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Dans "L'imitation de Jésus-Christ", Thomas à Kempis adopte un style dépouillé et direct, favorisant une approche spirituelle centrée sur la vie intérieure et la vertu chrétienne. Le livre, écrit au début du XVème siècle, se partage en quatre livres, chacun explorant divers aspects de la piété, de la méditation, et de l'abandon à la volonté divine. À travers des réflexions profondes et des exhortations spirituelles, l'œuvre cherche à guider le lecteur vers une imitation concrète de la vie et des enseignements du Christ, tout en exprimant une humilité et une foi authentiques. C'est un exemple classique de la littérature devotionnelle, fortement ancrée dans le contexte mystique du Moyen Âge européen. Thomas à Kempis, moine de l'ordre des Canons réguliers de Saint-Augustin, a vécu dans une période de grande tumultes religieuses. Sa vie d'ascétisme et sa dévotion personnelle au Christ l'ont conduit à rédiger ce traité, reconnu comme l'un des ouvrages spirituels les plus influents dans le christianisme. Élevé dans un milieu dévot, Kempis a pu observer des pratiques religieuses et des luttes intérieures, ce qui lui a fourni de riches perspectives sur le cheminement spirituel. Recommandé tant aux croyants qu'aux chercheurs de spiritualité, "L'imitation de Jésus-Christ" demeure une lecture essentielle pour ceux qui souhaitent approfondir leur foi et leur compréhension de la vie chrétienne. En offrant des conseils pratiques et une réflexion introspective, l'œuvre incite à une transformation intérieure, rendant chaque page propice à la méditation et à la prière. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction succincte situe l'attrait intemporel de l'œuvre et en expose les thèmes. - Le Synopsis présente l'intrigue centrale, en soulignant les développements clés sans révéler les rebondissements critiques. - Un Contexte historique détaillé vous plonge dans les événements et les influences de l'époque qui ont façonné l'écriture. - Une Biographie de l'auteur met en lumière les étapes marquantes de sa vie, éclairant les réflexions personnelles derrière le texte. - Une Analyse approfondie examine symboles, motifs et arcs des personnages afin de révéler les significations sous-jacentes. - Des questions de réflexion vous invitent à vous engager personnellement dans les messages de l'œuvre, en les reliant à la vie moderne. - Des Citations mémorables soigneusement sélectionnées soulignent des moments de pure virtuosité littéraire. - Des notes de bas de page interactives clarifient les références inhabituelles, les allusions historiques et les expressions archaïques pour une lecture plus aisée et mieux informée.
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Veröffentlichungsjahr: 2020
Chercher la paix du cœur au milieu du tumulte des désirs: telle est la tension qui anime cette œuvre. L’Imitation de Jésus-Christ ne promet ni éclat ni recettes rapides, mais une orientation ferme vers l’essentiel. Elle invite à passer de la dispersion à l’unité, de l’apparence à la vérité intérieure, par une discipline douce et tenace. Cette introduction propose de situer ce livre, de comprendre la voix qui le porte et la raison de son rayonnement durable. On y découvrira un chemin qui ne relève pas d’une technique, mais d’une fidélité quotidienne, capable d’éprouver, corriger et dilater la liberté.
Si ce texte occupe un rang de classique, c’est qu’il a traversé siècles et frontières en demeurant lisible à diverses générations. Son autorité ne vient pas d’une prouesse rhétorique ou d’un système, mais d’une expérience condensée en conseils simples et exigeants. L’ouvrage s’est imposé comme l’un des livres chrétiens les plus diffusés après la Bible, nourrissant la prière, la méditation et l’examen de conscience. Sa langue sobre et sa visée universelle ont permis qu’il s’adresse à la fois au débutant et au lecteur aguerri. Ainsi s’est formé, autour de lui, un héritage discret et persistant, fait de reprises, d’abrégés et de lectures partagées.
L’ouvrage est généralement attribué à Thomas à Kempis, de son nom Thomas Hemerken (1380-1471), chanoine régulier vivant au monastère du Mont-Sainte-Agnès, près de Zwolle, dans les Pays-Bas actuels. Il s’inscrit dans le courant de la Devotio moderna, qui valorise une piété intérieure, pratique et humble. Rédigé en latin, il a pris forme dans la première moitié du XVe siècle, dans un contexte monastique attentif à l’éducation spirituelle des frères et des laïcs. Cette provenance explique son ton pédagogique: un artisanat de l’âme, soucieux de clarté, de concision et d’efficacité, plutôt qu’une spéculation conceptuelle ou une éloquence de cour.
La prémisse centrale tient en peu de mots: apprendre à conformer sa vie à celle du Christ, non par imitation servile, mais par assimilation des dispositions intérieures. L’ouvrage, organisé en quatre livres courts, assemble exhortations, méditations et prières. Il traite des vertus fondamentales, de l’ordre du cœur, et de la manière d’avancer sans se laisser distraire par le prestige, l’agitation ou la curiosité. Il met en place un compagnonnage spirituel qui engage la mémoire, l’intelligence et la volonté. Sa progression n’expose pas des secrets, mais élucide un art de vivre orienté vers la charité et la vérité.
Son style explique une part de son autorité. La phrase est brève, balancée, souvent antithétique; les images restent mesurées, au service d’un propos qui veut être entendu plutôt qu’admiré. La seconde personne interpelle sans brusquer, installe un dialogue de conscience plus qu’un débat. Cette musique sobre, née du latin monastique, supporte les traductions, car l’essentiel réside dans le rythme des appels et des réponses intérieures. L’épure prosodique n’exclut pas la précision: elle affine le discernement, distingue l’utile du futile, invite à ramener chaque pensée à un centre stable, afin de ne pas se perdre dans l’accessoire.
Les thèmes qui structurent le livre sont d’une durable actualité: humilité, patience, discrétion, pureté d’intention, amour du vrai. L’auteur oppose le prestige du monde à la joie discrète de l’âme unifiée, et recommande un art de vivre fondé sur l’écoute, le silence, la modération et la fidélité. Il ne condamne pas la création ni le travail, mais toute complaisance à l’ego qui décentre, encombre et divise. Le sang-froid dans l’épreuve, la constance dans le bien, la correction pacifique des penchants désordonnés composent un itinéraire sobre, accessible et pourtant exigeant, parce qu’il appelle à une cohérence sans fard.
Son impact littéraire se mesure à la formation d’un idiome de la vie intérieure. Formules brèves, notations concrètes, examen de soi structuré: ces procédés ont nourri la littérature dévote européenne, façonné des manuels de conduite spirituelle et inspiré la tenue de journaux de conscience. De nombreux auteurs, des réformes catholiques aux mouvances piétistes, ont trouvé dans cette écriture un modèle d’alliance entre simplicité et profondeur. Sans discipliner l’imagination par des artifices, le texte a élargi le vocabulaire de l’âme, offrant une grammaire de l’attention, de la décision et de la persévérance qui continue d’irriguer des œuvres de réflexion et de prière.
La diffusion du livre, d’abord manuscrite, a été rapidement amplifiée par l’imprimerie naissante, ce qui a multiplié les copies, abrégés et traductions. Il s’est lu dans des monastères et des maisons, chez des lettrés et des artisans, franchissant les clivages sociaux et linguistiques. Cette circulation révèle un trait essentiel: l’ouvrage s’accommode de contextes variés, parce qu’il s’intéresse moins aux structures extérieures qu’à l’orientation du cœur. Sa réception s’est tissée de lectures lentes, de reprises quotidiennes et d’un usage méditatif qui le rend proche, non pas par séduction, mais par familiarité croissante.
Pour comprendre son émergence, il faut se souvenir du milieu qui l’a vu naître: une Europe de la fin du Moyen Âge travaillée par le désir de réforme, attentive aux écoles et fraternités qui encouragent l’étude, la prière et la rectitude. La Devotio moderna y promeut une piété personnelle, disciplinée, tournée vers l’Évangile vécu. L’Imitation répond à cette attente en offrant un art de conduire sa vie intérieure sans bruit, de résister aux controverses stériles, de préférer la transformation du cœur à la victoire d’opinion. Elle s’inscrit ainsi dans une histoire de renouvellement patiemment tissée par l’éducation et la pratique.
Lire ce livre, c’est accepter un compagnonnage patient plutôt qu’un sursaut spectaculaire. Le texte suggère des habitudes, propose des repères, éduque l’attention. Il s’adresse à la liberté, qu’il sollicite sans contraindre, et privilégie les petits pas durables aux décisions impulsives. Un lecteur s’y éprouve, y ajuste son intention, y apprend à replacer chaque action sous un horizon plus large que le succès immédiat. C’est une école de jugement et de paix active, qui ne confond pas résignation et force tranquille, et qui cherche moins à multiplier des actes qu’à en purifier la source.
Sa pertinence contemporaine tient à sa lucidité sur l’inquiétude, la dispersion et l’orgueil de l’utile. À l’âge de l’urgence permanente, il rappelle la valeur d’une intention droite, d’un travail régulier, d’une présence disponible. Loin d’un volontarisme crispé, il propose une sobriété joyeuse, faite de limites assumées et d’une charité concrète. On peut y puiser des méthodes d’attention, des respirations de silence et des critères pour discerner l’essentiel. Cette voix ancienne ne se dresse pas contre le monde: elle appelle à l’habiter avec justesse, en réduisant l’écart entre ce que l’on sait, ce que l’on dit et ce que l’on fait.
En définitive, L’Imitation de Jésus-Christ est un classique parce qu’il offre un horizon commun à des lecteurs très différents: unifier la vie par la vérité, l’humilité et la charité. Son autorité vient d’une expérience éprouvée et d’une langue claire, capable d’éclairer sans écraser. En le lisant, on n’entre pas dans un système clos, mais dans une conversation exigeante et miséricordieuse. Son attrait durable tient à ce mélange rare de fermeté et de douceur, qui invite à se laisser former. C’est pourquoi ce livre continue d’accompagner, avec tact, ceux qui cherchent un chemin de paix active au milieu du tumulte.
Composé au début du XVe siècle et généralement attribué à Thomas à Kempis, moine lié au mouvement de la Devotio moderna, L’Imitation de Jésus-Christ est un manuel de vie spirituelle rédigé en latin. L’ouvrage s’adresse à des lecteurs cherchant une réforme intérieure plus qu’une érudition spéculative, et propose une progression pratique vers l’union à Dieu. Sans dépendre de circonstances historiques précises, il condense une expérience monastique et pastorale en exhortations brèves et directes. Sa réception durable tient à un style sobre, à la clarté des objectifs moraux, et à une focalisation constante sur l’intimité de la conscience.
Le livre expose une thèse simple et exigeante : imiter le Christ par l’humilité, le détachement et la charité, en ordonnant pensées, désirs et actions à une intention droite. Sa structure en quatre livres articule un chemin intérieur cohérent : avertissements pour la vie spirituelle, approfondissement de l’intériorité, consolations divines sous forme de dialogue, et culte de l’Eucharistie. À chaque étape, la pratique prévaut sur la spéculation, avec des rappels à la vigilance, à la constance et à la prière. L’ensemble cherche à former un jugement spirituel capable de discerner les mouvements du cœur et d’y répondre avec mesure et fermeté.
Le premier livre énonce des avertissements fondamentaux pour se détacher des vanités et des curiosités. Le lecteur est invité à préférer la vérité intérieure aux succès visibles, à cultiver la sobriété du langage, l’étude édifiante et la discipline du temps. Au cœur des tensions décrites, on trouve l’attrait des honneurs, la dispersion des sens et l’amour-propre. La méthode proposée demeure concrète : examen régulier de soi, simplicité de vie, obéissance à de bonnes règles. La priorité est donnée à une sagesse pratique qui prévient l’orgueil et les jugements hâtifs, et qui protège la paix de l’âme des comparaisons stériles.
Ce même livre détaille la manière d’affronter tentations et contrariétés. La patience, la docilité à la correction et la rectitude d’intention y sont présentées comme des remèdes contre l’instabilité affective. Les exercices recommandés visent à épurer la conscience, à ordonner le désir et à fortifier la volonté contre le caprice. L’effort ne se réduit pas à une maîtrise extérieure : il s’agit de préférer la transformation intérieure aux apparences, et d’apprendre à tirer profit des épreuves. Le propos met l’accent sur une liberté grandissante à l’égard de l’opinion d’autrui, pour fixer le cœur sur une finalité supérieure et durable.
Le second livre approfondit la vie intérieure comme lieu de paix et de croissance des vertus. Il décrit la manière de nourrir une intention pure, de garder la présence de Dieu dans la prière simple, et d’unifier l’âme par la charité. Les fluctuations des consolations sensibles sont examinées sans les ériger en norme. Les conseils visent l’égalité d’humeur, la maîtrise des désirs et l’acceptation des limites, afin d’éviter oscillations excessives et résolutions fragiles. La lecture méditée de l’Écriture, l’oubli de soi et le service discret y sont valorisés comme chemins sûrs pour stabiliser le cœur et orienter l’action.
Le passage au troisième livre marque un infléchissement de ton : l’exposé devient dialogue entre le disciple et une voix qui instruit, pour guider l’écoute intérieure. Les questions dominantes portent sur la réception de la grâce, l’épreuve de la sécheresse et le sens pédagogique des contrariétés. Le discernement proposé relie humilité et lumière : la grâce élève, l’orgueil obscurcit. La pédagogie insiste sur la patience, la prudence dans le jugement et l’abandon mesuré de ses vues personnelles. La dynamique centrale est celle d’une disponibilité à la volonté divine, loin des élans brusques et des curiosités qui distraient l’esprit.
Dans ce dialogue se précisent des équilibres clés entre contemplation et action, retraite et devoirs communs. Le lecteur est orienté vers une charité qui purifie l’intention plus qu’elle ne multiplie les œuvres visibles. Sont évoqués les écueils de la recherche de soi, la fragilité des louanges et l’utilité des critiques pour découvrir sa vérité. Les conseils pratiques abordent la parole mesurée, la gratitude, la persévérance sous la sécheresse, l’obéissance et la paix dans l’adversité. Emergent alors des repères pour aimer Dieu au-dessus de ses dons, ordonner les affections et s’exercer à une liberté intérieure stable et humble.
Le quatrième livre traite du sacrement de l’Eucharistie comme centre et soutien de la vie spirituelle. Il insiste sur la préparation intérieure, la confession des fautes, la révérence et la confiance. La participation fréquente est recommandée, non par habitude, mais par faim mesurée et amour respectueux. L’accent est mis sur la gratitude, l’attention aux dispositions du cœur et la vigilance contre la routine ou la présomption. La communion est présentée comme une rencontre qui unit, console et fortifie, tout en rappelant la nécessité d’une réforme continue. L’ensemble propose un art de s’approcher du mystère avec simplicité, foi et retenue.
Pris dans son ensemble, L’Imitation de Jésus-Christ offre une voie de transformation intérieure accessible et exigeante, centrée sur l’humilité, la charité et la fidélité quotidienne. Sa portée dépasse le cadre monastique par la clarté de ses conseils et la sobriété de ses moyens. L’influence durable de l’ouvrage s’explique par la primauté accordée à la conscience, au discernement des mouvements intérieurs et au lien entre pratique et contemplation. Il laisse au lecteur un horizon d’unification de la vie, invitant à progresser sans précipitation, à consentir aux étapes, et à rechercher une paix fondée sur une intention droite et persévérante.
L’Imitation de Jésus-Christ émerge au tournant des XIVe et XVe siècles dans les Pays-Bas du Nord, alors intégrés à des entités politiques en recomposition et bientôt dominés par les ducs de Bourgogne. Le cadre est celui d’une chrétienté latine encore structurée par les diocèses, les chapitres, les ordres religieux et les universités, mais ébranlée par des crises d’autorité. Les villes de la vallée de l’IJssel, comme Deventer et Zwolle, connaissent une forte croissance urbaine et scolaire. C’est dans ce milieu nord-européen, lettré et dévot, que se forme Thomas Hemerken, dit à Kempis, auteur présumé du livre, dont la tonalité spirituelle répond aux besoins d’orientation intérieure de son temps.
Thomas à Kempis, né vers 1380 à Kempen près de Cologne et mort en 1471 à Zwolle, appartient à la mouvance de la Dévotion moderne. Formé dans les écoles tenues par les Frères de la vie commune, il rejoint le monastère du Mont-Sainte-Agnès, près de Zwolle, rattaché à la congrégation de Windesheim. Moine, copiste et directeur spirituel, il passe sa vie dans un environnement de lecture, d’édition manuscrite et de formation religieuse. Son expérience de la vie commune, de la discipline régulière et de la méditation scripturaire imprègne l’ouvrage attribué à sa plume, qui privilégie une spiritualité sobre, biblique et orientée vers l’imitation concrète du Christ.
La Dévotion moderne naît dans les années 1370–1380 autour de Geert Groote à Deventer. Ni ordre religieux au sens strict ni simple confrérie, elle rassemble des laïcs et des clercs aspirant à une réforme des mœurs par l’étude, la prière, le travail et la vie fraternelle sans vœux solennels. Après la mort de Groote (1384), ses disciples, notamment Florens Radewijns, structurent des maisons de Frères et Sœurs de la vie commune et favorisent la réforme canoniale. L’accent mis sur l’intériorité, la lecture spirituelle et la correction de soi constitue l’humus d’où sort L’Imitation, qui transpose en maximes et exercices la méthode de cette piété pratique.
La congrégation de Windesheim se forme à la fin des années 1380 autour d’un premier monastère près de Zwolle, fédérant des chanoines réguliers de saint Augustin engagés dans la réforme. Elle se développe rapidement au XVe siècle, articulant observance stricte, liturgie soignée et attention à l’édification personnelle. Le Mont-Sainte-Agnès, où réside Thomas à Kempis, appartient à ce réseau. Dans ses scriptoria, la copie de la Bible, des Pères et de traités de piété alimente la formation des novices. L’Imitation, rédigée en latin en plusieurs livres, épouse ce milieu: chapitres courts, citations scripturaires, exhortations, conçus pour la méditation quotidienne communautaire ou solitaire.
Le contexte ecclésial est marqué par le Grand Schisme d’Occident (1378–1417), puis par l’essor d’un courant conciliariste qui culmine au concile de Constance (1414–1418) et se prolonge à Bâle. Les disputes d’autorité entre papes et conciles, les controverses doctrinales et les conflits politiques troublent la vie religieuse. L’Imitation ne prend pas parti; elle répond autrement, en proposant l’humilité, l’obéissance et la réforme intérieure comme voie sûre dans l’incertitude. Le livre suggère de se tenir à l’écart des querelles et de préférer la conversion des mœurs, écho discret au désir, largement partagé, d’une restauration de la vie chrétienne par le bas.
Les écoles urbaines tenues par les Frères de la vie commune, notamment à Deventer, diffusent une solide culture latine auprès d’un public de clercs et de laïcs. Elles apprennent la lecture, l’écriture, le chant et les rudiments de théologie morale. Thomas à Kempis y fut élève à l’adolescence, découvrant une discipline d’étude alliée à la prière. Cette expansion scolaire, couplée à une alphabétisation relative des élites urbaines, crée un lectorat pour les traités de dévotion. L’Imitation, écrit dans un latin clair et rythmé par l’Écriture, correspond à ces lecteurs: non spécialistes, mais désireux de nourrir la conscience et d’ordonner leur vie spirituelle.
La culture manuscrite de la fin du Moyen Âge repose de plus en plus sur le papier, moins coûteux que le parchemin, ce qui facilite la multiplication de cahiers de piété et de recueils personnels. Les maisons de la Dévotion moderne copient des « miscellanées » où se mêlent Bible, sermons, sentences et traités édifiants. L’Imitation adopte un format portatif, à chapitres brefs, propice à la lectio divina et à la mémorisation. Des centaines de manuscrits circulent au XVe siècle, souvent annotés. Ce mode de diffusion favorise une réception progressive, par fragments, et une appropriation individuelle, conforme aux pratiques de lecture méditative du temps.
La dévotion eucharistique, intensifiée depuis l’institution de la fête de Corpus Christi au XIIIe siècle, connaît au XVe siècle processions, adorations et attention accrue à la communion. Les mouvements réformateurs, dont la Dévotion moderne, encouragent une préparation plus consciente aux sacrements et un examen de soi. Le livre IV de L’Imitation, consacré à l’Eucharistie, se comprend dans ce cadre: il propose des prières et dispositions pour approcher l’autel avec componction. L’accent sur la proximité du Christ au sacrement, sans polémique, traduit l’effort pastoral de recentrer la vie chrétienne sur la réception digne et fréquente de l’Eucharistie.
Dans l’aire rhéno-flamande, la tradition mystique (Maître Eckhart, Tauler, Suso) avait cultivé l’union à Dieu par une doctrine parfois spéculative. La Dévotion moderne, tout en recevant cet héritage, privilégie une voie sobre: imiter, intérioriser l’Évangile, ordonner les affections, dompter l’amour-propre. Parallèlement, les universités, de Paris à Cologne, débattent de questions scolastiques complexes. L’Imitation, en insistant sur la modestie du savoir et le profit de l’expérience intérieure, répond à ce paysage intellectuel: elle valorise la sapientia cordis contre la vaine curiosité, sans condamner la théologie, mais en la subordonnant à la conversion.
Les villes des Pays-Bas connaissent une économie dynamique fondée sur l’artisanat, les draperies, les échanges hanséatiques et la gestion municipale. Cette société urbaine valorise le travail, l’ordre et la responsabilité, tout en exposant à la compétition et à l’ostentation. Les maisons de la vie commune proposent un modèle alternatif: simplicité, partage des biens, travail intellectuel et manuel au service de la charité. L’Imitation en reflète l’esprit: détachement des richesses, discrétion des œuvres, examen du cœur. L’ouvrage offre ainsi une éthique adaptée à des chrétiens insérés dans la cité, soucieux de pallier les dérives d’un monde prospère mais instable.
La Dévotion moderne inclut des communautés féminines, les Sœurs de la vie commune, qui partagent la prière, l’étude et le travail sans vœux solennels, en continuité partielle avec des formes plus anciennes de piété laïque féminine. Des couvents réformés accueillent également des femmes attirées par une vie plus observante. L’Imitation s’inscrit dans ce paysage en fournissant un répertoire de méditations sur l’humilité, la patience et l’obéissance, thèmes centraux de la formation religieuse. La clarté de son latin et sa disponibilité en traductions vernaculaires favorisent son usage dans des milieux féminins, où la lecture spirituelle collective et personnelle se développe.
Sur le plan politique, le XVe siècle voit la consolidation des Pays-Bas bourguignons sous Philippe le Bon puis Charles le Téméraire. Cette construction étatique n’est pas sans tensions, mais elle stabilise des réseaux urbains et marchands où la Dévotion moderne a pris racine. Villes comme Deventer et Zwolle bénéficient d’une relative prospérité, propice à l’essor scolaire et à la production de livres. Les autorités locales, sans toujours intervenir, tolèrent et parfois soutiennent les maisons dévotes qui pacifient les mœurs. L’Imitation reflète ce climat: une piété austère mais compatible avec une vie urbaine ordonnée et une gouvernance en quête de réforme morale.
La mémoire de la peste noire du XIVe siècle, suivie de récurrences au XVe, maintient vive la conscience de la fragilité humaine. Les traités d’ars moriendi et les méditations sur la mort circulent largement. Dans L’Imitation, la vanité du monde, la brièveté de la vie et la préparation au jugement forment un arrière-plan constant, sans catastrophisme. Cette tonalité répond à une sensibilité largement partagée, où l’urgence de bien vivre et bien mourir soutient la discipline quotidienne. L’appel au discernement des pensées et à la vigilance face à soi-même s’insère dans une culture de la mémoire des fins dernières et de la sobriété morale.
L’invention de l’imprimerie à caractères mobiles dans les années 1450 à Mayence transforme la diffusion des livres. Dès les années 1470, des ateliers en Allemagne puis dans les villes des Pays-Bas et en France impriment des textes de piété. L’Imitation, d’abord manuscrite, entre tôt dans le circuit des incunables en latin, puis en langues vernaculaires. L’impression fixe des versions et élargit le public, tout en coexistant avec la copie manuscrite. Dans la sphère de Deventer, connue pour ses imprimeurs et libraires, les réseaux issus des écoles dévotes facilitent une large circulation, faisant de l’ouvrage un compagnon spirituel transrégional.
L’attribution de L’Imitation a été débattue entre le XVe et le XVIIe siècle, beaucoup l’assignant à Jean Gerson, chancelier de l’Université de Paris et acteur majeur du concile de Constance, dont le style moral et pastoral est proche. La tradition manuscrite et des témoignages liés au Mont-Sainte-Agnès ont cependant progressivement établi Thomas à Kempis comme auteur le plus probable. La prudence exige de noter la complexité de la transmission médiévale, mais le consensus scientifique contemporain retient Thomas Hemerken. Ce débat explique en partie la fortune du livre: il répondait aux attentes de réformateurs modérés disséminés dans toute l’Europe latine.
Dès la fin du XVe siècle, L’Imitation connaît un usage souple: manuel de méditation pour moines et chanoines, livre d’édification pour laïcs lettrés, soutien à la formation des novices. Des traductions en néerlandais, allemand, français, puis en d’autres langues européennes, attestent son adoption au-delà des seuls cloîtres. Sa sobriété doctrinale évite les polémiques: on l’emploie dans des contextes variés, des réformes observantes aux maisons de la Dévotion moderne. Certains y voient une tentation de retrait du monde; d’autres, un art de vivre évangélique au cœur de la cité. Sa diffusion massive confirme la plasticité de son propos.
L’œuvre de Thomas à Kempis s’inscrit aussi dans une production plus large: chroniques de communautés, vies de fondateurs de la Dévotion moderne, sermons pour novices. Cette littérature trace un portrait concret de la réforme « par les mœurs »: travail assidu, charité discrète, étude des Écritures, correction fraternelle. L’Imitation condense ces pratiques sous forme de sentences et d’exercices, à la fois miroir et vade-mecum. Le choix d’un latin accessible et l’intégration constante de la Bible en font un instrument d’unification spirituelle dans des milieux pluriels, où clercs et laïcs partagent désormais, au moins partiellement, des routines de lecture et de prière communes.—En gardant le même ton etc? Wait remove editorial. Correction done?
Thomas à Kempis (Thomas Hemerken), chanoine régulier d’origine rhénane, vécut entre la fin du XIVe et le milieu du XVe siècle (vers 1379–1471). Figure majeure de la Devotio moderna, il demeure surtout associé à l’ouvrage spirituel De imitatione Christi, l’un des textes de piété les plus diffusés de la tradition chrétienne. Installé dans les Pays-Bas bourguignons, il développa une spiritualité centrée sur l’intériorité, l’humilité et la pratique quotidienne des vertus plutôt que sur la spéculation. Son œuvre et son activité de copiste ont contribué à fixer, transmettre et populariser un idéal de vie évangélique sobre, rigoureux et accessible aux religieux comme aux laïcs.
Né à Kempen, près du Rhin inférieur, Thomas partit adolescent pour Deventer, où il fréquenta dans les années 1390 l’école latine animée par les Frères de la vie commune. Ce milieu, issu de l’élan réformateur de Geert Groote et de Florens Radewijns, privilégiait l’étude des Écritures, la copie de manuscrits et une piété sobre, attentive à la réforme du cœur. Cette formation façonna de manière décisive sa langue, son goût pour la clarté et son sens de la discipline. Elle l’inséra aussi dans des réseaux dévots et scriptoriaux qui allaient nourrir ses écrits et son service au sein d’une communauté canoniale.
À la fin de sa formation, Thomas rejoignit la communauté des chanoines réguliers du Mont Sainte-Agnès (Agnietenberg), près de Zwolle, rattachée à la congrégation de Windesheim. Il y fit profession au début du XVe siècle et fut ordonné prêtre vers 1413. Sa vie se déroula principalement dans ce monastère, rythmée par l’office, l’étude et le travail de scriptorium. On lui confia à plusieurs reprises la formation des novices, responsabilité en accord avec sa pédagogie spirituelle. Ce cadre régulier, austère mais studieux, fournit le contexte concret de son écriture, centrée sur l’examen de conscience, la direction spirituelle et la méditation des Évangiles.
Thomas fut un copiste appliqué et un compilateur attentif. Il transcrivit de nombreux manuscrits, dont des textes bibliques et patristiques, et composa des recueils destinés à l’édification personnelle et communautaire. Son latin, clair et sans affectation, privilégie les sentences brèves, l’allusion scripturaire et la reprise méditative. Il écrit pour former, non pour briller; la rhétorique y est subordonnée au progrès spirituel. Les usages de la Devotio moderna — lecture assidue, mémoire des textes, écriture comme exercice — marquent sa méthode. La diffusion manuscrite de ses écrits dans les maisons de la congrégation contribua à leur réception bien avant l’essor de l’imprimé.
De imitatione Christi est l’ouvrage le plus célèbre généralement attribué à Thomas à Kempis. Composé de quatre livres, il propose un chemin de conversion intérieure, l’acceptation humble des épreuves, l’amour de la vérité, et, dans le dernier livre, une méditation sur l’Eucharistie. Fruit d’une longue pratique de lecture et de compilation, le texte circula d’abord en manuscrits au sein des réseaux de la Devotio moderna avant de connaître une large diffusion imprimée dès la fin du XVe siècle. Son style direct et sa visée pratique expliquent une réception durable, dans des milieux variés et au-delà des frontières confessionnelles.
Outre l’Imitation, Thomas rédigea des récits et chroniques liés à son milieu. On lui doit notamment la Vita Gerardi Magni (vie de Geert Groote), la Vita Florentii Radewini, la Vitae fratrum (sur les Frères de la vie commune) et le Chronicon Montis Sanctae Agnetis (chronique du Mont Sainte-Agnès). Il composa également des sermons et traités de formation, tels que les Sermones ad novicios. Ces textes, historiques ou parénétiques, documentent la naissance et l’essor de la Devotio moderna et montrent une constante: orienter la vie quotidienne vers l’imitation du Christ, dans l’obéissance, la charité fraternelle et la sobriété.
Thomas passa ses dernières décennies au Mont Sainte-Agnès, où il continua d’enseigner, d’écrire et de copier. Il mourut en 1471 et fut inhumé au monastère. Son héritage se mesure à la persistance de ses textes dans la culture spirituelle européenne: l’Imitation a été traduite en de nombreuses langues et lue par des religieux et des laïcs de traditions diverses. Sa défense d’une piété intérieure, disciplinée et centrée sur l’Écriture a nourri des réformes et des pratiques dévotes bien au-delà de son temps. Aujourd’hui encore, ses écrits demeurent une ressource pour une vie de foi sobre et réfléchie.
On ne connaît point l'auteur de l'Imitation. Les uns l'attribuent à Thomas A-Kempis[1], les autres à l'abbé Gersen: et cette diversité d'opinions a été la source de longues controverses, selon nous assez inutiles. Mais il n'est point d'objet frivole pour la curiosité humaine. On a fait des recherches immenses pour découvrir le nom d'un pauvre solitaire du treizième siècle. Qu'est-il résulté de tant de travaux? Le solitaire est demeuré inconnu, et l'heureuse obscurité où s'écoula sa vie a protégé son humilité contre notre vaine science.
Au reste, si l'on se divise sur l'auteur, tout le monde est d'accord sur l'ouvrage, le plus beau, dit Fontenelle, qui soit parti de la main des hommes, puisque l'Évangile n'en vient pas. Il y a, en effet, quelque chose de céleste dans la simplicité de ce livre prodigieux. On croirait presque qu'un de ces purs esprits qui voient Dieu face à face soit venu nous expliquer sa parole, et nous révéler ses secrets. On est ému profondément à l'aspect de cette douce lumière, qui nourrit l'âme et la fortifie, et l'échauffe sans la troubler. C'est ainsi qu'après avoir entendu Jésus-Christ lui-même, les disciples d'Emmaüs se disaient l'un à l'autre: Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au dedans de nous, lorsqu'il nous parlait dans le chemin, et nous ouvrait les Écritures1?
[1] Luc., XXIV, 32.
On a dit que l'Imitation était le livre des parfaits: elle ne laisse pas néanmoins d'être utile à ceux qui commencent. Nulle part on ne trouvera une plus profonde connaissance de l'homme, de ses contradictions, de ses faiblesses, des plus secrets mouvements de son cœur. Mais l'auteur ne se borne pas à nous montrer nos misères; il en indique le remède, il nous le fait goûter; et c'est un des caractères qui distinguent les écrivains ascétiques des simples moralistes. Ceux-ci ne savent guère que sonder la plaie de notre nature; ils nous effraient de nous-mêmes, et affaiblissent l'espérance de tout ce qu'ils ôtent à l'orgueil. Ceux-là, au contraire, ne nous abaissent que pour nous relever; et, plaçant dans le Ciel notre point d'appui, ils nous apprennent à contempler sans découragement, du sein même de notre impuissance, la perfection infinie où les chrétiens sont appelés.
De là ce calme ravissant, cette paix inexprimable qu'on éprouve en lisant leurs écrits avec une foi docile et un humble amour. Il semble que les bruits de la terre s'éteignent autour de nous. Alors, au milieu d'un grand silence, on n'entend plus qu'une seule voix, qui parle du sauveur Jésus, et nous attire à lui comme par un charme irrésistible. L'âme transportée aspire au moment où se consommera son union avec le céleste Époux. Et l'esprit et l'épouse disent: Venez. Et que celui qui écoute, dise: Venez. Oui, je viens, je me hâte de venir. Ainsi soit-il! Venez, Seigneur Jésus2.
[2] Apoc., XXII, 17 et 20.
Que sont les plaisirs du monde près de ces joies inénarrables de la foi? Comment peut-on sacrifier le seul vrai bonheur à quelques instants d'ivresse, bientôt suivis de longs regrets et d'un amer dégoût? Oh! si vous connaissiez le don de Dieu, si vous saviez quel est celui qui vous appelle3, qui vous presse de vous donner à lui, afin de se donner lui-même à vous, avec quelle ardeur vous répondriez aux invitations de son amour! Venez donc, et goûtez combien le Seigneur est doux4: venez et vivez. Maintenant vous ne vivez pas, car ce n'est pas vivre que d'être séparé de celui qui a dit: Je suis la vérité et la vie5. Mais quand vous l'aurez connu, quand votre cœur fatigué se sera délicieusement reposé sur le sien, il ne vous restera que cette parole: Mon bien-aimé est à moi, et moi à lui6. J'ai trouvé celui qu'aime mon âme: je l'ai saisi, et ne le laisserai point aller7.
[3] Joan., IV, 10.
[4] Ps. XXXIII, 9.
[5] Joan., XIV, 6.
[6] Cant., II, 16.
[7]Ibid., III, 4.
Et vous qui souffrez, vous que le monde afflige, venez aussi, venez à Jésus: il bénira vos larmes, il les essuiera de sa main compatissante. Son âme est toute tendresse et commisération. Il a porté nos infirmités, et connu nos langueurs8: il sait ce que c'est que pleurer.
[8] Is., LIII, 3 et 4.
L'Imitation ne contient pas seulement des réflexions propres à toucher l'âme, elle est encore remplie d'admirables conseils pour toutes les circonstances de la vie. En quelque position qu'on se trouve, on ne la lit jamais sans fruit. M. de La Harpe en est un exemple frappant; écoutons-le parler lui-même.
«J'étais dans ma prison, seul, dans une petite chambre, et profondément triste. Depuis quelques jours j'avais lu les Psaumes, l'Évangile et quelques bons livres. Leur effet avait été rapide, quoique gradué. Déjà j'étais rendu à la foi; je voyais une lumière nouvelle; mais elle m'épouvantait et me consternait, en me montrant un abîme, celui de quarante années d'égarement. Je voyais tout le mal et aucun remède: rien autour de moi qui m'offrît les secours de la religion. D'un autre côté, ma vie était devant mes yeux, telle que je la voyais au flambeau de la vérité céleste; et de l'autre, la mort, la mort que j'attendais tous les jours, telle qu'on la recevait alors. Le prêtre ne paraissait plus sur l'échafaud pour consoler celui qui allait mourir; il n'y montait plus que pour mourir lui-même. Plein de ces désolantes idées, mon cœur était abattu, et s'adressait tout bas à Dieu que je venais de retrouver, et qu'à peine connaissais-je encore. Je lui disais: Que dois-je faire? que vais-je devenir? J'avais sur une table l'Imitation; et l'on m'avait dit que dans cet excellent livre je trouverais souvent la réponse à mes pensées. Je l'ouvre au hasard, et je tombe, en l'ouvrant, sur ces paroles: Me voici, mon fils! je viens à vous parce que vous m'avez invoqué. Je n'en lus pas davantage: l'impression subite que j'éprouvais est au-dessus de toute expression, et il ne m'est pas plus possible de la rendre que de l'oublier. Je tombai la face contre terre, baigné de larmes, étouffé de sanglots, jetant des cris et des paroles entrecoupées. Je sentais mon cœur soulagé et dilaté, mais en même temps comme prêt à se fendre. Assailli d'une foule d'idées et de sentiments, je pleurai assez longtemps, sans qu'il me reste d'ailleurs d'autre souvenir de cette situation, si ce n'est que c'est, sans aucune comparaison, ce que mon cœur a jamais senti de plus violent et de plus délicieux; et que ces mots, Me voici, mon fils! ne cessaient de retentir dans mon âme, et d'en ébranler puissamment toutes les facultés.»
Que de grâces cachées renferme un livre dont un seul passage, aussi court que simple, a pu toucher de la sorte une âme longtemps endurcie par l'orgueil philosophique! Qu'on ne s'y trompe pas cependant: pour produire ces vives et soudaines impressions, et même un effet vraiment salutaire, l'Imitation demande un Cœur préparé. On peut, jusqu'à un certain point, en sentir le charme, on peut l'admirer, sans qu'il résulte de cette stérile admiration aucun changement dans la volonté ni dans la conduite. Rien n'est utile pour le salut que ce qui repose sur l'humilité. Si vous n'êtes pas humble, ou si, au moins, vous ne désirez pas le devenir, la parole de Dieu tombera sur votre âme comme la rosée sur un sable aride. Ne croire que soi et n'aimer que soi est le caractère de l'orgueil. Or, privé de foi et d'amour, de quel bien l'homme est-il capable? À quoi lui peuvent servir les instructions les plus solides, les plus pressantes exhortations? Tout se perd dans le vide de son âme, ou se brise contre sa dureté. Humilions-nous, et la foi et l'amour nous seront donnés: humilions-nous, et le salut sera le prix de la victoire que nous remporterons sur l'orgueil. Quand le Sauveur voulut montrer, pour ainsi dire, aux yeux de ses disciples la voie du Ciel, que fit-il? Jésus appelant un petit enfant, le plaça au milieu d'eux, et dit: En vérité, je vous le dis, si vous ne vous convertissez et ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des Cieux9.
[9] Matth., XVIII, 2 et 3.
P. S. On a cru qu'il serait utile de placer à la fin des chapitres de l'Imitation quelques Réflexions qui en fussent comme le résumé. Elles tiendront lieu des pratiques du P. Gonnelieu. Ces pratiques, qui furent écrites dans un siècle où il y avait encore de la foi dans les cœurs et de la simplicité dans les esprits, semblent être devenues insuffisantes dans des temps malheureux où le raisonnement a tout attaqué et tout corrompu. On s'est néanmoins efforcé d'atteindre, par des moyens différents, le même but que s'était proposé ce pieux écrivain, en fixant l'attention sur les principaux préceptes ou sur les plus importants conseils contenus dans chaque chapitre.
Nous finirons par un mot sur les principales traductions, faites dans notre langue, du livre de l'Imitation.
La plus ancienne de celles qui méritent d'être citées a pour auteur le chancelier de Marillac, et fut publiée en 1621. Cette traduction, qui se rapproche plus qu'aucune autre du texte original, a, dans son vieux langage, beaucoup de grâce et de naïveté: il est remarquable qu'elle n'a été que rarement imitée par les traducteurs qui sont venus après.
En 1662 parut celle de M. Le Maistre de Saci: elle eut un grand succès. Toutefois ce n'est le plus souvent qu'une paraphrase élégante du texte. Le P. Lallemant, qui publia la sienne en 174010, et M. Beauzée, dont la traduction fut imprimée en 1788, évitèrent ce défaut, mais laissèrent encore beaucoup à désirer. Beauzée, correct, quelquefois même élégant, manque de chaleur et d'onction; le P. Lallemant, avec plus de précision que Saci et moins de sécheresse que Beauzée, est loin cependant d'avoir fidèlement rendu le tour animé et plein de sentiment, l'expression souvent si hardie et si pittoresque de l'original. Du reste, l'un et l'autre s'emparèrent, sans scrupule, de tout ce qu'ils jugèrent bien traduit par leurs devanciers.
[10] Il avait alors quatre-vingts ans.
La traduction de Saci a été depuis revue et corrigée par l'abbé de La Hogue, qui l'a fort améliorée, sans avoir cependant rien changé au système de paraphrase adopté par ce traducteur.
Il nous reste à parler de la traduction qui, depuis un siècle, a été le plus souvent réimprimée, et qui, sous le nom du P. Gonnelieu, auteur des pratiques et des prières dont elle est constamment accompagnée, passe pour la plus parfaite de toutes. Habent sua fata libelli; ce singulier jugement que répète, à peu près dans les mêmes termes, chaque nouvel éditeur de cette traduction, l'a rendue, en quelque sorte, l'objet d'un respect religieux, qu'il semble bien hardi de vouloir essayer de détruire. La vérité est cependant que le P. Gonnelieu n'a jamais traduit l'Imitation; que cette traduction, depuis si longtemps honorée d'une si grande faveur, est d'un libraire de Paris, nommé Jean Cusson, qui la fit paraître pour la première fois en 1673; et que, bien qu'elle ait été retouchée et corrigée par J.-B. Cusson, son fils, qui la publia de nouveau en 171211, y joignant alors, pour la première fois, les pratiques du P. Gonnelieu, elle n'est en effet qu'une continuelle et faible copie de celle de Saci, et, à notre avis, la plus médiocre de toutes les traductions que nous venons de citer12.
[11] Ces documents bibliographiques ont été puisés dans une dissertation très-savante et très-bien faite sur soixante traductions françaises de l'Imitation, publiée en 1812 par M. A. A. Barbier, bibliothécaire du Roi.
[12] Tous les traducteurs de l'Imitation n'ont cessé de se copier les uns les autres; et Saci est celui auquel on a le plus fréquemment emprunté. (Voy. la dissertation déjà citée.) Du reste, tel est le désordre qui règne dans les réimpressions continuelles que l'on fait de ce livre, que ces pratiques du P. Gonnelieu se trouvent, dans plusieurs éditions, à la suite des traductions de Beauzée, de Lallemant, etc.; et néanmoins, dans l'avertissement de l'éditeur, c'est toujours «l'excellente traduction du P. Gonnelieu que l'on présente aux lecteurs, cette traduction qui surpasse toutes les autres pour la fidélité et l'onction.»
Quoique M. Genoude, surtout dans les deux premiers livres, les ait quelquefois corrigées heureusement, peut-être laisse-t-il encore quelque chose à désirer. Il nous a paru du moins qu'on pouvait, en conservant ce qu'il y a de bon dans les traductions anciennes13, essayer de reproduire plus fidèlement quelques unes des beautés de l'Imitation. En ce genre de travail, venir le dernier est un avantage: heureux si nous avons su en profiter pour le bien des âmes, et si nous pouvons ainsi avoir quelque petite part dans les fruits abondants que produit tous les jours ce saint livre!
[13] Le P. Lallemant justifie cette manière de traduire l'Imitation par une réflexion pleine de sens: «Il y a, dit-il à la fin de sa préface, dans l'Imitation, un nombre d'expressions si simples, qu'il n'est pas possible de les rendre bien en deux façons. On ne doit donc pas être surpris de trouver en cette traduction plusieurs versets exprimés de la même manière que dans les éditions précédentes. Il ne serait point juste de vouloir obliger un auteur de traduire moins bien un texte, pour s'éloigner de ceux qui ont saisi la seule bonne manière de le traduire.»
1. Celui qui me suit, ne marche point dans les ténèbres, dit le Seigneur14. Ce sont les paroles de Jésus-Christ, par lesquelles il nous exhorte à imiter sa conduite et sa vie, si nous voulons être vraiment éclairés et délivrés de tout aveuglement du cœur.
[14] Joan., VIII, 12.
Que notre principale étude soit donc de méditer la vie de Jésus-Christ[1q].
2. La doctrine de Jésus-Christ surpasse toute doctrine des Saints; et qui posséderait son esprit, y trouverait la manne cachée.
Mais il arrive que plusieurs, à force d'entendre l'Évangile n'en sont que peu touchés, parce qu'ils n'ont point l'esprit de Jésus-Christ.
Voulez-vous comprendre parfaitement et goûter les paroles de Jésus-Christ: appliquez-vous à conformer toute votre vie à la sienne.
3. Que vous sert de raisonner profondément sur la Trinité, si vous n'êtes pas humbles, et que par là vous déplaisiez à la Trinité?
Certes les discours sublimes ne font pas l'homme juste et saint; mais une vie pure rend cher à Dieu.
J'aime mieux sentir la componction[3], que d'en savoir la définition.
Quand vous sauriez toute la Bible et toutes les sentences des philosophes, que vous servirait tout cela, sans la grâce et la charité?
Vanité des vanités[2], et tout n'est que vanité15, hors aimer Dieu, et le servir lui seul.
[15] Eccl., I, 2.
La souveraine sagesse est de tendre au royaume du Ciel par le mépris du monde.
4. Vanité donc, d'amasser des richesses périssables, et d'espérer en elles.
Vanité, d'aspirer aux honneurs, et de s'élever à ce qu'il y a de plus haut.
Vanité, de suivre les désirs de la chair, et de rechercher ce dont il faudra bientôt être rigoureusement puni.
Vanité, de souhaiter une longue vie, et de ne pas se soucier de bien vivre.
Vanité, de ne penser qu'à la vie présente, et de ne pas prévoir ce qui la suivra.
Vanité, de s'attacher à ce qui passe si vite, et de ne se pas hâter vers la joie qui ne finit point.
5. Rappelez-vous souvent cette parole du Sage: L'œil n'est pas rassasié de ce qu'il voit, ni l'oreille remplie de ce qu'elle entend16.
[16] Eccl., I, 8.
Appliquez-vous donc à détacher votre cœur de l'amour des choses visibles, pour le porter tout entier vers les invisibles.
Car ceux qui suivent l'attrait de leurs sens souillent leur âme, et perdent la grâce de Dieu.
Nous n'avons ici-bas qu'un intérêt, celui de notre salut17, et nul ne peut être sauvé qu'en Jésus-Christ et par Jésus-Christ18; la foi en sa parole, l'obéissance à ses commandements, l'imitation de ses vertus, voilà la vie, il n'y en a point d'autre: tout le reste est vanité, et j'ai vu, dit le Sage, que l'homme n'a rien de plus de tous les travaux dont il se consume sous le soleil19: richesses, plaisirs, grandeurs, qu'est-ce que cela, lorsqu'on jette le corps dans la fosse, et que l'âme s'en va dans son éternité? Pensez-y dès aujourd'hui, dès ce moment même, car, demain peut-être, il ne sera plus temps. Travaillez pendant que le jour luit: hâtez-vous d'amasser un trésor qui ne périsse point20: la nuit vient où l'on ne peut rien faire21. De stériles désirs ne vous sauveront pas: ce sont des œuvres que Dieu veut. Or donc, imitez Jésus, si vous voulez vivre éternellement avec Jésus.
[17] Luc., X, 42.
[18] Act., IV, 12.
[19] Eccl., I, 3.
[20] Matth., VI, 20.
[21] Joan., IX, 4.
1. Tout homme désire naturellement de savoir: mais la science sans la crainte de Dieu, que vaut-elle?
Un humble paysan qui sert Dieu, est certainement fort au-dessus du philosophe superbe qui, se négligeant lui-même, considère le cours des astres.
Celui qui se connaît bien, se méprise, et ne se plaît point aux louanges des hommes.
Quand j'aurais toute la science du monde, si je n'ai pas la charité, à quoi cela me servirait-il devant Dieu, qui me jugera sur mes œuvres?
2. Modérez le désir trop vif de savoir; on ne trouvera là qu'une grande dissipation et une grande illusion.
Les savants sont bien aises de paraître et de passer pour habiles.
Il y a beaucoup de choses qu'il importe peu ou qu'il n'importe point à l'âme de connaître; et celui-là est bien insensé qui s'occupe d'autre chose que de ce qui intéresse son salut.
La multitude des paroles ne rassasie point l'âme; mais une vie sainte et une conscience pure donnent le repos du cœur et une grande confiance près de Dieu.
3. Plus et mieux vous savez, plus vous serez sévèrement jugé, si vous n'en vivez pas plus saintement.
Quelque art et quelque science que vous possédiez, n'en tirez donc point de vanité: craignez plutôt à cause des lumières qui vous ont été données.
Si vous croyez beaucoup savoir, et savoir bien, souvenez-vous que c'est peu de chose près de ce que vous ignorez.
Ne vous élevez point en vous-même22: avouez plutôt votre ignorance.
[22] Rom., XI, 20.
Comment pouvez-vous songer à vous préférer à quelqu'un, tandis qu'il y en a tant de plus doctes que vous, et de plus instruits en la loi de Dieu?
Voulez-vous apprendre et savoir quelque chose qui vous serve? Aimez à vivre inconnu et à n'être compté pour rien.
4. La science la plus haute et la plus utile est la connaissance exacte et le mépris de soi-même.
Ne rien s'attribuer et penser favorablement des autres, c'est une grande sagesse et une grande perfection.
Quand vous verriez votre frère commettre ouvertement une faute, même une faute très-grave, ne pensez pas cependant être meilleur que lui: car vous ignorez combien de temps vous persévérerez dans le bien.
Nous sommes tous fragiles; mais croyez que personne n'est plus fragile que vous.
L'orgueil a perdu l'homme, l'humilité le relève et le rétablit en grâce avec Dieu. Son mérite n'est pas dans ce qu'il sait, mais dans ce qu'il fait. La science sans les œuvres ne le justifiera point au tribunal suprême; elle aggravera plutôt son jugement. Ce n'est pas que la science n'ait ses avantages, puisqu'elle vient de Dieu: mais elle cache un grand piége et une grande tentation. Elle enfle, dit l'Apôtre23; elle nourrit la superbe, elle inspire une secrète préférence de soi, préférence criminelle et folle en même temps, car la science la plus étendue n'est qu'un autre genre d'ignorance, et la vraie perfection consiste uniquement dans les dispositions du cœur. N'oublions jamais que nous ne sommes rien, que nous ne possédons en propre que le péché, que la justice veut que nous nous abaissions au-dessous de toutes les créatures, et que, dans le royaume de Jésus-Christ, les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers24.
[23] I Cor., VIII, 1.
[24] Matth., XIX, 30.
1. Heureux celui que la vérité instruit elle-même, non par des figures et des paroles qui passent, mais en se montrant telle qu'elle est.
Notre raison et nos sens voient peu et nous trompent souvent.
À quoi servent ces disputes subtiles sur des choses cachées et obscures, qu'au jugement de Dieu on ne vous reprochera point d'avoir ignorées?
C'est une grande folie de négliger ce qui est utile et nécessaire, pour s'appliquer curieusement à ce qui nuit. Nous avons des yeux, et nous ne voyons point.
2. Que nous importe tout ce qu'on dit sur les genres et sur les espèces?
Celui à qui parle le Verbe éternel est délivré de bien des opinions.
Tout vient de ce Verbe unique: de lui procède toute parole, il en est le principe, et c'est lui qui parle en dedans de nous25.
[25] Joan., VIII, 25.
Sans lui nulle intelligence; sans lui nul jugement n'est droit.
Celui pour qui une seule chose est tout, qui rappelle tout à cette unique chose, et voit tout en elle, ne sera point ébranlé, et son cœur demeurera dans la paix de Dieu.
Ô vérité, qui êtes Dieu, faites que je sois un avec vous dans un amour éternel.
Souvent j'éprouve un grand ennui à force de lire et d'entendre: en vous est tout ce que je désire, tout ce que je veux.
Que tous les docteurs se taisent: que toutes les créatures soient dans le silence devant vous: parlez-moi vous seul.
3. Plus un homme est recueilli en lui-même, et dégagé des choses extérieures, plus son esprit s'étend et s'élève sans aucun travail, parce qu'il reçoit d'en haut la lumière de l'intelligence.
Une âme pure, simple, ferme dans le bien, n'est jamais dissipée au milieu même des plus nombreuses occupations, parce qu'elle fait tout pour honorer Dieu, et que, tranquille en elle-même, elle tâche de ne se rechercher en rien.
Qu'est-ce qui vous fatigue et vous trouble, si ce n'est les affections immortifiées de votre cœur?
4. L'homme bon et vraiment pieux dispose d'abord au dedans de lui tout ce qu'il doit faire au dehors: il ne se laisse point entraîner, dans ses actions, au désir d'une inclination vicieuse: mais il les soumet à la règle d'une droite raison.
Qui a un plus rude combat à soutenir que celui qui travaille à se vaincre?
C'est là ce qui devrait nous occuper uniquement: combattre contre nous-mêmes, devenir chaque jour plus forts contre nous, chaque jour faire quelques progrès dans le bien.
Toute perfection, dans cette vie, est mêlée de quelque imperfection; et nous ne voyons rien qu'à travers une certaine obscurité.
L'humble connaissance de vous-même est une voie plus sûre pour aller à Dieu, que les recherches profondes de la science.
Ce n'est pas qu'il faille blâmer la science, ni la simple connaissance d'aucune chose: car elle est bonne en soi et dans l'ordre de Dieu; seulement on doit préférer toujours une conscience pure et une vie sainte.
Mais parce que plusieurs s'occupent davantage de savoir que de bien vivre, ils s'égarent souvent, et ne retirent que peu ou point de fruit de leur travail.
