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Veröffentlichungsjahr: 2021
Éric Lacassagne
Pierre Gaussens
Double je
au Capitole
© Éditions Sibylline – 2021
Toulouse
e-ISBN : 978-2-490541-07-2
www.lavalleeheureuse.com/romans-sibylline
Toute reproduction totale ou partielle est soumise à une demande d’autorisation.
Conception : Agence Édifolia
Couverture : SDR
Photo de couverture : © Pierre Boillon
Mise en pages : SDR
Corrections : Martine Perrin & SDR
Contrôle qualité : Martine Perrin
Ce roman est une fiction. Les propos et agissements prêtés aux personnages, les personnages eux-mêmes et les lieux où on les décrit sont imaginaires. Ni eux-mêmes ni les faits évoqués ne sauraient donc être ramenés à des personnes et des événements existants ou ayant existé, aux lieux cités ou ailleurs ni témoigner d’une réalité ou d’un jugement sur ces faits, ces personnes et ces lieux. En conséquence, toute ressemblance, ou similitude avec des personnages et des faits existants ou ayant existé, ne saurait être que coïncidence fortuite.
« C’est à peine si l’on ose dire maintenant que deux êtres se ont aimés parce qu’ils se sont regardés.
C’est pourtant comme cela qu’on s’aime et uniquement comme cela.
Le reste n’est que le reste et vient après. »
— Victor Hugo
Première
partie
Mars 2015.
Il faudra que je relise pour me souvenir.
Je ne sais plus à quel moment nous nous sommes rencontrés, qui nous a présentés, quand nous nous sommes reconnus, du moins aperçus. Je confonds les moments ou les époques de notre histoire, ce que nous vivions avec ce que nous savions en dire, ou pas.
J’ai de toute façon mis si longtemps à la cerner, la deviner, la voir autrement que différente à chaque circonstance, dans chaque rôle qu’elle endossait : dans l’équipe de campagne, à la direction de sa galerie, puis avec moi qui ne savais la saisir.
Je pose près de moi tous les documents liés à cette affaire pour écrire. Nous étions tous, enfin, la soixantaine de colistiers choisis pour mener cette campagne, dans une trop petite salle de réunion, propice à ce que chacun épie, observe sans observer, les inconnus. Assise face à lui, elle regardait intensément la tête de liste, je crois bien, mais sans le voir, juste en le prenant comme point fixe à sa rêverie. Je comprends qu’Édouard ait mal interprété ses regards, ou plutôt les ait pris comme le signe d’une certaine fascination, obsédé par ses propres désirs, toujours aux aguets d’une belle femme à qui il plairait, et là, à cet instant, flatté d’imaginer qu’on le badait, il était sans le savoir juste un pendule qu’on fixe pour échapper à la réalité et trouver un réconfort ou des réponses dans l’oubli de la situation. Il n’avait pourtant rien d’un pantin. Il était de ceux dont on aime être vu. Après plus de trente années de politique, il était maître de tout le répertoire : aisance et lenteur de la démarche en entrant dans une pièce, en montant à la tribune ; prestance naturelle, grand, cheveux blancs coiffés à la Cary Grant — d’aucuns y retrouvaient les allures d’un ancien ministre des Affaires étrangères —, éloquence brillante et fluide. Il semblait, en s’adressant à tous, parler à chacun, mais sans jamais dire grand-chose. Comme lors de cette première soirée où tout son discours s’articulait sur la nécessité de faire équipe tout en promouvant la diversité des parcours, des expériences, des propositions, ce qui nous ferait gagner et nous démarquerait des deux autres sérieux prétendants à la mairie, le sortant Pierre Cheno, sûr des résultats, et l’ambitieux Antoine Simorre, sorte de Peter Pan d’une nouvelle aventure à laquelle lui seul croyait.
Je l’avais tout de suite reconnue, alors même que la photo que Charles m’avait remise montrait un tout autre visage. Je ne m’attendais pas à ce regard aussi perdu que le mien. Je n’essayais pas de l’interpréter. J’y aurais peut-être vu l’expression de son assurance, de sa force, mais nuancée par les mouvements de son visage, certains de ses gestes, parfois maladroits ou à contretemps. C’est aujourd’hui ce qui me revient en relisant les pages de mes notes, de cette sorte de journal de travail que je tiens à chaque nouvelle mission. Je constate que je n’ai rien su dire de sa présence, au point sans doute que je recompose ce moment à la lumière de ce que j’ai appris bien plus tard. J’aurais dû voir ce que maintenant je peux écrire. On devinait très vite pourquoi Édouard la voulait dans son équipe car elle apporterait le « culturel », la sensibilité qu’on prête à ceux qui s’occupent d’art ou de littérature, qu’ils soient marchands ou libraires : cet aspect de la vie dans la cité que les autres candidats négligeraient à coup sûr.
Et c’est vrai qu’elle percevait toute chose par le filtre de sa culture. Je crois même qu’elle ne vivait ce qui arrive que pour le porter ou l’espérer à ce degré d’intensité dont on fait une œuvre ou le rêve qui l’inspire. Peut-être aimait-elle vivre pour raconter ce qu’elle vivait. C’est ainsi que je m’explique son idée d’écrire le récit de notre histoire, non pour la revivre mais pour y prélever ce qui déjà s’y trouvait pour être écrit. Je ne me suis pas rendu compte à quel moment je devenais un de ses personnages ni à quel moment je fus heureux de l’être et d’agir pour l’être. J’ai pris goût au tourbillon, très vite, mais je n’ai pas lancé le mouvement et je n’ai pas vu que c’était nous qui étions roulés dans la vague.
Chapitre I
Dimanche 24 novembre 2013.
Toulouse, 80 allées Jean-Jaurès, QG de campagne, 18 h 30.
À peine est-il entré qu’elle est littéralement captivée par son regard.
Agathe est assise au dernier rang, au milieu de colistiers qu’elle ne connaît pas, sauf Cédric, un de ses amis. Bien que la politique ne l’ait jamais intéressée, elle sait cependant pourquoi elle doit être là.
Lui, semble être un habitué de ce genre de lieu. Sûr de lui, il entre dans le QG de campagne avec l’aisance qu’ont ceux vers qui les regards se tournent. Elle le voit serrer des mains, il semble connu. Il croise son regard. Elle essaie de détourner le sien. Elle se sent comme aimantée. « Arrête de le fixer, Agathe. » La réunion commence. Elle n’écoute rien. Elle regarde le dos de cet inconnu, ses épaules, sa nuque. On lui a demandé de s’installer devant. Il a l’air d’être un maillon essentiel de cette campagne. « Va-t-il parler ? » Elle a très envie d’entendre sa voix.
Quand la réunion se termine, elle n’a qu’une idée en tête : s’échapper discrètement. Mais ce n’est pas encore l’heure de partir. Il faut à présent attribuer les quartiers en vue du tractage qui commencera quelques semaines plus tard, après les congés de fin d’année.
Elle se retrouve devant la carte de la ville accrochée au mur. Elle tente de définir les contours de son quartier. Quand il s’approche, son cœur s’accélère. Il ne faut pas qu’il sente l’attirance qu’elle a pour lui. Il est beau et élégant. Il est classe. Son costume lui va bien. Elle a toujours rêvé d’être avec un homme comme lui. Mais ce n’est ni le lieu ni le moment. Elle le sent tout près d’elle. Elle se recule pour lui laisser la place. Ses mains tremblent, son cœur bat vite. Il détaille la carte, prend connaissance de son périmètre. On leur a dit de constituer des binômes.
– J’habite près du monument aux Morts, dit-il.
Elle entend enfin sa voix et lui répond instinctivement :
– Je n’habite pas très loin, rue Monié, dans le quartier Bonhoure. Nous pourrions peut-être tracter ensemble ?
C’est elle qui vient de parler ? Ce n’est pas son genre de faire des propositions.
– Ça va être difficile, ce n’est pas le même secteur.
Elle se sent idiote. En même temps, à quelle autre réponse pouvait-elle s’attendre ? Il a raison. C’est avec celle qui habite son quartier qu’il tractera. Tant mieux ou tant pis ? Elle met son manteau sur ses épaules et s’éclipse, bouleversée.
Chapitre II
Dimanche 24 novembre 2013.
QG de campagne, 18 h 30.
Quand j’entre dans la salle, je reconnais des visages et l’aperçois tout au fond, assise au dernier rang. Je croise furtivement son regard.
Je salue les personnes que je connais. Je serre la main de celui qui m’a reçu quelques mois plus tôt. Il me rend un signe de tête discret.
On m’installe au premier rang. J’ai la sensation qu’elle m’observe. Cela ne devait pas se passer de cette manière. Elle ne devait surtout pas me remarquer.
Je me concentre sur la réunion, il faut que ma présence soit la plus naturelle possible. J’ai envie de me retourner pour la voir, mais je ne dois pas croiser à nouveau son regard. La réunion est mortelle. Un monologue sans fin de la tête de liste. Rien de vraiment préparé.
Quand le discours s’achève enfin, nous sommes priés de passer dans la pièce voisine pour l’attribution des secteurs de tractage.
Pris d’assaut par les colistiers qui me connaissent, je tarde à aller voir cette fameuse carte. Elle se tient devant. Aucune inquiétude, je sais qu’elle n’est pas sur mon secteur. Je m’approche de la carte.
– J’habite près du monument aux Morts, dis-je sans m’adresser à elle.
– Je n’habite pas très loin, rue Monié dans le quartier Bonhoure. Nous pourrions peut-être tracter ensemble ?
Pourquoi me propose-t-elle cela ? Je dois à tout prix retarder le contact.
– Ça va être difficile, ce n’est pas le même secteur.
Je me retourne sans avoir vu qu’elle prenait son manteau et qu’elle partait.
Je rentre chez moi, troublé par son regard et sa voix.
Cela ne devait pas se passer ainsi.
Chapitre III
Dimanche 15 décembre 2013.
QG de campagne, 19 heures.
Ce soir, les colistiers se retrouvent dans la grande salle de conférences où il leur est demandé de se présenter. Elle stresse, elle déteste parler en public. En plus, elle sait qu’il est là. Assise entre une femme et un homme qu’elle ne connaît pas, elle espère qu’on oubliera son nom ce soir. Mais ce ne sera pas le cas. Quand on lui passe le micro, elle ne sait pas vraiment quoi dire. Elle n’est pas à l’aise. La présence de cet homme la perturbe. C’est un supplice et une hérésie à la fois, elle voudrait passer son tour. Mais c’est impossible, alors elle bâcle sa présentation et se rassoit. Elle est impatiente de l’entendre, lui. Sa voix l’avait envoûtée la dernière fois. Il se lève et fait montre d’une éloquence remarquable. Elle sait enfin son nom et son métier : Alexandre Garnier, avocat. Il tient le micro de la main gauche. Il ne porte pas d’alliance.
Heureusement que les vacances de Noël approchent et mettront les réunions entre parenthèses pendant deux semaines, le temps de se recentrer.
Chapitre IV
Vendredi 20 décembre 2013.
Je prends le prétexte des fêtes pour lui envoyer un message, me disant qu’elle pensera qu’il s’agit d’une formule de politesse destinée à l’ensemble des membres de la liste et qu’elle n’osera pas me répondre, même si je l’espère.
Elle me répond. Je suis surpris mais pas étonné car je sais qu’elle a reçu une parfaite éducation.
Je ne peux m’empêcher de lui répondre. Je sais que je joue avec le feu.
J’ouvre le premier tiroir de mon bureau et attrape l’enveloppe que Charles m’a confiée. Je relis le courrier qui est à l’intérieur. En en-tête juste quelques mots :
Cible : Édouard de Prinsac.
Suivis de l’objectif et du descriptif de la mission.
J’avale un gin et vais me coucher, seul, comme d’habitude depuis trop longtemps.
Mars 2015.
J’ai rencontré Charles les dernières années de mes études. Il suivait des cours à l’Institut politique en parallèle de son droit. La profession d’avocat ne l’intéressait plus ni l’école de la magistrature. L’engagement politique l’attirait, mais pas la carrière ni les mandats. Il prenait à cœur de participer aux débats qu’il jugeait essentiels à un vivre ensemble apaisé, fondés sur des principes et des valeurs qu’il avait approfondis en devenant franc-maçon. Initié très jeune, il avait gravi tous les échelons et occupait des fonctions au niveau national du Grand Orient de France. Son engagement maçonnique structurait sa vie, son temps, son action. Il me proposa très vite de le rejoindre, mais je ne me sentais pas capable d’appartenir à une quelconque communauté. Et puis, comme tout le monde, plein d’idées fausses ou de fantasmes, j’imaginais une sorte de confrérie ne différant
que par son catéchisme d’un ordre religieux. Sans me mettre dans le secret de leurs débats, Charles me confiait et m’expliquait beaucoup de choses. Notre amitié très forte a fait de moi une sorte de compagnon de route, sympathisant non encarté.
Les faux-semblants, les petits arrangements, les trahisons, les compromissions propres à l’univers politique le révulsaient. Il se sentait investi de la mission de lever le voile sur ce qui nous était minutieusement caché, d’analyser, d’expliquer, de mettre en perspective, en fait de ne jamais gommer la complexité des événements, des décisions, des alliances, des programmes. Son intransigeance envers lui-même, sa rectitude lui interdisaient toute carrière politique. Il restait dans l’ombre et choisissait ainsi de conseiller, d’écouter. Lorsqu’il décida, avec Irina, sa compagne qu’il avait rencontrée lors d’une mission au Parlement européen, d’orienter son action sur des enquêtes, portant par exemple sur l’attribution de marchés publics, les manquements de certaines agences européennes, les erreurs d’une politique d’aménagement du territoire dans les régions, les calculs des appareils des partis, il fit appel à moi plusieurs fois pour des questions pointues de droit des affaires. C’est ainsi que notre groupe s’est formé.
Chapitre V
Dimanche 5 janvier 2014.
Il fait beau en ce dimanche d’hiver. Les colistiers sont réunis au bord de la Garonne pour la photo traditionnelle. Elle le voit arriver. Son cœur s’emballe. Elle attendait ce jour avec impatience. Ces dernières semaines ont été longues.
Il embrasse les colistières et s’approche d’elle pour lui serrer la main. Légèrement vexée, elle lui lance :
– Et pourquoi ne pas m’appeler « Madame », tant que vous y êtes ?
– Si vous voulez, Agathe, lui répond-il en souriant.
Elle lui adresse un sourire complice.
Soixante-neuf personnes à placer, ça prend du temps. Agathe et Alexandre sont d’abord côte à côte. Est-ce un coup du destin ? Elle est heureuse, mais ne le montre pas. Elle est comme ça, peu démonstrative par pudeur. Mais ça ne va pas, on bouge tous les colistiers et les voilà séparés. Elle déteste ce photographe. Ils ne seront pas côte à côte sur la photographie, elle n’aura même pas un souvenir concret sur lequel rêver. Quelques prises et c’est fini. Elle le guette. Son casque à la main, il semble être pressé de repartir. Elle le regarde dire au revoir. Il est beau, il a de l’allure. Elle ne veut pas qu’il s’en aille. Elle voudrait l’avoir un peu pour elle toute seule un instant, juste un instant. Alors, dans un élan involontaire, elle s’avance vers lui et lui propose d’aller boire un café, qu’il refuse.
Gênée d’avoir fait en vain un nouveau pas vers lui, elle retourne à sa galerie le cœur triste.
Deuxième
partie
Mars 2015.
Il a fallu quelques rencontres à peine pour que nous nous parlions. Gagnés par l’ennui lors d’une de ces interminables séances de « mises en commun », de brassages frénétiques d’idées, de plans de communication, de rédactions de tracts, de professions de foi… nous nous sommes échappés vers un café. Et c’est bien comme ça que tout a commencé. Moi à perdre pied, c’est-à-dire à ne plus savoir comment mener ma mission à son terme, elle en tournant la page de la vie qu’elle avait alors. Si parfois nous nous retrouvions à plusieurs pour boire un verre, nous prenions le prétexte d’une cigarette pour sortir et rester en terrasse un long moment. Il me semble que ce pas de côté hors du groupe nous allait bien, s’accordait à notre désir d’être toujours ailleurs, mais pas trop loin. Nous souriions de ressentir en nous deux ce même plaisir. Mais cela ne prouvait en rien que nous aimions les mêmes chemins.
Nous parlions de tout sauf de la raison pour laquelle nous étions là, dans l’équipe d’Édouard. En fait, la politique locale ne nous intéressait pas. Nous échangions des messages, comme on le ferait sur un site de rencontres, pour en apprendre à chaque fois un peu plus sur celle ou celui qui nous plaît, à qui on semble plaire – mais de vive voix. Ce ne sont pas des conversations dans lesquelles on se dévoile, mais plutôt celles où on se cache ou se protège, en laissant sous-entendre quelque secret, des difficultés ou douleurs qu’il ne faut pas dire et qu’il faudra dire. On compose dans le demi-mot. Mais c’est déjà entrer dans l’intimité, s’ouvrir à l’autre, lui permettre d’approcher en confiance. Rien ne lui échappait. Elle savait comprendre ce que signifiait la moindre inflexion de la phrase. Elle écoutait le rythme, le timbre de ma voix, me devinait. J’aimais me montrer surpris. Au fil de nos rencontres, nous apprenions à parler, puis à nous taire comme dans l’intimité des amants.
Chapitre I
Mercredi 8 janvier 2014.
Café Le Sylene, 19 heures.
Ce soir, un débat public est organisé dans un café de la ville. Elle sait qu’il y sera.
Elle a le cœur qui bat fort. Elle gare sa voiture et se dirige vers l’établissement. Indécise, devant la porte, elle se torture l’esprit. « Est-il déjà arrivé ? S’il est déjà là, dois-je aller vers lui pour le saluer ou dois-je attendre qu’il vienne ? Je n’ai aucune nouvelle depuis la photo, peut-être que je devrais laisser tomber. Je me fais sûrement des films. Il a certainement déjà quelqu’un dans sa vie, comment pourrait-il en être autrement ? Courage, Agathe, entre et fais comme si de rien n’était. » Elle pousse la porte, pas mécontente de se mettre au chaud. Le café est bondé. Le candidat est accaparé par des citoyens qui lui posent des questions sur son programme. Elle cherche Alexandre. Il est là, de dos. Il parle avec des gens de la liste, des femmes surtout, et une en particulier qui n’hésite pas à glisser une main dans son dos. Il n’oppose aucune résistance. Agathe est agacée. Elle décide de rester en retrait et de partir dès que le débat sera fini. Elle cherche une place où se cacher. Elle ne restera pas longtemps. Elle est assise et le regarde. À ce moment, elle n’a qu’une seule envie : se lever et l’embrasser.
Au moment de partir, déçue de la distance tenue par Alexandre, elle dit au revoir de loin à l’ensemble des personnes présentes ce soir et s’apprête à partir quand, à sa grande surprise, il lui propose d’aller boire un verre. Ses yeux se ravivent, elle accepte son invitation sans hésiter. Son cœur se remet à battre. Elle ne sait pas à quoi s’attendre, mais qu’importe, elle vit l’instant présent.
Il l’emmène dans un autre bar du centre-ville. Il l’abrite sous son parapluie. Elle apprécie. C’est lui qui entre en premier, il lui tient la porte, elle y est sensible. Il choisit une table à l’abri du bruit et des regards indiscrets. Il l’invite à prendre la banquette. Lui s’assoit en face d’elle. Elle n’a jamais connu quelqu’un d’aussi courtois.
Ils enlèvent leurs manteaux, mais elle garde son écharpe qu’elle triture autour de son cou, elle a froid. Elle est heureuse d’être là, avec lui et, en même temps, très mal à l’aise. C’est lui qui engage la conversation. Il détend l’atmosphère en parlant du déroulé de la campagne et des situations parfois cocasses qu’elle engendre. Ça la fait sourire, mais ses mains sont moites alors que ça ne lui arrive jamais. Alors, tout en douceur, il la fait parler un peu. Il ne la harcèle pas de questions, elle n’ose pas lui en poser. Ils font connaissance. Elle est très intimidée d’être invitée à boire un verre par un homme de cette prestance. Elle n’est pas sûre d’elle. Elle se demande surtout pourquoi elle, qu’est-ce qu’il lui trouve. Elle ne se sent pas belle ni fascinante. Elle n’a rien qui fasse qu’un homme comme lui s’intéresse à elle.
