Complot en Avaland - Henri Bleunven - E-Book

Complot en Avaland E-Book

Henri Bleunven

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Beschreibung

Partez à l'aventure en compagnie d'Ewen et de son oncle !

Ewen, adolescent de 14 ans, embarque en tant que passager clandestin à bord de l’Argonote. Le commandant du vaisseau n’est autre que son oncle, celui que chacun à Keris nomme Captain David.
Ils partent à la recherche de l’Élaïne, minerai miraculeux susceptible de sauver les territoires d’Avaland de la pollution engendrée par le charbon. Leurs escales s’avéreront périlleuses car, dans l’ombre, des ennemis chargés de faire échouer leur mission les ont pris en chasse.
Désireux de se montrer digne de son oncle qu’il admire, Ewen se lance dans l’aventure avec courage et ingéniosité !

C’est à bord d’un étrange aérostat que le lecteur embarque pour un voyage en terre inconnue parsemé d’embûches !


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Veröffentlichungsjahr: 2021

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Henri Bleunven

 

 

Complot en Avaland

 

Roman Jeunesse

 

 

 

 

ISBN : 979-10-388-0223-0

Collection Passerelle

ISSN : 2610-4024

Dépôt légal : novembre 2021

 

 

 

 

 

© Couverture Ex Æquo

© 2021 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays

Toute modification interdite

 

 

 

Éditions Ex Æquo

6 rue des Sybilles

88370 Plombières Les Bains

 

www.editions-exaequo.com

 

 

I — Le Départ du Héros

3 février au matin.

Enveloppant la longue silhouette de l’aérostat d’une sorte de voile ténébreux, les cheminées du vaisseau crachaient déjà leurs fumées noirâtres lorsque Captain David franchit la passerelle d’honneur du monstre de bois et d’acier. L’imposante arête centrale qui parcourait la coque de l’Argonote depuis la proue jusqu’à son aileron arrière lui concédait l’apparence d’une figure casquée, semblable à celle d’un guerrier de la Grèce antique, apprêté pour aller au combat.

Les traits marqués par une même expression grave et solennelle, Ewen accompagna du regard son oncle qui embarquait à bord de l’Argonote, dirigeable amiral de la flotte aérienne de la République d’Avaland. Il se remémora les étranges propos entendus au détour de sa promenade matinale. Les paroles échangées entre un homme drapé de noir et ses probables complices l’avaient alerté. Il lui fallait agir rapidement.

Le garçon de quatorze ans à l’apparence encore frêle se fraya un chemin à travers une foule venue assister à un spectacle sans cesse renouvelé, le départ d’un de ceux que les citoyens d’Avaland nommaient Klaskours. Captain David, comme tous les membres de sa confrérie, faisait l’objet d’une admiration unanime au sein de la population avalandienne. Ewen ne se privait pas de tirer parti du statut particulier de son oncle pour en soutirer quelque gloire auprès de ses jeunes camarades de jeux ou d’études.

Parvenu aux abords de la grande place, le jeune garçon se dirigea aussitôt vers les hangars. L’astre solaire dardait ses puissants rayons matinaux sur le sol constellé de caisses et de matériels de toutes sortes entreposés sur la terre battue : il servirait ses projets en éblouissant les éventuels regards inquisiteurs des badauds. Profitant de ce que l’attention de tous se portait sur l’imminent décollage de l’Argonote, Ewen franchit la barrière de cordes qui délimitait la piste de l’aérodrome pour se faufiler entre les conteneurs en bois.

Il s’approcha au plus près du dirigeable en se déplaçant à quatre pattes. Une centaine de mètres le séparait de la chaîne d’amarrage la moins éloignée. Il prit une grande inspiration, puis il se leva et courut jusqu’à son objectif. Mais cette fois, son mouvement n’était pas passé inaperçu. Certains des spectateurs s’exclamèrent, étonnés qu’un mystérieux individu arpente aussi librement la piste d’envol. Sa chance résida dans l’absence de réaction du personnel de manutention, trop occupé à préparer le décollage du formidable engin. Il engagea un pied à l’intérieur d’un premier anneau puis grimpa prestement le long de la chaîne.

Ewen entendit le fracas caractéristique de la mise en mouvement des pieds articulés. Sachant que le mécanisme qui libérerait les chaînes d’ancrage ne tarderait pas à se déclencher, il se dépêcha de bouger. Il venait de se glisser à l’intérieur de la cavité qui abritait un treuil hydraulique lorsque ce dernier entra en action. Collé contre la paroi opposée et le front en sueur, il assista, soulagé, à l’enroulement progressif des anneaux métalliques autour du tambour.

Il extirpa alors la clef qu’il avait subtilisée la veille au soir dans l’atelier de son oncle, et démonta la plaque fermant le réceptacle des liens d’amarrage. Ses incessants interrogatoires des jours derniers portaient aujourd’hui leurs fruits : sans le savoir, le frère de son regretté père lui avait livré de bien utiles et précieux renseignements. Le visage d’Ewen se fendit d’un sourire malicieux.

***

Comme quelques autres individus incrédules, Mac-Grall avait assisté à l’irruption de l’adolescent sur la piste de l’aérodrome. Il conserva néanmoins un flegme apparent, s’empêchant d’exprimer quelque effet de surprise. Qu’importe si l’imprudent payait de sa vie son incartade, celui qui retenait son attention en priorité prenait au même moment les commandes de l’Argonote. Et leurs destins croisés allaient bientôt les obliger à défendre des causes adverses.

En effet, depuis plusieurs mois, la situation sanitaire déplorable causée par l’emploi exclusif du charbon avait fini par convaincre Gaspard Oliver, président de la République d’Avaland, d’œuvrer au remplacement de cette source d’énergie. Pour ce faire, il avait confié à Captain David, le plus célèbre des Klaskours du pays, la mission de partir à la recherche de la mystérieuse Élaïne, une substance censée posséder des propriétés physiques exceptionnelles. La légende disait que la formidable matière se déposait durant les seules périodes hivernales sur les rivages de contrées inconnues, à l’extrême ouest des territoires de l’Avaland.

Si l’équipage de Captain David parvenait à découvrir cette mystérieuse substance, la pérennité des activités liées à l’exploitation du charbon se trouverait en péril. Pour faire face à cette menace, Mac Grall avait été convié quelques semaines plus tôt à une réunion de l’Éperon. Cette organisation secrète, pilotéedans l’ombre par Cornwall — le dirigeant de la Compagnie minière — souhaitait avant tout protéger ses intérêts en continuant à exploiter et à utiliser le charbon extrait sur ses sites industriels. Mac-Grall était l’homme de la situation ! Mais il lui faudrait agir au plus vite pour le bien de son sinistre employeur.

L’homme extirpa une montre gousset de la poche intérieure de son veston. Son heure de rendez-vous approchait. Il réajusta son haut-de-forme et se drapa dans sa longue cape sombre d’un auguste geste fort mal maîtrisé. Son coude heurta en effet la poitrine de son plus proche voisin. Offusqué, ce dernier protesta. Le regard glaçant que lui décocha Mac-Grall calma de manière efficace le spectateur offensé.

***

Les imposants bras articulés commencèrent à se déployer dans un grand vacarme mécanique. Une sirène émit un puissant son d’alarme. Les hautes cheminées du dirigeable sifflèrent en projetant leurs chaudes vapeurs dans les airs. En appui sur ses quatre solides pieds, la machine prenait l’allure d’un gigantesque animal sous carapace prêt à bondir sur sa proie. Mais c’est en direction des cieux qu’elle s’éleva, sous les applaudissements nourris de spectateurs enthousiastes. Le Klaskour, leur héros du jour, partait à l’aventure. Mais son voyage, loin d’être personnel, s’inscrivait dans un essentiel projet d’avenir de la République d’Avaland. Et ses citoyens sauraient lui en rendre grâce à tout jamais s’il atteignait son but.

II — La République en danger

Le palais de Keris, capitale de la République d’Avaland, abritait les services centraux de la présidence, ainsi que ceux de tous les ministères qui en dépendaient. L’imposante construction de verre et d’acier, implantée sur le plus vieux des ponts de la cité, faisait la jonction entre les deux rives du territoire. Au sommet et au centre de l’édifice, le bureau présidentiel restait illuminé, et ce malgré l’heure tardive.

Gaspard Oliver, figé devant la baie vitrée, admirait sa métropole. Même si celle-ci gardait sa magnificence, le vieil homme savait que les apparences pouvaient se révéler trompeuses. La pénombre, comme l’éclat d’un soleil trop étincelant, pouvait masquer une déliquescence en cours pour qui n’observerait pas avec suffisamment d’attention. Les fumées âcres et noires issues des machines de la cité attaquaient la pierre et le bois comme elles minaient la santé des êtres qui vivaient sur les riches territoires de la ville. Il devenait urgent de délaisser l’obscur minerai pour le bien de Keris, mais plus encore, du pays tout entier.

Les Maîtres chercheurs du Ministère des Sciences pensaient connaître le remède à ce mal qui touchait la République. Captain David serait leur préposé. Qu’il réussisse dans sa mission, ou ils périraient tous.

Le président toussa et cracha dans un mouchoir aussitôt sombrement maculé.

«Reviens-nous vite victorieux, Captain ! Sauve-nous de notre propre folie…»

***

Le bureau présidentiel était désormais plongé dans la pénombre, Mac-Grall sut que le moment d’agir était arrivé. La discrétion l’avait obligé à se déplacer à cheval jusqu’aux abords du palais. La tête et l’encolure de l’animal, engoncé dans une armature constituée de fines lamelles de bois sombre, concédaient à l’équidé un aspect saisissant. Le lourd équipement guerrier qui luisait sous la lumière blafarde du clair de lune garnissait chacun de ses flancs et rehaussait encore un peu plus l’allure effrayante de l’équipage pour qui le croiserait au sortir d’un chemin isolé.

Un sourire féroce déforma les traits endurcis de l’homme. Il songea à la terreur déclenchée quelques minutes plus tôt, lorsqu’un groupe de promeneurs nocturnes affolés, pensant avoir affaire à quelque maléfice, s’était dispersé en toute anarchie dans les ruelles environnantes du faubourg.

Mac-Grall descendit de cheval. Il passa les brides de sa monture à l’intérieur d’un anneau scellé dans le mur d’un vieux pigeonnier. Il libéra les sangles qui fermaient une housse. Il s’empara de la lourde arquebuse qu’elle accueillait, puis s’engagea sur le sentier qui l’approcherait des bâtiments. Le chemin chaotique ralentissait sa marche et il pesta plusieurs fois d’avoir posé son pied dans une flaque, buté contre une racine, ou glissé sur une pierre luisante.

Profitant d’une trouée au cœur de la végétation il aperçut les premiers reflets annonçant la clôture de sécurité. Un complice devait l’attendre au niveau de l’une des entrées du domaine. Confiant, il allongea le pas. Une impression confuse ne tarda pourtant pas à venir le troubler. Le silence ne lui paraissait pas naturel, car trop absolu.

Une dizaine de mètres le séparaient du portail. Entrouvert, mais sans que personne ne se trouve à son seuil pour l’accueillir. Il perçut une rumeur étouffée. Mac-Grall comprit. On cria un ordre :

— Ne bouge plus ! Tu te situes dans notre champ de tir. Rends-toi ! 

— Va-t’en, compagnon !

Un membre de l’organisation Éperon venait d’avertir Mac Grall en se libérant de son bâillon.

Quelques minutes plus tôt, des agents affectés à la sécurité du palais présidentiel l’avaient repéré, rodant à l’intérieur du parc de la résidence. Se doutant d’une mauvaise manœuvre à venir, les gardes républicains, tapis dans l’ombre, avaient dès lors décidé d’attendre la probable arrivée de complices.

Mac-Grall épaula son arme et lâcha une salve au hasard. L’éclat déchira la nuit. Puis il tourna les talons. D’autres coups de feu retentirent. Aucun ne le toucha. Il retrouva sa monture quelques minutes plus tard. Son aisance à la course lui avait permis de mettre de la distance entre lui et ses poursuivants. Lorsque ces derniers arrivèrent au niveau du pigeonnier, ils ne purent qu’entendre, dépités, le son des sabots résonner sur les pavés des faubourgs de la ville.

Mac-Grall, l’un des hommes de confiance de l’Éperon venait d’échouer dans sa tentative d’assassinat du Président. Il quittait les abords du palais, l’âme ombrageuse. L’affaire ne serait pas facile. Il en référerait, mais son idée était faite. Un nouvel objectif lui serait fixé, peut-être plus raisonnable, mais tout aussi cruel. L’insurgé retrouva le sourire. Il talonna avec d’autant plus de force les flancs de sa monture. « À nous deux, Captain David ! »

 

 

III — À bord de l’Argonote

 

 

 

Ewen s’était nourri des années durant des récits fantastiques racontés par son oncle. Le garçon rêvait depuis longtemps d’accompagner le propre frère de son père dans une de ses fascinantes aventures. Son projet lentement mûri se concrétisait enfin, et le prétexte d’une information relative à la sécurité du Klaskour qu’il était le seul à pouvoir transmettre favorisait son dessein. Son visage s’illumina en pensant à la surprise que connaîtrait bientôt son oncle.

Il avait progressé durant plusieurs minutes au cœur de l’espace qui séparait les cloisons du dirigeable de son enveloppe protectrice, accrochant de temps à autre quelques aspérités ou vis de fixations. C’est le corps meurtri et sanguinolent qu’il parvint finalement à s’extraire de son inhospitalier chemin d’aventure. Il venait de réussir à repousser la grille d’aération qu’il cherchait à atteindre à grand-peine depuis plusieurs minutes.

«Je désespérais de la retrouver celle-là ! » se dit-il après avoir atterri sur le plancher d’un corridor. Puis, commençant à douter de la réaction future du Klaskour, «En fait, Oncle David risque bien de me passer un sacré savon en me voyant.»

Le jeune garçon marcha jusqu’à une petite plateforme. Deux autres coursives se révélèrent. Il s’interrogeait sur la direction à prendre lorsqu’on l’interpella.

— Hep toi ! D’où sors-tuainsi ?

Un homme de taille moyenne se tenait à quelques mètres d’Ewen au milieu du couloir de gauche. Il portait une barbe rase qui lui conférait un air abrupt. Les mains sur les hanches, il se montrait visiblement étonné de se trouver en présence d’un adolescent.

— Je cherche mon oncle, M’sieur.

— Ben voyons ! Et il s’appelle comment ton oncle ?

— David ! C’est le commandant du vaisseau. Captain David !

Le membre de l’équipage de l’Argonote s’approcha de l’adolescent. Ce dernier tremblait des pieds à la tête. D’un geste brusque, le bougre lui empoigna le bras et le traîna derrière lui.

— Eh bien, viens donc avec moi. On va de ce pas voir le commandant. Il nous dira ce qu’on f’ra de toi, jeune homme !

Plutôt que d’emprunter l’un des deux couloirs, l’individu poussa violemment la porte à battants qui leur faisait face et qu’Ewen n’avait pas remarquée. Lorsqu’ils furent passés, les deux panneaux de bois vernis se refermèrent en grinçant.

— Il faudra songer à graisser les ressorts de traction, M’sieur. Ils couinent.

Le membre de l’équipage haussa les épaules.

— Regarde devant toi. Je te promets que tu vas moins faire le fierbientôt !

L’adolescent stoppa net sa marche. Il contempla son environnement, étourdi par tout ce qu’il découvrait. Des armoires équipées de leviers, de poignées et de cadrans jouxtaient des tables sur lesquelles s’étalaient d’immenses cartes. Plusieurs individus s’affairaient autour des installations, vêtus du traditionnel uniforme bleu marine de l’Aérostat-air, la flotte de la République.

Ewen comprit qu’il venait de rejoindre la timonerie de l’Argonote,le compartiment à partir duquel l’on dirigeait le vol de l’aérostat. Un seul homme paraissait désœuvré, statique devant l’impressionnante baie vitrée de la cabine de pilotage. L’habit en drap azur du personnage soulignait sa forte carrure, et un pantalon porté sur des bottes de cuir noir engainait ses longues jambes. Il lui tournait de dos, mais le garçon reconnut immédiatement son oncle.

 

***

 

Captain David ressentait un étrange vague à l’âme depuis qu’ils avaient décollé de la base de Keris. Une sensation que le Klaskour n’avait jamais éprouvée jusqu’à ce jour. Comme si une impression d’abandon, voire de trahison, le tourmentait.

En se retournant, il oublia aussitôt l’origine de son trouble. Cette bouille facétieuse, cette chevelure frisée aussi brune que le teint de sa peau, et ces petites fossettes qui se formaient à la première occasion de sourire. Son neveu se tenait devant lui, un avant-bras martyrisé par la poigne ferme de Stanford.

— Lâche-le ! ordonna-t-il à l’homme d’équipage.

À la stupeur, succéda un mélange d’agacement et de soulagement. Il connaissait l’admiration que lui vouait Ewen et l’accablement qui était le sien à chaque fois qu’il les abandonnait, lui et sa mère, veuve d’Eflamm, son regretté frère. David remplissait auprès de l’adolescent un rôle de père, et bon gré, mal gré, le Klaskour avait fini par accepter et même par apprécier cette fonction familiale.

— Comment es-tu arrivé jusqu’ici ? le gronda-t-il.

— Grâce à tes explications, Oncle Da…

— Ça suffit ! Accompagne-moi. On doit parler, dit-il en lui faisant signe de quitter la pièce à sa suite.

Ewen profita des derniers moments passés dans le compartiment de navigation pour admirer le formidable panorama qui s’offrait à lui derrière l’immense baie vitrée de la salle. Son rêve de voler se réalisait et c’est avec un sourire éclatant sur le visage qu’il mit ses pas dans ceux de son oncle.

 

***

 

— Tu as pris des risques insensés ! As-tu pensé à ta mère ? Elle doit se faire un sang d’encre en ce moment, explosa le commandant du dirigeable lorsqu’ils se retrouvèrent tous les deux seuls dans sa chambre.

Le neveu de Captain David gardait les yeux rivés sur ses pieds, conscient de manquer d’arguments pour justifier ses actes. Il fallait cependant qu’il lui révèle ce qu’il avait entendu en ville le matin même. Captain David ne lui en laissa pas le temps.

— Je vais faire partir un message dès que possible afin de prévenir ta pauvre mère. Nos pigeons voyageurs s’avèrent souvent de précieux compagnons. Pourtant mon idée première était bien de te ramener à Keris…

Ewen craignit l’annonce d’une affreuse nouvelle, synonyme de la fin de son aventure en compagnie de son oncle.

— Mais nous avons perdu suffisamment de temps comme cela, et je te crois plus en sécurité, ici avec moi, que chez toi, gouverné par ton tempérament fougueux. Je pense qu’Izabel me rendra grâce de cette décision.

L’adolescent lutta intérieurement pour ne pas trahir sa satisfaction. Il renonça finalement à inquiéter son oncle avec les paroles surprises dans les rues de Keris et sans doute mal interprétées. Le message que lui transmettrait le volatile, messager de l’Argonote, rassurerait sa mère et il allait désormais pouvoir prendre part à la formidable mission organisée pour le compte de la République. Le reste ne comptait pas.