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Dans "Histoire de la magie", Éliphas Lévi propose une exploration exhaustive des pratiques ésotériques et magiques à travers les âges, englobant des éléments de l'antiquité à l'époque moderne. L'ouvrage combine une approche historique avec des réflexions philosophiques, alliant érudition et stylisation poétique. Lévi y présente la magie non pas comme un simple ensemble de rituels, mais comme une quête de compréhension des lois universelles et de l'harmonie spirituelle. Ce livre s'inscrit dans le contexte du XIXe siècle, période de fascination pour l'occultisme et le mysticisme, témoignant des recherches sur le paranormal et des liens avec le romantisme littéraire de l'époque. Éliphas Lévi, de son vrai nom Alphonse Louis Constant, a été un protagoniste majeur de l'ésotérisme français. Nourri par un intérêt pour la théologie, la philosophie et les sciences occultes, il conjugue son parcours ecclésiastique avec une volonté de réformer les conceptions dominantes de la magie. Lévi s'intéresse au symbolisme, à la kabbale et à l'alchimie, ce qui l'amène à rédiger des œuvres qui lèguent une vision profondément spirituelle tout en s'ancrant dans la tradition académique. Ce livre est ainsi une lecture incontournable pour quiconque s'intéresse aux mystères du monde occultes. Il offre une richesse de connaissances qui éveillera la curiosité des lecteurs avides de comprendre l'interaction entre l'homme et le cosmos à travers le prisme de la magie. Lévi, avec son style captivant, permet d'aborder des questions intimement humaines, faisant de "Histoire de la magie" une oeuvre essentielle pour explorer les traditions spirituelles et la sagesse oubliée. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction succincte situe l'attrait intemporel de l'œuvre et en expose les thèmes. - Le Synopsis présente l'intrigue centrale, en soulignant les développements clés sans révéler les rebondissements critiques. - Un Contexte historique détaillé vous plonge dans les événements et les influences de l'époque qui ont façonné l'écriture. - Une Analyse approfondie examine symboles, motifs et arcs des personnages afin de révéler les significations sous-jacentes. - Des questions de réflexion vous invitent à vous engager personnellement dans les messages de l'œuvre, en les reliant à la vie moderne. - Des Citations mémorables soigneusement sélectionnées soulignent des moments de pure virtuosité littéraire. - Des notes de bas de page interactives clarifient les références inhabituelles, les allusions historiques et les expressions archaïques pour une lecture plus aisée et mieux informée.
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Veröffentlichungsjahr: 2022
Au carrefour de la foi et de la raison, entre l’autorité des traditions et la curiosité moderne, Histoire de la magie présente la magie comme un langage des symboles et une philosophie de l’esprit, capable de relier l’imagination, la volonté et le savoir, d’expliquer la persistance des mythes comme la naissance des sciences, et de dévoiler, sous les controverses religieuses, politiques et savantes, une dynamique cachée qui façonne l’histoire humaine et révèle, par la lecture des signes, la force créatrice qui ordonne la nature autant que les sociétés, au fil des âges.
Œuvre d’érudition ésotérique et d’histoire des idées, Histoire de la magie est un essai d’Éliphas Lévi, occultiste français, publié en France au XIXe siècle. L’ouvrage adopte le cadre ample d’un panorama allant des antiquités aux temps contemporains de l’auteur, pour retracer continuités, ruptures et métamorphoses de la pensée magique en Occident. Ni roman ni traité technique, il s’inscrit à la fois dans la littérature ésotérique et dans une tradition de synthèses historiques destinées à un large public cultivé. Sa perspective répond aux débats intellectuels de son époque, sans cesser de viser une portée plus générale et transversale.
Le lecteur découvre un récit à la fois narratif et argumentatif, où épisodes, figures et doctrines servent d’exemples à une thèse globale sur la fonction de la magie dans la civilisation. La voix de Lévi est assurée, volontiers oraculaire, parfois polémique, toujours didactique: elle juxtapose tableaux rapides, commentaires synthétiques et formules mémorables, en privilégiant le rythme de l’essai plus que la démonstration académique. Le style, lyrique et emphatique, assume les paradoxes, multiplie les rapprochements et donne à l’ensemble une allure de chronique philosophique. L’expérience de lecture tient ainsi de la traversée, exigeante mais stimulante, d’une grande somme imaginative.
Au cœur du livre se déploie une conception de la magie comme science des signes et discipline de l’imagination créatrice, où symboles, rites et mythes expriment des lois morales et naturelles. L’histoire devient un laboratoire où s’observent l’ascendant des images, le rôle de la volonté, les frontières mouvantes entre religion, philosophie et savoir positif. Le pouvoir et la responsabilité du mage, la dialectique de la lumière et de l’erreur, le danger de la superstition comme l’orgueil du rationalisme y sont interrogés. Lévi propose ainsi une lecture unifiée des traditions, non pour les confondre, mais pour en dégager la logique symbolique.
Pour un lecteur d’aujourd’hui, l’intérêt tient autant à la matière qu’à la méthode. En rappelant que les systèmes de croyance structurent les comportements collectifs, l’ouvrage offre une cartographie utile des imaginaires qui nourrissent encore la culture populaire, la spiritualité ou certaines pratiques artistiques. Il incite aussi à cultiver une littératie symbolique, capable de discerner sens, métaphores et manipulations. Enfin, en montrant comment naissent et se transforment des idées à prétention universelle, il éclaire les relations compliquées entre savoir, pouvoir et narration, question toujours actuelle à l’ère de l’information accélérée et des récits concurrents.
L’approche la plus féconde consiste à lire Histoire de la magie comme un document intellectuel et une proposition herméneutique. Aborder ses synthèses avec curiosité critique, confronter ses enchaînements à d’autres sources, et distinguer l’intuition philosophique de l’affirmation factuelle permettent d’en tirer le meilleur. Le texte invite à une double posture: empathie envers les systèmes qu’il décrit, distance méthodique face à leurs prétentions. On y gagne un sens plus riche de la continuité culturelle et une vigilance accrue devant les pouvoirs du symbole. Cette tension de lecture, assumée, est précisément ce qui fait la valeur durable de l’ouvrage.
En définitive, Histoire de la magie propose une cartographie ambitieuse de l’imaginaire occidental et une éthique de la connaissance, où la curiosité disciplinée devient une forme de probité. Loin de réduire la magie à l’illusion ou de l’exalter sans réserve, l’essai la reconduit à ce qu’elle révèle de l’humain: la capacité de créer des mondes partagés par des signes. C’est pourquoi le livre demeure pertinent, comme une invitation à penser contre les cloisonnements, à reconnaître la puissance des récits et à cultiver un merveilleux responsable, ouvert à la complexité sans renoncer à l’exigence de clarté.
Histoire de la magie est un essai du XIXe siècle d’Éliphas Lévi (pseudonyme d’Alphonse Louis Constant) qui propose une généalogie raisonnée des doctrines et pratiques magiques. L’ouvrage suit un fil chronologique, de l’Antiquité au temps de l’auteur, et s’accompagne d’une interprétation philosophique et symbolique. Lévi entend montrer que la magie, loin d’être un reliquat de superstitions, relève d’une tradition savante articulant religion, science et morale. Il examine les cadres sociaux et théologiques qui ont défini, toléré ou condamné la magie, et introduit une problématique centrale: l’existence d’une connaissance cachée, exprimée par symboles, que l’histoire voile et révèle tour à tour.
Les chapitres consacrés aux civilisations anciennes décrivent un savoir sacré fusionnant cosmologie, culte et pouvoir. Lévi met en scène prêtres, sages et législateurs qui encadrent oracles, rites et sciences des correspondances, tout en liant mythes fondateurs et techniques rituelles. L’Antiquité égyptienne, chaldéenne, hébraïque et grecque lui fournit un répertoire d’images et de lois supposées universelles. Il discerne, dans la figure du mage, un médiateur entre ordre divin et monde visible, dont l’autorité dérive de la maîtrise des signes. Cette période sert de socle à sa thèse d’une tradition continue, transmise sous des formes variées.
À l’Antiquité tardive et aux premiers siècles chrétiens, l’auteur associe controverses doctrinales, syncrétismes et débats sur la nature du miracle. Lévi explore des courants philosophiques et théologiques qui discutent l’efficacité des rites, l’angélologie et la démonologie, ainsi que l’idée d’une sagesse ésotérique. Il accorde une place structurante aux traditions bibliques et à la Kabbale, perçues comme matrices d’un symbolisme opératif. La frontière entre magie légitime et superstition y est constamment renégociée, selon que l’autorité religieuse reconnaît ou refuse un cadre licite. Le livre souligne la persistance d’un langage des symboles malgré les condamnations et réformes.
Le Moyen Âge apparaît comme une époque d’ambivalences où coexistent érudition et suspicion. Lévi s’intéresse aux alchimistes, astrologues et compilateurs de rituels, tout en analysant la formation de la démonologie et la répression de pratiques assimilées à la sorcellerie. Il distingue savoirs techniques, fables populaires et accusations judiciaires, afin de montrer comment l’imaginaire du pacte et du sabbat a reconfiguré le regard porté sur le mage. Il insiste sur l’importance des textes, figures et emblèmes, que les lecteurs médiévaux interprètent diversement, et repère la survie souterraine de doctrines sous l’apparence de légendes.
La Renaissance marque, dans son récit, une relance des philosophies naturelles et de la spéculation hermétique. Lévi met en avant un projet de « magie naturelle » qui cherche des lois cachées de l’univers et dialogue avec la médecine, l’astronomie et la philologie. Les avancées intellectuelles cohabitent avec la liturgie cérémonielle et le goût des talismans, sans effacer les controverses morales. Il souligne les apports des grands traités d’occultisme et l’élan humaniste, tout en notant la pression croissante d’une rationalité expérimentale. De cette tension naît, selon lui, une reformulation des thèses magiques en systèmes plus cohérents et plus techniques.
Au-delà du panorama historique, Lévi propose une synthèse doctrinale qui articule volonté, imagination, loi morale et analogies universelles. Il conceptualise un plan subtil de forces — souvent nommé lumière astrale — pour expliquer phénomènes psychiques et effets rituels, sans renoncer à une exigence de contrôle et de mesure. Les systèmes symboliques, tels que la Kabbale, l’iconographie rituelle et des figures comme le pentagramme, sont présentés comme un alphabet opératif. Il distingue une haute magie, orientée vers la connaissance et l’éthique, d’une magie inférieure vouée à l’illusion. L’ensemble vise à réconcilier spiritualité, raison et tradition.
En conclusion, Histoire de la magie se présente comme une histoire interprétative autant qu’un plaidoyer méthodique pour une science sacrée. L’ouvrage a contribué à structurer le vocabulaire moderne de l’ésotérisme et à revaloriser des corpus souvent marginalisés. Tout en assumant une perspective doctrinale, il met en lumière des tensions durables: entre foi et critique, symbolisme et littéralité, expérimentation et croyance. Sa portée tient à la tentative d’unifier sources antiques, médiévales et modernes en un récit continu. Cette ambition, débattue, a néanmoins assuré à l’œuvre une résonance durable dans les études ésotériques et les débats sur l’histoire des idées.
Publiée à Paris en 1860, Histoire de la magie d’Éliphas Lévi paraît sous le Second Empire, dans une capitale remodelée et centralisée où bibliothèques, musées et sociétés savantes structurent la vie intellectuelle. Lévi, de son vrai nom Alphonse-Louis Constant (1810–1875), ancien séminariste devenu publiciste puis occultiste, y propose une synthèse historique des traditions magiques. Le climat idéologique est dominé par le positivisme naissant et par l’héritage du romantisme érudit. Dans ce cadre, l’ouvrage entend replacer la magie dans l’histoire des idées, en dialogue avec la science et la religion, et réagit implicitement contre une vision purement matérialiste du savoir.
Les institutions religieuses pèsent sur le débat intellectuel. La France voit se renforcer l’ultramontanisme sous Pie IX, préparant le Syllabus errorum (1864) et, plus tard, Vatican I (1869–1870). Les controverses autour de Lamennais et la surveillance des enseignements marquent les décennies précédentes. Formé au séminaire de Saint‑Sulpice, Lévi connaît de l’intérieur le langage théologique et la mystique chrétienne. Son livre mobilise des références bibliques et patristiques pour interpréter traditions hermétiques et cabalistiques. En reconstituant des filiations entre magie et religion, il inscrit le sujet dans la culture catholique de son temps, tout en critiquant ses réductions morales ou purement apologétiques.
Le parcours de Lévi s’inscrit dans une France secouée par 1830 et 1848. La monarchie de Juillet puis la Deuxième République cèdent place au Second Empire après le coup d’État de 1851. La police politique et les lois sur la presse cadrent les discours hétérodoxes. Constant avait été condamné en 1841 à la prison pour La Bible de la liberté, pamphlet anticlérical, avant d’évoluer vers l’érudition ésotérique. Dans Histoire de la magie, la mise en ordre morale et historique des pratiques occultes répond à un contexte où l’autorité et le désordre social sont des préoccupations majeures, sans polémique frontale.
Le romantisme érudit nourrit un regain d’intérêt pour le Moyen Âge, la Renaissance et l’Orient. Les progrès de l’égyptologie après Champollion (1822) et les traductions de textes orientaux élargissent les horizons. En France, Adolphe Franck publie La Kabbale (1843), ouvrant une voie savante à l’étude de la mystique juive. Des historiens comme Jules Garinet (1818) avaient déjà tenté une histoire de la magie. Lévi s’inscrit dans cette veine: il relie traditions hermétiques, kabbalistiques et alchimiques à une histoire des idées. Son approche historicisante s’oppose aux caricatures de superstition et nuance le triomphe d’un rationalisme exclusif.
Les sciences du vivant et de l’esprit traversent une transition: le magnétisme animal de Mesmer, investigué dès 1784, continue d’alimenter débats au XIXe siècle; James Braid propose l’hypnose en 1842; la recherche psychologique se structure lentement. À partir de 1848, le spiritualisme gagne l’Europe; en 1857, Allan Kardec systématise le spiritisme en France. Académies et sociétés savantes arbitrent ces controverses, oscillant entre curiosité et scepticisme. Lévi distingue, dans son récit, traditions rituelles et phénomènes contemporains, situant la magie au-delà du seul médiumnisme. Cette mise à distance critique reflète un milieu où expérience, croyance et fraude sont âprement discutées.
Lévi convoque une généalogie européenne: des traditions antiques aux magi de la Renaissance, comme Marsile Ficin, Pic de la Mirandole, Cornelius Agrippa ou Paracelse, puis aux controverses de l’époque moderne autour de la sorcellerie et de l’Inquisition. Les Lumières, de Bayle à Diderot, avaient soumis ces sujets à la critique. Au XIXe siècle, des synthèses allemandes (Joseph Ennemoser, 1844) et françaises relancent l’enquête; Jules Michelet publie La Sorcière en 1862. En replaçant doctrines et rituels dans leurs contextes, l’ouvrage participe à une réhabilitation érudite, sans valider pour autant les excès ou les persécutions qu’ils ont suscitées.
La diffusion des idées s’accélère: la loi Guizot (1833) favorise l’instruction primaire; le marché éditorial parisien se diversifie; revues et librairies spécialisées propagent l’érudition ésotérique auprès d’un public cultivé. Les grands chantiers haussmanniens et la centralisation des collections publiques facilitent l’accès aux sources. Histoire de la magie s’adresse à ce lectorat curieux d’origines et de symboles. Sa réception dépasse la France: Arthur E. Waite en publiera une traduction anglaise en 1913, prolongeant son influence. L’ouvrage inscrit l’occultisme dans la culture lettrée, en le plaçant sur le terrain de l’histoire plutôt que sur celui de la révélation personnelle.
À la fin du siècle, un renouveau occultiste s’organise en France et en Grande‑Bretagne. Papus, Stanislas de Guaita et Joséphin Péladan structurent des ordres et revues; la Golden Dawn est fondée à Londres en 1888. Ces milieux revendiquent souvent Lévi comme référence doctrinale et historique. Histoire de la magie fournit un cadre narratif et des catégories qui seront repris, discutés ou contestés. En articulant érudition, symbolisme chrétien et critique du matérialisme, le livre reflète les tensions d’une modernité partagée entre science, religion et ésotérisme. Il en propose une lecture conciliatrice, nourrie par la culture savante du XIXe siècle.
Les travaux d'Éliphas Lévi sur la science des anciens mages formeront un cours complet divisé en trois parties:
La première partie contient le Dogme et le Rituel de la haute magie; la seconde, l'Histoire de la magie; la troisième, la Clef des grands mystères, qui sera publiée plus tard.
Chacune de ces parties, étudiée séparément, donne un enseignement complet et semble contenir toute la science. Mais pour avoir de l'un une intelligence pleine et entière, il sera indispensable d'étudier avec soin les deux autres.
Cette division ternaire de notre oeuvre nous a été donnée par la science elle-même; car notre découverte des grands mystères de cette science repose tout entière sur la signification que les anciens hiérophantes attachaient aux nombres. Trois était pour eux le nombre générateur, et dans l'enseignement de toute doctrine ils en considéraient d'abord la théorie, puis la réalisation, puis l'adaptation à tous les usages possibles. Ainsi se sont formés les dogmes, soit philosophiques, soit religieux. Ainsi la synthèse dogmatique du christianisme héritier des mages impose à notre foi trois personnes en Dieu et trois mystères dans la religion universelle.
Nous avons suivi, dans la division de nos deux ouvrages déjà publiés, et nous suivrons dans la division du troisième le plan tracé par la kabbale; c'est-à-dire par la plus pure tradition de l'occultisme.
Notre Dogme et notre Rituel sont divisés chacun en vingt-deux chapitres marqués par les vingt-deux lettres de l'alphabet hébreu. Nous avons mis en tête de chaque chapitre la lettre qui s'y rapporte avec les mots latins qui, suivant les meilleurs auteurs, en indiquent la signification hiéroglyphique. Ainsi, en tête du chapitre premier, par exemple, on lit:
Ce qui signifie que la lettre aleph, dont l'équivalent en latin et en français est A, la valeur numérale 1 signifie le récipiendaire, l'homme appelé à l'initiation, l'individu habile (le bateleur du tarot), qu'il signifie aussi la syllepse dogmatique (disciplina), l'être dans sa conception générale et première (Ensoph[1]); enfin l'idée première et obscure de la divinité exprimée par keter (la couronne) dans la théologie kabbalistique.
Le chapitre est le développement du titre et le titre contient hiéroglyphiquement tout le chapitre. Le livre entier est composé suivant cette combinaison.
L'Histoire de la magie qui vient ensuite et qui, après la théorie générale de la science donnée par le Dogme et le Rituel, raconte et explique les réalisations de cette science à travers les âges, est combinée suivant le nombre septénaire, comme nous l'expliquons dans notre Introduction. Le nombre septénaire est celui de la semaine créatrice et de la réalisation divine.
La Clef des grands mystères sera établie sur le nombre quatre qui est celui des formes énigmatiques du sphinx et des manifestations élémentaires. C'est aussi le nombre du carré et de la force, et dans ce livre nous établirons la certitude sur des bases inébranlables. Nous expliquerons entièrement l'énigme du sphinx et nous donnerons à nos lecteurs cette clef des choses cachées depuis le commencement du monde, que le savant Postel n'avait osé figurer dans un de ses livres les plus obscurs que d'une manière tout énigmatique et sans en donner une explication satisfaisante.
L'Histoire de la magie explique les assertions contenues dans le Dogme et le Rituel; la Clef des grands mystères complétera et expliquera l'histoire de la magie. En sorte que, pour le lecteur attentif, il ne manquera rien, nous l'espérons, à notre révélation, des secrets de la kabbale des Hébreux et de la haute magie, soit de Zoroastre, soit d'Hermès.
L'auteur de ces livres donne volontiers des leçons aux personnes sérieuses et instruites qui en demandent, mais il doit une bonne fois prévenir ses lecteurs qu'il ne dit pas la bonne aventure, n'enseigne pas la divination, ne fait pas de prédictions, ne fabrique point de philtres, ne se prête à aucun envoûtement et à aucune évocation. C'est un homme de science et non un homme de prestiges. Il condamne énergiquement tout ce que la religion réprouve, et par conséquent il ne doit pas être confondu avec les hommes qu'on peut importuner sans crainte en leur proposant de faire de leur science un usage dangereux ou illicite.
Il recherche la critique sincère, mais il ne comprend pas certaines hostilités.
L'étude sérieuse et le travail consciencieux sont au-dessus de toutes les attaques; et les premiers biens qu'ils procurent à ceux qui savent les apprécier, sont une paix profonde et une bienveillance universelle.
ÉLIPHAS LÉVI. 1er septembre 1859.
Préface
INTRODUCTION
Fausse définition de la magie. Elle ne doit pas être définie au hasard. Vraie définition,
Étoile flamboyante, ce que c'est. Existence de l'absolu,
La magie science absolue,
Erreurs de Dupuis,
Profanations de la science. Prédiction du comte de Maistre,
Mesure et portée de la science magique. Justice de Dieu,
Puissance de l'adepte,
Le diable et la science,
Existence des démons,
Fausse idée du diable,
Conception des Manichéens.
Crimes des sorciers,
La lumière astrale. On l'appelle imagination de la nature. Ce que c'est,
Ses effets,
Le magnétisme défini,
Accord de la raison avec la foi,
Jakin et Bobas,
Principe de la hiérarchie,
Religion des kabbalistes,
Images de Dieu,
Théorie de la lumière,
Mystères de l'amour sexuel,
Antagonisme des pouvoirs,
La prétendue papesse Jeanne,
La kabbale explique et concilie tout,
Pourquoi l'Église a condamné la magie,
La magie dogmatique explique la philosophie de l'histoire,
Mauvaises curiosités relatives à la magie,
Plan de ce livre,
Soumission de l'auteur à l'ordre établi.
LIVRE PREMIER--Les origines magiques.
CHAPITRE PREMIER.--Origines fabuleuses
Le livre d'Hénoch et la chute des anges,
Sens de la légende,
Livre de la pénitence d'Adam,
Ce que c'est que le personnage d'Hénoch.
Apocalypse de Saint-Méthodius.
Les enfants de Seth et ceux de Caïn.
Raison de l'occultisme.
Erreur de Rousseau.
Traditions judaïques.
Gloire du christianisme.
Le Sepher Jezirah[2], le Sohar et l'Apocalypse,
Commencement du Sohar.
CHAPITRE II.--Magie des mages
Le vrai et le faux Zoroastre,
Dogmes du vrai Zoroastre.
Pyrotechnie transcendentale.
Secrets électriques de Numa.
Une page de Zoroastre sur les démons et les sacrifices.
Révélations importantes sur le magnétisme.
L'initiation en Assyrie,
Prodiges des Assyriens.
Du Potet d'accord avec Zoroastre.
Danger que courent les imprudents.
Puissance de l'homme sur les animaux.
Chute du sacerdoce en Assyrie.
Mort magique de Sardanapale.
CHAPITRE III.--Magie dans l'Inde
Les Indiens descendants de Caïn. L'Inde mère de l'idolâtrie. Doctrine des gymnosophistes,
Origine indienne du gnosticisme,
Fables savantes de l'Inde,
Magie noire de l'Oup nek' hat. M. Ragon, auteur cité,
Grands arcanes indiens,
Les Indiens révoltés et les Anglais.
CHAPITRE IV.--Magie hermétique
La table d'Émeraude,
Autres écrits d'Hermès,
Sens magique de la géographie ancienne de l'Égypte,
Ministère de Joseph,
Alphabet sacré,
Table isiaque de Bembo,
Le tarot expliqué par le Sepher Jezirah,
Le tarot de Charles VII,
Science magique de Moïse.
CHAPITRE V.--Magie en Grèce
Fables de la toison d'or,
Médée et Jason,
Les cinq épopées magiques,
Eschyle profanateur des mystères,
Orphée de la légende,
Mystères orphiques,
La Goétie,
Les sorcières de Thessalie,
Médée et Circé,
CHAPITRE VI.--Magie mathématicienne de Pythagore
Pythagore héritier des traditions de Numa,
Ce qu'était Pythagore. Sa doctrine sur Dieu,
Belle sentence contre l'anarchie. Vers dorés,
Symboles de Pythagore. Sa chasteté,
Sa divination,
Comment il explique ses miracles,
Secret de l'interprétation des songes,
Croyance de Pythagore.
CHAPITRE VII.--La sainte kabbale
Origine de la kabbale
Horreur des kabbalistes pour l'idolâtrie
Leur définition de Dieu
Principes de la kabbale
Les noms divins et l'alphabet sacré
Les clavicules de Salomon
Si les esprits peuvent revenir
Les larves fluidiques
La lumière, grand agent magique
Origine obscène des larves
LIVRE II.--Formation et réalisation du dogme.
CHAPITRE PREMIER.--Symbolisme primitif de l'histoire
Allégorie du paradis terrestre
Bêtise d'un grand esprit
Mystères de la Genèse
Belphégor
Son culte
Le sabbat, imitation des mêmes rites
Décadence de la hiérarchie
Philosophie de hasard
Doctrine de Platon
Réponse d'Apollon à ceux de Délos
La pierre cubique
Résumé du néoplatonisme
CHAPITRE II.--le mysticisme
Inviolabilité de la science magique
Écoles profanes et mystiques
Les Bacchantes
Réformateurs matérialistes. Mystiques anarchistes
Fous-visionnaires. Leur horreur pour les sages
Tolérance de la vraie Église
Tendance immorale des faux miracles
Les faux théraphims
Rites de la magie noire
Cause des visions
M. Brierre de Boismont et son Traité des hallucinations
CHAPITRE III.--Initiations et épreuves
Ce que c'est que le grand oeuvre
Les quatre formes du sphinx reproduites allégoriquement sur le bouclier d'Achille
Allégories d'Hercule et d'Oedipe. Épreuves
Tradition invoquée par Platon
Platon kabbaliste
Différence entre Platon et Saint-Jean
Expériences funestes
Homoeopathie pratiquée par les Grecs
L'antre de Trophonius et la grotte du chien. Science des prêtres égyptiens
Lactance se moque des antipodes
Enfers des Grecs
Utilité de la douleur
Le tableau de Cébès et le poëme de Dante
Doctrines du Phédon
CHAPITRE IV.--Magie du culte public
La superstition expliquée par la nécessité du culte
Traditions orthodoxes
Calomnies des profanes contre les initiés
Une allégorie sur Bacchus
Tyrésias et Calchas
Le sacerdoce suivant Homère
Oracles des sybilles
CHAPITRE V.--Mystères de la virginité
Institution des vestales
Vertu traditionnelle du sang virginal
Symbolisme du feu sacré
L'honneur chez les femmes romaines
Hiérophantisme de Numa
Idées ingénieuses de Voltaire sur la divination
Instinct prophétique des masses
Fausses appréciations des oracles par Kircher et Fontenelle
Calendrier religieux de Numa
CHAPITRE VI.--Des superstitions
Belle pensée de saint Grégoire, pape
Observance des nombres et des jours
Abstinences des mages
Opinions de Porphyre
Données mythologiques sur l'instinct des animaux
Passage d'Euripide
Raison des abstinences pythagoriciennes
Singulier passage d'Homère
Superstitions romaines
Enchantements
Tourbillons magiques
CHAPITRE VII.--Monuments magiques
Les sept merveilles du monde représentant les sept planètes magiques
Résumé philosophique des anciens
LIVRE III.--Synthèse et réalisation divine du magisme par la révélation chrétienne.
CHAPITRE PREMIER--Christ accusé de magie
Sens profond du commencement de l'évangile selon saint Jean Ézéchiel kabbaliste
Caractère spécial du christianisme
Accusations des Juifs contre le Sauveur
Une belle légende des évangiles apocryphes
Les Joannites
Livres magiques brûlés à Éphèse
Le grand Pan est mort!
CHAPITRE II.--Vérité du christianisme par la magie
Existence absolue de la religion
Distinction essentielle de la science et de la foi
Objections absurdes
Réalité du christianisme démontrée par la charité
Simon le Magicien
Son histoire
Sa doctrine
Sa conférence avec saint Pierre et saint Paul
Sa chute
Sa secte continuée par Ménandre
CHAPITRE III.--Du diable
Satan et Lucifer
Sagesse de l'Église
Ce que c'est que le diable suivant les initiés aux sciences occultes
Opinions de Torreblanca
Perversités astrales
Les démons, vices personnifiés
CHAPITRE IV.--Les derniers païens
Le miracle éternel de Dieu
Action civilisatrice du christianisme
Apollonius et Julien. Légende allégorique d'Apollonius
Suite de cette légende
Jugement sur Julien et sur Apollonius
CHAPITRE V.--Les légendes
Justine et Cyprien
Oraison magique de saint Cyprien
La légende dorée
Pourquoi les chrétiens étaient accusés d'adorer une tête d'âne
L'âne d'or d'Apulée
Finesse de saint Augustin
CHAPITRE VI.--Peintures kabbalistiques
Emblèmes des catacombes
Vrais et faux gnostiques
L'hérésiarque Marcos
Intrusion des femmes dans le sacerdoce
Miracles diaboliques
Les manichéens
Danger des évocations
Perte des clefs kabbalistiques
CHAPITRE VII.--École d'Alexandrie
Ammonius Saccas, Plotin, Porphyre, Proclus, Hypathie
Imprudents aveux de Synésius
Écrits de cet initié
Son traité des songes est commenté par Jérôme Cardan
Livres de saint Denys l'Aréopagite attribués à Synésius
LIVRE IV.--La magie et la civilisation.
CHAPITRE PREMIER.--Magie chez les Barbares
Histoire de Philinnium et de Machatès
Mythologie des Germains et des druides
Magie des Eubages
CHAPITRE II.--Influence des femmes
Velléda calomniée par Chateaubriand
Ce que c'est que Berthe au long pied
Mélusine
Sainte Clotilde
Frédégonde
Légende ou histoire de Klodswinthe
Frédégonde sauve une femme par méchanceté
CHAPITRE III--Loi salique contre les sorciers
Lois saliques
Singulier passage du Talmud expliqué à la reine Blanche par le rabbin Jéchiel
Amateurs du diable condamnés par l'Église
Charles Martel
Le kabbaliste Zédéchias et les esprits élémentaires
CHAPITRE IV.--Légendes de Charlemagne
Charlemagne et Roland
L'Euchiridion de Léon III
Les francs-juges
Les illuminés
La chevalerie errante
CHAPITRE IV.--Magiciens
Le pape et l'empereur
Excommunications
Légendes diaboliques
Le rabbin Jéchiel et saint Louis
Albert le Grand et son androïde
Saint Thomas d'Aquin
Ce que c'est que la quinte-essence
CHAPITRE VI.--Procès célèbres
Puissance des ordres religieux
Les templiers
Légende profane des Jonnnites sur la vie de N.-S. Jésus-Christ
Doctrine secrète des templiers
Leur procès
Leur destruction apparente
La sainte et vaillante Jeanne d'Arc
Gille de Laval, seigneur de Raiz, type de la Barbe-Bleue
CHAPITRE VII.--Superstitions relatives au diable
Comment le diable apparaît
Hallucinations terribles
Le pourquoi des apparitions
Ce que disent les tables tournantes
LIVRE V.--Les adeptes et le sacerdoce.
CHAPITRE PREMIER.--Prêtres et papes accusés de magie
Sainteté inviolable du sacerdoce
Accusations des faux adeptes
Sylvestre II faussement accusé
Légèreté de Platine
Absurde histoire de la papesse Jeanne
Opinion de Naudé sur Sylvestre II
Le grimoire d'Honorius,
--Son auteur présumable
Analyse curieuse et entièrement nouvelle de ce grimoire
CHAPITRE II.--Apparition des Bohémiens nomades
Extrait d'une ancienne chronique
Citation de l'Histoire vraie des vrais Bohémiens, par M. Vaillant
Opinion de l'auteur sur les Bohémiens
CHAPITRE III.--légende et histoire de Raymond Lulle
CHAPITRE IV.--Alchimistes
Flamel et le livre du Juif Abraham,
--Figures mystérieuses de ce livre,
--Tradition sur Flamel
Bernard le Trévisan. Basile Valentin et Trithéme. Cornelius Agrippa,
--Le pantacle de Trithéme
Guillaume Postel. Sa doctrine
--La mère Jeanne
--Postel le Ressuscité
--Le père Desbillons justifie Postel
Paracelse
--La médecine occulte
--Histoire racontée par Tavernier
--Les secrets de Paracelse
CHAPITRE V.--Sorciers et magiciens célèbres
Analyse kabbalistique du poëme de Dante
Le roman de la Rose
Disputes du diable et de Luther
Les regrets de Luther de s'être marié
Les sorciers sous Henri III
Les visions de Jacques Clément
Origine des roses-croix
--Henri Khunrath
--Oswald Crollius
Les alchimistes célèbres du commencement du XVIIe siècle
Manifeste des roses-croix
CHAPITRE VI.--Procès de magie
Crimes réels des sorciers
Condamnations déplorables
Procès de Louis Ganfridi
Procès d'Urbain Grandier
Jugement de l'auteur sur ce procès
Procès pour les religieuses de Louviers
--Procès du père Girard
--Raisons de certains prodiges
--Une histoire d'apparition
CHAPITRE VII.--Origines magiques de la maçonnerie
Ce que c'est que la franc-maçonnerie
Légende d'Hiram
--Son explication
LIVRE VI.--La magie et la révolution
CHAPITRE PREMIER.--Auteurs remarquables du XVIIIe siècle
Découvertes en Chine
L'y-kim et les trigrammes de Fo-hi
Opinion de Leibnitz sur l'y-kim
Swedenborg
Mesmer
Découverte du magnétisme
CHAPITRE II.--Personnages merveilleux du XVIIIe siècle
Le comte de Saint-Germain
Société secrète du Saint-Jakin
L'alchimiste Lascaris
Le comte de Cagliostro
Explication de son sceau et de son nom kabbalistique
Secret de la régénération physique suivant Cagliostro
CHAPITRE III.--Prophéties de Cazotte
École des martinistes
Le souper de Cazotte
Mystères du diable amoureux
Lilith et Nabéma
Mort de Cazotte
CHAPITRE IV.--Révolution française
Malheurs occasionnés par les hallucinations de Rousseau
La loge de la rue Plâtrière
Louis XVI livré à la vengeance des templiers
Les Joannites et les Jacques
Étranges prédictions
CHAPITRE V.--Phénomènes de médiamanie
Naissance d'une secte
Dom Gerle et Catherine Théot
Visite nocturne de Robespierre
Les sauveurs de Louis XVII
Naundorf, Vintras et M. Madrolle
CHAPITRE VI.--Les illuminés d'Allemagne
La magie d'Eckartshansen
Évocations de Lavater
Révélations de l'esprit Gablidone
--Il prédit la venue d'un mage nommé Osphal, Alphos, Maffon ou Éliphisma
Stabs et Napoléon
Les mopses et leurs mystères
L'épopée dramatique de Faust
CHAPITRE VII.--Empire et restauration
Prédictions relatives à Napoléon
Mademoiselle Lenormand
Madame Bouche et madame de Krudener près de l'empereur Alexandre
Le paysan Martin voit un ange habillé en laquais et se fait présenter au roi Louis XVIII
LIVRE VII.--La magie au XIXe siècle.
CHAPITRE PREMIER.--Les magnétiseurs mystiques et les matérialistes
Folies contagieuses de Charles Fonrier
Le dogme de l'enfer expliqué
Une évocation par M. Oegger vicaire de Notre-Dame
Les faux dieux grotesques.--Gouneau, Cheneau, Tourreil, Auguste Comte et Wronski
CHAPITRE II.--Des Hallucinations
Histoire de l'halluciné Eugène Vintras
CHAPITRE III.--Les magnétiseurs et les somnambules
Justes défiances de l'Église contre les abus du somnambulisme
Ouvrage remarquable du baron Du Potet
Les tables tournantes fatales à Victor Hennequin
Une dame russe trouvant que son guéridon est hérétique, le porte à Rome et obtient du Saint-Père l'autorisation de le brûler
Réflexions sérieuses à propos d'un mélodrame diabolique et burlesque
CHAPITRE IV.--Les fantaisistes en magie
Alphonse Esquiros invente une magie romanesque et fantastique
Henri Delaage se fait le continuateur d'Alphonse Esquiros
Ses naïvetés scientifiques et littéraires
M. le comte d'Ourches et ses prodiges
M. le baron de Guldenstubbe et ses écritures miraculeuses
L'homme enterré vivant
Une histoire de vampire
Le cartomancien Edmond
CHAPITRE V.--Souvenirs intimes de l'auteur
L'auteur est présenté par le magicien Esquiros au dieu Gauneau
Les doctrines excentriques du Mapah
Conséquences fâcheuses
Cause inconnue de la révolution de 1848
Le magicien posthume
CHAPITRE VI.--Des sciences occultes
Récapitulation des principes
CHAPITRE VII.--Résumé et conclusion
L'énigme du sphinx et sa solution
Les huit questions paradoxales avec les réponses
Conclusion
Pourquoi celui qui sait doit croire
Résultat des découvertes en magie
Passage curieux de Vincent de Lérins
Citation du comte Joseph de Maistre
Texte remarquable de saint Thomas
Avenir probable de la science
But de l'ouvrage
FIN DE LA TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES.
Depuis trop longtemps on confond la magie avec les prestiges des charlatans, avec les hallucinations des malades, et avec les crimes de certains malfaiteurs exceptionnels. Bien des gens, d'ailleurs, définiraient volontiers la magie: l'art de produire des effets sans causes. Et d'après cette définition, la foule dira, avec le bon sens qui la caractérise, même dans ses plus grandes injustices, que la magie est une absurdité.
La magie ne saurait être ce que la font ceux qui ne la connaissent pas[1q]. Il n'appartient d'ailleurs à personne de la faire ceci ou cela; elle est ce qu'elle est, elle est par elle-même, comme les mathématiques, car c'est la science exacte et absolue de la nature et de ses lois.
La magie est la science des anciens mages; et la religion chrétienne, qui a imposé silence aux oracles menteurs, et fait cesser tous les prestiges des faux dieux, révère elle-même ces mages qui vinrent de l'Orient, guidés par une étoile, pour adorer le Sauveur du monde dans son berceau.
La tradition donne encore à ces mages le titre de rois, parce que l'initiation à la magie constitue une véritable royauté, et parce que le grand art des mages est appelé par tous les adeptes: l'art royal, ou le saint royaume, sanctum regnum.
L'étoile qui les conduit est cette même étoile flamboyante dont nous retrouvons l'image dans toutes les initiations. C'est pour les alchimistes le signe de la quintessence, pour les magistes le grand arcane, pour les kabbalistes le pentagramme sacré. Or, nous prouverons que l'étude de ce pentagramme devait amener les mages à la connaissance du nom nouveau qui allait s'élever au-dessus de tous les noms et faire fléchir les genoux à tous les êtres capables d'adorer.
La magie réunit donc, dans une même science, ce que la philosophie peut avoir de plus certain et ce que la religion a d'infaillible et d'éternel. Elle concilie parfaitement et incontestablement ces deux termes, qui semblent d'abord si opposés: foi et raison, science et croyance, autorité et liberté.
Elle donne à l'esprit humain un instrument de certitude philosophique et religieuse exact comme les mathématiques, et rendant raison de l'infaillibilité des mathématiques elles-mêmes.
Ainsi donc il existe un absolu dans les choses de l'intelligence et de la foi. La raison suprême n'a pas laissé vaciller au hasard les lueurs de l'entendement humain; Il existe une vérité incontestable, il existe une méthode infaillible de connaître cette vérité; et par la connaissance de cette vérité, les hommes qui la prennent pour règle peuvent donner à leur volonté une puissance souveraine qui les rendra maîtres de toutes les choses inférieures et de tous les esprits errants, c'est-à-dire arbitres et rois du monde!
S'il en est ainsi, pourquoi cette haute science est-elle encore inconnue? Comment supposer dans un ciel qu'on voit ténébreux l'existence d'un soleil aussi splendide? La haute science a toujours été connue, mais seulement par des intelligences d'élite, qui ont compris la nécessité de se taire et d'attendre. Si un chirurgien habile parvenait, au milieu de la nuit, à ouvrir les yeux d'un aveugle-né, comment lui ferait-il comprendre avant le matin l'existence et la nature du soleil?
La science a ses nuits et ses aurores, parce qu'elle donne au monde intellectuel une vie qui a ses mouvements réglés et ses phases progressives. Il en est des vérités comme des rayons lumineux; rien de ce qui est caché n'est perdu, mais aussi rien de ce qu'on trouve n'est absolument nouveau. Dieu a voulu donner à la science, qui est le reflet de sa gloire, le sceau de son éternité.
Oui, la haute science, la science absolue, c'est la magie, et cette assertion doit sembler bien paradoxale à ceux qui n'ont pas douté encore de l'infaillibilité de Voltaire, ce merveilleux ignorant, qui croyait savoir tant de choses, parce qu'il trouvait toujours le moyen de rire au lieu d'apprendre.
La magie était la science d'Abraham et d'Orphée, de Confucius et de Zoroastre. Ce sont les dogmes de la magie qui furent sculptés sur des tables de pierre par Hénoch et par Trismégiste[3]. Moïse les épura et les revoila, c'est le sens du mot révéler. Il leur donna un nouveau voile lorsqu'il fit de la sainte Kabbala l'héritage exclusif du peuple d'Israël et le secret inviolable de ses prêtres, les mystères d'Éleusis et de Thèbes en conservèrent parmi les nations quelques symboles déjà altérés, et dont la clef mystérieuse se perdait parmi les instruments d'une superstition toujours croissante. Jérusalem, meurtrière de ses prophètes, et prostituée tant de fois aux faux dieux des Syriens et des Babyloniens, avait enfin perdu à son tour la parole sainte, quand un sauveur, annoncé aux mages par l'étoile sacrée de l'initiation, vint déchirer le voile usé du vieux temple pour donner à l'Église un nouveau tissu de légendes et de symboles qui cache toujours aux profanes, et conserve aux élus toujours la même vérité.
Voilà ce que notre savant et malheureux Dupuis aurait dû lire dans les planisphères indiens et sur les tables de Denderah, et devant l'affirmation unanime de toute la nature et des monuments de la science de tous les âges, il n'aurait pas conclu à la négation du culte vraiment catholique, c'est-à-dire universel et éternel!
C'était le souvenir de cet absolu scientifique et religieux, de cette doctrine qui se résume en une parole, de cette parole, enfin, alternativement perdue et retrouvée, qui se transmettait aux élus de toutes les initiations antiques; c'était ce même souvenir, conservé ou profané peut-être dans l'ordre célèbre des templiers, qui devenait pour toutes les associations secrètes des rose-croix, des illuminés et des francs-maçons, la raison de leurs rites bizarres, de leurs signes plus ou moins conventionnels, et surtout de leur dévouement mutuel et de leur puissance. Les doctrines et les mystères de la magie ont été profanés, nous ne voulons pas en disconvenir, et cette profanation même, renouvelée d'âge en âge, a été pour les imprudents révélateurs une grande et terrible leçon. Les gnostiques ont fait proscrire la gnose par les chrétiens et le sanctuaire officiel s'est fermé à la haute initiation. Ainsi la hiérarchie du savoir a été compromise par les attentats de l'ignorance usurpatrice, et les désordres du sanctuaire se sont reproduits dans l'État, car toujours, bon gré mal gré, le roi relève du prêtre, et c'est du sanctuaire éternel de l'enseignement divin que les pouvoirs de la terre pour se rendre durables attendront toujours leur consécration et leur force.
La clef de la science a été abandonnée aux enfants, et, comme on devait s'y attendre, cette clef se trouve actuellement égarée et comme perdue. Cependant un homme d'une haute intuition et d'un grand courage moral, le comte Joseph de Maistre, le catholique déterminé, confessant que le monde était sans religion et ne pouvait longtemps durer ainsi, tournait involontairement les yeux vers les derniers sanctuaires de l'occultisme et appelait de tous ses voeux le jour où l'affinité naturelle qui existe entre la science et la foi les réunirait enfin dans la tête d'un homme de génie. «Celui-là sera grand! s'écriait-il, et il fera cesser le XVIIIe siècle, qui dure encore... On parlera alors de notre stupidité actuelle comme nous parlons de la barbarie du moyen âge!»
La prédiction du comte de Maistre se réalise; l'alliance de la science et de la foi, consommée depuis longtemps, s'est enfin montrée, non pas à un homme de génie, il n'en faut pas pour voir la lumière, et d'ailleurs le génie n'a jamais rien prouvé, si ce n'est sa grandeur exceptionnelle et ses lumières inaccessibles à la foule. La grande vérité exige seulement qu'on la trouve, puis les plus simples d'entre le peuple pourront la comprendre et au besoin la démontrer.
Elle ne deviendra pourtant jamais vulgaire, parce qu'elle est hiérarchique et parce que l'anarchie seule flatte les préjugés de la foule; il ne faut pas aux masses de vérités absolues, autrement le progrès s'arrêterait et la vie cesserait dans l'humanité, le va-et-vient des idées contraires, le choc des opinions, les passions de la mode déterminées toujours par les rêves du moment sont nécessaires à la croissance intellectuelle des peuples. Les foules le sentent bien, et c'est pour cela qu'elles abandonnent si volontiers la chaire des docteurs pour courir aux tréteaux du charlatan. Les hommes même qui passent pour s'occuper spécialement de philosophie, ressemblent presque toujours à ces enfants qui jouent à se proposer entre eux des énigmes, et qui s'empressent de mettre hors du jeu celui qui sait le mot d'avance, de peur que celui-là ne les empêche de jouer en ôtant tout son intérêt à l'embarras de leurs questions.
«Heureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu,» a dit la sagesse éternelle. La pureté du coeur épure donc l'intelligence et la rectitude de la volonté fait l'exactitude de l'entendement. Celui qui préfère à tout la vérité et la justice aura la justice et la vérité pour récompense, car la Providence suprême nous a donné la liberté pour que nous puissions conquérir la vie; et la vérité même, quelque rigoureuse qu'elle soit, ne s'impose qu'avec douceur et ne fait jamais violence aux lenteurs ou aux égarements de notre volonté séduite par les attraits du mensonge.
Cependant, dit Bossuet, «avant qu'il y ait quelque chose qui plaise ou qui déplaise à nos sens, il y a une vérité; et c'est par elle seule que nos actions doivent être réglées, ce n'est pas par notre plaisir.» Le royaume de Dieu n'est pas l'empire de l'arbitraire, ni pour les hommes ni pour Dieu même. «Une chose, dit saint Thomas, n'est pas juste parce que Dieu la veut, mais Dieu la veut parce qu'elle est juste.» La balance divine régit et nécessite les mathématiques éternelles. «Dieu a tout fait avec le nombre, le poids et la mesure.» C'est ici la Bible qui parle. Mesurez un coin de la création, et faites une multiplication proportionnellement progressive, et l'infini tout entier multipliera ses cercles remplis d'univers qui passeront en segments proportionnels entre les branches idéales et croissantes de votre compas; et maintenant supposez que d'un point quelconque de l'infini au-dessus de vous une main tienne un autre compas ou une équerre, les lignes du triangle céleste rencontreront nécessairement celles du compas de la science, pour former l'étoile mystérieuse de Salomon.
«Vous serez mesurés, dit l'Évangile, avec la mesure dont vous vous servez vous-mêmes.» Dieu n'entre pas en lutte avec l'homme pour l'écraser de sa grandeur, et il ne place jamais des poids inégaux dans sa balance. Lorsqu'il veut exercer les forces de Jacob, il prend la figure d'un homme, dont le patriarche supporte l'assaut pendant toute une nuit, et la fin de ce combat, c'est une bénédiction pour le vaincu, et avec la gloire d'avoir soutenu un pareil antagonisme le titre national d'Israël, c'est-à-dire un nom qui signifie: «fort contre Dieu.»
Nous avons entendu des chrétiens, plus zélés qu'instruits, expliquer d'une manière étrange le dogme de l'éternité des peines. «Dieu, disaient-ils, peut se venger infiniment d'une offense finie, parce que si la nature de l'offenseur a des bornes, la grandeur de l'offensé n'en a pas.» A ce titre et sous ce prétexte, un empereur de la terre devrait punir de mort l'enfant sans raison qui aurait par mégarde sali le bord de sa pourpre. Non, telles ne sont pas les prérogatives de la grandeur, et saint Augustin les comprenait mieux lorsqu'il écrivait: «Dieu est patient parce qu'il est éternel!»
En Dieu tout est justice, parce que tout est bonté; il ne pardonne jamais à la manière des hommes, parce qu'il ne saurait s'irriter comme eux; mais le mal étant de sa nature incompatible avec le bien, comme la nuit avec le jour, comme la dissonance avec l'harmonie, l'homme d'ailleurs étant inviolable dans sa liberté, toute erreur s'expie, tout mal est puni par une souffrance proportionnelle: nous avons beau appeler Jupiter à notre secours quand notre char est embourbé, si nous ne prenons la pelle et la pioche comme le routier de la fable, le Ciel ne nous tirera pas de l'ornière. «Aide-toi, le Ciel t'aidera!» Ainsi s'explique, d'une manière toute rationnelle et purement philosophique, l'éternité possible et nécessaire du châtiment avec une voie étroite ouverte à l'homme pour s'y soustraire, celle du repentir et du travail!
En se conformant aux règles de la force éternelle, l'homme peut s'assimiler à la puissance créatrice et devenir créateur et conservateur comme elle. Dieu n'a pas limité à un nombre restreint d'échelons la montée lumineuse de Jacob. Tout ce que la nature a fait inférieur à l'homme, elle le soumet à l'homme, c'est à lui d'agrandir son domaine en montant toujours! Ainsi la longueur et même la perpétuité de la vie, l'atmosphère et ses orages, la terre et ses filons métalliques, la lumière et ses prodigieux mirages, la nuit et ses rêves, la mort et ses fantômes, tout cela obéit au sceptre royal du mage, au bâton pastoral de Jacob, à la verge foudroyante de Moïse. L'adepte se fait roi des éléments, transformateur des métaux, arbitre des visions, directeur des oracles, maître de la vie, enfin, dans l'ordre mathématique de la nature, et conformément à la volonté de l'intelligence suprême. Voilà la magie dans toute sa gloire! Mais qui osera dans notre siècle ajouter foi à nos paroles? ceux qui voudront loyalement étudier et franchement savoir, car nous ne cachons plus la vérité sous le voile des paraboles ou des signes hiéroglyphiques, le temps est venu où tout doit être dit, et nous nous proposons de tout dire.
Nous allons découvrir non-seulement cette science toujours occulte qui, comme nous l'avons dit, se cachait sous les ombres des anciens mystères; qui a été mal révélée, ou plutôt indignement défigurée par les gnostiques; qu'on devine sous les obscurités qui couvrent les crimes prétendus des templiers, et qu'on retrouve enveloppée d'énigmes maintenant impénétrables dans les rites de la haute maçonnerie. Mais nous allons amener au grand jour le roi fantastique du sabbat, et montrer au fond de la magie noire elle-même, abandonnée depuis longtemps à la risée des petits-enfants de Voltaire, d'épouvantables réalités.
Pour un grand nombre de lecteurs, la magie est la science du diable. Sans doute. Comme la science de la lumière est celle de l'ombre.
Nous avouons d'abord hardiment que le diable ne nous fait pas peur. «Je n'ai peur que de ceux qui craignent le diable, disait sainte Thérèse.» Mais aussi nous déclarons qu'il ne nous fait pas rire; et que nous trouvons fort déplacées les railleries dont il est si souvent l'objet.
Quoi que ce soit, nous voulons l'amener devant la science.
Le diable et la science!--Il semble qu'en rapprochant deux noms aussi étrangement disparates, l'auteur de ce livre ait laissé voir d'abord toute sa pensée. Amener devant la lumière la personnification mystique des ténèbres, n'est-ce pas anéantir devant la vérité le fantôme du mensonge? n'est-ce pas dissiper au jour les cauchemars informes de la nuit? C'est ce que penseront, nous n'en doutons pas, les lecteurs superficiels, et ils nous condamneront sans nous entendre. Les chrétiens mal instruits croiront que nous venons saper le dogme fondamental de leur morale en niant l'enfer, et les autres demanderont à quoi bon combattre des erreurs qui ne trompent déjà plus personne; c'est du moins ce qu'ils imaginent. Il importe donc de montrer clairement notre but et d'établir solidement nos principes. Nous disons d'abord aux chrétiens:
L'auteur de ce livre est chrétien comme vous. Sa foi est celle d'un catholique fortement et profondément convaincu: il ne vient donc pas nier des dogmes, il vient combattre l'impiété sous ses formes les plus dangereuses, celles de la fausse croyance et de la superstition; il vient tirer des ténèbres le noir successeur d'Arimanes, afin d'étaler au grand jour sa gigantesque impuissance et sa redoutable misère; il vient soumettre aux solutions de la science le problème antique du mal; il veut découronner le roi des enfers et lui abaisser le front jusque sous le pied de la croix! La science Vierge et mère, la science dont Marie est la douce et lumineuse image, n'est-elle pas prédestinée à écraser aussi la tête de l'ancien serpent?
Aux prétendus philosophes l'auteur dira: Pourquoi niez-vous ce que vous ne pouvez comprendre? L'incrédulité qui s'affirme en face de l'inconnu n'est-elle pas plus téméraire et moins consolante que la foi? Quoi, l'épouvantable figure du mal personnifié vous fait sourire? Vous n'entendez donc pas le sanglot éternel de l'humanité qui se débat et qui pleure broyée par les étreintes du monstre? N'avez-vous donc jamais vu le rire atroce du méchant opprimant le juste? N'avez-vous donc jamais senti s'ouvrir en vous-mêmes ces profondeurs infernales que creuse par instant dans toutes les âmes le génie de la perversité? Le mal moral existe, c'est une lamentable vérité; il règne dans certains esprits, il s'incarne dans certains hommes; il est donc personnifié, il existe donc des démons, et le plus méchant de ces démons est Satan. Voilà tout ce que je vous demande d'admettre, et ce qu'il vous sera difficile de ne pas m'accorder.
Qu'il soit bien entendu, d'ailleurs, que la science et la foi ne se prêtent un mutuel concours qu'autant que leurs domaines sont inviolables et séparés. Que croyons-nous? ce que nous ne pouvons absolument savoir bien que nous y aspirions de toutes nos forces. L'objet de la foi n'est pour la science qu'une hypothèse nécessaire, et jamais il ne faut juger des choses de la science avec les procédés de la foi, ni, réciproquement, des choses de la foi avec les procédés de la science. Le verbe de foi n'est pas scientifiquement discutable. «Je crois, parce que c'est absurde,» disait Tertullien[4], et cette parole, d'une apparence si paradoxale, est de la plus haute raison. En effet, au delà de tout ce que nous pouvons raisonnablement supposer, il y a un infini auquel nous aspirons d'une soif éperdue, et qui échappe même à nos rêves. Mais pour une appréciation finie, l'infini n'est-ce pas l'absurde? Nous sentons cependant que cela est. L'infini nous envahit; il nous déborde; il nous donne le vertige avec ses abîmes; il nous écrase de toute sa hauteur. Toutes les hypothèses scientifiquement probables sont les derniers crépuscules ou les dernières ombres de la science; la foi commence où la raison tombe épuisée[2q]... Au delà de la raison humaine, il y a la raison divine, le grand absurde pour ma faiblesse, l'absurde infini qui me confond et que je crois!
Mais le bien seul est infini; le mal ne l'est pas, et c'est pourquoi si Dieu est l'éternel objet de la foi, le diable appartient à la science. Dans quel symbole catholique, en effet, est-il question du diable? Ne serait-ce pas blasphémer que de dire: Nous croyons en lui? Il est nommé, mais non défini dans l'Écriture sainte; la Genèse ne parle nulle part d'une prétendue chute des anges; elle attribue le péché du premier homme au serpent, le plus rusé et le plus dangereux des êtres animés. Nous savons quelle est à ce sujet la tradition chrétienne; mais si cette tradition s'explique par une des plus grandes et des plus universelles allégories de la science, qu'importera cette solution à la foi qui aspire à Dieu seul, et méprise les pompes et les oeuvres de Lucifer[5]?
Lucifer! Le porte-lumière! quel nom étrange donné à l'esprit des ténèbres. Quoi c'est lui qui porte la lumière et qui aveugle les âmes faibles? Oui, n'en doutez pas, car les traditions sont pleines de révélations et d'inspirations divines.
«Le diable porte la lumière, et souvent même, dit saint Paul, il se transfigure en ange de splendeur.»--«J'ai vu, disait le Sauveur du monde, j'ai vu Satan tomber du ciel comme la foudre.»--«Comment es-tu tombée du ciel, s'écrie le prophète Isaïe, étoile lumineuse, toi qui te levais le matin?» Lucifer est donc une étoile tombée; c'est un météore qui brûle toujours et qui incendie lorsqu'il n'éclaire plus.
Mais ce Lucifer, est-ce une personne ou une force? Est-ce un ange ou un tonnerre égaré? La tradition suppose que c'est un ange; mais le Psalmiste ne dit-il pas au psaume 103: «Vous faites vos anges des tempêtes et vos ministres des feux rapides?» le mot ange est donné dans la Bible à tous les envoyés de Dieu: messagers ou créations nouvelles, révélateurs ou fléaux, esprits rayonnants ou choses éclatantes. Les flèches de feu que le Très Haut darde dans les nuages sont les anges de sa colère, et ce langage figuré est familier à tous les lecteurs des poésies orientales.
Après avoir été pendant le moyen âge la terreur du monde, le diable en est devenu la risée. Héritier des formes monstrueuses de tous les faux dieux successivement renversés, le grotesque épouvantail a été rendu ridicule à force de difformité et de laideur.
Observons pourtant une chose: c'est que ceux-là seuls osent rire du diable qui ne craignent pas Dieu. Le diable, pour bien des imaginations malades, aurait-il donc été l'ombre de Dieu même, ou plutôt ne serait-il pas souvent l'idole des âmes basses, qui ne comprennent le pouvoir surnaturel que comme l'exercice impuni de la cruauté?
Il est important de savoir enfin si l'idée de cette puissance mauvaise peut se concilier avec celle de Dieu. Si en un mot le diable existe, et s'il existe, ce que c'est.
Il ne s'agit pas ici d'une superstition ou d'un personnage ridicule: il s'agit de la religion tout entière, et par conséquent de tout l'avenir et de tous les intérêts de l'humanité.
Nous sommes vraiment des raisonneurs étranges! Nous nous croyons bien forts quand nous sommes indifférents à tout, excepté aux résultats matériels, à l'argent, par exemple; et nous laissons aller au hasard les idées mères de l'opinion qui, par ses revirements, bouleverse ou peut bouleverser toutes les fortunes.
Une conquête de la science est bien plus importante que la découverte d'une mine d'or. Avec la science, on emploie l'or au service de la vie; avec l'ignorance, la richesse ne fournit que des instruments à la mort.
Qu'il soit bien entendu d'ailleurs que nos révélations scientifiques s'arrêtent devant la foi, et que, comme chrétien et comme catholique, nous soumettons notre oeuvre tout entière au jugement suprême de l'Église.
Et maintenant à ceux qui doutent de l'existence du diable, nous répondons:
Tout ce qui a un nom existe; la parole peut être proférée en vain, mais en elle-même elle ne saurait être vaine et elle a toujours un sens.
Le Verbe n'est jamais vide, et s'il est écrit qu'il est en Dieu, et qu'il est Dieu, c'est qu'il est l'expression et la preuve de l'être et de la vérité.
Le diable est nommé et personnifié dans l'Évangile, qui est le Verbe de vérité, donc il existe, et il peut être considéré comme une personne. Mais ici c'est le chrétien qui s'incline; laissons parler la science ou la raison, c'est la même chose.
Le mal existe, il est impossible d'en douter[3q]. Nous pouvons faire bien ou mal.
Il est des êtres qui sciemment et volontairement font le mal.
