à la construction du personnage principal : Kins, héroïne de ce roman.
L’histoire avançait, les actions se multipliaient. Mon inspiration se développait au fur à mesure des chapitres. J’avais trouvé ce que je voulais devenir. Ecrivain. Ce métier s’était imposé à moi comme une évidence : j’avais besoin d’écrire pour vivre. L’écriture devenait mon repère, ma passion. Je ne pouvais plus imaginer ma vie sans La Révolte Des Clans, Kins et tous les autres personnages de ce livre. Ils étaient devenus ma famille. J’avais trouvé ce pour quoi j’étais née.
Hiver 2011.
Printemps 2012.
Les semaines, les mois passaient et mon livre allait sur sa fin. Mon histoire arrivait à son but. J’étais heureuse. Puis tout a basculé.
Mai 2012. Mon cauchemar.
Serrure explosée. Peur.
J’essaie de rentrer mais la porte est bloquée. J’appelle ma mère, paniquée. Elle arrive puis quelques instants plus tard le serrurier en présence de la police tente d’ouvrir la porte.
La serrure cède enfin...
J’entre le cœur battant. L’évidence se confirme. Nous avons été cambriolés. Premier réflexe, aller dans ma chambre. Regard sur la commode. Plus d’ordinateur.
Un hurlement, le mien. Puis je n’en finis plus de hurler.
Ma mère essaie de m’apaiser mais rien n’y fait. Ils m’ont pris Kins. Ils m’ont pris mon ouvrage, mon travail d’une année non sauvegardé, ma vie.
Je tape dans les murs, je m’arrache les cheveux, j’enrage. Les policiers tentent de me convaincre de dédramatiser la chose mais je ne les écoute pas. J’hurle jusqu’à m’en rompre les cordes vocales, donnant des coups de pieds dans tous les sens, insultant, pleurant. Je murmure le nom de Kins, je le crie, je l’implore. Rien ne peut me calmer. J’ai un gout amer dans la bouche. Tout ce travail acharné et passionné parti en poussière. J’ai mal. Mal partout. Mal à la tête, mal au ventre. Je les hais. Je voudrais les tuer, les faire souffrir comme je souffre.
Ma peine n’est jamais partie, et je sais qu’elle ne partira pas. Rien ne pourra combler le vide qui s’est fait dans mon cœur.
Par la suite je n’ai eu que des discours inutiles de mes proches. On me disait que ce n’était qu’une épreuve à passer. Que ce que j’avais écrit était un brouillon et que le prochain livre que j’écrirai serait meilleur. Mais personne ne pouvait me comprendre.
J’avais le sentiment d’avoir laissé Kins, de l’avoir abandonnée.
J’ai alors pris la décision de ne pas baisser les bras. J’ai fait revivre Kins dans un nouveau livre que je n’ai pas terminé et que j’ai mis de côté pour l’instant.
C’est suite à ça qu’est né Cette année où je t’ai rencontré… Je l’ai écrit pour prouver que j’ai tourné la page mais pas oublié. Je l’ai écrit pour montrer que je continue à écrire.
Pour toi Kins…
1
La plupart des gens pensent que la journée qui commence sera semblable aux précédentes.
J’ai moi-même toujours pensé cela.
Jusqu’à ce jour-là.
Je n’ai jamais été du matin.
Alors quand ma mère débarqua dans ma chambre et me hurla dans les oreilles qu’il était temps que je me lève, je n’eus qu’une envie, l’étouffer avec mon oreiller.
Je continuais de sentir sa présence dans l’encadrement de la porte.
Pour qu’elle me fiche la paix, je me redressai dans mon lit et grognai :
—C’est bon.
—Tu vas être en retard Claire, si tu ne te dépêches pas !
Puis elle se décida enfin à partir. Les bras encore engourdis d’avoir dormi dessus, je me levai.
Une fois habillée, je descendis dans le salon pour aller déjeuner.
Je vis mon père se diriger vers ma mère pour l’embrasser sur le front. Cette dernière fit un mouvement de recul, mais il n’en tint pas compte.
Je détestais ces fausses apparences.
Tout semblait parfait de l’extérieur alors que tout était pourri à l’intérieur.
—Je rentrerai tard ce soir, ne m’attendez pas pour manger.
—Papa ?
Il s’arrêta et se retourna lentement comme s’il redoutait ce que j’allais lui dire.
—Oui ?
—Bonne journée.
Une fois qu’il fut parti, ma mère essaya d’engager la conversation mais je prétextai que j’allais être en retard, ce qui n’était pas tout à fait faux et partis dans ma chambre pour finir de me préparer.
Si on me posait la question, j’aurais dit que oui, tout allait bien chez nous.
Qui aurait pu se douter que notre vie de famille n’en était plus une ?
Nous avions une grande maison. Mes parents, avec des revenus plus que satisfaisants, faisaient comme si tout était merveilleux dans leur vie.
Tout ceci n’était qu’un foutoir ridicule.
Qui aurait voulu d’une mère qui trompe son mari sans scrupule, d’un père faisant comme si de rien n’était ?
Quand j’eus fini de me préparer, j’allai dans le jardin pour mettre en route l’arrosage car ma mère oubliait toujours de le faire.
Puis je me dépêchai d’aller prendre le bus.
J’allais maintenant devoir supporter les jérémiades de ma meilleure amie.
Celle-ci était accro aux garçons. C’était ce qui nous opposait le plus. Dès qu’on se voyait, elle ne pouvait s’empêcher de me parler de ses nouvelles conquêtes.
Une vraie tombeuse.
Cependant elle restait l’unique personne qui me faisait espérer un monde meilleur.
Les cours reprenaient aujourd’hui. Les vacances étaient passées tellement vite, et je n’avais pas le courage de reprendre le cycle infernal du collège.
Ma seule motivation était le brevet mais surtout, que cette année signe la fin de mon emprisonnement dans cette école.
En arrivant au collège, je croisai d’anciens copains qui ne firent mêmepas attention à moi.
Soudain, je vis Maëva courir vers moi.
—Je ne t’ai pas vue dans le bus ce matin! S’exclama-t-elle en me faisant la bise
—J’étais en retard, j’ai dû prendre le suivant.
Elle me fit un clin d’œil et nous partîmes rejoindre notre classe devant la salle de cours.
—J’ai eu des nouvelles de Nathan pendant les vacances, chuchota Maëva
—Nathan?
—Mais oui tu sais bien, il était aussi en quatrième l’année dernière mais il a déménagé pendant l’été. Il vit à Toulouse maintenant.
—Oui je vois qui c’est, le garçon à filles!
—Pourquoi tu dis ça?
—Parce que c’est la réputation qu’il avait ici, affirmai-je
—Elle est complétement fausse cette rumeur, se braqua Maëva.
J’étais assurée que ma meilleure amie me cachait quelque chose.
—Bon qu’est-ce que tu voulais me dire à propos de lui ?
—On a beaucoup parlé pendant ces vacances et il m’a avoué que je lui plaisais et qu’il aimerait bien me revoir.
Je la vis rougir et levai les yeux au ciel.
Ça recommençait. Une fois de plus elle était tombée dans les filets d’un garçon et j’allais en subir les frais pendant les mois à venir.
Notre salle de cours n’était pas vide, un inconnu s’y était déjà installé, sûrement un nouveau.
Il releva la tête vers nous et nous fixa un à un au fur et à mesure que nous prenions place.
Lorsque ce fut mon tour, il me dévisagea.
Son regard insistant me sembla durer une éternité et enfin ses yeux passèrent à quelqu’un d’autre.
2
Le brouhaha s’intensifia dans la classe et le professeur mit fin à cette agitation en quelques secondes. Il me fit surtout retrouver mes esprits.
—Asseyez-vous.
Tout le monde s’exécuta.
—Alexander, viens me rejoindre s’il te plaît.
Le mystérieux garçon qui attirait les regards, surtout ceux des filles, se leva et vint se poster près du professeur.
—Je vous présente Alexander, il vient des Etats-Unis mais parle couramment le français. Je vous demande de l’aider à bien s’intégrer.
Alexander salua l’ensemble de la classe, passa devant moi et se rassit.
—Alors reprenons où nous nous étions arrêté le cours dernier. Claire viens au tableau je te prie.
Tous les regards, en une fraction de seconde, se concentrèrent sur moi.
Au tableau, je sentis mon cœur s’accélérer, je pris le Velléda entre mes doigts et attendis les consignes.
—Tu vas résoudre la première équation du contrôle. Kelly donne lui l’énoncé.
Celle-ci me tendit la feuille en me murmurant :
—Il est canon le nouveau.
Je fis mine de sourire et finis de résoudre l’équation en peu de temps. Je m’apprêtais à me rasseoir quand un doigt se leva.
—Oui Alexander ?
J’allais enfin entendre sa voix.
—Elle a oublié de tenir compte dans la multiplication du signe négatif de chacun des deux nombres.
Sa voix avait un accent américain à faire craquer toutes les filles.
—Donc cela va donner?
—Un signe positif.
Le prof approuva de la tête.
Je fixai Alexander, peut-être un peu trop puisqu’il s’en aperçut et qu’il me regarda à son tour. Nos yeux restèrent un instant ainsi. Je ressentis comme des chatouillements au bas de mon ventre ainsi que du stress.
Deux émotions complètement différentes mais qui m’envahirent et me donnèrent le vertige. Je fus la première à détourner le regard. C’était comme si on m’avait ôté toute capacité à réagir.
Quand la sonnerie retentit, je rangeai mes affaires et sortis rapidement de la salle. Maëva et moi nous rendions en cour d’anglais quand Alexander me saisit le bras.
—Tu as oublié ça.
Il me tendit ma gomme. Je m’en emparai avec empressement mais nos mains se frôlèrent. Un long frisson parcourut mon corps et les poils se hérissèrent sur mon bras.
—Merci.
Maëva m’attrapa par le bras et m’entraina loin de lui.
—Il est mignon tu ne trouves pas ?
J’aurais dû me douter qu’il ne passerait pas inaperçu aux yeux de ma meilleure amie. Je haussai les épaules et nous rejoignîmes les autres dans la salle. Le cours commença sans que je ne puisse m’arrêter de jeter des regards vers Alexander. Mais il m’ignora durant tout le cours.
La journée se termina enfin.
En montant dans le bus, je l’aperçus assis au fond le regard dans le vide. Je le dépassai et m’assis derrière lui.
Je vis défiler les arrêts sans qu’Alexander ne descende.
Je redoutais qu’il habite près de chez moi. Malheureusement, il s’arrêta à mon arrêt et poursuivit son chemin sans m’adresser la parole.
Je me mis à observer son profil.
Des joues creuses avec des lèvres marquées d’un v merveilleusement bien dessiné, un nez légèrement en trompette, des yeux en amande et des sourcils très charnus.
Il n’avait pas ce visage parfait qu’ont les mannequins dans les magazines, pourtant ses traits atypiques le rendaient vraiment…
—Pourquoi tu me regardes comme ça?
Instinctivement, je détournai le regard gêné.
—Pour rien, assurai-je.
On continua alors notre chemin.
Désormais, je craignais qu’il crût que je craquais pour lui. Je n’étais jamais sorti avec un garçon, non que l’idée ne m’eut jamais traversé l’esprit, mais parce que je n’en avais jamais ressenti ni l’envie ni le besoin. Cela était peut-être dû au fait que ma meilleure amie me donnait une image complétement négative de l’amour, même si elle ne s’en lassait jamais.
Et que ma mère ne soit pas fidèle à mon père n’améliorait pas les choses.
J’arrivai devant ma maison et risquai un regard du côté d’Alexander. Sa maison n’était qu’à quelques mètres de la mienne.
Il rentra chez lui et j’en fis de même. Personne ne m’attendait, alors je montai directement dans ma chambre, me mis à la fenêtre et sursauta. Je le vis, en face, enlever son tee-shirt et s’allonger sur son lit.
Je me contraignis à fermer les rideaux avant qu’il ne me voie et s’imagine que je l’espionnais. C’était sûr, il me prendrait pour une folle.
J’allais me mettre à rédiger mon devoir de français lorsqu’une voix familière cria :
—Eh, oh !
Je m’approchai de ma fenêtre et vis Alexander à la sienne, me faisant un signe de la main.
—On dirait bien qu’on est voisin.
—Effectivement.
—Tout va bien ?
Je levai un sourcil.
—Je te demande ça parce que tu as vraiment l’air bizarre, continua-t-il.
Je tirai les rideaux d’un coup sec et partis en courant dans la salle de bain, me passer de l’eau sur le visage.
Au fur et à mesure, mes joues se dépigmentèrent et je retrouvai bientôt ma couleur naturelle.
Je me promis à ce moment-là de ne plus jamais parler avec Alexander quand il était torse-nu.
3
C’était le week-end. Mon père était en déplacement pour son travail, et je me retrouvais donc pendant ces deux jours, seule avec ma mère. Celle-ci s’en réjouissait car c’était pour elle l’occasion de renouer avec moi. Sauf que ces derniers temps je ne la portais pas du tout dans mon cœur. De plus, durant la semaine elle s’était débrouillée pour croiser le moins possible celui qu’on nommait « son mari ».
Hilarant, vu qu’il faisait lui tout pour passer plus de temps avec elle.
Quelle contradiction ! C’était vraiment du grand n’importe quoi, et j’espérais réellement que cela se termine un jour pour de bon.
—J’avais pensé aller au cinéma, qu’en dis-tu ?
Je regardais ma mère, agacée.
—Non.
Elle but une gorgée de son thé et le fantasme de l’ébouillanter avec, me piqua les doigts.
—Ou alors préfères-tu faire les boutiques ?
J’avais en horreur les magasins et les rues grouillantes de monde, et elle le savait très bien. Faisait-elle toute cette comédie pour m’énerver ? Son plan marchait à la perfection.
—Non, maugréai-je.
Elle laissa échapper un léger soupir qui me tira un petit sourire maléfique.
La sentir exaspérée par mon comportement me fit espérer qu’elle allait peut-être changer d’avis et me laisserait alors tranquille pendant ce week-end.
—Bien alors faire un footing puis aller au restaurant, c’est une proposition honorable pas vrai?
—Non plus.
Sa tasse se posa bruyamment.
—Je propose qu’on parle et ce n’est pas une question cette fois.
Je haussai les épaules. A quoi bon ? Je ne serais jamais d’accord avec ma mère, c’était une certitude.
—Ce n’est pas une bonne idée, ça va mal finir comme toujours, soufflai-je.
—Et si on essayait de se comporter en personnes responsables?
Un rire malsain fit vibrer mes cordes vocales.
—Crois-tu que tu étais une « personne responsable » quand tu as couché avec cet homme ?
La chaise racla le sol et ma mère me gifla. Je me retournai et fusillai ma mère du regard.
Honteuse et en furie, je montai quatre à quatre les marches de l’escalier et claquai la porte de ma chambre derrière moi. Je ne voulais plus la voir pour le moment. Elle ne m’inspirait que de la haine et j’avais besoin de me vider de ce sentiment. J’en avais beaucoup trop en moi.
Je l’entendis tambouriner à ma porte et essayer de l’ouvrir, mais je l’avais fermée à clé.
—Claire, ouvre-moi immédiatement !
Je ne répondis pas.
—Tout de suite ! S’énerva-t-elle de plus belle.
Mon silence finit par triompher car elle redescendit et me laissa enfin tranquille.
J’avais grand besoin d’onde positive dans cette maison. En apercevant la fenêtre d’en face, la pression diminua peu à peu.
Il y avait une boulangerie pas très loin de mon quartier qui était réputée pour ses énormes éclairs au chocolat. Rien qu’en y pensant, j’en eus l’eau à la bouche.
Je quittai donc la maison, en sachant qu’à mon retour j’allais me prendre un savon, et pris la direction de la boulangerie.
Je m’installai dans un parc, mon éclair à la main, et observai les alentours. Que c’était calme et reposant, loin des cris de ma mère. La pâtisserie ne fit pas long feu et une fois calée, je m’assoupis.
Le soleil me brulait la peau. J’étais bien là, seule, sans aucun souci en tête.
Je devais avoir bien dormi une heure lorsque je rouvris les yeux. Je m’étirai de tout mon long et aperçus un petit garçon, ayant une dizaine d’années, me dévisager. Qu’est-ce qu’il avait à me fixer comme ça ?
Il était tout maigrichon, un simple coup de pied aurait pu le mettre à terre. Ces yeux étaient cernés de bleu et il était d’une pâleur effrayante.
Mais que voulait-il à la fin ?
J’allais m’approcher de lui quand il s’enfuit en courant me laissant interloquée.
Mon téléphone sonna à ce moment. Me doutant que c’était ma mère, je ne décrochai pas, mais ma sonnerie se répéta inlassablement. Le regard hostile des mamans autour de moi me força tout de même à répondre.
—Quoi ?
—Punie de téléphone, et tu rentres de suite à la maison Claire !
Je décollai l’appareil de mon oreille et laissai ma mère me faire sa morale que je connaissais par cœur.
—J’arrive, conclus-je et je raccrochai.
Je sortis du parc à contre cœur.
Sur le chemin du retour, je me mis à imaginer l’accueil qui m’attendait.
La nuit dernière, j’avais entendu mon père pleurer tout doucement. Cela me rendait encore plus mal que je ne l’étais.
Tout était de la faute de ma mère, je la détestais. Je ne supportais plus de les voir s’ignorer et pourtant continuer à cohabiter.
J’en arrivais à un point où je n’avais même plus envie de rentrer chez moi.
4
—Tu pourrais répondre à ton téléphone, à quoi te sert-il sinon ?
Maëva venait de surgir devant moi à l’arrêt de bus, ce qui manqua de me faire tomber en arrière.
Elle ne s’arrêtait donc jamais de me surprendre.
—Punie de téléphone pendant une semaine.
En montant dans le bus qui nous amenait au collège je cherchais Alexander des yeux. Mais je ne le vis nulle part.
—Pourquoi ? Demanda Maëva surprise.
—Disons que ma mère n’aime pas tellement quand je pars de la maison sans prévenir.
—Tu t’es enfuie ?
Ma meilleure amie avait la tête de quelqu’un qui venait d’apprendre l’existence de licornes roses.
—Mais non, j’avais juste besoin de prendre l’air.
—Pour quelle raison ?
—Je ne supporte plus ma mère, je te l’ai déjà dit.
J’avais évité de parler de cette histoire de tromperie à Maëva, pas que je n’avais pas confiance en elle, mais parce que j’avais simplement honte.
—Il faudra que tu m’expliques un jour, ta mère est adorable je ne vois pas pourquoi tu la détestes à ce point.
Si elle savait, elle ne tiendrait surement pas ce discours.
Je tournai la tête et reconnus à travers la vitre du bus, la fine silhouette qui courait dans notre direction, en agitant les bras.
Instinctivement, je me levai et criai au chauffeur :
—Arrêtez-vous monsieur, il y a un garçon qui voudrait monter.
Le bus s’arrêta et je vis l’américain essoufflé monter dans le véhicule.
Bien sûr il ne savait pas que c’était moi qui avais fait arrêter le bus.
Dommage, j’aurais bien aimé entendre sa voix me remercier.
—C’est pas le nouveau ? M’interrogea Maëva.
—Oui, c’est lui.
—Il est vraiment super mignon, souffla-t-elle.
—Oui enfin, il y a mieux.
Evidemment je ne le pensais pas une seconde et évidemment que je le trouvais très mignon. Mais de là en faire part à ma meilleure amie, c’était plutôt risqué.
—Je me demande si je ne vais pas aller lui parler cette après-midi, il est dans notre classe maintenant autant en profiter.
Elle s’était exprimée de cette voix mielleuse qu’elle utilisait pour ses conquêtes, ce qui m’alerta. Qu’allait-elle tenter avec Alexander ?
—Tu ne vas pas aller le draguer tout de même ? Il vient d’arriver, laisse lui le temps de s’habituer à notre pays !
—Justement je pourrais faire en sorte qu’il s’y sente mieux beaucoup plus vite.
Je commençais à m’énerver. Elle sautait vraiment sur tout ce qui bougeait. D’abord Nathan ensuite Alexander, en même pas deux semaines, c’était trop.
—En voulant l’obliger à sortir avec toi ? Tu n’exagères pas un peu ?
Maëva ne semblait pas remarquer mon agacement.
—Je ne l’obligerai en rien, c’est lui qui viendra naturellement à moi.
Elle fit danser ses épaules et je savais qu’à partir de maintenant, elle ne lâcherait plus l’affaire avec Alexander, à part si je trouvais un moyen de l’en dissuader.
—Tu oublies Nathan ! Il t’avait avoué ses sentiments, tu imagines s’il apprenait que tu sortais avec quelqu’un d’autre ? Je pense qu’il serait vraiment très triste, lui dis-je en insistant bien sur le « très ».
J’espérais que mon plan allait fonctionner. Elle pouvait avoir tous les garçons qu’elle voulait mais pas lui, il …
—Oui tu as raison. En plus encore ce matin, il m’a envoyé un message où il me disait que je lui manquais, me coupa-t-elle.
Le bus arriva enfin devant le collège et j’en fus soulagée. Je n’aurais pas tenu une minute de plus.
Ce trajet m’avait semblé durer une éternité.
Quand les cours furent terminés, je disparus le plus rapidement possible pour ne pas être vu par l’américain. Je ne voulais pas, une fois de plus, me retrouver dans le même bus que lui. Je voyais bien que quand il était dans mon champ de vision, je perdais tous mes moyens.
J’étais cachée derrière l’arrêt de bus et guettais qu’il n’arrive. Ne le voyant pas arriver, je me mis à supposer qu’il ne prendrait peut-être pas le bus aujourd’hui.
Mon soulagement s’évapora lorsque j’entendis une voix derrière moi :
—Tu attends quelqu’un ?
L’accent américain me fit l’effet d’une décharge électrique.
—Euh non, enfin oui. Je ne sais plus en fait, cafouillai-je.
Je sentis de nouveau le rouge me monter aux joues. Je me retournai pour ne pas qu’il s’en aperçoive.
—Je pue de la gueule ? Ricana-t-il.
—Non pas du tout, je fais juste attention que le bus ne parte pas sans moi.
Il tapa dans ses mains.
—J’ai l’impression qu’on va prendre le bus ensemble. Il ne faudrait pas qu’il m’échappe une fois de plus.
Je me forçai à lui sourire mais j’étais paralysée.
Ce garçon avait le don de m’enlever toute capacité à réagir.
Durant tout le trajet, on n’échangea pas un seul mot. Il régnait un silence entre nous plus qu’étrange. A certains moments, je voulus mettre fin à ce non-échange mais la peur me stoppait à chaque fois.
Quand je fus devant chez moi, il me salua de la main, me regarda fixement comme s’il pensait que j’allais venir vers lui et enfin engager la conversation, mais je franchis le seuil de ma maison mettant fin à ses espoirs.
5
Depuis que je savais qu’Alexander habitait à côté de chez moi, je n’arrivais plus à défaire mon regard de la fenêtre d’en face. Je restais devant à attendre qu’il apparaisse et, en me voyant, m’entraine dans une longue discussion. J’avais cette furieuse envie qu’il me dise tout de lui, qu’il me parle pendant des heures jusqu’à ce que la nuit tombe.
Il avait amené avec lui, dans notre petite ville perdue, une part de mystère et de nouveauté qui me terrifiait et me fascinait en même temps.
Il m’envoutait et m’attirait dangereuse_-ment.
Il était comme ce gros éclair au chocolat, qui aussitôt englouti nous fait regretter d’y avoir succombé. Et je me promis, à partir d’aujourd’hui, de ne pas céder à la tentation.
J’étais en train de bouquiner dans ma chambre lorsque les sanglots de ma mère m’interrompirent.
J’hésitais à aller voir ce qu’elle avait mais quand ses pleurs s’intensifièrent je laissai mon livre de côté, et entrai dans la chambre de mes parents.
Je la découvris sur le lit, le visage entre ses mains et ses jambes repliées contre elle, comme un fœtus.
—Qu’est-ce que tu as ?
Je voulais mon ton glacial mais la voir dans cet état ne rendait pas les choses si simples. J’avais beau la haïr, elle restait ma mère et je détestais la voir pleurer.
Ses mains se dégagèrent et elle m’offrit son visage ruisselant de larmes, ses yeux cernés de noir et ses joues rouges.
—Ton père…m’a quittée.
La nouvelle me fit un choc. Je ne savais si ce que je ressentais, à ce moment-là, était du soulagement ou de la tristesse. Une boule me noua l’estomac.
Je pris ma mère dans mes bras et la berçai doucement.
—Je comprends Claire que tu m’en veuilles, mais je t’assure tu ne connais pas toute l’histoire. Je voudrais tant que tout redevienne comme avant.
Des petits cris plaintifs sortirent de sa bouche, et je me forçai à la serrer un peu plus fort dans mes bras frêles.
Que voulait-elle dire par « tu ne connais pas toute l’histoire » ? Mes parents me cachaient-ils quelque chose d’autre ?
Elle renifla, se dégagea de mon étreinte et se releva.
—Merci.
D’un pas décidé, elle sortit de la chambre me laissant seule, sans réponse, une nouvelle fois décontenancée par les circonstances.
Tout était chamboulé, sans que personne ne prenne en compte mon avis. Qu’étais-je aux yeux de deux adultes en rage contre la vie ?
