Fées contre faits - Christiane Angibous-Esnault - E-Book

Fées contre faits E-Book

Christiane Angibous-Esnault

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Beschreibung

Les Aventuriers du Patrimoine partent en sortie scolaire dans la forêt de Brocéliande. Augustin, Manon et Octave sont plongés au cœur des légendes arthuriennes et des célèbres mégalithes, de quoi ravir Octave, vaillant défenseur de Merlin et de Viviane, et contrarier l’esprit scientifique d’Augustin. Si, en plus, la gendarmerie s’en mêle, voilà de quoi bousculer le paisible village de Tréhorenteuc et mettre en danger le pari des deux amis. Manon arrivera-t-elle à les réconcilier ? Qui remportera les Joutes oratoires du Val sans Retour ? Leur amitié résistera-t-elle à cet affrontement ?


À PROPOS DE L'AUTEURE

Artiste aux nombreux talents, Christiane Angibous-Esnault a choisi de privilégier l’écriture depuis sa rencontre avec l’archéologue Jean-Olivier Gransard-Desmond en 2007, date où elle est également tombée dans la potion magique de l’archéologie. Mettant ses talents d’écrivain au service de la médiation scientifique pour le jeune public au sein de l’association ArkéoTopia une autre voie pour l’archéologie, elle a donné naissance au personnage d’Augustin et développé les aventures archéologiques de ce dernier.

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Seitenzahl: 112

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Couverture

Page de titre

Sur la route de Paimpont

L’AUTOCAR ROULAIT sous le soleil, en route vers Brocéliande. Toute la classe de sixième à son bord devisait avec excitation. Pour un peu, on ne s’entendait plus.

– Génial, tu vas voir ! On va sortir Excalibur du rocher !

– N’importe quoi, y a longtemps qu’elle n’est plus là !

– Si ! Y en a une ! C’est pas la vraie, mais c’est pareil !

– Tu crois qu’on va voir des fées ?

– Peut-être des dragons !

– Sans déc’ ! T’es ouf ! Les dragons et les fées, ça n’existe pas !

– Si, il suffit d’y croire !

– Un peu de calme les enfants, lança monsieur Bourdon, leur professeur d’histoire-géographie, en prenant le micro. Vous allez perturber le chauffeur.

Augustin ne disait rien. La tristesse passait dans ses yeux verts. Il réfléchissait en regardant Octave assis devant lui. Les deux amis étaient brouillés.

Augustin et Octave ne se ressemblaient guère mais se soutenaient moralement car ils étaient tous deux raillés par les autres élèves, Augustin à cause de ses cheveux roux, Octave à cause de son embonpoint. Dans cette adversité, les deux garçons s’épaulaient car ils étaient les meilleurs amis du monde, du moins jusqu’à la semaine dernière ! Or, depuis ce jour, Octave boudait et ne semblait pas décidé à accepter le dialogue.

Les autres élèves chahutaient et parlaient tous en même temps.

– Regarde, on arrive bientôt, y a de la forêt partout !

– J’espère qu’on ne va pas aller dans les bois maintenant, il va bientôt faire nuit !

– Finalement, avoue que tu as peur !

– Nan ! Mais ce ne serait pas prudent, on n’y verra rien !

– Allez ! Avoue que tu as peur des sorcières !

Plusieurs enfants se mirent à scander en chœur :

– Les-sor-cières, les-sor-cières, les-sor-cières…

Augustin en avait assez de toutes ces fables. Il aimait bien les légendes mais il y avait des limites.

– Hé ! Ce n’est pas parce qu’on va aller voir Merlin à l’École des sorciers que ce sont des histoires vraies, lança-t-il à ceux qui étaient proches de lui. Toutes ces légendes ont un fondement historique. C’est plutôt chouette, non ? On va comprendre la véritable histoire de Brocéliande !

Assise à côté d’Augustin, Manon, qui n’avait encore rien dit, renchérit à l’attention de ses camarades :

– Parfaitement ! De l’histoire, de l’archéologie et de la géologie. C’est passionnant !

Lucas lança d’un ton railleur :

– Ha, ha, mademoiselle fait la belle pour son copain et fayoter auprès du prof !

– Absolument pas, répondit-elle en haussant les épaules.

– Laisse tomber, fit Augustin. Il est bête mais pas méchant.

Manon faisait partie du trio d’amis. Elle n’habitait pas le même village qu’Augustin et Octave mais à quelques kilomètres seulement. Elle n’avait pas non plus partagé leurs jeux d’enfance puisqu’elle venait de Provence. Cependant, ils s’étaient retrouvés dans la même classe à la rentrée et leur amitié était née spontanément. Ils se complétaient tous les trois à merveille. Elle appréciait Augustin, curieux de tout et toujours gai. Quant à Octave, il l’attendrissait.

Augustin avait repris le fil de sa réflexion. Il ne voulait pas mêler Manon à son problème. Il cherchait comment arranger l’affaire avec Octave et se réconcilier avec lui.

– Qu’est-ce qu’il y a, Augustin ? constata Manon en rattachant ses couettes rebelles. Ça n’a pas l’air d’aller.

Augustin ne put refuser d’expliquer à son amie sa brouille avec Octave :

– Un jour où il n’arrêtait pas de me parler d’Excalibur1, j’ai insisté sur le fait que les légendes et la réalité sont deux choses différentes.

– Il n’a pas compris ?

– Il s’est tellement entêté avec son histoire d’épée, de Merlin et de roi Arthur, que je lui ai un peu cassé son rêve.

– Comment ça ?

– Bah ! Par exemple, pour Excalibur, faudrait savoir ! L’épée a-t-elle été sortie du rocher par Arthur ou bien c’est la Dame du Lac qui la lui a donnée ? Même les textes sont différents et ne racontent pas les mêmes choses. Des Excalibur, il y en a partout. Ici comme en Angleterre, pas une n’a la même forme. Les copies reproduisent des armes d’époques très différentes les unes des autres.

Manon sourit. Elle reconnaissait bien là le côté précis et scientifique d’Augustin. Avec lui, on avait intérêt à vérifier ses sources ! Il reprit :

– D’ailleurs, je lui ai fait remarquer que si Excalibur est si puissante et magique au point de ne jamais se casser, c’est bien son fourreau qui est censé protéger Arthur et le garder en vie. Alors, hein ? Il est où, le fourreau ?

Cette fois, Manon rit à cette remarque très pertinente.

– Tu sais, il se doute bien que ce n’est pas la vraie qu’on expose à droite et à gauche. Mais il est persuadé qu’elle a bien existé.

– Il affirme mais sans preuve. Je t’assure, c’est ça qui me rend vénère ! Les textes qui en parlent ont été écrits des siècles après Arthur. Alors, quand j’ai voulu parler de Merlin, il est parti en claquant la porte. Depuis, il ne me parle plus.

– T’inquiète, dit-elle, je suis sûre que ça va s’arranger. Octave est plutôt chouette et je sais qu’il t’aime beaucoup. Un poète ne peut pas faire de la peine à ses amis. Il doit simplement être aussi malheureux que toi et ne sait pas comment se comporter.

– Oui, j’espère que c’est ça.

Augustin appréciait le côté pragmatique de Manon. Ça allait de pair avec sa capacité à rafistoler n’importe quel objet cassé, les choses comme les gens.

Pour changer de sujet, Manon lui demanda :

– Où en est votre projet ?

– Ah… parti comme c’est, il va tomber à l’eau !

– Mais non ! protesta-t-elle. Un poète ne se dédit jamais !

En travaillant sur l’inventaire des beautés de leur village et des environs, ils avaient eu l’idée de proposer un livre à la mairie, livre qui allierait les textes d’Octave et les photos d’Augustin. Autour d’eux, les lieux regorgeaient d’un petit patrimoine étonnant et insolite. De plus, habiter Bouc Étourdi, ça ne s’invente pas ! Avec le château de Dourdan tout proche, le secteur était un centre d’intérêt de premier ordre. Il fallait que ça se sache !

Le silence s’était fait entre Manon et Augustin. La tristesse se lisait sur leur visage. Devant eux, Octave ne faisait pas meilleure figure.

L’autocar avait quitté la voie express depuis un moment et le paysage avait changé. La forêt était de plus en plus présente. Brocéliande n’était plus très loin. Mais pour ce soir, l’auberge de jeunesse les attendait.

Le panneau de la ville apparut. Le car entrait dans Paimpont.

– Pin-pon, pin-pon, lança Lucas à la volée, tout content de son jeu de mots.

– Pin-pon, pin-pon, pin-pon, reprirent en chœur les enfants.

Le niveau sonore atteignit bientôt celui d’une vraie sirène de pompiers. Seuls les trois amis ne participaient pas vraiment à cette exubérance.

Monsieur Bourdon, épuisé, se tourna vers son collègue, l’air désespéré.

– Je n’en peux plus. Il est temps que le trajet se termine.

Monsieur Mondès lui sourit. Il restait calme et supportait le chahut en se projetant dans la journée du lendemain. Professeur de français, il avait hâte de mettre en pratique les activités qu’il avait concoctées pour ses élèves. À travers textes et jeux cela devait aboutir à un grand final : les Joutes oratoires du Val sans Retour.

– Courage, nous y sommes presque, répondit-il pour lui remonter le moral. Demain, en pleine nature, tout sera sûrement plus facile. Vous allez les passionner, comme toujours.

Cependant, monsieur Mondès sourit intérieurement. Il savait que ce ne serait pas plus facile le lendemain.

Manon fit signe à Augustin de tenter quelque chose avec Octave avant l’arrivée. Il soupira, respira un grand coup et, passant le bras vers le siège avant, mit sa main sur l’épaule de son ami.

– Hé, mec ! On fait la paix ?

Octave grogna et se dégagea d’un coup sec. Manon fit la moue.

– Raté ! reconnut-elle.

Augustin la regarda, tout triste, puis son visage prit un air malin. Il se pencha vers elle et chuchota :

– J’ai peut-être une solution !

1. Épée magique légendaire du roi Arthur dans les textes de la légende arthurienne rédigés à l’époque du Moyen Âge.

Naissance d’un pari

L’ARRIVÉE à l’auberge de jeunesse ne fut pas triste. Il fallut du temps pour que les enfants se calment et écoutent les consignes.

Les listes étaient établies pour chacun des dortoirs, trois pour les filles et deux pour les garçons.

– T’inquiète, on changera dans la nuit, dit l’un des garçons à une fille avec un gros clin d’œil.

Elle prit l’air outré et courut raconter l’histoire à ses copines. Elles se mirent à parler vivement à voix basse avec de petits rires et des regards en coin vers le garçon.

Une bonne heure s’écoula avant que chaque enfant n’arrive à retrouver sa valise, s’installe dans le dortoir, prépare son lit, range ses affaires dans le placard, retrouve son cadenas pour bien en fermer la porte et se présente dans le réfectoire en se rappelant le numéro de sa chambre.

Dans cet endroit joliment aménagé, le directeur de l’auberge, qui avait déjà rencontré les deux professeurs, se présenta aux enfants.

– Bienvenue à Brocéliande. Le pays des fées et des légendes vous accueille.

– Ah non, ça recommence, chuchota Augustin à Manon. Quand est-ce qu’on va nous parler de choses plus sérieuses ?

Octave qui était assis non loin d’eux intervint.

– Ce n’est pas la peine d’en faire des tonnes avec tes choses sérieuses. Tu n’as pas le droit de nous empêcher de rêver. Sans rêves, les poètes n’existeraient pas !

Augustin fut surpris. Octave avait cessé d’être muet et lui parlait ! Le propos n’était certes pas très agréable mais il ouvrait le dialogue. Augustin était plein d’espoir.

– Hé, Octave, j’en ai assez de toutes ces histoires. Je ne dis pas que ce n’est pas bien, mais y a pas que ça ! On dirait que même les profs sont retombés en enfance.

– Tu m’énerves ! Tu joues tout le temps au savant. Y en a marre ! Ce n’est pas drôle !

– Mais on peut s’amuser en étant savant ! rétorqua Augustin piqué au vif.

– Fiche-moi la paix ! coupa Octave qui changea de place.

Augustin était effondré. Un long moment se passa sans qu’aucun des deux amis ne prononça un mot de plus. Les consignes étaient dispensées par le directeur de l’auberge, le déroulement des deux jours expliqué par monsieur Bourdon tandis que monsieur Mondès distribuait le programme à chacun des élèves.

Manon retrouva ses esprits la première et secoua Augustin.

– Il faut faire quelque chose !

Augustin ne répondit pas. Il regardait le programme sans le voir et ne comprenait plus trop pourquoi il était ici ni ce qui lui avait plu dans le projet de ce voyage scolaire.

– Il faut faire quelque chose ! insista Manon. Votre embrouille ne peut plus durer ! Tu avais bien une solution tout à l’heure !

Quelques secondes plus tard, les yeux d’Augustin se remirent à briller.

– D’accord ! s’exclama-t-il. Alors voilà ce qu’on va faire !

Il exposa discrètement son projet à l’oreille de Manon dont le visage s’éclairait de plus en plus au fur et à mesure des explications.

– Cool, on fait ça ! approuva-t-elle.

Le dîner fut vite terminé et le chahut reprenait. Si certains avaient déjà regagné leur dortoir, d’autres comptaient bien bénéficier de la demi-heure de temps libre accordée avant d’aller se coucher. Ils avaient investi la salle de jeux et de lecture à leur disposition près du réfectoire.

La nuit était tombée. Comme l’auberge se trouvait à la sortie de la ville à l’écart de toute luminosité, monsieur Mondès avait proposé aux enfants de l’accompagner dans le jardin pour observer les étoiles. Tous n’étaient pas venus. Faire le chahut dans les dortoirs plaisait beaucoup plus à certains. Toutefois, ceux qui avaient suivi leur professeur au-dehors étaient ravis. Emmitouflés dans leur pull pour résister à l’humide fraîcheur de la nuit, ils écoutaient monsieur Mondès parler à voix basse dans le noir. C’était étrange, peut-être même un peu inquiétant, mais en même temps extrêmement agréable.

– C’est beau ! murmura Manon.

– Oui ! souffla Augustin en frissonnant sous l’air piquant venu des bois.

Les grands arbres de la forêt voisine cachaient les lueurs de la ville et le spectacle était grandiose. Ils n’avaient pas souvent l’occasion de voir un tel ciel.

Inconsciemment, Octave s’était rapproché d’eux.

– C’est la Grande Ourse ! chuchota-t-il en levant son doigt vers l’immensité noire où brillaient de multiples étoiles.

– Oui ! Et la Petite Ourse n’est pas loin ! Ici ! Regarde ! murmura Augustin.

– Savez-vous où se trouve Cassiopée ? Je ne sais pas la reconnaître, reprit Octave.

Manon indiqua à voix basse.

– Là-bas, regarde. Ce sont les cinq étoiles. Cette constellation est toujours visible dans notre hémisphère. Selon la saison, elle forme un M ou un W.

– Ça y est, je la vois. C’est formidable ! Il faudra que j’écrive un poème sur Cassiopée !

Augustin sursauta. À ces mots, il venait de réaliser la présence d’Octave comme si rien ne s’était passé entre eux, comme lorsqu’ils étaient complices et partageaient de si bons moments.

Octave murmurait pour lui-même :

Cassiopée…

Ta beauté !

Ô Reine de la nuit…

Un silence se fit.

Augustin mit la main sur l’épaule de son ami et s’adressa doucement à lui :

– Octave !

Octave retomba de la Voie lactée. Lui aussi venait de réaliser qu’Augustin était tout près.

– Humm ! grogna-t-il plus qu’il ne répondit.

– Je te propose un jeu, une aventure !

Octave leva les sourcils, étonné. Il resta silencieux.

– Je suis d’accord pour que tu me racontes toutes les légendes qui te plaisent tant. En échange, es-tu d’accord pour écouter toutes mes histoires reconstituées par la science ?

Interloqué de ces propos en cet endroit, Octave se tourna vers Augustin.

– Mais… bredouilla-t-il.

Augustin reprit :