1,99 €
Vous devez, en premier lieu, considérer toujours ce que vous vous êtes proposé en venant , pourquoi vous êtes venu , à cause de qui vous êtes venu. Quel a donc été votre but en venant? N'est-ce pas Dieu seul? N'est-ce pas lui que vous avez eu l'intention de chercher comme récompense de votre travail dans la vie éternelle?
Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:
Veröffentlichungsjahr: 2023
Copyright 2023
Cervantes Digital
All rights reserved
ISBN: 978-1-312-05134-8

LIVRE PREMIER.
CHAPITRE PREMIER. Ce que les novices doivent considérer en tout temps.
Vous devez, en premier lieu, considérer toujours ce que vous vous êtes proposé en venant, pourquoi vous êtes venu, à cause de qui vous êtes venu. Quel a donc été votre but en venant? N'est-ce pas Dieu seul? N'est-ce pas lui que vous avez eu l'intention de chercher comme récompense de votre travail dans la vie éternelle? Si donc vous êtes entré en religion en vue de Dieu seul, aucun exemple mauvais ne doit exercer sur vous d'influence, ni vous empêcher d'accomplir ce que vous vous êtes proposé. Vous êtes venu pour le servir, ce Dieu à qui toute créature doit être soumise, car personne ne peut rien avoir dont il ne soit l'auteur, et ainsi chacun doit lui rapporter tout ce qu'il est, tout ce qu'il sait et tout ce qu'il peut. Si tous les êtres obéissent à leur Créateur selon leur capacité, combien plus est tenu de le faire l’Homme qu'il a créé non-seulement comme le reste des êtres, mais qu'il a embelli de l'intelligence, ennobli par la liberté, établi maître du monde, formé à son image, l'homme dont il a pris la nature, qu'il a instruit par ses paroles et ses exemples, racheté de la damnation éternelle au prix de son propre sang, rempli de l'Esprit-Saint, l'homme à qui il a donné sa chair en nourriture, qu'il a environné de soins comme une mère son enfant, et établi héritier de sa félicité céleste? Voilà comment nous sommes tenus, de préférence à toutes les créatures, d'aimer par-dessus toutes choses le Dieu dont l'amour nous a distingués entre toutes les créatures.
CHAPITRE II. De l'obéissance.
Comme vous ne vous confiez pas à vous-même jusqu'à vous flatter de connaître entièrement la volonté de Dieu, vous vous êtes abandonné à votre supérieur pour être gouverné par lui, et vous avez placé votre main dans la sienne au jour de votre consécration pour être conduit par lui dans la voie du Seigneur. Ainsi il ne vous est plus permis à l'avenir de vivre selon votre volonté; mais vous devez diriger vos pas selon le commandement de votre guide, et vous éloigner soigneusement de ce qu'il vous défend. L'homme qui veut apprendre un art, doit commencer par se conformer aux règles de son maître et renoncer à ses propres idées; le malade encore en proie à la violence de la lièvre, doit observer les ordonnances de son médecin s'il désire revenir promptement et entièrement à la santé. Ainsi appliquez-vous à faire ou à dire ce que vous jugez selon la volonté de votre maître. Vous vous êtes donné à lui par amour pour le Seigneur et en vue du royaume des cieux; vous n'êtes plus à vous, mais à celui à qui vous avez livré votre liberté, et il ne vous est plus permis de disposer de vous sans son consentement. Il est le maître de votre volonté; or, engager une chose qui nous est étrangère malgré son possesseur légitime, c'est commettre un vol, et le voleur, vous le savez, ne saurait approcher du royaume des cieux.
Nos directeurs sont les vicaires de Dieu vis-à-vis de nous, et nous devons leur obéir comme au Seigneur et non comme à des hommes; car nous ne leur sommes pas soumis à cause d'eux-mêmes, mais à cause de Dieu. Montrez-vous donc tel envers votre supérieur qu'il puisse vous ordonner librement de faire ou d'omettre ce qu'il jugera convenable: si vous lui inspirez de la crainte, le serviteur est plus grand que son seigneur, et le disciple au-dessus de son maître.
CHAPITRE III. De la paix avec les supérieurs.
Conservez-vous toujours en paix avec vos supérieurs, ne vous permettez pas d'en médire, et n'écoutez pas volontiers les médisances dont ils pourraient être l'objet: Dieu hait d'une façon toute particulière, même dans le temps présent, ce vice dans les inférieurs. Nous en avons un exemple dans Cham: Il fit connaître à ses frères la nudité de son père, et il encourut par là une malédiction irrévocable. Evitez de peser les fautes de vos supérieurs et sachez leur pardonner comme à des hommes: il est bien difficile de ne point tomber en quelque négligence au milieu de soins nombreux. Souvent aussi ce que nous blâmons en eux ne semble une faute que par un vice de notre intelligence: ils agissent en vue du bien; mais comme nous ignorons leur intention, nous jugeons leurs actes mauvais. Gardons-nous donc d'usurper ce qui ne nous appartient pas, et de reprendre une conduite dont nous ne connaissons pas les motifs.
Honorez vos supérieurs en votre coeur, ne les méprisez pas, de peur que votre mépris ne s'étende,jusqu'à Dieu, dont ils tiennent la place. Croyez même qu'il leur a inspiré pour le bien de votre âme les choses qu'ils vous commandent. Ne méprisez ni les ordonnances ni les constitutions de l'Ordre: chacune d'elles a sa raison d'être, quoique vous ne la connaissiez pas. Celui qui marche en toute simplicité dans la voie de Dieu, rien ne lui nuit; mais tout lui est une occasion de mérite plus grand, car, dit la sainte Ecriture, celui qui marche simplement marche avec assurance. Le serviteur de Dieu doit s'avancer de telle sorte dans la voie des commandements, que les ordonnances humaines ne lui causent jamais la moindre gêne. Accoutumé à se faire violence à lui-même, quand même aucun point de sa règle ne viendrait l'arrêter, il se tient soigneusement en garde contre tout ce qui lui paraît peu convenable: la règle sert à retenir ceux-là seulement qui ne respectent pas les bornes de la discipline.
Je n'en dirai pas plus long sur l'obéissance, qui est en religion le principe de tout, et je passe à d'autres sujets. Je commence par les exercices corporels, pour de là traiter des exercices de l'esprit; car, selon saint Paul, ce qui est spirituel ne vient pas d'abord, mais ce qui est animal et ensuite ce qui est spirituel.
CHAPITRE IV. Du lever.
Accoutumez-vous, si vous le pouvez commodément, à vous éveiller un peu avant matines, afin de diriger votre esprit vers Dieu par la prière, et de vaquer ensuite avec plus de liberté et de ferveur à l'oraison et au chant des louanges célestes. En vous éveillant, rejetez loin de vous toutes les pensées dont votre coeur peut être rempli, les songes de la nuit à l'aide desquels le démon cherche à vous occuper, et offrez à Dieu les prémices de votre journée par quelque sainte pensée ou une pieuse méditation. Joignez-y quelque exercice corporel ou génuflexion jusqu'à ce que vous ayez conçu un sentiment de dévotion et que vous vous soyez débarrassé des vaines pensées dont l'esprit est habituellement assiégé en ce moment. En agissant ainsi, vous serez durant tout le jour plus fervent et plus libre en chacune de vos actions.
CHAPITRE V. Comment on doit se conduire au choeur.
Durant l'office divin gardez-vous de vous livrer à la paresse et à l'ennui, mais contraignez votre corps à servir votre esprit. Demeurez plein de respect à l'église, chantez avec allégresse et dévotion en présence des anges qui sont là proches de vous. Ne portez point vos regards çà et là sans une grave raison. Ayez en horreur profonde les rires et les paroles inutiles dans un lieu où vous devez vous tenir avec crainte et révérence en présence du Dieu de majesté. Prononcez distinctement et intégralement les paroles des psaumes. Evitez d'aller et de venir par le choeur, et ne sortez pas avant la fin des heures si vous n'y êtes contraint.
Efforcez-vous à l`avance, si vous le pouvez, de disposer votre coeur à concevoir quelque sentiment de dévotion dès le commencement de l'office. Si nous sommes si languissants et si tièdes durant les saints offices, c'est qu'auparavant nous n'avons été animés d'aucune bonne pensée; et comme nous sommes entrés froids au choeur, nous en sortons dissipés. Appliquez-vous de suite, en commençant, à porter toute votre attention sur ce que vous chantez et à bannir toutes les vaines imaginations; autrement c'est à peine si vous pourrez vous soustraire à leur tumulte. Tâchez également, après l'office, de vous conserver dans la dévotion que vous avez conçue, et de ne pas vous répandre aussitôt sur des frivolités. Si intérieurement vous n'éprouvez aucun sentiment de piété, gardez au moins avec humilité au dehors la discipline et la gravité dans voire maintien, à cause du respect dû à Dieu et pour le bon exemple des autres.
CHAPITRE VI. Comment il faut demeurer au chapitre.
Parlez peu au chapitre et encore moins à l'église, à moins d'une grande utilité, et alors faites-le humblement, doucement et à voix basse. Accusez vos fautes avec humilité. Avez la même humilité en vos réponses quand on vous reprend et gardez-vous de vous excuser alors. Si l'on vous demande conseil, dites librement et humblement ce que vous jugez convenable. Si, au contraire, l'on ne vous interroge pas, demeurez en paix. De même évitez de défendre votre sentiment avec trop de chaleur, et contentez-vous d'avoir parlé pour l'acquit de votre conscience. Ne vous mêlez pas habituellement aux accusations contre vos fières, mais faites connaître seulement les fautes commises contre la fin et les règles de l'ordre, sans la moindre haine, avec des paroles douces et un air calme. Vous n'êtes pas tenu de dire ce que vous ne savez pas par vous-même. N'accusez personne sur un simple bruit, car souvent de tels bruits sont trompeurs. Celui qui vous a appris ce que vous ignoriez, parlera lui-même s'il est présent, et si les choses dont il vous a instruit sont vraies. S'il est absent, vous ne sauriez prouver ce que vous avanceriez, puisque vous ne l'avez pas pour témoin.
Ne vous tourmentez pas des accusations dont vous êtes l'objet, mais bornez-vous à confesser humblement vos fautes, soit grandes, soit petites; car il y a pour vous une confusion bien plus réelle à vous excuser effrontément, qu'à vous abaisser avec humilité. Si les choses dont on vous charge sont graves et fausses en même temps, si d'ailleurs elles sont de nature à donner du scandale, alors, après en avoir demandé humble-ment permission, faites connaître modestement et en peu de mots que vous ne vous reconnaissez pas coupable de pareilles fautes. Le serviteur de Dieu ne redoute pas la confusion en présence des hommes, quand sa conscience ne l'accuse pas intérieurement; mais il souffre avec patience tout ce que le Seigneur lui envoie à souffrir.
CHAPITRE VII. Des réprimandes.
Toutes les fois que vous êtes repris par votre supérieur, soit au choeur, soit ailleurs, accoutumez-vous à vous mettre à genoux aussitôt et à confesser votre faute. C'est une règle antique de la vie religieuse, une loi enseignée par saint François et les autres saints. Vos anciens vous ont appris un semblable usage; vous devez, vous aussi, faire tous vos efforts afin de le transmettre, autant qu'il sera en vous, par vos exemples et vos paroles, à ceux qui vous suivront. Gardez-vous d'introduire ou d'apprendre vous-même aucune coutume perverse, et ne laissez point, par une négligence diabolique, une bonne coutume s'affaiblir soit chez vous, soit chez les autres, quand vous pourrez exercer modestement sur eux quelque empire. Car tout exemple, soit bon, soit mauvais, laissé à nos frères, nous rend participants dans l'enfer ou dans l'éternelle félicité des actes qui s'ensuivent.
