Éduquer les jeunes malgré tout ! - Marijke Bisschop - E-Book

Éduquer les jeunes malgré tout ! E-Book

Marijke Bisschop

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Beschreibung

Marijke Bisschop nous engage à faire de nos enfants des êtres indépendants, déterminés, bien dans leur peau et tolérants… de réintroduire l’art de l’éducation simple, du bon sens… de revenir aux basiques : clarté, sécurité, structure, amour… Tout un programme !
Il est temps, écrit-elle, de remettre le balancier de l’éducation vers davantage d’autorité, un peu moins de « démocratie ».
Gâter les jeunes, oui, mais à l’excès, non ! Une erreur est de confondre ce que les jeunes désirent et réclament avec leurs besoins réels. Avec ce genre d’amalgame on risque d’en faire des adultes insatisfaits, indécis et dépendants, qui aurons du mal à s’assumer.
Ainsi, de manière paradoxale pour d’aucuns, on constate que, de nos jours, les jeunes réclament plus d’autorité parentale, de clarté, de limites, de sécurité…
Ce livre nous aide à comprendre, à faire de nos enfants des êtres plus libres, déterminés et bien dans leur peau… à réinventer l’art de l’éducation, du bon sens… à chercher un équilibre sain entre compréhension et répression… à savoir fixer des limites, dire « non », sans quoi l’enfant ira droit vers la frustration.
Ce livre regorge en outre de nombreux exemples et conseils inspirés d’expériences vécues.

À PROPOS DE L'AUTEURE

Marijke Bisschop a étudié la pédagogie à l’Université Libre d’Amsterdam aux Pays-Bas. Elle fait ensuite une spécialisation post-doctorale en thérapie comportementale au Great Ormond Street Hospital de Londres et à l’Université Catholique de Leuven en Belgique. Elle a travaillé vingt ans au département psychiatrique pour enfants à l’hopital universitaire Gasthuisberg à Leuven et quelques années à Montréal au Canada. Elle a une expérience approfondie du travail avec les enfants et les jeunes adolescents, tant en Belgique qu’aux Pays-Bas ou au Canada. Marijke Bisschop est membre agréée et superviseur au V. V. G. T. (Association flamande pour la thérapie comportementale). Elle est actuellement consultante en éducation et thérapeute comportemental. Elle anime des ateliers, donne des conférences dans les écoles pour les adolescents et leurs parents.
Elle est l’auteur d’une série d’articles scientifiques et nombreux livres sur les problèmes de la psychologie infantile.
Marijke Bisschop est mariée, a trois enfants et vit à Bruxelles.

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Seitenzahl: 209

Veröffentlichungsjahr: 2021

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ÉDUQUER LES JEUNES MALGRÉ TOUT !

DU MÊME AUTEUR

CHEZ LE MÊME ÉDITEUR

Ado ! As-tu confiance en toi ?

Pour un projet personnel et créatif, 2006

À propos de l’auteur :

Marijke Bisschop est une clinicienne de grand talent, dont la pratique de la pédagogie et de la psychothérapie sont nourries d’une connaissance approfondie des développements récents de la psychologie scientifique. Ses publications apportent des réponses solidement fondées, concrètes et précises à de nombreuses questions que les parents et les éducateurs se posent inévitablement.

Jacques van Rillaer, professeur de psychologie à l’Université de Louvain-la-Neuve, auteur dePsychologie de la vie quotidienne(Paris, Odile Jacob).

Ma collaboration avec Marijke Bisschop a débuté il y a quelques années avec les élèves du Collège du Christ-Roi à Ottignies. Nous avons organisé des animations destinées aux élèves de première année du secondaire. Ses grandes qualités d’oratrice et son approche concrète et pragmatique des difficultés de l’adolescence sont une source indéniable qui nous permet chaque année d’aborder avec les élèves des questions essentielles pour leur épanouissement. Son contact privilégié avec les jeunes fait de ses séminaires un moment plein d’humour et riche en apprentissage.

Isabelle Busto, psychologue au Centre PMS libre de Wavre I.

Ma collaboration avec Marijke Bisschop remonte à de nombreuses années, lorsqu’elle a supervisé mon stage dans l’unité de psychiatrie infantile de la clinique universitaire Gasthuisberg à Leuven. Cette collaboration n’a fait que s’enrichir, car Marijke a cette compétence particulière de transmettre à ses collègues psychothérapeutes la foi qu’elle a dans les ressources humaines et le cœur au ventre qui lui permet de les débusquer et de les mobiliser. Marijke a une expérience affirmée dans les domaines de l’enfance et de l’adolescence. Ses livres se distinguent par une approche et un sens pratiques qui sont des apports précieux, non seulement pour les professionnels, mais aussi pour le grand public.

Ann d’Alcantara, psychiatre d’adolescents, chef de clinique associée au service de psychiatrie infanto-juvénile des cliniques universitaires St Luc).

Marijke Bisschop, outre ses qualités de praticienne, est une excellente pédagogue et éducatrice. Elle a formé de nombreux orthopédagogues brillants. Sa connaissance approfondie et perspicace de l’univers des enfants fait de ses écrits des outils de travail incontournables pour les jeunes, les parents, et les éducateurs. Merci Marijke !

Nady Van Broeck, Ph. d., professeur de psychologie et des sciences de l’éducation à l’U.C.L.

Marijke Bisschop

Éduquer les jeunes

malgré tout !

Un défi pour notre société de consommation

Essai

Catalogue sur simple demande.

www.lecri.be [email protected]

(La version originale papier de cet ouvrage a été publiée avec l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles)

La version numérique a été réalisée en partenariat avec le CNL

(Centre National du Livre - FR)

ISBN 978-2-8710-6744-3

© Le Cri édition,

Av Leopold Wiener, 18

B-1170 Bruxelles

Traduit du néerlandais par Martine Englebert (BMI Traductions)

En couverture : dessin de Marc Wasterlain.

Tous droits de reproduction, par quelque procédé que ce soit, d’adaptation ou de traduction, réservés pour tous pays.

AVANT-PROPOS

Vous vous demandez peut-être : « Pourquoi encore écrire un livre sur les enfants gâtés ? Que peut-on écrire de plus à ce sujet ? Et qu’est-ce que gâter, finalement ? »

Dans les écoles et lors des réunions de parents, nous échangeons régulièrement des idées sur ces thèmes, tant dans le sens positif que négatif, et donc sur notre tendance à surprotéger nos enfants. Ces sujets nous concernent tous dans nos « sociétés d’enfants gâtés ».

Lors de mes recherches, j’ai trouvé chez les parents et les enseignants une multitude de réflexions et de déclarations, d’idées et de convictions utilisables et positives, utiles et constructives, que je souhaite aujourd’hui partager avec vous.

Toutefois, j’ai été intriguée par certains points.

D’abord, le titre d’un article qui avait attiré mon attention :Les enfants plus gâtés que jamais !(paru dans un journal flamand à l’occasion d’une journée d’étude organisée par la Fondation Roi Baudouin et consacrée aux « dépressions chez les jeunes »). La dépression chez les jeunes est un sujet qui nous interpelle. Proportionnellement à la chute du taux de natalité au cours des quarante dernières années, le nombre d’enfants dépressifs est en nette augmentation. En surprotégeant nos bambins et en les faisant vivre dans l’ouate, nous organisons leur existence de telle sorte que leur « désir » en général s’amenuise. Notre manière de vivre, le fait deposséder, prend le dessus sur l’être, et ceci contribue à rendre nos enfants insatisfaits, ils n’ont plus de raison de partir à la découverte des choses et n’entreprennent plus rien de manière autonome. Nous constatons ainsi de plus en plus d’humeurs dépressives chez les jeunes, ce qui les amène d’ailleurs très tôt à la consommation d’antidépresseurs — ce qui est fortement déconseillé, faut-il le préciser ? — Les enfants ont besoin de relever des défis, ils veulent être sollicités, servir à quelque chose. Mais les laisser seuls face à des choix infinis les rend anxieux, impuissants.Il leur manque dès lors ces structures, ces limites que façonnent les interdits et les règles !Les médicaments ne résolvent bien sûr pas les angoisses de ces enfants. Au contraire, c’est davantage de limites sûres et claires — qu’ils réclament d’ailleurs — dont ils ont cruellement besoin.

D’autre part, j’ai lu une enquête réalisée auprès des jeunes, afin de savoir ce qu’ils pensaient de leurs parents. Ils émettent, entre autres, le jugement suivant : « Nous avons des parents jeunes et chouettes, mais ils devraient être un peu plus sévères. » Selon l’enquête donc, les parents ne se comportent apparemment pas si mal. Mais les jeunes interrogés prétendent aussi qu’ils agiraient eux-mêmes différemment :« Nous serons plus sévères avec nos enfants. » Voilà précisément le sujet du livre que vous tenez entre les mains.

Ces deux propos — ceux de l’article et de l’enquête — me passionnaient d’autant plus que j’avais déjà entendu des parents qualifier leurs enfants de « malheureux ». Si, en tant que parents, nous considérons notre enfant comme « malheureux », nous aurons naturellement tendance à vouloir l’aider en faisant les choses à sa place. « Aller à l’école à vélo ? Tu n’y penses pas, c’est bien trop dangereux ! Conduisons-le plutôt en voiture. » Ceci frustre l’enfant ! Par contre, les choses se présentent bien différemment lorsque les parents ne considèrent pas l’enfant comme un « malheureux », mais respectent son intelligence et son intégrité. Ainsi, ils l’encourageront à voler de ses propres ailes, et donc à enfourcher son vélo pendant vingt kilomètres et par tous les temps, si nécessaire. À l’occasion, les parents pourront toujours lui faire la surprise de lui proposer la voiture, s’il le souhaite ! Gâter devient alors un plaisir !

Mais dans quelle mesure devons-nous être plus sévères ou plus fermes avec ces jeunes ?

Qu’implique précisément le fait d’« être sévère et ferme » ?

Gâter n’est pas forcément négatif, mais comme pour tout, c’est l’excès qui nuit et conduit à l’insatisfaction, au doute et à la dépendance. Nous désirons pourtant faire de nos enfants des jeunes gens indépendants, résolus et sûrs d’eux. Cela peut très bien se faire tout en les gâtant, mais de quelle manière ? La réponse n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air.

On entend souvent dire : « Nous sommes tellement sous pression ! » Mais que signifie au juste « être sous pression » ? N’est-ce pas là comme une forme d’excuse que de se dire « sous pression », car nous pourrions tout aussi bien décider de ne pas subir cette pression ?

Dans ce livre, nous allons parler des parents « chouettes », de la « pression », de nos enfants, de l’approche « sévère et ferme », mais nous allons aussi aborder la manière positive de « gâter » ! Nous allons nous poser la question de savoir comment nous pouvons, grâce à notre intuition et à une « chouette » manière de gâter, faire de nos enfants des adultes indépendants et sûrs d’eux !

Les conseils, idées et trucs que vous trouverez dans ce livre m’ont été inspirés par les parents eux-mêmes, lors des nombreuses rencontres que j’ai eues avec eux, notamment pendant les réunions de parents.

L’exemple ci-dessous me semble traduire joliment l’essence de ce livre :

Un après-midi, je suis entrée dans une petite fromagerie d’une station balnéaire. Au moment où on allait me servir, une voiture tout-terrain rutilante s’est garée devant le magasin. Un papa et son fiston sont sortis du véhicule, ont ouvert le coffre, dont ils ont retiré une petite moto flambant neuve. Le fils a mis son casque, a sauté sur la petite moto et, sous les yeux admiratifs de son papa, il a démarré en klaxonnant bruyamment. La vendeuse dans le magasin a levé les yeux au ciel avec compassion en disant : « Que voulez-vous qu’ils désirent de plus ? »

La situation est-elle si « grave » ? N’avons-nous plus aucun désir comme le prétend la fromagère ? L’exemple ne s’applique naturellement pas à tout le monde, chaque cas est bien sûr conditionné par l’environnement spécifique dans lequel l’enfant évolue. Je n’ai toutefois pas pu m’empêcher de me poser cette question :« Que sommes-nous en train de faire de nos enfants ? Cette commerçante n’a-t-elle pas un peu raison ? »

Enfin, j’ai également repéré dans leVolkskrant(quotidien flamand) un petit article représentatif de notre époque. Je ne résiste pas à l’envie de vous le faire partager :

Indiscrétion

Sur le chemin du travail, je m’arrête à la station-service. Alors que je regarde le compteur, une voiture familiale s’arrête de l’autre côté. Une mère « je-suis-encore-jeune » en sort et, affichant un air de « j’y-contribue-aussi-et-comme-c’est-agréable », tend la main vers la pompe…

S’élèvent alors de la voiture des cris indescriptibles. Un bambin, à peine sorti des langes, se manifeste derrière la vitre en hurlant : « MOI POMPE ! MOI POMPE ! » La mère « je-suis-encore-jeune » lui donne immédiatement satisfaction et place dans les petites menottes de l’enfant la lourde pompe. L’ouverture de remplissage se trouvant à hauteur des yeux du petit tyran, j’avertis « je-suis-encore-jeune » que le tuyau peut rebondir brusquement. La répartie est immédiate : « De quoi vous mêlez-vous ? Est-ce votre enfant ou le mien ? » Puis, à nouveau à sa progéniture, plus dévouée que jamais : « Continue, mon chéri ! »

Totalement estomaquée, j’entre dans la station-service pour payer mon dû. Tandis que mon ticket de caisse s’imprime, la porte de la station-service s’ouvre violemment. Apparaît « je-suis-encore-jeune » hurlante, moins fière, remorquant son rejeton qui, lui, hurle encore plus fort. « Au secours, que dois-je faire ? Mon enfant a reçu de l’essence dans les yeux. Ne restez pas là à regarder, faites quelque chose ! »

L’employé de la station-service hésite. En dépit de la pitié que j’éprouve pour l’enfant, je crie à mon tour : « Je ne m’en mêle pas, c’est VOTRE enfant ! » Pour la seconde fois, elle me gratifie d’un regard courroucé. L’employé de la station-service quitte la réception, attrape l’enfant et se précipite avec lui vers l’arrière. Je quitte le bâtiment et, en passant la porte, j’entends derrière moi une voix qui me crie : « Asociale ! »

À part cela, ma journée de travail fut relativement normale !

Hans Molter, Hoofddorp, dans :De Volkskrant,Pays-Bas, septembre 2004.

INTRODUCTION

« LES ENFANTS SONT PLUSGÂTÉSQUE JAMAIS »

UN CONSTAT SANS APPEL !

Nous citerons d’abord quelques arguments massues sur notre « société d’enfants gâtés », puis nous poursuivrons par une évaluation critique — en fait, je pense que nous ne nous y prenons pas si mal avec nos enfants. Nous aimons « gâter » mais, apparemment, nous sommes juste allés trop loin dans ce domaine…

«Les enfants sont plus gâtés que jamais ! »prétend le docteur Catherine Marneffe (pédopsychiatre). Au cours d’une journée d’étude organisée par la Fondation Roi Baudouin et consacrée aux « Dépressions chez les jeunes », elle nous a interpellés en affirmant que notre manière de vivre favorise un comportement dépressif chez les jeunes enfants.

Lors de cette même journée d’étude, le docteur Marneffe a également déclaré que la possession matérielle améliore peut-être un peu la banalité de la vie, mais ne peut combler notre existence. Or, c’est ce que nous souhaitons et, donc, nous nous précipitons avec eux à Disneyland Paris, nous leur achetons des jouets avant même qu’ils en aient manifesté l’envie ! C’est ainsi que nous réglons leur existence et, de ce fait, les enfants se retrouvent confinés dans une sorte de passivité contrainte : « Maman m’aide à faire mes devoirs et papa sait ce qui est bien pour moi. Moi, je ne sais plus, je ne suis plus rien. »

Le philosophe américain Christopher Lasch pointe lui aussi les conséquences négatives de notre société matérialiste : «Nous ne leur apprenons plus aucune valeur, aucune envie. La seule valeur est celle de l’argent. Le fond moral a disparu de notre culture. »

Un autre argument massue : «Les enfants deviennent dépressifs parce que nous ne leur donnons pas ce qu’ils veulent.» Les enfants reçoivent beaucoup de nos jours, mais leur donnons-nous les bonnes choses ? La psychologue allemande Ulrike Zöllner a récemment écrit un livre intituléLes enfants de luxe(1996). Elle écrit, sur un ton amer, à propos d’enfants de parents aisés, écrasés sous l’abondance, des enfants matériellement gâtés jusqu’à la folie mais négligés sur le plan émotionnel. Ils n’ont plus, selon elle, la chance de pouvoir rechercher leur propre voie vers l’âge adulte, ils sont livrés à une surabondance de stimulations et de désirs. Ces enfants gâtés de la classe moyenne se retrouvent incapables de gérer la tension et l’ennui. Selon le docteur Marneffe, les enfants n’ont pas moins besoin d’abondance matérielle que d’une oreille attentive.

De son côté, le psychothérapeute Bob Vansant parle d’absence de chances de possibilités d’expression chez les jeunes. Ceci provient du fait que nous, les parents, réglons et faisons tout pour eux. Nous devrions plutôt proposer à nos enfants des activités créatives et sportives, de sorte qu’ils puissent à nouveau jouer et s’occuper. Vansant n’est pas tendre envers les parents : «On a les enfants qu’on mérite.» Le problème avec les parents, c’est qu’ils se soucient davantage de la prospérité que du bien-être de leurs enfants, on les empêche d’être simplement des enfants, on les associe au stress des adultes.

Les parents ont également leur avis sur le fait de gâter. Voici ce que m’a dit une mère : «Vous savez que vous gâtez mal votre enfant lorsqu’il ne vous remercie plus quand vous lui offrez quelque chose ou que vous faites quelque chose pour lui. »Les parents ne sont pas les seuls à prendre conscience du fait que leur progéniture est peut-être trop choyée. Les enfants le ressentent aussi, ils ne sont pas tous favorables à cette « société d’enfants gâtés » : «Nos parents sont très chouettes et jeunes, ils pourraient juste être un peu plus sévères ! »Autrement dit : «Je serai plus sévère avec mes propres enfants. »

Le professeur d’université amstellodamois Patti Valkenburg l’exprime de manière plus nuancée :« Les parents permettent beaucoup plus à leurs enfants qu’auparavant. »

Examinons ensemble ce qui nous a conduits à de tels constats.

PARTIE I

SOMMES-NOUS À L’ÉCOUTE

DE NOS ENFANTS ?

Chapitre I

Que pensent les jeunes de leurs parents ?

Les jeunes pensent-ils aussi qu’ils sont trop gâtés ?

Au moment où, aux Pays-Bas et en Belgique, le fait de « gâter » ou de « dire oui à tout », de s’y prendre de la pire manière avec nos enfants, était au centre des débats, mon attention a été attirée par une enquête importante dans le journalSélection(The Best) au Canada, en juin 2004, qui titrait :Êtes-vous un bon parent ? L’avis des enfants…Dans cette enquête, cinq cents jeunes dressaient un portrait de leurs parents dans lequel nous nous reconnaissons. Qu’écrivaient-ils ?

Nos parents sont très chouettes, jeunes, modernes, ce sont nos copains, mais il nous manque des « parents » :

• stricts ;

• qui nous offrent la sécurité ;

• qui fixent des limites.

Nos parents doivent davantage nous laisser nous chercher NOUS-MÊMES. Ils doivent nous donner le sentiment que NOUS sommes capables — la confiance en nous.

Cela me fait plaisir, car dans mes livres les motssoi-mêmeetconfiance en soisont essentiels par rapport à l’éducation des enfants, à leur autonomie et à leur maturité.

Les adolescents de l’enquête revendiquent clairement davantage d’autorité. Ils souhaitent également que leurs parents leur fassent confiance. En fait, ils ont besoin de parents qui savent ce qu’ils veulent et qui appréhendent la vie les pieds sur terre.

Examinons d’abord ensemble les points sur lesquels les enfants ont jugé leurs parents.

Nous pouvons déjà constater que les conclusions étaient très positives.

Ma mère est exemplaire,dit Christine (17 ans).Ce que j’apprécie surtout chez elle, c’est la facilité avec laquelle elle communique, me comprend et m’écoute ! En dépit des conflits et des émotions que nous devons traverser.

Ce qui est étonnant, c’est que les enfants jugent leurs pères et leurs mères de manière très différente. Les mères obtiennent un meilleur résultat, mais la classique répartition des rôles — qui est encore apparemment très forte chez les enfants — joue certainement ici.

En ce qui concerne la mère :

•elle cuisine mieux ;

•elle connaît les noms de mes amis ;

•elle fait preuve de davantage d’affection ;

•elle nous informe sur le plan sexuel ;

•elle sait écouter ;

•elle comprend ;

•elle nous accepte comme nous sommes.

En ce qui concerne le père :

•il représente l’autorité ;

•il nous contredit ;

•il interdit ;

•il pose des exigences en ce qui concerne l’école.

En général, les jeunes perçoivent leurs parents comme « très chouettes, positifs et honnêtes ». Ils aiment autant leur père que leur mère. Les jeunes de l’enquête pensent que leurs parents sont fiers d’eux. Ils savent que leurs parents veulentce qu’il y a de mieuxpour eux, et que leur réussite dans la vie leur tient à cœur. Un autre point positif des jeunes sur leurs « chouettes parents » :Ils se sentent concernés par nous et nous expriment l’intérêt qu’ils nous portent.

Qu’en est-il alors de la déclaration du docteur Marneffe : « Les enfants sont plus gâtés que jamais » ? Les jeunes répondent eux-mêmes lorsqu’on leur demande :« Comment élèveriez-vous vos enfants ? »

•Nous devrions écouter davantage, nous asseoir pour mieux écouter.

•Nous devrions discuter avec eux au lieu de nous mettre en colère.

•Nous devrions oserêtre clairs.Fixer des limites. Être comme un rocher dans la tempête au lieu de jouer à l’agent de police et vouloir tout contrôler.

•Nous devrions plutôt travailler avec des « contrats ».

•Nous ne devons pas toujours être d’accord avec nos parents, mais laissons-les exprimer clairement ce qu’ils pensent du sexe, de la drogue et de la société.

•Ils disent littéralement : « Nous, parents, avons peur d’être trop sévères et préférons rester copains. »

•Nous devrions donner moins (mais suffisamment) d’argent de poche à nos enfants afin qu’ils apprennent à le gérer. Nous voulons leur proposer un défi : tout ne peut pas aller de soi, ce n’est pas marrant.

•Marielle dit :« Je ne ferai jamais comme ma mère qui porte un pantalon de jogging bizarre, bien trop jeune pour elle. Elle n’a qu’à s’habiller normalement et pas comme une adolescente attardée ! »

•Pierre fait remarquer : « J’apprendrai à mes enfants comment résoudre un problème pareux-mêmes !C’est ce que fait ma mère, elle m’écoute, mais évite de penser à ma place. » Lucie répond ceci :« Je ne ferai pas comme ma mère. Ma mère me protège constamment, cela me rend anxieuse et me donne le sentiment que je ne peux rien faire parmoi-même.»

Une enquête similaire — avec résultats similaires — a été réalisée au printemps 2004 parIn Petto, le service d’information et de prévention de la jeunesse en Flandre. Un questionnaire a été soumis à 837 jeunes dans l’enseignement secondaire. Les résultats démontrent que les relations entre les ados et leurs parents sont bonnes.

•86% des ados savent qu’ils peuvent toujours parler de leurs problèmes à la maison ;

•81% pensent que leurs parents leur consacrent suffisamment de temps ;

•80% ont suffisamment de liberté ;

•14% pensent qu’ils ont trop de liberté.

Les parents comprennent leurs enfants, savent ce qu’ils font et sont proches d’eux. Les jeunes pensent naturellement que leurs parents s’occupentexagérémentd’eux et, parfois, lesdirigenttrop. Pour être bien dans leur peau, ils demandent à pouvoir participer davantage à l’établissement des règles. Ainsi, ils s’y conformeraient mieux. En d’autres termes : apprendre à prendreses propres responsabilités.

Tout bien considéré, les jeunes tirent le meilleur bénéfice et ont besoin de :

•plus de compréhension, plus de temps ;

•une oreille attentive ;

•pouvoir discuter ;

•qu’on ne pense pas toujours à leur place, mais qu’on leur apprenne plutôt à penser ;

•une approche plus ferme ;

•poser des règles claires et agir de manière conséquente ;

•respect, discipline ;

•respect de la parole donnée ;

•participer à l’élaboration des règles de la maison ;

•leur laisser expérimenter pour en tirer les leçons.

Au sujet de l’offre importante sur le plan matériel, ils disent :

•« laissez-nous apprendre à la gérer » ;

•« donnez-nous un exemple » ;

•« apprenez-nous à dire “non” et apprenez-nous à nous protéger contre l’influence néfaste de l’extérieur ».

En général, nous pouvons dire que la jeunesse actuelle en Belgique et aux Pays-Bas n’est ni meilleure ni pire qu’autrefois. Une différence réside dans le fait que le flux matériel est devenu plus important et que les anciennes voies de communication comme les valeurs, la famille, l’école, les mouvements de jeunesse… ont vu diminuer leur influence morale aux cours des années ou ont tout simplement subi l’influence de ce flux.

Avec ce livre, nous voulons découvrir comment nous sommes arrivés à une situation telle qu’il nous arrive d’appeler nos bambins : « enfants-pourris-gâtés-de-luxe ». Est-il possible d’agir autrement, de suivre ce que les jeunes nous indiquent eux-mêmes ?

Nous allons d’abord réaliser une analyse de l’éducation et de la manière de « gâter » du point de vue des parents, de l’école et de l’enfant lui-même, pour ensuite proposer des alternatives à partir des idées des parents, de l’école et finalement des enfants eux-mêmes.

Chapitre 2

Notre société d’enfants « gâtés »

Dans les années 1960, la jeunesse essayait de s’arracher à la surveillance des adultes, ébranlant ainsi les valeurs traditionnelles. La jeunesse vivait une crise d’identité, un conflit des générations. La jeunesse voulait sa propre culture et se heurtait donc aux valeurs établies.

Adieu l’autorité !

Vive la démocratie !

Les jeunes voulaient vivre « autrement » que leurs parents. Ils s’exprimaient au travers de la « culture hippie », du mouvement « flower power » ou « provos ». En mai 1968, les étudiants à Paris montaient sur les barricades. À Amsterdam, les hippies campaient sur le Dam et les étudiants à la Maagdenhuis. Ce courant s’est répandu à travers toute l’Europe.

En 1960, le monde adulte était à mille lieues de celui de l’enfant. On parlait de « conflit des générations ». En 2004, ce conflit des générations s’est trouvé un consensus :parents et enfants sont plus proches.

Ce constat est confirmé par les enquêtes réalisées auprès des jeunes. Aujourd’hui, les parents et les enfants résolvent les différences d’opinion en toute équité et en concertation. On trouve plus vite un accord afin d’éviter les conflits inutiles. Les enfants semblent même être tellement bien chez leurs parents qu’ils ne les quitteraient pour tout l’or du monde : on appelle ces jeunes des « oisillons qui refusent de quitter le nid ».

De nos jours, les parents sont mieux informés sur la jeunesse et ses problèmes. Ils réagissent mieux et, par conséquent, avec moins d’affrontements. L’attitude plus démocratique de concertation et de consensus vis-à-vis des enfants a pour conséquence que les parents semblent plus accommodants etcèderontplus tôt et plus vite qu’auparavant. Même en ce qui concerne les bébés, nous cédons dès qu’ils commencent à pleurer : on les sort du lit, ils peuvent dormir avec les parents…

Les parents actuels ont généralement une meilleure formation, ont fait des études supérieures, jouissent parfois de deux revenus et ont moins d’enfants. Grâce à une cellule familiale réduite, ils préfèrent rester copains et leur donner tout ce qu’ils peuvent. Les parents se sentent aussi plus vite coupables. En effet, ils travaillent dur, ils ont leurs propres activités et ne sont, de ce fait, pas toujours disponibles pour leurs enfants. Donc ils compensent.