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Sur Mars, certains habitants deviennent des canards, mais pour quelle raison ? Voilà un nouveau défi pour les Veilleurs de l'Espace !
Galaxine et le fidèle androïde Aérofrin s’apprêtent à faire escale sur Mars quand ils apprennent que les Loups Jumeaux, les plus terribles pirates du Système Solaire, viennent d’être capturés. Les quelques instants de détente et de surf prévus vont être vite interrompus par une catastrophe à l’échelle planétaire : les habitants se métamorphosent peu à peu en canards.
En compagnie du beau Marshal Gayle d’Oslo Bos, Galaxine et Aérofrin vont enquêter et découvrir que les pirates ont ourdi un plan machiavélique menaçant l’un des fondements du bonheur stellaire : le Patatartinor, dont la fabrication et la recette secrète sont en péril car les stocks actuels ont été empoisonnés avec une substance qui change l’ADN de celui qui en mange…
Deuxième aventure de Galaxine mouvementée et pleine de rebondissements, d’actions, de trahisons, de manipulations génétiques et de canards. Embarquez pour une nouvelle equête, dès 9 ans !
EXTRAIT
– Vaisseau à un cention-lumière, annonça Aérofrin.
– Vaisseau, mon œil ! rétorqua Galaxine.
Elle relança le projectile en un plongeon acrobatique. La balle décrivit un arc de cercle. Personne à la réception. Elle s’évanouit en touchant le sol.
Les yeux de l’humanoïde étaient fixés sur l’écran. Un point clignotait, approchant dans leur direction. Il posa le doigt sur la lumière afin de faire apparaître la fiche signalétique et l’identification de l’engin.
– ZE 666 WOLF.
– ZE 666 WOLF ?! s’exclama la Veilleuse, lâchant aussitôt sa batte. Le vaisseau des Loups Jumeaux, les frères pirates que la justice de toutes les planètes recherche. Pas possible ! Qu’est-ce qu’il fait là, si près de Mars ? Aérofrin, au poste de pilotage, vite ! C’est une chance unique, on doit les intercepter !
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
Voici donc un second opus d’enquête sidérale tout à fait intrigante et drôle, que l’on déguste le sourire aux lèvres et qui saura captivé un jeune public. -
Murmures de Kernach
À PROPOS DE L'AUTEUR
Née en 1971 dans le Calvados (14),
Lenia Major est devenue pharmacienne, sans doute pour plonger dans le monde magique des vieux grimoires, cornues et alambics. Les formules chimiques n'étant pas très encombrantes, les personnages de Curwood, Quine, Chaulet, puis de Balzac, Molière, Shakespeare, Beckett, Stephen King ou Robin Hobb, les ont très vite poussées dans un petit coin. Elle partage donc très inéquitablement son temps entre une blouse, un clavier, son mari et ses deux enfants qui sont ses plus sévères critiques.
En 2005, elle a quitté l'air marin pour l'Alsace en espérant que l'oxygène de ses forêts fasse exploser des bulles d'imagination au milieu de ses neurones. Ses personnages préférés ne rentrent pas dans un moule, ne sont pas des héros, mais essaient de tirer parti de leurs faiblesses pour en faire leurs forces.
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Seitenzahl: 162
Veröffentlichungsjahr: 2017
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– Dix-sept seize, balle de match !
Galaxine se plia pour tirer sur les jambes de son combi-cuissard crinière de Centaure.
– Pas si vite, mon petit bouchon ! C’est la faute de cette saleté de combinaison qui remonte et qui me gêne. Si j’avais su, je ne me serais pas laissée embobiner par le vendeur. Au lieu de prendre cette cochonnerie à la mode, qui m’a coûté un mois de chocomète, j’aurais dû rester sur ma première idée et acheter le modèle basique qui tient en place.
– En parlant de chocomète, ce ne serait pas plutôt parce que les trois dernières boîtes se sont accumulées sur ton derrière, que ta tenue te boudine ? suggéra Aérofrin, le splendide humanoïde qui partageait le rôle de Veilleur de l’Espace avec la jeune fille.
– Me boudine ? Moi qui ne suis que muscles et énergie pure ? Boudinée ? s’insurgea Galaxine. Ah, tu as bien fait d’ouvrir ta bouche, tu vas voir comment il va te mettre minable, le boudin !
Elle passa la main dans sa chevelure feu pour se dégager le visage, puis tapota contre sa paume le faisceau azuré de sa laserbatte.
Dans la cale du Moucheron, son père, le génial inventeur Gacrux Shédar, avait aménagé une salle de sport pour occuper les périodes calmes qui séparaient les missions périlleuses des Veilleurs et les maintenir au top de leur forme. Ce matin-là, leur vaisseau en pilotage automatique sur la route de Mars, ils disputaient une partie enflammée de Meteorball. Aérofrin avait expédié le projectile électrique dans le Trounoir une fois de plus que sa compagne. Chaque seconde, son processeur effectuait des millions de calculs afin d’évaluer la trajectoire de la balle, d’adapter l’angle et la force qu’il devait appliquer à la laserbatte pour obtenir le tir parfait. Alors que Galaxine se contentait de suer sang et eau à la poursuite de la boule jaune et de frapper aussi fort et aussi juste qu’elle pouvait. Son enthousiasme compensait le handicap de n’être qu’une humaine et le match était équilibré. Désormais, elle n’était plus motivée. Elle était vexée. Et qui dit Galaxine vexée, dit Galaxine enragée !
Elle jeta un œil à l’écran de contrôle qui retransmettait les informations du poste de pilotage sur la paroi du Moucheron. Calme plat. Bien.
– Filante ! ordonna-t-elle.
Entre les deux adversaires, la boule dorée se matérialisa. Galaxine ne visa pas la balle, elle bondit sur Aérofrin, le déstabilisa d’un coup d’épaule. Il recula de quelques pas, battant des bras pour ne pas tomber sur son fessier d’acier. La joueuse en profita pour pivoter vers la balle et, d’un geste en cuillère, lui fit traverser la salle, droit vers le but.
– Dix-sept partout ! Dans tes dents de céramique, mon lapin ! rugit-elle, faisant tournoyer son propulseur au-dessus de sa tête.
Aérofrin fronça les sourcils et leva un doigt en l’air.
– Tu as triché. Règle 12-c : « Lorsqu’un joueur vise l’adversaire et non la Filante, le point est refusé et il écope d’une pénalité. », récita l’humanoïde.
– Je ne t’ai pas visé avec ma batte, je t’ai simplement effleuré… à cause de mon embonpoint naissant, argua la jeune fille avec une mauvaise foi évidente.
– Il faut vérifier. Le règlement n’indique pas que l’adversaire doit être heurté par la laserbatte. Il n’est pas assez précis. Appelons la fédération pour éclaircir ce point.
– Oh, Aérofrin, fiche-nous la paix deux minutes avec ton règlement et ta précision. On n’a pas le temps. On sera arrivés sur Mars avant d’avoir la réponse.
– Mais la concision et la rigueur sont…
– C’est ton tour d’engager. Joue, nom d’une vache de Callisto !
– Très bien, acquiesça le Veilleur. Filante !
Galaxine aurait dû se méfier que l’humanoïde ne se bloque pas sur le respect des consignes et capitule si rapidement. Il frappa la balle, Galaxine l’intercepta, la faisant rebondir sur la paroi opposée. Aérofrin s’accroupit pour ne pas la laisser toucher le sol, ce qui aurait eu pour effet de la faire disparaître, et la dirigea vers le plafond. Les deux adversaires croisèrent les faisceaux de leurs laserbattes pour récupérer le projectile à sa descente.
Aérofrin ouvrit de grands yeux et désigna le hublot.
– Ça alors, un livreur de Skyzza !
L’estomac de Galaxine lui ordonna de tourner immédiatement la tête pour repérer la navette rouge et blanche.
– Où ça ? demanda-t-elle en scrutant le ciel noir.
Elle salivait déjà à l’idée de déguster une pizza double crunch, triple fromage, quadruple tomate, sa préférée.
L’humanoïde en profita pour imprimer un effet slicé à la boule, mouvement technique appelé “Hugette” par les professionnels. Elle fila en vrillant jusqu’au cercle noir qui l’avala en un éclair.
– BUT ! cria-t-il. Dix-huit à dix-sept, balle de match.
La jeune fille comprit qu’elle avait été bernée.
– Je rêve. Toi aussi tu as triché. Oups.
Elle venait d’avouer qu’elle n’avait pas gagné le point précédent tout à fait honnêtement.
– Alors, comme ça, monsieur l’humanoïde a activé l’option « Ruse et Filouterie » de son logiciel ? Tu vas voir, quand je le dirai à ton créateur…
– Ce n’est pas beau de dénoncer. Et je suis sûr qu’il sera fier de moi. Je suis de moins en moins robot et de plus en plus humain.
– Pour le meilleur et surtout pour le pire, on dirait… Celle-ci, on la joue à la loyale, d’accord ? proposa Galaxine.
– Parfait pour moi, Capitaine, accepta Aérofrin.
– Filante ! demanda la Veilleuse en se dérouillant les épaules.
La balle s’envola sur la droite, Aérofrin la récupéra en reprise de volée, la propulsa sur la paroi gauche. La jeune fille l’intercepta et la fit adroitement passer entre les jambes de son adversaire qui avait bondi pour smasher vers le Trounoir.
– Vaisseau à un cention-lumière, annonça Aérofrin.
– Vaisseau, mon œil ! rétorqua Galaxine.
Elle relança le projectile en un plongeon acrobatique. La balle décrivit un arc de cercle. Personne à la réception. Elle s’évanouit en touchant le sol.
Les yeux de l’humanoïde étaient fixés sur l’écran. Un point clignotait, approchant dans leur direction. Il posa le doigt sur la lumière afin de faire apparaître la fiche signalétique et l’identification de l’engin.
– ZE 666 WOLF.
– ZE 666 WOLF ?! s’exclama la Veilleuse, lâchant aussitôt sa batte. Le vaisseau des Loups Jumeaux, les frères pirates que la justice de toutes les planètes recherche. Pas possible ! Qu’est-ce qu’il fait là, si près de Mars ? Aérofrin, au poste de pilotage, vite ! C’est une chance unique, on doit les intercepter !
Galaxine se rua dans sa cabine. Pour faire face aux terribles frères Pankraz et Gunther von Willenheim, un combi-cuissard n’était pas la tenue la plus adaptée. D’abord, se glisser dans la combinaison en kevlar suractivé, puis chausser les cuissardes. Ajouter le plastron pare-projectile, gonfler légèrement les poumons pour le laisser prendre la forme exacte de la poitrine sans bloquer la respiration. Enfiler les gants. Les laisser dérouler leur filet métallique jusqu’aux épaules. Une fois parée, la jeune fille passa dans la pièce suivante : l’armurerie. Elle contenait deux exemplaires parfaitement entretenus des armes les plus puissantes de la galaxie. Plus quelques petites inventions du professeur Shédar, comme l’Éblouissor ou le Stupéfactor. La préférée de sa fille était sans nul doute le Mélassmax, un mini-canon pourvu d’un réservoir sous pression qui engluait l’ennemi dans une substance collante dont il lui était impossible de s’échapper. Le seul petit défaut était qu’il fallait laisser tremper l’adversaire pendant plus de deux heures dans un bain de lait de coco d’Obéron pour le débarrasser de sa gangue visqueuse. Cette fois, pas de Mélassmax pour les Loups Jumeaux de Japet. Soit ils parvenaient à arraisonner leur vaisseau et les obliger à se rendre sans violence, soit il faudrait utiliser l’Atomisis ou le Désintégrax.
– Avec des créatures féroces, pas de quartier, murmura la Veilleuse en glissant les deux armes dans les étuis de sa ceinture.
Elle prépara le matériel d’Aérofrin, le lança sur son épaule et passa dans la soute. Dans le poste de pilotage, sur les nombreux écrans de contrôle, Aérofrin avait affiché tout ce qu’on savait sur les bandits et leur équipage. La liste de leurs méfaits pouvait faire dresser les poils sur la tête d’une chauve-souris. Vols, navette-jackings, kidnappings, rackets, violences en tous genres, disparitions suspectes, extorsions, pillages. En cumulant les peines auxquelles chacun des barbares en fuite était condamné, on dépassait les trois mille ans de prison.
Posant les armes sur la tablette à côté de l’humanoïde, Galaxine préféra s’attarder sur les informations concernant leur engin spatial. Avant d’arrêter les écumeurs du ciel, il fallait immobiliser le Hurleur. Leur vaisseau était aussi dangereux qu’eux.
– Tu en penses quoi ? demanda-t-elle à son compagnon.
– La partie n’est pas gagnée, avoua-t-il. Ils sont rapides et ont une puissance de feu semblable à la nôtre. Et mille fois plus de cruauté que nous. Si nous les abordons de face, ils n’hésiteront pas à nous pulvériser pour passer.
– De face, de côté, par en-dessus ou par en-dessous, si on montre la moindre intention de les intercepter, ils nous détruiront, tu veux dire.
– Absolument.
– Mais on ne peut pas les laisser filer.
– Non plus.
Aérofrin n’était pas bavard. En temps normal, sa programmation ne comprenait pas l’intérêt du papotage. Focalisé sur sa mission, il devenait laconique.
– Est-ce qu’on peut les arrêter à distance ? Lancer le champ de notre Electromagnetisor et dérégler tous leurs appareils ? suggéra Galaxine.
L’humanoïde secoua la tête.
– Pas la peine. Ils sont protégés.
– Envoyer un Silenciotorpille dans leur carlingue ?
– Pas la peine. Ils sont protégés.
– Activer le Vortexus et éteindre leurs propulseurs ?
– Pas la peine. Ils sont protégés.
Galaxine tapa du pied sur le sol métallique du cockpit.
– Tu vas me répéter ça longtemps ? Il y a bien un de nos instruments de combat contre lequel ils n’ont pas la parade, tout de même ! Ce sont des sauvages de Japet, comment se peut-il que leur Hurleur possède autant de technologie que le Moucheron ? Le gros orteil de mon père rassemble plus d’intelligence que les boîtes crâniennes de toute la bande.
– Ils ont tout volé.
– C’est une raison recevable, concéda Galaxine. Mais qui ne résout pas notre problème. Et si on passait en mode furtif ?
– Nous sommes sur leurs radars depuis près d’une heure. Il faudrait qu’ils soient tous pris dans une partie d’échecs 3D pour ne pas nous avoir repérés. Veux-tu que j’analyse les chances statistiques pour que cela soit le cas ?
– Je te remercie, ne perds pas un millionième de ta puissance pour me donner un résultat que je connais déjà. Zéro chance. Puisqu’aucune de mes idées ne convient, que suggères-tu ?
– Je propose d’appliquer ce qui réussit.
– Effectivement. Je préfèrerais la version où on arrive sur Mars en héros après avoir capturé les Loups, plutôt que de partir explorer l’univers sous forme de confettis, sans même avoir dégusté un dernier Croustiton. Peux-tu développer, s’il te plaît ?
– « Ruse et Filouterie », décréta très sérieusement l’humanoïde.
– « Ruse et Filouterie ». J’aime bien. Mais si tu comptes les berner avec le coup du livreur de Skyzza, j’ai comme un doute.
Aérofrin fit claquer sa langue trois fois en signe de désapprobation.
– Ce sont des Loups. Réfléchissons comme des chasseurs. À chaque proie son appât. Pour toi, qui as le cerveau piloté par l’estomac, c’est la nourriture. Pour eux…
– Le butin ! compléta Galaxine.
– Il s’agit de leur faire croire que nous sommes cousus d’or. Nous n’allons pas aller vers eux, ils vont gentiment venir à nous.
– Gentiment n’est pas le mot juste, grimaça la Veilleuse.
– Certes ! Ils sont une douzaine, féroces, armés jusqu’aux chicots. Mais nous aurons pour nous l’effet de surprise. Ils penseront piller un vaisseau marchand presque sans défense.
– Et vont tomber sur un os. Un gros nonos sur lequel les louloups se casseront les crocrocs, ricana la jeune fille en tapotant l’Atomisis et le Désintégrax. Je déclare activée l’opération “Enfumage de Tanière”. Exécution, Veilleur !
– À vos ordres, Capitaine !
Passé en mode formel, son compagnon ne la nommerait plus que Chef ou Capitaine, utilisant le vouvoiement jusqu’à la fin de leur périlleuse mission. S’ils gagnaient, il reviendrait au tutoiement. S’ils échouaient, tout cela n’aurait plus d’importance. Un débris ne communique pas beaucoup avec une poussière dans l’immensité intersidérale.
Aérofrin effleura de ses longs doigts les écrans tactiles qui l’entouraient. Avant que les pirates du vaisseau puissent les voir, il devait transformer le Moucheron. Seuls quelques appareils autorisés par le Commandement Supérieur de l’Univers possédaient cette option. Équipé d’holoprojecteurs, le Moucheron pouvait projeter autour de sa silhouette effilée l’apparence de n’importe quel engin volant.
L’humanoïde consulta la base de données de l’aéronautique martienne et y trouva sans peine ce qu’il recherchait : le Transfer. Un transporteur de fer ventru effectuant la liaison entre les mines de Marseye[1] et les autres planètes. Il était trop tard pour modifier l’identification du Moucheron sur le radar, mais les Veilleurs tablaient sur l’avidité des pirates. Dans leur précipitation à piller la cargaison du précieux minerai, ils oublieraient peut-être de vérifier la concordance entre l’immatriculation et l’apparence de leur victime. Au pire, ils s’étonneraient et, dans le doute, attaqueraient quand même.
– Voilà ! Pour l’œil humain, nous sommes l’inélégant Transfer, annonça Aérofrin. Maintenant, nous allons lancer notre signal de détresse et agir en conséquence. Vous feriez mieux de vous asseoir et de vous attacher, Chef.
Galaxine obtempéra, boucla le harnais de son fauteuil, leva le pouce pour signifier qu’elle était prête. Il ouvrit un canal court de communication. Il voulait attirer le Hurleur, pas dérouter pour rien tous les croiseurs circulant aux environs.
– Mayday Mayday, lança-t-il. TRANSFER au départ de Mars en détresse. Réacteurs éteints, sommes à la dérive. Coordonnées 552/46,589,688. Je répète TRANSFER en détresse.
Enfin, il débraya le pilote automatique et saisit le joystick ultrasensible entre son pouce et son index.
– Ça va tanguer, Capitaine, prévint-il.
Quelques secondes plus tard, les ongles de Galaxine transperçaient les accoudoirs de son fauteuil.
– Toi qui aimes la précision, tu devrais savoir que tanguer, c’est quand les vagues lèchent la coque d’une barque sur un lac et que ça bouge gentiment, couina-t-elle. Ce que tu nous fais subir s’appelle valdinguer, tourbillonner, sombrer. C’est pire que le Gigacrazycoaster d’Icarland. J’ai l’estomac dans les oreilles, pitié !
– Il faut ce qu’il faut pour paraître véridique. On n’attire pas les abeilles avec des cornichons.
– Ne parle pas de nourriture, s’il te plaît. C’est facile pour toi, tu n’as pas d’estomac. Cornichon toi-même.
L’humanoïde ne releva pas l’attaque. Il était insensible à l’insulte comme à la flatterie et surtout beaucoup trop occupé à surveiller ses écrans pour vérifier si les Loups s’apprêtaient à bondir sur le mouton.
– Mayday, mayday, répéta-t-il dans le micro.
– Gazouilleur au Transfer, Gazouilleur au Transfer, sommes en approche. Comment pouvons-nous vous aider ?
Les Veilleurs levèrent le poing en signe de victoire. Aérofrin hocha la tête en voyant la trace lumineuse du Hurleur changer sa trajectoire pour croiser la leur.
– Gazouilleur, mon œil ! Tu peux peut-être nous balloter plus doucement, maintenant qu’ils ont mordu à l’hameçon, suggéra Galaxine, micro coupé.
– Gazouilleur, heureux de recevoir votre réponse, reprit Aérofrin. Ici le capitaine Marsouin. Nous avons des problèmes électroniques. Les réacteurs sont en panne et nos communications longue distance également. Pourrions-nous monter à bord afin de prendre contact avec notre base et demander l’envoi d’une équipe de dépannage ?
– Robert Nash aux commandes. Enchanté, capitaine Marsouin. Mes canaux de communication sont à vous. Je vais tenter de me placer près du Transfer pour arrimer nos vaisseaux. Vous êtes plus lourd que moi, si vous pouviez vous stabiliser un peu…
D’un mouvement du menton, Galaxine désigna le Hurleur devant eux.
– Ils nous prennent vraiment pour des demeurés. Comment peuvent-ils se présenter comme le Gazouilleur, piloté par Robert Nash alors que tout le monde tremble à l’idée d’apercevoir un jour leur carlingue ? s’étonna la jeune fille.
Les frères von Willenheim avaient fait peindre à l’avant de leur navette la tête d’une des créatures monstrueuses qui peuplaient les forêts du satellite dont ils étaient originaires. Crinière argentée, poil noir, crocs démesurés entouraient les yeux jaunes du cockpit. Ultime détail, une goutte de sang plus vraie que nature perlait aux babines luisantes.
– Plus le mensonge est gros, plus il passe, commenta Aérofrin.
– À ce point, c’est tout de même plus évident qu’une baleine dans une baignoire ! Ah, ça fait du bien quand ça s’arrête.
Le Hurleur était désormais bien visible et Aérofrin avait artistiquement réduit les mouvements désordonnés du Moucheron, jusqu’à ne plus subir qu’un léger ballotement. Il fallait que les pirates puissent lancer la passerelle vers leur sas pour que les Veilleurs leur tombent sur le dos comme des guêpes sur une frambaise[2] pourrie.
– La touche finale, lança Aérofrin en ajoutant des membres d’équipage imaginaires dans les hublots holographiques du Transfer.
Deux silhouettes noires se dessinaient comme des pupilles dans les yeux du Hurleur. Galaxine réprima un frisson. Elle déboucla son harnais, fit rouler ses épaules, étira ses mollets en se dressant sur la pointe des pieds.
À côté d’eux, l’engin menaçant se stabilisa contre leur flanc. Loup contre Moucheron. Un duel bien inégal.
– On y va, décida-t-elle.
Aérofrin accrocha sa ceinture, vérifia que les armes étaient prêtes à fonctionner.
– Paré, Capitaine. Quoi qu’il arrive, j’ai été honoré d’être votre assistant, Capitaine.
La jeune fille posa une main sur l’épaule du charmant humanoïde et fixa les lacs turquoise de ses iris.
– Ne laissons pas ces fripouilles m’empêcher de gagner la partie de Meteorball qu’ils ont interrompue. Après, je grignoterai des brochettes de Loup. Au sas, Veilleur !
Ils se mirent en position de part et d’autre de la porte du sas de transbordement. La caméra externe leur confirma que les deux vaisseaux étaient désormais arrimés de manière étanche. Le voyant de pressurisation passa au vert. Galaxine désactiva la sécurité de son Atomisis, vérifia qu’elle avait réglé la puissance au minimum. Il s’agissait de mettre hors d’état de nuire les pirates, pas de trouer les parois de leur engin pour se retrouver à jouer les papillons dans l’espace intersidéral.
Ils entendirent le pshhh du glissement de la porte du Hurleur. Aérofrin eut un sourire gourmand quand il appuya à son tour sur le bouton d’ouverture de leur porte.
– Bienv… commença une voix féminine dans le sas.
FCHHHHOOOOOUUUUUUU. PONG. PING. CHHHHHHHHPOC.
Silence.
FCHHOOOUUUUU.
Silence.
Les deux justiciers laissèrent passer quelques secondes avant d’avancer. Prudemment, dans un silence toujours complet, ils rasèrent les parois du sas et bondirent dans le Hurleur.
– À terre, lâchez vos armes ! Rendez-vous ou nous vous désintégrons, hurla Galaxine.
Son cri résonna sur les cloisons métalliques sans obtenir de réponse. Aérofrin activa son scanner de température corporelle et secoua la tête. Le ventre du Hurleur était vide. À l’exception de deux corps effondrés contre le mur du fond. Deux corps qui ressemblaient étonnamment peu à ceux des Loups Jumeaux.
Revenons quelques instants en arrière, lorsque le Veilleur ouvre la porte du Moucheron.
FCHHHHOOOOOUUUUUUU : les Veilleurs appuient leur index sur la gâchette de leurs Atomisis et balaient tout ce qui se trouve à la portée de leurs faisceaux destructeurs.
PONG : un premier corps est propulsé à travers le Hurleur comme une coccinelle par un sèche-cheveux. Il heurte violemment la paroi opposée.
PING : un deuxième corps, un peu plus léger, suit le même trajet que le premier.
CHHHHHHHHPOC : les deux corps glissent doucement. Leur tête émettant un bruit mat en touchant le sol métallique.
FCHHOOOUUUUU : nouvel arrosage du vaisseau pirate, malgré le silence, pour être sûr.
Galaxine haussa les épaules en signe d’incompréhension. En alerte, sans que ses index quittent les déclencheurs de l’Atomisis et du Désintégrax, elle progressa vers les deux individus inanimés. Ce qu’elle vit la laissa perplexe.
À gauche, un vieux petit bonhomme vêtu d’un pantalon de velours vert, d’un pull bariolé barré de l’inscription « Joyeux retraité » et d’un gilet à multiples poches.
