Guélane Roby - Yolande Catelain Robion - E-Book

Guélane Roby E-Book

Yolande Catelain Robion

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Beschreibung

Rien ne laissait présager l’extraordinaire destinée de Guélane Roby. Adolescent plutôt réfléchi, son goût pour l’aventure va être exhaussé au-delà de ses espérances.
Accroché à un balai fou, il est entrainé dans un monde souterrain et retrouve sa grand-mère Gabrielle, décédée depuis plusieurs années. En compagnie de Micha, une jeune juive victime de la rafle du Vel’ d’Hiv, il découvre la mission pour laquelle il est l’Élu. Mais il devra vaincre bien des obstacles pour la mener à bien.
Dans un milieu où la notion de temps a disparu, où le chevalier Bayard côtoie l’illustre Mozart, transformé en clavecin par l’infâme Adolphe, une organisation fraternelle veille sur lui. Parviendra-t-il à contrecarrer la terrible menace qui plane sur l’Univers ?

À PROPOS DE L'AUTEUR

Yolande Catelain Robion, auteure illustratrice de trois livres pour enfants et directrice des services péri-scolaires de deux écoles, propose son premier roman fantastique où s’entremêlent mythe et réalité. Dans un monde où le fanatisme et l’intolérance resurgissent, l’auteur accompagne les lecteurs sur le chemin des valeurs de partage, d’amour et de fraternité.

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Seitenzahl: 201

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Yolande CATELAIN ROBION

Guélane Roby

et le Monde des Ténèbres

Roman

Cet ouvrage a été composé en France par Libre 2 Lire

www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN papier : 978-2-490522-51-4ISBN Numérique : 978-2-490522-52-1Dépôt légal : 2019

© Libre2Lire, 2019

À l’homme sublime qui m’a inspiré cette histoire.

La Gueule de Loup

Comme tous les garçons de son âge, Guélane Roby aime écouter de la musique et construire des radeaux avec les copains pour jouer au Robinson sur les bords de Loire. Il aime aussi organiser des concours de danse sur les dunes. Avec ses yeux noisette, ses cheveux bruns et son tempérament volontaire, il séduit beaucoup de monde, surtout les filles.

Sept heures viennent de sonner au clocher lorsque Guélane, les bras chargés de livres, pousse la porte de la cuisine. Sur la table, le repas est prêt à être servi.

— Tu es en retard ! lui dit son père d’un ton autoritaire.

La mère de Guélane, avec un sourire bienveillant, remplit les assiettes tandis que monsieur Roby pousse le volume de la télévision. Selon les habitudes, le repas se passe au son des informations. La soupe avalée, Guélane attend la suite en roulant sous ses doigts la mie du pain pour en faire des boulettes.

De l’autre côté de la table, sa sœur Marceline entasse des munitions et se prépare à l’assaut. Dès que madame Roby tourne le dos et se rapproche de ses fourneaux, l’offensive commence. Les projectiles frôlent les oreilles de monsieur Roby qui heureusement ne s’aperçoit de rien, trop absorbé par les annonces du commentateur sur les restrictions budgétaires du gouvernement. Au grand soulagement des enfants, la corvée du repas dans le silence ne dure jamais trop longtemps. Ainsi, chacun peut regagner sa chambre après avoir embrassé les parents et reçu les recommandations habituelles.

— N’oubliez pas de vous brosser les dents et ne vous couchez pas trop tard, vous avez école demain !
— Ouf enfin ! pense Guélane, en récupérant les douze volumes de Jules Verne.

Il a pour coutume de former un tunnel sous ses couvertures, éclairé par sa lampe torche. Repère discret au fond duquel il peut dévorer à sa guise, tel un boulimique, toutes sortes d’ouvrages empruntés à la bibliothèque de son quartier. Grâce à ce stratagème, Guélane peut chaque soir assouvir sa passion sans que sa mère ne voie ou ne soupçonne la pratique de veillées prohibées. Seuls ses yeux creusés au réveil peuvent trahir un sommeil un peu trop écourté.

Chaque matin, avant de partir pour l’école, c’est le même rituel. Dernier coup d’œil sur le contenu du cartable, pas d’oubli au préalable, les devoirs faits la veille à l’étude sont encore dans la mémoire de Guélane.

— Dépêche-toi ! lui dit sa sœur en ajustant son écharpe et ses gants. Tu vas encore nous mettre en retard !
— Marceline a raison ! approuve madame Roby. Tu n’es pas organisé mon garçon.

Guélane marmonne quelques mots étouffés par son col roulé, avant de sortir dans la rue. Dehors, les copines de sa sœur attendent sur le trottoir en ricanant.

— Partez devant, ne m’attendez pas ! leur dit-il en renouant ses lacets.

Le groupe s’éloigne en laissant derrière lui la trace d’un piétinement dans la neige fraîchement tombée. Guélane déteste cette période de l’année, le bout de ses doigts commence à geler et lui fait mal. Il se languit des journées chaudes d’été passées sur le sable avec les jolies jumelles. Il avait réussi avant la fin des vacances à les embrasser toutes les deux, tandis que sa cousine, verte de jalousie, épiait dans les dunes. La négociation avait été rude avant de rentrer à la maison car la cousine, toujours aussi verte, ne décolérait pas et menaçait de tout raconter à madame Roby.

Tout en se remémorant ces bons souvenirs, Guélane continue son chemin en direction de l’école. Il passe devant la boulangerie d’où s’échappent des odeurs de pain chaud, longe la rue Boissière et remarque cette vieille femme, toujours la même, le cabas rempli des restes trouvés dans les poubelles. À chaque rencontre, le jeune garçon sent son cœur se serrer davantage. Que faut-il faire pour combattre la misère ? Il serre les poings dans ses poches. Un jour, il fera de la politique mais attention, il s’entourera de personnes honnêtes, élaborera des lois pour que plus jamais les gens ne meurent de faim. Puis, il interdira de faire la guerre comme ça, les marchands de canons iront gonfler des ballons de toutes les couleurs pour donner aux enfants du bonheur.

Tout en avançant vers l’école, Guélane construit son programme électoral en oubliant la morsure du froid. Les filles sont maintenant hors de vue. Il peut continuer à rêver en longeant les jardins ouvriers.

Quand soudain au creux du fossé, un trou se forma. Guélane s’en approcha et regarda sans comprendre. À sa grande surprise, un balai en forme de tête de loup en sortit précipitamment et disparut aussi vite dans la terre sans laisser de trace.

Guélane, stupéfait, reconnut l’objet. Enfin, il l’a déjà vu. Sa mère et ses tantes utilisent ce balai pour retirer les toiles d’araignées. On le nomme « tête de loup » à cause des poils hirsutes piqués sur une forme ronde. Mais pourquoi et comment cet ustensile de ménage se retrouve dans ce trou ? Guélane ne comprend pas, sûrement est-il victime de son imagination ! Il se frotte les yeux comme pour mieux effacer cette vision. La neige perle sur ses cils, le vent le pénètre, le jeune garçon transi par le froid décide de rejoindre sa sœur dont les rires au loin sont à peine perceptibles, quand tout à coup, le balai sortit à nouveau de terre.

Cette fois, Guélane le saisit par le manche, ses doigts glissent, le bois craque et résiste. De toutes ses forces, le jeune garçon s’agrippe pour empêcher le balai fou de redescendre dans la terre. S’ensuit une lutte acharnée, ni l’un ni l’autre ne semble vouloir céder. Quant à bout de force, les doigts gelés sur le manche, Guélane se rend compte qu’il glisse dans le trou. Il ne peut plus résister, il est paralysé comme les insectes englués dans une toile d’araignée.

Au fur et à mesure, une sensation de grand froid l’enveloppe. Rien de comparable avec l’hiver, plutôt un phénomène hostile, effrayant, donnant l’impression que le sang se fige dans les veines. Guélane attend inéluctablement l’instant de sa mort, pour lui aucune autre issue n’est possible. Il pense à sa famille, ses parents, sa sœur. Il aimerait crier ou pleurer, mais rien ne sort de son corps déjà vidé de toute émotion.

Au bout d’un long moment, le jeune garçon reprend ses esprits. Gisant sur le sol d’une galerie sombre aux aspérités ruisselantes d’humidité, Guélane essaie de se relever. Ses membres endoloris ne semblent pas avoir été cassés dans la chute.

— Mais alors je ne suis pas mort ? Je suis tombé dans un souterrain dont le plafond s’est effondré sous mes pieds.

Il faut sortir de là, pense-t-il en se relevant. D’un rapide coup d’œil à droite à gauche, il vit de nombreux couloirs s’emboîtant les uns aux autres. Au-dessus de sa tête, le trou s’est refermé. Seules des racines enchevêtrées telle une mangrove vue de dessous semblent lui lancer un défi, le raillant de remonter. Chose impossible vu la hauteur de la paroi. Non loin de lui, semblable à un serpent, une ombre glisse sur le sol. C’est ce satané balai avec sa touffe de poils. Il s’enfuit le misérable !

— Oh ! Reviens par ici maudit balai ! Pourquoi m’as-tu fait tomber dans cet endroit ? Au secours ! À moi, à l’aide ! crie le jeune garçon.

Pour toute réponse, l’écho de sa voix lui revient comme un boomerang.

— Je ne vois qu’une solution se dit-il. Il faut choisir une galerie pour sortir de ce cauchemar ! Mais laquelle explorer ? Elles se ressemblent toutes.
— N’aie pas peur mon enfant. Attends, ne bouge pas, je viens vers toi
— Ohé ! Où êtes-vous ? répond Guélane, soulagé que quelqu’un vienne à son secours.
— - Je suis là !… Tout près !… répète la voix qui semble irréelle, glaciale à faire frémir les plus hardis.

Guélane tout tremblant se replie sur lui-même et se bouche les oreilles pour ne plus entendre.

— Je viens mon enfant, ne bouge pas !

Au même moment, une faible lueur éclaira le visage d’une femme sans âge qui apparut à l’entrée du plus petit tunnel.

— Mais je rêve ! C’est impossible ! dit Guélane les yeux lui sortant des orbites. Grand-mère, c’est toi ? Mais par quel miracle es-tu là ? Je suis donc mort ! s’écrie le jeune garçon. Ah, mais j’y suis, je fais un cauchemar ! Je dois ouvrir les yeux pour me retrouver dans mon lit !
— Tu ne rêves pas, répond la vieille femme consciente du choc qu’elle provoque sur son petit-fils. Tu n’es pas mort non plus.
— Alors si je suis vivant, toi aussi ! dit-il en se jetant dans ses bras. Mais je ne comprends plus, l’année dernière, je suis allé à ton enterrement, comment peux-tu être ici ? Et pourquoi, te caches- tu depuis tout ce temps ?
— Patience mon enfant, je vais tout te raconter mais pas ici, ailleurs.

Le silence de la vieille femme pèse comme la main posée sur l’épaule de Guélane, une main petite, noueuse mais armée d’une grande détermination. Le jeune garçon se laisse guider à la lueur de la chandelle dans un labyrinthe insoupçonnable à la surface de la terre. Dans un recoin, le balai réapparaît et se dresse comme un chien fidèle. Guélane recula de trois pas.

— L’affreuse chose ! C’est lui qui m’a fait tomber !
— Ce n’est rien, n’aie pas peur, répondit la vieille femme. Gaspar est là pour nous protéger.

Malgré tout, Guélane ne peut s’empêcher d’observer le soi-disant balai qui avance devant eux. Même dans ses lectures les plus folles, il n’avait été devant pareilles extravagances. Il se pince le bras jusqu’au sang pour être sûr cette fois de se réveiller.

Sa grand-mère esquisse un petit sourire.

— Tu as du mal à croire ce que tu vois, mais plus que quelques minutes et tu vas enfin tout savoir. Avant, il ne faut surtout pas se faire remarquer.
— Il y a d’autres personnes ici ? questionne Guélane, intrigué.

Tout en réfléchissant, le jeune garçon arriva devant une paroi complètement fermée. La vieille femme, de ses ongles noircis, gratta à plusieurs reprises la muraille qui s’entrouvrit et laissa un interstice assez grand pour entrer sans se courber.

Aussitôt placée sur son support, la chandelle commence à révéler les lieux. La pièce est composée d’une table, deux chaises, un fauteuil en velours avec son repose-pied. Il y a également un lit ancien en forme de bateau agrémenté d’une paire de rideaux assortis, une table de nuit et quelques affaires posées sur une commode. Le tout est assez disparate mais très propre.

Le balai s’est allongé sur le lit et semble s’endormir.

— Grand-mère, où sommes-nous ? Est-ce ta maison ? demande-t-il, ne parvenant pas à comprendre.
— Assieds-toi, mon garçon. Je vais maintenant tout te raconter. Ici, personne ne pourra nous entendre. Tu te souviens du jour de mon enterrement ?
— Et comment ! répond Guélane. J’étais si malheureux !
— Je sais, mon grand. Il est très difficile pour nous aussi, les morts, de quitter ceux que l’on aime. Pour moi, te savoir triste, c’était comme une torture. Mais je voyais qu’au fil du temps, tu recommençais à jouer avec tes amis, tu retrouvais ta joie de vivre. J’ai bien ri quand tu as mis des pétards dans les bouses de vaches au passage des filles. Ou lorsque tes chaussettes ont commencé à brûler devant le feu de camp et que tu craignais de rentrer chez toi !
— Mais grand-mère, comment pouvais-tu me voir ?
— C’est une grande histoire, mon garçon. La mort, le cimetière, la perte des êtres chers, est un chemin immuable depuis la nuit des temps. C’est un passage entre deux mondes qui ne se croisent jamais, mais tous les deux sont liés pour l’éternité.
— Alors pourquoi suis-je arrivé dans ce monde puisque tu as dit tout à l’heure que j’étais vivant ! Bien sûr, je suis heureux d’être avec toi Grand-mère, mais si je ne peux plus repartir en haut, Papa et Maman vont se demander où je suis. Ils vont me chercher partout. Ils penseront à une fugue, tous les policiers du commissariat de Papa feront tout pour me retrouver, oh là là ! Quelle histoire ! Grand-mère tu imagines !
— Ne panique pas mon garçon. C’est moi qui t’ai fait venir et je te ferai repartir quand le moment sera venu, sans que tes parents ne s’aperçoivent de ton absence car le temps pour eux va s’arrêter. Écoute moi bien Guélane, nous avons besoin de toi pour une très grande mission. Toi seul peut changer le cours des choses.
— Je ne comprends pas, de quoi s’agit-il ?! demande le garçon, les yeux grands ouverts.

Grand-mère Roby ne répondit pas. Elle se dirigea vers une tenture au fond de la pièce, la souleva et fit entrer un homme curieusement vêtu, puis un autre le suivit ainsi que deux femmes habillées de la même façon. Ils portent chacun des gants blancs. À leur passage devant le lit, le balai se réveilla. Chacun lui donna une tape amicale, provoquant sur l’étrange chose l’esquisse d’un ronronnement. Ces personnes au visage bienveillant embrassèrent la vieille femme en accomplissant un signe de la main dont Guélane ne comprend pas la signification. Ils s’approchèrent du jeune garçon, le contemplèrent et lui tapèrent trois fois sur l’épaule.

— Vous êtes morts aussi ? se risque- t-il à demander d’une voix tremblante.
— D’une certaine façon oui ! répond l’homme à la chevelure argentée. Comme te l’a expliqué ta grand-mère, nous sommes maintenant dans ce monde parallèle et morts dans celui que tu connais.
— Mais à quoi sert cet endroit ? questionne le jeune garçon, partagé entre la peur et la curiosité. Que faites-vous de vos journées, avez-vous les mêmes préoccupations qu’en haut ? Faites-vous la cuisine ou peut-être n’avez-vous plus besoin de manger ?
— Oh ! Mon garçon, que de questions ! répond le deuxième homme dont le ventre rebondi faisait se relever le tablier blanc qu’il portait fièrement.
— Il a raison, il est temps de se restaurer ! répond l’homme à la chevelure argentée. Gabrielle, as-tu encore les pâtés en croûte que tu nous as servis hier ?

Aussitôt, la grand-mère de Guélane apporta sur la table des terrines à l’odeur exquise tandis que les deux femmes demeurées silencieuses amenèrent des verres, de l’eau et du vin. L’une d’elle répondant au prénom de Fabienne s’approche de Guélane et lui tend une tartine de pain sur laquelle repose une belle couche de rillettes.

— Les émotions ouvrent l’appétit, n’est-ce pas mon garçon ! dit l’homme au ventre rebondi.
— Mes sœurs et mes frères, remplissons et levons nos coupes pour porter un toast à Guélane mon petit-fils ! dit Gabrielle.
— Guélane se demande pourquoi sa grand-mère appelle tout le monde ses frères et ses sœurs, mais il y a tant de choses bizarres autour de lui qu’il préfère mettre de côté ses craintes et se laisser porter par l’ambiance conviviale. Tous les cinq lèvent leur verre en déclarant « Haut les coupes, buvons sans bruit ! ». Dans une complète contradiction, ils se raclent la gorge bruyamment, faisant des effets sonores avec leur langue et reposent sur la table leurs verres vides.
— Elle ne s’embête pas Grand-mère ! pense Guélane en riant tout bas.
— Tu vois mon garçon, lui dit l’homme aux cheveux argentés, nous appartenons à un groupe de femmes et d’hommes libres. Alors, lorsque nous disons buvons sans bruit, nous faisons exactement le contraire, ceci étant la preuve de notre totale liberté. Malheureusement, nous devons nous cacher pour exprimer nos idées, car nous sommes entourés de félons qui ne souhaitent qu’une chose : anéantir notre travail dans l’intention de détruire le monde du haut où nous avons tous vécu auparavant.
— De quel travail parlez-vous ? demande Guélane. A-t-il un rapport avec la mission que grand-mère souhaite me confier ?
— Ce garçon est très intelligent, rétorque la femme brune et mince assise dans un coin de la pièce.
— Tu as raison ! répond Fabienne. Nous n’avons pas commis d’erreur en choisissant le petit fils de Gabrielle. Il est véritablement l’élu !

Le jeune garçon roule des yeux dans tous les sens, se demandant ce que l’on attend de lui !

Au même moment, un grand coup résonna derrière la tenture à l’épigraphe bien connue « Liberté, Égalité, Fraternité. » Un homme d’allure débonnaire entre et rejoint le groupe. Quelques mots échangés tout bas les rassemblent dans une figure géométrique proche du triangle.

— Il faut faire vite ! dit Grand-mère Roby en regardant Guélane.
— Tu as raison, Gabrielle, il faut agir maintenant avant qu’il ne soit trop tard ! répondent les autres.

L’homme récemment arrivé entoura les épaules du jeune garçon et l’invita à les suivre.

— Où allons-nous ? demande celui-ci.
— Mon garçon, il est temps que tu connaisses notre organisation. Pour cela, nous allons te montrer l’endroit où tout commence.

Le groupe muni de chandelles prit mille précautions pour passer inaperçu en suivant l’une des nombreuses galeries.

— Elles se ressemblent toutes ! Comment faites-vous pour ne pas vous perdre ? demande Guélane à voix basse.
— L’habitude, répond sa grand-mère. Pour certains, l’existence en ces lieux est plus importante que les années passées dans le monde du haut !

À la jonction de deux tunnels, une lumière apparut. D’un geste autoritaire, la jeune femme brune en tête de file, fit signe d’éteindre les chandelles. Tous redoublèrent de prudence, afin de ne pas se faire remarquer. Guélane imita scrupuleusement les attitudes de ses accompagnateurs.

À hauteur du puits de lumière, chacun se mit à quatre pattes et marcha à la façon des chats derrière une proie. L’homme au ventre rebondi peinait à traîner sa carcasse. Guélane se mordait les lèvres pour ne pas rire de la situation cocasse qui pour le moment présentait un danger sous-jacent.

À son tour, le jeune garçon passe au-dessous de l’ouverture. « De quelle nature provient cette illumination ? » se demande-t-il en risquant un coup d’œil rapide. À peine a-t-il eu le temps d’apercevoir une gigantesque salle encombrée de machines compliquées avec des claviers ressemblant à ceux de la Nasa, que sa tête heurta le sol violemment.

— Tu veux nous faire repérer ? lui dit Fabienne dont la colère la faisait postillonner comme un lama.
— Mais taisez-vous ! gronde Grand-mère Roby en fermant la marche.
— Il s’en est fallu de peu pour que ce jeune curieux nous fasse tous prendre !
— Sois indulgente demande la vieille femme. N’oublie pas qu’il vient d’arriver, tout doit lui paraître extraordinaire. Nous devons lui transmettre nos connaissances et l’avertir des dangers sans pour autant lui écraser le nez dans la poussière !
— Je sais ! répond Fabienne toute confuse, mais j’ai peur de ce qu’il pourrait advenir de ma famille si notre mission venait à échouer !
— Nous avons tous des craintes semblables lui dit l’homme aux cheveux argentés. Voilà pourquoi nous devons agir au plus vite et sans perdre notre maîtrise. Quant à toi mon garçon, il est bien légitime de vouloir chercher des explications. Nous ne pouvons t’en tenir rigueur, mais sois attentif à nos recommandations. Il y va de ta vie !

Guélane commence à redouter la mission pour laquelle il est soi-disant l’élu ! Il garde le silence sur la vision brève qu’il vient d’avoir par la fenêtre. Parmi tous ces individus aux visages blafards, aux gestes répétitifs, penchés sur des ordinateurs géants, il y a surtout cet homme dont la physionomie lui rappelle vaguement quelqu’un.

À pas de loup, le groupe continue son cheminement vers l’endroit où tout commence. De part et d’autre, des racines ressortent, donnant lieu à des jurons étouffés de ceux qui trébuchent. Le jeune garçon regarde ses pieds de manière à éviter ce genre de désagrément, lorsque sa grand-mère l’avertit.

— Arrête-toi, nous sommes arrivés.
— Mais où ? demande-t-il, ne percevant aucune différence depuis leur départ, à part une légère montée et l’odeur de terre humide.

L’homme à la chevelure argentée leva sa chandelle pour éclairer la voûte, suivi des cinq autres. La lueur fit apparaître une quantité impressionnante de trappes. La plupart sont ouvertes et laissent entrevoir à l’intérieur un caisson noir et vide.

— À quoi servent ces boîtes ? demande Guélane à sa grand-mère.
— Tu as là, au-dessus de toi, le passage du cimetière à notre monde. Chacun d’entre nous a occupé l’un de ces cercueils avant de nous rejoindre.

Ce qu’il voit paraît impensable. La majeure partie des gens pensent qu’une fois les funérailles terminées, il reste le souvenir et le chagrin de la perte d’un être cher. Ce serait un tel réconfort pour tous s’ils connaissaient le secret.

— Je sais ce que tu penses mon garçon ! dit sa grand-mère. Mais dès l’instant où tu retrouveras ta vie du haut, il te sera interdit de révéler tout ce que tu as découvert en ces lieux.

Guélane acquiesce de la tête avec le secret espoir de retrouver son cousin au détour d’une galerie. Quel bonheur de le revoir ! Il pense interroger sa grand-mère à son sujet quand soudain, il aperçut un homme tapi dans l’ombre. Son allure est intrigante. Sans doute accroupi pour ne pas se faire remarquer, il dissimule sa stature imposante sous un capuchon au col assez volumineux pour recouvrir en partie son visage.

D’un geste de l’homme à la chevelure argentée, l’inconnu se relève et vient se placer devant la chandelle.

Guélane en a le souffle coupé ! Le personnage est costumé comme les croisés qui partaient délivrer le tombeau du Christ au moyen âge ! Sa barbe taillée en pointe accentue son côté volontaire et déterminé. Il ressemble exactement à la gravure du chevalier Bayard dans le livre d’histoire de France.

L’homme aux cheveux argentés embrassa l’inconnu et lui dit.

— Nous avons réussi à neutraliser le système de surveillance, mais il nous faut agir hâtivement avant qu’un des sbires de monsieur Adolf ne se rende compte de tout !

Aussitôt, l’inconnu sortit de sous son capuchon une hache monumentale.

Guélane, impressionné, recula sur les pieds de sa grand-mère.

— Oh là, damoiseau ! Je ne suis point en ces lieux pour t’occire !
— N’aie pas peur lui dit sa grand-mère, en dégageant ses pieds. Le chevalier Bayard est ici pour nous aider. C’est un homme loyal, doté d’une force hors du commun !
— Le vrai ? articule difficilement le jeune garçon.
— Bien sûr ! répond sa grand-mère. Ici, les sosies n’existent pas !
— Alors, il est possible de rencontrer des criminels ? demande-t-il, se rappelant la vision cauchemardesque de tout à l’heure.
— Évidemment mon garçon. Les morts que nous sommes ne sont pas uniquement des gens de bien. Il y a au moins une justice dans le monde du haut, la vie éternelle ne s’achète pas ! Mais nous reparlerons de cela plus tard. Avant, sois bien attentif sur la suite des évènements.

Dans son coin, le chevalier Bayard s’efforce d’ouvrir le fond d’une tombe le plus proprement possible.

Un des frères éclaire le travail de sa chandelle en le guidant, tandis que les autres surveillent les alentours.

— Va-t-il sortir quelqu’un de cette trappe ? demande Guélane à sa grand-mère.
— Non, personne ! Enfin nous l’espérons. Si nos renseignements sont exacts, cette place au cimetière n’est pas encore occupée. Nous allons nous en servir pour faire croire à ta mort et à ta venue parmi nous selon le processus habituel.
— Mais grand-mère ! dit-il, effrayé.
— Silence mon garçon ! Tout se passera bien. Il faut simplement duper nos ennemis en leur faisant croire que tu es mort. La réussite de notre mission tient justement autour de ce secret.