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Une enquête menée sous un compte à rebours restreint, des meurtres effroyables, des victimes mutilées et impossibles à identifier… Laure Saint-Donge vient en aide à la commandante Quéguiner pour résoudre cette énigmatique et macabre affaire. Sauront-elles retrouver ce ou ces serial killers qui sévissent dans la presqu’île de Lézardrieux et le pays de Tréguier ? Ce récit, non dénué d’humour, ne manquera pas de vous tenir en haleine jusqu’à la dernière ligne !
À PROPOS DE L'AUTEUR
Amoureux de la Bretagne depuis toujours, il y a exercé comme vétérinaire – dans le Trégor – durant une quinzaine d’années avant de partir s’occuper de la protection des animaux dans les Cornouailles anglaises pendant neuf ans. De 2008 à 2016 il a travaillé à Bruxelles comme expert en bien-être animal pour une ONG européenne. Ensuite, il a apporté son expérience au sein de l’OABA (Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoir) pendant six ans, avant de couler maintenant une paisible retraite à Locquirec.
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Seitenzahl: 314
Veröffentlichungsjahr: 2025
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À Véronique,Qui me supporte, dans tous les sens du terme,depuis cinquante ans et vingt-cinq romans Avec tout mon amour
« Les journalistes ne croient pas les mensonges des hommes politiques, mais ils les répètent, c’est pire ! »
Coluche
« Le pouvoir peut être bénéfique ou destructeur, tout dépend de la façon dont on l’exerce. »
Proverbe chinois
–Auberge du Trieux, Lézardrieux.
–Restaurant Avel Zo, L’Armor Pleubian.
–Brigade nautique de Lézardrieux.
–Café-bar Chez Tilly, Locquirec.
–Capitainerie du port, Lézardrieux.
–Champagne François Denizon, Verneuil-sur-Marne.
–Gendarmerie de Lézardrieux.
–Gendarmerie de Tréguier.
–Restaurant La Dame de Nage, Locquirec.
–Restaurant et chambres d’hôtes L’Escale Evel er Gêr, Locquirec.
–Hôtel Le Littoral, Lézardrieux.
–Ludovic Rault, Locquirec.
–Mairie de Lézardrieux.
Cet ouvrage de pure fiction n’a d’autre ambition que de distraire le lecteur. Les événements relatés ainsi que les propos, les sentiments et les comportements des divers protagonistes n’ont aucun lien, ni de près ni de loin, avec la réalité et ont été imaginés de toutes pièces pour les besoins de l’intrigue. Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existant ou ayant existé serait pure coïncidence.
La saga des aventures de LSD commence en 2006 ; le présent ouvrage, vingt-cinquième de la série, se déroule quelques années après, sans plus de précisions. Toute allusion à l’époque actuelle n’est due qu’à l’esprit facétieux de l’auteur.
Grand soleil sur les Côtes-d’Armor. Une aubaine pour Fabien et Charlotte Lambert qui ont décidé de partir en exploration avec leurs deux enfants, Tom et Chloé, cinq et quatre ans. L’espace de quelques heures, ces deux enseignants vont profiter pleinement de leurs deux adorables crapules. Ils savourent ces moments privilégiés où ils leur font découvrir, en évitant la foule de l’été ou du dimanche, certains trésors de leur région natale. Aujourd’hui, le programme leur plaît tout particulièrement, puisqu’il s’agit d’aller pique-niquer sur une plage d’un des endroits les plus originaux de Bretagne, avant de l’explorer aussi longtemps que le permettra la marée. Le Sillon de Talbert, une curiosité géologique qui peut se vanter d’être la partie la plus septentrionale, autrement dit la plus au nord, de la Bretagne continentale. Mais cette spécificité, les deux bambins s’en fichent royalement. On leur a dit qu’aucune voiture, ni aucun autre véhicule d’ailleurs, n’avait le droit de circuler sur cet espace très particulier de 3,2 kilomètres de long et de 100 mètres de largeur en moyenne. Cela suffit à leur bonheur, pouvoir courir à leur guise avec la mer comme seul témoin de leurs éventuelles bêtises. Déjà un quart d’heure qu’ils cavalent sur la plage ou sur le sentier sableux tracé au milieu des oyats et des chardons bleus. Ils courent dans tous les sens, indifférents à la beauté et à l’originalité de l’endroit, quasiment unique au monde. Un gigantesque pied de nez à l’érosion, une bande de terre qui s’enfonce dans la mer, perpendiculairement à la côte, comme une virgule de sable, de roches et de galets. Un ouvrage façonné par dame Nature qui résiste depuis des siècles aux assauts des vents et des marées, malgré l’absence de tout enrochement ou de la moindre once de béton. Les parents suivent de loin leur progéniture, profitant de ces moments de solitude relative pour échanger mots doux et gestes de tendresse.
Vous vous croyez dans un roman de Barbara Cartland ou dans un dépliant touristique ? Plus pour longtemps…
— Regardez ! On a trouvé un tremplin pour sauter ! lance Tom. C’est super ici ! Y a plein de bosses sur la plage !
Chloé partage manifestement le même enthousiasme, pour la plus grande joie de leurs parents, ravis de voir leurs enfants s’éclater.
— On peut aller jeter des cailloux dans la mer ? demande la petite fille.
— Oui ! lancent en chœur les parents.
— Mais faites attention à ne pas vous mouiller les pieds, je n’ai pas de chaussures de rechange, ajoute la mère.
— Oui, oui ! répond sans même réfléchir la fillette.
C’est à voix basse qu’elle continue de parler, à l’intention de son frère :
— Replie ton pull ! Je vais le charger de galets et, comme ça, on n’aura pas à en chercher quand on sera au bord de l’eau.
Aussitôt dit aussitôt fait. Tom a bien préparé son sac improvisé en retroussant son sweat et Chloé l’a bien chargé. Le frère et la sœur rigolent du haut de leur innocence, jusqu’à ce que Chloé soulève une dernière pierre. Le cri de frayeur qu’elle pousse alors fait bien rire son frère. Pas ses parents… Ils se mettent à courir, et tandis que Charlotte essaie de réconforter sa fille, Fabien tente de comprendre la raison de cette réaction en observant le tas de galets avec lequel ses enfants jouaient. Au début, rien n’attire son attention, si ce n’est la curieuse forme de cet amoncellement de cailloux. D’une manière générale, tout au long du Sillon les galets, façonnés par des milliards de marées et quelques milliers de tempêtes, forment un espace irrégulier mais plutôt plat. Là, il se trouve face à un genre de petit tumulus, un amas de galets légèrement bombé, grossièrement en forme de tombe. Ses dimensions ? Disons 2,5 mètres de long sur 1,5 de large. Il ne comprend pas instantanément ce qui a pu effrayer sa petite princesse. Il passe en revue chaque pierre et, soudain, il ne peut s’empêcher d’exprimer à voix haute sa surprise, et même son dégoût, dans des termes bien moins châtiés que ceux de sa fille.
— Oh, putain ! Qu’est-ce que c’est que ça ? Quelle horreur !
À quelques mètres de lui, tentant toujours de consoler Chloé, et Tom par la même occasion, Charlotte le regarde, les yeux écarquillés, essayant désespérément de saisir ce qui se passe.
Qu’a découvert la petite ? Et pourquoi son père est-il soudain pris de nausées ? Vous allez le savoir bientôt. Pour l’instant, il est temps de prendre des nouvelles de Laure qui, comme vous l’ignorez peut-être, se trouve dans une situation extrêmement particulière.
*
Vingt-quatre heures auparavant
Quelques semaines plus tôt, en revenant d’une enquête à Saint-Malo, Laure a découvert, dans la même journée, qu’elle était enceinte, alors que les médecins lui avaient affirmé qu’elle était stérile, et que l’homme de sa vie, ou celui qu’elle croyait tel, s’envoyait en l’air avec une autre femme. Excusez du peu. Quand on a passé allègrement la quarantaine, être trompée ne fait pas partie des choses faciles à accepter, mais reste relativement fréquent. Et des déceptions amoureuses, Laure en a connu. Par contre, faire face à une première grossesse à son âge, avec un géniteur qui non seulement l’a trahie et qui plus est la croit morte*, cela fait beaucoup pour une femme, même très forte de caractère… Laure Saint-Donge, surnommée LSD, a beau être une superwoman, son tempérament exceptionnellement résilient d’ordinaire approche du point d’implosion…
— Allô, Isabelle ?
— Ah ! Laure, enfin ! J’attendais de tes nouvelles depuis si longtemps !
— Eh, oh ! Faut pas exagérer, cela fait à peine dix jours que je ne t’ai pas appelée.
— C’est vrai ! Mais je m’inquiétais, même si je savais pourquoi tu voulais être seule. Alors, tu en es où ?
— Pour ma vie, ma “carrière”… je ne sais pas encore ce que je vais faire. Mais pour le bébé, le temps presse. Je dois prendre LA décision, MA décision. Chaque semaine compte si je ne veux pas le garder.
— Quoi que tu fasses, quoi que tu décides, on sera toujours avec toi. Tanguy et moi nous te soutenons à 100 % et on comprend très bien ton choix de vouloir t’isoler pour pouvoir réfléchir.
— Je le sais. Vous n’avez toujours rien dit à Hugues ?
— Pour ta “résurrection” ?
— Oui ! répond une voix saupoudrée d’un soupçon d’énervement.
— On ne lui a rien dit, pour la bonne et simple raison qu’il pense à autre chose. On ne l’a pas revu depuis notre retour d’Angleterre et encore c’était au Super U de Plestin. Je lui ai téléphoné deux fois, il a été adorable et voulait à tout prix nous inviter à dîner pour nous présenter Sandra. On a réussi à trouver des excuses bidon la première fois, mais là, on est pris entre deux feux. Même s’il s’est conduit comme un salaud avec toi, il reste notre ami, et il se comporte “normalement” si tu considères qu’il ne sait pas que tu es vivante et encore moins évidemment que tu es enceinte de lui. Si tu n’étais pas “morte”, il t’aurait sans doute avoué la vérité… Comme tu l’avais fait quand tu étais partie avec JP.
Un silence bas et lourd pèse comme un couvercle – merci Charles – sur les Cornouailles britanniques, où Laure s’est réfugiée.
— T’es toujours là ? s’inquiète Isabelle.
Quelques sanglots longs semblent avoir blessé le cœur de Laure d’une langueur monotone – merci Paul. Une phrase qui prend tout son sens quand elle reprend la parole d’une voix qui cache mal ses larmes ravalées.
— De toute façon, je rentre en France demain. Je prends le ferry ce soir, et j’ai rendez-vous pour une nouvelle visite chez la gynéco à Brest, à la Cavale, en fin de matinée. On se voit demain soir, vous mangez à la maison ?
— D’accord, mais on apporte tout. Toi, tu ne fais rien !
*
Mélanie Quéguiner, la commandante envoyée par la section de recherches de la gendarmerie – la SR – de Rennes, regarde avec un intérêt très particulier la jeune femme en uniforme qui lui soulève la rubalise entourant la scène d’investigation. Les gendarmes locaux sont sur place depuis le début de l’après-midi, s’occupant essentiellement de sécuriser les lieux, et d’empêcher l’afflux des badauds. Assis dans un des fourgons “gendarmesques”, les épaules recouvertes d’une couverture de survie, les membres de la famille Lambert patientent. Dur dur pour les enfants cette attente interminable… Heureusement, leur mère a tout prévu, et ils trompent leur ennui en regardant des dessins animés sur la tablette parentale. La nouvelle arrivante les a juste salués de ce sourire empreint de compassion qu’elle maîtrise à merveille dans ce genre de circonstances, avant de leur adresser quelques mots.
À peine arrivée sur le parking du Sillon de Talbert, situé à Pleubian, elle a été accueillie par le major Houdan venu de la communauté de brigades (CoB) de Tréguier et par l’adjudant-chef Lemoine, de la brigade de Lézardrieux, dont dépend le site où ils se trouvent. Même les autorités municipales sont présentes, soucieuses de savoir l’ampleur des événements tragiques qui pourraient influer sur l’attractivité de ce lieu touristique de première importance pour leur commune.
Pendant que la jeune femme et les deux sous-officiers marchent d’un bon pas vers le tumulus, le major Houdan avoue :
— Content que ce soit toi qui viennes, parce que je ne te cache pas que ce n’est pas beau à voir et qu’à mon avis, c’est du lourd. Dès que l’adjudant-chef a découvert “la chose”, il a prévenu le procureur, qui n’a pas hésité longtemps. Il a tout de suite mandaté la SR pour mener l’enquête, et je suis d’accord avec lui. Je crois que tu vas avoir du boulot, et à notre niveau, c’est mission impossible…
— Bon, on va voir ça tout de suite. Tu sais si les TIC ont trouvé des indices ?
— Ils ont exploré tout autour de la victime…
— Évidemment ! Ça fait partie de leur boulot ! Mais bon Dieu, Christophe ! Tu ne peux pas aller droit au but ? Qu’est-ce qu’on a exactement ?
Devant eux, à une centaine de mètres, on a dressé un genre d’auvent, doté de cloisons latérales, empêchant tout coup d’œil indiscret. Autour de cet abri, une bonne demi-douzaine de silhouettes en combinaison blanche, avec un masque leur couvrant le nez et la bouche s’affairent. Les techniciens en identification criminelle (TIC) sont à l’œuvre, recherchant le moindre indice, d’éventuelles empreintes ou des traces diverses, prenant des photos, remplissant soigneusement les kits de prélèvements avec tout élément suspect.
— Je te laisse le plaisir de découvrir le tableau toi-même… répond le major.
L’adjudant-chef ne peut qu’opiner du képi.
— Décidément, si l’air de Pleubian est peut-être vivifiant, il semble avoir des effets dévastateurs sur votre manière de travailler !
La dizaine de pas restants s’effectue en silence, avec une Mélanie Quéguiner aussi détendue que si elle allait faire son jogging. Quelques silhouettes s’écartent sur son passage et elle voit enfin la scène. De crime ? Trop tôt pour le dire. Elle est d’abord frappée par ce curieux tas de galets, ce tumulus miniature placé à une trentaine de mètres du chemin central emprunté généralement par les promeneurs. Mais deux secondes plus tard, un autre spectacle lui fait vite oublier cet amas de pierres. Sa vie professionnelle l’a suffisamment aguerrie pour lui permettre de supporter l’image qui s’offre à elle. Entre deux galets dépasse ce qui pourrait faire penser à une main, mais à condition d’oublier les horribles boursouflures, ulcères, et autres brûlures qui ont dévoré ses doigts. Une vision d’autant moins ragoûtante qu’elle s’accompagne de lésions profondes du même type au niveau des orteils, et surtout de la tête qui n’est plus qu’un horrible amas de chairs calcinées. Même les cheveux sont entièrement brûlés. Ça a dû sentir le grillé dans le secteur… Curieusement, les parties visibles du cadavre ne présentent aucune hémorragie. Pas la moindre trace d’hémoglobine non plus sur les galets qui constituent ce sarcophage incongru. La réaction de la commandante de la SR a de quoi surprendre ceux qui ne connaissent pas son humour noir et décalé :
— Original ! Je ne sais pas qui lui a prescrit ce produit pour lui éviter de se ronger les ongles, mais ça a l’air efficace. Dommage qu’il y ait apparemment des effets secondaires…
Les militaires autour d’elles se regardent d’un air incrédule, se demandant, en tout cas ceux qui ne sont ni véganes ni végétariens, si c’est du lard ou du cochon.
La suite des propos de Mélanie ne les éclaire pas beaucoup.
— Bon ! Allez-y, déballez-moi tout, que je comprenne. Mais avant – la voix devient soudain plus dure – pourquoi ce corps n’a-t-il pas été totalement dégagé de ce cercueil de sable et de pierres ? Vous l’avez découvert à quelle heure ?
— D’après les parents de la petite fille, vers 13 heures. Ils allaient pique-niquer sur la plage un peu plus loin, en attendant la bonne heure pour s’avancer sur le Sillon sans risquer de se faire prendre par la marée.
— OK, continue la voix sèche, vous avez donc dû arriver vers 13 h 20, Adjudant-chef ?
— 13 h 30 exactement, Commandante.
— Donc, si je résume, cela fait près de quatre heures que vous et les TIC êtes sur place et vous n’avez pas été foutus de dégager toutes les pierres qui recouvrent ce cadavre ? Vous aviez peur d’un maléfice celte, inca ou vaudou ? Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? J’attends des explications ! Et le médecin légiste, qu’est-ce qu’il a dit ?
Pas contente Mélanie…
*
Décontenancée Laure. Au sortir de sa deuxième consultation à quinze jours d’intervalle avec la gynécologue de la Cavale-Blanche, elle se sent traversée d’émotions et de réflexions contradictoires. Même si elle (si vous préférez “ciel”, n’hésitez pas !) maîtrise plutôt bien le jargon médical, elle a du mal à différencier le positif du négatif dans ce que lui a dit la toubib. Une seule certitude rejaillit de ses propos : mener une première grossesse à son âge fait courir des risques aussi bien à la mère qu’à l’enfant. Mais LSD se perd dans les détails de ce qui peut l’attendre à part des emmerdes, des emmerdes, et des emmerdes, c’est le principal message qu’elle a retenu. Pour l’instant, elle ne s’imagine pas un seul instant à la maternité tenant son bébé dans les bras, après avoir surmonté tous les obstacles à venir. Elle remonte dans sa Mini jaune et noir, son “abeille”, tel un zombie, munie d’une série d’ordonnances pour divers médicaments et analyses. Autant d’obligations paramédicales qui vont retarder son retour en exil volontaire en Angleterre, ou plutôt sa réflexion fondamentale sur ce qu’elle entend faire de cette nouvelle vie qu’elle envisage.
La tête dans les nuages, elle traverse Brest, laissant se décanter dans son cerveau les diverses recommandations et avertissements du médecin. Ce n’est qu’arrivée à hauteur de l’aéroport de Guipavas qu’elle réalise vraiment ce que l’avenir lui réserve. Des larmes, mélange de colère et de tristesse, irriguent lentement ses joues, n’épargnant pas la cicatrice qui creuse d’une horrible vallée sa joue droite. Direction Locquirec, pour une rencontre à haut risque émotionnel, initiée par Isabelle.
*
— Alors, Adjudant-chef, j’attends ! demande Mélanie Quéguiner d’un ton sec.
Mais la réponse vient du major Houdan.
— Écoute, il n’y est pour rien. Je vais t’expliquer. Quand je suis arrivé sur place, Lemoine avait déjà demandé au médecin des pompiers d’examiner cette main mutilée. Et le toubib voulait dégager complètement le corps, pour faire d’autres constatations et le faire envoyer à l’IML.
— Logique. Et alors, pourquoi ça n’a pas été fait ?
— Je lui ai demandé d’attendre, pour ne pas prendre de risque et se faire taper dessus par le préfet. Au cas où… Le toubib a juste dégagé quelques zones particulières autour de la tête et des pieds. C’est tout !
— Tu rigoles, Christophe ? Pourquoi t’as fait une connerie pareille ?
— Le Sillon de Talbert est une originalité géologique très précieuse. On l’a même associé à des légendes, notamment avec la fée Morgane, alors je ne voulais pas faire d’impair et m’assurer que le site ne comportait pas de tumulus classé au patrimoine. Alors j’ai appelé la mairie, qui m’a renvoyé à la préfecture, qui m’a dirigé sur la DRAC de Rennes – la direction régionale des affaires culturelles.
— Merci, je connais ! Et alors ? Ça t’a avancé à quelque chose ?
— Le temps qu’ils retrouvent le responsable chargé du patrimoine local, qu’ils le contactent, il a fallu déjà plus d’une heure et demie. Après, le gars a dû faire des recherches approfondies sur le site, il m’a demandé des photos, avant de décider… de ne rien décider. Il veut voir le tumulus avant de prendre sa décision, et il ne peut pas venir avant demain fin de matinée. Donc on n’a rien fait d’autre, en t’attendant.
Des cumulonimbus chargés d’une colère intense viennent brouiller les pupilles de Mélanie. Sa voix orageuse claque comme le fouet de Don Diego de la Vega, dans le silence du jour qui décline.
— Tu te fous de moi ? Entre une affaire criminelle et leurs considérations archéologiques à la con, tu n’aurais pas dû hésiter ! On a peut-être perdu des heures précieuses, des indices exploitables, pour un gratte-papier. Il n’y a pas besoin d’être ministre de la Culture pour prendre la décision, merde ! Je ne suis venue qu’une fois me promener sur le Sillon, et je sais que presque tout le monde prend le même chemin pour aller jusqu’au bout. Là tu as un tas de galets situé à proximité du sentier principal, et tu penses vraiment qu’on aurait laissé ce “monument” sans protection, et sans le signaler au public, s’il avait la moindre importance ?
Le major et l’adjudant-chef dans un mouvement d’ensemble remarquable se mettent à baisser les yeux pour vérifier si leurs rangers sont bien lacées. Une attitude de gamin penaud qui ferait rire Mélanie si elle n’éprouvait ce sentiment d’exaspération à l’égard de ses subordonnés.
— Bon, on arrête la plaisanterie ! Vous rassemblez tous les gendarmes présents et vous me démontez tous ces galets vite fait. Faites bien attention, il peut y avoir des empreintes dessus, je veux que tous, je dis bien tous, soient examinés par les TIC. Recherche d’empreintes, de sang, d’ADN, je veux la “complète” – au pays des galettes de blé noir, ça s’impose, ajouterai-je ! Dans dix minutes je veux savoir ce qui se cache sous ce tas de pierres. Et vous me rappelez le légiste, enfin le médecin qui en fait office, si j’ai bien compris.
*
À Pleumeur-Gautier, à quelques kilomètres du Sillon de Talbert, une route appelée “L’Enfer”. Cela ne s’invente pas. Prenez-la en direction de Pleubian, et engagez-vous sur la petite allée cahoteuse, à peine carrossable, que vous allez trouver très vite sur votre gauche. De la terre tassée, jalonnée de pierres bien irrégulières, un ruban d’herbes plus ou moins folles au milieu, ménagez vos amortisseurs. Parcourez 150 mètres, et après avoir passé un boqueteau de chênes et de châtaigniers vous aurez la surprise de découvrir, derrière un énorme blockhaus, un corps de ferme et ses dépendances. La cour, déserte, est envahie de plantes sauvages et parsemée d’accessoires de machines agricoles plus rouillés que les articulations d’une centenaire arthrosique qui essaie de se lever après sa sieste. Nul signe de vie, à part le gazouillis de quelques passereaux qui ont trouvé ici un havre de paix. Regardez bien et vous verrez que si cette ferme a l’air abandonnée, cela ne signifie pas pour autant qu’elle est déserte. Près de la maison d’habitation, dans la grange recouverte de tuiles, une vieille bétaillère côtoie une fourgonnette blanche presque neuve, et une voiture d’un certain âge. Une autre surprise vous attend dès que vous vous approchez un peu des bâtiments attenants : une odeur âcre, prenante, écœurante vous prend à la gorge. Une senteur insidieuse qui semble avoir envahi une partie de la cour. Quand on a senti une fois l’odeur de la peau de cochon grillé ou de poils brûlés, on ne l’oublie jamais. Pourtant vous pouvez explorer toutes les bâtisses, arpenter la cour dans tous les sens, vous ne verrez aucun porc en maraude. Cependant si vous descendez dans ce qui fut la cave, ce petit sous-sol où l’on entreposait les fûts et les bouteilles de cidre, vous manquerez de vous évanouir. Car là, vos narines vont être assaillies par cette ignoble émanation qui s’attaquera violemment à vos nerfs olfactifs. Quant à vos yeux, ils ne pourront oublier cette silhouette inconsciente allongée sur le sol, reposant sur une bâche de serre en plastique. Un être humain se tient à côté d’elle, les pieds posés sur la terre battue, ses chaussures enserrées dans des protections en plastique, pour ne laisser aucune trace. Un stéthoscope à la main, cet étrange personnage regarde l’homme étendu, avant de se pencher vers lui et de l’ausculter longuement. Puis il teste ses réactions en lui levant bras et jambes à tour de rôle avant de vérifier ses réflexes oculaires avec une petite torche et de prendre sa tension au poignet.
Sur la table derrière cette scène, une petite bouteille de gaz, reliée à l’embout d’un chalumeau, du genre lampe à souder de bricoleur, attend calmement l’heure de jouer son rôle. Et dire que cette triste mise en scène se déroule à moins de 200 mètres de “L’Enfer”. Serait-on au purgatoire ?
*
Café Chez Tilly – Locquirec, Finistère nord
Ambiance feutrée dans le bar où une vingtaine d’habitués et de touristes se sont réfugiés, compte tenu du froid qui règne sur la terrasse. Isabelle et Laure ont opté pour une petite table ronde en bois, nichée entre la porte d’entrée principale et la vitrine qui donne sur la place du Port. Un endroit stratégique, le plus éloigné du comptoir et à l’abri des oreilles indiscrètes. Si Isabelle arbore un faux air détendu, Laure afficherait plutôt un visage de tigresse prête à bondir.
— Il ne devrait plus tarder maintenant, chuchote l’animatrice de Plestin FM.
— Tu crois vraiment qu’il va venir ? demande LSD.
— Bien sûr ! Je lui ai dit qu’on prenait un pot ici et qu’après on se faisait un petit repas tapas-moules-frites à “La Dame de Nage”, chez Babeth et Hervé. Sauf s’il préfère une petite noix de joue de porc au massalé, la spécialité de la cheffe ! Une vraie tuerie !
— Et il n’a pas tiqué ?
— Pourquoi veux-tu ? On y mange tellement bien, il ne raterait pas une occasion de se régaler. On l’a déjà fait plusieurs fois quand tu partais en reportage et que Tanguy ne couchait pas à la maison. Ah ! Je vois sa voiture.
— T’es sûre qu’il n’a pas amené sa pouffe ?
— T’inquiète ! répond Isa en souriant. Officiellement c’est un repas en tête à tête.
Quelques instants plus tard, Hugues Demaître entre dans le bar par la porte de la terrasse et se dirige directement vers la table où est assise Isabelle, à l’autre bout de la salle. Laure lui tourne le dos. Le pharmacien de Trémel marche d’un bon pas, un peu étonné de voir que son amie n’est pas seule. À peine 2 mètres avant d’arriver, le teint de son visage tourne au livide. Dans l’air flotte un parfum qu’il a identifié tout de suite, une fragrance à jamais associée à la femme de sa vie, ou plus exactement à l’ancienne femme de sa vie. Avant qu’il ne tombe sous le charme magnétique de Sandra, sa préparatrice, et que Laure disparaisse des radars, et qu’il apprenne sa mort. Si mystérieuse. Il regarde Isabelle d’un air manifestement troublé. Celle-ci reste impassible. Enfin il arrive à hauteur de la silhouette au dos tourné, dont la forme des épaules lui est si familière. Quand il aperçoit ce qu’il pressentait, la cicatrice sur la joue droite, il manque de vaciller, et se retient de justesse au mur tout proche. Sa bouche s’est ouverte en grand, mais il n’en sort aucun son. La stupeur de se retrouver face à ce fantôme que sa mémoire cherche à estomper depuis des semaines semble lui avoir paralysé les cordes vocales. Toujours appuyé contre la cloison, il explore chaque centimètre du corps assis devant lui, comme pour s’assurer qu’il ne s’agit pas d’une poupée de cire sortie du musée Grévin. Laure se contente d’un coup d’œil furtif, essayant de rester fidèle à la promesse qu’elle s’est faite en arrivant : surtout ne pas pleurer. Son regard fixe la plante verte droit devant elle, de longues secondes. Ne pas craquer. Pari intenable. Inexorablement ses yeux s’embuent et les larmes passent la digue de ses paupières pour inonder lentement ses joues telles des ruisselets d’eau salée.
Toujours pas un mot de prononcé…
*
Atmosphère très différente au Sillon de Talbert. Les projecteurs sont allumés et on vient d’enlever le dernier galet du tumulus. Et le spectacle vaut le coup d’œil, à condition d’avoir le cœur bien accroché. Une forme humaine gît sur le dos, le bras gauche légèrement relevé, mystère de l’installation de la rigidité cadavérique.
Mélanie s’est approchée et laisse le médecin des pompiers, officiant comme médecin légiste de secours, effectuer les premières constatations. Aucune émotion ne transparaît sur les traits de la jeune femme, alors que la voix très professionnelle du praticien énumère ses découvertes, en les enregistrant sur son dictaphone.
— Premières constatations faites à 18 h 30 : victime d’âge indéterminé, mais plutôt jeune. Le corps est allongé en décubitus dorsal, à plat sur le dos, dans une position physiologiquement normale. Il est habillé d’un jean et d’un sweat à capuche très amples rendant impossible la détermination du sexe. Le visage, le crâne, dépourvu de cheveux, les mains et les pieds dégagent une odeur forte de type “cochon rôti”, et présentent une peau brûlée en profondeur sur toutes ces zones, d’une manière qui ne peut être accidentelle. Il est impossible de déterminer, sans examen complémentaire, si les zones atteintes ont été brûlées par un produit corrosif très puissant, ou par un agent physique de type chalumeau ou si les zones ont été recouvertes d’un liquide inflammable avant d’être “mises à feu”. Néanmoins, l’absence de marques sur le col, sur les manches du pull et sur le bas du pantalon plaide plutôt en faveur de la deuxième hypothèse, utilisation d’un chalumeau. Aucune autre blessure apparente n’est visible en attente d’une autopsie complète. Compte tenu de la température extérieure, il est impossible de préciser l’heure exacte de la mort. Celle-ci remonte vraisemblablement à au moins deux ou trois jours. Impossible également de déterminer si le corps a été mutilé in situ ou dans un autre endroit avant d’être transporté sur la plage. Voilà, Commandante, maintenant, il n’y a que le légiste qui pourra vous en dire plus. Mais je ne serais pas étonné que l’autopsie nous réserve quelques surprises. À vous de jouer maintenant !
Une dernière phrase qui fait bondir la commandante de la SR.
— Merci, Docteur, mais, excusez-moi, vous me dites que vous n’avez pas pu déterminer le sexe ! Moi, je vais vous le dire tout de suite !
D’un geste précis, mais brusque, sa main s’abat sans la moindre délicatesse sur l’entrejambe du corps immobile.
— Vous pouvez reprendre votre dictaphone. Soit il s’agit d’un homme avec les couilles à l’intérieur, et à ma connaissance cette particularité physiologique n’appartient qu’aux éléphants, soit il s’agit d’un trans, soit il s’agit d’une femme. Étant donné l’absence de grandes oreilles et d’une trompe, j’éliminerai d’emblée l’hypothèse “éléphant”. Comme les trans ne doivent pas être légion dans le nord des Côtes-d’Armor – à vérifier quand même – je parierai plutôt que c’est une femme. Par contre, vous ne remarquez rien de surprenant ? Toi, Christophe, ou vous, Lemoine ?
Une hésitation, sans doute la peur de dire une idiotie, et le major Houdan se lance :
— Pas de traces de sang, si elle avait été frappée quelque part on devrait en voir.
— Bonne remarque, Christophe, mais je pensais à autre chose. (Mélanie Quéguiner enchaîne :) J’ai remarqué un élément troublant. Il a plu ici récemment ?
— À ma connaissance, non. En tout cas pas depuis deux ou trois jours. Un peu de brume le matin, c’est tout.
— OK ! Alors, comment vous expliquez que ses vêtements sont trempés ?
Si le silence vaut de l’or, alors nos deux officiers sont millionnaires… Ils restent cois comme des grenouilles aphones – et pourquoi pas une blague à double détente ? – avant que le major Houdan lance sans grande conviction :
— On a peut-être aspergé le corps d’un liquide inflammable, mais comme le feu était trop visible, on l’a éteint aussitôt ?
— Pas de traces de brûlures sur les vêtements ! Non, ça ne colle pas.
— T’as raison, et tu en conclus quoi ?
— Que le corps a été volontairement mouillé. Pourquoi ? J’en sais fichtre rien. Je présume qu’à marée haute, la mer ne doit pas arriver très loin d’ici ? Cela aurait pu expliquer le phénomène, mais si tu regardes la ligne d’estran et les algues, manifestement le coefficient des marées descend. Donc, question… Notre victime a-t-elle été tuée ici ou a-t-on déplacé son corps post mortem ? Tu me mets tous les TIC disponibles, et tous les hommes du PSIG* que tu peux trouver et vous me fouillez chaque centimètre carré à 100 mètres à la ronde…
— Mais dans une demi-heure il va faire nuit. Tu ne crois pas qu’il faudrait faire ça seulement demain ?
Un coup d’œil circulaire et Mélanie répond :
— Tu as raison. Ceci dit il reste suffisamment de temps pour explorer les environs immédiats : regardez s’il y a des traces de sang, si la victime a été traînée, si des algues ont été arrachées. Et tu me fais transporter le corps soit à Rennes, soit à l’UMJ* de Dinan, mais je veux que l’autopsie ait lieu demain au plus tard. Tu m’arranges ça, Christophe ?
* Voir Usage de faux à Saint-Malo et Mystères à l’île de Batz, même collection.
* PSIG : Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie.
* UMJ : unité médico-judiciaire. Structure disposant de médecins légistes destinée à soulager la charge de travail des IML, instituts de médecine légale, basés à Rennes et Brest pour la Bretagne.
Hugues reste là, immobile, ou plutôt pétrifié par le choc émotionnel. Derrière le comptoir, à une dizaine de mètres de là, Ludo, le barman, jette un œil curieux sur ce trio au comportement inhabituel. Il ne sait pas ce qu’il se passe, mais il a bien compris que ce n’était pas le moment d’aller prendre la commande. Si Laure pleure toujours, Hugues s’efforce, lentement, de sortir de cette hébétude dans laquelle la résurrection de sa “Laurinette” l’a plongé. Son silence initial, son émotion, son ahurissement laissent place à une attitude plus surprenante. Ses yeux vont de Laure à Isabelle et inversement. Un regard non pas de joie, mais de colère rentrée, car ils se trouvent dans un lieu public. Une ironie féroce voire cruelle émaille ses phrases.
— Laure ! Laure que je croyais morte, et qui s’est amusée à me voir souffrir ! Ou plutôt à imaginer que je souffrais… Et Isa, le chien fidèle, que je considérais comme une amie et qui pourtant m’a mené en bateau depuis le début… Ah ! Vous vous êtes bien foutues de moi toutes les deux, ou plutôt tous les trois, parce que je présume que Tanguy est de mèche. Vous…
— Je t’en prie, Hugues, implore Isabelle, assieds-toi et calme-toi. J’ai choisi de te donner rendez-vous chez Tilly parce que nous y venions souvent ici tous ensemble, et parce que nous sommes en terrain neutre. Je voudrais, et Laure aussi, que nous nous expliquions calmement, sans élever la voix, sans que tous les autres clients nous regardent. Tu es d’accord pour qu’on essaie ?
— Je crois que tu rêves, mais si ça t’amuse. Je commence…
Laure l’interrompt aussitôt.
— Pourquoi tu m’as trompée ?
La réaction du pharmacien a de quoi surprendre :
— Pourquoi as-tu disparu comme ça ? Et surtout pourquoi t’es-tu fait passer pour morte ? Tu imagines ce que j’ai pu ressentir depuis ta disparition, sans la moindre explication ?
— J’imagine que tu ne penses qu’à moi quand tu la sautes ? répond une voix cynique. Te fous pas de moi ! Tu m’as trahie, et tu le sais très bien. Tu ne t’es jamais demandé comment Bruxelles avait pu quitter la maison le soir où je suis rentrée de Saint-Malo et où tu étais dans la chambre avec elle ?
Le ton de Hugues a changé. Peut-être à l’évocation de la disparition restée inexpliquée du chien de Laure ce soir-là. Peut-être. Alors le pharmacien se radoucit. Il raconte sa version intégrale des faits, sous la haute surveillance d’Isabelle. Laure détaille sa longue dérive et les événements passés entre l’Angleterre et l’île de Batz*. La conversation s’est apaisée, et Hugues s’est assis, permettant à Ludo, le serveur, de venir prendre sa commande. Un double whisky, of course. Glenfiddich.
— Laure, je sais que c’est dur pour toi, mais ce bouleversement, je ne l’ai pas voulu, je ne l’ai pas choisi. Tu resteras dans mon cœur pour toujours, quoi qu’il arrive. Tu n’y peux rien : Sandra a changé ma vie, comme JP en son temps avait changé la tienne. J’avais eu du mal à l’époque, mais je l’avais accepté, parce que, pour moi, ton bonheur passait avant tout. Nous étions restés amis, et je voudrais que tout se passe de la même façon avec Sandra. Même si tout à l’heure j’ai été sacrément secoué de te revoir alors que je te croyais morte, tu ne peux pas savoir comme je suis heureux de te revoir bien vivante…
— Hugues ! Je suis enceinte…
— De moi ?
— Évidemment ! répond LSD avec un demi-sourire.
Comme tout homme courageux qui se respecte, avant de réagir, Hugues avale son Glenfiddich cul sec. Son visage s’est métamorphosé, et pas à cause du whisky.
*
Louis a mis à peine trois minutes avec sa Polo pour rejoindre la cité Avel Mor. La rue du 8-Mai-1945, un court passage place du Centre, l’allée des Marronniers, la rue Roch-Briadis et le voilà arrivé dans ce “lotissement” populaire formé d’une série de petites maisons presque semblables. Une grande demeure toute simple, récente à défaut d’être neuve, inspirée de style néobreton, avec deux chiens-assis pour éclairer le premier étage en soupente, un petit jardin bordé d’une haie de griselinias, et un garage attenant qui jouxte la propriété voisine. Une habitation où il vient souvent voir sa mère depuis la séparation d’avec son père, et surtout son décès. Cela fait trois mois. Un décès brutal, crise cardiaque, qui a agi comme un déclic sur sa personnalité. Il s’assied dans le fauteuil à côté d’elle, la regardant tricoter avec ardeur. Le temps d’échanger les dernières nouvelles depuis sa dernière visite, de boire un petit verre de porto pour lui faire plaisir, et il monte quelques instants dans sa chambre, qu’il occupe de temps en temps. Un regard dans le miroir en pied situé près de son dressing, et il se met à sourire.
*
Mélanie manque de crier au miracle. Le médecin, ou plutôt la médecin, comme dit le Robert, de l’UMJ de Dinan vient de l’appeler.
Elle a pu procéder à un premier examen plus complet du corps trouvé sous les galets du Sillon de Talbert.
— Et alors ?
— Je viens de recevoir votre “colis”, et je dois vous avouer, Commandante, que votre cadavre me laisse songeuse. Je n’ai que quelques années d’expérience en tant que légiste, mais c’est la première fois que je rencontre un cas pareil. La victime a été frappée violemment avec un instrument contondant à l’arrière de la tête, mais la plaie reste quasi invisible à cause des brûlures.
— Un galet aurait pu faire ça, par exemple ?
— Possible, mais pas certain. Ce coup en tout cas a plus que vraisemblablement assommé la jeune femme… Assommé, mais pas tué.
— Jeune ? Vous êtes sûre ?
— À 200 % ! Ça vous suffit ? Je vous passe les détails, mais la structure de la peau et d’autres examens plus… intimes ne laissent aucun doute. Je dirais entre 25 ans et 30 ans.
— Bien, c’est un point important, qui rejoint celui de votre confrère. Vous me disiez qu’elle avait été “seulement” assommée…
— Effectivement. Par un objet contondant. Je n’ai remarqué aucune hémorragie intracrânienne, mais bien évidemment il faut attendre l’autopsie complète, demain matin, pour confirmer si des lésions cérébrales internes existent.
— Question évidente : si elle a été seulement étourdie et pas tuée, de quoi est-elle morte ?
— Bonne question, Commandante, à laquelle je ne donnerai qu’une réponse provisoire, en attendant l’examen nécropsique et les résultats de toxico et d’alcoolémie. Aucune marque de strangulation, de perforation cutanée, que ce soit avec une arme à feu ou un couteau, ni de piqûre. Et même si l’on ne peut exclure une crise cardiaque liée à la peur accompagnant l’agression, je ne crois pas à une mort accidentelle ou naturelle consécutive à la panique.
— Qu’est-ce qui nous reste ? Intoxication par voie orale ou gazeuse ? Noyade ? Ses vêtements étaient trempés…
