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Veröffentlichungsjahr: 2013
– Les… chaussures… les chaussures…
– Du calme, James, dit une grosse voix. Tu dois te reposer.
J’ouvris péniblement les yeux. Dans une sorte de brouillard épais, j’entrevis la face burinée du capitaine O’Connors. Il était penché sur moi.
– Heureusement que tu as la tête dure comme du bois, mon garçon.
Sans répondre, je jetai un coup d’œil rapide autour de moi. Je reconnus ma cabine. J’étais allongé sur ma couchette, bordé jusqu’au cou, un oreiller me soutenant le dos.
– Notre moussaillon en sera quitte pour une grosse bosse, reprit O’Connors en regardant par-dessus son épaule.
– Une bosse ? murmurai-je d’une voix empâtée, en m’efforçant de rassembler mes souvenirs.
– Aussi grosse qu’un œuf de pingouin, dit la voix d’Owen.
Le grand Gallois se tenait derrière le capitaine O’Connors. Il avait posé son poing sur son crâne.
– Grosse comme ça, ajouta-t-il avec un rire sonore.
J’essayai de me redresser.
– Qu’est-ce qui s’est passé ?
– Allons, ne t’agite pas ainsi, dit le capitaine en me plaquant d’une main ferme contre mon matelas. Tu as dû te cogner.
– Ça arrive quand on n’a pas le pied marin, rajouta Owen.
Et il rit de plus belle.
– Mais comment suis-je arrivé ici ?
– C’est Oliver qui t’a ramené, dit encore O’Connors. C’est lui qui t’a découvert.
– Oliver ?
– Oui, reprit une voix douce et traînante que je reconnus immédiatement, tu gisais inanimé, dans… dans l’entrepont.
Oliver. C’était bien lui, il se tenait à l’écart, à moitié dissimulé par les larges épaules d’Owen. Pendant une fraction de seconde, son regard rencontra le mien. Une image me revint alors en mémoire. Oliver, recroquevillé contre le mur de sa cabine. Oliver, les yeux sans vie. Et maintenant… il était là. Bien vivant.
Par quel prodige ? Et pourquoi mentait-il ? Je n’étais pas dans l’entrepont.
Je n’y comprenais plus rien. Je fis un effort pour rassembler mes idées, mais la tête me faisait trop mal.
– Bien ! dit le capitaine O’Connors, on va te laisser te reposer, mon garçon.
Je protestai :
– Mais tout va bien, c’est juste…
O’Connors me tapota affectueusement la joue.
– N’oublie pas que j’ai promis à ton père de veiller sur toi.
Puis il ajouta d’une voix ferme :
– Alors, repos ! J’ai assez de soucis comme ça aujourd’hui.
Au moment où le capitaine s’apprêtait à refermer la porte, mon regard croisa une nouvelle fois celui d’Oliver. Il semblait troublé, fuyant…
– Repos, repos ! Il en a de bien bonnes, O’Connors, dis-je à voix haute, une fois seul. Comment puis-je me reposer avec tout ce qui s’est passé au cours des dernières heures sur ce fichu rafiot ? Je tâtai avec précaution la proéminence qui trônait au sommet de mon crâne. Aïe ! Ce n’était peut-être pas un œuf de pingouin, mais ce qui était sûr, c’est que ce n’était pas une bosse due au hasard ou à un quelconque faux pas de ma part, comme semblaient le croire Owen et le capitaine O’Connors.
Quelqu’un m’avait assommé. Purement et simplement assommé. Pourquoi ? Ce n’était pas difficile à deviner, j’étais certainement à deux doigts de découvrir la clé de l’énigme !
Ce qui était plus compliqué, c’était : « qui » ?
Je m’assis avec difficulté. J’avais l’impression que ma tête était sur le point d’éclater, mais je devais coûte que coûte remettre mes idées en place. Car j’étais maintenant certain d’être près de la vérité. Et cette bosse en était la preuve.
Bercé par le balancement régulier du bateau, je repensai aux événements des dernières heures. Qui sait ? Peut-être allais-je enfin arriver à remettre en ordre les pièces de cet incroyable puzzle ?
Le Early Bird avait appareillé de Dublin, ma ville natale, la veille au soir, vers 20 h, pour se rendre en France.
Bien que je sois d’une lignée d’authentiques marins irlandais, c’était la première fois que je prenais le bateau. La traversée durerait deux jours à travers la mer d’Irlande, puis l’English Channel que les Français appellent la Manche, avant de rejoindre Le Havre, et de là, encore quelques heures à remonter la Seine jusqu’à Paris, but de notre voyage à tous.
Cette situation m’enchantait à moitié puisque mon séjour sur le continent n’avait rien à voir avec des vacances, mes parents ayant décidé de m’envoyer passer quelques semaines chez une cousine qui habite Paris, dans le seul but de perfectionner mon français. Aussi m’avaient-ils confié aux bons soins du capitaine O’Connors, un impressionnant barbu dont le bateau, le Early Bird, faisait régulièrement la traversée entre les îles britanniques et le continent.
J’étais arrivé très tôt dans l’après-midi et, après avoir terminé mon installation, j’avais proposé au capitaine d’accueillir les autres passagers.
– Je te remercie James, m’avait-il dit en bourrant sa pipe. Ça me permettra de préparer tranquillement le départ.
