Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Imaginez un homme dont chaque pas pourrait être son dernier. C’est l’histoire d’un expert en économie financière. dont le génie est à la fois une bénédiction et une malédiction. Entre courses effrénées dans des rues parsemées de dangers. conspirations internationales et intrigues politiques. il navigue dans un monde où les règles du jeu sont constamment réécrites. Derrière ses succès. une ombre grandit : sa quête de pouvoir et sa mégalomanie l’entraînent vers un destin incertain. où chaque décision pourrait le propulser dans l’abîme. Ce thriller géopolitique se déploie en une lutte sans fin. où l’ambition. la survie et la pression d’un monde implacable se confrontent sans répit.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Pierre de Jéliques a été diplomate au Quai d’Orsay ainsi qu’à l’étranger. notamment en Afrique. en Europe de l’Est et en Turquie. Fort de ses expériences personnelles et professionnelles. il transforme son vécu en fictions. mêlant découvertes. enjeux géopolitiques et suspense. Avec un style aguerri et intrépide. il nous invite à la découverte du monde contemporain.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 300
Veröffentlichungsjahr: 2026
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Destin tragique
Va où tu veux, meurs où tu dois
Le diplomate politiquement incorrect,
Éditions Vérone, 2021
Eva sur les traces de son père,
Le Lys Bleu Éditions, 2023
Christian, les mathématiques et les femmes,
Éditions Spinelle, 2024
Pierre de Jéliques
Destin tragique
Va où tu veux, meurs où tu dois
Roman
© Le Lys Bleu Éditions, Paris, 2026
www.lysbleueditions.com
ISBN : 979-10-437-0055-2
Cher Maître,
Nous avons pris l’habitude d’échanger avant l’édition de mes romans. Nous l’avons fait pour le premier : Le Diplomate politiquement incorrect, paru en 2021, et pour les suivants : Eva sur les traces de son père, Christian les mathématiques et les femmes ; nous le faisons aujourd’hui pour Destin tragique.
Nous nous connaissons depuis longtemps, vous supportez mes défauts, et vous acceptez mes idées tout en en déplorant certaines. Vous me savez provocateur, taquin, espiègle, politiquement incorrect, un tantinet cynique, pratiquant le paradoxe à l’excès. Vous avez définitivement renoncé à envisager une lecture psychanalytique de mes écrits, mais au final, vous reconnaissez ma créativité qui, en général, intéresse pour ne pas dire, surprend le lecteur.
Je vous remercie donc de continuer à considérer mon travail. Je vous présente dans cette fiction géopolitique un personnage nouveau : Hadrien avec un H. Vous me reprochez parfois la trop grande technicité de mes ouvrages qui ne s’adressent pas toujours à un public averti. Pourtant, j’ai essayé de faire mienne la phrase de Paul Valéry : « Ce qui est simple est généralement faux, ce qui ne l’est pas est inacceptable. »
Dans ce livre, Hadrien devra résoudre « la maladie hollandaise » qui frappe presque tous les pays producteurs d’hydrocarbures, et leur interdit d’avoir une industrie alternative. Pour guérir la Russie de ce mal, Hadrien devra faire la chasse aux oligarques russes qui ont trouvé à Dubaï le meilleur refuge. Il ne sera pas nécessaire que le lecteur possède un doctorat d’économie financière pour comprendre ce qui arrive à Hadrien, car cela se transformera vite en enquête policière.
Vous savez que j’utilise, sous le nom de Pierre de Jéliques, mes expériences personnelles et professionnelles pour en faire bénéficier mes personnages, et notamment celle de diplomate au Quai d’Orsay et à l’étranger. J’ai en effet connu la Hongrie communiste de Janos Kadar, l’Union soviétique finissante de Mikhaïl Gorbatchev, le Cameroun de Paul Biya, l’Algérie de la période GIA, la Yougoslavie de l’après Milosevic, la Turquie de Recep Tayyip Erdoğan sans parler des Pays-Bas de Sa Majesté la Reine Beatrix.
Alors, vous me posez la question de savoir si Hadrien a existé. Je vous répondrai comme bon Normand que je ne suis pas : oui et non. La vie d’Hadrien est pour partie celle d’un agent de l’administration française qui a œuvré à Paris et à l’étranger ; qui a travaillé pour une grande banque européenne avant de devenir conseiller de gouvernements étrangers dans les domaines économiques et financiers. Il a habité en Algérie à l’époque du GIA, en Italie, en Pologne, en Hongrie, à Bruxelles, en Arabie Saoudite, a échappé de peu à l’attentat du 11 septembre à New York, a constitué une famille à Hong Kong puis à Moscou. Il s’est présenté aux élections législatives françaises pour les Français établis à l’étranger. À cet égard, je précise que le programme qu’il développe dans cet ouvrage est tiré des professions de foi et des déclarations qu’il a faites à la presse.
Néanmoins, ce roman reste une fiction, et Hadrien n’est qu’un personnage inventé, et la plupart des aventures vécues par Hadrien ne sont que le résultat de la créativité fantaisiste de l’auteur. Mon objectif est de faire découvrir au lecteur des lieux et des milieux qu’il ne connaîtrait pas, et de le faire voyager aux quatre coins du monde. Le roman se termine par une véritable enquête policière où tous les éléments sont fournis pour que le lecteur puisse se faire sa propre opinion sur ce qui s’est réellement passé.
Vous rejoignez, cher Maître, dans votre critique de Destin tragique, certains de vos confrères pourtant moins bienveillants à mon égard, et je vous en citerai trois parmi les plus aimables :
« Votre ouvrage se place de manière naturelle dans la lignée des grands suspenses, car votre histoire est cohérente ainsi que les personnages qui la composent. Vous emmenez vos lecteurs là où vous l’avez prévu, ce qui confère à l’ensemble un intérêt évident pour le lectorat habituel de ce type de littérature. »
« J’ai lu votre livre avec grand intérêt non pas seulement parce que nous nous connaissons depuis longtemps, mais aussi parce que je l’ai trouvé vivant, amusant parfois, un peu moqueur et satirique et souvent invraisemblable. Certes, les personnages, surtout les jeunes femmes russes, et notamment Tatiana, Milena, Olga ou Ludmilla, sont belles, intelligentes et vives, mais n’encouragent-elles pas le caractère parfois mégalomane d’Hadrien. Le ton employé est toujours haletant, la cohérence des situations est un heureux mélange de moments probablement vécus, et d’autres totalement, inventés, l’épilogue est un négligé, mais la lecture de ce roman est très agréable, et l’intérêt du lecteur est toujours soutenu. »
« Cher ami, je vous remercie pour votre envoi. J’apprécie particulièrement votre idée de débuter vos ouvrages par une lettre à son critique littéraire préféré que je ne crois pas être, et qui a l’avantage de nous situer tout de suite dans l’environnement du personnage principal ici Hadrien ; le texte est à la fois pertinent, brillant et caustique. J’ai compris que vous aviez tenu compte de ma remarque concernant les ouvrages précédents selon laquelle j’avais parfois l’impression d’avoir plus en mains un “essai” sur l’état du monde et de la France qu’un véritable “roman” et que l’intrigue leur servait de prétexte à exposition plutôt que l’inverse. »
J’ai donc dans ce roman qui met en scène le personnage d’Hadrien tenu compte de certaines remarques qui m’étaient faites et notamment de celle-ci :
« Je serai franc avec vous, j’ai trouvé que, parfois, vous étiez sur la retenue, que vous n’osiez pas dire ce qui était vraiment arrivé à Hadrien, oubliant en cela qu’il ne s’agissait que d’un personnage de fiction. La conséquence en est que le suspense n’est pas toujours présent dans ce qui peut lui arriver. Par ailleurs, on ne comprend pas toujours l’enchaînement des situations qui arrivent à Hadrien, et notamment celles qui l’amènent à être au service du pouvoir russe pour réorienter les oligarques vers le sauvetage de la mère nourricière. »
Alors, j’ai repris ma copie, car c’est la connaissance du personnage d’Hadrien et de son ego qui permet de comprendre ses participations aux grands évènements de la planète, et qui le conduiront à son destin tragique.
Qui peut nier que la relation franco-algérienne est plus en France qu’un acte de politique étrangère ? Que l’adhésion des pays d’Europe centrale à l’Union européenne a fait oublier pour ces pays Yalta ? Que le capitalisme a été menacé par l’attentat du 11 septembre ? Que les restitutions par les Britanniques et les Portugais de Hong Kong et Macao aux Chinois ne sont pas les prémices de la volonté d’extension de l’Empire du Milieu ? Que l’avenir de la Russie est le sujet géopolitique principal du moment ? Succéder à Napoléon dans les couloirs du Kremlin ou représenter le peuple de France au Palais Bourbon n’était-il pas suffisamment flatteur pour l’ego d’Hadrien pour qu’il n’hésite pas à prendre des risques pour inscrire ces évènements dans son CV ? Alors oui, Hadrien a été fier de participer à ces moments de l’Histoire, et il en a oublié sans doute le véritable rôle qu’il y avait joué, mais n’est-il pas allé trop loin dans sa volonté d’apporter son esprit créatif au monde ?
Enfin, cher Maître, j’ai entendu certains lecteurs me dire que mes textes conviendraient parfaitement à des scénarii de longs métrages ou de séries télévisées, mais je n’ai pas trop compris si c’était un reproche ou un compliment. Qu’en pensez-vous ? Vous appréciez également, l’utilisation d’un style familier et alerte que je pratique, et que vous avez la gentillesse de qualifier d’aguerri et d’intrépide, et je vous en remercie. J’ai surtout l’objectif de transporter le lecteur dans un voyage captivant, le guidant de chapitre en chapitre jusqu’à l’objectif souhaité. C’est aussi pour cela que j’apprécie le dialogue où la pluralité d’opinions remplace la pensée unique. Vous l’avez constaté, je suis un farouche défenseur de la liberté d’expression, que je sens menacée désormais dans le monde occidental.
Pour conclure, je voudrais vous citer l’une de mes phrases favorites, celle de Baruch Spinoza : « Ne pas se moquer, ne pas déplorer, ne pas détester, mais comprendre. »
J’espère vous revoir bientôt,
Pierre
Hadrien, avec un H, était convoqué pour la sixième fois en cette année 1997 à la gendarmerie de Marseille. Mais ce n’était pas pour y subir un énième interrogatoire à la suite d’un quelconque délit, c’était pour y prendre un car-ferry de la SNCM à destination d’Alger.
Deux évènements majeurs expliquaient cette situation : la prise d’otages du vol Air France 8969 reliant Alger à Paris par quatre membres du Groupe islamique armé (GIA) et l’attentat d’Aïn Allah. La prise d’otages de la Noël 1994 avait commencé à l’aéroport d’Alger, où l’appareil, un Airbus A300 de 220 passagers, décolla vers Paris après deux jours de discussions entre les gouvernements et le commando islamiste pendant lesquels trois passagers furent abattus, mais fit une escale pour un ravitaillement en carburant à l’aéroport de Marseille-Marignane. Au cours de cet arrêt, le Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN) donna l’assaut, et mit fin au détournement. Seize personnes furent blessées lors de cette intervention, qui se solda par la mort des quatre terroristes islamistesalgériens. Cet évènement entraîna l’arrêt des vols d’Air France vers l’Algérie jusqu’en 2003. Les agents de l’Ambassade de France à Alger, comme Hadrien, qui n’étaient pas autorisés à prendre les vols d’Air Algérie, étaient dans l’obligation de relier leur lieu de travail par bateau. C’est ainsi qu’en trois ans de résidence à Alger, Hadrien traversera vingt-six fois la Méditerranée entre la cité phocéenne et Alger la blanche et retour.
La traversée commençait donc au point de rassemblement des permissionnaires (une semaine de vacances tous les deux mois) que constituait la gendarmerie de Marseille. Une vingtaine de personnes étaient convoquées, et il fallait attendre les retardataires qui arrivaient des quatre coins de la France. Hadrien en faisait souvent partie. Ils étaient transportés par un car de la gendarmerie jusqu’au port, et escortés par les gendarmes dans le bateau. Ils ne ressemblaient pas aux OQTF expulsés, mais attiraient l’attention des autres passagers déjà présents, car ils étaient les derniers à embarquer. Ils étaient conduits dans un lieu sécurisé d’une douzaine de cabines, et prenaient leur repas ensemble dans une salle à manger spécifique. S’il y avait déjà douze convives assis, Hadrien, sans doute superstitieux, restait debout.
La traversée durait vingt-quatre heures, mais par gros temps, le bateau, qui portait des noms de célébrités corses, tel Napoléon Bonaparte, n’était pas autorisé à entrer dans le port, et devait attendre que la mer se calme, et cela pouvait durer des heures. Les passagers étaient ravis de voir arriver un petit bateau qui transportait un pilote seul habilité à faire la manœuvre d’entrée dans le port, monter à bord, car cela signifiait que leur attente était terminée. Hadrien ne se joignait pas aux autres pour faire d’interminables parties de cartes sous les yeux du personnel qui qualifiait ses clients de « colis qui gueulent », et préférait rester dans sa cabine à lire quand il n’avait pas le mal de mer, car la Méditerranée est une mer souvent agitée. Il est précisé qu’en 2016, la SNCM, après de multiples péripéties économiques et judiciaires, et peut-être trop de protestations de colis, est devenue Corsica Linea. Mais revenons à notre traversée. À l’arrivée à Alger, un convoi blindé de l’Ambassade de France pénétrait dans le car-ferry, et ne déposait ses précieux passagers qu’à l’intérieur du Parc Peltzer, qui regroupait les habitations des agents français de l’Ambassade et leurs bureaux. Seul l’Ambassadeur, qualifié de Haut représentant de la République française auprès de la République algérienne démocratique et populaire, avait été autorisé à continuer d’habiter, et de recevoir à la Villa des Oliviers où, en août 1943, le général de Gaulle avait établi sa résidence.
Dès son arrivée au Parc Peltzer Hadrien regagnait son domicile ; mais il entendait le téléphone sonner dans son bureau tout proche. En effet, les bureaux du Parc Peltzer avaient pour partie été transformés en logements à la suite de l’attentat d’Aïn Allah du 3 août 1994. Ce jour-là, un commando terroriste du GIA pénétra dans la cité d’Aïn Allah où logeait une partie du personnel français de l’Ambassade et des militaires de la gendarmerie nationale française chargés de les protéger. Cet assaut se terminera après une prise d’otages et la mort de cinq Français (trois gendarmes et deux agents consulaires). Les autorités françaises décidèrent alors une réduction drastique des effectifs de l’Ambassade, ne conservant sur place que le personnel indispensable à la bonne tenue de la relation franco-algérienne. Ainsi, tout le personnel restant fut regroupé dans le parc Peltzer : bureaux et habitations. Trois cents gendarmes français installés dans le parc assuraient la protection de tout ce beau monde.
Mais le parc Peltzer, ce n’était pas que bureaux et logements. Les agents avaient créé une amicale sportive et culturelle qui utilisait les installations du parc : piscine, tennis, terrain de football, jeux de boules et quatre parcours de golf répartis en 3 par 3 et 1 par 4. Hadrien fréquentait peu cette amicale sauf pour le tennis où il jouait un peu tout seul, c’est-à-dire que, même s’il avait des partenaires, ceux-ci avaient peu de chances de toucher la balle qui, neuf fois sur dix, était hors cadre, et quand il accrochait une ligne, l’adversaire n’avait aucune chance de la rattraper tellement celle-ci était puissante. Le samedi matin, Hadrien se rendait à la messe catholique célébrée dans la chapelle du parc par un prêtre venu de l’extérieur.
Les résidents se posaient tous la question de savoir si le Parc Peltzer c’était, comme certains le disaient, le club Med avec de nombreuses activités sportives et culturelles, puisqu’il y avait également des séances de cinéma, des conférences, des expositions et surtout d’interminables parties de cartes, ou une prison dorée ?
En effet, les agents n’étaient autorisés à sortir que pour des raisons professionnelles, et sous haute escorte assurée par les EPIGN (Escadron de Parachutistes de la Gendarmerie Nationale), ce qui posa de nombreux problèmes à Hadrien. Lorsque celui-ci avait un rendez-vous extérieur, il devait en faire la demande aux autorités du parc (la chancellerie diplomatique), les EPIGN faisaient la veille une reconnaissance des lieux du rendez-vous, ce qui créait la panique chez le personnel algérien des ministères, et le jour même Hadrien était conduit en véhicule blindé avec escorte au lieu de rendez-vous. Les EPIGN restaient toutefois à la porte du bureau visité. S’il s’agissait d’un déjeuner dans un grand hôtel d’Alger – El Djazair, Sofitel, El Aurassi, les EPIGN s’installaient à la table d’à côté avec la mitraillette sous la table. Hadrien était jaloux de son homologue espagnol, qui, lui, se promenait tout seul dans Alger, mal rasé et en voiture banalisée.
***
Mais comment Hadrien avait-il pu accepter un tel poste, et s’y plaisait-il ? Hadrien avait une formation scientifique, mais il était nul en bricolage. S’il fallait changer une ampoule dans son appartement, il faisait appel à un collègue. Hadrien avait été en math spé MP* (appellation d’aujourd’hui) au Lycée du Parc à Lyon, avait raté deux fois le concours d’entrée mathématiques aux Écoles Normales Supérieures, et ne voulait absolument pas devenir ingénieur, ni Polytechnique, ni Centrale, ni les Mines, ce qui aurait été un drame pour l’avenir de la technologie française. Il avait réussi le très difficile concours d’entrée dans une grande école d’économie et de statistiques. Mais n’ayant pas au préalable fait Polytechnique, il n’en sortit pas administrateur de l’INSEE, et accepta un poste de contractuel à la Direction de la Prévision à Bercy. Mais ce séjour dans cette école lui permit de rencontrer sa future épouse, qui était étudiante comme lui. Car Hadrien était incontestablement un homme à femmes, c’est d’ailleurs peut-être pour cela que ce mariage ne dura pas, et ils divorcèrent peu avant son départ pour Alger.
Hadrien avait un physique très étrange, mais qui plaisait beaucoup à ces dames. D’abord, il était entièrement chauve à trente ans, et certains pensaient même qu’il sortait d’une chimiothérapie. Ensuite, il était totalement myope, et portait de fines lunettes avec de gros verres. Il était de taille moyenne et de corpulence mince.
Au premier abord, il pouvait paraître prétentieux, ce qu’il était sans doute, et n’avait pas hésité dès son arrivée à Alger à exiger que la cloison de son bureau soit abattue pour avoir un bureau plus grand que personne ne visitait d’ailleurs, et qui donnait sur un immense parking désormais totalement vide.
Pourtant, lorsque ses anciens condisciples à l’école ou à la direction de la Prévision étaient interrogés sur la personnalité d’Hadrien, ils en disaient beaucoup de bien : « À l’école, Hadrien surprenait par sa liberté d’esprit et son amour de la confrontation des idées. Il avait une culture et une curiosité étonnantes qui désarçonnaient ses camarades et l’administration de l’école. Il assumait cette liberté qu’il chérissait au-dessus de tout. »
« Hadrien est un esprit brillant et infiniment sympathique. De très bons souvenirs des joutes qu’il livrait », déclaraient certains.
À Alger, Hadrien était souvent seul, il lisait beaucoup, écrivait peu, et aimait regarder les films de Rohmer. Personne ne connaissait ses idées politiques, car il savait toujours présenter avantages et inconvénients de telle ou telle position, quel que soit le sujet traité. Au Parc Peltzer, il s’était déjà fait connaître par ses frasques qui contrastaient avec sa personnalité apparente.
À la piscine, il avait dragué discrètement l’une des secrétaires de l’Ambassadeur, Eléonore, et l’avait entraînée à son domicile. Cette blonde un peu pulpeuse, mais à l’esprit fin, était incontestablement séduite par la rhétorique d’Hadrien avec un H qui se démarquait de celle quasi inexistante de son mari. Mais celui-ci et son beau gabarit les avaient surpris au domicile d’Hadrien, et, le lendemain, ce dernier était arrivé au bureau avec un œil au beurre noir, et avait été convoqué par le ministre-conseiller de la chancellerie diplomatique sur le thème : « Si cela devait se reproduire, vous seriez rappelé à Paris. »
Hadrien arrivait tard au bureau, rarement avant onze heures, et ce n’était pas à cause d’un trajet domicile travail trop long, puisqu’il y avait moins de vingt mètres entre son appartement et son bureau. Il prenait une longue pause pour le déjeuner, et ne revenait pas avant seize heures. Le soir en revanche, alors que le parc s’endormait sous la protection des rondes des gendarmes, Hadrien était encore au bureau. Mais quel était son travail, qui exigeait une présence en Algérie ? Il était officiellement conseiller financier de la Mission économique et financière de l’Ambassade de France en Algérie ; structure qui dépendait de la direction du Trésor à Bercy, mais qui subissait « l’animation et la coordination de l’Ambassadeur » appelé donc Haut Représentant de la République française en Algérie, nommé par le Président de la République, mais était le plus souvent un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères.
Et au parc Peltzer, cette animation prenait une dimension particulière. Ainsi, le factotum de l’Ambassadeur appelait régulièrement Hadrien pour lui dire que l’arrosage de la pelouse s’était déclenché au passage de la patrouille de gendarmes, et qu’il ne fallait pas mettre en péril la sécurité du Parc Peltzer en tirant inopportunément sur les réserves en eau de l’Ambassade.
Comme conseiller financier, il avait essentiellement en charge le suivi de l’économie algérienne et l’appréciation du risque pays pour les crédits garantis par la Coface sur le compte État de celle-ci. Pour cela, il avait deux interlocuteurs principaux, la Banque centrale d’Algérie et la Sonatrach, qui avait remplacé Total à l’indépendance de l’Algérie en 1962. Mais rappelons-nous qu’à cette époque, il y a trente ans, nous n’en étions qu’aux balbutiements d’internet, et que les conditions de vie au Parc Peltzer étaient très particulières. Il renseignait également à leur demande la DGSE et la DRM (Direction du renseignement militaire), mais son interlocuteur principal restait la Direction du Trésor à Bercy.
Dès son arrivée à Alger, il souhaita voir le Gouverneur de la Banque centrale d’Algérie, mais on lui expliqua que cela ne passait pas par un simple coup de téléphone pour obtenir un rendez-vous ; il fallait que l’Ambassadeur fasse « une note verbale » au service du protocole du ministère des Affaires étrangères. Le texte rédigé par la maîtresse d’Hadrien, Eléonore, précisait entre deux phrases convenues :
« L’Ambassade de France présente ses compliments… » et « L’Ambassade de France saisit cette occasion pour renouveler… » que le conseiller financier près l’Ambassade de France sollicitait un rendez-vous avec le Gouverneur de la Banque centrale d’Algérie.
Il lui fut répondu une semaine plus tard, et également sous forme de note verbale :
« Le gouverneur de la Banque centrale d’Algérie aura le plaisir de recevoir le Haut Représentant de la République française en Algérie, et celui-ci sera autorisé à se faire accompagner du conseiller financier… »
Cette réponse ne convenait pas vraiment à Hadrien, qui aurait aimé être reçu seul par le Gouverneur, qui était un ancien élève du lycée Janson de Sailly, de l’école Polytechnique et de l’école des Mines de Paris. Mais il n’avait pas le choix, alors, pour un premier rendez-vous, il accompagnerait l’Ambassadeur, et lui prépara une note d’entretien avec une question principale : l’économie algérienne peut-elle survivre avec un prix du baril à dix dollars ? Mais surtout en bas de page, l’Ambassadeur devait demander au gouverneur si son conseiller pourrait avoir, de façon informelle, des relations régulières avec l’un de ses collaborateurs.
La veille de la rencontre, les EPIGN firent une reconnaissance à la Banque centrale d’Algérie et, le jour J, Hadrien prit place dans la voiture blindée de l’Ambassadeur entourée de deux voitures d’EPIGN. Mais la R25 trop lourde et où la climatisation fonctionnait à fond alors que, dehors, il faisait 40° avait du mal à monter les côtes fréquentes à Alger. Ils arrivèrent néanmoins au siège de la Banque d’Algérie, que les Français d’avant l’indépendance appelaient la villa Joly. L’entretien ne fut pas très technique, et Hadrien eut l’impression d’assister à des retrouvailles entre deux Français d’un autre temps, celui de l’Algérie française. Le Gouverneur évoqua son origine kabyle de Béjaïa (Bougie pour les Français) tout en précisant que sa famille n’était pas Berbère, et qu’il se sentait « Kabyle d’honneur », puis il parla de ses études en France. La situation économique de l’Algérie fut brièvement évoquée, mais Hadrien fut particulièrement intéressé lorsque le gouverneur lui conseilla de prendre rendez-vous avec son plus fidèle conseiller, Roger Vasseur.
Dès son retour à l’Ambassade, Hadrien chercha qui était Roger Vasseur et découvrit que c’était « un pied-rouge ». Il comprit que le terme « pied-rouge » désignait un Français, militant de gauche ou d’extrême gauche, qui était resté ou s’était rendu en Algérie après l’indépendance pour travailler à la reconstruction et au développement du pays en dehors du cadre de la coopération officielle. Il s’oppose au terme « pied-noir », mais désigne un ensemble assez hétéroclite de personnes, communistes, trotskistes, militants humanitaires, professionnels de santé, etc., disait le document qu’il avait consulté.
Hadrien l’appela au téléphone et Roger Vasseur accepta d’avoir un rendez-vous, mais il ne voulait pas, compte tenu de ses relations difficiles avec la République française, que celui-ci ait lieu ni à la Banque d’Algérie et encore moins à l’Ambassade de France à Hydra. Il lui proposa le Musée national des Beaux-Arts d’Alger, situé au Hamma, en face du Jardin d’essai, et non loin de la villa Abd-el-Tif, sur la colline aux sangliers.
Pendant tout son séjour, Hadrien entretint une excellente relation avec Roger pleine de confidences et de complicité. Lors de leur première rencontre, Hadrien lui demanda pourquoi il était pied-rouge. Roger lui expliqua qu’il était un militant anticolonialiste, qui avait vu dans la révolution algérienne une révolution socialiste, mais surtout qui défendait la conception occidentale de la nation s’opposant au code algérien de la nationalité qui faisait de l’islam et du patriarcat musulman le principe de l’identité algérienne. Or, ce code, lui dit-il, n’a rien à voir ni avec la philosophie des Lumières, ni avec la démocratie occidentale, et encore moins avec l’internationalisme révolutionnaire.
Au plan technique, Roger fut catégorique : « L’économie algérienne qui n’a pas su se diversifier ne peut survivre avec un baril à dix dollars, d’autant qu’elle a deux ennemis : le GIA islamiste et la corruption au sein du FLN. »
Mais cet entretien au Musée national eut de graves conséquences pour Hadrien. Dès le lendemain, il fut convoqué par le ministre-conseiller de la chancellerie diplomatique, qui était en même temps chargé de la sécurité des agents, et il s’entendit dire :
« Qu’aurais-je dit à la famille du gendarme qui aurait été tué pour vous permettre de visiter un musée ? Si cela se reproduit, je me verrai contraint de demander votre rappel à Paris. »
Par cette phrase, Hadrien comprit que l’important n’était pas le travail qu’il ferait, mais bien le respect des normes de sécurité.
Il téléphona à Roger pour lui dire qu’il ne pourrait plus se voir au Musée national des Beaux-Arts ni, comme l’avait suggéré son interlocuteur, au jardin d’essai du Hamma. Celui-ci lui confirma que, comme pied-rouge qui refusait la coopération officielle entre les deux pays, il ne souhaitait pas le recevoir à la Banque centrale d’Algérie, et encore moins se rendre à l’Ambassade de France.
Mais Roger Vasseur lui fit une proposition : lui envoyer au Parc Peltzer sa collaboratrice : Tatiana Chapourova. Hadrien accepta, mais lui dit que, compte tenu des consignes de sécurité mises en place après le désastre d’Aïn Allah, son entrée à l’Ambassade pourrait prendre une demi-heure, surtout si elle venait en voiture.
Hadrien et Tatiana convinrent d’un rendez-vous le samedi suivant à 10 heures. Ils avaient choisi un samedi, car le week-end en Algérie était décalé par rapport à celui de la France : jeudi-vendredi pour les premiers, samedi-dimanche pour les seconds. Mais l’Ambassade, elle, qui voulait chercher à rapprocher la France et l’Algérie, avait trouvé un compromis, et les jours de week-end étaient vendredi-samedi. Ainsi, le samedi, Tatiana travaillait, et Hadrien était en loisir. C’était d’ailleurs la conception qu’avait Hadrien de cette rencontre devenue hebdomadaire.
Donc, le samedi vers 9 h 45, Tatiana arrivait au Parc Peltzer au volant d’une superbe Mercedes blanche immatriculée à Alger. Comme prévu, l’entrée dans le parc était très compliquée. La voiture commençait par pénétrer dans un sas où elle était fouillée de fond en comble, et la poêle à frire passée sous le véhicule. Tatiana en descendait, présentait ses papiers d’identité, en l’occurrence un passeport de la Fédération de Russie avec un visa longue durée de la République algérienne démocratique et populaire. La visiteuse passait ensuite sous un portique et son sac était fouillé, puis elle remontait dans la voiture, la porte du sas s’ouvrait, mais elle ne pouvait avancer que jusqu’à une herse qui ne s’abaissait que lorsqu’Hadrien avait reconnu sa visiteuse. Elle était alors seulement autorisée à garer sa voiture sur le parking tout proche. Hadrien s’était enquis au préalable auprès de Roger Vasseur du physique de la jeune femme qui lui était demandé par le poste de sécurité, comme le numéro de la plaque d’immatriculation de la voiture.
Avant son départ pour Alger, Hadrien avait reçu une formation sur la sécurité, mais surtout, on lui avait expliqué que c’était un sujet très compliqué, car c’étaient toujours les failles du système, même minimes, qui étaient exploitées par les terroristes et le plus souvent, il s’agissait d’erreurs humaines. Cela avait rappelé à Hadrien son prof de physique de seconde qui lui avait dit :
« Un demi-barrage, cela ne sert à rien » ou « Hadrien : ne travaillez pas à moitié, c’est une moitié de trop. »
Le poste de sécurité de l’entrée avait été surpris de constater que Tatiana Chapourova possédait un passeport russe. Le poste de garde avait demandé à Hadrien si c’était bien la personne qu’il souhaitait recevoir. Hadrien, qui n’était pas au courant de cette particularité, mais qui aurait pu s’en douter compte tenu du prénom et du patronyme de la jeune femme, répondit positivement au gendarme. Celle-ci lui expliqua qu’elle travaillait à la Banque centrale d’Algérie dans le cadre de la coopération russo-algérienne, et qu’elle était détachée de la Vnechtorgbank, banque du commerce extérieur, deuxième banque de Russie après la Sberbank.
Hadrien l’emmena dans son immense bureau, et la fit s’installer sur le canapé gris qui occupait tout un pan de mur. C’était sa première visiteuse ; d’ailleurs, il n’en eut pas d’autres pendant tout son séjour. Il s’aperçut très vite que Tatiana parlait très bien l’anglais, et pratiquement pas le français ni l’arabe, qu’elle n’y connaissait rien en comptes publics, mais elle lui promit de lui fournir les documents qu’il souhaitait. À ce moment-là, Hadrien pensait qu’elle pourrait appartenir au SVR (équivalent russe de la DGSE française ou de la CIA américaine).
Mais si elle n’avait aucune connaissance des comptes extérieurs de l’Algérie, de son budget ou même de son système fiscal, elle lui fit un exposé d’une demi-heure sur le sujet important traité actuellement par la Banque d’Algérie : l’agrément à donner à la première banque privée d’Algérie : la banque Khalifa qui l’obtint en 1998. Plus tard, Hadrien apprit que le gouverneur de la Banque d’Algérie fut poursuivi pour constitution d’association de malfaiteurs, vol en réunion et abus de confiance pour la création de la Khalifa Bank, et l’octroi de l’agrément par la Banque d’Algérie et condamné à une peine de cinq ans de prison ferme.
Hadrien emmena Tatiana déjeuner à son domicile où ils se racontèrent leur vie respective. Tatiana était née vingt-huit ans auparavant à Omsk (Sud-Ouest de la Sibérie à 2200 kilomètres à l’est de Moscou), mais était venue dans la capitale terminer ses études à l’université Lomonossov où elle avait obtenu un master en langue et civilisation russes. À sa sortie de l’université, elle avait été embauchée par la Vnechtorgbank pour s’occuper des relations avec l’Afrique, du moins c’est ce qu’elle dit à Hadrien. Elle avait accepté avec plaisir ce poste à la Banque centrale d’Algérie financé par la coopération russe, et allait bientôt fêter sa première année à Alger. Hadrien, lui, ne comprenait pas très bien comment une personne qui ne parlait ni arabe ni français pouvait travailler en Algérie, mais travaillait-elle ? se disait-il.
La semaine suivante, Hadrien sauta l’entretien dans le bureau pour passer directement au farniente au bord de la piscine. Mais il y eut un problème qu’Hadrien aurait pu anticiper, mais ne l’avait-il pas provoqué volontairement ? Une dizaine de gendarmes qui, à cette heure-là, et ce jour-là, n’étaient pas autorisés à fréquenter la piscine s’étaient regroupés pour admirer la plastique de la grande brune au physique de top model. Et, bien sûr, dès le lendemain, lors de la réunion de service qui se tenait tous les dimanches matin, il fut reproché à Hadrien de « troubler l’ordre public » en amenant une telle créature dans un lieu largement masculin. Et encore, le ministre-conseiller chargé de la sécurité du parc ne savait pas que l’exposition à la piscine avait précédé un long après-midi de la demoiselle au domicile d’Hadrien. Il était d’ailleurs précisé dans le rapport que tenait le factotum de l’Ambassadeur qu’une : « Mercedes blanche pilotée par une grande brune dénommée Tatiana Chapourova avait quitté le parc à 21 h 30. »
La semaine suivante, Hadrien avait remplacé la piscine par l’un des trois courts de tennis, et il faut dire que la jeune fille lui avait dit qu’elle avait failli devenir professionnelle après avoir gagné à 13 ans le tournoi des petits as de Tarbes et joué un quart de finale de l’Orange Bowl réservé aux juniors. La foule des habitants du parc s’était massée autour du court pour voir jouer Hadrien et Tatiana, surtout Tatiana d’ailleurs, qui était quasiment professionnelle et qui, comme digne représentante de l’école russe de tennis s’autorisait à donner des conseils à Hadrien :
« Frappe moins fort, et essaye de garder la balle dans le terrain, fais comme si le terrain de ton partenaire avait un mètre de moins de chaque côté, privilégie la précision à la vitesse, tiens ta raquette autrement et change le grip, ne sois pas trop près de la balle, plie les genoux… »
Mais là encore, il se produisit un incident, mais cette fois, ce n’était ni Hadrien ni Tatiana les coupables. Alors que Tatiana avait remporté le premier set 6-0 et avait laissé Hadrien faire deux jeux dans le second set, la partie avait été interrompue lorsqu’Hadrien aperçut une nacelle qui montait le long du mur d’enceinte, mais à l’extérieur près d’un réverbère. Il signala cet étrange mouvement au chargé de la sécurité qui envoya immédiatement une patrouille de gendarmes qui constatèrent que c’était un employé de la Wilaya d’Alger qui nettoyait une lampe située sur le trottoir de la rue qui longeait le mur d’enceinte de l’ambassade. Tatiana, qui allait servir pour le match et l’apéritif, fit remarquer à Hadrien que la sécurité c’était un sujet compliqué. Hadrien n’était pas mécontent de cette situation, car, dans le match qui l’opposait au responsable de la sécurité, il revenait à 1-2, et pouvait espérer désormais quelques prolongations de séjour.
Ils s’apprêtaient tous les deux à conclure leur partie, lorsqu’une jeep de gendarmerie arriva à proximité du court. Un des gendarmes en descendit, et dit à Hadrien que l’Ambassadeur voulait le voir immédiatement dans son bureau. Hadrien proposa d’aller se changer, et de raccompagner son invitée à sa voiture, mais le rendez-vous n’attendait pas, alors Hadrien s’y rendit à pied en tenue Lacoste tandis qu’il fut intimé l’ordre à la charmante Tatiana de monter dans la Jeep avant de regagner la sortie. Finalement, Hadrien en conclut qu’il était en résidence surveillée, et s’en excusa auprès de sa jeune amie.
L’Ambassadeur dit à Hadrien qu’il avait un rendez-vous le lendemain matin dimanche avec le Président de la Sonatrach au siège de l’entreprise, et qu’il avait indiqué que son collaborateur l’accompagnerait, mais il souhaitait qu’Hadrien lui fasse passer une note d’entretien d’ici son départ du bureau pour la Résidence. Hadrien était intéressé par ce rendez-vous essentiellement pour des raisons macroéconomiques. En effet, la Sonatrach (acronyme de Société nationale pour la recherche, la production, le transport, la transformation, et la commercialisation des hydrocarbures) entreprisepétrolière et gazièrealgérienne était classée première entreprise d’Afrique et surnommée la major africaine, mais surtout assurait 98 % des exportations de l’Algérie et 70 % des recettes budgétaires. L’Ambassadeur ajouta que la réunion de service de l’Ambassade qui se déroulait traditionnellement le dimanche à dix heures était reportée à quinze heures. Hadrien regagna son bureau pour actualiser sa note sur la Sonatrach, et téléphona aux gendarmes pour la porter en urgence à l’Ambassadeur. Ceux-ci lui firent remarquer qu’ils n’étaient pas la Poste, ce à quoi Hadrien répliqua qu’ils avaient bien interrompu sa partie de tennis un jour de congé, et l’avaient conduit quasiment menotté chez l’Ambassadeur. Il faut dire qu’Hadrien avait un certain sens de l’exagération.
Comme convenu en ce dimanche matin vers 9 h 45, Hadrien monta à l’arrière gauche de la voiture blindée de l’Ambassadeur, deux voitures d’EPIGN encadraient la voiture de celui qu’ils appelaient : « l’autorité ». Vers 9 h 50, Hadrien entendit clairement le talkie-walkie de l’officier de sécurité qui allait s’installer à droite du chauffeur : « L’autorité est en marche ». Hadrien se serait cru dans « Bodyguard », mais effectivement, trois minutes plus tard, le Haut Représentant de la République française montait dans la voiture qui sur l’aile avant droite portait fièrement le drapeau tricolore, signe que l’Ambassadeur était présent dans la voiture pour se rendre à un rendez-vous officiel. « L’autorité » félicita Hadrien pour sa note tout en lui faisant remarquer qu’elle était essentiellement économique, et n’exposait pas assez les futurs grands projets de la Sonatrach. Et oui, Hadrien avait fait une école d’économie et pas l’école des Mines.
