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Du côté de chez Swann, premier tome de À la recherche du temps perdu (1913), réunit "Combray", "Un amour de Swann" et "Noms de pays: le nom". De la madeleine révélant la mémoire involontaire à la passion jalouse de Swann pour Odette, Proust peint salons Verdurin et Guermantes. Périodes sinueuses, métaphores filées, leitmotivs musicaux et style indirect libre installent une temporalité impressionniste, au cœur du moment moderniste. Marcel Proust (1871‑1922), mondain devenu reclus par l'asthme, transforma l'observation des salons parisiens et le deuil de sa mère en matériau romanesque, écrivant de nuit dans une chambre capitonnée de liège. Dreyfusard et traducteur de Ruskin, sensible à la durée bergsonienne, il conçoit ici une éthique de la mémoire et du regard qui soude esthétique, morale et sociologie. Je recommande ce livre aux lecteurs prêts à faire de la lenteur une méthode de connaissance. "Un amour de Swann" se lit aussi isolément, mais l'ensemble récompense une lecture patiente, attentive aux reprises thématiques. On y gagne une intelligence aiguë de la jalousie, du snobisme et de la création, durablement transformatrice. Quickie Classics résume avec précision des œuvres intemporelles, préserve la voix de l'auteur et maintient une prose claire, rapide et lisible – distillée, jamais diluée. Suppléments de l'édition enrichie : Introduction · Synopsis · Contexte historique · Biographie de l'auteur · Brève analyse · 4 questions de réflexion · Notes de l'éditeur.
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Veröffentlichungsjahr: 2026
Entre l’instant qui s’efface et la mémoire qui ravive, Du côté de chez Swann met en scène la lutte silencieuse par laquelle un esprit cherche, à travers les sensations les plus ténues, à reconquérir le temps vécu et à comprendre le désir qui l’aimante, dévoilant comment la moindre saveur, la moindre lumière, la moindre rumeur sociale fait affleurer des mondes oubliés, et comment, dans ce va-et-vient entre perception et réminiscence, se dessinent les formes incertaines de l’identité, de l’amour et de l’art, comme si chaque détail de la vie quotidienne portait en lui la promesse d’un passé latent et d’un sens à découvrir.
Publié en 1913, premier volume du cycle À la recherche du temps perdu, ce roman de Marcel Proust s’inscrit dans la modernité littéraire du début du XXe siècle. L’œuvre déploie ses scènes entre une ville de province fortement marquée par l’enfance du narrateur, et les milieux parisiens où se dessinent rites mondains et réseaux d’influence. À la croisée du roman d’analyse et du récit de formation, elle explore moins l’action que la conscience qui la perçoit. Sa parution a ouvert une voie neuve au roman en France, par sa manière d’unir introspection, observation sociale et réflexion sur l’art.
Le livre s’ouvre sur le retour, par fragments et sensations, d’une enfance placée sous le signe des veillées familiales et des paysages d’une petite ville, avant de faire place au portrait d’un ami de la famille, Charles Swann, dont la vie mondaine éclaire d’autres aspects du désir et du regard social. La voix narrative, à la première personne, épousant les méandres de la conscience, ménage une progression sans hâte. La phrase ample, minutieuse, associe précision sensorielle, humour discret et gravité méditative. La lecture devient expérience d’immersion, attentive aux transitions imperceptibles par lesquelles se forment souvenirs, jugements et rêveries.
Par-delà l’intrigue, le cœur du livre réside dans l’exploration des mécanismes de la mémoire et de la perception. Proust montre comment la conscience ne se contente pas d’enregistrer le réel, mais le recompose selon des rythmes intérieurs, révélant un temps vécu, élastique, où le passé affleure dans le présent. L’amour y apparaît comme une construction imaginaire aussi bien qu’une expérience sensible, tandis que la société offre un théâtre d’illusions et de hiérarchies mouvantes. Cette enquête patiente éclaire la naissance des valeurs, des attachements et des croyances, en montrant comment se tissent, au jour le jour, nos fables personnelles.
Du côté de chez Swann se compose de sections complémentaires, qui déplacent le foyer du regard tout en tissant une continuité d’expériences. Leur articulation souligne l’alliance d’une architecture réfléchie et d’un mouvement intérieur qui semble naître de lui-même. La syntaxe étirée, l’usage des comparaisons audacieuses et la circularité des motifs confèrent au texte une allure musicale. Cette écriture invite à une lecture patiente, où l’on accepte de suivre un raisonnement sensible plutôt qu’un enchaînement d’événements. Le roman propose ainsi une pédagogie de l’attention, en faisant sentir comment le sens se dégage à même la durée, et non par saillies.
Pour les lecteurs d’aujourd’hui, l’actualité du livre tient à sa manière d’affronter la dispersion et la vitesse qui menacent l’expérience. En ralentissant le regard, Proust rend à chacun la possibilité de discerner ce qui, dans une journée ordinaire, touche au plus intime. Il éclaire aussi la fabrication sociale des goûts et des réputations, question toujours vive à l’ère des jugements instantanés. Enfin, son attention à la formation d’une vocation artistique interroge la place de la création dans la vie commune. L’œuvre demeure ainsi un laboratoire de l’attention, de l’empathie et de la lucidité critique.
Lire Du côté de chez Swann, c’est entrer dans une enquête exigeante et hospitalière, où chaque détail du monde devient l’occasion d’éprouver la texture du temps. Ce premier volume installe les problématiques qui irrigueront le cycle entier, tout en formant un ensemble autonome par sa cohérence d’images et de motifs. Il propose une manière d’habiter la durée, de concevoir l’amour et l’art, qui continue de nourrir la sensibilité contemporaine. On en sort avec une attention affinée et l’intuition que la littérature peut transformer l’expérience, non en la fuyant, mais en la révélant à sa profondeur.
Publié en 1913, Du côté de chez Swann, premier volume de À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, pose les bases d’une exploration du temps, de la mémoire et des sociabilités de la bourgeoisie et de l’aristocratie fin de siècle. L’ouvrage se compose de trois parties, Combray, Un amour de Swann et Noms de pays: le nom. Un narrateur à la première personne, anonyme, entreprend de ressaisir son passé à partir de sensations et de souvenirs fragmentaires. Proust propose une narration sinueuse où les perceptions, les lectures et les rencontres organisent la matière du récit, tout en examinant comment l’art et la vie sociale façonnent les désirs.
Le récit s’ouvre sur les veilles du narrateur enfant, dans la maison familiale de Combray, rythmées par l’attente du baiser du soir de sa mère. Les moindres incidents domestiques prennent une intensité décisive, révélant la dépendance affective et la tyrannie des habitudes. La présence d’invités, parmi lesquels Swann, ami de la famille, dérègle ces rituels et exacerbe l’anxiété du garçon. Les figures parentales et la grand-mère, attachée à la simplicité et à la santé, composent un cadre moral nuancé. Proust s’attarde sur les transitions de la veille au sommeil, sur les lumières et bruits de la maison, pour établir une physiologie sensible de la mémoire.
Un épisode célèbre structure la méthode du livre: le goût d’un petit gâteau trempé dans une tasse de thé déclenche, chez le narrateur, une remontée fulgurante de souvenirs. Ce phénomène involontaire, distinct de la mémoire volontaire, réunit sensations présentes et passé enfoui, ouvrant un accès inattendu à Combray. Proust n’en donne pas une théorie abstraite, mais en montre les effets, lorsque une saveur ou un contact ressuscite des lieux, des voix et des heures disparus. Le récit adopte alors un mouvement rétrospectif qui relie le hasard d’une sensation à une architecture intérieure, invitant à considérer comment la perception organise la durée vécue.
À Combray, la vie domestique se déploie autour de la chambre d’une tante alitée, des menus servis par Françoise, et des promenades campagnardes vers deux horizons distincts, appelés le côté de Méséglise, lié au nom de Swann, et le côté de Guermantes. L’église, avec ses pierres et ses vitraux, condense les strates du temps et des styles, offrant au jeune héros une première éducation du regard. Les rituels dominicaux, la figure du curé, les conversations familiales et les variations de lumière font naître un art d’observer. Déjà, la topographie sociale se superpose au paysage, préparant une compréhension des rangs et des réputations.
La seconde partie, Un amour de Swann, quitte la voix du narrateur pour relater un épisode antérieur de la vie de Charles Swann. On découvre l’univers d’un salon de fidèles, réuni autour des Verdurin, où se joue une sociabilité exigeant adhésion et exclusivité. Swann y rencontre Odette, dont la grâce se révèle à travers des médiations esthétiques et musicales, notamment une sonate de Vinteuil qui devient motif affectif. La narration suit la naissance d’un attachement intense, nourri d’associations d’images et d’allusions artistiques. L’amour est présenté comme une construction progressive où désir, imagination et habitudes sociales se renforcent mutuellement.
Peu à peu, l’attachement de Swann se mue en inquiétude et en jalousie, sous l’effet de signes équivoques et de retards expliqués de façon lacunaire. Les mécanismes du petit clan Verdurin, qui valorise la docilité et la présence, accentuent les tensions. Les allées et venues, les lettres et les récits rapportés suscitent enquêtes et interprétations, où chaque détail devient indice. La musique, dont un motif revient comme un rappel d’extase, sert aussi d’aiguillon de manque. Proust montre la circularité des pensées jalouses, l’oscillation entre idéalisation et soupçon, et l’influence des hiérarchies mondaines sur la disponibilité des êtres et sur l’aveuglement affectif.
Le récit suit l’usure de cette passion, non comme une simple chute, mais comme une réorganisation des valeurs et des images qui l’avaient alimentée. Swann découvre combien le regard amoureux sélectionne, amplifie ou masque, selon des cadres empruntés à la peinture, à la musique et aux discours du milieu. Des choix mondains, des invitations acceptées ou refusées, redistribuent les appartenances, révélant le pouvoir des cercles sociaux sur les sentiments privés. Sans dénouement spectaculaire, la section met en relief un apprentissage douloureux: l’amour apparaît dépendant de conditions accidentelles, et sa force tient autant à la rêverie qu’à la personne aimée.
Dans Noms de pays: le nom, le livre revient au narrateur, désormais adolescent, fasciné par des toponymes qui condensent promesses d’art et de paysages. Balbec, Venise ou Florence excitent une imagination nourrie de lectures, tandis que la fréquentation du jardin des Champs Élysées lui offre des amitiés et des émotions nouvelles. La figure de Gilberte, liée au nom de Swann, croise ces fantasmagories de lieux et de rangs. Le jeune héros mesure l’écart entre rêve et expérience, et pressent qu’une vocation pourrait naître de la tentative de fixer ces écarts. Le langage, en donnant des noms, oriente désirs et attentes.
Du côté de chez Swann propose ainsi une poétique de la mémoire et de la perception qui renouvelle le roman. En articulant vie domestique, passions amoureuses et cartographie sociale, Proust montre comment le temps vécu se recompose à partir de signes sensibles et de médiations artistiques. La portée durable de l’ouvrage tient à sa manière de faire du détail un révélateur d’ensemble et de penser la vérité d’une existence comme une forme à découvrir. Ce premier volume fonde les enjeux esthétiques et moraux de l’ensemble à venir, sans fermer l’horizon, et invite à lire la suite comme approfondissement de cette enquête.
Paru en 1913, Du côté de chez Swann inaugure À la recherche du temps perdu au crépuscule de la Belle Époque. Le récit s’ancre majoritairement dans les années 1880‑1890, entre une province française encore rythmée par les notables et un Paris mondain fortement hiérarchisé. La Troisième République, consolidée après 1879, impose ses cadres parlementaires et une stabilité relative, tandis que la prospérité urbaine, les loisirs et les innovations techniques modifient les sociabilités. Ce contexte fournit à Proust la matière d’une observation minutieuse des mœurs, où se croisent héritages aristocratiques, ambitions bourgeoises et nouvelles formes de distinction.
La Troisième République s’organise autour d’institutions parlementaires dominées par la Chambre des députés et le Sénat, avec un président doté de pouvoirs limités. Après les crises monarchistes, l’épisode boulangiste (1888‑1889) révèle la fragilité d’un régime encore jeune, mais son échec renforce durablement la République. Les lois scolaires de Jules Ferry (1881‑1882) installent une instruction primaire gratuite, laïque et obligatoire, accélérant l’intégration républicaine. Dans les décennies suivantes, l’anticléricalisme culmine avec la séparation des Églises et de l’État (1905). Ces cadres politiques et idéologiques pèsent sur la vie provinciale et sur les codes des salons parisiens décrits par Proust, notamment dans leurs réseaux d’alliances et d’exclusions.
Entre 1894 et 1906, l’Affaire Dreyfus fracture la société française autour de l’armée, de la justice et de la citoyenneté. L’antisémitisme, déjà attisé par La France juive d’Édouard Drumont (1886) et certains courants nationalistes, s’exprime dans la presse et les ligues, face à un camp dreyfusard soutenu par des intellectuels et des républicains (J’accuse…! d’Émile Zola, 1898). Des salons, journaux et cercles se recomposent selon ces clivages. Proust, signataire de pétitions en faveur de la révision, observe comment appartenances, patronymes et réputations pèsent sur l’accès aux milieux les plus fermés, éclairant la place précaire des Juifs assimilés dans les sociabilités mondaines.
