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Un jeune ingénieur chimiste français, Gérard Wamberg, est envoyé au pays des Soviets par le grand groupe industriel qui l’emploie. Sa mission officielle : implanter son groupe sur un marché appelé à s’ouvrir, alors que le système communiste se délite. Il va peu à peu découvrir l’originalité de cette mission : voulue par sa direction générale, ne serait-elle pas téléguidée par les services secrets français ? L’action se déroule en 1988 : la pérestroïka bat son plein en URSS mais la guerre froide n’est pas terminée. Et déjà les tensions entre la Russie et l’Ukraine se ravivent, le KGB est en embuscade pour avancer ses pions tandis que face à lui les mafias profitent du chaos pour tisser leur toile. Basé sur des faits réels, ce roman décrit la vie quotidienne en URSS durant cette période de reconversion et met en lumière des pratiques peu connues du grand public dans le monde industriel, avec des révélations inédites sur des secrets bien gardés dans les domaines spatial, nucléaire ou chimique. Il permet aussi de mieux comprendre comment le système soviétique a aujourd’hui disparu… ou pas.
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Seitenzahl: 303
Veröffentlichungsjahr: 2016
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Pendant la pérestroïka, beaucoup de soviétiques perdirent des avantages acquis sous prétexte que cette reconstruction était source de progrès, et résignés, concluaient en balbutiant une formule qui résumait leur malheur, [Вот , это как , что], voilà c’est comme ça, sachant qu’ils ne pouvaient rien y faire...
Ce livre est une fiction, les propos prêtés aux personnages, ces personnages eux-mêmes, et les lieux où on les décrit, sont en partie réels, notamment pour décrire la situation en URSS à l’époque de la pérestroïka, en partie modifiés ou imaginaires. Ni eux-mêmes ni les faits évoqués ne sauraient donc être exactement ramenés à des personnes et des événements existant ou ayant existé, aux lieux cités ou ailleurs, ni témoigner d’une réalité ou d’un jugement sur ces faits, ces personnes et ces lieux.
A Patrick, sans qui ce livre n’aurait jamais vu le jour …
On dit des Gémeaux qu’ils ont une double personnalité,
Gérard est Gémeaux ...
A Michel
A Mouriniets
Ils ont eu l’honnêteté de rechercher une vérité, qui correspondait à leurs idéaux pourtant diamétralement opposés,
Et à tous les autres qui s’imaginent que la vérité est unique.
Dans ses usines de la Ruhr, le groupe Krupp tente de répondre à la demande de la machine de guerre nazie, produire toujours plus d’acier pour fabriquer des armes, des tanks, des canons et des munitions.
Les unités de production d’acier ont atteint leur capacité maximale, et la seule façon d’accroître rapidement sa production est de doper les unités en remplaçant l’air qui alimente les hauts fourneaux par de l’oxygène ; il faut donc encore plus d’oxygène !
Cette solution technique est transmise au pouvoir politique. La direction de Krupp présente ainsi une solution, mais surtout déplace le problème vers un autre industriel, le producteur d’oxygène, leur fournisseur. Krupp ne l’aime pas parce qu’il se sent dépendant de lui et parce qu’il a la sensation de payer trop cher un gaz prélevé dans l’air alors que l’air appartient à tout le monde !
Trente ans plus tôt, Gustave Laurent, un ingénieur français qui avait fait ses études à l’école Physique Chimie de Paris, découvre un procédé pour produire des quantités importantes d’oxygène dans des conditions économiques, en générant des grandes quantités de froid grâce à la détente de gaz dans une turbine.
Avec un ami financier, il crée la société Gazair ; depuis, la société a gardé son avance technologique et s’est implantée progressivement dans les principaux pays d’Europe, bien sûr en Allemagne, et ailleurs dans le monde. La plupart des usines d’oxygène allemandes appartiennent donc à un groupe français, Gazair.
Suite à la demande formulée par Krupp, l’Abwehr (Services de renseignement de la Wehrmacht) et l’OKW (Commandement suprême de la Wehrmacht) arrivent après enquête à la même conclusion : il faut que Gazair produise plus d’oxygène pour alimenter les usines Krupp de la Ruhr.
Albert Speer, Ministre de la stratégie d’approvisionnement, s’interroge sur la position de Gazair sur cette exigence nouvelle de l’Allemagne. Il charge ses services d’obtenir rapidement des informations sur la personnalité du Président de ce groupe français.
La réponse lui parvient rapidement : Gustave Laurent a une personnalité complexe. C’est avant tout un inventeur... Un technicien ! Il est Membre de l’Académie des Sciences ! Sans son ami financier, le groupe Gazair n’aurait jamais vu le jour. Le point positif est sans aucun doute qu’il a une vision d’un marché unique européen. Sur le plan politique, cet homme apparaît comme un bourgeois conservateur, cultivé, qui participe au comité franco-allemand et qui, par son action culturelle, milite pour une Europe unifiée. Il a aussi adhéré à des mouvements nationalistes. C’est une forte personnalité qui ne sera pas facile à convaincre.
La décision est prise de ne pas lui laisser le choix : ou bien il produit plus d’oxygène pour alimenter Krupp, ou bien on lui confisque ses usines, quitte à perdre le soutien technologique des techniciens français ; c’est sans importance, les ingénieurs allemands sont au moins aussi bons. Ce sera à prendre ou à laisser et c’est dans cette optique que Gustave Laurent est convoqué par Albert Speer.
Durant la rencontre, Albert Speer pose l’ultimatum au Président de Gazair et ne lui laisse pas le choix ; Gustave Laurent, sous la contrainte, se voit forcé de signer un accord pour accroître la production d’oxygène en Allemagne et répondre ainsi aux besoins des aciéries de Krupp.
La propagande nazie en profite. Aucune trace de menace de confiscation des usines de Gazair ne figure dans le contrat qui est signé – ni ailleurs - ! L’accord montre ainsi que l’Allemagne a des alliés industriels dans d’autres pays qui ont compris le bien-fondé de la politique nazie !
Au comité de direction de Gazair, les avis sont partagés entre ceux qui croient leur Président quand il affirme avoir signé sous la contrainte, et les autres qui affabulent sur une collaboration en ligne avec sa vision de l’Europe.
Pour éviter toute situation conflictuelle, le comité de direction se réunit sans son Président afin de statuer sur sa demande d’augmenter la production d’oxygène en Allemagne.
La position du directeur commercial est la suivante : ne pas répondre positivement de façon officielle à la demande du Président aurait des conséquences contre–productives et entraînerait vraisemblablement la mise à l’écart d’une partie du comité de direction, et le nouveau comité se retrouverait dans une position qui l’obligerait à accepter.
Il reçoit le soutien du directeur technique du groupe qui propose de produire plus, mais en réduisant la qualité du gaz. Il précise que si le groupe se fait prendre, il pourra toujours argumenter que techniquement, c’était impossible de faire autrement. Personne ne pourra vérifier ou cela prendra du temps pour découvrir la vérité. Enfin, cela permet d’éviter un conflit ouvert entre la Direction et le Président.
L’idée plait à tous parce qu’elle répond à la conviction des membres du comité sans toutefois faire prendre trop de risques à Gazair et sans engendrer de crise interne.
Le directeur juridique, pour qui chaque vérité a un temps pour être énoncée, est convaincu que lorsque la supercherie sera découverte, la France aura gagné la guerre ! Il ajoute qu’il faut absolument garder cette information secrète tant que la guerre n’est pas terminée, car la divulgation de la décision de détériorer la qualité de l’oxygène pourrait avoir de conséquences catastrophiques.
Le comité choisit donc à l’unanimité de répondre favorablement à la demande du Président, mais décide aussi de détériorer la qualité de l’oxygène produit, ce qui finalement réduira la production de l’acier et sa qualité. Par crainte des fuites, le comité retient aussi la suggestion du directeur juridique : n’informer personne de ce stratagème, ni le Président, ni le gouvernement français.
Et de fait, la production est augmentée mais la qualité du produit est devenue aléatoire, au grand dam des techniciens de Krupp dont les protestations n’aboutirent jamais.
La guerre gagnée, il faut punir les collaborateurs et prendre des sanctions contre les entreprises qui ont aidé la machine de guerre nazie. Les alliés confrontent leurs points de vue, conscients de l’intérêt économique de ce grand marchandage.
Tout y passe, l’industrie automobile, les transports ferroviaires, les gaz industriels, les cosmétiques,... chaque pays essaie d’arriver à des compromis pour préserver son industrie nationale.
Les industriels visés plaident évidemment non coupables, y compris Gazair qui affirme haut et fort que, si la production d’oxygène a été augmentée, c’est parce que Gazair y a été contraint. Gazair souligne d’ailleurs, que pour compenser, la qualité de l’oxygène a volontairement été détériorée.
Mais les avis sont partagés. Cette détérioration était-elle réellement volontaire ou n’était-elle la conséquence inéluctable d’une surproduction ? Les politiciens ne sont pas des techniciens et surtout, il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre : d’autres secteurs industriels semblent prioritaires pour le gouvernement français qui ne suit pas l’argumentation de Gazair.
Les sanctions tombent à l’encontre de Gustave Laurent qui est radié de l’Académie des Sciences et condamné en cours de justice à la réclusion à perpétuité...
Les usines américaines de Gazair sont confisquées et leur propriété remise à un groupe américain qui les convoitait depuis longtemps. En URSS, les usines qui sont principalement implantées autour de Moscou, sont nationalisées. Et pour faire taire toute protestation et garder la main, le gouvernement français inflige à Gazair une lourde amende en échange du renoncement à sa nationalisation !
Le groupe Gazair est redevenu l’un des principaux producteurs d’oxygène dans le monde mais n’est pas présent en URSS.
PROLOGUE
CHAPITRE 1 : MISE SOUS PRESSION
CHAPITRE 2 : NATACHA
CHAPITRE 3 : LES PREPARATIFS
CHAPITRE 4 : DECOUVERTES
CHAPITRE 5 : L’INSTALLATION
CHAPITRE 6 : RECRUTEMENT
CHAPITRE 7 : CRISES
CHAPITRE 8 : MISSION HYDROGENE
CHAPITRE 9 : MISSION RADON
CHAPITRE 10 : TRANSITION
CHAPITRE 11 : CARBURANT SOLIDE
CHAPITRE 12 : ZAGORSK
CHAPITRE 13 : MISSION HELIUM
CHAPITRE 14 : LA PRAVDA
CHAPITRE 15: LA FUITE
EPILOGUE
PRECISIONS
REPERES HISTORIQUES
L’avenue « Katerynyns'ka » est l’une des principales artères d’Odessa. Elle mène à une place où se dresse la statut de Catherine II et se prolonge ensuite vers le port en empruntant les célèbres escaliers Potemkine, avec leurs cent quatre-vingt douze marches et leurs neuf paliers. Situé au début de l’avenue, le casino dont le hall est gardé par quatre colosses est sous l’emprise de la Malina, la nouvelle mafia Ukrainienne. Ni le KGB ni la mafia russe ne s’y aventurent. Mettant à profit la pérestroïka dans l’ex-URSS en pleine déliquescence, de nombreux cadres du KGB licenciés se sont reconvertis dans des activités lucratives telles que les casinos, les trafics d’armes et de drogues. A Odessa, port tentaculaire tourné vers la Mer Noire, cette reconversion a été d’autant plus rapide que ce lieu stratégique pour toute sorte de négoces frauduleux est depuis longtemps convoité par la mafia russe…
En poussant la lourde porte métallique du casino gravée du trident ukrainien représentant le faucon piquant sur sa proie, Youri se dit qu’il entre dans un lieu sûr.
- Salut Youri, tu as encore quelques dollars à perdre !
- Tais-toi et fais ton travail, répond Youri au gardien qui l’a reconnu, avec un haussement d’épaules.
Autour des tables de jeux, des marins souls, imbibés jusqu’à la moelle de vodka ukrainienne poivrée, et de nouveaux hommes d’affaires escortés d’accompagnatrices fournies par la maison jouent à la roulette tout en menaçant du poing le croupier : les cylindres tournent décidément bizarrement, ralentis maladroitement par un frein dissimulé sous la table.
Dans un coin de la salle principale, d’autres invités affalés dans des fauteuils en velours baladent leurs grosses mains tatouées sur les petits seins de jeunes tchéchènes au teint ambré. D’autres, le pantalon baissé, profitent du moment auquel seul l’abus d’alcool a pu rendre un début d’apparence de sincérité, jouissant des cris de douleur poussés par les filles à chaque pénétration.
Youri est arrivé en voiture à Odessa quelques semaines plus tôt, ayant fui Moscou sur les conseils de son patron français, Gérard Wamberg. Il a choisi de faire les mille quatre cent kilomètres du trajet avec sa vielle Lada grise car le train, sous le contrôle de la mafia russe, était définitivement trop dangereux pour lui. 35 heures de trajet ! Où il lui a fallu négocier les pleins d’essence contre quelques dollars ou en offrant des bouteilles de parfum, des bas,… initialement destinés à la femme de Kobroch.
Les jours de semaine, Youri travaille dans la filiale de Gazair en Ukraine : il visite des clients avec Irina, la commerciale locale avec laquelle il a très vite sympathisé. Irina lui a trouvé un logement dans un immeuble de la cité-dortoir Marshala Hovorova, pas très loin du centre de la ville. Il lui faut moins d’une heure pour rejoindre le bureau en bus.
Irina lui donne souvent des nouvelles de Moscou car elle s’entretient régulièrement (quand le téléphone veut bien fonctionner) avec Natacha devenue depuis quelques temps sa correspondante naturelle dans la filiale russe. Parfois Irina permet aussi à Youri de s’entretenir avec sa fille Katia, comptable au bureau de Gazair à Moscou.
Mais le soir venu et les week-ends, Youri se retrouve seul, sa femme étant restée avec sa fille à Moscou. La ville se vide vers dix-neuf heures et Youri fait passer ses moments de cafards en traînant dans les bars ou en jouant quelques dollars dans les casinos.
Parfois Irina l’emmène dîner au restaurant du Parti où elle a accès, grâce à son père, membre influent du parti communiste ukrainien : cela lui permet de manger un peu de viande.
- Tu sais, Irina, je regrette bien de m’être embringué dans cette histoire de produit rouge. J’étais bien heureux en revendant des vêtements provenant de Pologne, du parfum fabriqué en Turquie ou des cigares cubains. Finalement, avec mon salaire en roubles, les primes en dollars et le complément au marché noir, on vivait bien tous les trois à Moscou avec ma femme et ma fille. J’ai presque tout perdu : plus de trafic, plus de vie familiale… et cette solitude pesante. Merci à toi pour ton aide !
- Bien sûr, Youri, tout cela n’est pas facile, mais c’est certainement passager et tu retrouveras ta femme et ta fille … l’essentiel est que tu sois en vie !
- Est-ce que je les reverrai ? Dans les rues, j’ai toujours l’impression d’être suivi. J’essaie de n’emprunter que des grands axes : les cent-quatre-vingt-douze marches de l’escalier Potemkine me paraissent interminables et je m’arrête à chacun des paliers pour vérifier que je ne suis pas traqué. Avoir réussi à me mettre à dos à la fois le KGB et la mafia russe est un exploit dont je me serais bien passé !
- C’est quoi au juste ton produit rouge ?
- Je n’en sais rien ! ce que je sais, c’est que c’est très cher et que ça viendrait d’une usine secrète du KGB implantée dans l’Oural. Ce dont je suis sûr, c’est que la mafia russe cherche à en vendre, ce qui rend furieux le KGB, et que beaucoup de personnes sont mortes à cause de lui.
- Ne t’en fais pas, tu es maintenant en Ukraine, pays de la Communauté des États Indépendants, libérés de la domination de Moscou, et qui plus est à Odessa, loin de la frontière, dans une ville où les Russes n’ont jamais été les bienvenus !
- Tu as sans doute raison… je ne suis pas naturellement craintif, mais dans le cas présent, j’ai bien l’impression d’en avoir fait trop ou pas assez !
C’est ainsi qu’un soir d’août 1991, Youri en pleine crise de cafard, et qui cherche à vaincre l’ennui, s’est retrouvé dans le casino de l’avenue « Katerynyns'ka ».
- Alors Youri, qu’est-ce que tu fais, tu tires une carte supplémentaire ou tu t’arrêtes ? Tu es dans un soir de veine, regarde le tas de jetons que tu as déjà gagnés ! Tires-en une !
Le Black Jack ukrainien, tel qu’il est pratiqué à Odessa, a ceci de particulier que le croupier n’est obligé de retirer une carte que si son total des deux cartes est inférieur à 13. Ce qui laisse moins de chance aux joueurs qu’avec l’obligation, comme c’est la règle en général, de totaliser au moins 16.
- D’accord, j’en prends une, mais ce sera la dernière. Avec un total de dix-sept en deux cartes, c’est déraisonnable : le risque de buster en dépassant 21 et donc de perdre ma mise est important ; mais d’accord, c’est mon jour de chance, je joue. Donnes moi une carte supplémentaire !
- Un trois ! Décidément, tu es un sacré veinard. Heureux au jeu, malheureux en amour !
- C’est vraiment un excellent commentaire ! Je te félicite ! Paie-moi mes jetons, je m’en vais !
En quittant le casino, les pensées de Youri se concentrent sur cet idiot de croupier qui lui a gâché la soirée. « Je n’irai plus dans ce casino et en plus, les filles sont moches, les marins puent, les jeux sont truqués, le Champanskaya est tiède ! Je suis certain qu’il a dit ça par jalousie : il lorgnait mon tas de jetons et a dû se faire sermonner pour m’avoir laissé gagner autant de dollars ! Bien Fait ! », maugrée-t-il intérieurement.
Tout en se dirigeant vers l’escalier Potemkine, Youri continue à maudire le croupier, à ruminer une vengeance que, trop trouillard, il ne prendra jamais.
- Il sait bien que ma famille est à Moscou et qu’elle me manque !
Sur le chemin du retour à Marshala Hovorova, pris dans ces pensées qui l’obsèdent, Youri n’a pas remarqué cet homme vêtu d’un imperméable foncé qui, coiffé d’une chapka noire de l’armée, le suit depuis sa sortie du casino.
Arrivant au troisième palier de l’escalier, l’homme l’interpelle :
- Alors Youri, tu as gagné beaucoup ce soir ?
- Ca ne te regarde pas, « easy come, easy go » ! répond Youri, rassuré de n’avoir à faire qu’à un envieux qui n’arrive pas à boucler ses fins de mois avec l’inflation galopante du karbovanets qui vient de remplacer le rouble.
- Tu as raison, mais je ne suis pas là pour cela. On t’avait confié une mission importante à Zagorsk, et au lieu de la remplir, tu nous as trahis ! Tu as fui !
Reprenant ses esprits, Youri réalise qu’il se retrouve soudain dans la situation qu’il a toujours redoutée.
- Je n’ai trahi personne, je suis venu ici en Ukraine dans ma famille, tente-t-il d’un air bravache.
- Tu mens, Youri, ta famille est à Moscou et on pourrait aussi s’en occuper. Tu n’aurais pas du dévoiler le secret au Français. Tu vas le payer !
- Non, ne me fais rien, tiens, prends mes dollars, il y en a plus de deux cents… ça fait des millions de karbovanets, et je peux t’en donner d’autres et …
Mais l’inconnu a déjà sorti de son imperméable un bâton ressemblant à une batte de baseball. Il frappe Youri, lui broyant le genou gauche, puis un second coup s’abat sur le genou droit. Youri se traîne à terre en gémissant, cherchant à échapper désespérément à l’inconnu. Dans sa fuite, il déboule dans les escaliers jusqu’au quatrième palier, criant de tous ses poumons, tellement la douleur aux jambes est devenue insupportable.
Ayant abandonné son bâton, l’inconnu se rapproche en tenant dans sa main gauche un couteau de marin à lame droite crantée. Il attrape Youri par les cheveux, maintient sa tête contre le granit rose de l’escalier et entreprend de lui arracher les yeux sans tenir compte des hurlements de douleur de sa victime.
L’homme à la chapka retourne le corps de Youri mort sur le quatrième palier de l’escalier pour le fouiller et prendre ses dollars. C’est alors qu’il découvre un petit sachet en toile rempli de pierres précieuses mal taillées :
- Ainsi, c’était vrai…! s’étonne-t-il en contemplant, encore incrédule, ce butin inattendu, avant de l’enfouir dans la poche intérieure de son imperméable.
Avant de partir, il enfonce les deux yeux dans la bouche du mort. Le message doit être clair pour les traîtres trop bavards...
Deux jours plus tard, les journaux relatent ce fait divers sans omettre le moindre détail, en indiquant que la milice fait appel à des témoins éventuels, comme c’est l’habitude.
Ayant appris ce qui est arrivé à Youri, Irina téléphone à Natacha pour lui dire que Youri est mort. Mais elle ne lui dévoile pas la vérité, pour épargner sa famille:
- Youri a eu un accident de voiture…
Voilà, c’est comme ça !
Le printemps est certainement l’une des plus belles saisons pour flâner dans Paris. Celui de 1988 est particulièrement radieux et les parisiennes vêtues de robes à fleurs en profitent pour se promener sur les boulevards des grands magasins.
Dans les vitrines qui regorgent de marchandises, les articles de mode ou les derniers gadgets électroniques attirent le regard des passants qui n’ont que l’embarras du choix. Tout parait lumineux, gai et facile.
Un peu plus loin sur le boulevard Haussmann, dans un immeuble de cinq étages, sans signe distinctif particulier, Gazair a installé son siège. Il faut être bien avisé pour savoir que ces murs abritent l’un des fleurons de l’industrie française. A l’extérieur, seule une petite plaque de cuivre bien lustrée apposée sur le mur indique GAZAIR.
L’homme en imperméable vert kaki, le visage légèrement bronzé, les joues creuses, qui franchit le porche de cet immeuble, trahi par sa coupe de cheveux et sa marche cadencée, doit être un militaire. En entrant, il salue d’un bonjour poli et conventionnel les deux hôtesses arborant une tenue stricte et classique. Elles assurent l’accueil en pianotant sur un clavier d’ordinateur IBM qui reflète la lumière verte des lettres affichées à l’écran et renseignent les visiteurs à l’aide d’informations en tapotant sur le petit clavier d’un Minitel beige et marron.
Des hommes d’affaires patientent dans les fauteuils en cuir du hall d’entrée en fumant une cigarette, jetant un regard attentif au cours de l’action de Gazair qui défile en lettres rouges sur un panneau et échangent des propos admiratifs sur les résultats financiers de Gazair.
Spécialisée dans la production et la commercialisation de gaz industriels, la société Gazair intervient dans tous les domaines, de l’agro-alimentaire à l’espace en passant par le pétrole.
Dans le monde entier, on utilise les gaz de Gazair sans le savoir, les ampoules des phares des berlines allemandes fonctionnent au xénon pour gagner en luminosité, les doubles vitrages des fenêtres japonaises sont gonflées au krypton pour améliorer l’isolation thermique et phonique, les airbags des voitures américaines utilisent des capsules d’hélium pour réagir plus vite, les fruits d’Asie sont conservés sous atmosphère avec des mélanges de gaz spéciaux, Ariane s’envole avec des gaz produits par Gazair, stockés dans des réservoirs cryogéniques fabriqués par Gazair,...
- Bonjour, Monsieur Sankar, répondent de concert les deux hôtesses avec un sourire pincé.
Quittant l’accueil, Eric Sankar se dirige vers l’escalier ; il a toujours préféré emprunter l’escalier majestueux en marbre blanc plutôt que de prendre l’ascenseur doté d’une porte en fer forgé pour rejoindre le premier étage où est implantée la direction générale de Gazair. C’est donc d’un pas décidé qu’il gravit les marches. Il y a dans ce choix un mélange du plaisir de profiter d’un si bel ouvrage avec la volonté de l’ancien militaire de se maintenir en forme, et l’objectif de réduire son stress avant sa réunion pour le moins inhabituelle.
Un large couloir avec une moquette grise épaisse éclairé par des suspensions en verre en forme de boule donne accès aux bureaux fermés par des portes dont les hauts battants sont décorées de boiseries à la fois sobres et traduisant un certain luxe. Cette atmosphère feutrée qui confère un caractère solennel à ce lieu ne manque pas d’impressionner les très rares visiteurs.
Rien ne filtre des conversations feutrées qui se tiennent de façon toujours courtoise dans ces bureaux, et pourtant, c’est là que se prennent les décisions qui font de Gazair une société dont la rentabilité rend heureux ses actionnaires.
- Bonjour, j’ai rendez-vous avec Monsieur Girel, dit Eric Sankar à une secrétaire d’un certain âge, l’air sévère, vêtue d’un tailleur beige prince de Galles. Assise droite sur sa chaise, elle ajuste ses lunettes en écaille et vérifie immédiatement sur son ordinateur la demande de son interlocuteur.
- C’est exact, Monsieur Sankar, je vais le prévenir.
Dans son bureau, Edmond Girel porte un costume gris sombre, une chemise blanche impeccablement repassée, une cravate classique avec un nœud droit, l’uniforme des dirigeants du groupe. Son physique montre que cet homme ne fait aucun excès. Son visage reflète la bonté et la fermeté d’un homme clairvoyant et cultivé consacrant sa vie au développement du groupe qui l’emploie.
Il est en train de finir la consultation d’un dossier lorsque sa secrétaire l’informe de l’arrivée d’Eric Sankar.
- Faites-le entrer, je l’attendais.
- Bonjour Monsieur Sankar, comment allez-vous ? Débarrassez-vous de votre imperméable et installez-vous là, je vous rejoins tout de suite dit Edmond Girel en désignant une petite table dont le plateau en verre épais reflète l’éclairage d’une lampe halogène posée dans un coin de la pièce.
Tout est parfaitement rangé, sur une étagère les dossiers sont clairement étiquetés – Comité de direction, plan d’investissement, stratégie export,... Sur le bureau, rien ne traine, il n’y a qu’un dossier ouvert, une boite avec crayons taillés et quelques stylos à bille, et un petit cadre avec la photo d’un visage de femme.
- Bien, je dois dire que le sujet de notre réunion me stresse un peu ! , indique Eric Sankar qui a gardé son blazer en flanelle bleu marine orné de boutons-écussons dorés.
- Voyons cela, répond Edmond Girel, on m’a informé du sujet de notre rencontre et le Président m’a demandé d’instruire ce dossier personnellement, c’est pourquoi que je voulais rapidement m’entretenir avec vous.
Directeur Général Adjoint du groupe, Edmond Girel est connu pour la façon toujours aimable et humaine avec laquelle il traite ses visiteurs. Il faut vraiment dépasser les limites du raisonnable pour mériter de sa part une remarque désagréable.
- Vous savez, Monsieur Girel, que de par mes fonctions de responsable de la sécurité du groupe, j’ai régulièrement des contacts avec la DST.
Edmond Girel hoche la tête, montrant qu’il est bien informé.
- Il se trouve que mes autorités gouvernementales seraient intéressées par des informations de nature industrielle, proches des activités de Gazair, notamment dans différents domaines, le nucléaire, le pétrole, l’espace.
- Je comprends, rétorque Edmond Girel, mais d’habitude la DST s’en occupe directement, que je sache !
Percevant l’agacement d’Edmond Girel, Eric poursuit :
- Dans le cas présent, il s’agit d’informations très techniques pour lesquelles la DST n’a pas de réels spécialistes..., et puis, de son point de vue, ces informations et surtout la zone concernée par cette recherche seraient aussi de nature à intéresser Gazair...,
En plus, ils sont pressés car les informations recueillies pourraient avoir des répercutions rapides sur certains programmes stratégiques initiés par la France pour l’Europe !
Edmond Girel feuillette le rapport qu’il consultait avant l’arrivée d’Eric Sankar et qu’il a déposé sur la table de verre.
- Bien, bien... si mes informations sont exactes, pour être plus direct et plus précis, la DST souhaite que nous envoyons un ingénieur prospecter en URSS dans les domaines que vous avez cités, et en contrepartie de notre participation dans la recherche d’informations, le gouvernement serait prêt à renoncer officiellement au paiement de l’amende de cette incroyable et stupide histoire d’après-guerre, et d’enfin reconnaitre l’action citoyenne de Gazair durant cette période , c’est bien cela, n’est-ce pas, Monsieur Sankar !?
Le ton reste aimable mais l’enjeu nécessite un échange sans ambiguïté sur l’attente réelle de la DST et sur les contreparties effectives dont bénéficierait Gazair :
- C’est bien cela répond Eric d’une voix légèrement voilée, surpris du discours direct de son directeur.
- Parfait, ceci confirme l’information que le Président m’a donnée et dans ces conditions, nous pourrions répondre favorablement à la demande de la DST... Reste à trouver l’oiseau rare pour réaliser cette mission.
Eric qui se sent soulagé d’avoir passé cette première étape sans trop de dommage, se dit que le plus difficile reste à faire...
Sur la défensive avant de commencer, mais avec le courage du militaire qui doit conduire son bataillon au combat, Eric Sankar se lance :
- La DST m’a communiqué le profil de quelqu’un qui pourrait convenir. Il s’agit d’un ingénieur qui travaille à la division construction de Gazair.
- Vous allez peut-être un peu vite ? Mais continuez, nous verrons bien.
Toujours admiratif de l’écoute bienveillante et de la prudence très professionnelle d’Edmond Girel, Eric poursuit :
- Il est né dans le Nord, département dans lequel il fait ses études jusqu’au bac. En 1968, il constitue le bureau des élèves qui va négocier avec la direction de son école la participation des élèves à divers comités, indique Eric en suivant le regard d’Edmond Girel pour essayer de percevoir la moindre de ses réactions...
- La fiche mentionne qu’il est passionné par la conquête spatiale : sa chambre est décorée de véhicules spatiaux et d’un poster géant de la lune; il est dit aussi qu’il a fait très jeune des conférences sur les lanceurs !
Il continue ses études dans l’une des meilleures écoles en région parisienne, mathématiques supérieures dans une classe préparatoire aux grandes écoles militaires, ainsi chaque matin, il participe à la levée du drapeau avant le petit déjeuner.
Et Eric de renchérir :
Vous savez, Monsieur le Directeur, j’ai suivi les cours préparatoires dans la même école que lui avant d’intégrer Saint Cyr, puis ce fut l’armée, les terrains opérationnels... et c’est au grade de colonel que j’ai quitté l’armée pour rejoindre Gazair après une formation sur la sécurité dans les entreprises.
Edmond Girel découvre un peu plus son interlocuteur qu’il pensait pourtant bien connaître. Le colonel n’est pas un homme d’accès facile ; finalement, mise à part sa brillante carrière militaire et sa formation après l’armée, on ne sait pas grand-chose de lui. Mais il est fiable, et c’est ce qui importe.
- C’est passionnant, mais revenons aux faits, je crois que nous avons encore beaucoup de points à échanger.
- Durant ses études, avec deux camarades dont le fils de l’ambassadeur de France aux Etats Unis, il crée une radio pirate – Radio atome - qui émet en modulation de fréquence, diffuse de la musique mais aussi les résultats des interrogations et toute sorte d’informations utiles pour sa classe.
Il prépare ensuite les concours pour intégrer une école de Chimie car cette discipline a toujours été une de ses passions les plus fortes. Il réussit ses examens et rejoint l’école de Chimie qu’il a choisie.
Pendant qu’Eric décrit la personne, Edmond Girel prend quelques notes avec un crayon de bois sur une feuille blanche posée sur la table de verre.
- L’enseignement théorique et pratique qu’il reçoit pendant trois ans lui confère une expertise incontestable en chimie organique qu’il complète en suivant des cours en parallèle à la faculté de pharmacie. Il sortira major de l’école de Chimie.
- Mais comment savez-vous tout ça ? Sommes-nous tous fichés de la sorte, avec ce niveau de détails ? , intervient Edmond Girel qui a du mal à cacher sa stupéfaction.
- Je vais vous répondre, s’empresse Eric, trop content de la question, il fait son service militaire dans un laboratoire de l’armée, classé secret défense, ce qu’il lui a valu l’enquête de la DST. Avec deux tantes d’origine polonaise, il a d’ailleurs failli ne pas être accepté !
Les expériences qu’il conduit mettent en œuvre des molécules organiques très compliquées et dangereuses qu’il doit manipuler dans des boîtes à gants sous dépression pour éviter toute diffusion. Les résultats spectaculaires qu’il obtient sont encore classés secret défense.
Petit et sec, l’œil brillant, le responsable de la sécurité continue à s’exprimer clairement avec une élocution empreinte d’un ton militaire, en allant à l’essentiel sans toutefois oublier de mentionner des détails qui lui semblent pouvoir présenter de l’intérêt :
- Il n’est pas parfait... il ne parle pas russe ! , poursuit-il.
- Il l’apprendra, répond le Directeur Général Adjoint du groupe Gazair, apparemment séduit par la description qu’il vient d’entendre.
- Il n’a jamais été en URSS non plus, surenchérit Eric Sankar.
- Eh bien, on est sûr qu’il n’a pas pris de mauvaises habitudes ! Content de sa remarque, Edmond Girel s’interroge : mais j’ignorais que nous avions une telle personne chez nous, comment se nomme-t-il ?
Eric Sankar voit bien que son Directeur Général est intrigué. Eric s’est déjà fait une opinion, cet ingénieur est l’homme qui répond à la demande de la DST. Il sait aussi qu’il ne faut pas essayer d’imposer un choix à Edmond Girel, homme d’une intelligence exceptionnelle qui ne prend des décisions qu’après y avoir mûrement réfléchi et jamais sur un conseil ou des informations qu’il n’a pas personnellement vérifiées. Dans le cas présent, compte tenu de l’enjeu, deux réflexions valent mieux qu’une !
Eric Sankar décide donc de ne pas révéler l’identité de cet employé estimant préférable que ce soit Edmond Girel qui la découvre lui- même.
- Quand il est arrivé chez nous il y a 2 ans à l’âge de 34 ans, il a passé des tests : le MBTI a révélé un caractère définitivement extraverti, les tests graphologiques une forte personnalité. La fiche de recrutement mentionne aussi : sens de l’analyse et de synthèse exceptionnel, et enfin, souligné deux fois : entrepreneur.
- Ah bon, chuchote Edmond Girel.
- Physiquement, il est grand, un mètre quatre-vingt-douze, ni gros ni maigre ; il pratique régulièrement le squash avec ses collègues de bureau, c’est à notre connaissance le seul sport qu’il pratique.
Sur la feuille blanche posée en face de lui sur la table de verre, Edmond Girel n’a inscrit que quelques mots : espace, fort caractère, armée/discipline, ingénieur chimiste, entrepreneur, russe ?
- C’est probablement Gérard Wamberg, l’un de nos meilleurs ingénieurs de la division construction, s’exclame Edmond Girel, satisfait d’avoir certainement identifié le personnage et réfléchissant déjà à cette hypothèse.
Les deux hommes se regardent dans le fond des yeux comme pour essayer d’évaluer l’intérêt de la candidature qui n’en est pas une. Edmond Girel se remémore les informations qu’il a sur Gérard Wamberg :
C’est étonnant, figurez-vous que Gérard Wamberg a pris en charge pour le groupe la fourniture de l’hydrogène liquide d’Ariane. Il est allé sur le pas de tirs à plusieurs reprises et a assisté au tir 31 d’Ariane dans la salle de contrôle. Je comprends mieux son intérêt et sa motivation pour ce projet. Il a une bonne connaissance de l’industrie spatiale, milieu vous le savez, très fermé et structuré.
C’est un bon élément. Savez-vous qu’il a permis au groupe de fournir la plus grosse usine d’oxygène au monde à des Japonais pour fabriquer de l’essence synthétique ? Il est intervenu en Chine, aux USA, en Amérique latine, un peu partout en Europe, il a définitivement une culture internationale...
Nous l’aurions bien vu prendre la direction commerciale de notre division construction dans deux, trois ans, le temps pour le directeur actuel de faire ses preuves, ou le muter chez notre partenaire pour s’occuper de la commercialisation de vols d’Ariane. C’est un bon élément, répète-t-il. Nous ne voudrions certainement pas le perdre...
Eric Sankar sait pertinemment que cette remarque en demi-teinte dans la bouche de son directeur a valeur d’une réponse négative. Il s’empresse donc de souligner :
- La DST ne prendrait pas le risque de confier une mission dangereuse à un homme sans formation spécifique, j’imagine qu’il s’agit avant tout d’obtenir des renseignements industriels.
Edmond Girel réfléchit et arrive à la conclusion que l’on ne peut confier une mission aussi spéciale qu’à un homme de confiance :
- Il est vrai que le sujet est important pour le groupe et que ce garçon a des qualités utiles pour réaliser cette mission délicate : il a une bonne formation, c’est un chimiste, il connait l’espace, il pense vite et il a du caractère... On pourra trouver quelqu’un d’autre pour la direction commerciale de notre division construction, il faut que j’en parle au Président. Nous vous donnerons notre décision demain matin.
Eric Sankar est satisfait de son approche, en décidant d’en parler au Président, le Directeur Général Adjoint montre qu’il approuve finalement sa suggestion.
Le bureau du Président se trouve au dernier étage de l’immeuble. Avec comme unique décor un vieux plateau de distillation en cuivre rouge d’un mètre de diamètre, les photographies noir et blanc des deux fondateurs. Le lieu est à l’image de la sobriété du groupe faisant abstraction de toute décoration qui pourrait être jugée extravagante. Seule la grande table de travail recouverte d’un cuir vert foncé pleine fleur bordée d’un trait or sur laquelle reposent quelques dossiers urgents, le distingue des bureaux des autres membres de la direction générale. A côté de ce lieu de réflexion, le Président dispose d’un appartement privé plus convivial où il reçoit ses invités pour une collation ou un déjeuner. Les deux hommes se retrouvent ainsi dans le bureau pour faire le point sur la mission confié par le Président à son Directeur Général Adjoint :
- Voilà où nous en sommes, explique Edmond Girel. J’ai vu Eric Sankar qui m’a confirmé la position du gouvernement français ; comme convenu, je lui ai indiqué que cette transaction pourrait convenir au groupe. Ce point est donc clair.
- Parfait.
- J’ai également identifié l’ingénieur à qui nous pourrions confier cette mission. C’est un chimiste de trente-six ans, qui connait le pétrole et l’espace, un entrepreneur avec un caractère, disons, marqué. Il travaille dans notre division construction. Je compte lui présenter ce nouveau poste comme une promotion, d’ailleurs il la mérite. Il ne parle pas russe, mais il pourra toujours l’apprendre, et puis, il n’est jamais allé en URSS, c’est plutôt mieux ainsi, il pourrait avoir des préjugés ou des mauvaises idées !
- Très bien, je savais que je pouvais compter sur vous pour instruire ce dossier qui sort quelque peu de l’ordinaire. Il faudra veiller à ce que ce garçon reçoive une formation adaptée d’Eric Sankar, c’est indispensable avant de s’aventurer chez les communistes !
Et après un silence, de continuer :
A vrai dire, je voudrais vous confier, Edmond, que je n’aime pas beaucoup ce micmac, nous nous sommes toujours s’efforcés de maintenir le groupe loin des
