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Beschreibung

La légende arthurienne demeure l'une des principales sources d'inspiration de la Fantasy, de T.H. White à la série Merlin de la BBC, en passant par Marion Zimmer Bradley. Ce 7ème numéro de Fantasy Art and Studies met en évidence tout ce que la Fantasy doit à la matière arthurienne et tout le potentiel créatif que les personnages, motifs et thèmes du Moyen Âge possèdent encore aujourd'hui. The arthurian legend remains one of the main sources of inspiration of Fantasy fiction, from T.H. White to the BBC TV series Merlin, through Marion Zimmer Bradley. This 7th issue of Fantasy Art and Studies highlights all that Fantasy owes to the Matter of Britain and the creative potential that characters and themes from the Middle Ages still have today.

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EPUB

Seitenzahl: 285

Veröffentlichungsjahr: 2019

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EDITO

Depuis les origines de la Fantasy, les légendes du roi Arthur, de Merlin, des fées de la forêt de Brocéliande et des chevaliers de la Table ronde constituent des thèmes privilégiés du genre. Que ce soit pour leur dimension épique en représentant de preux chevaliers combattant des dragons, ou pour leur aspect merveilleux opposant de puissants magiciens à des êtres féériques, les motifs arthuriens se prêtent particulièrement bien aux codes narratifs et esthétiques de la Fantasy. Les productions – littéraires, graphiques, et audiovisuelles – continuent d’ailleurs de se multiplier sur ce sujet qui inspire toujours plus les artistes contemporains, comme le montre Marie Hamel dans son étude de la série télévisée Merlin.

Les auteurs, chercheurs et illustrateurs de ce numéro mettent ici en évidence tout ce que la Fantasy, ancienne et actuelle, doit aux légendes arthuriennes, et tout le potentiel créatif que les personnages, motifs et thèmes du Moyen Âge possèdent encore en 2019. Car les possibilités sont vastes : les interprétations proposées vont du conte humoristique, avec la nouvelle de Christophe Germier, à une représentation dystopique d’une chevalerie ayant perdu ses idéaux, dans la nouvelle de Macha Tanguy. Polymorphe et sans cesse renouvelée, la Fantasy arthurienne prend parfois même des échos de Science-fiction, comme dans la nouvelle de Louise Sbretana.

Nos auteurs montrent toutes les possibilités d’interactions entre les héros de la Table ronde et les dames de la cour, qu’elles soient reines, fées ou sorcières, à l’instar de Céline Dannappe, Hadrian McPherson et Morgane Derenty-Camenen, qui jouent avec les codes des romans de chevalerie médiévaux. La question de l’éternel triangle amoureux entre Arthur, Guenièvre et Lancelot est également analysée par C. Palmer-Patel, tandis qu’Hélène Cordier s’interroge plus spécifiquement sur la réinterprétation de la reine dans l’œuvre de Jean-Louis Fetjaine.

Certaines figures moins connues trouvent aussi leur place dans ces récits de Fantasy arthurienne, comme dans la nouvelle d’Olivier Boile consacrée à Elaine. Les personnages féminins sont d’ailleurs particulièrement bien représentés dans cet univers pourtant typiquement masculin, notamment à travers le mythe d’Avalon. C’est justement ce que rappelle Jeanne-France Bignaux dans son étude comparée des œuvres de Malory et de Marion Zimmer Bradley. Pour conclure ce numéro, Elena Natrochvili, Anthony Boulanger et Guillaume Labrude soulignent dans leur création le rôle prédominant qu’occupent les femmes aux pouvoirs surnaturels dans la Fantasy arthurienne.

Bien que tué au combat, disparu ou endormi depuis des siècles, le roi Arthur est immortel dans les monde de Fantasy, et l’histoire de sa cour glorieuse se décline à l’infini.

Since its origins, Fantasy has regularly drawn from the Matter of Britain, be it from the legends of King Arthur and his Knights of the Round Table, or from the stories of the wizard Merlin and the faeries. Those medieval topics correspond so precisely to the diegetic and aesthetic codes of Fantasy that they can easily be treated and expanded in rewritings and in original Fantasy creations. Incidentally, contemporary artists and authors keep on producing literary, graphic, and audio-visual Fantasy works based on the Arthurian legends: in this issue, Marie Hamel studies for example the reinterpretation of the famous wizard in BBC One’s TV series Merlin.

The authors, scholars and illustrators of this new issue highlight all that Fantasy, past or present, owes to the diff erent aspects of the Arthurian legends. And the creative possibilities are indeed vast and numerous: the Arthurian Fantasy proposed here ranges from comic fairy-tales, with Christophe Germier’s short story, to a dystopian view of a lost knighthood, in Macha Tanguy’s narrative. This ever-changing Fantasy can even take on Sci-Fi aspects, as it does in Louise Sbretana’s short story.

Our authors insist on the various possible interactions between the heroes of the Round Table and the ladies of the court, be they queens, faeries or witches. Hence, Céline Dannappe, Hadrian McPherson and Morgane Derenty-Camenen all toy with the expectations of medieval chivalric romances. The eternal love-triangle between Arthur, Guinevere and Lancelot is studied by C. Palmer-Patel, whereas Hélène Cordier focuses on the reinterpretation of the queen in Jean-Louis Fetjaine’s work.

Some of the lesser known medieval characters also fi nd their way into Arthurian Fantasy, as Elaine in Olivier Boile’s short story. It is worth noting that female characters are particularly present and active in this typically male-dominated universe, especially through the myth of Avalon. This aspect is underlined by Jeanne-France Bignaux in her comparative study of Malory and Marion Zimmer Bradley. To conclude this issue, Elena Natrochvili, Anthony Boulanger and Guillaume Labrude develop new contexts for this female prevalence, by insisting on the role of supernatural female characters in Arthurian Fantasy.

Even when he is killed in combat, when he disappears, or falls asleep for centuries, King Arthur remains immortal in the Fantasy worlds, and the legends of his glorious royal court keep nourishing our own stories.

Justine Breton

Sommaire

SOUPES, CHAUDRONS ET ENFANTS SAGES

LES DRAGONS DE MERLIN

FROM MORGAN LE FAY TO MORGAINE: THE VISIBILITY OF WOMEN FROM MALORY’S LE MORTE DARTHUR TO MARION ZIMMER BRADLEY’S THE MISTS OF AVALON

LA DAME AU LYS

LA FÉE DE LLYN OGWEN

THE EVOLUTION OF THE ARTHURIAN LOVE TRIANGLE

GUINEVERE : LA DAME BLANCHE DE JEAN-LOUIS FETJAINE

LA PLANÈTE DE LANVAL

YVAIN OU LA HARPE DE BOISMAUDIT

JUSQU’À LA LIE

LA SÉRIE BRITANNIQUE MERLIN DU PROPHÈTE OMNISCIENT AU SORCIER EN FORMATION

LE SOMMEIL D’AVALON

DE CAMLANN À AVALLACH, D’AVALON À LA VÉRITÉ

PROCHAIN NUMÉRO TRIBUTE TO TERRY PRATCHETT / HOMMAGE À TERRY PRATCHETT

SOUPES, CHAUDRONS ET ENFANTS SAGES

FICTION

Christophe Germier

De ses études en Histoire puis de son travail de guide-conteur au Centre de l’Imaginaire Arthurien, Christophe Germier a gardé deux sources dont il nourrit ses histoires : l’imbrication des événements passés et l’inépuisable réservoir mythologique des pays dans lesquels il voyage, lesquels se mêlent dans le chaudron de son imaginaire à ses convictions écologiques. Ses nouvelles sont publiées chez Arkuiris, Gandahar et Rivière Blanche.

Thanks to his History studies and his work as a guide and storyteller at Centre de l’Imaginaire Arthurien in Brittany, Christophe Germier has found two sources of inspiration for his own fi ction: the intertwining of past events and the endless mythological tank of stories of the countries he visits. These sources blend in the cauldron of his imagination with his ecological beliefs. His short stories have appeared at Arkuiris, Rivière Blanche and in Gandahar.

Notre histoire commence sur l’île en forme de patate que d’aucuns nomment aujourd’hui l’Irlande. Ah l’Irlande ! Berceau des légendes ! Sanctuaire des contes oubliés ! Cette île balayée par les vents qui courent le long des collines avec ses habitants tout petits, tassés par la pluie battante. Oh ils ont bien essayé de monter des murs pour arrêter le vent, mais rien ne l’empêche de passer, à part peut-être la laine des milliers de moutons qui broutent dans les champs. Alors à ce qu’on raconte, les Irlandais ont trouvé une autre occupation. Ils mélangent de la bière et de la soupe pour donner un truc qu’on appelle la Guiness, et ils vont la boire au « peub ». Mais trêve de digressions ! Car cette histoire commence bien avant l’invention de la Guiness et des « peubs ». C’est une histoire qui commence bien avant l’invention des histoires d’ailleurs et peut-être même avant que les hommes appellent le monde « monde ».

En ce temps-là, l’Irlande était gouvernée par une reine aux cheveux de feu, aussi belle qu’elle était petite. Kerridwen était son nom, et si elle n’était pas toujours de bonne humeur, c’est qu’elle avait pour tâche de gouverner les Irlandais, lesquels réclamaient toujours plus de bière et toujours plus de soupe. Résultat, Kerridwen n’avait pas beaucoup de temps pour ses loisirs favoris. Et quels drôles de loisirs ! Pensez-vous qu’elle aurait aimé courir après un ballon ? Que nenni ! Son truc à elle et à elle seule, c’était de prononcer des mots comme on en avait plus entendus depuis l’aube du monde, de tisser des toiles enchantées pour retenir les princes prisonniers, de courir à travers la forêt pour cueillir de quoi nourrir le chaudron qui bouillonnait sans cesse dans ses cachots. Car Kerridwen était un peu sorcière. Et un peu lasse de gouverner. Elle aurait tellement aimé qu’on la laisse tranquille à ses potions et à ses corbeaux ! Il aurait été si doux de prendre une heure ou deux pour respirer les parfums des poisons ! Ou de réaliser un filtre d’amour pour une belle éplorée ! Oh si seulement !

Alors, un jour qu’elle s’éveillait une fois de plus la mort dans l’âme, toute grognon de devoir aller faire de la politique plutôt que de s’adonner à l’art délicat de la dissection de chauve-souris, elle eut une idée. Ce qu’il lui fallait, c’était un enfant, une petite chose parfaite pour gouverner à sa place ! Un enfant qui soit beau et grand, éloquent et intelligent ! Oui vraiment, ce serait si parfait !

Kerridwen se mit donc en quête d’enfants et elle en eut deux…qui étaient loin d’être parfaits, il faut bien le dire. Le premier était d’une beauté éclatante. Tous les gens qui posaient le regard sur lui tombaient dans les pommes, frappés par sa beauté comme un arbre par la foudre. En revanche pour ce qui était de l’intelligence…Non pas qu’il soit particulièrement bête, mais la lumière de la Lune effaçait sa mémoire toutes les nuits. Tous les matins, les serviteurs du château devaient lui apprendre son nom, qui était sa mère, comment manger à la cuillère…Parce qu’après quelques tentatives, utiliser un couteau s’était révélé trop dangereux pour son entourage. Alors imaginez, gouverner un royaume ? Impossible !

Kerridwen eut donc un second enfant. Et celui-ci, tous les gens qui posaient le regard sur lui tombaient dans les pommes, frappés par sa laideur comme un arbre par la foudre… Il avait sur le front trois yeux qui correspondaient à trois bosses dans son dos. Et tous les matins, le bout de son index disparaissait un peu plus pour mieux repousser dans son autre main. Une horreur ambulante ! Mais d’une intelligence…remarquable ! Le petit regardait à peine la couverture d’un livre qu’il savait déjà tout ce qu’il contenait. Pratique, mais comment gouverner si personne n’ose vous voir ?

Kerridwen était accablée. Jamais elle ne pourrait laisser l’un ou l’autre gouverner. Ou alors ils se retrouveraient « rois des tombés dans les pommes » et plus personne ne travaillerait dans les champs, ne chasserait ni ne pêcherait. Aucun berger ne guiderait encore les moutons dans les pâturages et les pauvres bêtes finiraient par tomber dans la mer ! Non, il lui fallait trouver une solution. Aussi se rendit-elle dans les obscures montagnes du Kerry, perdues au milieu des brumes.

Là, au fond d’une caverne, trois femmes vieilles comme les océans lui confièrent une recette qui devait donner naissance au plus bel enfant que l’Irlande ait jamais porté. Il lui fallait réunir les ingrédients secrets du monde dans un chaudron au plus profond de son château et tourner la potion pendant un an et un jour…

« Un an et un jour ! s’exclama la sorcière. Mais je ne le pourrai jamais, je suis reine, je ne peux pas laisser mon peuple pour aller touiller une marmite pendant 366 jours !

— Très bien, répondit la première. Dans ce cas, tu peux faire une croix sur ton avenir de sorcière

— Car reine tu seras jusqu’à ce que la mort t’emporte, ajouta la seconde.

— Double, double, peine et trouble. » conclut la troisième.

Kerridwen se renfrogna.

« Très bien ! Je trouverai une solution dans ce cas.

— Lorsque tu auras tourné la potion pendant un an et un jour, reprit la première, il te restera au fond de ton chaudron trois gouttes d’argent.

— Il faudra que tu les boives, ajouta la seconde, et le prochain enfant que tu auras sera conforme à tes désirs.

— Double, double, peine et trouble. » conclut la troisième.

Sans un mot de plus, Kerridwen s’en retourna chez elle toute excitée et s’attela à la tâche. Elle réunit bientôt tous les ingrédients nécessaires : ailes de chauve-souris, bave de crapaud, et autres trucs de sorcière classiques. Puis elle partit à la recherche des ingrédients invisibles du monde, ceux-là même qui permirent autrefois d’emprisonner le loup Fenrir : le souffle des poissons, la barbe des femmes, les nerfs d’ours ou encore des racines de montagne ! Certains dirent qu’il lui fallut cent ans. D’autres murmurent qu’une seconde aurait suffit à la grande Kerridwen.

Alors, toute heureuse de ses trouvailles, elle demanda l’aide d’un de ses serviteurs. Ce dernier n’était ni le plus grand, ni le plus beau, car il s’agissait d’un gnome du nom de Gwion Bach. Les gnomes sont des créatures étranges, toutes rabougries avec des oreilles pointues pendantes. Et sur leur tête difforme se trouve souvent un énorme nez qui rappelle les pommes de terre de monsieur Parmentier.

« Maîtresse Kerridwen, dit-il avec une voix nasillarde, je peux vous venir en aide, mais pour ce faire, il me faut deux choses : un escabeau, et une boîte d’allumette ! »

Aussitôt dit, aussitôt fait ! La belle Kerridwen claqua dans ses doigts et les deux objets apparurent.

Le gnome traîna l’escabeau jusqu’au chaudron, grimpa dessus, atteignant à peine le bord de l’énorme cuve. Il attrapa alors la louche et se mit à tourner. La sorcière le laissa à sa potion et repartit s’occuper des affaires de l’Irlande et ses habitants ivres de soupe.

Pendant le premier jour et la première nuit, le chétif Gwion Bach ne faillit pas à sa tâche. Mais quand le soleil se leva pour la seconde fois sur la potion de Kerridwen, il sentit ses yeux le picoter et ses paupières tressaillir. Son instinct ne lui dictait qu’une chose : dormir ! Oh oui, un matelas crémeux et bienveillant fait de persil et de gousses d’ail, voilà ce qu’il lui fallait absolument. S’allonger là dans les parfums d’escargots beurrés et oublier ce vilain chaudron. Mais voilà, il avait fait une promesse et il devait la tenir. Tournant la potion d’une main, il se saisit d’une petite allumette dans la boîte à ses pieds et la glissa dans son œil droit pour garder la paupière bien ouverte. Il en fit de même dans l’œil gauche. Et répéta l’opération encore et encore, chaque fois que les bouts de bois se mettaient à faiblir. Et ce pour les 364 jours restant. Tout au long de l’année, il ne tourna que d’un bras, bête de gnome qu’il était, et son bras droit devint fort et musclé. L’autre pourtant, faute d’utilisation, devint aussi maigre qu’une vache en hiver.

Le 366ème matin, alors que son calvaire allait enfin toucher à sa fin, Gwion Bach eut une mauvaise surprise. Dans la boîte, il ne lui restait plus qu’une allumette.

— Misère, soupe de crevette et pipe en bois ! s’exclama le gnome.

Du bout de son doigt tout maigre, il gratta l’unique poil de son menton tout en torturant les idées farfelues de son intellect limité. Et soudain, alors que le soleil frappait son crâne par le soupirail du cachot, la lumière se fit sur son esprit en même temps que sa peau.

— Bon sang de bourbe de baïonnette ! Mais c’est bien sûr ! cria-t-il tout fier dans son cachot. Ce côté gauche ne m’est d’aucune utilité, il me suffit de le laisser dormir tandis que le droit termine la potion !

Aussitôt dit, aussitôt fait ! Le gnome ferma l’œil gauche et toute cette partie de son corps suivi en devenant mou comme une limace. Il se saisit alors de la dernière allumette et la glissa dans son œil. D’un bras expert et musclé, il touilla les trois petites gouttes d’argent restantes dans le chaudron quand soudain… horreur ! Là ! Au pied de l’allumette ! Une toute petite fissure fit son apparition, grimpa jusqu’à la tête de la brindille et…

Crac ! Voilà l’allumette envolée, et la paupière lourde d’un an tombe comme une pierre dans un verre d’eau. Le gnome s’endormit sur le bord du chaudron, sans savoir que Kerridwen approchait à grands pas du cachot, toute heureuse de pouvoir enfin boire la potion de « L’enfant parfait ». Mais quelle ne fut pas sa surprise, quand, ouvrant la porte, elle trouva le gnome Gwion Bach en train de ronfler comme un adolescent ! Oh ça non ! Hors de question ! Tire-au-flanc de bout de lardon !

« Gwion Bach ! hurla-t-elle. Gwion Bach ! Gwion Bach ! Sacripant de gnome mal fagoté ! »

Du fin fond de ses rêves, Gwion Bach entendit la voix de sa maîtresse qui, tel un guide impitoyable, le ramena aux frontières de la réalité. Le gnome s’éveilla, tout hébété, et bascula de l’escabeau.

Le voilà bientôt les quatre fers en l’air, et les trois gouttes d’argent dans la marmite s’agitent, s’agitent, s’agitent ! Le chaudron se met trembler, à vibrer et soudain…

Blam ! Le chaudron explose !

Les trois gouttes d’argent s’envolent dans les airs sous les yeux de Kerridwen, enragée et terrifiée... et tombent droit dans la bouche du gnome Gwion Bach étendu sur le sol, la bave aux lèvres. Ploc ! Ploc ! Ploc !

La sorcière se met à éructer, à vociférer, à beugler sur le pauvre gnome. Elle se précipite vers lui, les bras en avant, les doigts crépitants de magie, prête à tuer la pauvre créature. Quand tout à coup, le ventre de Gwion Bach se met à bouillonner, à pétiller, et dans un nuage de fumée pouf !

Le voilà transformé en lièvre et d’un coup de patte, il détale entre les jambes de Kerridwen et se précipite hors du château. La sorcière prononce alors des mots comme on en a plus entendu depuis l’aurore du monde et prend l’apparence d’un lévrier. La chasse est ouverte !

Le lièvre Gwion Bach court en tous sens dans toute l’Irlande, d’abord au sud, puis au nord, puis à l’est, puis à l’ouest. Mais où qu’il aille, ses bonds sont suivis des cruelles enjambées de Kerridwen le lévrier. Sous sa forme de chien, elle manque de l’attraper une fois dans les champs, une fois en haut d’une colline et même dans la forêt. Et toujours, alors que Gwion Bach croit sa dernière heure arrivée, un petit bond de côté lui sauve la vie. Seulement voilà, l’Irlande est une île, entourée par la mer et toujours l’océan finit par le coincer. Et alors qu’il arrive tout en haut des falaises de Moher, et que Kerridwen le rattrape, la bave aux lèvres, prête à le manger, Gwion Bach saute dans l’océan. Dans sa chute, il sent son ventre qui se met à bouillonner, à pétiller et dans un nuage de fumée…pouf !

Le voilà mué en poisson et il file à travers les eaux. Mais la sorcière n’a pas dit son dernier mot. Elle prononce une fois des plus les mots enchantés et hop, elle prend la forme du pire ennemi du pauvre poisson : une loutre, un chien de rivière comme on dit ! Et tous deux repartent de plus belle, à travers les mers, les océans, les rivières, les ruisseaux et les torrents. Ils remontent jusqu’à la source des montagnes et se jettent dans les fleuves. Et quand Gwion Bach a déjà bravé les eaux par cinq tours du monde endiablés, il désespère quand il se jette hors de l’écume des vagues et tout à coup…son ventre se met à bouillonner, à pétiller et dans un nuage de fumée…pouf !

Le voilà qui se fait hirondelle, charmante et espiègle qui court à travers les nuages. Mais la sorcière n’a pas dit son dernier mot. Elle prononce encore une fois les phrases venues du passé et ses poils se font plumes. Ses dents aiguisées deviennent bec acéré, et sous les traits d’un épervier, elle se lance après l’hirondelle. Le pauvre Gwion Bach vole à tire d’aile à travers les ciels bleus, les ouragans, les ciels chargés d’éclairs, et alors qu’il repasse au-dessus de l’Irlande…Son vente se met à bouillonner, à pétiller et dans un nuage de fumée, pouf !

Le voilà métamorphosé en un tout petit grain de blé. Il tombe dans un champ, tout fier de sa trouvaille, tout heureux d’échapper à la sorcière. Un grain de blé dans un champ de blé ! Qui irait le trouver ? La sorcière Kerridwen, en rapace rusé, se pose au milieu des brins dorés, et donne un coup de tête à gauche, puis à droite. Mais pas moyen de trouver Gwion Bach. Elle prononce une dernière fois les mots enchantés. Et la voilà faite poule noire, énorme et dodue. D’un coup de bec, elle dévore la moitié du champ, et ne trouvant pas d’autre trace du gnome ensorcelé, s’attaque à la seconde moitié. Le champ débarrassé du moindre épi, Kerridwen est bien embêtée. Pas de trace de ce satané Gwion Bach !

Elle reprend alors forme humaine et rentre dans son château. Sur la route, son ventre, énorme, rempli d’épis, ballotte de chaque côté de ses hanches. La sueur coule le long de son front. Elle a chaud. Elle a froid. À peine arrivée dans son château, elle remet au lendemain ce qu’elle devait faire ce jour-là et se précipite dans sa chambre. Après tout, qui dort dîne !

Kerridwen dormit d’un sommeil sans rêves, toujours agité. Elle se tourna et se retourna. Tantôt à gauche, tantôt à droite. Et lorsque le soleil se leva, son énorme ventre avait disparu. Etrange, pensa-t-elle en fermant à nouveau les paupières.

« Salut Maman ! » lui dit alors une voix sur le côté.

Kerridwen ouvrit les yeux en sursaut, et trouva dans les draps à côté d’elle, un petit enfant. Il avait sur le front, la bouche et le cœur, trois tâches d’argent.

« Qui es-tu ? demanda-t-elle au petit.

— Moi ? Mais je suis ton enfant, Kerridwen, répondit l’autre. Tu avais demandé un enfant beau, intelligent et éloquent. Me voici ! Oh tu as un peu forcé sur la grasse matinée mais ne t’en fais pas, ton royaume peut attendre. »

Kerridwen n’en croyait pas ses yeux. Elle était pourtant sorcière, mais ça…

« Ne t’en fais pas pour le cordon ombilical, je m’en suis chargé, reprit l’enfant. Et je peux d’ores et déjà t’annoncer la suite de notre aventure. Demain, je saurais parler deux-cent cinquante quatre langues et tous les dialectes du monde. Après demain, ce ne sera pas très drôle mais je ferai ma crise d’adolescence. Dans trois jours, enfin, j’aurais pris le corps d’un adulte et tu me donneras une harpe. J’irai parcourir ce monde pour conter des histoires. Ah et au fait, je m’appelle Taliesin. »

Kerridwen, éberluée, passa les jours les plus étranges de sa vie, avec cet enfant qui voulait grandir trop vite. Et quand le troisième matin se leva, elle donna une harpe à Taliesin. Embrassant sa mère, le barde au front d’argent laissa derrière lui les châteaux d’Irlande pour aller parcourir ce monde qui était jusqu’alors encore vide d’histoires et de légendes. Car on raconte aujourd’hui que toutes les histoires commencèrent ici, quand la reine Kerridwen donna naissance au barde Taliesin. Et ce barde, au-delà de ses nombreux talents, eut aussi de nombreux enfants. Parmi eux se trouvait un drôle de bonhomme que l’on fit parfois fils du Diable et roi de Northumbrie. Un personnage qui aimait prendre l’apparence d’un vieillard à la barbe blanche et qui eut un grand rôle à jouer auprès d’un certain roi Arthur. Il n’est même plus utile de le nommer, mais certains aimeront entendre peut-être encore sonner son nom : Myrddhin, le nomment certains, mais par chez nous, on le connaît plus sous le nom de Merlin.

Quant à ses hauts faits et ses grandes actions, elles seront pour un autre temps et un autre soir, car ceci, chers amis, est une autre histoire.

LES DRAGONS DE MERLIN

FICTION

Céline Dannappe

Née en 1992, Céline Dannappe passe sa vie entre développement d’application mobile, écriture et sorties à Paris. Ayant toujours voyagé grâce aux mots d’auteurs de Fantasy tels Robin Hobb et Terry Pratchett ou d’auteurs plus classiques tels Victor Hugo et Alexandre Dumas, c’est au détour d’un NaNoWriMo qu’elle a commencé à mettre ses propres histoires à l’écrit. Depuis, elle n’a pas arrêté, toujours en train d’affûter sa plume dans un café parisien.

Céline Dannappe was born in 1992. She spends her life between the development of mobile apps, writing and going out in Paris. She has always explored new worlds thanks to the words of Fantasy authors such as Robin Hobb and Terry Pratchett or more classical authors such as Victor Hugo and Alexandre Dumas. Her participation in a NaNoWriMo led her to start writing her own stories. Since then, she has not stopped and she keeps sharpening her storytelling talents in Parisian cafés.

C omme chacun le sait, il fut un temps où Morgane et Lancelot furent élevés côte à côte au château d’Armoria. Les jeunes gens s’entendaient si bien que d’aucun aurait juré qu’ils se marieraient et formeraient ainsi l’union la plus parfaite qui ait jamais été. Il s’agissait bien là du souhait de leurs parents, et le monde, les astres et Dieu semblaient en accord avec cette alliance.

Le jeune Lancelot éblouissait par la fi nesse des traits de son visage et par son cœur pur, aussi innocent qu’un agneau. Il ne disait jamais un mot plus haut que l’autre et la fée Viviane, sa marraine, l’avait si bien éduqué que ni les arts ni les lettres n’avaient de secret pour lui. Sa conversation était toujours charmante et convenable. Morgane, quant à elle, avait appris à manier l’arc et l’épée quand elle en avait eu l’âge, mais elle excellait surtout dans l’art de dresser les animaux et de chasser. Ses faucons étaient réputés comme les plus fidèles que le Seigneur eut mis sur cette terre. Les jeunes gens étaient tant amis, que la demoiselle emmenait parfois Lancelot dans son fauconnier écouter les chants de ces oiseaux qu’il aimait tant. La mère de Morgane, Dame Ygerne, et la fée Viviane, avaient convenu d’attendre les seize ans du jeune homme, au début de l’été, avant d’annoncer leurs fiançailles.

Or, la veille de cet anniversaire, une femme entra dans la ville qui bordait Armoria. Elle portait une longue tunique blanche sous laquelle brillait sa cotte de maille. Sa monture était elle aussi blanche et possédait un regard bleu qui obligeait ceux qui le croisaient à mettre leur cœur à nu et à dévoiler ainsi leurs pensées. Cette femme, brave et intrépide, se nommait Guenièvre. Son destrier, offert par un empereur lointain, se nommait Garandoil, ce qui signifiait neige des cieux.

Sur son chemin, elle rencontra Lancelot. Celui-ci avait semé son escorte par mégarde. En voyant l’étrangère, il fit mine d’appeler ses gens mais elle l’arrêta avec ces mots :

« Ne prenez point peur, jouvenceau, je me bats pour la pureté, et votre jeune front en dévoile tant que je jure de tout faire pour vous si vous acceptez d’être mien. Où sont donc vos parents que je puisse leur exprimer mes souhaits? »

Le damoiseau, rougissant, lui indiqua le château et la guerrière s’élança dans sa direction. La fée Viviane se trouvait à l’écurie, Guenièvre la rejoignit et lui parla ainsi :

« Dame, ce fils que vous avez, je le veux épouser. Si mon ton semble impérieux, ce n’est que parce qu’il est porté par l’élan de mon cœur. »

Viviane se trouvait bien embarrassée mais devant les yeux du cheval blanc, elle dut parler de l’accord passé avec Dame Ygerne. Ainsi le soir même, Guenièvre sollicita une audience publique pour défier Morgane :

« Jouvencelle, de par ton jeune âge, je t’offre de choisir dans quelle discipline nous nous affronterons pour la main de Lancelot »

Morgane, influencée par les yeux de la monture et impressionnée par la carrure de sa rivale lui répondit:

« Je ne puis point vous affronter, noble Dame, à voir votre monture et vos épais bras il ne saurait y avoir de discipline dans laquelle vous n’excellez. Je n’ai point le pouvoir de contrer votre volonté, mais, je vous en prie, renoncez à votre projet et soyons amies. »

Le sourire de Guenièvre se déforma en rictus méprisant. Elle refusa. Dame Ygerne intervint, elle ne voulait pas que sa fille renonce à un si beau parti ;

« Consultons Merlin, lui seul trouvera l’épreuve adaptée. »

Tous acquiescèrent à cette proposition. L’enchanteur arriva le lendemain avec, dans un chariot, deux grosse pierres rondes, lisses et luisantes comme du fer. Devant les deux rivales et les familles de Morgane et de Lancelot, il proclama:

« Voici deux œufs de dragon. Chacune de vous en prendra un. S’ils ont tous deux éclos dans un an, ils s’affronteront et la vainqueure gagnera la main de Lancelot. Si l’un des deux dragons n’a pas éclos d’ici là, sa maîtresse sera déclarée vaincue. »

Ainsi fut fait : Morgane choisit la première son œuf et Guenièvre emporta celui qui restait. Elle promit de revenir au prochain anniversaire de Lancelot.

Dame Ygerne fit dépêcher son cousin, Roland du Pays de Galle. Il avait pu voir le combat des dragons rouge et blanc quand le roi Vortigern l’usurpateur était sur le trône et, depuis, avait parcouru le continent pour enrichir ses connaissances à propos de ces créatures fascinantes. Plusieurs mois passèrent avant que le conseiller n’arrive à bon port.

Pendant ce temps, Dame Ygerne fit dégager une étable dans laquelle elle fit poser le lourd œuf de dragon. Morgane y venait souvent regarder la sphère. L’automne ne tarda pas à se déclarer. Quelques domestiques se mettaient parfois à l’abri du froid dans l’étable où l’oeuf émettait une chaleur telle qu’aucun boeuf ne pouvait l’égaler. Lancelot lui aussi venait quelques fois observer cet étrange objet avec des yeux teintés de curiosité.

À chaque fois que Morgane évoquait cette joute contre Guenièvre, le jeune homme se montrait plus excité par le spectacle qui l’attendait qu’inquiet pour son avenir. Morgane le suspectait même de souhaiter la victoire de la guerrière blanche. Elle en fut blessée, elle n’avait jamais envisagé qu’ils ne se marient pas ensemble.

Quand enfin le cousin arriva, le froid de novembre emplissait déjà l’air et de plus en plus de monde s’entassait dans l’étable. Roland approuva Dame Ygerne quant à l’emplacement de l’œuf :

« Nous ne pourrions espérer meilleur présage qu’une éclosion à Noël. »

L’érudit organisa des combats de petits animaux autour de l’œuf pour aiguiser la barbarie et la combattivité de l’animal. Mais lorsque Noël vint, l’œuf était toujours entier. Le cousin Roland commença à le frapper de temps en temps à l’aide d’un bâton, dans l’espoir que le bruit exciterait la bête et la forcerait à venir au jour. Quand Morgane lui demanda s’il n’avait pas peur que le monstre ne les massacre, il avait répondu :

« N’ayez point d’inquiétude, jeune dame, les dragons sont des créatures à moitié divines et à moitié diaboliques, ce qui signifie que lorsqu’il sortira, il aura soif de sang mais obéira immédiatement à votre voix si vous lui ordonnez d’arrêter. »

Les dernières neiges n’étaient pas encore passées quand Dame Ygerne vint voir sa fille le visage grave.

« J’ai dépêché certains de mes gens en Carmélide pour me rapporter les faits et gestes de votre rivale. Son dragon a éclos. La bête est blanche et fait la taille de trois homme de la tête jusqu’au cou. Elle a montré la férocité qu’on attend de son espèce et prend plus d’un quintal par semaine. »

À compter de cette annonce, le cousin remplaça les combats de petits animaux tels que rats et coqs par de braves bêtes comme des lévriers, des loups ou même, lorsqu’il en trouvait, des ours. L’étable se trouva rapidement tapissée de paille vermeille. La demoiselle n’aimait pas voir ces nobles animaux se massacrer. Le cousin lui reprocha plusieurs fois son absence au combat mais rien n’y pouvait faire, elle ressentait une honte grandissante de ce spectacle que verrait le dragon en naissant. Elle n’aurait su l’expliquer, mais elle sentait que la créature n’appréciait pas ces combats, contrairement à Lancelot qui n’adressait plus la parole à Morgane qu’à ces occasions.

En apprenant ses absences à l’étable, sa mère la sermonna. Manquait-elle de volonté au point que l’œuf refuse d’éclore ? Allait-elle renoncer au destin que Dieu lui avait choisi ? Allait-elle tout gâcher par peur de la compétition ? Devant la harangue de sa mère, Morgane accepta de se soumettre aux souhaits de son cousin.

C’est ainsi que tous les soirs de la fin de l’hiver au début du printemps, elle assista à de véritables combats de bête. Tripes, os, sang s’éparpillaient dans une chaleur infernale. Elle ne s’habituait pas au spectacle mais sa présence en ces lieux lui permit de découvrir un lien mystique entre elle et l’œuf. Le pressentiment se changea en certitude, l’écœurement qu’elle ressentait lui était transmis par le dragon. Et ce sentiment grandissait au point que Morgane se sentait devenir souffrante rien qu’en entrant dans le bâtiment. Elle se mit à redouter les soirées dès lors que ses paupières s’ouvraient le matin.

Un jour, alors qu’elle n’en pouvait plus, elle tomba malade. Le cousin promit de continuer les combats tant qu’elle gardait le lit. Mais quand vint l’heure des affrontements, elle sentit le dragon l’appeler. Elle fut attirée par une force irrésistible vers l’étable. Elle descendit jusqu’au bâtiment, en fièvre, le front et les cheveux mouillés de sueur, le regard exorbité, le teint plus pâle qu’à l’ordinaire. À la vue de ce corps chancelant, chacune des bêtes arrêta le combat et se rangea sur le coté. La demoiselle atteignit l’œuf et, alors qu’il était si lourd que deux femme en pleine santé ne suffisaient pour le porter, elle le souleva et l’emmena avec elle. Personne n’osa élever la voix pendant l’apparition de la jouvencelle.

Elle monta l’œuf dans son fauconnier et y trouva un sommeil immédiat. Le lendemain, elle fut éveillée par les cris de stupéfaction de Lancelot. L’œuf était craquelé, il était en train d’éclore. Le dragon mit quelques minutes à briser la coquille, minutes pendant lesquelles les exclamations admiratives du jouvenceau emplirent le cœur de Morgane de fierté. Les miettes d’œuf s’éparpillèrent autour de la créature tandis qu’elle redressait la tête, déroulant un corps souple recouvert d’écailles vertes. Elle balança un instant ses ailes avant de prendre son envol et parcourut le fauconnier avec superbe.

Lancelot fit mine de s’inquiéter :

« Mais ne va-t-il pas dévorer vos faucons ?

– Ne vous en faîtes pas, je sais qu’il ne le fera pas »

Le damoiseau grimaça :

« Ne devrait-il pas faire montre de férocité ? L’on dit que celui de Dame Guenièvre a dévoré un troupeau de moutons à son éveil. Et il était bien plus gros que cela ! »

La jeune femme tâcha de ne point prendre ombrage de ces remarques et répondit :