Faits d’hiver - Cathy Ribeiro - E-Book

Faits d’hiver E-Book

Cathy Ribeiro

0,0

Beschreibung

« Si on avait su, on lui aurait parlé au vieux. »« On lui aurait dit que pour nous aussi, c’était dur. On était là, on savait pas et on n’a rien pu faire… Pour sûr qu’on s’est ratés. De peu, mais on s’est drôlement ratés… »Parce que les vieux d’aujourd’hui oublient trop souvent qu’ils ont été jeunes hier… et parce que les jeunes d’aujourd’hui ne réalisent pas qu’ils seront vieux demain…Et s’il suffisait de quelques mots ? d’un sourire ou d’un geste pour tout changer ?Un roman qui fait alterner deux récits de vie, comme un parallèle entre deux générations.EXTRAITLa pendule sonnait le quart de onze heures quand Elie devina l’ombre qui contournait le vieil appentis de bois. Sur le fond sombre des planches noircies, elle s’allongeait comme une lueur pâle et floue. Tee-shirt et pantalon clair. Pas très futé pour un voleur…Onze heures un quart. Il faudrait qu’il s’en souvienne pour la déposition. C’est important, l’heure, pour ces choses-là.Depuis plusieurs jours, il avait relancé le balancier de cuivre. Exprès. Pour ne rien manquer de l’heure, du quart, ni de la demie.À la mort de Marcelle, il l’avait enlevé. C’était trop que d’entendre le grignotis du temps qui ne s’écoulait plus. Encore que la nuit, il percevait un léger tintement, l’amorce du coup de marteau sur la cloche de bronze.Onze heures un quart.CE QU'EN PENSE LA CRITIQUEL'écriture est belle, poétique, lorsqu'Elie parle, plus âpre, vive pour le jeune. C'est un roman habile, prenant, tellement possible et d'autant plus poignant ! - Parfums de livresDerrière cette histoire toute simple ressort une belle analyse de la vie, de la jeunesse, de la vieillesse. Le tout écrit avec une plume poétique qui nous porte. - Viou et ses drôles de livresÀ PROPOS DE L'AUTEURNée à Talence en Gironde, Cathy Ribeiro fut très tôt attirée par les livres et les histoires. Elle commence à écrire dès son plus jeune âge, et c’est donc tout naturellement qu’elle s’oriente vers des études littéraires, puis décide de devenir bibliothécaire jeunesse, alliant ainsi son goût pour les mots et pour les marmots !À PROPOS DE LA COLLECTIONLa collection Rester vivant est constituée de nouvelles et de romans qui parlent du monde d’aujourd’hui, en abordant sans détour les questions écologiques, sociales et éthiques qui émergent au sein de la société dans laquelle nous évoluons. Elle s’adresse en priorité aux pré-ados, aux ados… et plus généralement à tous les lecteurs qui résistent encore à l’asservissement des esprits, quel que soit leur âge. Ces livres ont pour ambition, en plus d’attiser l’imaginaire du lecteur, d’éveiller son sens critique et de poser un regard incisif sur nos comportements individuels et collectifs.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern

Seitenzahl: 53

Veröffentlichungsjahr: 2017

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



FAITS D’HIVER

Cathy Ribeiro

Dans la même collection

■ Jours de neige (Claire Mazard)

■ Jours de soleil (Claire Mazard)

■ La peau noire des anges (Yves-Marie Clément)

■ Le 9e continent (Dominique Corazza)

■ Les mains dans la terre (Cathy Ytak)

■ Orient extrême (Mireille Disdero)

■ Phobie (Fanny Vandermeersch)

■ Pripiat Paradise (Arnaud Tiercelin)

■ Station Sous-Paradis (Jean-Luc Luciani)

■ Sur le dos de la main gauche (Anahita Ettehadi)

■ Traits d’union (Cécile Chartre)

■ Trouver les mots (Gilles Abier)

■ Virée nomade (Alain Bellet)

© Le muscadier, 2017 48 rue Sarrette – 75685 Paris cedex [email protected]

Directeur de collection : Christophe LéonCouverture & maquette : EspelettePhotographie de couverture : ©warrengoldswain/Theeravat Boonuang/123RFConversion numérique : Mariane Borie

ISBN : 979-10-96935-02-4 ISSN : 2493-6170

Table des matières

Faits d’hiver

La collection

L’auteure

La pendule sonnait le quart de onze heures quand Elie devina l’ombre qui contournait le vieil appentis de bois. Sur le fond sombre des planches noircies, elle s’allongeait comme une lueur pâle et floue. Tee-shirt et pantalon clair. Pas très futé pour un voleur…

Onze heures un quart. Il faudrait qu’il s’en souvienne pour la déposition. C’est important, l’heure, pour ces choses-là.

Depuis plusieurs jours, il avait relancé le balancier de cuivre. Exprès. Pour ne rien manquer de l’heure, du quart, ni de la demie.

À la mort de Marcelle, il l’avait enlevé. C’était trop que d’entendre le grignotis du temps qui ne s’écoulait plus. Encore que la nuit, il percevait un léger tintement, l’amorce du coup de marteau sur la cloche de bronze.

Onze heures un quart.

La nuit était pleine depuis bientôt trois heures. Pleine, mais pas totale. Comme un grand drap mité tendu au-dessus des arbres, le ciel réverbérait la luminosité de ses milliers d’étoiles. La lune aussi marquait le quart.

Dans sa panière, près de la cheminée, Andy n’avait pas seulement bougé la pointe d’une oreille.

Trop vieux pour faire le guet. Sourd et usé comme le vieil Elie ramassé sur sa chaise, un coude sur le coin de la table, une main recroquevillée sur sa cuisse engourdie.

Bon à rien.

Surtout, éviter la lucidité. À tout prix.

Elie avait posé le ballon d’eau-de-vie sur la toile cirée, devant lui. La porte vitrée de l’immense buffet de bois s’était plainte. Un long cri rauque et mélancolique – il aurait fallu la graisser. À tâtons, il avait cherché le grand col effilé du précieux flacon. D’une main, il avait soutenu la panse ventrue qu’il avait portée contre son estomac. L’alcool, ça vous chauffe les tripes à travers le tissu. Il avait bu au goulot. Une seule lampée qui arrache la gorge. C’était de la pure.

Une traînée de feu avait traversé son corps comme une flèche ardente.

Il s’était ébroué en vieux cheval rétif…

Peur? Elie ne s’était pas posé la question. Il était dans son droit. L’airial avait beau être grand ouvert sur la forêt landaise, il était bien chez lui.

L’ombre avait traversé le jardin, longé le côté sud entre la ferme et le vieux four à pain. Elle aurait tout aussi bien pu se glisser par-derrière, directement vers le séchoir à bois, mais l’accès à la route était barré par un large fossé. Viol de propriété.

Ce n’était pas la première fois qu’il était visité.

Pas de traces. Ni poils, ni plumes. L’animal à deux pattes n’était pas un renard…

Ses empreintes, dans la boue, trahissaient un grand pied du style quarante-cinq; une grosse pointure.

Pas d’argent, une famille à nourrir, Elie l’aurait compris. Il suffisait de demander. Il n’aurait jamais refusé quoi que ce soit. Ici, à la campagne, même si l’on a peu, on est toujours prêt à partager. Mais de venir et prendre, est-ce que c’était une façon de faire chez les gens?

C’est la réserve de bois qui était visée.

Au doute de la première fois, avait succédé l’assurance de la suivante. Elie avait marqué à intervalles réguliers la tranche franche des billots d’un trait de soufre jaune. Il avait compté jusqu’à sept de ces marques, discrètes, mais visibles. Aujourd’hui, cinq seulement restaient. Deux remorques n’y avaient pas suffi. Trop, c’était trop!

Et ce soir, Elie avait sorti son fusil.

Son ombre menaçante se dressait contre le dossier de sa chaise.

Il avait eu un peu de mal à le retirer du râtelier pendu au-dessus de la porte : les bras et les épaules, à son âge, ça ne suit pas toujours. Mais il y était arrivé.

Il avait pris soin de le nettoyer. Sa dernière campagne de chasse remontait à trois saisons déjà. La palombière sans Marcelle, ce n’était plus la palombière.

D’ailleurs, la vie sans Marcelle, ce n’était plus la vie…

C’est peut-être pour cela, ou à cause de cela, qu’il avait décidé de se sacrifier. Pour tous ceux qui n’oseraient pas. Pour tous ceux qui avaient une famille. Pour tous ceux qui en avaient marre et qui avaient envie de se faire justice, mais qui tergiversaient.

Lui, Elie, considérait qu’il n’avait plus rien. Le peu qui lui restait, on le lui enlevait petit à petit… Alors!

Ce n’était pas un coup de tête. Il avait mûrement réfléchi et préparé la chose. Il en assumerait les conséquences. Quelles qu’elles soient. Il le savait.

Ce soir, il s’était regardé dans la glace ébréchée qui pendait au-dessus de l’évier. Il avait lentement palpé son long visage hâve, de ses mains courtes de besogneux. Une barbe naissante, rase, blanche et rude comme du sable, perlait sur ses joues, sous son nez, au creux de son menton. Sous ses sourcils de neige, fournis et en désordre, son regard toujours bleu s’efforçait de chercher, de l’autre côté du miroir, cette image de lui que Marcelle avait aimée. Un peu amer, il contemplait l’œuvre de soixante-quinze années sur un homme. À soixante-dix, Marcelle était encore belle.

Même sur son lit de mort, paisible et reposée, Marcelle était belle. Sa belle endormie…

Elie avait une dernière fois levé les yeux vers le miroir maudit. L’image était devenue floue. Trop vague pour qu’il puisse y soutenir son regard embrouillé.

Il s’était machinalement servi un verre d’eau-de-vie qu’il avait avalé en deux ou trois gorgées, histoire de se nettoyer de la poussière des jours. Ou des souvenirs.