Heaven - Anastasia Dumouchel - E-Book

Heaven E-Book

Anastasia Dumouchel

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Beschreibung

2047, le monde subit un choc. Un virus d'origine inconnue se propage aux quatre coins de la planète. Il ne touche que les femmes. En quelques semaines, elles sont contaminées, elles deviennent folles. Les hôpitaux saturent, les États doivent réagir. Le programme Heaven est alors créé, visant à trouver un remède. Deux ans plus tard, en France, non loin de la capitale, une jeune fille rode. Alors qu'elle cherche simplement à s'abriter pour l'hiver, elle va faire une rencontre qui va changer toute sa vie, et probablement le destin de l'humanité. Fraternité, amitié, amour, danger, illégalité... Voilà les mots qui vont rythmer la vie de cette jeune adolescente de 19 ans, pour qui la survie va devenir une véritable mission...

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Seitenzahl: 398

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Sommaire

Prologue

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 27

Chapitre 28

Chapitre 29

Chapitre 30

Chapitre 31

Chapitre 32

Chapitre 33

Chapitre 34

Chapitre 35

Chapitre 36

Chapitre 37

Chapitre 38

Chapitre 39

Chapitre 40

Chapitre 41

Chapitre 42

Chapitre 43

Chapitre 44

Chapitre 45

Chapitre 46

Épilogue

Prologue

2047 : Le monde est frappé par un virus terrible.

D'origine inconnue, il s'attaque seulement aux femmes. D'abord, elles s'isolent, deviennent dépressives et parfois paranoïaques. Puis, les symptômes s'aggravent, elles deviennent agitées, se triturent les mains sans cesse. Viennent ensuite les crises d'épilepsie, et enfin la perte partielle ou totale des capacités motrices. Et là, il n'y a plus rien à faire, s'ensuit d'une mort par épuisement, suicide...

Les hôpitaux étaient saturés, les rues remplies de femmes à moitié folles qui agressaient les passants. Les plus grands chercheurs ont d'abord essayé de comprendre l'origine de cette folie. C'est alors qu'un constat est survenu : ce virus n'était que l'amélioration d'une maladie déjà existante. Cette dernière ne s'attaquait qu'aux jeunes filles en très bas âge. Elle était due à une mutation d'un gène du chromosome X, lors de la création de l'embryon. Mais ce nouveau virus, d'une manière qu'on ignore, a réussi à reproduire cette mutation chez les femmes adultes. Les symptômes sont beaucoup plus forts, beaucoup plus dévastateurs. Certains hommes dont le caryotype était XXY ont été atteint, eux aussi, mais leur proportion restait infime. Les gouvernements se sont alors concertés pour trouver une solution.

Le programme HEAVEN fut alors créé.

Chaque pays du monde devait construire dans sa capitale un bâtiment dans lequel toutes les femmes encore en vie du pays devraient être mises en quarantaine. D'un côté les malades qu'on essayait de soigner, de l'autre les femmes immunisées ou non atteintes qu'on protégeait. C'était les plus importantes, elles avaient pour but d'assurer la survie de l'espèce humaine.

Une chasse a alors débuté. Les femmes ont été traquées, emmenées de force. Il fallait éradiquer la maladie des rues. Si bien qu'en quelques mois seulement après l'apparition du virus, il n'y avait plus une seule femme dans les villes. Les dernières rescapées se cachent.

*

2049 : Depuis maintenant deux ans, les hommes sont au pouvoir. Le chômage a considérablement baissé, puisque des milliers de postes de travail étaient à pourvoir. La pollution a elle aussi considérablement diminuée suite à la baisse de la surpopulation. L'économie n'a jamais été aussi florissante. La vie repris son cours comme si de rien n'était. Pour certains hommes, c'était un mal pour un bien. Mais en France, non loin de la capitale, une jeune fille se cache des Traqueurs. Elle ne sait pas encore qu'elle va changer le destin de l'humanité...

Chapitre 1

Des sanglots stridents me réveillent en sursaut. J'émerge lentement, me frottant les yeux. La fraîcheur de cette fin de Novembre me fait frissonner, et je frictionne mes bras pour me réchauffer. Les clapotis de l'eau qui s'écoule sous le pont où je me suis retranchée attirent mon attention, je ferme les yeux et les laissent m'apaiser. La radée qui est tombée la veille m'a obligé à me cacher ici.

Les sanglots mélangés à des cris reprennent. C'est alors que je me rends compte de qui crit : une femme. Du moins, de mon point de vue. Je doute fort qu'un homme ai ce timbre de voix. Cela fait tellement longtemps que je n'ai pas entendu la voix d'une femme. Peut-être un mois, peut-être plus. Ses cris sont mélangés à des sanglots effrayants. Prise d'une curiosité ardente, je jette la capuche de mon sweat gris sur mes cheveux blond, et m'élance hors de ma cachette, quitte à enfreindre mes règles : ne pas sortir en plein jour.

Je remonte la rue de graviers, déserte en ce dimanche matin. Je m'étonne moi-même de me rappeler quel jour on est. Tous les hommes de la ville semblent encore endormis. Je longe prudemment les murs des ruelles, les mains dans les poches, la tête baissée, me laissant guider par la voix sanglotante. Je m'engouffre dans une avenue perpendiculaire, et regrette immédiatement mon geste. Je fais rapidement marche arrière et me plaque au mur, comme pour ne faire qu'un avec lui. Ils sont là, les Traqueurs, dans leur camionnette noire.

Je passe discrètement ma tête près de l’arrête du mur, pour les observer. Une femme est sortie dans son jardin, j'écarquille les yeux : j’avais vu juste. Elle hurle et pleure. La femme se triture les doigts dans tous les sens, s'arrache les cheveux : elle est atteinte. Par reflex, j'enfile mon nez sous le col de mon sweat.

Deux hommes en noir, avec des lunettes de soleil à la James Bond, emmènent une jeune fille, plus jeune que moi. La pauvre se débat et pleurniche. Elle ne doit pas être atteinte. Son destin est tout tracé, elle ira dans le programme HEAVEN. Je frissonne.

Soudain, je me cache rapidement. Un des hommes vient de regarder dans ma direction. Quelle idiote ! Ma curiosité me perdra. Je dois absolument retourner me cacher, car si j'erre plus longtemps dans la ville, ils vont m'attraper. Mon seul espoir c’est les collines un peu plus en hauteur. Elles sont couvertes de grands arbres, je pourrais aisément m'y dissimuler.

Je tire sur ma capuche pour m'assurer qu'elle est bien en place et me dirige vers les collines. Tout en marchant, je réfléchis. Je dois trouver une maison où passer l'hiver, une maison abandonnée. Il fait beaucoup trop froid la nuit, j'en ai fait les frais hier. Heureusement, pour le moment, le soleil réchauffe mon dos.

Je grimpe sur un talus pour arriver à la lisière de la forêt. Enfin, forêt, le mot est un peu fort. C'est simplement un petit bois de conifères, qui périmètre la ville. Je repense alors à une maison sur laquelle je lorgne depuis quelque temps. Je n'ai vu personne entrer ou sortir depuis une semaine. Mais je dois me méfier, je suis dans cette ville depuis peu, et peut-être que des squatteurs ont déjà élu domicile là-bas, ça ne me choquerait même pas. Ou peut-être que l'homme qui y habitait est en vacances. Evidement je peux affirmer que c’est la maison d’un homme puisqu’il n’y a plus de femmes. La dame de tout à l'heure était une exception, elle devait se cacher avec sa fille. Mais tôt ou tard, on doit sortir, aller chercher à manger etc. Et on se fait prendre. Je parle en connaissance de cause. Certaines s'échappent comme moi, d’autres renoncent. Et je ne suis pas du genre à renoncer.

Je me dirige vers la maison, dont les grandes haies de Thuyas montent à plus de trois mètres du sol. Elles ne sont pas entretenues, et confirment mon idée que la maison est certainement abandonnée. Je dois tout de même être prudente. J'hésite à attendre la nuit pour entrer, mais je n'ai rien dans le ventre, et j'espère sincèrement trouver quelque chose ici.

Tant pis, je me glisse à travers les haies qui me griffent le visage, et dont l'odeur piquante me chatouille le nez. Je fini par atterrir dans le jardin de la grande maison. Quelque chose cloche, tous les volets sans exception sont fermés. J’ai une mauvaise impression, pourtant tout semble désert. Je fais prudemment le tour de la maison en guise d'inspection, elle comporte un étage. Dans la cour de devant je remarque les vestiges d’une balançoire pour enfant, j’ai un pincement au cœur. L’endroit dégage quelque chose d’étrange. Je décide de faire le tour de la bâtisse. Une fois derrière la maison, je lève la tête, et remarque une petite fenêtre ouverte au premier. Un sourire vainqueur s'esquisse sur mon visage, je vais pouvoir entrer. J'ai vu une échelle dans le jardin un peu avant, près d'un cabanon de bois. Je m’empresse d’aller la chercher, la démêlant des herbes qui s'étaient enroulées autour des barreaux, et commence mon ascension. C'est facile, trop facile. Une fois arrivée en haut, je sors mon opinel de la poche de mon vieux jean délavé, sur mes gardes.

Je me trouve dans une salle de bains. Elle est très propre, je commençe à me dire que quelqu'un vit ici finalement. Mais je suis allée trop loin, quitte à le menacer, j'aurais cette maison.

Je bois au robinet et étanche la soif qui me tiraillait. Le couteau en main, je sors de la salle de bains et descends prudemment au rez-de-chaussée sur la pointe des pieds. Personne en vue, je cherche un endroit très important : la cuisine. Je l’aperçois à droite. En entrant dans celle-ci, je me statufie. Une tasse remplie d'un liquide encore fumant est posée sur le plan de travail, ainsi que des porte-documents et des feuilles un peu partout. Le quelqu'un qui vit ici est là, quelque part dans la maison. Prise de panique, je rebrousse chemin en direction des escaliers, mais des voix m'arrêtèrent dans ma fuite. Zut, ils sont plusieurs ! Je suis fichue, mes yeux zigzaguent dans la pièce cherchant une échappatoire. Mon souffle se fait court, je transpire. Que dois-je faire ? Vite !

Une porte !

Il y a une porte dans la cuisine. Je l'ouvre et m'engouffre à l'intérieur de la pièce. Oh non, un cellier : je suis prise au piège. Trop tard pour faire demi-tour, quelqu'un entre dans la cuisine. Je ferme la porte du cellier derrière moi avec rapidité. Par chance, c'est une porte en bois avec des fentes, je peux voir au travers. J'aperçois une première personne entrer, et j'en ai le souffle coupé : c'est une femme ! Décidément, c'est bien ma journée. Peut-être sera-t-elle plus tolérante si elle me trouve ? La femme est au téléphone et semble donner ses coordonnées à quelqu'un. Une autre femme peut-être ? Pourquoi dévoiler sa cachette sinon ? Mon cœur s'arrête lorsque je vois une deuxième personne entrer dans la pièce.

Une enfant : une toute petite fille.

Je suis bouche-bée, émerveillée. C'est les petites filles qui ont succombé les premières. Comment peut-elle être encore en vie ? L’enfant à bien plus de deux ans, elle est forcément née avant le virus. Elle a survécu jusque-là ? Peut-être que la femme au téléphone s'est enfermée ici depuis deux ans, sans contact avec l'extérieur ? Cela expliquerait pourquoi la petite semble en pleine santé. Mais comment ne pas devenir fou ?

Soudain, je recule au fond du cellier, serrant mon couteau dans ma main moite, lorsque je vois la petite s'approcher de la porte. La gamine va me trouver, je suis finie...

Chapitre 2

Je suis tapie dans la pénombre du cellier, au fond, contre les paquets de gâteaux secs, éclairée par les stries de lumière qui passent au travers des fentes de la porte. La petite fille pose sa main sur la poignée. Elle la tourne lentement, et je porte ma main sur ma bouche. J'inspire un grand coup par le nez, ma respiration se coupe, la porte s'entrouvre.

— Élisa, qu'est-ce que tu fais ? Viens ici ma chérie, l'interrompit la femme.

Je ne respire toujours pas, je suis figée. La petite soupire puis referme la porte. Je m'autorise enfin à expirer, mais par petites bouffées, et seulement par le nez. Je ferme les yeux, et essaie de réguler les battements de mon cœur, qui ont accéléré à la vitesse de la lumière. Doucement, mais prudemment surtout, je m'avance de nouveau près de la porte. J'aurais pu rester au fond et attendre qu'elles partent, mais non, ma curiosité l'emporte toujours.

La femme tient Élisa dans ses bras et la couvre de baisers. C'est sa fille, aucun doute là-dessus. Un bruit de porte de voiture qui claque coupe court à cette scène attendrissante, et attire l'attention de la jeune maman.

Probablement la personne à qui elle a donné ses coordonnées, pensé-je.

La femme tire sur un des stores de la cuisine pour y voir au travers. Ses yeux se plissent, et son sourire s'effaçe.

— C'est louche, dit-elle. Pourquoi sont-ils si nombreux et armés ?

Nombreux, armés ? Oh non, ce ne peut être que des Traqueurs. Ils vont nous trouver toutes les trois et nous emmener. Dans quoi est-ce que je me suis encore fourrée ?! Il faut que je me calme et que je réfléchisse, mais vite. Soit je reste cachée en espérant que les Traqueurs ne fouillent pas la maison, soit je sors et pars en courant par-derrière, quitte à ce que les deux inconnues me voient.

Mon cœur s'emballe, je ne sais pas quoi faire, et j'ai vraiment envie d'avoir cette maison. Je n'ai pas rodé ici pendant une semaine pour la laisser tomber. Mais je ne peux certainement pas me laisser prendre non plus.

La femme s'écarte d'un geste vif de la fenêtre, et pose Élisa au sol. Elle lui murmure quelque chose que je ne comprends pas d’où je suis. Puis, rapidement, elle l'enferme dans un des placards de l’ilot central de la cuisine. Elle lui ordonne de rester cachée et de ne pas bouger. Je prends ces indications pour moi-même également.

De là où je suis, je vois un tiers de la porte d'entrée, où la femme se dirige. Des coups secs viennent de résonner sur le bois. Deux hommes en noir apparurent lorsqu'elle ouvrit la porte.

— Bonjour Messieurs, dit-elle d'une voix douce, entrez donc. Vous êtes probablement ici pour récupérer ce pour quoi j'ai appelé.

— Oui madame, nous avons besoin de toutes les informations, répondit d'un ton solennel le premier.

Je suis perdue. Pourquoi ces hommes ne sont pas choqués de voir une femme ? Ils ont pourtant bien la tête de Traqueurs.

— Et bien, je suppose que Robert vous a déjà dit pas mal de chose. J'avais le virus, comme la plupart des femmes de ce monde, dit-elle sereine.

Oh non, je couvre mon nez sous mon sweat. Depuis deux ans que je vagabonde, je n'ai jamais attrapé le virus, mais être en contact avec des gens qui l'ont m'effraie quelque peu.

— Mais je n'étais pas résiliée à me laisser mourir, continua-t-elle. Alors j'ai fait pas mal de recherches, et je pense qu'il vous en a parlé, elles sont quelque peu compromettantes. Ce que j'ai découvert remet en question tout le programme Heaven. J'ai parallèlement réussi à trouver un antidote que je me suis injecté, et comme vous le voyez, je suis en pleine forme. Malheureusement, je n'ai pas fait d'échantillon, c'est dans mon sang. Robert ne m’avait pas prévenu que je serais escortée.

— Je vois, commenta le deuxième homme.

Un antidote ? Remettre en cause le programme Heaven ? Elle bluff, c'est obligé. Elle leur a dit qu'il était dans son sang pour qu’ils la laissent tranqui...

Sans prévenir un des hommes sort un couteau et le plante violemment dans le ventre de la femme. Mon souffle se coupe et je porte rapidement mes mains à ma bouche pour ne pas crier. Ma vision est brouillée par un rideau de larme. Pourquoi ? Si elle avait l'antidote dans son sang, pourquoi la tuer ? Qui sont ces hommes ? Je reste là, décontenancée par la situation. Les types se regardent, presque satisfait de leur funeste travail. Puis l’un d’eux prend un portable et compose un numéro. Je tremble comme une feuille, j’ai peur. S’ils me trouvent, je vais y passer aussi.

— Monsieur ? Demande l’homme avec le portable. Oui, c’est bon… Oui… Devons-nous brûler les preuves ?

« Brûler les preuves » ? Ils veulent mettre le feu à la maison ?

— Très bien, continu-t-il. Oui, nous allons les récupérer. Oui… Au revoir Monsieur.

L’homme raccroche et s’approche du plan de travail. Il passe devant le cellier et mon sang se glace aussitôt. Je ne bouge plus d’un millimètre, ne respire plus. Lorsqu’il repasse de nouveau il tient les documents que j’ai vu plus tôt.

— Alors ? Demande son acolyte.

— Pas besoin de brûler les preuves selon lui. Personne ne la trouvera jamais, et si des squatteurs viennent ils ne comprendraient rien à ses notes.

Le deuxième homme ricane.

— C’est clair, c’est pas courant les clodos avec un doctorat.

Puis les deux hommes repartent comme s’ils venaient d’acheter leur pain. Sans même un regard pour la femme.

J'en avais déjà vu des cadavres, je ne les comptais même plus. Mais jamais tués par quelqu’un devant mes yeux. Ils l'ont poignardé de sang-froid ! Je suis assise au sol, paralysée par la peur. Je tremble comme une feuille, mais ce n'est pas parce que j'ai froid. Mes mains se portent à mes tempes, les serrant de toutes mes forces.

Cela ne peut pas arriver, c'est un rêve, c'est forcément ça. Je vais me réveiller, et je serais aux côtés de ma mère. Je serais dans un lit d'hôpital, on me dira que j'ai eu un accident et que j'étais dans le coma, comme dans les films. Tout ceci, le virus, les morts, tout ceci n’est un rêve.

— Maman ? Demanda une petite voix triste.

Élisa !

Ce n'est malheureusement pas un rêve, je suis bien dans le monde réel. Et la petite va bientôt découvrir le cadavre de sa mère. Que faire ? Je vois soudain la femme qui tente de ramper à l'extérieur, elle est encore en vie ! La porte est grande ouverte, j'ai le temps de m'enfuir sans que personne ne me voit. Dois-je appeler les pompiers ? Mais ils reconnaitront forcément ma voix de fille. J'ai assez de problèmes comme ça. Tant pis pour la maison après tout, je ne veux pas être mêlée à une affaire de meurtre.

Je me relève, prête à m'enfuir. J’ouvre la porte du cellier discrètement, et sors penaude. Mes pensées retournent sur Élisa lorsque je l'entends gigoter.

Et merde…

Je ne peux pas la laisser voir ça quand même, je me souviens du choc que cela m'avait fait de voir le cadavre de ma mère dans son lit. Mon côté humain l'emporte sur le reste.

Je sors entièrement du cellier, et vois la petite main d'Élisa qui s’extirpe lentement du placard. Je jette mon corps au sol, près d'elle, la retenant pour qu'elle ne sorte pas.

— Salut, lui dis-je. Je suis une amie de ta maman, elle m'a demandé de te dire que tu devais rester ici jusqu'à ce que je revienne te chercher.

Cela fait tellement longtemps que je n'ai pas entendu le son de ma propre voix. Que je n'ai tout simplement pas parlé. Mon mensonge n'est absolument pas crédible, et Élisa l'a remarqué.

— Pourquoi ?

— Et bien… Elle est occupée je dois l’aider, mais tu dois rester ici.

La petite fait la moue.

— Je peux aider aussi.

— Non non ! Tu dois rester cacher encore un peu, s’il te plaît. Ce ne sera pas long, je reviens vite promis.

Élisa boude un instant avant de retourner au fond du placard. Je referme doucement la porte. Je dois faire vite.

Je porte maintenant mon attention sur sa mère, je m'approche de son corps, qu'elle a traîné jusque dans le hall. Elle est inerte et semble ne plus respirer. L’odeur du sang se fait déjà sentir. Je m'approche lentement, lorsque soudain, elle m'attrape le poignet et me tire vers elle. Je viens d’avoir une mini crise cardiaque, mais me reprends tout de suite. Elle est en vie, que va-t-elle faire en me voyant ?

— Je vous en prie, me supplie-t-elle. Aidez-moi…

— Que voulez-vous que je fasse ? Lui demandé-je paniqué. Il faut vous soigner, peut-être que...

Elle me coupe en levant difficilement sa main vers moi.

— Mon frère, dit-elle à l’agonie. Il habite à Paris, il saura vous aider. Prenez ma fille… Emmenez la voir mon frère, Franck… Qui que vous soyez protégez là…

— Je…

La femme m’attrape le col du sweat, me tirant près d’elle.

— Elle est notre avenir à toutes… Tout est dans mes notes…

— Notre avenir à toutes ? De quoi parlez-vous ?

— J’ai trouvé… Un… Un remède au virus, m’explique-t-elle difficilement. Ma fille, Élisa… l’avait contracté… Personne ne sait qu’elle existe, par pitié protégez-là…

— D’accord, calmez-vous, la rassuré-je. Ça va aller je vais…

— Non, me coupe-t-elle. C’est trop tard… Je perds beaucoup trop de sang… Mon frère saura quoi faire… Trouvez le…

J’essaie tant bien que mal de faire pression sur la blessure, complètement paniquée.

— Restez avec moi madame, je suis là…

— Vous devez sauver… les femmes, murmure-telle. Promettez-moi de protéger ma fille…

— Oui, je…

— Au péril de votre vie ! Me coupe-t-elle en crachant maintenant du sang.

— C’est promis madame, c’est promis, tenez bon…

Je continue de faire pression sur la blessure, et je sens les mains de la femme glisser le long de mon col.

— Non non non ! Pleurniché-je. Je suis là, je suis…

Ses bras retombent lourdement sur le sol, tandis qu’une larme roule le long de sa joue. Mon souffle se coupe, j’ai l’impression de sentir son âme quitter son corps. Les larmes ruissèlent alors le long de mes joues. Un souvenir de ma mère sur son lit, me demandant sa dernière volonté refait surface. Pourquoi maintenant ?

Cette femme est morte dans mes bras, elle ne m'a même pas demandé qui je suis, ni d'où je viens. Elle veut que je m'occupe de sa fille ? Moi ? Alors que j'ai déjà du mal à m'occuper de moi-même ? Elle ne me connait même pas, pourquoi m'avoir tout dévoilé ? À cause de sa mort imminente ?

Assez de questions, je dois bouger ce corps avant qu'Élisa ne le voie. Je prends la femme par les bras et la tire dehors. Zut, son corps laisse une énorme traînée de sang sur son passage, je vais devoir nettoyer ça.

Une fois que la femme sans vie est dehors, je referme la porte. Je m'occuperais de l'enterrement plus tard. Je m'affaire dans la cuisine à nettoyer le sol, avec les torchons que je trouve dans un placard. C’est long et fastidieux, et Élisa me demande si elle peut sortir. Qu’est-ce que je suis censé répondre ? « Pas encore, je nettoie le sang de ta mère qui est morte et que j'ai déposée dans le jardin ? » Non. Je lui demande de patienter encore un peu.

Une fois que tout est propre, je jette les torchons maculés d'un rouge métallique dehors. Puis je vais me rincer les mains d'un pas mal assuré. Je me déplace ensuite fébrilement vers le placard. Je l'ouvre doucement, et découvre la jeune Élisa.

— Bonjour Élisa, ça va ?

Ridicule. « Ça va ? », n'importe quoi !

— Où est ma maman ?

La petite fille a les cheveux longs, jusqu'aux coudes. Ses yeux bleus me regardent avec insistance, et je peux remarquer qu'ils commencent à s'humidifier. Elle va pleurer.

— Écoutes, tu vas devoir être une grande fille d'accord ? Ta maman est partie pour faire quelque chose d'important. En attendant, je dois te surveiller.

— Tu mens ! Me crie-t-elle pleine de rage.

Chapitre 3

Bien sûr que je mens. Je ne vais pas lui dire la vérité. Mais que dois-je lui dire alors ? Elle est si petite, si fragile. Je dois trouver une alternative.

— Tu as raison, commencé-je. Je vais te dire la vérité. Je suis venue ici parce que j'étais toute seule dehors et que j'avais froid, je voulais trouver un toit et de la nourriture. Et je suis tombée sur ta maman et des hommes en noirs, très méchants. Ils ont emmené ta maman très loin et je me suis dit que je devais te protéger d'eux.

Elle s'approche de moi, analysant ce que je lui dis.

— Où ils sont allés ? Me demande-t-elle.

— Je ne sais pas, ta maman a juste eu le temps de me dire que je devais t'emmener chez ton tonton.

A ces mots, ses yeux bleus s'illuminent. Elle comprend ce que je lui dis.

— Mon tonton habite très loin, me dit-elle de sa petite voix douce. Je veux voir ma maman.

— Je sais ma belle, mais pour le moment elle n'est pas là et tu vas devoir m'écouter.

La petite fille se met à bouder, mais ne me désobéit pas néanmoins. Elle s'installe dans un coin de la cuisine avec son doudou : un vieux lapin en peluche. Je n'ose pas lui parler, je ne sais pas quoi dire. Je fais rapidement une inspection de la cuisine, il est à peine dix heures et demi. Elles ont beaucoup de choses à manger, nous n'aurons pas besoin de sortir, c'est déjà ça.

Je passe à présent à l'inspection de la maison. Au rez-de-chaussée se trouve la cuisine, le salon, et la chambre de la mère d'Élisa. Je fouillerais celle-ci plus tard. À l'étage se trouve la chambre d'Élisa, une salle de bains, un bureau, une salle de jeu. Je redescends les escaliers lorsque j'entends la petite fille crier. Mon cœur s'emballe, tandis que ma respiration se fait plus pressante. Les Traqueurs ? Ils sont revenus ? Je me précipite dans la cuisine, dévalant les escaliers quatre à quatre. Lorsque je passe le pas de la porte, un soupir de soulagement s'échappe de mes lèvres crispées. Un petit animal à quatre pattes et poilu joue avec elle : un chien.

— C'est Kira ! M'informe Élisa.

La jeune chienne vient renifler mes pieds, mais n'abois pas. Elle s'assoit simplement près de sa maîtresse. Je prends la petite fille dans mes bras et l'assoit sur le plan de travail au milieu de la cuisine. Je dois en apprendre le maximum sur elle.

— Élisa, ma belle, lui dis-je. Ta maman m'a dit que tu avais le virus ?

— Heu... J'étais très malade, dit-elle en triturant son doudou. Mais maman m'a soigné.

Alors c'est vrai, elle a trouvé un antidote. Cela change tout.

— D'accord, où est le médicament que ta maman t'a donné ?

— C’est pas un médicament, me corrige-t-elle. C’est une piqûre.

— D’accord, et elle est où maintenant ?

Elle s'approche de moi, et me chuchote dans l'oreille.

— Maman l'a ramené de l'endroit interdit !

— Et où est-il cet endroit ? Répondis-je sur le même ton.

Elle pointe du doigt les escaliers, mais je ne vois aucun endroit interdit. Je descends la petite pour qu'elle me montre. Elle court jusque devant l'escalier suivi de Kira. Élisa déchire un morceau de tapisserie (apparemment déjà prédécoupé), qui se trouvait sur le côté de l'escalier, et enfonce son petit doigt boudiné dans un petit orifice. Un déclic se fait et une porte dérobée s'ouvre. J'ai une pensée pour un film sur les sorciers que ma grand-mère adorait. Je chasse immédiatement ce souvenir.

— Je n'ai pas le droit d'entrer, c'est pour les grands, dit-elle.

Je lui somme de rester dans la cuisine avec Kira et m'engouffre dans l'étroit passage. La porte donne sur un escalier de béton qui s'enfonce dans le sol. On dirait une cave de ces films d'horreur qu'on regarde les soirs d'Halloween. Un interrupteur est posé contre le mur à ma droite, j'appuis sur celui-ci. Une lumière jaunie m'éclaire le chemin vers le sous-sol, me rassurant au passage. Je descends, penaude, sur mes gardes. Que vais-je trouver là en bas ?

Une porte métallique me fait à présent face, et des blouses blanches sont pendues à gauche sur un portemanteau. Elles sont accompagnées d'un évier en inox, sur lequel une pompe à savon et une boite de gants en plastique sont posés. Pourquoi prendre tant de précautions ? Machinalement, je me lave les mains et enfile les gants. Puis je m'habille d'une blouse blanche, un peu trop grande pour moi. Je dois avoir fière allure là-dedans tiens !

J'ouvre finalement la lourde porte, et entre dans une pièce baignée d'une lumière intense. Je plisse les yeux un instant avant de les rouvrir et de constater que je me trouve dans un genre de laboratoire. Une forte odeur de javel me monte rapidement au nez. La pièce est carrée, simple. A droite, contre le mur, il y a quelque chose caché sous un drap blanc, haut de presque deux mètres. A côté, une étagère en fer remplie d'aliments de la vie de tous les jours, de bouteilles d'eau de différentes marques. Beaucoup de bouteilles d'ailleurs, étrange. Sur un autre pan de mur, un bureau blanc est disposé, sur lequel trône un ordinateur dernier cris, muni d'une webcam. Des feuilles, des dossiers, tout un tas de notes sont éparpillés de partout. A gauche, tout un tas de fioles au contenu coloré. Un vrai petit labo de chimiste.

Je m'approche de l'ordinateur, et bouge la souris. L'écran s'allume, un mot de passe est demandé pour se connecter.

Mince.

Je tente quelque chose, j’essaie Élisa en minuscule sans aucun résultat. Puis en majuscule.

Bingo !

L'ordinateur se déverrouille m’offrant une vue sur une photo de la petite en fond d’écran : trop simple. Je prends place sur le siège usé et fouille l'ordinateur. Je tombe sur un dossier renommé Journal de bord. Je clique sur une des vidéos qu'il contient, c'est la mère d'Élisa qui s'est filmée :

« — Seize Novembre 2049, la santé d'Élisa se dégrade de jours en jours. Elle ne mange plus rien, elle n'arrive plus à dormir. Elle commence à parler toute seule, elle s'arrache les cheveux. Mais les résultats sur les souris sont encourageants. Le sujet numéro quarante-sept est toujours en vie à ce jour alors qu'il a le virus depuis un mois. La durée de vie normale d'une souris atteinte est d'une semaine. Je pense que je vais bientôt tester l'antidote sur ma fille. (Elle retire ses lunettes). Je ne peux pas la perdre, elle est tout ce qui me reste. Je ferais tout pour elle. »

L'enregistrement se termine. Les larmes me sont venues, cette femme était une héroïne, elle avait réussi, Élisa est vivante. Il faut donner ce remède au gouvernement, ils libéreront sûrement les femmes en quarantaine, et tout redeviendra normal. Son frère, elle m'avait dit d'aller voir son frère me rappelé-je.

Je cherche encore quelques informations, espérant trouver l'adresse de cet homme. C'est alors que je tombe sur une vidéo différente des autres. Elle est renommée « à visionner ». Je clique timidement sur l'enregistrement. C'est un montage des vidéos diffusées par les médias. On y voit les gens se ruer dans les hôpitaux, les cadavres dans les rues. Puis les présidents des pays faire des discours, et enfin les bâtiments HEAVEN. La mère d'Élisa apparait alors.

« — Bonjour, je m'appelle Nathalia. Mon nom n'a pas d'importance. Si vous visionnez ceci, c'est que je ne suis probablement plus de ce monde, ou que j'ai été enlevée par HEAVEN pour me faire taire. Mais je ne garderais pas le silence, cette vidéo sera postée par un ami de confiance. J'espère que ma fille va bien, j'espère qu'elle est en vie. J'ai beaucoup de choses à vous dire, c'est très important. HEAVEN n'est pas ce que vous croyez. On ne s'occupe pas des femmes, on n'essaie pas de les soigner. Les femmes qui ont le virus sont simplement exécutées comme des animaux, et les femmes immunisées ou non atteintes sont mises enceinte de force. On ne se soucie même plus de leur âge ! Des filles de quinze ans ont déjà deux enfants ! Tout ceci doit cesser ! Et ne croyez pas qu'elles enfantent un seul bébé, oh non, elles en enfantent autant que possible. Les nouveau-nés leur sont arrachés, et envoyés dans les classes de l'État. Ils vont éduquer la prochaine génération, ils vont les endoctriner, les manipuler. Nous devons faire quelque chose. Pensez à vos mère, vos femmes, vos sœurs, vos filles. Ne voulez-vous pas les revoir ? HEAVEN est mal, ce programme doit cesser. Ma petite fille avait attrapé le virus. J'ai cherché pendant des mois d'où pouvait provenir cette maladie. Et j'ai compris, j'ai tout compris. C'est bien pire que ce que vous croyez. On nous a mentit ! Aujourd'hui, j'ai trouvé un antidote au virus, ma fille en est la preuve. J'ai contacté le gouvernement, je sais qu'ils ne me laisseront pas divulguer la source du virus. Quant aux dirigeants d’Heaven, lorsque je leur ai demandé de cesser le programme, ils m’ont menacé ! Un seul d’entre eux me vient en aide. Je travaille pour produire ce vaccin en grande quantité. En attendant, je vous en prie, le sort de l'humanité est entre vos mains. Si vous voyez ceci, réagissez. L'origine de cette maladie est bien pire que ce qu'on peut imaginer. »

La vidéo s'arrête, je reste bouche-bée. Je ne sais pas quoi dire, ni quoi penser. Je savais qu'HEAVEN n'était pas un programme sûr, les rumeurs en disaient long, mais j'étais loin d'imaginer ce qu'ils faisaient réellement là-bas. Nathalia avait raison, le monde devait être mis au courant. Un élan de panique s'empare de moi. Élisa est peut-être le dernier espoir de ce monde si elle transporte l’antidote en elle, je dois la protéger à tout prix. Je cherche rapidement une clé USB, fouillant tous les tiroirs. J'en trouve enfin une, et copie la vidéo dessus. Je déplace aussi tous les dossiers qui se trouvaient sur l'ordinateur ver la clé. Je m’apprête à la ranger lorsqu’un boitier noir attire mon attention, c'est un disque dur. Je l'insère dans la centrale, et une fenêtre s'ouvre sur l'écran. Le disque dur est protégé par un mot de passe. J'essaie plusieurs mots, mais aucun ne le déverrouille. Tant pis, je le prends quand même, peut-être que son frère saura le déverrouiller. Je ne trouve d’ailleurs aucun renseignement sur lui dans l’ordinateur.

Prestement, je remonte à l'étage. J'entre en trombe dans la cuisine, Élisa est là, jouant avec son chien. Je soupire, pas la peine de s'inquiéter, personne n'a connaissance de son existence. Je range la clé dans la poche de mon jean et pose le disque dur sur le plan de travail.

Je la regarde, une enfant innocente, inconsciente. Elle joue avec son chien, comme si le monde n'était pas au bord de l'apocalypse. Comme si c'était la fin du week-end, comme si demain matin, elle irait à l'école avec ses camarades. Mais il n'y a plus de camarades. Plus personne de son âge... L’état a mis la main sur tous les enfants abandonnés par leurs mères. Seuls quelques garçons sont autorisés à vivre avec leur père. Élisa tourne sa petite tête blonde vers moi, le regard soucieux. Que dois-je faire à présent ?

Chapitre 4

L'heure du repas arrive plus vite que prévue. Élisa joue toujours avec son chien dans la cuisine, tandis que je me suis retranchée dans la salle de bain. J'essaie d'assimiler ce qui est en train d'arriver. Comment vais-je m'occuper de cette gamine ? Et comment est-ce que je vais l'emmener chez son oncle moi ? Nous devrons partir de nuit pour être discrètes, elle ne tiendra jamais la cadence.

Je porte mes mains tremblotantes à ma tête blonde, serrant mes tempes comme si une idée de génie allait arriver. Je dois avoir une discussion avec la petite. Il faut mettre les choses au clair.

Je relève la tête, et observe mon reflet dans un grand miroir accroché au mur. Je fais peine à voir. Ce n'est plus des cernes sous mes yeux, mais bien des valises. J'ai hérité des grands yeux bleus-gris de ma mère, et de la tignasse blonde de mon père. Mes cheveux sont ondulés, tombant jusqu'à mes épaules. Je les ai coupés pour être plus discrète. Je porte un vieux sweat gris que j'avais volé dans un magasin. Je dois me débarrasser de tout ça. Je vais partir sur de nouvelles bases. Je fonce dans la chambre de Nathalia, et commence à fouiller la penderie. J'y trouve un haut gris, avec des manches longues bleues marines. Pour le bas, je lui prend un jean-slim noir, dont je dois retrousser le bas car il est trop long. Quant aux chaussures, je garde mes incontournables baskets blanches. Je dois avoir une capuche, et heureusement pour moi, Nathalia a des vestes qui en ont. J'opte pour une couleur passe-partout : une noire. Je récupère la clé USB et la met dans la poche de mon nouveau pantalon.

Je rejoins ensuite Élisa dans la cuisine, elle a sorti des petites poupées et joue avec. Elle ne comprend vraiment rien, sa mère est morte et elle joue tranquillement. Mais je ne peux pas lui en vouloir, elle ne sait de ce qui s’est passé. Ou peut-être l'a-t-elle compris, mais elle n'ose pas se l'avouer ? Je devrais être plus indulgente avec elle.

— Élisa, ma belle, lui dis-je. Qu'est-ce que tu veux manger ?

— Des pâtes ! Ricane-t-elle. J'aime bien les pâtes.

Parfait, ça me tiendra au ventre. Je meurs de faim. Je farfouille les placards et déniche une boite de coquillettes. Tandis que je prépare le repas, Élisa range ses jouets. C’est une petite fille qui semble bien élevée et polie.

— Comment tu t'appelles ? Me demande-t-elle en tirant sur ma veste.

— Noa, lui dis-je en souriant.

Noa, c'est bien ça. Cela fait presque un an que je n'ai pas prononcé mon prénom.

— J'aime bien. On peut être des amies Noa ?

Je m'accroupis vers elle.

— Très bien, soyons amies.

Elle parait ravie et grimpe sur une des hautes chaises en bois de la cuisine. Elle s'assoit sagement, son lapin déchiré dans les mains, en silence.

Comment vais-je m'occuper d'une enfant, moi qui ne suis pas capable de prendre soin de moi-même ? Je prends toujours les mauvaises décisions… Je soupire en égouttant les pâtes.

Un silence s'est installé entre nous deux. Je n'ose pas lui poser de questions, elle m'intimide un peu à vrai dire. J’espérais trouver une amie un jour, pour enfin discuter et être moins seule. Seulement voilà, ma première amie est une enfant. Mais je dois en apprendre le maximum sur elle, alors je dois me forcer à parler.

— Quel âge as-tu ? Demandé-je entre deux bouchées.

— Comme ça !

Elle relève sa petite paume fragile face à moi, ses quatre doigts tendus.

Quatre ans.

C'était une toute petite chose, frêle et innocente.

— Et toi Noa ? Me demande-t-elle.

L'entendre dire mon prénom me fait toujours quelque chose. Je n'ai plus l'habitude.

— Moi j'ai dix-neuf ans.

— C'est beaucoup ! T'es une maman ?

Un petit rire m'échappe.

— Non, je ne suis pas une maman.

Elle me dévisage de ses grands yeux ronds. Elle tient sa fourchette maladroitement, et fait tomber la moitié de ses pâtes lorsqu'elle les porte à sa bouche. Une enfant ne devrait pas avoir à vivre dans un monde comme celui-là, c’est injuste. Sa mère semble l’avoir préservé de tout ce qui nous entoure. Mais à quel prix ?

J'hésite à lui poser davantage de questions, mais je suis curieuse de la connaître. Je me lève et pose mon assiette dans l’évier, puis récupère la sienne lorsqu’elle a fini. Dois-je lui parler maintenant, dois-je prendre des pincettes, comment aborder le sujet ? Puis, finalement, je me décide.

— Élisa ?

— Oui Noa ?

J'essuie mes mains mouillées par la vaisselle que j’étais en train de faire sur un torchon.

— Il va falloir qu'on parle ma belle.

Ses petits sourcils blonds se relèvent sur son petit front pâle. Je l'emmène au salon, suivie à la trace par Kira. Nous nous asseyons sur le canapé et Élisa se met en tailleur, prête à m'écouter.

— J’ai réfléchis. Je vais te dire la vérité, lui dis-je. Je pense que tu es une grande fille et que tu peux comprendre. Ta maman ne va pas revenir d'accord ? (Ses yeux commencent à s'humidifier, je me dépêche de continuer). Mais je suis là, et on va aller voir ton oncle, ensemble.

— Je ne veux pas, dit-elle avec une moue triste.

Je dois trouver quelque chose, quitte à mentir.

— Il le faut, les méchants messieurs qui ont pris ta maman risquent de revenir. Nous allons devoir partir, et ton oncle nous protégera.

Elle se mit à mâchouiller l'oreille de son lapin nerveusement.

— Et Kira ? Demande-t-elle. Elle peut venir ?

— Élisa, écoutes, soupiré-je.

— S'il te plaît, me supplie-t-elle au bord des larmes.

Encore une fois, mon côté humain prend le dessus.

— Bon, d'accord.

Elle se lève d'un bond et prend la chienne dans ses bras. Élisa lui explique l'importance d'être sage et de bien se tenir, comme si l'animal pouvait comprendre. Pourtant, Kira remue la queue énergiquement, comme si elle avait compris qu'on allait sortir.

J'ai d'autres questions à lui poser, tout un tas en fait. Qu'est-ce qu'elle mange ? À quelle heure elle se couche ? Où est son père ? Depuis quand est-elle ici ?

— Ma belle, l'appelé-je. Il faut que je te demande des choses.

Elle hoche la tête et vient près de moi sagement. Il ne faut pas que je l'effraie, mais elle doit savoir de quoi il en retourne.

— Dis-moi tout ce que ta maman t'a raconté sur ce qu'il se passe là dehors, la sommé-je pour commencer.

Elle hoche la tête.

— Il faut rester cachées. Parce que les garçons emmènent les filles. Ils sont méchants. Il n'y a plus de filles, on est les dernières. C'est pour ça que je ne dois pas aller dans le jardin. Même si des fois j’ai un peu envie.

Elle sait pas mal de choses, c'est un poids en moins.

— Très bien, je vais t'expliquer ce qu'on va faire.

Elle range maladroitement ses cheveux derrière son oreille.

— On va marcher la nuit, parce que le jour les garçons peuvent nous voir.

— On est invisible la nuit ? S’exclame-t-elle.

Je ricane. Il faut que je lui parle dans le langage qu'un enfant peut comprendre.

— Pas vraiment, les garçons dorment la nuit, donc ils ne peuvent pas être dehors. On va aller chez ton oncle, Franck, je crois. Tu devras être sage et surtout très silencieuse.

Elle hoche la tête énergiquement.

— On sera comme des espionnes, personne ne doit nous voir ou nous entendre d'accord ?

— Est-ce qu'on aura des armes secrètes d’espionnes ?

— Oui, mentis-je. Je te les donnerais plus tard.

Je jette un regard rapide à l'horloge qui affiche qu'il est à peine treize heures.

— Tu vas faire la sieste, pour t'habituer à dormir le jour, et ce soir, nous commencerons ton entraînement d'espionne, d'accord ?

— Oui ! Dit-elle enthousiaste. Tu me donneras les outils d’espionne après ?

— Promis, mais d’abord, au lit ! Tu as besoin d’être bien reposée pour ton entraînement.

Cela me fend le cœur. Certes, si elle dort cela l'habituera à prendre le rythme, mais c'était surtout un prétexte pour me débarrasser du corps de sa mère.

Chapitre 5

Je couche la petite, et m'affaire à la tâche. Je descends prendre une des blouses du sous-sol. Puis, en m'assurant que ni Élisa ni Kira ne me suit, je sortis dehors.

Le corps de Nathalia est là où je l'ai laissé, accompagné des tissus imbibés de sang. Je dois faire quelque chose, je vais devoir l'enterrer. Je fonce vers le petit cabanon au bout du jardin, et entre. J'y déniche une bêche, parfaite pour creuser. Je dois trouver un endroit où la chienne ne risque pas de venir fouiller. Je décide donc d'enterrer la mère d'Élisa derrière le cabanon, au milieu de mauvaises herbes. Apparemment, les elles n’étaient pas sorties depuis un moment, le jardin est dans un état déplorable.

Je retire ma veste et commence à creuser. Le sol est extrêmement dur à cause du froid. J'ai eu du mal à faire un trou profond, et cela m'a pris pas mal de temps. Je redoute chaque seconde que la petite sorte, et voit sa mère sur la pallier de la porte.

Je me hâte et commence à tirer le corps. La fraîcheur de novembre transforme chacune de mes expirations en une buée éphémère. Je me les gèle, et le corps de Nathalia n’est pas léger, en plus de cela, il laisse une traînée de sang derrière elle. Ça ne va pas, il faut que je m'y prenne autrement. Je retourne dans le cabanon pour y prendre une bâche bleue, salie et froissée. Elle sera assez grande pour y contenir un corps de femme de taille moyenne. Mon dieu, pourquoi est-ce que je pense comme ça… Il ne faut pas croire que je fais ça naturellement. Chaque seconde, je repousse mon irrésistible envie de vomir, de pleurer, de crier, de m'effondrer. Qu'a-t-on fait pour mériter un tel sort ? Certains disent que c'est mère nature qui nous a punies pour ce qu'on lui a fait subir. Personnellement, je penche pour un produit chimique qui s'est échappé d'une de ces centrales nucléaires. Mon hypothèse est soutenue par plusieurs personnes, surtout quant on sait à quelle vitesse l’affaire a été étrangement étouffée. De toute façon, maintenant il est trop tard pour chercher les coupables. Je me concentre sur ma tâche.

Au bout d'une bonne heure d'effort, j'ai enterré le corps et nettoyé le porche. Lorsque je m'apprête à ranger une mèche de mes cheveux, je me rends compte que mes mains sont maculées de sang séché. Je suis prise de panique d'un coup, comme si ce sang m'appartenait. Je réalise à présent que j'ai assisté à un meurtre, et que je viens d’enterrer le corps de la victime. Je ne peux pas me contenir plus longtemps, et je régurgite le repas que j'ai eût plus tôt.

Je fonce à la salle de bains, me nettoyer les mains. J’ai du mal à respirer et n'arrive pas à me calmer. Je frotte frénétiquement mes mains, tremblante, laissant couler une eau rouge dans la vasque. Je me rince ensuite la bouche. Penchée au-dessus du lavabo, je respire comme un bœuf, essayant de me calmer. Je décide d’humidifier mon visage et me laisse tomber au sol, le dos contre la baignoire.

Kira, sûrement alertée par le bruit, me rejoint. Elle s'assoit près de moi, et pose sa tête sur mon genou gauche. Kira est un husky, ses yeux bleu lagon me dévisagent. Elle est presque toute blanche, seule une de ses pattes et un cercle autour de son œil gauche sont bruns. Si on ne si connaissait pas, on aurait pu la prendre pour un loup. L'avoir près de moi avait quelque chose de rassurant. Je me détend, si bien que je m'assoupis.

C'est Élisa qui vient me réveiller. Elle a allumé la lumière, et pour cause, il fait nuit. Elle me regarde, une tétine dans la bouche, son lapin dans les bras.

— Noa ! Et mon entraînement d'échpionne ! Dit-elle avec sa sucette.

Je me relève, avec un terrible mal de dos. Je lui fais signe de me suivre au salon. Nous descendons les escaliers, non sans mal pour moi et mon dos. Je dois attendre la petite parce qu'elle descend sur les fesses, et cela me décroche un sourire. Une fois au salon, je l'assois sur le canapé, et m'installe sur la table basse en face d'elle.

— Tout d'abord, lui dis-je. Les espionnes n'ont pas de tétine.

Elle hésite un instant, baissant la tête honteuse. Puis se résigne finalement à me tendre l'objet. Je la pose près de moi. Je ne peux pas me permettre de la laisser pleurer si on oublie sa tétine ou si elle la perd.

— Je peux garder Lapinou ? Demande-t-elle.

— Bon, d'accord pour Lapinou, lui répondis-je. Mais tu dois faire attention à lui, tu ne le perds pas d’accord ? Ensuite, je vais t'enseigner les techniques spéciales et tops secrètes que je connais.

Ses yeux s'illuminent. Et elle hoche la tête.

— Premièrement, les espions sont silencieux. Ensuite, ils savent se cacher, et ils sont rapides. On va devoir porter une tenue spéciale.

Je lui montre ma veste et jette la capuche sur ma crinière blonde.