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Trois inconnus. Un secret bien enfoui. Une vérité qui dérange. Un peintre, une femme de ménage et un journaliste qui n'auraient jamais dû se rencontrer. Mais tout bascule le jour où le corps d'une femme est retrouvé sur les rochers aux portes du Parc des Calanques à Marseille. Meurtre ou accident ? Bien malgré eux, Jérémy, Paul et Joséphine vont s'associer pour élucider une affaire qui réveillera de lourds secrets du passé. Entre manipulation, vengeance, rédemption et reconstruction personnelle, ce roman explore les fragilités humaines et les liens inattendus qui se tissent dans les moments de crise. Une enquête pleine de rebondissements où la vérité n'est pas toujours celle que l'on croit.
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Seitenzahl: 229
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Note de l’auteure
Écrire un roman policier est un défi, une nouvelle piste à explorer lorsque l’on écrit habituellement pour la jeunesse. Autre public, autres codes.
J’ai eu envie de me lancer dans l’aventure en situant l’action dans ma ville natale Marseille et en imaginant le destin de personnages qui n’auraient jamais dû se croiser.
J’espère que ce roman vous plaira et que vous éprouverez du plaisir à flâner dans cette belle ville de Marseille.
Je vous souhaite une bonne lecture.
Ma grange ayant entièrement brûlé, Je peux à présent voir la lune.
Mizuta Masahide 1657-1723 Samouraï et poète japonais
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Chapitre 40
Chapitre 41
Chapitre 42
Chapitre 43
Chapitre 44
Chapitre 45
Épilogue
Les rouleaux éclataient en milliers de gouttelettes sur les rochers.
La jeune femme ne se lassait pas du spectacle que lui offrait la Méditerranée, en cette fin septembre. Une rafale de vent rabattit soudain sa robe sur ses jambes nues.
Elle frissonna. Mauvaise idée d'étrenner son dernier achat ce soir, un petit ensemble en soie sauvage qui lui allait à ravir d'après la vendeuse, mais dont le tissu léger ne la protégeait pas des bourrasques du mistral. Elle ne pouvait même pas se réfugier dans sa voiture restée entre les mains du garagiste. Il ne lui restait plus qu'à s'installer au restaurant en attendant les autres. Frigorifiée, elle s'apprêtait à partir lorsqu'elle entendit une voix menaçante derrière elle :
— Grimpe !
— Quoi ?
La demande était grotesque.
Elle contempla les rochers qui s’élevaient non loin d’elle. Machinalement, elle baissa les yeux. Ses sandales à hauts talons ne lui permettraient en aucun cas de se prêter à un tel exercice.
— Qui êtes-vous ?
— Tais-toi ! Grimpe !
— Je n’y arriverai jamais avec ces chaussures !
Soudain, elle sentit une pression dure entre ses omoplates. Son adversaire ne plaisantait pas. Sous la menace de l’arme, elle commença à escalader non sans peine, les roches aux aspérités acérées sans comprendre ce qui lui arrivait. Tout cela était complètement absurde.
Son pied se prit dans une anfractuosité et elle se tordit méchamment la cheville, ce qui arrêta momentanément son ascension. Dans son dos la pression s’accentua, l'incitant à parcourir les derniers mètres, avant de s'immobiliser enfin face à la mer.
Impossible de faire un pas de plus sans perdre l’équilibre.
— Et maintenant ?
Pour toute réponse, une violente poussée lui arracha un petit cri perdu dans le fracas des vagues, avant que son corps ne se brise quelques mètres plus bas. Ses lèvres murmurèrent : « Pourquoi ? » avant qu’elle ne s'enfonce dans le néant.
Une bonne quinzaine de minutes venait de s’écouler depuis que les deux femmes étaient entrées dans la salle d’attente. Joséphine poussa un énorme soupir. Pourquoi avoir accepté un rendez-vous chez ce notaire inconnu ? Émilie, sa jeune nièce, lisait sans doute dans ses pensées, car elle leva quelques instants les yeux de l’écran de son téléphone pour lui murmurer.
— Tu ne pouvais pas faire autrement. Tu le sais très bien.
Joséphine préféra ne pas répondre laissant ses yeux parcourir le décor. Enfin, si l’on pouvait parler de décor… Des chaises en matière plastique, une table basse enfouie sous des magazines traitant de la pêche à la mouche, et pour donner un peu de gaieté à l’ensemble, des murs d’un gris indéfinissable ne tirant pas vraiment sur le rouge, mais pas vraiment sur le bleu non plus.
Bref, il fallait bien le reconnaître, la salle d’attente de l’étude de « Maîtres Vigonnier - Lefebvre Notaires associés » était vieillotte et poussiéreuse.
Joséphine détestait la poussière. Cet endroit ne lui plaisait pas. Elle osait à peine penser à l’aspect du notaire censé les recevoir à 14 heures 30 alors que le cadran de sa montre affichait déjà 14 heures 39.
Joséphine détestait aussi l’absence de ponctualité.
Enfin, la porte s’ouvrit sur une mince jeune femme d’une quarantaine d’années aux cheveux noirs coupés très court, d’énormes créoles en argent suspendues aux oreilles. Vêtue d’un élégant tailleur pantalon beige, elle s’avança vers elles en souriant.
— Bonjour Mesdames. Maître Eléonore Vigonnier.
Si vous voulez bien me suivre.
Sans laisser paraître sa surprise, Joséphine hocha la tête et serra la main tendue aux ongles recouverts d’un vernis bleu marine pailleté du plus bel effet, tout en s’interrogeant sur la possibilité que cette charmante jeune femme enfile des cuissardes de caoutchouc vert pour pêcher des truites.
Elles entrèrent dans une pièce lumineuse, éclairée par de hautes fenêtres.
Imposant bureau ancien, cheminée en marbre, étagères jusqu’au plafond, plus de trois mètres de hauteur estima Joséphine, remplies d’énormes dossiers à la reliure en cuir vert. Au mur, de grandes photographies de haute montagne en noir et blanc laissaient supposer que la notaire ne passait pas son temps libre à lancer une canne à pêche au milieu d’une rivière.
L’espace était envahi de nombreuses piles de papiers posées un peu partout. Toutefois ce fouillis était sympathique, les fauteuils dans lesquels elles prirent place, confortables.
— Je suppose que ce rendez-vous a dû vous surprendre.
Maître Vigonnier se racla la gorge, posa d’un geste délicat sur le bout de son nez, une paire de lunettes rouge cerise et se saisit d’un épais dossier qu’elle ouvrit. Joséphine sourit discrètement, car à 51 ans elle était toujours capable d’enfiler une aiguille sans aucune aide visuelle.
— Madame, vous vous appelez Joséphine Lecourttier, vous êtes née le 23 avril 1971 à Marseille, vous êtes célibataire sans enfant et vous exerciez la profession d’employée de maison chez madame Andrée Lemartinet. Vous confirmez ?
— Oui, tout à fait. Pauvre madame Lemartinet, elle est partie brutalement. J’en suis encore toute bouleversée. Une dame si gentille, si bien élevée.
— Vous avez raison. C’était une personne charmante mais surtout prévoyante. Bien. À présent, je vais procéder à la lecture du testament de madame Andrée Lemartinet.
— Pardon, madame, je veux dire Maître. Je ne comprends pas en quoi cela me concerne.
— Justement, vous allez le savoir.
— Mais…
D’un geste de la main, sa nièce la fit taire :
— Chut ! Écoute !
La notaire jeta un bref coup d’œil au-dessus de ses lunettes et répéta :
— Je vais procéder à la lecture du testament.
« Ceci est mon testament qui annule toutes dispositions antérieures.
Je soussignée, Madame Andrée, Josette, Blanche LEMARTINET,
Née le 2 août 1929 à Die (Drôme), domiciliée 159, boulevard Longchamp 13004 Marseille lègue à Madame Joséphine LECOURTTIER, née le 23 avril 1971 à Marseille, employée de maison, domiciliée 80, rue Pautrier 13004 Marseille, la totalité de mes biens en pleine propriété :
- Un appartement situé 159, boulevard Longchamp à Marseille 13004 (ainsi que tout ce qu’il contient) ;
- Un immeuble composé de douze appartements situé 18, avenue Maréchal- Foch à Marseille 13004, tous loués à ce jour ;
- Un immeuble composé de huit appartements situé 240, avenue des Chartreux à Marseille 13004 tous loués à ce jour ;
- Un appartement T2 situé 26, avenue Draïo de la Mar à Carry-le-Rouet 13620 libre de toute occupation ;
- Six garages situés 48, boulevard Chave à Marseille 13005 tous loués à ce jour ;
- Trois assurances-vie d’un montant de 800 000 € chacune soit un total de 2 millions quatre cent mille euros dont Madame Joséphine Lecourttier est la bénéficiaire exclusive.
Aux conditions expresses suivantes :
1 - Adopter mon chat Froufrou ;
2- Habiter en permanence mon appartement sis 159, boulevard Lonchamp avec ledit chat qui ne supporterait pas d’habiter ailleurs ;
3- Respecter les deux conditions précédentes dans un délai de trois mois à compter de mon décès.
Fait le 20 avril 2017 à Marseille, en trois exemplaires.
Remis à Maître Éléonore Vigonnier et Maître Édouard Lefebvre, notaires. »
Un grand silence suivit la déclaration de la notaire. Joséphine était incapable de réaliser ce qui venait de se produire : hériter une telle fortune un mardi après-midi à 14 heures 57.
— Ce n’est pas possible ! Vous devez faire erreur, madame Virgonnier.
— Vigonnier pas Virgonnier. Non, non, aucune erreur possible. Madame Lemartinet vous lègue tous ses biens sous conditions expresses d’habiter son appartement et de vous occuper de son chat.
Vous n’aimez pas les chats ?
— Si, bien sûr. Froufrou est une petite bête adorable, mais qui a son caractère quand même ! Où est-il actuellement ?
— Dans une pension de luxe pour chats. Attendez...
La notaire feuilleta ses papiers.
— Ah voilà ! Les Pachas Chats. C’est un hôtel cinq étoiles pour nos amis félins, qui se trouve à Gémenos, je crois. Oui, c’est bien ça.
Joséphine sourit.
— Le docteur Henri a dû choisir lui-même cette pension. Il s’est bien occupé de Froufrou quand madame Lemartinet est…
Elle ne put terminer sa phrase et farfouilla dans son sac à la recherche d’un mouchoir.
— Excusez-moi. J’ai encore du mal à réaliser qu’elle n’est plus là.
Émue par ses yeux emplis de larmes, Maître Vigonnier lui demanda d’une voix douce :
— Vous l’aimiez beaucoup n’est-ce-pas ?
— Oui beaucoup.
Sa voix s’étrangla :
— Mais je ne comprends pas. Ces immeubles, ces garages. Tout cet argent pour moi, c’est incroyable.
Je sais qu’elle n’avait plus de famille. Mais peut-être un lointain cousin ?
— Non aucun cousin. J’ai employé les services d’un généalogiste pour vérifier qu’il n’y avait aucun héritier en vie, ce qui est le cas. Si vous refusez, tout ce patrimoine reviendra à l’État, ce qui serait dommage vous en conviendrez et en contradiction avec les volontés de la défunte.
Un silence s’installa.
— Enfin Tatie, tu ne vas pas refuser quand même ! explosa Émilie.
Joséphine prit une grande inspiration avant de répondre.
— Non, je ne vais pas refuser, mais c’est tellement inattendu.
La notaire reposa ses lunettes sur le bureau, puis ferma le dossier.
— Donc, si vous acceptez les conditions exprimées par madame Lemartinet, nous allons fixer très rapidement un nouveau rendez-vous pour régler les différentes formalités et vous permettre d’entrer en possession de cet héritage.
Jérémy se réveilla de mauvaise humeur.
Impossible de fermer l’œil cette nuit à cause du harcèlement incessant d’un moustique, qui bien sûr, l’avait piqué plusieurs fois. Tout en grattant son avant-bras, lieu du délit, avec énergie, il se dirigea vers la cuisine pour se préparer un café. Mal lui en prit. Son petit orteil heurta violemment le pied de la table basse qui encombrait encore le couloir.
Il avait emménagé dix jours plus tôt. Son appartement était rempli de cartons et de meubles qui attendaient de trouver leur place. Furieux, il balança un coup de pied vengeur dans la malheureuse table qui n’attendait que ça, pour laisser tomber la lampe posée en équilibre instable sur son plateau, le tout dans un vacarme épouvantable.
La journée commençait vraiment très mal !
Une douche lui remit les idées en place. Le vernissage de l’exposition avait lieu dans trois jours.
De nombreux détails devaient encore être réglés. Le rangement de son appartement serait repoussé à plus tard. Il s’habilla rapidement, désireux de quitter au plus vite ce capharnaüm rempli de chausse-trappes, dans lequel il avait mis une demi-heure à trouver le sucre en morceaux.
Vingt minutes plus tard, il était attablé dans un bar devant un copieux petit-déjeuner.
Marseille s’éveillait devant lui avec ses bruits de klaxon et les cris des goélands qui se poursuivaient dans les airs. Une belle lumière dorée enveloppait le Vieux-Port. Tout là-bas le fort Saint-Jean, sentinelle fidèle, protégeait la ville de la haute mer.
En dégustant son café noir, selon une vieille habitude seule sa première tasse de la journée était sucrée, Jérémy se demandait à nouveau s’il avait fait le bon choix en quittant Paris. Il ne connaissait rien de cette grande ville à la réputation sulfureuse. Un de ses amis lui avait même conseillé de s’acheter une arme. Pourquoi pas un gilet pare-balle ?
L’alarme de son téléphone vibra et le tira de ses réflexions pour lui rappeler son rendez-vous une heure plus tard au Blue Beach Hôtel, lieu de sa future exposition.
Le soir même de son rendez-vous chez la notaire, Émilie avait insisté auprès de sa tante pour organiser un repas en famille chez ses parents « pour fêter ça ». Joséphine avait traîné des pieds. Elle aurait mille fois préféré rester chez elle pour « ranger ses pensées dans l’ordre » selon son expression favorite.
Mais sa nièce enthousiaste n’avait rien voulu savoir.
Un Je passe te chercher à 18 heures 30 péremptoire suivi d’un Repose-toi et fais-toi belle pour ce soir ! avaient mis un terme à la discussion.
Joséphine avait souri et agité la main pendant qu’elle s’éloignait, heureuse de profiter de quelques heures de tranquillité.
Une fois la porte franchie de son petit appartement bien douillet et après avoir retiré la paire d’escarpins qui lui meurtrissait les pieds, elle poussa un soupir d’aise. Son logement tout frais repeint en blanc depuis quelques mois lui sembla plus beau que jamais. Elle l’occupait depuis vingt ans. Sa vie était là, bien installée entre ses quatre murs. Bien sûr, cela avait pris du temps pour aménager, meubler, arranger son espace de vie. Mais le résultat en valait la peine : une grande pièce à vivre avec cuisine américaine, une chambre séparée, et un vaste espace de rangement qui conduisait à une salle d’eau. Les fenêtres donnaient sur une cour intérieure, ce qui permettait de discuter entre voisines. Quand les voisines étaient sympas, cela va sans dire. Au mur, Joséphine avait accroché ses tableaux. Parce que sa passion, en dehors du Scrabble avec les copines, et des sorties avec l’association Rando Pour Tous, c’était la peinture.
Et pas n’importe laquelle, la seule, la vraie, celle de Léonard de Vinci : la peinture à l’huile ! Elle peignait surtout des paysages, photographiés pendant ses balades ou recopiés d’après des cartes postales glanées ici ou là. Joséphine aimait les petits villages provençaux, la Sainte-Victoire – comme Cézanne – les champs de lavande, les pins, la garrigue. Ce qui lui donnait le plus de fil à retordre, c’était la mer avec ses couleurs changeantes passant sans prévenir du turquoise au bleu marine ou au gris foncé, sans compter l’écume légère des vagues qui se transformait souvent en gros paquet blanchâtre sur la toile.
Elle aimait bien peindre aussi les fleurs, comme ce grand bouquet de mimosa de près d’un mètre de hauteur, qui recouvrait une bonne partie du mur au-dessus du canapé.
Tout en contemplant ses œuvres suspendues un peu partout autour d’elle, Joséphine se demandait ce que ses tableaux allaient devenir. Y-aurait-il une clause spéciale dans le testament l’obligeant à conserver l’appartement – et tout ce qu’il contenait – dans son état actuel ? Si tel n’était pas le cas, oserait-elle enlever des tableaux, peut-être de grande valeur, pour poser les siens à la place ?
Cette situation la mettait mal à l’aise. Et qu’allaient penser ses amis, voire sa famille de cet héritage incroyable ?
Peut-être s’imagineraient-ils des horreurs sur elle ? Comme avoir fait pression sur cette pauvre madame Lemartinet ou abusé de sa gentillesse ?
En son âme et conscience, Joséphine était persuadée de deux choses :
Primo, sa patronne n’était ni faible ni folle et savait parfaitement ce qu’elle faisait en lui léguant sa fortune.
Secundo, ce serait mal interprété.
Lorsque Jérémy descendit du taxi qui l’avait conduit au Blue Beach Hôtel, il était certain d’une chose. Marseille était une ville magnifique. Le chauffeur avait emprunté La Corniche qui offrait une vue radieuse sur la rade et les îles du Frioul, et devant son enthousiasme, il lui avait commenté les différents lieux qu’ils traversaient, dont certaines appellations étaient charmantes telles l’anse de la Fausse-Monnaie ou le Vallon-des-Auffes tirant son nom d’une plante, l’auffe, utilisée pour la vannerie, le cordage, et les filets de pêche.
Quand le chauffeur le déposa, il prit soin de lui communiquer l’adresse de plusieurs restaurants où était servie la meilleure bouillabaisse.
— Elles sont toutes meilleures alors ? demanda Jérémy amusé.
— Mais non ! Elles sont toutes très bonnes ! C’est pas ma faute si chaque restaurant prétend que la sienne est la meilleure ! Mais surtout prenez pas la royale, hein ! Une bonne bouillabaisse n’a pas besoin de langouste ! C’est bon pour les Parisiens, ça !
Séduit aussi bien par son accent chaleureux, sa faconde pour insulter les scooters et les trottinettes qui le doublaient en zigzagant que par ses suggestions culinaires, Jérémy le remercia et prit sa carte en songeant qu’elle pourrait toujours lui être utile.
Il entra dans l’hôtel, aussitôt accueilli par l’ami de son frère Matthias Akylinos, qui s’était occupé d’organiser l’évènement.
— Alors, le grand artiste est enfin arrivé dans notre belle cité phocéenne ? Content de vous voir Jérémy, mais je devrais dire Fok, précisa-t-il en le serrant dans ses bras. Je vous présente Francesco mon directeur de communication, mon bras droit, mon ami ! C’est au choix.
Peu habitué à ces effusions, Jérémy fut soulagé d’échanger une simple poignée de main avec le dénommé Francesco.
— C’est un honneur de vous accueillir à Marseille ! Il ne fallait rien moins que le cadre prestigieux du Blue Beach pour un peintre comme vous.
— N’exagérons rien quand même. Je…
— Je quoi ? Vous êtes une célébrité, non ? Vos toiles sont vendues dans le monde entier ! Arrêtez de faire le modeste, cela vous va très mal. Bon, je vous explique. La direction de l’hôtel a accepté que nous utilisions l’espace bar pour exposer vos tableaux. Les supports seront installés en petits îlots, un peu décalés les uns par rapport aux autres, afin de permettre aux visiteurs de naviguer autour. Les trois grandes toiles de plus de deux mètres seront disposées contre les panneaux vitrés. L’inauguration commencera à 19 heures 30 avec les discours des officiels et le cocktail servi vers 20 heures.
— À mon avis plutôt 20 heures 30. Un discours qui commence par Je ne dirai que quelques mots dure au moins vingt bonnes minutes.
Francesco éclata de rire :
— Vous avez raison Jérémy ! Matthias sous-estime toujours la longueur des temps de parole.
Ce dernier leva les mains en signe de reddition.
— O.K., O.K. je m’incline. Disons 20 heures 30.
J’ai préparé un plan avec les numéros des tableaux.
Allons-voir sur place si cela vous convient. C’est par là.
Matthias les précéda jusqu’au futur espace dédié à l’exposition.
Une vaste pièce s’ouvrait sur la mer grâce à de larges baies vitrées. Des fauteuils et des canapés de couleur claire, disposés autour de tables basses aux lignes épurées semblaient attendre le visiteur.
Jérémy fut aussitôt séduit et valida l’installation de ses œuvres aux emplacements prévus par Matthias.
Francesco, quant à lui, s’était occupé, comme de juste, de la communication et n’avait rien laissé au hasard : flyers, affiches, annonces lumineuses, réseaux sociaux, parution dans le bulletin de la ville, presse locale et nationale, revues spécialisées… Seul un habitant de Mars aurait pu ignorer l’exposition « Écran total » de l’artiste de renommée internationale Jérémy Fauconnier, plus connu sous le nom de Fok.
À 12 heures 30, les trois hommes décidèrent de prendre une pause bien méritée au restaurant de l’hôtel. Jérémy se réjouit à l’annonce d’une cuisine méditerranéenne concoctée avec des produits locaux et de saison, comme indiqué sur le menu.
Une coupe de champagne à la main, il regardait la mer scintiller au soleil et se dit qu’il avait fait le bon choix en venant s’installer ici.
Lorsque sa nièce vint la chercher, Joséphine était loin d’avoir terminé le rangement des idées dans sa tête. Nombre d’entre elles étaient encore éparpillées, refusant de rentrer dans l’un des tiroirs bien étiquetés de son cerveau.
Émilie était tout excitée par la grande nouvelle.
— Tu te rends compte, Tatie. Tu ne seras plus obligée de travailler !
— Je sais. Ça va me faire bizarre quand même. J’ai toujours travaillé.
— Tu ne vas pas regretter de ne plus faire le ménage chez les Chouquette et les Alexis quand même ?
— Non bien sûr, même si je leur suis reconnaissante de m’avoir permis de gagner ma vie après le décès de madame Lemartinet.
— Ouais ! Ce sont des gens très désagréables qui ont profité de la situation en te proposant un tarif horaire inférieur à celui que tu avais chez ta patronne.
— Je sais bien mais que pouvais-je faire ? J’avais besoin de ce boulot. Chacun voit midi à sa porte. Et puis je me contentais de faire le ménage.
— Bien sûr, et puis les courses, le repassage, le gardiennage du chien de leur fils et j’en passe.
Joséphine posa une main sur le bras d’Émilie.
— Calme-toi. Cela ne vaut pas la peine de s’énerver.
C’est fini à présent.
— Tu as raison. Mais les gens qui profitent de ta gentillesse, cela me met hors de moi. Ils vont en faire une tête, quand ils vont apprendre que tu seras leur nouvelle voisine !
— Sans aucun doute.
Les Alexis vivaient au 3e étage et les Chouquette au 4e de l’immeuble du boulevard Longchamp.
Habitant là depuis plus de vingt ans, il était certain que l’arrivée inopinée de Joséphine dans les lieux leur causerait une énorme surprise.
— Et puis, tu prendras plus de temps pour toi, tu pourras t’offrir tous les cours de peinture que tu veux. Tu pourras voyager, aller à l’étranger, tu en as toujours rêvé.
— Oui, mais il y a Froufrou. Je ne peux pas l’emmener avec moi !
— Eh bien, il ira à la pension des Pachas Chats. On doit le traiter comme un roi là-bas.
Après un petit silence, Joséphine posa la question qui brûlait sa langue depuis qu’elle s’était assise dans la voiture.
— Et tes parents ? Qu’est-ce qu’ils en pensent ?
— Maman est ravie pour toi. Papa pense que tu as trop de chance !
Joséphine ne fut pas surprise. Son beau-frère, brave homme s’il en était, avait une légère tendance à jalouser les bonnes fortunes des uns et des autres.
Son voisin du dessus, lui, avait gagné au loto et avait pu s’offrir une voiture neuve. Les cousins de Saint-Rémy-de-Provence, eux, étaient propriétaires d’une maison dont la valeur avait triplé avec les années… Quelle serait sa réaction en la voyant se demanda-telle, alors que sa nièce garait la voiture devant leur appartement ?
À peine la porte franchie, sa sœur se précipita et la serra très fortement dans ses bras.
— Ma Jo ! Je suis si contente pour toi !
Elles restèrent enlacées jusqu’à ce que la voix de Laurent ne les interrompe.
— Et moi alors !
Il claqua deux grosses bises sur ses joues.
— Ravi pour toi, Jo ! Je me suis trompé de sœur, c’est Joséphine que j’aurais dû épouser !
Il fit un énorme clin d’œil à sa femme qui lui sourit tendrement.
— Au lieu de dire des bêtises, va donc servir le champagne !
Contrairement à ce que Joséphine craignait, aucun sous-entendu ni remarque désagréable ne vinrent troubler le délicieux repas que sa sœur avait préparé : une daube provençale qui avait mijoté pendant des heures dont la sauce était si onctueuse qu’il était inconcevable de ne pas se resservir, un assortissement de fromages de chèvre à déguster même sous un orage de grêle et en dessert, une spectaculaire omelette norvégienne flambée au rhum.
Ils se réjouissaient tous pour elle, sans arrière-pensée. Son beau-frère insista un peu lourdement sur l’appartement à Carry-le-Rouet. Un endroit idéal pour aller pêcher même s’il n’avait pas encore de bateau. Suivez mon regard.
— Cela ne devrait pas poser de problème, hein belle-sœur ?
— Pas vraiment. Il me faut juste un peu de temps pour réaliser que ma vie va changer.
Lorsque Joséphine prononça ces paroles elle était bien incapable d’imaginer quel serait son destin après son rendez-vous chez Maître Vigonnier.
Jérémy s’admira sans complaisance dans la glace, la seule chose que les déménageurs avaient accrochée au mur. Il avait grossi. Inutile de le nier.
Par réflexe il rentra son ventre face au miroir qui implacable, lui renvoya l’image d’un homme grand, pas trop mince. Il préféra ne pas s’attarder sur les poignées d’amour qui alourdissait sa silhouette, ni sur son teint d’endive propre à tout nordiste arrivant dans le Sud. Ses cheveux blond foncé ressemblaient à une pelouse mal tondue. Il pivota sur lui-même et poussa un long soupir.
Dès que tout cela serait fini, il recommencerait les footings. Promis, juré, craché ! Mais avec l’expo, le déménagement, il n’avait pas eu le temps, ni surtout l’envie d’enfiler ses baskets.
Alors qu’il se préparait, la sonnerie du téléphone le fit sursauter. Le nom de Stéphanie, sa femme, s’afficha sur l’écran. Il coinça l’appareil contre son épaule pour répondre tout en boutonnant sa chemise.
— Alors ? Prêt pour le grand soir ?
— A priori oui. Dommage que tu ne puisses pas être là.
— Tu sais que ce n’est pas possible. La prochaine fois ! Je parie que tu as mis une chemise blanche, ton pantalon en toile bleue et une veste en lin. Je me trompe ?
Jérémy s’esclaffa.
— Pas du tout ! Tu n’ignores pas que je m’habille toujours de la même façon pour ce genre d’évènement, ce n’était pas trop difficile à deviner.
Bon, il faut que je te laisse parce que…
— Tu préfères arriver en avance. Oui je sais ! C’était juste un petit coucou. Alors à plus tard.
— À plus tard.
Il raccrocha et resta pensif. Les rapports avec son épouse devenaient compliqués. Lorsqu’il avait pris la décision de déménager à Marseille, saturé de la vie dans la capitale, Stéphanie n’avait pas voulu le suivre, préférant son existence parisienne. Elle avait comparé leur relation à celle de Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, séparés tout en restant unis.
Jérémy restait au fond de lui assez sceptique, quant au fonctionnement futur de leur couple.
Un coup d’œil à sa montre le ramena à la réalité.
Tony, son taxi préféré rencontré deux jours auparavant, arrivait dans trente-cinq minutes. Plus le temps de regarder les papillons voler ! Vingt minutes plus tard, il était prêt. Ne lui manquait que son bracelet fétiche déniché en Aveyron par sa femme au marché de Salers, en 2007. Peu adepte des bijoux et des vertus des pierres fines, Jérémy s’était pourtant laissé convaincre. Mais depuis ce jour-là, le bracelet en tourmaline noire, puissante pierre protectrice dont l’énergie se recharge sous les rayons de la pleine lune – un détail qui lui avait beaucoup plu – ornait son poignet en permanence.
Il était inconcevable de ne pas le porter ce soir pour le vernissage de l’exposition.
Sauf…
Sauf que le bracelet demeurait introuvable.
Jérémy était certain de l’avoir déposé sur sa table de chevet, la veille au soir. Mais dessus, dessous, en haut, en bas, à gauche, à droite, pas de perles de tourmaline à l’horizon. Il eut beau soulever les cartons, pousser les meubles, regarder partout. Le bracelet avait disparu.
