Farid - isabelle Desbenoit - E-Book

Farid E-Book

Isabelle Desbenoit

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Beschreibung

Farid a 15 ans. Il habite Marseille et semble être un adolescent comme les autres… Jusqu’au jour où un événement va bouleverser sa vie… Avec ses amis Jérémy et Jordi puis Caroline, il va vivre trois extraordinaires aventures ! De Cassis à Québec, en passant par l’Auvergne, les adolescents vont devoir mener des enquêtes aussi passionnantes que dangereuses… Arriveront-ils à s’en sortir vivants ? Partage avec eux de l’amitié, des émotions fortes, la découverte de différentes régions de France et du Canada… Et surtout des aventures pleines de SUSPENSE ! Une TRILOGIE haletante que tu auras envie de lire d’une traite ! un livre pour les 9-14ans

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Veröffentlichungsjahr: 2014

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Sommaire

Farid et le mystère des falaises de Cassis

Un mystérieux correspondant

Début de vacances mouvementé

Vers l’inconnu

Mystère sous terre

Prisonniers

Jérémy se surpasse

Épilogue

Sommaire Tome I

Farid au Canada

Des vacances laborieuses

Un mystérieux interlocuteur

Cours et surprise dévoilée

En route pour la forêt et l’aventure…

Étranges trappeurs

Périlleuse équipée

Épilogue

Sommaire Tome II

Farid et les secrets de l’Auvergne

Une Québécoise à Marseille

Rencontre dans les parcs

La chevauchée aventureuse

Les gendarmes s’en mêlent…

Pauvre Marie /Jérémy a une idée de génie

La chance sourit aux audacieux

Épilogue

Sommaire Tome III

Du même auteur :

-

Farid et le mystère des Falaises de Cassis

, BoD, 2009

-

Farid au Canada

, BoD, 2009

-

Farid et les secrets de l'Auvergne

, BoD, 2009

Un Thriller religieux :

-

In manus tuas Domine…

, BoD, 2009

Un recueil de Nouvelles :

-

Recueil de (Bonnes) Nouvelles

, Bod, 2014

Farid et le mystère des falaises de Cassis

Tome I de la Trilogie

Roman

Isabelle Desbenoit

Chapitre I

UNE SURPRISE INESPÉRÉE

Farid jeta son sac sur la chaise de l’entrée et se précipita dans le salon.

« Maman ! cria-t-il, j’ai gagné le concours littéraire du lycée ! J’ai gagné le premier prix ! L’ordinateur avec une connexion Internet pour une année !

— Je suis très contente pour toi mon chéri ! Bravo ! Quand l’auras-tu ?

— La remise des prix aura lieu samedi matin à onze heures, si tu veux venir… Il y a aussi Jérémy qui a eu le septième prix, il aura un lot de CD au choix.

— Cela me fait plaisir pour lui, et si tu veux invite-le samedi midi avec sa mère… Nous fêterons tout cela ensemble.

— D’accord, bonne idée ! Tu sais… je vais pouvoir surfer sur Internet comme bon me semble, plus besoin d’aller à la médiathèque et de payer si cher. C’est génial ! »

Farid, grand et maigre adolescent de quinze ans, avait le beau teint bronzé de son Algérie natale. Il était en seconde au lycée Ganière. Orphelin après un tragique accident qui l’avait laissé seul au monde alors qu’il venait juste d’arriver en France, il avait été adopté par les Demoncours à l’âge de quatre ans. Fils unique de ses parents adoptifs, il vivait avec eux dans un petit F3 au cinquième étage d’un immeuble du centre de Marseille. Son père était chauffeur de bus et sa mère travaillait à mi-temps comme assistante pour le compte d’un avocat.

Le trio s’entendait à merveille ; il régnait en général dans l’appartement une atmosphère joyeuse et paisible. Jérémy, le meilleur ami de Farid, habitait au nord de la ville et était l’aîné de trois enfants.

Après avoir avalé une demi-baguette tartinée de confiture, Farid se mit rapidement à ses devoirs. Il les expédiait habituellement au plus vite pour ressortir voir ses amis ou les accueillir chez lui. En ce moment, leur passion à tous était le BMX, et ils se retrouvaient plusieurs fois par semaine place Féréol pour s’entraîner. Libre jusqu’à vingt heures, Farid en profitait largement mais ses parents exigeaient qu’à cette heure, il soit rentré pour dîner ; en été, il ressortait jusqu’à vingt-deux heures. Il lui arrivait cependant de rester dans sa petite chambre pour écouter de la musique, rêver ou lire. Il pouvait aussi regarder la télévision, discuter avec ses parents ou jouer à la playstation.

Farid était un garçon réfléchi, posé, mais il adorait rire. Son adolescence se passait bien malgré des moments de blues qu’il soignait en écoutant en boucle ses groupes et chanteurs préférés : Kyo, Sinsemilia, Ska-P, Nofx.

Pour l’heure, Farid, gonflé à bloc, acheva rapidement ses exercices de physique, survola les verbes irréguliers anglais, puis enfila son blouson et sortit en trombe. Dévalant les cinq étages en sifflotant, il se précipita dans la rue et courut prendre un bus pour se rendre à la FNAC. Il voulait demander de la documentation sur l’ordinateur qu’il allait recevoir samedi. C’était l’un des derniers PC sortis et, même dans ses rêves les plus fous, il n’aurait jamais pu imaginer en posséder un à quinze ans !

Il arriva dix minutes avant la fermeture, et se vit remettre un livret correspondant au modèle souhaité par un sympathique vendeur. Dans le bus qui le ramenait rue Sainte-Anne, il le dévora de la première à la dernière page, et arriva juste à l’heure pour le dîner. Son père le félicita.

« Farid, je suis vraiment content pour toi ! Mais où vas-tu mettre cet ordinateur ?

— Dans ma chambre Papa !

— Et la prise de téléphone pour la box ? Tu sais bien que le téléphone est dans l’entrée ! Et tu sais qu'avec ta mère nous ne voulons pas installer d'ondes Wi-fi dans l'appartement.

— Ah oui ! zut… Tu crois que l’on peut faire courir un fil le long du mur ?

— En le coinçant sur la plinthe, je pense que c’est possible, nous verrons cela mon grand. »

Ayant terminé son gratin de pâtes au jambon et son fromage blanc, Farid retourna dans sa chambre pour faire de la place réservée à ce cher « computer » qui trônerait sur son bureau dans deux jours. Il n’eut pas trop de la soirée pour dégager une surface jonchée de magazines, de livres, de gadgets et autres CD.

Quelle chance tout de même d’avoir remporté ce prix ! Il l’avait obtenu de justesse car Élodie, également scolarisée à Ganière, n’avait eu qu’un point de moins. Il s’agissait de produire une dissertation sur un thème au choix parmi une liste donnée. L’épreuve avait réuni les volontaires de tous les lycées de Marseille dans un grand gymnase de la ville. Farid avait choisi de traiter un sujet relativement difficile : « La citoyenneté aujourd’hui ». Il avait la chance de posséder de bonnes aptitudes de rédaction, il lisait beaucoup et se tenait au courant de l’actualité en discutant souvent avec ses parents. Mais il n’aurait jamais cru qu’il sortirait premier sur les cinq cents candidats !

À vingt-deux heures trente, il éteignit la lumière et s’endormit en rêvant à ce clavier sur lequel il allait bientôt pouvoir tapoter face à un écran qui scintillerait de mille feux pour lui ouvrir les portes du monde.

Enfin, le samedi arriva et, pour une fois, Farid n’eut aucun mal à sortir de son lit. Sa mère l’accompagna à la mairie, avec la voiture, afin de pouvoir récupérer l’encombrant objet. Quand, après le discours du premier adjoint, Farid entendit celui-ci annoncer « Farid Demoncours : premier prix ! », il sentit son cœur cogner à toute allure dans sa poitrine. Il se leva et se rendit sur l’estrade comme dans un rêve.

Les officiels, le sponsor du concours, les professeurs, tout le monde lui serra la main et l’on apporta sur un chariot roulant trois grands cartons enrubannés.

Puis ce fut le tour d’Élodie de recevoir un lecteur DVD et un lot impressionnant de films ; le troisième prix était un BMX et, à partir du quatrième prix des lots de CD clôturaient les récompenses.

Farid, debout sur l’estrade, applaudissait ses camarades et regardait sa mère, fière et souriante. Il y eut ensuite un pot avec jus de fruits et petits-fours, mais Farid, terriblement excité, ne put rien avaler.

Vers midi, à l’issue de la réception, un employé de la mairie vint charger les trois précieux cartons dans la Clio familiale. Une demi-heure plus tard, ils trônaient dans l’appartement.

« Maman, je peux déballer ?

— Non Farid, ton ami et Papa vont arriver d’un moment à l’autre ; aide-moi plutôt à dresser la table, tiens ! Mets cette nappe et installe le bouquet dans un vase. »

Farid s’exécuta, déçu. Lorsque la sonnette retentit, il courut ouvrir à Jérémy, sa mère et ses deux petites sœurs. Henri, le père de Farid, les avait pris en voiture en revenant de son travail.

Le déjeuner fut joyeux et animé ; on fêta l’événement au cidre. Seule avec ses trois enfants, Solange appréciait toujours de venir chez les Demoncours ; c’était des amis fidèles sur qui elle pouvait compter. Les deux familles se rendaient souvent service.

Une fois la tarte au chocolat avalée, les deux garçons demandèrent à sortir de table.

« Accordé ! dit en riant Madame Demoncours ; allez vite installer la merveille !

— Merci M’man… on fera la vaisselle plus tard ! annonça Farid qui participait habituellement à cette tâche.

— Vous en êtes dispensés aujourd’hui, Messieurs les lauréats ! »

Les deux garçons disparurent, ravis. Ils se mirent à la tâche et passèrent tout l’après-midi et la soirée, aidés du père de Farid, à installer l’ordinateur et les périphériques : box, enceintes, imprimante/scanner, jeux et logiciels… Rien ne manquait.

Jérémy téléphona à sa mère, repartie en fin d’aprèsmidi, pour lui demander la permission de dormir chez Farid. Le dimanche fut consacré à régler, à connecter, à tester… Ils ne mirent pas le nez dehors et, à la fin du week-end, l’ensemble fonctionnait.

Dès lors, la vie de Farid changea ; il passait ses soirées dans sa chambre, les yeux rivés à l’écran. Il avait un vaste choix : les jeux, la musique, les forums de discussions, le surf sur le Web…

Jérémy venait souvent et obtenait quelquefois la permission de rester jusqu’au lendemain. Les parents de Farid, le voyant littéralement rivé à sa machine, avaient bien vite réagi : il n’était autorisé à s’en servir qu’en soirée et devait se coucher à vingt-deux heures les jours d’école. Ce couvre-feu devait être respecté sinon son père ôtait le fusible qui alimentait sa chambre… Il s’était fait avoir plusieurs fois et maintenant il mettait son réveil à sonner dix minutes avant l’heure fatidique pour être sûr de pouvoir clore les affaires en cours, quitter une partie de « Counter strike » ou une discussion en ligne…

L’adolescent continuait à voir ses amis après les cours, mais rentrait rapidement à la maison pour retrouver son cher ordinateur.

Il adorait dialoguer sur les chats et autres forums ; il s’y était d’ailleurs fait rapidement des amis virtuels.

Il se mit notamment à correspondre avec une jeune canadienne du même âge, avec le vice-champion de France de BMX qui lui donna quelques conseils techniques et avec un professeur à la retraite qui l’aida bénévolement en maths.

Quelque peu timide avec la gente féminine de son collège (Farid nourrissait, comme tant d’autres à son âge, certains petits complexes : il se trouvait trop maigre, n’aimait guère son visage à cause d’un nez légèrement busqué), il était le bon camarade poli et gentil mais restait distant.

Avec Caroline, qui vivait à Toronto et qui ne l’avait jamais vu, il se sentait très à l’aise. Il lui racontait beaucoup de choses et l’adolescente répondait pareillement à ses confidences.

Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes et Farid était loin de se douter qu’Internet allait l’entraîner dans une aventure extraordinaire…

Chapitre II

UN MYSTÉRIEUX CORRESPONDANT

C’était la fin du week-end, il était dix-neuf heures, Farid revenait d’une virée en BMX avec ses copains dans les rues de la ville. Après s’être douché, il s’était préparé un plateau-repas ; en effet, le dimanche soir, chez les Demoncours, chacun avait quartier libre pour se sustenter à sa guise…

L’adolescent mangeait donc souvent un gros paquet de chips accompagné de Coca-Cola et d’un yaourt à boire.

Pas besoin de fourchette, de couteau, de verre, la liberté de manger tout en surfant… le bonheur !

"Vous avez un nouveau message !"

Il ouvrit sa boîte électronique et découvrit un message énigmatique :

" Si tu habites dans les Bouches-du-Rhône, peux-tu m’aider à résoudre un mystère ? J’ai quinze ans et je viens de retrouver dans le grenier de mon grand-père de mystérieux documents. Je t’en dirai plus si tu acceptes. Je me permets de t’envoyer un e-mail car j’ai vu que ton pseudo dans le forum BMX incluait le nombre treize, je suppose que c’est ton département à moins que ce ne soit ton âge ?"

Effectivement c’était un jeune du forum vélo qui écrivait ; Farid n’avait donc aucune raison de se méfier car, pour s’inscrire, il fallait une lettre d’accord des parents, des justificatifs d’identité et de domicile si l’on était mineur, avec vérification par les modérateurs.

Piqué par la curiosité, Farid répondit immédiatement qu’il habitait bien Marseille et qu’il était d’accord pour en savoir plus et pour aider son interlocuteur s’il le pouvait.

Apparemment, le correspondant n’était pas actuellement en ligne et, n’ayant pas de réponse, Farid termina la soirée en jouant en ligne à "War craft" et oublia le curieux message.

Deux jours plus tard, Farid avait au lycée une interrogation de mathématiques. Il souhaitait passer en première scientifique et devait pour cela obtenir une moyenne correcte dans cette matière. Il dut donc utiliser sa soirée du lundi à réviser tout le programme des deux premiers trimestres.

Plongé dans les fonctions affines, les constructions géométriques et autres vecteurs, il n’ouvrit pas son ordinateur, ce qui lui arrivait rarement depuis que celui-ci trônait sur son bureau.

L’adolescent était assez autonome dans son travail scolaire ; ses parents n’y mettaient guère le nez, sauf quand leur fils le leur demandait. Bien que ne sachant pas exactement dans quelle branche il voulait se diriger, le jeune garçon avait envie de faire des études supérieures.

Ce n’est donc que le mardi soir qu’il ouvrit sa boîte aux lettres électronique et qu’il s’aperçut que « jordi15 » lui avait répondu :

" Salut ! J’habite depuis un mois à Cassis, près de la route des crêtes qui part sur La Ciotat. Mon grand-père y possédait une grande maison bourgeoise dans la garrigue. Il est mort voici six mois et nous l’a léguée ; avec mes parents, nous commençons à trier ses affaires. Dans le grenier, j’ai trouvé un vieux cartable avec des plans jaunis et une lettre. Apparemment, mon grand-père a découvert quelque chose d’extraordinaire dans la garrigue. Je n’ai pas encore d’amis dans le coin et il n’est pas facile de s’intégrer à mes camarades d’école qui se connaissent tous ! Je te demande bien sûr le plus grand secret sur le sujet, il ne faut pas que cela s’ébruite. Que dirais-tu de nous rencontrer dimanche après-midi… Pourrais-tu venir jusqu’ici si tes parents sont d’accord ?"

Farid, tout excité, se précipita dans la salle à manger où ses parents étaient en train de discuter.

« Papa ! Maman ! Excusez-moi de vous déranger… J’ai un truc à vous demander ! J’ai un nouveau copain et il m’invite dimanche, il habite près de la route des crêtes à Cassis, est-ce que je peux y aller ?

— C’est un peu loin… répondit Monsieur Demoncours en plissant les lèvres ; il serait peut-être utile que l’on connaisse ses parents avant, non ?

— Et bien, vous n’avez qu’à m’emmener en voiture et vous les saluerez en même temps ! Il s’appelle Jordi, il est nouveau dans la région et il n’a pas de copains. S’il vous plaît… supplia Farid en prenant une voix de petit garçon soumis.

Monsieur et Madame Demoncours se concertèrent du regard, amusés.

— Après tout, chéri, si nous en profitions pour aller faire une balade en bord de mer, cela nous ferait du bien, non ? Qu’en penses-tu ?

— Ce n’est pas une mauvaise idée ! acquiesça le père. »

Farid, tout heureux, fit deux gros bisous à sa mère et courut répondre à son nouvel ami, en lui demandant l’adresse exacte et en lui expliquant que ses parents le déposeraient. Par chance, Jordi était aussi connecté et répondit de suite. Le rendez-vous était pris.

Le lendemain, au lycée, Farid mit discrètement Jérémy au courant de l’affaire et promit de le tenir informé. Évidemment, Jordi avait réclamé le secret mais Jérémy était muet comme une tombe quand il le fallait et Farid se voyait mal cacher quelque chose d’aussi important à son meilleur ami.

Le samedi, après avoir fait ses devoirs, il passa l’après-midi à répéter les figures acrobatiques de BMX sur la piste aménagée à la Santière.

Le dimanche arriva enfin et, comme il passait en général la matinée dominicale à dormir, il n’eut qu’à prendre son brunch : toasts, jambon, œufs, céréales accompagnés de lait et de chocolat ; la petite famille s’en fut à bord de la Clio.

Au terme d’une demi-heure de trajet, le véhicule s’immobilisa devant une somptueuse demeure d’autrefois. La façade était certes un peu décrépie, mais une jolie balustrade de pierre entourait le perron. La bâtisse semblait immense avec ses grandes fenêtres aux volets vert olive, sa terrasse, ses trois étages et son imposante véranda qui servait de jardin d’hiver.

Une végétation brouillonne enveloppait le tout : des argelas, de petits chênes verts et un nombre impressionnant d’espèces de fleurs entourées d’herbes folles. Une balancelle rouillée et un salon de jardin en fer forgé étaient éparpillés dans un savant désordre. On devinait que le jardin avait dû être autrefois entretenu avec soin.

Les Demoncours n’eurent pas besoin de sonner car la lourde porte d’entrée s’ouvrit et un garçon souriant apparut ; de taille moyenne, il semblait costaud, presque rondouillard, avec des joues pleines et un visage poupin.

« Bonjour ! lança-t-il d’une voix haut perchée. Entrez ! Mes parents vous attendent.

Jordi les introduisit dans une salle à manger très spacieuse. De lourdes tentures et quelques fines tapisseries couvraient les murs. De superbes meubles anciens étaient disposés avec goût et les parents de Jordi furent installés dans des fauteuils en cuir foncé.

— Bienvenue ! dit Monsieur Garrère ; vous prendrez bien un café avec nous… »

Tout ce petit monde fit connaissance autour des tasses et des petits fours ; le courant passa rapidement entre les deux familles. Il fut même question de promenade commune.

Après une demi-heure, Jordi entraîna son nouvel ami dans un grenier où régnait un joyeux désordre. Ils se frayèrent un passage au milieu du bric-à-brac et, entre un vieux vaisselier branlant et une pile de chaises en rotin, une antique serviette en cuir apparut, posée sur un vieux tabouret de bois.

« Je n’ai rien touché pour que tu voies le contexte, expliqua Jordi ; Grand-père a dû vouloir que l’on trouve ces documents, il ne les a pas vraiment cachés. Regarde dans cette enveloppe, il y a une lettre et des plans.

— Les garçons ? Vous venez vous promener avec nous ? cria Madame Garrère du bas de l’escalier.

— Zut ! C’est ma mère… Viens ! On prend l’enveloppe et on descend. »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Jordi courut au salon pour expliquer qu’ils préféraient rester, tandis que Farid s’installait dans un fauteuil à bascule ; il sortit les documents de l’enveloppe. Au comble de la curiosité, il lut d’abord une lettre.

Juin 2004

Moi, Eugène Marie Alexandre Garrère, demande à celui ou ceux qui liront cette lettre de continuer secrètement le travail que j’ai entrepris depuis l’année dernière. Malheureusement, j’ai dû arrêter mon enquête car mon attaque cérébrale ne m’a plus permis de sortir dans la garrigue. J’avais trouvé des vieux plans dans un creux de rocher près de la falaise. Je les ai soigneusement recopiés car ils étaient en très mauvais état. Je cède donc ces plans en espérant que mes successeurs auront plus de chance que moi. Je n’ai pas non plus réussi à comprendre la série de quatre chiffres qui se trouvent sous l’en-tête du Géronomia.

Apparemment, ce que l’on doit découvrir a une importance capitale pour élucider le naufrage du « Géronomia » en 1950.

Ce bateau a mystérieusement disparu sans laisser de traces au large de Cassis. À bord, se trouvaient de jeunes anglais issus de la haute aristocratie. L’affaire fut étouffée à l’époque… On en ignore la raison. Les familles des passagers n’ont jamais pu connaître les circonstances de la disparition de leurs proches. On a conclu à un naufrage mais l’épave n’a pas été retrouvée à ce jour. J’ai indiqué les zones que j’ai déjà fouillées en les hachurant, merci de continuer les recherches. Je pense que ce que l’on découvrira sera à la mesure de l’opacité du mystère…

C’est sur cette phrase énigmatique que s’achevait la missive.

« Que penses-tu de tout cela ? interrogea Jordi. Regarde maintenant les plans : apparemment, il s’agit d’une zone vers la grande falaise. L’endroit est désertique, il n’y a aucune maison ; on a juste les courbes de niveau pour se repérer.

— Tu es déjà allé là-bas ? demanda Farid.

— Non… Tu sais, il y a peu de temps que nous sommes ici, et cela fait quinze jours seulement que j’ai trouvé ça. Et puis, je n’ai pas trop osé y aller seul… Car il paraît qu’il se passe plein de choses louches là-bas : des suicides, des meurtres… Je préférais donc attendre !

— Tu as bien fait ! dit Farid, protecteur. Si tu veux, nous pourrions monter une expédition avec Jérémy, mon meilleur ami. À trois, je pense que cela serait plus prudent.

— Tu crois que ton copain saura tenir sa langue ?

— Sûr et certain !

— Et il aime le BMX ?

— Bien sûr !

— Alors d’accord ! Que dirais-tu si je vous invitais pendant les vacances de Pâques ? La maison est grande, vous apporteriez vos vélos et ainsi on pourrait y aller en journée, d’ici, il faut bien une heure de montée.

— Ma foi, cela me semble sympa comme idée, et Jérémy sera ravi de sortir de son HLM. À mon avis, il faudra être aussi méthodique que ton grand-père et passer toute la zone non hachurée au peigne fin. D’ici les vacances, il reste quinze jours, le temps pour nous de préparer matériellement les choses et de faire des recherches via Internet sur ce « Géronomia », il nous faut retrouver le contexte de cette étrange disparition.

— J’ai l’impression que l’on ne va pas s’ennuyer à Pâques ! Et je suis drôlement content d’avoir de la compagnie, car je commençais à broyer du noir tout seul ici… Ça me change tellement de Paris.

— Tu es fils unique ?

— Non, j’ai un frère de vingt-quatre ans et une sœur de vingt et un ans. Ils sont tous les deux étudiants et sont restés dans l’appartement que nous occupions là-bas. Papa y va trois jours par semaine pour son travail et sinon il travaille à la maison grâce au réseau.

— Il fait quoi ton père ?

— De l’audit pour des multinationales…

— Et ta mère ?

— Elle est correctrice pour une maison d’édition, et travaille aussi à la maison. Ils se sont installés chacun un bureau au troisième étage. »

Les deux garçons passèrent l’après-midi à bavarder et à échafauder leur plan. Vers dix-sept heures, leurs parents rentrèrent et l’on prit le thé accompagné d’une salade d’oranges et d’un délicieux gâteau maison. Jordi profita de ce moment de convivialité pour demander si, pendant les vacances de Pâques, il pourrait inviter Farid et Jérémy. Les parents de Jordi trouvèrent l’idée excellente, d’autant plus qu’ils s’apercevaient que leur fils s’ennuyait quelque peu dans cette maison isolée ; travaillant tous deux, ils n’avaient guère le loisir de lui tenir compagnie durant la journée. Quant aux Demoncours, ils étaient heureux que leur fils puisse ainsi profiter du bon air. Cela ferait également du bien à Jérémy et sa mère accepterait probablement.

Une fois rentré, Farid s’empressa de téléphoner à son ami pour lui demander de passer chez lui, assurant qu’il ne pouvait rien lui dire au téléphone.

Mis au courant, Jérémy, bouillant d’enthousiasme comme à son habitude, contacta sa mère sur le champ pour faire part de l’invitation. Celle-ci accepta, faisait pleine confiance à la famille Demoncours. Dans deux semaines donc, les choses sérieuses allaient commencer…

Chapitre III

DÉBUT DE VACANCES MOUVEMENTÉ

En ce lundi d’avril, les BMX attachés à l’arrière de la Clio, les sacs à dos tassés dans le coffre, Farid et Jérémy, excités au possible, roulaient en direction de La Fringante, nom de la bâtisse où vivait leur ami Jordi.

« Les garçons : vous êtes sûrs que vous voulez rester les deux semaines entières, vous n’allez pas vous ennuyer ? Vous êtes des citadins après tout…

— Non, Maman ! Je t’assure, on reviendra dimanche à Marseille pour vous voir si tu veux, mais on a vraiment envie de rester ensemble deux semaines.

— Bon, bon… Je compte sur vous pour vous faire remarquer par votre bonne tenue, n’est-ce pas ?

— T’inquiète pas Maman, c’est toi qui m’a éduqué alors faut pas te faire de souci ! Et tu connais Jérémy, c’est un gentleman…

— De toute façon, si quelque chose ne va pas, vous êtes rapatriés illico presto ! Je téléphonerai et la maman de Jordi m’a promis de ne rien me cacher.

— Compris maman, message reçu ! »

En arrivant, Madame Garrère leur attribua une chambre chacun. Jérémy était aux anges et n’en croyait pas ses yeux, tant la pièce était presque aussi grande que la totalité de l’appartement où il habitait avec sa mère et ses deux jeunes sœurs !

Chez lui, il avait bien un coin personnel, mais il s’agissait, en fait, d’une toute petite pièce sans fenêtre où son lit et une chaise suffisaient à remplir l’espace.

Les Garrère avaient embauché une aide-ménagère, Marie-Claude. Elle viendrait le matin et serait chargée de leur préparer les repas et de faire le ménage dans les communs, mais les garçons devaient faire leurs lits et leurs chambres.

Le père de Jordi serait absent une grande partie de la semaine et sa mère, débordée par des travaux urgents à terminer, ne pourrait guère s’occuper d’eux. Autant dire qu’ils allaient avoir la paix pour mener leur enquête !

Une fois installé, le trio se retrouva chez Jordi pour faire le point sur leurs recherches concernant le Géronomia. Sortant une chemise de son classeur de français (ils étaient aussi censés faire leurs devoirs pendant les vacances), Farid en extirpa quelques feuillets.

« Voilà : j’ai réussi à retrouver la liste des personnes disparues à bord du navire ; ils étaient sept, apparemment tous des Lords anglais richissimes. Il n’y avait probablement pas d’homme d’équipage ; ils auraient donc conduit le bateau eux-mêmes. Ils se rendaient en Égypte et avaient fait escale à Marseille. Le but de leur voyage était apparemment touristique ; ils avaient entre vingt et vingt-cinq ans, tous célibataires, héritiers des plus grandes familles de l’époque. L’un d’eux, Lord Thimothy Carrington faisait partie de l’équipe nationale de cricket.

— Moi, j’ai retrouvé les caractéristiques du bateau affirma Jordi ; il s’agissait d’un navire à voiles de vingt mètres, j’ai même pu avoir un croquis sur le site du musée national de la marine anglaise. Regardez ! Il est beau non ?

— Ce que je ne comprends pas, renchérit Jérémy, c’est comment ces plans secrets à l’en-tête du Géronomia, ont pu être retrouvés par ton grand-père dans les rochers de la falaise sans avoir été mouillés, ni détériorés, s’ils ont coulé… Il ne devrait plus rien rester ?

— Attendez ! Peut-être y a-t-il eu un ou plusieurs survivants, voire tous… Et qu’ils se soient sabordés volontairement… fit Farid songeur. Mais pourquoi disparaître ainsi, ne plus recontacter leurs familles alors qu’ils étaient tous riches et sûrement promis à un brillant avenir ?

— Peut-être ont-ils été victimes de pirates ? Vous croyez que l’on va trouver quelque chose là-haut ? demanda Jordi.

— Je n’en sais fichtrement rien, mais ça vaut la peine d’essayer ! conclut Farid.

— Dites donc, les gars, il est l’heure de dîner ! Ma mère n’aime pas quand on est en retard.

Ils dévalèrent le grand escalier en marbre et passèrent à table non sans s’être lavé les mains à l’office. Le repas fut calme ; Jérémy et Farid répondirent poliment aux questions de leurs hôtes. Ils étaient tous deux, à la vérité, assez intimidés par le cadre et la distinction naturelle des Garrère. Jérémy surtout, si peu privilégié par la vie, avait du mal à se détendre. Les parents de Jordi, très fins, firent tout pour qu’il se sente à l’aise et, à la fin du repas, ils y avaient, semble-t-il, réussi ; le garçon riait et avait repris sa spontanéité habituelle.

Après avoir aidé à débarrasser, les jeunes amis se retirèrent chacun dans leur chambre. Il était convenu qu’ils consacreraient les soirées à l’étude ou à la lecture. Les Garrère étaient intransigeants pour tout ce qui concernait la scolarité et le troisième trimestre allait être déterminant pour leurs passages en première. Néanmoins deux fois par semaine, ils pourraient regarder un bon film ou une émission intéressante à la télévision.

Le lendemain, tous trois se retrouvèrent à neuf heures pour un petit-déjeuner consistant.

« Maman, demanda Jordi en engloutissant une brioche, tu permets qu’on aille pique-niquer avec nos vélos ? On ne rentrera pas tard…

— D’accord ! Mais tu prends ton portable et tu m’appelleras à midi, que je sache si tout se passe bien, répondit Madame Garrère qui, responsable des trois adolescents, se sentait légèrement anxieuse.

— Pas de problème Maman, je t’appellerai !

— Je vais demander à Marie-Claude de vous préparer le pique-nique, dans ce cas. »

Chacun muni d’un petit sac à dos, coiffé d’une casquette, en tee-shirt et bermuda, la troupe se mit en route. L’air était encore un peu frais en ce mois d’avril, mais le soleil était aussi bien présent.

Ils prirent la route des crêtes ; sinueuse, elle était raide par endroits et, après avoir essayé de la gravir en BMX, ils décidèrent de monter à pied en poussant leur engin sur certaines portions particulièrement difficiles. En tout cas, les vélos seraient bien utiles là-haut, dans la garrigue, et ils permettraient de redescendre plus vite. Heureusement, tous trois les avaient équipés de freins en prévision de la descente interminable. De plus, ils avaient surélevé leurs selles de manière à pouvoir les utiliser au maximum contrairement à l’entraînement où elle ne servait qu’à la réception lors des sauts et autres figures.