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Le destin de la jeune Alicia est bouleversé par la découverte d'un univers parallèle...
Alicia est une lycéenne qui depuis toujours rêve que ses personnages préférés vivent dans une autre dimension où elle pourrait les rencontrer. Lorsqu’elle découvrira que son désir est bien réel et qu’elle fait partie des élus, sa vie basculera.
Parviendra-t-elle à se relever des épreuves que le destin lui réserve et accomplir son devoir d’élue ?
Voyageant au travers des dimensions, les élus sont des êtres coupés du temps et de l’espace. Ils transmettent la parole des dieux et protègent le destin de tous les êtres vivants, pour le meilleur comme pour le pire. Ils sont hommes, femmes, adultes ou enfants. Aucun signe distinctif ne les différencie de vous et moi. Du moins, c’est la description qu’en font les rares sources qui évoquent ces êtres mystérieux…
Découvrez ce roman fantastique fascinant et embarquez pour un voyage à travers les dimensions !
EXTRAIT
« Allo la Lune, appela une voix. Alicia ! Tu rêves ? »
Elle sursauta et se retourna. C’était Mathilde, une copine. Elle était assise derrière elle dans le bus. C’était un bus dit “scolaire”. Sa forme différait des bus de ville car il était plus grand et plus haut. Il n’y avait que des places assises, deux rangées de deux sièges de chaque côté. Sur l’écran, à l’avant du bus, on pouvait lire le prochain arrêt et le terminus de la ligne, “Lycée Saint Boisier”.
Il arrivait à Alicia de perdre toute notion de temps et d’espace quand elle se plongeait dans ce monde qu’elle avait créé. Il était un peu comme son jardin secret. Elle aimait s’y rendre dès qu’elle était seule et qu’elle n’avait rien à faire.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Allen Seinnen : J’ai 18 ans et suis étudiante en licence d’histoire à l’université d’Aix-en-Provence. Depuis toujours j’adore imaginer des histoires et c’est rare que je manque d’inspiration. Ce sont mes amis et mon frère qui m’ont finalement poussée, pour la première fois, à décrire et partager sur le papier ces mondes que je m’invente.
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Seitenzahl: 390
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Imaginez, notre planète, notre galaxie, notre univers, etc. Maintenant mettez cet ensemble dans un immense système, où il y aurait plein d’autres dimensions plus ou moins différentes. Elles seraient dirigées par des êtres supérieurs, des Dieux. Tous ensemble, ils commanderaient des créatures qu’ils chargeraient de missions d’ordres divers. Et ces créatures seraient cachées parmi nous, les humains Ce serait cool !
Dimension 0, Chalay
« Allo la Lune, appela une voix. Alicia ! Tu rêves ? »
Elle sursauta et se retourna. C’était Mathilde, une copine. Elle était assise derrière elle dans le bus. C’était un bus dit “scolaire”. Sa forme différait des bus de ville car il était plus grand et plus haut. Il n’y avait que des places assises, deux rangées de deux sièges de chaque côté. Sur l’écran, à l’avant du bus, on pouvait lire le prochain arrêt et le terminus de la ligne, “Lycée Saint Boisier”.
Il arrivait à Alicia de perdre toute notion de temps et d’espace quand elle se plongeait dans ce monde qu’elle avait créé. Il était un peu comme son jardin secret. Elle aimait s’y rendre dès qu’elle était seule et qu’elle n’avait rien à faire.
Maintenant, Mathilde était là, il était temps de revenir à la réalité. Elle se retourna.
« Salut, je ne t’avais pas vue. Ça fait longtemps que tu es là ?
– Cela fait cinq arrêts que je suis montée mais ce n’est que dix minutes après que j’ai réalisé que tu étais devant moi » lui répondit-elle, en venant s’asseoir à ses côtés.
Mathilde et Alicia s’étaient rencontrées quatre ans auparavant. Elles prenaient déjà le même bus pour aller au collège. Mathilde était sa voisine mais elles ne se croisaient que sur le trajet de l’école. Alicia ne se sentait pas particulièrement proche d’elle mais les deux jeunes filles s’entendaient bien.
Pendant le reste du trajet, elles discutèrent de tout et de rien. Une fois arrivées devant le lycée, elles se séparèrent pour rejoindre leur groupe d’amis respectif. Celui d’Alicia était composé de deux garçons et trois filles : Mathieu, Quentin, Loïs, Célia et Laure. Cette dernière était celle qu’Alicia connaissait depuis toujours. Elles étaient dans la même classe en maternelle. Au moment d’entrer en primaire, Alicia et sa famille avaient déménagé, suivant le travail mobile de son père. Grâce à internet, la distance ne les avait pas éloignées et elles s’étaient retrouvées au milieu du collège. Maintenant Alicia ne déménageait plus, ce qui lui avait permis au cours des dernières années de rencontrer les autres membres du groupe.
Lorsqu’Alicia arriva au niveau de ses amis, Loïs et Quentin avaient déjà commencé à se chamailler. On aurait dit un vieux couple qui n’arrêtait pas de se disputer dès qu’il le pouvait. Elle aimait bien ce côté de leur personnalité.
Enfin le portail s’ouvrit pour laisser s’engouffrer une marée d’étudiants impatients d’être en cours ! L’établissement avait la particularité d’être très grand et d’abriter environ trois mille lycéens. Ceci s’expliquant par le fait qu’il y avait un lycée général et technologique et un lycée professionnel au sein du même établissement. Avec les nombreux bâtiments de cours, ils avaient un terrain de foot, un gymnase, une piscine et une cafétéria. Le rêve !
En pénétrant dans l’entrée du lycée, les amis discutaient de ce qu’ils avaient fait la veille, des devoirs, de ce qu’ils allaient faire à midi. Au moment où Alicia passa le portail, elle se retourna brusquement. Pendant quelques instants elle scruta la foule qui l’entourait. Puis ses amis qui avaient continué d’avancer l’appelèrent. Elle les rejoignit à la hâte.
« Qu’est ce que tu faisais ? demanda Célia.
– Rien, lui répondit la jeune fille. J’ai senti une drôle de présence derrière moi et j’ai cru que quelqu’un me regardait. Je dois me faire des idées.
– Moi je sais à qui appartient ce regard que tu as senti. Tu vois le mec là-bas ? Je suis sûre qu’il rêve de sortir avec toi. Va le voir.
– Arrête de vouloir me caser avec quelqu’un. Je suis très bien comme ça. »
Ils reprirent leur montée. Alicia ne sentait plus les regards de ceux qui étaient pourtant toujours postés derrière elle.
Dimension 0, Lycée Saint-Boisier
9/10/20xx, date locale
« Dring !!! »
Comme à l’habitude, cette sonnerie s’accompagnait des bruits de stylos, des fermetures Eclair, des classeurs, des claquements de portes ou des chaises grinçant sur le sol. Doucement le couloir s’emplissait de l’écho des voix des élèves. La fin des cours et le début du week-end voilà ce qu’annonçait tout ce bruit.
Tout en discutant avec Mathieu, Alicia rangeait ses affaires. « Tu vas faire quoi ce week-end ? » lui demanda-t-il tandis qu’ils quittaient la classe.
Ils se connaissaient depuis la quatrième. Ils étaient vite devenus amis. En fait, c’était Mathieu qui, pour une raison inconnue, s’était très vite rapproché de la jeune fille. Comme elle le trouvait sympathique et qu’ils avaient les mêmes centres d’intérêts, Alicia ne l’avait pas repoussé. Avant il était plus petit qu’elle mais il la dépassait maintenant d’une tête. Il avait un corps svelte de mannequin. Des cheveux châtains, des yeux verts et un visage fin et allongé. Il aurait pu être son type d’homme. À vrai dire, tous leurs amis souhaitaient les voir sortir ensemble. Malgré l’approche pour le moins rapide du garçon il n’avait jamais laissé paraître le moindre sentiment amoureux. Alicia de son côté ne ressentait qu’une profonde amitié.
« Je vais faire les boutiques avec ma mère demain. »
Il la regarda d’un air moqueur.
« Tu n’y étais pas déjà allée la semaine dernière ?
– J’ai le droit d’y retourner ! » rétorqua-t-elle.
Il rit.
« Tu ne changeras jamais ! »
Elle souffla. Ils étaient bloqués dans les embouteillages des escaliers. La majorité des élèves finissant à la même heure, les couloirs, trop petits, les empêchaient de bien circuler.
Alors qu’elle se laissait porter par la foule, Alicia se souvint qu’il y avait quelque chose dont elle voulait parler avec Mathieu.
« J’allais oublier. Est-ce que tu connais “Kaizou” ?
– Non, qu’est-ce que c’est ?
– C’est un manga que j’ai récemment commencé à regarder.
– Il est bien ?
– Oui, trop. Il est drôle, il y a de l’émotion, de l’action. Tout ce qu’il faut pour être super !
– Et il parle de quoi ?
– Hmm… ça parle de… euh… »
Alicia hésita un moment. Il était difficile de résumer un manga sans dévoiler les moments clés de l’intrigue. Une fois qu’elle eut fini d’organiser ses idées, elle reprit :
« En fait, c’est l’histoire d’un royaume qui se trouve sur une île. Il y a plusieurs grandes familles ou clans qui y habitent et qui ont la capacité de… modeler les éléments liquides. Selon l’élément qu’elle maîtrise, une famille a plus ou moins de pouvoir. Il y a aussi la famille du sang mais elle est considérée comme maudite donc elle sort du lot.
– Pourquoi ?
– Eh bien ! Cette histoire, tu l’apprends dans le premier épisode donc je peux te le dire. Environ quinze ans avant l’histoire présente du manga, un des membres de cette famille aurait essayé de s’emparer des capacités des autres familles et pour cela il aurait sacrifié beaucoup de personnes. Mais les autres familles se seraient alliées et auraient réussi à l’arrêter. Comme il était soutenu par toute la famille du sang, le roi d’or, chef du royaume, aurait ordonné que tous les membres de la famille âgés de plus de treize ans soient tués.
– Il est pas logique le roi. Pourquoi ne tuer que les adultes ?
– Car il estimait que les enfants pourraient être “remis dans le droit chemin”.
– Je trouve quand même pas ça logique. Bon continue.
– Donc on revient au moment présent du manga. En fait, il raconte l’histoire de Akihiko qui est membre de la famille des larmes. De ce fait, il n’est pas très fort, côté pouvoirs, mais il possède un véritable esprit logique. Pour cette raison et un peu contre son gré, il va devoir rejoindre la Brigade et se battre aux côtés de l’élite des autres familles.
– Il a l’air pas mal. C’est quoi son nom déjà ?
– Kaizou. Tu verras, il est trop bien ! »
Sur ces mots, ils se séparèrent.
***
Alors qu’elle attendait le bus, Alicia jubilait à l’idée de la journée qui l’attendait le lendemain.. Elle était contente que sa mère, Sylvie, lui ait proposé d’aller faire une sortie, rien que toutes les deux. Alicia ne la voyait pas beaucoup à cause de ses horaires de travail compliqués. Elle était médecin. Elle possédait un cabinet mais travaillait aussi à l’hôpital.
Physiquement, mère et fille se ressemblaient légèrement. Toutes deux avaient les yeux foncés, les formes de leurs visages étaient similaires, tout en longueur. En revanche la ressemblance s’arrêtait là ! Tandis que sa mère avait des cheveux blonds et courts, Alicia les avaient châtains longs et fins. De plus, Sylvie bronzait très facilement ce qui lui donnait une belle peau caramel. C’était plus compliqué pour sa fille et sa peau était toujours claire. Au niveau du caractère, la différence était encore plus marquée. Mais elles arrivaient quand même à se comprendre. Toutes deux étaient très fusionnelles. Elles avaient les mêmes goûts et ne se disputaient pour ainsi dire jamais. Sa mère l’avait toujours soutenue dans tout ce qu’elle entreprenait et Alicia lui en était très reconnaissante. Malheureusement, depuis qu’elle avait ouvert son propre cabinet, elle était débordée par le travail. Il pouvait se passer plusieurs jours sans que mère et fille n’aient le moindre contact. De ce fait, une distance s’était installée entre elles.
Le bus arrivait. Encore une fois, il était plein mais, heureusement, il y avait une place de libre près de la fenêtre. Alicia s’assit et regarda dehors. À l’arrêt, il y avait une maman qui tenait la main de sa fille. Cela lui rappela un vieux souvenir.
Elle devait avoir six ans. La mésaventure s’était produite dans un vieux village de montagne très prisé pour les petits-prix de ses boutiques. Elle était avec ses parents et son frère et il y avait beaucoup de monde. À un moment elle s’était arrêtée devant un magasin de pâtisseries. Elles avaient eu l’air délicieuses ! Mais quand elle s’était retournée ses parents avaient disparu. Alicia s’était donc lancée à leur recherche dans la foule. Mauvaise idée. Après plusieurs heures de recherches désespérées, elle s’était arrêtée sur le trottoir, fatiguée. Il commençait à faire nuit et ses larmes ne finissaient plus de couler sur ses joues. Elle avait peur. Elle avait froid. Elle était certaine que ses parents l’avaient abandonnée. Soudain elle avait senti des bras chaleureux l’entourer. C’était sa maman. Elle était revenue la chercher. Ses yeux étaient rouges de larmes mais elle souriait, tellement la joie de retrouver Alicia était forte. Derrière elle, se tenaient deux policiers, eux aussi contents de la voir.
Quand elle y repensait Alicia se disait qu’elle avait été bien bête d’avoir cru que ses parents l’avaient abandonnée. Ils ne la laisseraient jamais seule. C’était le souvenir le plus horrible et en même temps le plus heureux qu’elle avait.
“Arrêt Rose”. Enfin son arrêt. Elle avait hâte d’être à la maison. Un dernier effort et elle pourrait enfin dire qu’elle était en week-end. Et le lendemain c’était SHOPPING !!!
***
Quand elle rentra chez elle, Alicia trouva son frère sur le canapé. Il finissait plus tôt qu’elle, un avantage d’être encore au collège. Elle s’approcha et lui frotta la tête. Ses cheveux châtains clairs formèrent de multiples épis et Martin repoussa sa sœur pour qu’elle le laisse tranquille.
Elle renonça et monta dans sa chambre. Quelques minutes plus tard, Martin toqua à sa porte. Il voulait savoir s’il pouvait rester avec elle, car leur mère lui avait dit d’arrêter la télévision.
Alicia acquiesça et l’invita à s’installer sur le lit.
« Quelque chose te dérange ? demanda-t-elle alors que son frère fixait un des murs de la chambre.
– Non, non, rien de très important. Mais tu es vraiment une dingue des mangas.
– Pourquoi tu dis ça soudainement ?
– Eh bien ! Tu as réussi à ajouter un nouveau poster alors qu’il y en a déjà partout. »
Alicia rit, Il était vrai que tous les murs de sa chambre étaient couverts de posters de mangas. Mais après tout, avec la danse c’était sa passion alors autant la laisser s’exprimer.
« C’est un nouveau manga que je viens de commencer.
– Ah ! Moi aussi, j’ai commencé un manga. Je suis sûr qu’il te plairait.
– Tu peux me raconter l’histoire ?
– Cela reprend le thème anges-démons-exorcistes. Il s’appelle “Akuma vs tenshin ; Ningen no sensou”.
– Je l’ai vu ! Il est vraiment bien, je suis d’accord. Tu en es à quel épisode ?
– Au vingt-deuxième épisode. »
Ils continuèrent ensuite à discuter pendant une trentaine de minutes.
Lorsque Martin repartit, Alicia s’allongea sur le lit et fixa le plafond. Ce serait vraiment sympa si les personnages de ce manga, “Akuma vs tenshin ; Ningen no sensou” pouvaient exister. L’histoire racontait une “guerre froide” qui opposait des anges et des démons. Alicia la trouvait sympathique, car même les démons étaient des personnages intéressants. Ils avaient leur propre caractère bien trempé et leurs pouvoirs étaient superbes. Même si son personnage préféré restait l’héroïne, Haeri. Il s’agissait d’une jeune exorciste se battant pour les anges comme plusieurs humains.
Elle ferma les yeux et s’imagina qu’ils appartenaient à l’une des dimensions de son monde imaginaire. Elle rêva ensuite qu’elle les rencontrait et qu’ils étaient amis. Cela lui plaisait de pouvoir faire tout ce qu’elle voulait dans son monde. Elle resta, jusqu’à l’heure du dîner, sans bouger, plongée au fin fond de ses pensées.
Dimension Bêta,
“Encore. Cela était encore arrivé”.
Alors qu’il se dirigeait vers la salle où l’événement avait eu lieu, il réfléchissait. C’était inquiétant, une ou deux fois passaient encore mais là c’était la septième. Maintenant les autres dieux commençaient à avoir des soupçons. De tels phénomènes ne pouvaient pas être tous dus à des erreurs. Il était conscient que tôt ou tard, ils finiraient par tout découvrir. Mais pas pour l’instant, il n’était encore sûr de rien. Il lui fallait du temps pour savoir si son destin pouvait être modifié. Dans le cas contraire, il devrait la prendre sous son aile. Cela serait la meilleure solution. Il avait déjà envisagé les conséquences d’un tel parrainage mais on le tenait en bien trop haute estime pour qu’il puisse en être inquiété.
C’était cette clairvoyance qui expliquait pourquoi, malgré ses mille ans, il était à ce point respecté. Étant très jeune cela avait choqué qu’il reçoive un si haut titre. Mais ses capacités avaient suffi pour convaincre les plus sceptiques.
Lorsqu’il arriva dans le hall, il y avait un regroupement d’individus attirés par la curiosité. Dès que cette foule l’aperçut, une allée se creusa pour le laisser passer. Au centre de la pièce, sous un puits de lumière, un autre tsuru endormi gisait sur le sol. Comme les autres, il portait des vêtements blancs et simples, un pentacle noir marquait son front. Il était adossé au socle où, jusque il y a peu, était fixé son squelette. On avait déjà compris qu’il s’agissait du même rituel que dans la dimension 84. Ce que les gens ignoraient, c’était l’identité de celui qui avait exécuté ce rituel. Il était pour ainsi dire le seul au courant.
“Le réveil va être difficile.” C’était sûrement ce que se disait une grande partie des personnes présentes. C’était aussi ce qu’il pensait. Avec les précédents, il s’était rendu compte que la réalité était très dure à accepter pour ces anciens habitants des dimensions.
Il se laissa un instant emporter par la beauté de ce corps baignant dans les pâles rayons qui filtraient de l’ouverture du dôme. Les reflets de cette lumière pure semblaient bénir l’être endormi. Le faisceau était large d’environ cinq mètres mais personne n’osait s’y aventurer, comme pour éviter de rompre l’équilibre qu’il instaurait. Les premiers qui s’approchèrent étaient ceux qui avaient eux-mêmes baignés dans cette plénitude. Les six autres tsurus.
Il les rejoignit et demanda :
« Qui est-ce ? »
Une femme aux cheveux rouges écarlates répondit :
« Il s’appelle Seth Lawford, il a seize ans et est originaire de la dimension 1293. »
Dimension 0,
10/10/20xx, date locale
Les rayons du soleil réveillèrent Alicia, elle regarda l’heure : 6h30. Il était trop tôt pour se lever mais une bonne idée lui vint à l’esprit. Elle sortit du lit et à pas de loup, alla dans la chambre de son frère. Il dormait comme un bienheureux. Le week-end, il avait tendance à dormir très tard et elle le surnommait “la marmotte”.
Sans faire de bruit, elle s’approcha du lit. Elle prit lentement son élan et se jeta sur lui.
« Debout là-d’dans ! » dit-elle à voix haute.
Il se réveilla en sursaut et lui fit comprendre son mécontentement à grands coups d’oreiller dans le visage. Elle quitta la chambre en riant, fière de son coup.
Elle s’était bien amusée mais maintenant elle n’avait plus sommeil. Dans deux heures sa mère se réveillerait et elles se prépareraient pour partir. Mais en attendant, il lui fallait une activité pour s’occuper. Après avoir fait les quelques exercices de maths qu’elle devait faire pour le lundi, elle alluma son ordinateur et décida de regarder des épisodes de mangas. Elle était impatiente de voir la suite de Kaizou.
***
Comme prévu, mère et filles mangèrent ensemble quelques heures plus tard. Puis une fois qu’elles furent prêtes, elles partirent pour le centre commercial.
Le programme de la journée était de faire du shopping à Avignon, manger dans une sandwicherie puis, avant de rentrer, s’arrêter faire des courses. Une journée comme la jeune fille les aimait.
Il fallait 45 minutes de route pour aller au centre commercial. La plupart du temps Alicia écoutait de la musique sur son portable mais comme il s’agissait là d’un rare moment de tête à tête avec sa mère, elle fit une exception.
« Ta semaine s’est bien passée ? Aucun souci au travail ?
– Non, et toi ?
– Ça va. Rien à signaler. On nous a rendu deux contrôles, un 11 en français sur la lecture d’un livre.
– Oh, tu peux faire mieux ! Tu sais pourquoi tu as eu cette note ? lui demanda-t-elle aussi déçue que si elle avait eu en dessous de 10 sur 20.
– Bah, j’avais pas compris le message de l’auteur, répondit Alicia légèrement gênée. Mais j’ai eu 17 en math, ajouta-t-elle pour se rattraper.
– C’est bien mais il faudra revoir le français. »
Alicia s’était habituée au fait que sa mère ne laissait passer aucune “mauvaise” note. Tout comme son père, ils étaient exigeants quant à ses résultats scolaires. Si bien que parfois la jeune fille en devenait lassée d’être reprise pour la moindre baisse de résultats.
Soudain le téléphone de Sylvie sonna.
« Allo, Mme Sonnah, c’est l’accueil du Centre Hospitalier d’Avignon à l’appareil. Nous vous appelons, car un de nos médecins qui devait faire une opération difficile s’est retrouvé dans l’incapacité de la réaliser. Nous ne trouvons personne pour le remplacer. Seriez-vous disponible ?
– Euh, c’est que… Oui, il se trouve que je ne suis pas loin. J’arrive. »
Alicia se tourna vers sa mère, le regard interrogateur.
« Et notre virée boutiques ? Je vais faire quoi pendant cette opération ? »
Sylvie souffla et réfléchit un instant.
« Je sais ! Je vais te déposer au centre commercial et tu n’auras qu’à faire un tour sans moi. Je suis désolée de changer nos plans, je sais que ça te tenait à cœur.
– Non, c’est bon. T’excuse pas. Tu vas aider quelqu’un. Je vais me débrouiller.
– Merci, ma chérie. »
Sa mère la déposa quelques instants plus tard. Bon, allez, ce n’était pas si mal, se motiva Alicia, elle allait tout de même faire les boutiques.
Le centre s’étendait sur deux étages et les boutiques étaient regroupées par thème : les restos ensemble à côté des terrasses, les magasins d’habits, de produits high-tech, etc. Il n’y avait pas beaucoup de monde. C’était rare mais très agréable.
Alicia décida de commencer son tour par le premier étage, puis de passer au rez-de-chaussée. Entre les deux, elle ferait une pause casse-croûte. Côté argent, elle n’avait aucun souci, sa mère lui en avait laissé assez pour qu’elle se fasse plaisir. “En guise d’excuse” avait- elle dit. Alicia n’allait pas refuser.
Avec l’argent, Sylvie lui avait aussi confié une mission des plus importantes : trouver un cadeau d’anniversaire pour son père. Ce n’était pas gagné ! Il était militaire depuis toujours. Son caractère était en harmonie avec son emploi : calme, patient, exigeant et sévère. Mais elle n’avait pas à se plaindre. Il était drôle aussi. Il se moquait souvent d’elle et de sa naïveté.
Le plus gros problème avec lui c’était qu’il ne disait jamais ce qu’il voulait, même quand on le lui demandait. J A M A I S ! Mais elle avait dit à sa mère qu’elle lui trouverait un cadeau, elle devait y arriver, dénicher quelque chose qui lui fasse plaisir. Pendant trois heures elle rechercha, entre deux achats personnels, le cadeau d’anniversaire. Sans rien trouver !
Fatiguée et affamée, elle se dirigea vers le pôle restaurant. Elle ne s’attarda pas devant les enseignes à étudier les cartes. Sa mère et elle, avaient leurs habitudes, toujours la sandwicherie des « 3 Brioches ». Les prix étaient abordables, c’était rapide et bon. Comme tout restaurant de ce genre, l’entrée était une sorte de couloir dont l’un des côtés était occupé par les vitrines dans lesquelles les sandwichs étaient entreposés. Il y avait aussi les boissons, les salades et le plus important, les desserts. Viennoiseries, pâtisseries et salades de fruits offraient un spectacle gourmand.
À l’instant où elle allait interpeller une employée pour faire sa commande, elle sentit une main lui tapoter l’épaule. Elle se retourna vers un homme d’une vingtaine d’années et d’environ 1m80. Il avait des cheveux blonds très clairs, mi-longs, retenus en arrière à l’aide d’un serre-tête, et des yeux légèrement en amande gris pâle. Ils étaient pigmentés de reflets argent qui donnaient l’impression que des morceaux de diamants s’étaient glissés dans son regard. Alicia resta un moment sans bouger, fascinée par ce visage inconnu.
« Excusez-moi, mademoiselle ?
– Euh oui ? réagit-elle brusquement.
– Excusez-moi de vous déranger, mais il se trouve que j’ai perdu mon porte-monnaie. Je n’ai aucun moyen d’acheter de quoi manger. Accepteriez-vous de me payer quelque chose, s’il vous plaît ? »
Elle hésita. L’apparence de cet homme donnait l’impression qu’il était plutôt pauvre. Il portait une tenue très neutre et simple. Elle était même triste. Cela lui fit penser qu’il faisait la manche. Mais, dans ce cas, pourquoi prétexter qu’il avait perdu son argent ? De plus, il semblait plutôt propre. Elle regarda son porte-monnaie qu’elle avait dans la main et demanda :
« Vous avez très faim ?
– Oh ! Ne vous inquiétez pas pour le prix. Je ne vous demande pas beaucoup. Juste assez pour m’acheter une toute petite bricole à grignoter. » lui dit-il en balayant l’air de ses mains.
Gênée par son égoïsme, Alicia lui dit que la somme n’avait pas d’importance et qu’elle lui offrirait un menu complet. Il accepta sans se faire prier. Elle ne voulait pas paraître égoïste car c’était un comportement qu’elle détestait. Une fois les commandes prêtes, ils allèrent s’asseoir à une table. Comme elle était seule, Alicia proposa à l’inconnu qu’ils mangent ensemble. Alors, quand ils furent installés, il demanda :
« Vous… Je peux te tutoyer ?
– Oui, bien sûr.
– Tu t’appelles comment ?
– A… Alice, et vous ?
– Mickaël. Tu sais, j’ai vraiment cru que je ne trouverais personne qui accepterait de m’offrir un repas. J’ai de la chance de t’avoir croisée. »
Elle lui répondit par un sourire amical. Il était vrai que ça ne courait pas les rues des gens qui offraient un repas comme ça à un inconnu. Ils discutèrent tout en mangeant. Mickaël disait venir d’une abbaye où il était cellérier. Ce détail surprit Alicia. Jamais elle ne lui aurait attribué une fonction religieuse. Pour la convaincre, il sortit une croix légèrement différente de celle qu’elle connaissait.
« C’est le symbole d’une religion parallèle, peu connue, mais qui a une certaine importance dans le monde ecclésiastique » avait-il dit.
Ce fut ensuite au tour de la jeune fille de parler d’elle. Alicia lui parla de sa famille. C’était vraiment agréable de raconter à quelqu’un de neutre ses problèmes. Lui étant inconnu, il l’écoutait, acquiesçait et parfois lui dispensait des conseils qu’elle trouvait intéressants. Elle savait qu’il ne fallait pas faire confiance aux inconnus mais elle ne faisait que lui parler de la vie d’une lycéenne comme les autres, sans citer aucun détail précis sur elle. Son apparence trop honnête, trop propre la poussait même à être bien plus prudente qu’à l’habitude. Les gens parfaits, sans défaut ça n’existait pas. Il devait cacher des secrets sous ses airs honnêtes.
À un moment, il lui demanda :
« Que penses-tu de Dieu ? »
Alicia le regarda déroutée. C’était quoi cette question ? Pourquoi cela l’intéressait-il de savoir ça ?
« Je ne crois pas en Dieu, si c’est ta question, répondit-elle sur un ton sec.
– Tu es athée, alors.
– Non, on ne peut pas vraiment dire que je sois athée, dit-elle en brassant l’air de ses mains. J’aurais plutôt tendance à dire que je suis “théiste”. »
Elle se lança alors dans une explication complexe et précise sur ses convictions religieuses. Sans s’en rendre compte, Alicia se dévoila totalement.
Il la regarda fixement. Elle redoutait sa réaction après son long monologue. Soudain il éclata de rire. Quoi ? Alicia commença à rougir. Qu’avait-elle bien pu dire pour le faire rire autant ?
« Arrête ! Qu’est-ce qui est drôle ? dit-elle agacée. Réponds, qu’est ce que j’ai dit ? »
Il lui fit signe d’attendre et reprit lentement son calme.
« Excuse-moi, mais la manière dont tu m’as parlé de tes croyances était exceptionnelle. Cela se voit que tu as laissé tomber toute prudence pour me parler franchement de ce que tu pensais, dit-il alors qu’elle rougissait de plus belle, se rendant compte de la naïveté dont elle venait de faire preuve. Tu sais, tu as la capacité de bien dissimuler ce que tu penses. Depuis tout à l’heure tu as été très prudente en faisant attention à ne pas révéler d’informations trop personnelles. De plus, tu as sciemment simulé des émotions pour paraître naturelle. Mais à l’instant, tu t’es trahie et tu as montré ton vrai visage. »
Alicia s’aperçut que depuis le début, il avait compris qu’elle n’était pas entièrement honnête avec lui et qu’elle se méfiait. “Cet homme n’est vraiment pas ordinaire” pensa-t-elle. Elle essaya de se rattraper.
« Ah ! Je suis démasquée, il est vrai que j’ai des réserves. Mais après tout, quoi de plus normal quand on parle à un inconnu. Tu ne penses pas ?
– Si, tu as raison. »
Alors qu’elle sirotait son soda un silence pesant prit place. Elle le trouvait oppressant car il la faisait douter. Pouvait-elle vraiment laisser tomber le masque ? Les minutes semblaient longues et suffocantes. La jeune fille était quelqu’un de spontané qui ne calculait pas ses mots. Pour elle, jouer une telle comédie était fatigant et lassant. Le calme dont faisait preuve Mickaël finissait de la dérouter. Était-il conscient de l’hésitation de la jeune fille ?
Enfin il parla et proposa de changer de sujet en lui expliquant en quoi consistait sa fonction au sein de l’église. Elle accepta vivement. Il lui dit alors qu’il était une sorte d’intendant au sein de l’abbaye. Il veillait au ravitaillement de la communauté, gérait les terrains et les bois et avait la garde des granges et des ateliers. Pour cela il avait plusieurs hommes sous ses ordres. Alicia l’arrêta étonnée.
« À notre époque, ça existe encore des gens qui vivent enfermés dans des abbayes ? Je pensais que ce genre de façon de vivre s’était arrêté à la fin du Moyen-Âge. »
Il lui expliqua que l’abbaye où il vivait était une des dernières à avoir conservé les anciennes coutumes. Il ajouta sur un ton humoristique qu’il ne s’ennuyait jamais et qu’il avait toujours quelque chose à faire. Elle lui demanda ensuite pourquoi il était dans ce centre commercial. Question à laquelle il répondit en lui montrant une liste de courses. Il était là pour ravitailler l’abbaye.
« Comment tu vas faire vu que tu as perdu ton porte-monnaie ? lui demanda-t-elle.
– L’un des jardiniers pourra m’amener de l’argent en milieu d’après-midi quand il aura fini son travail.
– D’accord. »
Elle lui demanda ensuite comment étaient les autres personnes qui travaillaient avec lui. À ce moment-là, il lui sembla voir une ombre sur le visage de Mickaël et ses yeux parurent tristes. Mais cela ne dura qu’un instant si bien qu’elle crut avoir rêvé. Il lui sourit et dit qu’il s’entendait bien avec ses camarades.
Après avoir discuté un long moment, Mickaël regarda l’heure.
« Il est déjà si tard ! Je m’excuse mais mon camarade ne devrait plus tarder. Je vais devoir te laisser. Je te remercie pour ce repas et pour cette discussion très enrichissante.
– Pas de quoi, répondit-elle. Moi aussi j’ai appris des choses amusantes. »
Une fois sortis, ils se serrèrent la main et se séparèrent. Ils étaient redevenus de simples inconnus. “Nos chemins ne se recroiseront probablement jamais” pensa Alicia en le regardant s’éloigner.
Une fois l’après-midi finie et le cadeau d’anniversaire enfin trouvé, Alicia reçut un message de sa mère lui demandant de la rejoindre en bus à l’hôpital. Elle prit donc la ligne 58 dans cette direction. Pendant le trajet, son attention fut attirée par un groupe de garçons qui entouraient une fille. Ils semblaient être au collège et, d’après ce qu’elle entendait, on aurait dit qu’ils s’amusaient à tourmenter la jeune fille. Elle essayait tant bien que mal de se débarrasser de ces crétins, mais cela était vain. Voir cette scène révoltait Alicia et lui donnait envie d’aller gronder ces petits collégiens pour qu’ils la laissent tranquille. Mais elle ne bougea pas, gardant sa colère à l’intérieur. Elle réagissait toujours de la même manière, pas assez courageuse pour intervenir, détournant le regard. Le bus annonça son arrêt et elle descendit quelques minutes plus tard.
Dimension 0, Parking
10/10/20xx, date locale
Teru et Ayano étaient tout deux assis dans la voiture devant le centre commercial.
« Tu es sûre qu’on ne devrait pas entrer ? demanda Teru.
– Non, lui répondit la jeune femme sur un ton posé. Notre mission consiste juste à l’escorter. Elle ne doit pas nous voir. »
Teru acquiesça. Il n’était pas habitué à ce genre de mission et Ayano en était consciente. Elle vivait dans la dimension 0 depuis 16 ans. Elle y avait finalisé ses études et s’était habituée au rythme de vie. Teru, lui, n’était là que depuis un an. Avant il vivait dans la dimension Bêta et s’occupait des formations. Pour cette raison, les missions de terrain n’étaient pas son fort.
« Je crois que je suis un peu jaloux de lui, ajouta Teru.
– Ne le sois pas, tu sais bien qu’il est débordé et porte de lourdes responsabilités sur ses épaules. »
Au bout d’un moment, Ayano sortit de la voiture. Elle entra dans le centre commercial et en revint dix minutes plus tard avec deux pizzas. Elle en donna une à Teru et s’adossa à la voiture. Un groupe d’hommes passa devant elle et l’interpella.
« Alors ma belle, pourquoi tu manges toute seule dehors ? dit l’un d’eux. Si tu veux, je t’offre le café comme ça on fera connaissance. »
Ayano les ignora froidement, ce qui fit rire Teru. Il conseilla à l’homme d’abandonner. Quand ce dernier le vit, il souffla et partit. Il était vrai qu’elle était très belle et semblait très jeune. Elle ne faisait pas du tout ses 41 ans. Autrefois, elle avait été actrice et il trouvait dommage qu’elle ait arrêté pour faire des études de médecine. Certes, cela avait été nécessaire pour remplir des missions noires. Mais de là à abandonner sa carrière, il n’avait pas compris. Sans doute avait-elle voulu rompre tout lien avec celle qu’elle était avant.
Enfin, il sortit et les rejoignit.
« Tout s’est passé comme vous l’espériez ? l’interrogea Ayano.
– Oui, ce fut fort plaisant, bien que cette entrevue m’ait laissé indécis.
– Vous pensez que vos suppositions sont exactes ? Intervint Teru.
– Je l’ignore. J’ai chargé Hiroichi et Matt d’enquêter là-dessus. Je ne peux qu’attendre leur rapport mais… »
Ses yeux gris s’assombrirent, inquiets. Il était rare de voir cette expression sur son visage.
« Mais ? Insista Teru. »
Soudain, il se redressa solennellement et demanda aux deux gardes du corps.
« Je sais que je vous demande beaucoup mais pourriez-vous la suivre dans le cadre d’une mission blanche ?
– Vous savez que l’on ne peut rien vous refuser, répondit Teru alors qu’il avait déjà disparu. »
Quelques heures plus tard, Teru et Ayano démarrèrent la voiture pour suivre leur cible.
Cependant leur filature ne dura pas. Teru fut prit de violents malaises, ce qui contraignit Ayano à abandonner la mission. Il fallait toujours que ces bugs arrivent au mauvais moment !
Dimension 0, Lycée Saint-Boisier
12/10/20xx, date locale
Alicia se dépêchait de ranger ses affaires. On était lundi et, avec ses amis, ils avaient prévu de manger tous ensemble à la cafétéria. Elle attrapa son sac et, après un bref au revoir au professeur, courut jusqu’aux escaliers.
Ils n’avaient pas fixé d’heure de rendez-vous et avaient tout leur temps pour manger mais si elle arrivait trop tard, il risquait de ne plus y avoir de chaises libres. Après un petit sprint, elle arriva juste à temps pour prendre la dernière chaise de la cafétéria. Elle s’installa et salua ses amis. Tout le monde était là : Mathieu, Quentin, Loïs, Célia et Laure.
Ils parlèrent de tout et de rien. Célia faisait circuler un paquet de chips, Laure et Quentin se partageaient une boîte de crudités, Mathieu s’affairait à décortiquer un œuf dur et Loïs servait du Coca-Cola à qui en voulait. Les voix formant un bruit de fond qui emplissait l’espace.
Alors qu’Alicia mangeait son sandwich, Mathieu lui demanda comment s’était passé sa virée shopping. Elle dit que cela avait été sympa, car elle avait trouvé le cadeau d’anniversaire de son père mais qu’elle avait été déçue de ne pas avoir été accompagnée par sa mère. Puis elle ajouta :
« Par contre, cela m’a permis de rencontrer quelqu’un au restaurant. »
Un silence de plomb tomba, tous les regards s’étaient tournés vers elle. Gênée que l’attention de tous se soit portée sur elle, Alicia dut essuyer une montagne de questions comme : quel âge a-t-il ? Depuis quand vous êtes ensemble ? Etc.
« Non, non ! Attendez ! Je ne l’ai pas retrouvé au restaurant. Enfin si. Mais je ne le connaissais pas. On s’est rencontrés par hasard et on a mangé ensemble, annonça-t-elle les joues rougies.
– Comment tu as fait pour te retrouver à manger avec un parfait inconnu ? demanda Laure.
– Ta maman ne t’a jamais appris qu’il ne faut pas parler aux gens que l’on ne connaît pas ? » ajouta Loïs sur un ton moqueur.
Alicia était gênée.
« Ben… En fait, c’était une sorte de moine, d’après ce qu’il m’a dit, qui avait perdu son porte-monnaie. Il m’a demandé si je pouvais lui offrir à manger alors je lui ai payé un menu aux « 3 Brioches ». »
Certains de ses amis restèrent sidérés tandis que d’autres pouffaient de rire.
« Elle est trop douée !!! Elle est trop douée !!! rigolait Loïs.
– Arrête de rire, Loïs ! Et toi, Alicia, pourquoi tu lui as offert un menu entier ? Parce qu’il te l’avait demandé ? intervint Laure.
– Non, il a juste dit vouloir à manger. Mais je ne voulais pas paraître égoïste en ne lui offrant qu’un bout de pain. »
Laure était dépassée. Certes, elle savait qu’Alicia était trop naïve et trop généreuse mais il y avait des limites ! Encore cela ne la dérangeait pas qu’elle donne son argent comme ça à un inconnu. Mais pour quelle raison était-elle restée toute une partie de l’après-midi avec lui ?
« Il ne t’a rien fait au moins. Hein ? Il ne t’a pas emmenée je ne sais où ?
– Bien sûr que non, se vexa Alicia. Tu me prends pour une enfant ?
– Ce n’est pas moi qui offre et prends un repas avec quelqu’un que je viens à peine de rencontrer et qui plus est se fait passer pour un moine.
– Mais c’était vraiment un moine ou une sorte de moine. Il m’a montré un symbole religieux.
– On te croit, Alicia. Tu es juste trop crédule. »
Ils finirent donc leur repas en se moquant de leur innocente amie.
***
A 18h, Alicia ne pensait qu’à une chose, rentrer chez elle. Lorsqu’elle monta dans le bus, elle rejoignit directement Laure et Mathilde qui s’étaient installées au fond.
« Te voilà enfin ! s’exclama Laure. Tu en as mis du temps à nous rejoindre.
– Désolée, j’étais perdue dans mes pensées.
– Ah ! Tu changes pas. Tu es toujours la petite fille rêveuse qui ne remarque jamais rien.
– C’est pas sympa ! Rigola Alicia en la secouant. »
Laure se moquait toujours d’elle. Ce qui avait pour effet de soit la faire rire, soit de l’agacer. Tout dépendait de son humeur.
Soudain, elle fixa Alicia droit dans les yeux et papillonna des cils. “Quelle étrange expression” pensait Alicia qui savait très bien ce qu’elle signifiait. Laure faisait cette tête à chaque fois qu’elle avait un scoop à lui raconter. Alicia lui fit alors signe qu’elle l’écoutait.
« Tu savais qu’un détenu s’était échappé de la prison près de chez toi ?
– Tu es sérieuse ? demanda Alicia.
– Oui. Intervint Mathilde. Moi aussi, j’en ai entendu parler.
– J’ai entendu dire qu’il faisait partie d’une famille de criminels. Ce serait son frère, Mathias Vertaci, qui l’aurait aidé à s’échapper et…
– Tu devrais rendre cette radio à ton père.
– Oh, ça va ! Fais pas ta mère poule. » rétorqua Laure.
Laure était la fille d’un policier, le capitaine Milles. Plusieurs années auparavant, elle avait volé la radio de l’un de ses collègues et depuis elle s’amusait à écouter les conversations des policiers. Malgré les avertissements d’Alicia, elle n’était pas décidée à arrêter. De temps en temps, elle invitait même des amis à passer l’après-midi chez elle à écouter les interventions de la police en direct. Le prochain rendez-vous était avec Loïs, Quentin et Célia, le mercredi après-midi suivant, soit le 14. Alicia n’aimait pas y prendre part et n’était plus invitée. Bien qu’elle soit naturellement curieuse, elle trouvait immoral d’écouter des conversations privées et confidentielles. Souvent, elle faisait la leçon à ses amis mais ils ne l’écoutaient pas.
« Donc tu as bien compris, continuait Laure. Jusqu’à ce qu’on ait retrouvé ce détenu, tu t’enfermes chez toi et tu n’invites pas les inconnus à entrer, ordonna-t-elle d’un air autoritaire.
– Oui, oui, rit Alicia. »
***
Loïs, Célia et Quentin étaient arrivés vers 13 heures en début d’après-midi, prêts à vivre une véritable aventure policière. Laure attendait qu’ils s’installent. Elle avait choisi son salon à la décoration vintage pour l’écoute de l’après-midi. C’était une grande pièce où le son se diffusait bien. Le plafond était haut et il y avait sur les murs un papier peint effet briques rouges. Au centre du salon, une table basse en bois était entourée d’un canapé trois places en cuir et d’un fauteuil jaune moutarde. Une très grosse horloge en fer forgé ornait le mur au-dessus du canapé. C’était la pièce idéale car de toute façon les parents de Laure travaillaient, personne ne viendrait les déranger.
Célia prit le fauteuil, tandis que Loïs et Quentin s’assirent sur le canapé. Laure attrapa une chaise dans le coin salle à manger. Une fois que tout le monde fut bien installé, elle posa la radio sur la table et la brancha à un ampli qui permettrait de mieux régler le volume.
Pendant une demi-heure, le petit groupe discuta en écoutant la radio d’une oreille. Laure avait sorti des jus de fruits et quelques gâteaux.
Un message de la direction centrale de la police judiciaire attira son attention. Elle savait que les messages du central étaient les plus intéressants à écouter.
« Eh ! Chut. Écoutez ça, dit-elle à ses invités en augmentant le volume de la radio.
– Annonce à toutes les unités présentes dans le secteur Est de la commune de Chalay. Un appel vient de nous communiquer que des individus armés ont attaqué une résidence. Vous êtes priés d’aller aider à l’évacuation des riverains. La zone de conflit se situe aux coordonnées…
– Ouah ! C’est trop bien, on suit en direct ce qui se passe, s’exclama Loïs toute excitée.
– Chut. J’ai pas entendu la fin du message, l’interrompit Célia concentrée.
– Oh ! Ça va !
– Arrêtez toutes les deux, on essaie d’écouter. » les gronda Laure.
La radio annonça ensuite l’arrivée sur les lieux de trois unités. Puis, plus rien pendant quelques minutes. Les quatre amis restèrent suspendus au grésillement de la radio, partagés entre excitation et inquiétude. Alors que le silence se prolongeait, Laure jeta un coup d’œil à ses invités. Célia semblait nerveuse et n’arrêtait pas de jouer avec ses cheveux. On voyait sur son visage que Loïs trépignait d’impatience d’entendre la suite et Quentin attendait calmement.
Puis la radio se réactiva et tous devinrent attentifs.
« Ici l’unité 24, nous avons fini d’évacuer les rues République et Jeanne Guillaume…”
Laure se leva et dit qu’elle allait chercher une carte de la ville.
Elle la posa sur la table, à côté de la radio, et les amis se penchèrent pour voir la zone indiquée sur le plan.
« Les assaillants possèdent beaucoup d’armes, ainsi qu’un hélicoptère, continuait l’agent. Ils se sont retranchés dans la rue de Provence et y ont regroupé les habitants de cette rue et ceux de l’impasse du Soleil. Nous avons besoin de renforts. Les suspects ne nous laissent pas nous approcher. Nous ne pouvons pas évacuer les habitants de la rue Jean Jaurès. Est-ce que vous savez ce qui se passe ? Qui sont nos opposants ? Pourquoi ont-ils tant de moyens ?
– Cela à l’air grave, dit Célia devenue pâle comme un fantôme.
– Oui, c’est du sérieux. » renchérit Quentin.
Le central répondit :
« Nous avons compris la situation. Le groupe d’intervention de la gendarmerie générale est en route pour prendre le relais. D’ici là, maintenez les civils loin des malfaiteurs.
– Cela ne sera pas nécessaire, répondit l’agent. Ils sont en train d’isoler les rues où ils sont retranchés.
– Allo ? Unité 24 ? Ici le capitaine Milles, chef du groupe d’intervention. Je vais diriger les opérations…
– Papa ! » s’exclama Laure.
Elle savait que son père travaillait, mais elle ne s’attendait pas à l’entendre à travers la radio. De plus, cette affaire était grave, en être les témoins impuissants les terrifiait, elle et ses amis. Ils étaient tous tendus, même Loïs qui riait il y a quelques minutes, était devenue sérieuse et concentrée. Laure reporta de nouveau son attention sur la voix de son père.
« Que voulez-vous dire par “ils isolent le quartier” ? demanda-t-il.
– Ils ont bloqué les accès avec des camions ressemblant à ceux des militaires, mon capitaine. Nous ne pouvons plus voir ce qui se passe dans les rues où ils se sont retranchés. Et nous ne pouvons pas nous approcher, car ils menacent de s’en prendre aux otages. »
Laure était confuse. Certes, au début, elle avait trouvé drôle et excitant de suivre les forces de l’ordre dans leur mission mais maintenant la situation prenait un air trop sérieux. En plus, quelque chose la gênait, mais quoi ? Elle n’arrivait pas à mettre le doigt dessus. Oui, c’était son père qu’ils écoutaient mais cela tout le monde le savait. Alors pourquoi ? Quel détail lui retournait le ventre et la mettait si mal à l’aise ? Le lieu…
Soudain elle se leva, attrapa la radio dont Loïs venait d’augmenter le volume et la lança de l’autre côté de la pièce. Ses amis la regardèrent choqués, ne comprenant pas son comportement. Elle retomba sur sa chaise, elle tremblait et leur semblait possédée. Sa respiration était devenue forte et saccadée.
« Qu’est-ce que tu fais ? cria Célia à bout de nerfs. Ça va pas ! Pourquoi tu as jeté la radio ?
– Je ne voulais plus l’entendre, dit Laure sans la regarder.
– Et c’est une raison pour la balancer comme tu l’as fait ? »
Laure la regarda avec des yeux vides, sa bouche elle aussi tremblait.
« Je viens… je viens de m… me souvenir. Je connais le nom de cette impasse. L’impasse du Soleil…
– Quoi ? Qu’est ce que tu dis ? » demanda Célia un peu moins énervée.
Elle essayait de se calmer et de comprendre son amie. Mais cette situation la stressait bien plus qu’elle ne pouvait le supporter.
« Je… chuchota Laure en mettant ses mains sur son visage. Je suis trop bête.
– PARLE !!! hurla Célia en tapant sur la table.
– L’impasse du Soleil ! C’est là qu’Alicia habite. Elle devait passer l’après-midi chez elle avec sa famille. Elle y est, Célia ! Avec ces types. Elle est là-bas ! »
Ses mots tombèrent sur le groupe d’amis et s’en suivit un lourd silence. Personne n’osait parler, se remémorant l’adresse précise d’Alicia : 18, impasse du Soleil, résidence Les Quatre Vents, quartier Est.
Puis sans dire un mot, Quentin attrapa son sac et sortit son portable. Il composa le numéro d’Alicia et mit le haut-parleur. Tous attendaient en espérant entendre la voix de leur amie. On décrocha.
« Allo, oui ? C’est Alicia. Ça va ?… Non je rigole, c’est la messagerie. Bon, je suis indisponible pour le moment donc rappelez-moi plus tard ! Ciao ! Bip. »
Tous avaient cru qu’elle avait répondu et Quentin pesta contre la messagerie. Maintenant ils redoutaient qu’Alicia ne soit parmi les otages. Ils se regardèrent et quittèrent précipitamment la maison. Ils devaient se rendre sur place.
Quand ils claquèrent la porte, un silence pesant investit le salon.
