Chloé et le korrigan - Priscill Landrieux - E-Book

Chloé et le korrigan E-Book

Priscill Landrieux

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Beschreibung

Au sein de la région boisée de Troncastel Haute-Futaie, l'inflexible roi Lorgéryl Fréhénor, s'adonne à la traque et l'extermination des créatures et petits peuples issus de la magie. Depuis le décès de sa bienaimée reine Agnès, le roi estime ces créatures trop dangereuses pour vivre parmi la population. Mais c'est évidemment sans compter sur la détermination de la princesse Chloendell. Cette dernière, soutenue par son frère Yonnorad et quelques autres partisans, a à cœur de sauver les pauvres malchanceux de la vengeance aveugle de son père...

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Seitenzahl: 102

Veröffentlichungsjahr: 2016

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Je souhaite dédier cette histoire à mes collègues.

Plus particulièrement à la jolie Delphine, que je n'ai eu de cesse d'embêter tout au long de la construction du récit, lui demandant synonymes et autres.

Et à Cam, qui à plusieurs reprises, m'a laissée sa place pour des missions plus calmes qui me laissaient le temps d'écrire et de dessiner.

Merci beaucoup les filles. Je vous adore !

Il était une fois, une fois il n'était pas, une autre fois il sera encore, un korrigan fuyant l'appel d'un cor...

Sommaire

Chapitre 1 : L'impitoyable vénerie.

Chapitre 2 : Souvent facétieux, maladroit de temps en temps, mais adorable tous les jours.

Chapitre 3 : Survivre au château.

Chapitre 4 : La fabuleuse fête des fleurs.

Chapitre 5 : Les étrangers venus de la lande.

Chapitre 6 : Rapt.

Chapitre 7 : Odyssée vers la lointaine région des lacs.

Chapitre 8 : La routine en Théfeunnec.

Chapitre 9 : Conseil restreint, plutôt extraordinaire.

Chapitre 10 : Renouveau.

Epilogue

Que s'est-il passé après leur retour ?

Qu'est-il arrivé à Chloé, Yon et les autres ?

Chapitre 1

L'impitoyable vénerie.

-Il est là !

-Attrapez-le !

L'après midi se voulait morne et gris. Le ciel parsemé de nuages menaçants, déversait ses averses sans discontinuer. Sous la pluie, le cor de chasse de Fréhénor résonna à de très nombreuses reprises au cœur du domaine de Troncastel-Haute-Futaie. La créature tentait adroitement de semer ses poursuivants. Elle slalomait avec maîtrise et ruse entre les arbres sans jamais trébucher, sans la moindre hésitation, menant les cavaliers toujours plus profondément dans les ombres du sous bois. Loin au-dessus des hommes et de leur proie, la canopée offrait à la traque de nombreuses teintes plus qu'effroyables de vert et de clair-obscurs angoissantes, presque fantomatiques.

Si l'élégant stratagème et le savoir-faire semblaient avoir raison des hommes et de leurs montures, les chiens, pour leur part, gagnaient rapidement et dangereusement du terrain. Les aboiements terribles n'avaient pourtant pas l'air de perturber la pauvre créature, outre mesure. Fuyant toujours et sans cesse, elle savait, tout comme ses agresseurs, qu'elle ne tarderait pas à se fatiguer. Pourtant, si elle était amenée à abandonner sa course effrénée, elle le ferait certes, mais sans leur facilité la tâche. Elle leur ferait chèrement payer chaque instant de fatigue et de traque. Alors elle s'enfonçait toujours plus profondément au cœur de la forêt. Puis, comme son endurance déclinait elle décida de bifurquer soudainement vers une petite clairière mal éclairée pour stopper net sa course et se retourner.

Imprévisible, mystérieuse et dangereuse, la créature faisait face à ses poursuivants. Haute de soixante-dix centimètres à peine, la peau sombre, camouflée par les ombres de la forêt dense, elle apparaissait inoffensive, voir fébrile. Toutefois, elle ne s'était jamais montrée aussi intimidante et patibulaire, inspirant crainte et méfiance. Les chasseurs le savaient bien ! Les korrigans tiraient et tirent encore de nos jours, leur puissante magie de leur lien avec la nature. Celui-ci se trouvait donc à son avantage en ce lieux, encore totalement vierge et épargné de constructions humaines.

Comme à l'approche d'un danger invisible, les chevaux se raidirent, se cabrèrent, certains, désarçonnant même leur cavalier. Pourtant, rien ne semblait avoir changé. Rien, mise à part la tension qui devenait plus palpable, qui, étouffante, suffocante, semblait remplir les poumons avec supplice.

-Attrapez-le !

-Surtout, ne lui laissez pas le temps de composer un sort !

Comme pour donner l'exemple à ses hommes de main, ou bien parce que le danger lui importait peu, tant l'adrénaline le portait à ce moment là, le roi, Lorgéryl Fréhénor de Haute-Futaie, se jeta le premier sur la créature. S'il était de taille plutôt moyenne, sa constitution aussi musculeuse que puissante rendait le roi impressionnant. L'effort de la traque se lisait sur son visage dur et carré. La sueur collait ses cheveux courts, bruns et ébouriffés. Son regard sombre et déterminé, meurtrissait déjà la créature aussi sûrement que sa lame s’apprêtait à le faire. Désarmé et manquant de temps, le korrigan ne se laissa pas faire pour autant ! Avec agilité et précision, il se précipita entre les pâtes du destrier royal. Il le déséquilibra d'un coup de griffes sommaire mais laconique et violent, porté dans les tibias. Lorgéryl fut projeté contre un tronc tout proche. Le choc le sonna si fortement que le monarque en perdit connaissance. Ce fut donc, non sans appréhension, que les chasseurs imitèrent leur commandant.

Malgré la densité des arbres et des buissons, les cavaliers réussirent à encercler le korrigan. La créature à cet instant, paraissait prise au piège. Nulle part autour d'elle, il n'y avait d’échappatoire. Ne lui laissant pas le loisir d'étudier sa situation davantage, les hommes du roi attaquèrent tous en même temps. Certains de submerger la créature par leur surnombre, les chasseurs se montrèrent imprudents. Il furent ainsi, impuissants et surpassés face à l'habileté du korrigan. Ce dernier se montrait rapide, souple et endurant. Avec force et audace il paraît chaque coup porté à son encontre. De même, il ripostait avec génie et courage. Le korrigan jouait avec ses assaillants, tel un chat avec une souris.

Ce combattant perdit l'usage d'un œil !

Celui-là fut amputé d'une oreille !

La créature s'arrangeait pour incapaciter ses agresseurs sans, cependant, jamais porter de blessure mortelle.

Son petit corps se fatiguait vite ! Il savait avec pertinence qu'il ne tiendrait plus très longtemps. Même ici, où la nature faisait son possible pour veiller sur lui. Mais que pouvaient vraiment un korrigan, la force brute contenue dans les racines des arbres et le tumulte du vent, face aux hommes impitoyables et conquérants ? Quelle défense offraient les feuilles et les branches, alors même que partout à travers le monde, la sève coulait pareil à du sang ? Des maisons à colombages, des forteresses, des trébuchets... Les hommes et leurs rêves de conquête et de gloire les amenaient à mutiler les forêts et la vie qui y foisonnait.

Les cavaliers bien amochés et plus énervés que jamais, se ressaisirent. Plus qu'une question de sport et de chasse, capturer la créature maudite devint à présent, une question d'honneur. Le korrigan, plus qu'éprouvé par de longues heures de traque et de lutte finit par commettre quelques menues erreurs. Se montrant un peu moins agile, puis un peu plus lent. Sur la fin, n'y tenant plus, il capitula et se laissa presque attraper. Pas plus grand qu'un bambin, les hommes du roi n'éprouvèrent aucune difficulté à contraindre la créature. Une fois sa résistance mise à mal, ils l'emmaillotèrent solidement.

Ainsi ficelé, le korrigan fut jeté sans ménagement dans un sac en toile de jute. Le soldat du roi qui tenait fermement son paquet, n'eut pas le temps de l'arrimer, qu'un de ses pairs s'approcha pour malmener la pauvre créature. Imitant le geste violent et plein de rancœur de leur camarade, d'autres frappèrent durement dans le sac, tombé à terre à présent. A coup de pieds, de branches, de cravaches et de tout ce qui traînait à portée de main, les chasseurs prirent leur temps pour venger oreilles, doigts ou tout autre organe mutilé, crevé ou déchiqueté par le korrigan. Pour conclure leur pitoyable vendetta, les hommes de Fréhénor attachèrent le baluchon avec une corde à la selle d'un des chevaux. De telle façon qu'il traîna au sol dans leur sillage pendant qu'ils étaient tous lancés au galop pour rejoindre le château. Au début, la créature avait encore la force de se plaindre, de gémir, d'injurier ses geôliers dans leur langue comme dans la sienne. Toutefois, après un temps, la distance, la vitesse, les chocs, les changements de terrain, eurent raison du korrigan. Assommé ou résigné, il n'émit plus aucun bruit...

Lorsqu'ils aperçurent la petite troupe qui revenait et surtout, l'état dans lequel se trouvait les hommes qui la composaient, les sentinelles, postées au-dessus du pont-levis, sur le chemin de ronde, firent immédiatement appeler le médecin. Si certains hommes de Fréhénor nourrissaient encore de méchantes intentions à l'encontre de la créature, leurs soins ne leur laissèrent pas le temps de les assouvir.

Lorgéryl, qui se remettait avec peine du choc que lui avait infligé sa monture en le désarçonnant, se décida à s'enquérir de la santé de son prisonnier. Ne sachant pas très bien ce que ses soldats en avaient fait, il retrouva sa trace chez les palefreniers.

-Chloendell Fréhénor de Haute-Futaie ! Râla le roi sans préambule, faisant sursauter toute l'écurie. Qu'est ce que tu fiche ici ? Lâche cette immonde chose immédiatement ! La petite fille, gracile et élancée, eut juste le temps de prendre son souffle que le roi ajouta.

-Et ne discute pas avec moi !

-Je ne me gênerais pas, père ! Annonça la gamine avec un aplomb déconcertant compte tenu de son jeune âge et de sa petite stature. Cette pauvre petite chose n'a rien fait d'autre que de naître korrigan ! Et c'est là, selon vous, sa plus grande faute ? C'est totalement injuste de la traquer ainsi, de la battre, de la torturer...

-Que pourrais-tu bien comprendre à tout cela ? S'emporta furieusement le monarque. Tu n'es qu'une enfant ! Inconscient du tollé qu'il risquait de provoquer, le roi, dans un geste de colère incontrôlée, arma son bras avec élan, près à corriger la petite insolente.

-Vraiment ?! S'écria la petite princesse de sa voix la plus aiguë. Je ne tolérerais pas ça ! Ajouta t-elle ensuite plus calme. Si maman était encore...

-Elle est morte ! Jeta le père, coupant court à la réflexion de sa fille et se calmant dans le même temps.

A ce moment précis, l'attention de Lorgéryl Fréhénor se porta sur le korrigan. Ce dernier, écorché vif, lacéré, les os brisés, presque mort, le fixait. Son regard se voulait dur, plein de jugements et de reproches, mais néanmoins dénué de toute forme de méchanceté. Le roi tout de même, perçut la menace silencieuse mais lourde qui pesait sur sa personne. Les yeux de la créature, au contraire du reste de son petit corps décharné, brillaient comme jamais. Sans avoir eut l'opportunité de s'en servir, elle avait dû accumuler une énorme quantité de magie pure, alors qu'elle courrait à travers les bois de Troncastel. Si son agresseur avait levé la main sur la fillette, alors que celle-ci faisait son possible pour le soigner, même dans son état misérable, le korrigan n'aurait pas manqué de la venger, quitte à y laisser ses dernières forces.

-Il semble tenir à toi ce petit être ridicule ! Articula le roi, sans quitter le korrigan de son regard méprisant. Soit ! Je te l'offre ! Prends-en soin, tu n'en aura pas d'autre !

-D'autres ne survivraient sans doute pas à ce genre de traitement, monseigneur ! Ironisa la gamine avec condescendance. Et quel plus beau paquet cadeau, qu'un sac en toile ensanglanté ?!

-Méfie-toi Chloé ! Railla Lorgéryl. Si mes hommes l'attrapent et le tue, ce sera tant pis pour lui comme pour toi ! Nul châtiment pour celui ou celle qui débarrasse mes terres d'un monstre... Fusse t-il le petit jouet de ma fille chérie !

Le roi Fréhénor avait déjà tourné les talons. Autrement, il aurait aperçut le regard sévère de sa fille qui le scrutait. Ce regard, ne ressemblait pas du tout à celui d'une gamine de cet âge. Ses beaux yeux clairs se faisaient trop mature ! Trop dur aussi ! L'innocence de l'enfance avait sans doute été étouffée par la violence du quotidien emplis de haine... de haine et de sang !

-Pomme de pin. Fit une voix rauque et décousue. C'est mon nom !

C'était le pauvre korrigan. Visiblement, l'abject comportement du roi Lorgéryl n'avait pas eu l'influence néfaste qu'il aurait pu imaginer, sur les idéaux de son héritière. La malheureuse créature, mal en point, constatant le phénomène décida d'accorder une confiance timide à cette princesse téméraire. Après tout, son doux visage angélique était le premier à lui être apparu après ses tortures. Souriante et pleine d'attentions, elle s'était montrée gentille et protectrice. Comme un baume, la fillette avait su rassurer son hôte, guérir une partie de ses blessures, si non physique, au moins morale. En effet, sans même s'en rendre compte, Chloendell avait prouvé au korrigan qu'il ne trouverait pas que cruauté et maltraitance au sein de cette maudite forteresse, toute de pierres et de fer.