Dévas, tome 1 - Jean Terence - E-Book

Dévas, tome 1 E-Book

Jean Terence

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Beschreibung

En l'an 1991, sur une Terre parallèle à la nôtre, une gigantesque planète noire appelée Thanatos se rapproche à une vitesse angoissante. Cette planète obscure n'est autre que le fief du démon Zhôd, Empereur incontesté du Bas-Astral, dont le dessein est de réduire l'humanité en esclavage. Au même moment, venu de l'an 2021 de notre temporalité, un étrange jeune homme fait son apparition. Sa mission est de réunir sept enfants dans le but de faire renaître les sept Dévas, rédempteurs de ce monde treize millénaires auparavant. Ils devront pour cela se lancer dans une quête effrénée, parcourant le monde à la recherche des sept joyaux d'Agartha, afin de pouvoir libérer leur planète des griffes de Zhôd.

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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Ähnliche


Table des matières

Introduction

LE RETOUR DE LA PLANÈTE NOIRE

LE COMPTE À REBOURS

LE MYSTÉRIEUX JEUNE HOMME

LES CINQ NOUVEAUX ÉLUS

LE VOLCAN UMPOKO

LA MINE DE ROCK CANYON

LE TEMPLE DE GUANG

LE PLAN DE L’ENNEMI

LA JUNGLE D’ÉMERAUDE

LES RUINES OCÉANIQUES DE HONU

LE JARDIN DES DIEUX

LE LABYRINTHE DES MILLE ET UNE ILLUSIONS

L’AVÈNEMENT DU BAS-ASTRAL

PERDUS DANS LES LIMBES

LA RENAISSANCE DES DÉVAS

UNE PREMIÈRE VICTOIRE

Introduction

Il y a fort longtemps, bien avant même que les grandes civilisations de ce monde ne voient le jour, au temps où la grande Atlantide était à son apogée, sept joyaux furent créés. Chacune de ces pierres possédait des pouvoirs fantastiques. Elles avaient été façonnées par les habitants de l’Intra-Terre, dans l’unique but de pouvoir rétablir l’équilibre de notre planète, au cas où ce dernier se trouverait menacé. Les grands sages du pays d’Agartha, situé au centre de la Terre, créateurs de ces joyaux merveilleux, décrétèrent que seuls des êtres au cœur pur seraient autorisés à les utiliser en cas de besoin. Et c’est ce qui arriva lorsque la grande planète noire s’approcha de la Terre.

Cet astre pourtant connu des Mayas, Babyloniens et autres civilisations postdiluviennes n’a jamais été reconnu par l’astronomie, car il est tombé dans l’oubli comme un secret enfoui depuis des millénaires. Lors de sa dernière apparition dans nos cieux, bien avant notre ère, un vent de panique sans précédent avait soufflé sur le monde, balayant tout sur son passage. La civilisation atlante, dont la technologie était en avance sur la nôtre, provoqua elle-même sa chute, car ses dirigeants, avides de pouvoir, s’allièrent alors aux forces du mal en ouvrant une porte spatio-temporelle entre notre univers et celui des ténèbres. Ils pactisèrent avec le démon Zhôd, roi de l’astre maudit, qui fit d’eux ses sujets au sein du monde sans lumière. Par leur intermédiaire, il bénéficiait ainsi de l’énergie de la planète Terre, qu’il se procurait au détriment d’une vie qui, peu à peu, s’éteignait.

Cependant, il existait parmi les Atlantes sept individus qui, ne voulant pas suivre les traces de leurs aînés corrompus, décidèrent de fuir la cité d’Atlantis pour aller se réfugier vers le cœur de la planète où, savaient-ils, se trouvait la grande civilisation d’Agartha. Ils avaient lu ceci sur des manuscrits très anciens, car cette civilisation de la Terre Creuse était jadis une légende, tout comme l’Atlantide le serait soi-di-sant de nos jours. Ils préparèrent ensemble leur fuite pour échapper à la ruine d’un monde qui se disloquait alors sous les assauts des armées de l’ombre. Ils parvinrent à s’emparer d’une carte interdite, subtilisée à leurs dirigeants par un quelconque subterfuge, puis ils se mirent en quête du royaume souterrain.

Leur persévérance et leur volonté parvenant à bout des embûches qu’ils rencontrèrent en chemin, ils finirent par trouver le passage menant aux entrailles de la terre. À leur plus grande stupéfaction, ils furent accueillis par les grands sages de l’Intra-Terre, qui semblaient étonnamment les attendre, comme si c’étaient finalement eux qui les avaient guidés jusque dans les méandres du monde. Ils remirent à chacun une pierre, et c’est ainsi que la légende des sept Dévas prit vie.

Après avoir séjourné un certain temps au creux de la terre, nos sept héros reprirent ensemble le chemin de la surface et furent très attristés de voir dans quel état de désolation se trouvait le monde. Mais leur courage et leur volonté prenant le dessus, ils partirent sans hésiter combattre les forces du mal qui déferlaient sur la planète, mettant tout à feu et à sang. Le pouvoir incommensurable de leurs pierres magiques leur permit, après une rude et longue bataille, de venir à bout du démon Zhôd et de son armée des ombres.

Une fois la paix revenue sur le monde, un soleil nouveau se leva, les oiseaux se remirent à chanter et la vie reprit peu à peu ses droits. Grâce aux pouvoirs conjugués des sept Dévas et des grands sages de l’Intra-Terre, l’orbite de la grande planète noire put être détournée avant qu’elle ne percute la Terre. Mais le grand cataclysme qui survint pendant cette bataille de l’ombre contre la lumière ne laissa pas notre monde indemne : il précipita la chute de l’Atlantide, qui sombra définitivement sous les flots. La planète du mal fut enfin repoussée hors du système solaire, mais sa trajectoire dessinant désormais une ellipse entre le Soleil et Sirius, on savait qu’inéluctablement, un jour, elle reviendrait…

1 LE RETOUR DE LA PLANÈTE NOIRE

Le cosmos déployait son immensité glacée sur une distance qu’aucun cerveau humain n’était en mesure de s’imaginer. Dans toutes les directions où le regard de l’homme aurait pu se poser s’il s’était alors trouvé ici, il n’aurait vu que la nuit, la nuit infinie, trouée de toutes parts sur son interminable toile sidérale par la timide lueur des milliards d’étoiles de notre galaxie. Il y avait probablement autour de chacune de ces petites lumières pâles un cortège de planètes, avec peut-être de la vie sur l’une d’entre elles. Qui aurait pu vraiment l’affirmer ? Pourtant, il ne semblait y avoir ici que le silence éternel et angoissant de la nuit sans fin, comme si cette dernière était tout et rien à la fois. Rien ne laissait supposer qu’il pouvait exister des planètes solitaires, des mondes errants plongés dans les ténèbres absolues et ne recevant la lumière d’aucun soleil.

L’astre qui cheminait vers une destination jusqu’alors inconnue interposa soudain son ombre massive, masquant les étoiles et rendant l’obs-curité de l’espace encore plus inquiétante. Il ne s’agissait nullement d’un astéroïde ou des restes d’un noyau de comète ; sa nature était bien plus complexe et effrayante. Au premier abord, on aurait pu éventuellement penser à une étoile, car sa structure externe s’en rapprochait : sa surface était mouvante et quelque peu éruptive. Mais à mieux y regarder, sa surface solide paraissait être enveloppée d’une sorte de fumée aussi noire que du charbon, tel un épais manteau noir qu’aucune lumière, si intense fût-elle, ne pouvait pénétrer. Ses dimensions, fussent-elles des plus dérisoires à l’échelle du vide cosmique, ne l’étaient toutefois certainement pas à l’échelle humaine. Sa masse pour le moins colossale courbait de plus en plus la texture de l’espace au fur et à mesure de sa progression, ce qui avait pour conséquence d’augmenter considérablement sa vitesse de déplacement.

La noirceur de son épaisse couche atmosphérique dissimulait un monde des plus apocalyptiques : d’immenses plaines desséchées s’éten-daient sur toute sa surface, surplombées par endroits de hautes chaînes de montagnes dont les sommets effilés étaient pareils aux crocs d’une bête affamée. Le tonnerre grondait en permanence sur ce monde, striant d’éclairs pourpres le ciel lourd et opaque. Des volcans crachaient de leur gueule béante une lave rougeoyante et rejetaient en même temps d’épaisses fumées noirâtres. Pourtant, la vie semblait exister dans ce décor fantomatique, car, au creux d’une profonde vallée ténébreuse, des ombres glissaient vers une immense forteresse noire bâtie sur les contreforts d’un pic rocheux. L’air était lourd et chargé d’une malice indéfinissable, comme lorsqu’un prédateur tenaillé par une faim millénaire est sur le point de capturer sa proie.

– Sommes-nous encore loin de la Terre ? demanda d’une voix bestiale, à mi-chemin entre le rugissement rauque d’un lion et le mugissement d’un taureau furieux, l’être cornu dont l’impatience commençait à se faire sentir.

– Nous approchons, Seigneur Zhôd, nous approchons, lui répondit d’une longue voix chevrotante une petite vieille qui s’en venait vers lui toute courbée et avec une démarche clopinante.

Le démon Zhôd était assis sur un imposant trône de marbre. Il possédait toutes les caractéristiques d’un démon tel qu’on peut se le représenter d’une manière générale. Sa tête massive soutenue par un large cou musclé était ornée d’une solide paire de cornes dont les extrémités effilées étaient recourbées vers l’arrière. Les oreilles étaient longues et pointues. Le mufle large et camus était pourvu de naseaux béants qui laissaient s’échapper d’épaisses bouffées sulfureuses, pareilles au souffle d’un dragon. Son torse nu, large et bombé vers l’avant, arborait une couleur rougeâtre. Sa peau était luisante et ses membres anormalement développés paraissaient être pourvus d’une force gigantesque. Sur sa face menaçante luisaient de grands yeux jaunes dont le feu inquisiteur transperçait de ses rayons mortels toute chose vivant dans cet univers.

– Bien, ma chère Bantha ! tonna-t-il. C’est une très bonne nouvelle, je dirais même une excellente nouvelle !

La vieille femme s’inclina profondément devant lui, puis, relevant son visage fripé par les millénaires, elle sourit, dévoilant une rangée de dents gâtées presque aussi noires que du charbon. Elle était vêtue de sombres haillons et elle avait de longs cheveux blancs qui retombaient telles des toiles d’araignées sur son visage blafard. Ses yeux, aussi vifs que ceux d’un oiseau de nuit, brillaient du feu de la perversion. Elle était affublée d’un long nez crochu comme celui d’un rapace, un collier constitué de trois crânes humains ornait son cou, et elle tenait à la main un long bâton surmonté à son extrémité haute d’une grosse sphère opaque.

– Regardez bien, monseigneur… lui montra-t-elle tandis qu’elle agitait doucement son bâton magique.

Les ténèbres contenues dans la sphère se murent lentement, jusqu’à se dissiper comme des nuages chassés par le vent. C’est alors que l’espace intersidéral apparut dans sa noirceur infinie constellée d’étoiles, puis, en arrière-plan, au fin fond de cette immensité glacée, un globe bleu couleur d’azur se révéla.

– Voici la Terre, maître Zhôd. Nous pouvons presque la toucher du doigt, c’est à peine croyable ! Dire qu’elle sera bientôt à nous !

– Oui, Bantha, à nous ! Comme elle le fut jadis avant que ces maudits Dévas n’apparaissent. Et d’ailleurs, ajouta le grand démon à la peau couleur de braise, y a-t-il une quelconque trace d’eux ? Dis-moi, ma très chère diseuse de vérité, ce que tes yeux perçants peuvent voir en ce moment !

– La grande guerre d’Atlantis s’est déroulée il y a de cela plusieurs millénaires, monseigneur… Ils ne peuvent être encore en vie !

– Je préfère m’en assurer. Regarde à travers l’espace et l’atmosphère de cette fichue planète, et dis-moi précisément ce que tu vois.

– Bien, mon maître, je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour vous apporter une réponse.

La petite femme à la silhouette décharnée ferma les yeux, puis elle fit tournoyer son bâton lentement, marmonnant quelques incantations incompréhensibles. Pendant ce temps, les villes et les paysages de la Terre défilaient à toute allure dans la boule cristalline, et l’esprit de Bantha en sondait les moindres recoins à une vitesse vertigineuse.

– Hum… soupira-t-elle. Je suis sincèrement désolée, sire, mais pour l’instant, je ne sens aucune présence de ces Dévas.

– Ce n’est pas grave, répondit Zhôd. Pour le moment, cela est même plutôt rassurant.

– Oui, en effet, maître. Mais je peux utiliser les yeux de tous les oiseaux de proie afin d’affiner mes recherches. Cela ne prendra pas longtemps, vous verrez !

– Bien ! J’ai entière confiance en toi et je sais que tu ne me décevras pas.

– Je vous ai servi pendant des éternités, maître Zhôd, et il serait inacceptable pour moi de faillir à ma mission, vous le savez bien.

– Réfléchissons plutôt à la manière dont nous allons asservir ces misérables humains. Je suis impatient d’atteindre la Terre !

De ce qui semblait n’être qu’une grande salle vide de toute présence, hormis le démon Zhôd et la sorcière Bantha, des rires et des vagissements fusèrent dans la pénombre profonde, et des dizaines de paires d’yeux s’allumèrent une à une : c’était la grande cour du démon Zhôd qui acclamait l’avènement de son maître. Ses sujets se révélèrent tour à tour à la lueur des grands flambeaux qui s’allumèrent d’un seul coup, donnant à la vaste pièce aux murs de pierre une clarté infernale. Un énorme brasier s’enflamma aux pieds du grand trône de Zhôd, rougeoyant et crépitant pour attiser la gloire de ce dernier. Les flammes trépidantes illuminèrent aussitôt son visage, dont les traits et le regard témoignaient un profond contentement.

– Gloire à Zhôd ! Gloire à Zhôd ! clamaient des voix innombrables tout en bas de la vaste esplanade sur laquelle siégeait le roi démon.

Toutes sortes de créatures rivalisant d’horreur les unes avec les autres manifestaient leur allégeance. Une vaste assemblée constituée de dragons, de loups-garous, de fantômes, de vampires, d’araignées géantes et autres bêtes tout droit sorties de nos plus grands cauchemars lui vouaient une admiration des plus profondes.

– Mes fidèles créatures de l’ombre ! gronda Zhôd de son horrible voix caverneuse résonnant entre les piliers et la voûte de l’immense nef dominant la salle du trône. J’ai le plaisir de vous annoncer que notre long voyage dans l’espace prend fin. Après plus de treize millénaires passés loin de l’énergie de tout soleil et de toute planète, notre orbite s’apprête de nouveau à croiser celle de la Terre !

– Gloire à Zhôd ! Gloire à Zhôd ! répondit l’assemblée en cheour.

– Jamais plus nous ne connaîtrons la faim ! Jamais plus nous ne serons condamnés à errer dans le néant !

– Gloire à Zhôd ! Gloire à Zhôd !

– C’est aujourd’hui que nous allons prendre notre revanche sur les humains ! C’est aujourd’hui que nous allons renaître !

– Gloire à Zhôd ! Gloire à Zhôd !

La vieille sorcière se tourna vers son maître avec une complicité machiavélique.

– Oh, mon cher souverain du grand royaume du Bas-Astral, comme je suis heureuse et fière d’être à vos côtés en ce moment crucial. Ne souhaitez-vous pas que je vous présente vos nouveaux généraux ? Je les ai moi-même sélectionnés selon vos critères, et je puis vous assurer qu’ils ne vous décevront pas !

– Mes généraux ! C’est vrai ! Leur présence me sera indispensable pour asservir de nouveau la Terre.

– Oui, mon maître, vous allez voir ! ricana Bantha avec une délectation des plus malignes.

– Que les sept chefs d’armée du Bas-Astral daignent bien s’avancer ! ordonna-t-elle du haut de la grande balustrade qui dominait le bestiaire grouillant et trépignant d’impatience.

Tout à coup, des deux côtés de la salle, deux lourdes portes s’ouvrirent dans un bruit semblable au couvercle d’un sarcophage qui glisse au plus profond d’un tombeau : sept entités en sortirent, indiscernables au premier abord, car partiellement plongées dans la pénombre. Mais dès qu’elles furent sur le devant de la scène, leur aspect se précisa sous le rougeoiement des flammes.

– Mes chères créatures de l’ombre ! s’exclama avec fierté et allégresse le grand démon, vous avez été choisies parmi l’élite du monde des ténèbres pour me servir et pour accomplir ma volonté jusqu’au bout dans cette période primordiale pour notre survie à tous.

Les sept créatures, dont les pouvoirs redoutables s’étaient fait sentir parmi le cortège démoniaque des sujets qui s’étaient écartés à leur passage, s’avancèrent jusqu’au trône de leur maître. Une fois parvenues à sa hauteur, elles firent toutes les sept une profonde révérence afin de lui témoigner leur servitude.

– Bien, mes fidèles généraux ! J’étais impatient de connaître votre visage à tous les sept, et je dois vous avouer que je ne suis aucunement surpris de votre sélection, pour remplir ce rôle tellement noble au sein de mon armée de l’ombre !

Le regard fier de Zhôd s’était inévitablement tourné vers une créature qui semblait tout droit venue d’un passé lointain, un temps oublié où des monstres écailleux aux allures reptiliennes arpentaient les cieux de nos légendes, noyant les malheureux humains sous des torrents de flammes. Et la légende avait pris vie : le monstre aux écailles d’acier se dressait de toute sa hauteur devant le maître démon, déployant ses gigantesques ailes membraneuses comme s’il se préparait à un assaut imminent. Ses grands yeux injectés de sang traduisaient une grande noblesse ; il semblait déterminé à servir sa cause jusqu’au bout. Sa tête cornue disposait d’une mâchoire redoutable garnie de dents cruellement taillées pour déchirer, et sa peau olivâtre resplendissait sous la lueur infernale du brasier qui plongeait la salle dans une atmosphère brûlante.

– Moi, Mérach, le roi des dragons, des serpents et de toutes les créatures reptiliennes, je jure fidélité et obéissance absolue à mon maître, le seigneur Zhôd ! proclama le monstre ailé d’une voix de tonnerre, tout en levant sa puissante patte griffue et menaçante vers le parterre de la cour en ébullition.

Le dragon terrifiant céda la place à un être beaucoup plus petit et beaucoup plus frêle : c’était un homme très élégant en apparence, vêtu d’une redingote noire comme on en voyait au tout début du XIXe siècle. Il avait la peau très claire, légèrement bleutée. Ses cheveux d’un noir de jais étaient plaqués et séparés par une raie sur le milieu. Son regard était sombre et auréolé de cernes charbonneux. Il avait les lèvres étonnamment noires, et ses mains fines se terminaient par des doigts effilés aux ongles acérés, semblables aux serres d’un oiseau de proie.

– Je suis le comte Tiberius, le maître des goules ! Je suis mort il y a près de deux siècles en Europe de l’Est. Je n’étais qu’une pauvre âme errante avant que notre maître, le grand Zhôd, ne m’accorde le privilège d’être son serviteur ! Gloire à Zhôd !

– Gloire à Zhôd ! Gloire à Zhôd ! répondit à son tour l’assemblée.

Le monstre qui suivit était aussi effroyable que son prédécesseur : c’était une bête sauvage, hirsute, de plus de deux mètres de haut. Un véritable cauchemar d’enfance monté sur deux pattes puissantes. Les bras démesurément longs arboraient une musculature d’athlète ; les oreilles pointues et dressées, tout comme le museau allongé, ne faisaient plus aucun doute sur la nature de l’animal.

– Je suis le grand Kusaki ! Roi des lycanthropes et des bêtes sauvages ! grogna la bête, dont les yeux jaunes luisaient aussi férocement que ses crocs, que dévoilaient des babines retroussées dans une posture d’attaque. Vive le seigneur Zhôd !

La quatrième créature composant la garde rapprochée de l’empereur du Bas-Astral était physiquement, sans nul doute, la plus répugnante d’entre les sept : c’était une monstrueuse bête d’allure arachnoïde. La lumière incandescente des flammes se reflétait dans ses huit yeux qui brillaient comme des globes de sang sur le pourtour de sa face hideuse. Ses chélicères impatientes se terminaient par de noirs crochets recourbés, prêts à se planter dans la malheureuse petite proie qui aurait la fâcheuse imprudence de se prendre dans sa toile mortelle.

– Je suis Giliath ! siffla la monstrueuse créature tout en remuant ses énormes membres velus dont les extrémités s’achevaient par deux griffes en forme de faux. Je suis la reine de toutes les araignées et de toutes les créatures insectoïdes du Bas-Astral. Gloire au seigneur Zhôd !

– Gloire à Zhôd ! Gloire à Zhôd ! clama de nouveau la cour du roi démon.

Vint ensuite un étrange personnage aux allures de polichinelle, aussi petit que maléfique. Vêtu d’un costume bariolé, il arborait sur le visage des peintures lui conférant des allures de clown. Sa tête était coiffée d’un chapeau pourvu de multiples grelots qu’il portait également à la taille et au bout de ses chaussures recourbées. Il exécuta quelques pirouettes devant le trône de son souverain, avant de retomber sur ses pieds avec l’agilité d’un singe.

– Hi hi hi ! rit-il avec une frénésie déconcertante, ses petits yeux malfaisants brillants comme des diamants au-dessus de son nez aquilin. Je suis Grooly, le roi des clowns, des poupées maléfiques, des jouets ensorcelés et autres diableries destinées à faire frémir les petits enfants, et à terroriser les plus grands, hi hi hi ! Votre Majesté, ma vie, ou plutôt ma mort, vous appartient !

Les autres généraux du démon, en particulier le grand dragon Mérach, tournèrent aussitôt vers lui un regard méprisant.

La sixième créature qui s’annonçait était probablement la plus redoutable d’entre les sept en raison de son aspect immatériel et du sentiment irrépressible de peur qu’elle inspirait. Elle flottait à une bonne distance du sol, diaphane, sous la forme d’une belle jeune femme brune à la chevelure longue et tombante. On devinait une longue robe blanche, évanescente, tantôt flottant, tantôt traînant derrière elle.

– Je suis la princesse Lévanora, annonça-t-elle d’une douce voix enjôleuse. Morte depuis l’époque médiévale, je suis la reine de la nuit. Je suis à la tête des ombres maudites, larves et fantômes, et j’ai juré allégeance à Son Altesse le seigneur Zhôd !

Un grand être chauve au teint pâle s’avança enfin ; les regards de certains de ses confrères braqués sur lui le détaillèrent avec méfiance.

– Je suis le général Clovis ! Chef des robots, androïdes et autres monstres mécaniques déclara-t-il d’une voix solennelle, le poing serré contre sa poitrine. Je n’étais qu’un humain misérable, et pourtant, grâce aux vestiges de la technologie perdue des Atlantes, le seigneur Zhôd est parvenu à faire de moi le cyborg le plus puissant qui soit ! J’offre ma vie au seigneur Zhôd !

Bien qu’inférieur en taille à Mérach ou à Kusaki, sa carrure était toutefois impressionnante. Il était recouvert d’une sorte d’armure faite d’un métal sombre et poli. Il portait une longue cape de couleur pourpre, et son œil gauche artificiel était affublé d’une lentille qui émettait un puissant faisceau rouge. Le seul œil qui lui restait, rare vestige de son humanité passée, était lui, d’un bleu très froid.

Zhôd s’adressa alors aux six autres généraux, ainsi qu’à tous ses sujets :

– Il est vrai que les présentations n’ont pas été faites, et j’en suis quelque peu navré, mes chères créatures des ténèbres ! Il vous faudra donc m’excuser pour cette petite surprise, car Clovis vient tout juste d’arriver dans le Bas-Astral. C’est par conséquent le plus « jeune » d’entre vous. Sa vie d’humain est toute récente. Il n’a peut-être pas votre vécu ni votre expérience au sein de notre monde, mais j’ai confiance en lui et surtout en Bantha, ma chère éminence grise et unique conseillère depuis la nuit des temps. Si elle l’a choisi parmi tant d’autres, c’est qu’elle a su voir en lui les aptitudes requises pour en faire un bon chef de mes légions de l’ombre. Aussi, je vous demanderai à tous de lui réserver l’accueil qu’il mérite !

L’ensemble de la salle acquiesça, mais certains de ses comparses demeuraient toutefois sceptiques quant à sa nomination au poste de général.

Une fois les nouveaux chefs d’armée présentés à l’ensemble de sa vaste cour ténébreuse, Zhôd les fit venir tous les sept à ses côtés afin d’illustrer leur suprématie au sein de son empire. Il prononça ensuite un long discours à son auditoire plus qu’attentif, dans lequel il présenta son plan de conquête. Il exposa tout un ensemble de ruses et de stratagèmes à glacer le sang afin d’accomplir ses funestes desseins, suite à quoi il déclara d’une voix solennelle :

– Nous devons à présent célébrer cela comme il se doit ! Que les festivités commencent !

Un immense banquet s’ensuivit avec des mets tous plus écœurants les uns que les autres. Les hurlements sinistres et rauques d’un orgue accompagnaient cette cérémonie macabre, résonnant sous l’immense voûte de la cathédrale, tel un requiem sans fin qui semblait s’étendre jusqu’aux confins de l’univers. Zhôd tenait dans sa main un énorme calice à l’intérieur duquel se trouvait un breuvage aussi noir que de l’encre. Il but une profonde gorgée de ce sombre vin d’outre-tombe, tout en regardant un spectacle d’ombres et de larves qui dansaient sous le feu des flambeaux, dont les vives flammes léchaient les murs jusqu’à embraser toute la nef. Des rires éclatèrent alors de toutes parts, suivis d’une multitude de borborygmes. Au-dehors, le tonnerre grondait lourdement, des éclairs fusaient dans toutes les directions, et les volcans crachaient la totalité de leurs entrailles sur la plaine décharnée.

– Monseigneur Zhôd, glissa doucement Bantha tout en lui versant un peu de vin noir dans son calice presque vide, la Terre est bientôt en vue, ce n’est plus qu’une question d’heures.

– Même s’il ne s’agit que d’heures, cela peut me paraître des années, Bantha ! Voire même des siècles, tant je bous d’impatience !

– Mais cela vaut la peine d’attendre un peu, mon maître. Pensez à votre joie lorsqu’elle sera enfin à vous et pour toujours ! La Terre !

– Oui, tu as raison, ma chère Bantha. Je vais savourer ces instants d’attente, car ils sont les plus beaux de ma longue existence !

– Cela est préférable, mon maître, nous approchons du but.

Juste devant le trône impérial, Grooly le clown, entouré d’une cohorte de bouffons, s’adonnait à ses éternelles galipettes, faisant tournoyer sa marotte bien haut, presque sous le nez de son maître.

Le poing serré, Mérach voulut intervenir, mais Zhôd lui fit comprendre d’un simple regard que ce n’était pas la peine. Il dut donc laisser à contrecœur le clown bariolé poursuivre ses pitreries pour amuser la cour, bien que l’envie de le corriger pour son insolence fût grande.

Debout à ses côtés se tenait Tiberius, impassible, le regard dur et froid, scrutant l’ensemble de la salle. Son aura aussi glaciale que la mort dégageait une puissance telle que même le cortège de bouffons s’en tenait à bonne distance.

– Hum, dit-il calmement en s’adressant à Clovis, il faut que tu saches, nouveau venu, que le respect se gagne au sein de notre communauté. Tu devras faire tes preuves si tu veux nous convaincre.

– J’ai été choisi au même titre que vous tous, répondit l’homme d’acier, quelque peu sur la défensive. Je ne comprends pas pourquoi autant de mépris envers moi !

– Nous avons forgé notre réputation au cours de nombreuses batailles au sein des arènes de notre maître. Nous faisons déjà partie de l’élite, si tu vois ce que je veux dire. La puissance des ténèbres est suffisante ! Nous n’avons pas besoin de la technologie des robots ou autres pantins mécaniques.

– Laissez-moi donc vous montrer de quoi mon armée et moi-même sommes réellement capables ! C’est trop facile de juger hâtivement !

– Mais je ne te juge point, ne te méprends pas. J’attends de te voir à l’œuvre, et ensuite seulement, je pourrai me faire une opinion, non ?

L’homme d’acier hocha la tête, mais resta sur ses gardes. Derrière lui, Kusaki le lycanthrope, qui avait entendu la conversation entre les deux généraux, grogna tout en riant de bon cœur :

– Je suis d’accord avec Tiberius ! dit-il. Ici, il faut se faire sa place pour survivre, bien que nous soyons tous déjà morts !

Il eut un autre rire, plus sarcastique cette fois-ci, avant de reprendre sur un ton plus sérieux :

– Nous, les loups-garous, sommes une race aussi ancienne que les vampires. C’est-à-dire bien plus vieille que l’humanité elle-même. Nous incarnons ténèbres et cauchemars au plus profond du cœur des humains ! Nous les haïssons, même si jadis, nous étions personnellement des hommes, nous aussi !

– Je ne vois vraiment pas le rapport avec moi ! protesta le cyborg. J’ai été humain, certes, mais j’ai accepté de mourir volontairement pour devenir ce que je suis !

– C’est bien ce que j’ai voulu te faire comprendre, intervint Tiberius, remuant en même temps ses griffes affûtées comme des rasoirs. Tu as triché, tu as mis volontairement fin à tes jours en espérant une place parmi nous. C’est plutôt pathétique !

Le vampire souffla avec arrogance avant de finir :

– Même si tu es devenu une machine, tu es bien plus humain que nous ! Voilà ce que je veux dire.

– Ta place, tu dois la mériter, soutint fermement Kusaki de sa voix rauque, grondante comme le tonnerre. C’est comme cela, un point c’est tout !

Confortablement installé dans une vaste toile qu’il avait tissée entre le plafond et un angle du mur, Giliath les observait de ses nombreux yeux sans mot dire. L’expression de ces derniers était d’ailleurs insondable, de telle sorte qu’il était impossible pour ses confrères de connaître son avis sur la question. Mais, bien au-dessus du groupe, la princesse Lévanora, qui flottait jusqu’à présent dans un silence de tombe, prit soudain la parole :

– C’est à Sa Majesté le seigneur Zhôd qu’il convient de décider qui a le droit d’être parmi nous ou non… Sa décision est prise et elle est irrévocable.

Une fois ces mots prononcés avec la force d’un ouragan, elle se tut définitivement, créant un malaise au sein de la conversation entamée par ses semblables.

– Ça alors ! s’étonna Kusaki en frissonnant, Lévanora a enfin ouvert la bouche.

– Il est vrai qu’elle n’est pas très loquace, approuva Tiberius. Mais lorsqu’elle parle, elle vous glace l’âme !

À quelques mètres, Mérach, le torse bombé et les bras croisés, les avait écoutés de loin. Il s’approcha d’eux, imposant, ses larges ailes de dragon déployées.

– Il est de mon avis que nous devons lui laisser une chance ! Comme l’a si bien dit Lévanora, c’est l’avis de Zhôd qui a priorité sur tout le reste. Et pour ma part, j’ai plus confiance en lui pour l’instant qu’en ces vermines que sont Grooly et Giliath !

Il frappa le sol de sa lourde queue et s’en retourna aux côtés de son maître, pendant que leur sombre planète s’approchait dangereusement de la Terre, au fil des minutes qui s’écoulaient.

2 LE COMPTE À REBOURS

Il devait être aux alentours de 11 heures en cette belle matinée du mois d’août de l’année 1991 lorsque le téléphone sonna dans le bureau du professeur Glenn Wilkinson. La matinée touchait à sa fin, et ce dernier terminait une tasse de café noir que sa jeune assistante Shirley lui avait apportée, tandis qu’il peaufinait ses recherches assidues qu’il n’avait pas délaissées depuis la veille. Il était resté éveillé toute la nuit, tant sa récente découverte l’obsédait. Et depuis son petit bureau de Londres, il travaillait en étroite collaboration avec le grand observatoire de l’Arizona, lequel planchait sur le même sujet que lui depuis deux bons mois.

– Monsieur Wilkinson, c’est pour vous ! lui annonça la jeune femme qui venait vers lui d’un air jovial, comme à son habitude, très loin de se douter de l’importance dont cet appel faisait l’objet.

– Bien, Shirley, bien… Faites patienter, j’arrive tout de suite !

L’homme se leva péniblement de son grand fauteuil de cuir qui craqua doucement. Son visage carré était encadré d’une épaisse barbe blanche, et ses petits yeux bleus cerclés de fines lunettes dorées brillaient de la lumière du savoir. Il arrivait au terme d’une très longue carrière d’illustre homme de science ; ayant fréquenté les plus grandes écoles de la planète, son chemin d’érudit avait été pavé des briques de la réussite. Il sourit légèrement, alors qu’il s’apprêtait à saisir le combiné.

– Professeur Wilkinson à l’appareil, j’écoute, dit calmement l’homme âgé dont les joues empourprées, marques de sagesse, étaient striées de rides.

– Bonjour, professeur, c’est Ted Carpenter, de l’observatoire de Tucson en Arizona ! Il est 4 heures du matin chez nous, mais je ne peux trouver le sommeil après une pareille découverte ! C’est pourquoi je me devais de vous appeler !

– Si vous ne m’aviez pas contacté, cher confrère, sachez que je l’au-rais fait moi-même. Vous n’avez même pas besoin de parler, je sais d’ores et déjà tout ce que vous allez me dire. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit moi non plus, et, pour tout vous avouer, je n’ai même plus besoin de café pour me tenir éveillé !

– Moi de même, professeur ! Nous avons tout analysé, refait maintes et maintes fois tous nos calculs. Il y a bien quelque chose de gigantesque qui se dirige droit sur notre planète !

– Vous voyez bien que je ne m’étais pas trompé ! confirma le vieil homme avec fierté, et non sans un certain enthousiasme.

– Vous riez ? s’étonna son homologue américain. Je vous signale que si cet objet nous percute, ou ne serait-ce que nous frôle de près ou de loin, ce sera la fin de notre monde tel que nous le connaissons !

– Je le sais bien, mon cher Carpenter ! Et je dois vous avouer qu’étant au crépuscule de ma vie, je ne regrette absolument rien. J’ai eu une existence bien remplie, j’ai participé à bon nombre de recherches et découvertes. J’ai animé beaucoup de colloques à travers le monde, et je sais à présent que je peux partir serein !

– Y a-t-il selon vous un quelconque moyen de se prémunir d’un tel désastre ? Nous pourrions en informer les gouvernements ? Il en est de notre devoir, ne croyez-vous pas ?

– Il est trop tard, Carpenter… Si mes calculs sont exacts, ce que je pense fort, tout comme doivent l’être les vôtres, la trajectoire de cet objet devrait croiser la nôtre dans la soirée, aux alentours de 20 heures, heure de Greenwich…

– Je confirme que nos calculs se recoupent !

– Vous comprendrez donc que nos destins sont à présent scellés. Il est inutile de fuir… Et pour aller où, d’ailleurs ? Sur une autre planète ? Construire des abris souterrains ne nous servirait à rien, et sachant qu’il ne nous reste que dix heures tout au plus… imaginez une seule seconde le vent de panique qui secouerait la population si cela venait à être divulgué par les médias !

– Que pouvons-nous faire alors ?

– Rien, mis à part attendre… attendre et prier, si du moins vous êtes croyant !

Le vieillard haussa les épaules en signe de résignation, comme s’il semblait détaché de tout cela et totalement étranger à l’avenir du monde.

– Sachez bien une chose, Carpenter, poursuivit-il avec la même insouciance, dans le meilleur des cas, bien que les chances soient quasiment nulles, si la fin du monde ne survient pas ce soir par la voie de l’espace, la main de l’homme s’acquittera de cette tâche tôt ou tard.

– J’ai vraiment du mal à croire que je vis mes derniers instants, professeur, grommela son interlocuteur en guise de réponse, bien qu’il sût au fond de lui que son illustre aîné avait raison. Nous ne pourrions même pas détourner cette chose, j’imagine ?

Le vieux scientifique eut soudain envie de rire ; il se retint pourtant, et seul un léger sourire lui vint au coin des lèvres.

– Ses dimensions sont comprises entre celles de Jupiter et de notre Soleil ! Il faudrait l’équivalent de milliards de bombes atomiques pour faire bouger cet objet ne serait-ce que d’un centimètre, mon jeune ami.

– Nous ne savons même pas s’il s’agit d’une étoile ou d’une planète, expliqua le jeune astronome, depuis l’autre côté de l’Atlantique. Nous l’avons bien observé au télescope et nous n’avons jamais rien vu de tel. On dirait une sorte d’oursin géant qui semble rouler dans l’espace.

– Sa masse est colossale, ajouta le professeur Wilkinson. Cet objet déforme le tissu de l’espace de la même façon qu’un poids d’athlète que l’on aurait posé sur une bâche en plastique, et sa vitesse ne fait qu’augmenter sa masse ! C’est un vrai monstre similaire à un trou noir qui se déplacerait dans l’espace selon une orbite elliptique.

– Va-t-il nous écraser, va-t-il nous aspirer ? Nous ne le saurons que trop tard.

– Je vais me rendre sans plus tarder à l’observatoire royal de Greenwich afin d’assister à son approche. C’est tout ce qu’il me reste à faire, mon jeune ami ! Prenez soin de vous et bonne chance, c’est tout ce que je peux vous dire !

– Adieu, professeur, travailler avec vous aura été une très belle expérience !

– Il en est de même pour moi ! Adieu, Ted…

Le professeur Wilkinson reposa le combiné, puis laissa retomber ses bras le long de son corps en soupirant, comme s’il était arrivé à destination après une longue route.

– Shirley, mon petit, vous pouvez rentrer chez vous ! Je vous accorde votre après-midi, vous l’avez bien mérité.

Mais à peine s’était-il retourné qu’il trouva sa jeune assistante, effondrée et en larmes, devant la porte de son bureau.

– Je vous ai entendu, professeur ! lui dit-elle entre deux sanglots. Vous avez parlé de la fin du monde et tout le reste… C’est vraiment trop horrible ! Je ne peux pas le croire ! Je suis encore jeune… J’ai toute la vie devant moi… Je ne veux pas mourir !

– Écoutez-moi donc, mon enfant… Cela se passera très vite. Si vite que vous ne vous rendrez compte de rien. Le temps d’un simple « boum » et tout sera fini, croyez-moi. Profitez pleinement du temps qu’il vous reste. Amusez-vous, allez au cinéma avec votre amoureux, profitez-en pour dire à tous vos proches que vous les aimez, si vous ne le leur avez pas suffisamment dit !

La jeune femme sortit un mouchoir de sa poche ; elle se moucha un grand coup avant de répondre :

– C’est bien sûr facile pour vous de dire cela… Vous avez bien profité de la vie, vous ! Pas moi.

– Je suis vraiment navré que vous ayez entendu cela, Shirley. Croyez-moi sincèrement, mais c’est ainsi. L’homme n’est le maître que de ses illusions ! La nature et le cosmos ont bien plus de pouvoir que lui !

Il jeta ensuite un long regard empli de tristesse vers son bureau, ce cher bureau qu’il n’avait pas quitté depuis près de quarante longues années : il avait été pendant tout ce temps son outil de travail, sa vie. Il regarda une dernière fois le bois verni des murs et les grandes étagères garnies de livres, avant de se diriger vers la porte.

– Adieu, Shirley, et merci pour tout ! dit-il à son assistante. Je vous laisse les clés. Je présume que je n’en aurai plus besoin, mais pensez tout de même à fermer la porte derrière vous. On ne sait jamais…

Il sortit d’un pas tranquille dans la rue très animée à cette heure-ci, et il vit les voitures circuler comme si de rien n’était. Des gens flânaient un peu partout dans les pubs et devant des vitrines des magasins. Ils rêvaient, insouciants, à ce qu’ils pourraient bien s’acheter plus tard, faisant, comme dans leur vie de tous les jours, des projets plus fous les uns que les autres. Sur le perron d’un vieux cinéma de quartier, un homme d’une quarantaine d’années faisait la manche. Il tendait une main implorante aux passants qui poursuivaient leur chemin sans même le voir.

– S’il vous plaît, mon brave homme ! interpella-t-il le professeur dès qu’il fut à sa hauteur. Vous n’auriez pas quelques pence pour moi, s’il vous plaît ?

Le vieil homme sortit de son porte-monnaie un billet de cinq livres, qu’il déposa machinalement dans la main de l’homme.

– Merci infiniment, mon cher monsieur ! Cela vous portera chance, vous verrez ! lui dit l’homme avec un grand sourire, découvrant des dents jaunies par le tabac et l’alcool.

Peut-on encore oser parler de chance à cette heure-ci ? se demanda intérieurement le professeur. Il s’agissait probablement de la dernière bonne action qu’il ferait de sa vie. Il continua tranquillement à marcher le long du trottoir, lorsque quelque chose attira soudain son attention.

Il n’eut pas d’abord l’idée de regarder en l’air en direction du nord-ouest, mais il vit un groupe de badauds attroupés à l’angle de la rue où il n’allait pas tarder à tourner. Le ciel était d’un bleu azur lumineux, presque aveuglant, et les regards étaient tous braqués sur un point noir de la grosseur d’une tête d’épingle.

– Ça y est, la voilà ! comprit aussitôt l’homme de science. Elle est enfin visible à l’œil nu, vite, à l’observatoire !

Ses souliers pointus et cirés hâtèrent le pas sur le macadam, un grand autobus rouge à impériale le dépassa, et quelques klaxons retentirent près d’un carrefour. Une atmosphère de plus en plus oppressante se faisait sentir au fur et à mesure qu’il avançait. Il avait emporté avec lui sa grande mallette en cuir qu’il ne voulait lâcher pour rien au monde. Quelques enfants faisaient du skate-board non loin de lui dans l’insouciance la plus totale ; il n’y prêta pas la moindre attention, seule la fièvre de la découverte le tenait. Il continua son chemin sur plusieurs dizaines de mètres, lorsqu’il arriva enfin aux abords d’une bouche de l’Underground. Il s’y engouffra alors et il disparut.

3 LE MYSTÉRIEUX JEUNE HOMME

La douceur et les parfums de l’été semblaient être éternels, opposant aux sombres desseins du Bas-Astral une résistance des plus farouches. À des centaines de kilomètres de la capitale britannique, dans le sud de la France, la petite ville de Sainte-Amélie-sur-Mer, confortablement nichée entre mer et montagne, poursuivait sa petite existence paisible comme si de rien n’était, occultant l’inéluctable. Le ciel était d’un bleu limpide, sans même le moindre souffle de vent pourtant fréquent dans cette région. Le soleil de ce mois d’août 1991 faisait resplendir de ses rayons radieux les beaux sommets verdoyants de la chaîne pyrénéenne, comme pour défier l’imposante planète noire qui approchait à grands pas.

La famille Vannier habitait un joli lotissement ensoleillé, aux rues bordées de pins et de palmiers. La télévision était allumée et tous étaient prostrés devant les nouvelles du journal télévisé de 13 heures. Tous, ou presque tous, car il est en ce monde des êtres dont la candeur ne peut être perturbée par aucune force extérieure, quelle qu’elle soit. Ce fut le cas en cet instant pour Frida et Mélusine, deux fillettes d’une dizaine d’années qui s’amusaient en toute quiétude, loin des angoisses se lisant sur le visage des adultes qui les entouraient.

Les mines étaient graves et l’on se posait mille questions quant à la nature de ce phénomène étrange, jamais observé de mémoire d’homme, ou du moins pas dans l’histoire telle qu’elle nous avait été relatée par nos prédécesseurs. D’une manière générale, le son de cloche était le même selon les sources : il s’agissait d’une comète, mais d’une tout autre catégorie que celles qui avaient pu traverser nos cieux jusqu’à présent. On voulait surtout ne pas affoler. On préférait dissimuler et désinformer plutôt qu’annoncer la terrible vérité à l’ensemble de l’humanité, de manière à éviter des émeutes dans toutes les grandes villes de la planète. Les professeurs Wilkinson et Carpenter n’étaient plus les seuls à être au courant. Désormais, la quasi-totalité de la communauté scientifique savait, et le phénomène était dorénavant observable à l’œil nu. Par conséquent, nul ne pouvait plus l’ignorer, et ce, de n’importe quel endroit de par le monde.

– Dis, maman, tu n’aurais pas un peu d’argent pour Mélusine et moi ? Nous aimerions acheter des glaces ! demanda Frida d’un air candide à sa mère.

– À cette heure-ci, et avec la chaleur qu’il fait ? Je ne suis pas trop d’accord pour vous laisser sortir, les filles ! protesta autoritairement, mais avec la bienveillance d’une mère protectrice, la jeune femme blonde qui s’adressait à la petite fille aussi claire de cheveux qu’elle.

– Mais on va juste à la petite épicerie qui fait l’angle de la rue ! insista Frida, les yeux pétillants d’une euphorie peu commune. Elle est encore ouverte, on va faire vite, c’est promis !

La dame au visage fin observa un moment les deux petites filles dont les regards quelque peu désemparés s’étaient faits suppliants.

– Bon ! Je veux bien vous laisser y aller… mais surtout, vous faites très attention en traversant la rue ! Et vous ne parlez pas aux gens que vous ne connaissez pas ! Est-ce que c’est compris ?

– Oh, oui ! Ma petite maman chérie, je t’adore ! clama joyeusement Frida, le visage illuminé de joie.

Elle embrassa tendrement sa mère, puis, admirant avec un immense contentement le billet que cette dernière lui tendait, elle s’empressa d’inviter Mélusine à la suivre en la tirant jovialement par le bras.

Une fois le portail franchi, bien que l’air fût lourd et la chaleur plutôt accablante, les deux fillettes sentirent un vent de liberté souffler sur leur visage. L’après-midi s’annonçait particulièrement torride, comme s’il prévenait d’un terrible orage. Mélusine et Frida s’entendaient particulièrement bien ; elles étaient cousines, mais également les meilleures amies du monde. La première, aussi brune que la seconde était blonde, avait un caractère plutôt bien trempé, les traits fins, et la démarche noble. Cette noblesse s’illustrait d’ailleurs lorsqu’elle montait à cheval : elle pratiquait l’équitation depuis plusieurs années déjà, et, malgré son jeune âge, elle était une cavalière plutôt aguerrie. Frida, elle, était au contraire plus douce, plus fragile, mais animée d’une joie permanente, s’émerveillant d’un rien. Elle aimait rire, chanter et collectionner les poupées, ainsi que les peluches les plus hétéroclites.

Les deux cousines s’en allaient avec entrain, dans l’innocence de leur jeune âge, en direction de la petite épicerie. Mais au même moment, à environ un kilomètre de là, une étrange boule lumineuse apparut dans le ciel de Sainte-Amélie-sur-Mer, attirant immanquablement la curiosité de ses habitants. C’était une sphère incandescente qui devait bien excéder six ou sept mètres de diamètre ; elle demeurait en vol stationnaire au-dessus du clocher, parfaitement immobile et silencieuse.

Une foule de curieux s’était rassemblée sur la place publique afin d’assister à ce mystérieux ballet aérien, lorsque, tout à coup, l’objet qui s’était jusqu’alors maintenu à une bonne cinquantaine de mètres du sol glissa doucement vers l’extérieur du bourg, pour finalement disparaître derrière un coteau.

Des cris de surprise s’élevèrent immédiatement de la foule :

– Ben, ça alors ! Qu’est-ce que c’est que cette chose ? se demanda l’un. – Il va se poser dans le vignoble, dis ? s’étonna un autre.

De leur côté, Frida et Mélusine n’avaient pas perdu une seule miette de ce spectacle étonnant.

– Tu as vu cette belle lumière, Mélusine ? demanda Frida à sa cousine. C’était quoi, à ton avis ?

– Aucune idée ! lui répondit Mélusine, constatant à son tour le phénomène insolite. On dirait bien que ce n’était pas un avion…

– C’était peut-être un ovni ? supposa la fillette blonde avec une certaine admiration. Ou bien les habitants de la comète ?

– Les ovnis, ça n’existe pas, la reprit sagement Mélusine. Il faut se dépêcher, nous l’avons promis à ta mère !

Délaissant à regret l’étonnante boule rougeoyante du regard, Frida, écoutant les conseils de sa cousine, reprit son chemin d’un pas plus hâtif. Quelques dizaines de mètres les séparaient à présent de leur destination. La sphère ardente s’était déplacée à une bonne distance du bourg, à l’abri des regards indiscrets, au milieu d’un petit pré isolé bordé d’arbres. L’étonnante lueur commença une descente majestueuse en direction du sol. Vu de près, le phénomène ressemblait à un petit soleil orangé ; la lumière qui en émanait était douce et chaleureuse. En cette époque critique de l’humanité, une lumière venait de briller au milieu de la nuit ; elle était descendue vers la terre afin d’éclairer les hommes sur le chemin tortueux qu’il leur fallait emprunter présentement. Une lumière qui annonçait l’espoir de tous les peuples. Une lumière qui, bien que minuscule en apparence face à la puissance écrasante de la planète noire, irradiait toutefois une aura spectaculaire.

Un vent doux et rayonnant soufflait doucement sur l’herbe verte, au fur et à mesure que la sphère orangée approchait du sol. Pendant quelques secondes, cette dernière resta immobile à environ cinq mètres d'altitude, avant de perdre peu à peu de sa clarté pour devenir enfin un drôle d’objet métallique. Il s’agissait d’un dodécaèdre : un polyèdre à douze faces, dont la surface était parfaitement lisse et semblait faite d’un étrange matériau chromé. On pouvait y voir se refléter le bleu profond du ciel d’été, ainsi que la clarté aveuglante du disque solaire dont les rayons plus que généreux surchauffaient la plaine.

Un silence apaisant s’était fait au sein de la verte prairie, lorsque soudain un léger cliquetis retentit. Une ouverture se découpa subitement sur la paroi argentée de l’engin insaisissable, comme si des ciseaux invisibles venaient échancrer son fuselage poli. De l’ouverture de forme circulaire, on pouvait voir s’échapper une douce lumière tamisée, ambrée. En y regardant mieux, deux silhouettes commencèrent à se dessiner peu à peu au sein du halo doré.

– Samedi 3 août de l’année 1991… On dirait bien que tout a marché ! constata fièrement la première des deux entités, dont les contours, se faisant plus précis, laissaient entrevoir qu’il s’agissait d’un individu de sexe masculin.

– Ne va pas trop loin ! lui conseilla sagement la seconde, de forme plus féminine. S’il y a le moindre problème, surtout tu me fais signe !

– Oui ! ne t’inquiète pas comme ça… Ça va aller ! Il ne peut rien m’arriver de grave, tu sais. Ce que nous sommes en train de vivre me semble tellement invraisemblable !

Une profonde émotion se devina dans le son sa voix.

– Je sais, je sais… Et pour être honnête avec toi, cette expérience ne m’avait pas vraiment emballée, au début ! Tu t’en souviens ?

– Oh oui, je m’en souviens, mais rends-toi compte, un peu… Nous sommes revenus en 1991 !

Tout à coup, un long toboggan pentu se déroula sur le devant de la petite porte : c’était un étrange ruban argenté dont la surface entièrement dépourvue de la moindre aspérité était aussi unie que celle d’un miroir. L’être qui venait de parler s’était doucement avancé sur la grande langue d’argent. C’était un être humain, un être humain d’apparence ordinaire et même plutôt fluet. Il devait mesurer environ un mètre soixante-dix ; les cheveux châtains, coupés assez court, il avait les yeux marron et son visage mince était encadré d’une fine barbe. Vêtu d’un tee-shirt vert et d’un vieux jean déchiré à la hauteur des genoux, il devait avoir entre trente-cinq et quarante ans. Une fois arrivé en bas, c’est avec un certain bouleversement qu’il foula le sol de ce pays.

– Bon, je dois faire vite ! Il est précisément 13 heures 30. Je n’ai pas de temps à perdre !

Son regard se porta sur l’horizon, vers la petite ville en contrebas dont il distinguait le clocher carré. Il avait encore une certaine difficulté à réaliser l’ampleur de la tâche dont il était investi, mais il se devait de l’accomplir. Il en avait profité pour boire à pleins poumons une ou deux gorgées de cet air pur dans lequel montaient des parfums de verdure et de soleil, avant de se lancer corps et âme dans sa tâche. Mais il avait avant tout une certaine appréhension, liée en partie à l’émoi dont son cœur était empreint : il savait que, dans quelques instants, il les rencontrerait enfin. Il se répétait inlassablement et mentalement les mots qu’il allait leur dire ; il voulait à tout prix éviter de les effrayer. L’homme tenait fermement dans sa main un instrument des plus énigmatiques : il s’agissait d’une magnifique étoile de David en trois dimensions. L’objet était de couleur or et, au cœur du prisme, on pouvait voir danser de petites étincelles joyeuses semblables à des lumières de Noël. Après une profonde inspiration, le jeune homme leva l’étoile en direction de l’azur, tout en se concentrant sur sa mission.

Au centre de l’étoile, les formes lumineuses s’intensifièrent de plus en plus, tournoyant comme des lucioles. Autour de l’objet, depuis sa surface dorée, de véritables gerbes de lumière jaillirent dans toutes les directions, et une brume d’or, légèrement opaque, se forma dans le prisme. Les yeux avisés du jeune homme scrutèrent alors, attentifs, les profondeurs de l’étoile, jusqu’à ce que la luminosité se soit enfin dissipée pour y observer un monde étrange qui commençait à s’animer. Il savait avec satisfaction que la scène qu’il observait en ce moment n’était que le miroir de ce qui se jouait à quelque distance, dans le centre de cette petite ville. Il pouvait contempler le décor comme s’il s’y trouvait physiquement, percevant les images et les sonorités avec une netteté époustouflante.

– Super ! Je les ai localisées, se réjouit-il alors. Elles sont en train de remonter la petite avenue !

La toile était en trois dimensions, il aurait presque pu la toucher du bout des doigts. C’est alors qu’il vit les deux petites filles ; il les regardait marcher comme s’il était à leurs côtés. Elles parlaient en riant et semblaient extraordinairement heureuses. Il hésita pourtant à se lancer à leur rencontre, car il savait très bien dans son for intérieur qu’il n’avait pas à se trouver là, en ce temps où il n’avait pas sa place en tant qu’homme : cela allait à l’encontre même des lois universelles. Une étincelle de nostalgie s’alluma en même temps dans son cœur. Il ne pouvait faire demi-tour, il se devait d’y aller, car il avait également d’autres personnes à rencontrer, d’autres actions à accomplir.

– « OM », murmura-t-il soudainement tout en fermant les yeux.

Le son était sorti de sa gorge avec une limpidité et une vérité si évidentes que l’éther tout entier sembla vibrer en cet instant. Les rayons autour de l’étoile à six branches qu’il brandissait comme pour défier la ténébreuse planète qui approchait au fond du ciel bleu se firent plus denses. Ils se mirent à tourbillonner autour de son corps jusqu’à former une série d’anneaux concentriques. Il se retrouva vite pris au sein d’une véritable centrifugeuse de lumière, d’où s’échappaient par intermittence une multitude d’étincelles scintillant telles des fées par une belle nuit d’été.

Pendant ce temps, Mélusine et Frida étaient sur le point de parvenir à bon port. La chaleur se faisant de plus en plus lourde, Mélusine relevait souvent sa frange, car des gouttes de sueur commençaient à perler sur son front.

– Je commence vraiment à avoir chaud, remarqua Mélusine. On serait mieux à la piscine !

– Oui ! approuva Frida. Mais je ne sais pas si ma mère voudra nous y emmener.

– Pourquoi ?

– Je crois qu’elle avait parlé d’aller faire les magasins en ville. Comme la rentrée des classes approche, elle voulait m’acheter quelques affaires.

– Moi, il ne me tarde pas de reprendre l’école… je voudrais que l’été ne s’arrête jamais !

– Ce serait bien, on serait toujours en vacances ! se mit à rêver Frida tout en admirant le bleu du ciel avec des yeux d’enfant comblée.

– Il n’y aurait plus d’école, ce serait génial !

– Tu sais, j’ai revu une copine de ma classe, dit Frida, enchaînant avec enthousiasme sur un tout autre sujet. Elle danse trop bien le séga, elle m’a dit qu’elle voudrait bien m’apprendre !

– Le séga ? demanda Mélusine, ignorant ce dont sa cousine parlait.

– Oui ! ça passe tout le temps dans les pubs à la télé. C’est l’un des tubes de l’été, ne me dis pas que tu ne connais pas ?

– Tu parles de Tago Mago, non ? pensa Mélusine.

– Non ! Je te parle du séga. Alalila, ça ne te dit rien ?

La frêle fillette à la chevelure blonde se mit à chantonner l’air à sa cousine, qui l’écouta d’une oreille attentive.

– Ah, oui ! Ça y est, je vois de quoi tu veux parler ! se souvint Mélusine, tout en fredonnant à son tour la chanson.

– Tu vois ?

– Oui, mais ma préférée, ça reste la Lambada, souligna gentiment Mélusine avant d’ouvrir des yeux hagards.

À quelques mètres des fillettes, un peu en avant, à mi-chemin entre la supérette et le rond-point où elles se trouvaient alors, un puissant éclair zébra l’asphalte. Mélusine avait déjà entendu parler de la foudre en boule qui frappe sans prévenir, mais en ce jour et par un temps aussi clair, cela l’intrigua au plus haut point. Cette manifestation pour le moins curieuse prit la forme d’une éblouissante géode effectuant une rotation rapide sur elle-même, et dégageant une légère fumée dorée dont la nébulosité s’estompa au fur et à mesure. Les deux petites n’en revenaient pas : elles firent bien évidemment le rapprochement entre la sphère flamboyante dans le ciel et ce qu’elles observaient en ce moment. Leurs yeux étaient encore aveuglés par la lueur ambrée lorsque notre personnage, entouré de toute son aura de mystère, se matérialisa sur le trottoir à la hauteur d’un cyprès.

– Bonjour ! leur dit l’homme de la manière la plus enjouée qui soit, la main levée en signe de salut.

Mélusine et Frida, ébahies, ne savaient pas vraiment si elles devaient se mettre à crier ou bien s’enfuir. Elles eurent soudain un bref mouvement de recul, la peur de l’inconnu étant très forte ; elles n’étaient vraiment pas préparées à cela. Leurs regards étaient consternés, elles étaient comme figées face à cet homme tout droit sorti de nulle part. Qui pouvait-il bien être ? Et quelles pouvaient bien être ses intentions ?

– Vous êtes bien Frida Vannier et Mélusine Perez ? leur demanda-t-il sur un ton tout à fait amical.

– Oui ! Mais… comment connaissez-vous nos noms ? lui répondit Frida, tout abasourdie.

Les yeux bleus de la petite fille brillaient du feu de l’innocence ; ils semblaient quelque peu perdus et attendaient désespérément qu’une réponse les éclaire.

– Ne lui parle pas, Frida ! la retint aussitôt Mélusine, encore craintive. Viens !

Mélusine prit sa cousine par le bras afin de l’emmener loin de cet être qui paraissait doté de pouvoirs surnaturels.

– Mais je ne vous veux aucun mal, vous n’avez absolument rien à craindre de moi, leur dit amicalement le jeune homme, essayant de les apaiser. Sachez que je suis votre ami, et que mes intentions sont purement pacifiques !

– Et qu’est-ce que vous nous voulez, précisément ? demanda Mélusine, de nouveau sur la défensive. Nous n’avons pas le droit de parler à des inconnus !

Le jeune homme avait clairement reconnu dans le son de la voix de la fillette qui venait de parler le bel accent chantant du midi de la France.

– C’est très juste, Mélusine, approuva-t-il, compréhensif. Je veux dire par là qu’il est tout à fait normal de faire preuve de méfiance à l’égard de ce que l’on ne connaît pas. Mais sachez que j’ai entrepris un très long voyage pour venir vous voir, ici et maintenant.

Il s’efforçait de parler calmement et posément, de manière à ne point les effrayer. Sa démarche n’était pas des plus faciles, surtout après son apparition sensationnelle. Il se posa quelques secondes pour trouver ses mots et poursuivit, avec le plus de tact possible :

– Je sais très bien que vous êtes effrayées, aussi je vous demanderai de me croire sur parole, bien que cela ne soit pas facile pour vous, et je le comprends parfaitement.

Il s’arrêta de nouveau avant de reprendre d’une façon plus solennelle pour ne pas que son histoire semble décousue, mais tout en conservant son ton bienveillant :

– Voilà… Je sais qu’il va être difficile pour vous de le croire, mais je suis un voyageur spatio-temporel. J’arrive de l’an 2021 et je suis venu jusqu’à votre époque à l’aide d’une machine à voyager dans le temps.

– Vous voyagez dans le temps comme dans les films ? l’interrompit timidement Frida.

– Oh… j’aimerais tant que tout cela ne soit qu’un film, Frida !

Il regarda attentivement les yeux rêveurs de la fillette blonde, puis il alla droit au but :

– Mélusine, Frida… j’ai besoin de votre aide pour accomplir une mission de la plus haute importance : sauver notre planète du péril qui la menace !

Frida lui souriait, innocente, alors que Mélusine restait toujours sur ses gardes.

– Et quel genre de menace ? lui demanda cette dernière, incrédule, comme si ce petit point obscur qui prenait de plus en plus d’ampleur dans le ciel bleu au-dessus de leurs têtes n’était pas une preuve suffisante.

– Comme vous pouvez le voir, la planète noire approche… Elle sera bientôt là, précisa-t-il avec une certaine crainte dans le son de sa voix.

– Là, vous nous faites peur ! dit Frida, comprenant en cet instant que cela n’était pas une plaisanterie.

– N’importe quoi ! intervint Mélusine, comme si elle avait été piquée par une aiguille.

Elle voulait rassurer sa cousine, aussi apeurée qu’elle l’était elle-même.

– C’est une comète déjà, pas une planète ! Ils l’ont dit à la télé ! Et elle va passer très loin de la Terre !

– Les médias vous mentent, Mélusine, crois-moi. J’aimerais tant qu’il en soit ainsi, mais hélas, c’est bien une planète, des dizaines de fois plus grosse que la nôtre, et elle est en train d’arriver droit sur nous.

– Ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas vrai ! Vous n’êtes qu’un menteur ! protestait la fillette, de profonds sanglots dans la voix.

– Je suis désolé, Mélusine, sincèrement désolé, mais c’est la triste vérité…

Le jeune homme posa ses deux mains sur les épaules de Mélusine, et il se mit à sa hauteur pour la réconforter. Cette dernière le regarda avec des yeux remplis de larmes.

– Écoute-moi, s’il te plaît, c’est très important. Vous avez été choisies, ta cousine et toi, avec cinq autres enfants, pour sauver le monde !

Mélusine essuya brièvement ses larmes d’un revers de la main.

– Que devons-nous faire alors ? Dites-le-nous ! implora-t-elle, bouleversée.

– J’aimerais tant pouvoir vous expliquer cela maintenant, mais avant tout, je dois vous réunir tous les sept !

La petite fille se sentit soudain rassurée. Elle ne pouvait l’expliquer, mais elle avait le sentiment d’être en présence d’un ange gardien, comme ceux dont on lui parlait dans ses leçons de catéchisme.

– Vous n’êtes donc pas un extraterrestre, alors ? ni un magicien ? questionna Frida, amusée.

– Eh non, je ne suis ni l’un ni l’autre, Frida ! Je ne suis qu’un être humain comme vous.

– Et cette boule lumineuse ? l’interrogea Mélusine tout en montrant le ciel du doigt. C’était donc vous ?

– Oui, c’était bien moi !

– Si ce n’est pas de la magie, comment faites-vous ça ? demanda Frida, le regard pétillant de l’envie de savoir.

– Disons que c’est de la technologie très avancée.

– Tout le monde pourra voyager dans le temps en 2021 ? C’est vraiment génial !