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Adolescent, Eliot Green a connu un calvaire lorsqu'il a rencontré Frances...
Comment raconter à sa fille de 15 ans ce qu’on a vécu à son âge dans les règles de l’art ? Comment lui raconter son histoire sans éclater en sanglot ?
À l’époque, j’étais un adolescent pas comme les autres. J’étais tout le temps à l’écart, sans amis. Puis, elle est arrivée. Frances. Un ange tombé du ciel. En fait, je ne sais pas si je dois l’aimer ou la détester. Elle m’a fait énormément souffrir et rien que le fait de repenser à elle me brise. En plus de ça, une autre personne a réussi à me faire vivre un cauchemar lors de mon adolescence.
C’est alors lorsque j’avais 17 ans que ma vie avait pris un autre tournant. C’est à 17 ans que moi, Eliot Green, commençais à m’aventurer pour la première fois vers l’inconnu…
Plongez-vous dans la vie d'Eliot Green dont la vie a pris un nouveau tournant alors qu'il n'avait que 17 ans.
EXTRAIT
Trois semaines sont déjà passées. Le bal d'Halloween approche à grand pas et je n'ai ni de cavalière, ni l’envie d’y aller. Donc comme chaque année, je resterai chez moi à regarder des films d'horreur avec ma petite sœur et mon grand frère qui est de passage à la maison pendant quelques temps. J'ai aussi un petit frère mais il a 2 ans donc je ne pense pas qu’un film d’horreur lui plairait. Lui, il sera au lit.
Avec Frances, on ne s'est pas plus rapproché mis à part le fait que je la ramène pratiquement tous les soirs chez elle.
Au lycée, elle reste avec le trio de pestes, Britney, Alison et April et je vois qu'elle se confie trop et qu'à un moment donné ça va dégénérer.
Et en effet, j’avais vu juste.
On est mardi et lors du déjeuner, Britney se met debout sur une des tables de la cafétéria et comme d'habitude attire l'attention de tout le monde dont moi.
« Mes chers amis ! J'ai un gros scoop à vous annoncer ! Cela concerne notre nouvelle amie Frances ! »
Le visage de la concernée pâlit d'un seul coup. Elle ne sait pas quoi faire et ce qui est en train de lui arriver.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Laure Nadjarianest une marseillaise de 18 ans. Depuis son plus jeune âge, elle développe sa passion pour l’écriture. Le fait de pouvoir transmettre des messages et le fait de pouvoir s’évader dans un monde totalement différent du sien sont ainsi ses motivations principales pour pouvoir écrire.
Et c’est grâce à cela et à une imagination débordante qu’elle a décidé d’écrire sa propre et sa première fiction.
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Seitenzahl: 397
Veröffentlichungsjahr: 2019
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L’Inconnu
Kate part dans sa chambre sans aucunes raisons, sans nous dire quoi que ce soit, les larmes aux yeux. Sa mère la suit puis revient deux minutes après, inquiète, ne sachant pas quoi faire.
— Je crois qu'elle est en plein chagrin d'amour. Tu devrais aller lui parler de ce que tu as vécu, me dit-elle.
— Pourquoi devrais-je aller lui parler de ça ? Elle n'a pas à savoir, du moins pas maintenant. Et puis, ça ne changera pas son état actuel.
Je dis ces mots avec énervement. Je ne supporterais pas de revivre ce que j'ai vécu auparavant. Même en racontant cette horrible expérience.
J’ai tellement eu du mal à m’en remettre, que raconter mon expérience d’adolescent est probablement la dernière chose que j’ai envie de faire.
— Mon cœur, je sais que ça te fait du mal juste le fait d'en parler mais c'est pour lui montrer qu’elle n’est pas seule. Qu’on est là pour la soutenir.
— Alors, va la soutenir. Je ne vois pas pourquoi ça serait moi.
— Eliot, ne sois pas ridicule. Va lui parler. Ça va lui faire du bien. Et à toi aussi. Tu as besoin d’en parler.
Elle me regarde avec insistance et me convainc facilement. Elle a toujours eu ce don de convaincre les gens rien qu’avec son regard. Je ne sais pas comment elle fait mais c’est pour ça que je l’aime.
Je me lève donc de table pour aller voir ma fille de 15 ans qui est en train de traverser un chagrin d’amour. Je suis sur le point de lui raconter ce que j’ai vécu. Je ne suis pas prêt psychologiquement. Mais si ça peut l’aider, je le suis. Je ferai tout pour ma fille.
Bref, durant le « trajet » qui sépare le salon de sa chambre, j’essaie de préparer à ce que je vais lui dire. C’est une histoire assez longue et il ne faut pas que je m’emmêle les pinceaux.
Arrivé devant sa porte, je toque mais je n’ai aucune réponse. Je décide quand même de rentrer. Je mets à peine un pied dans sa chambre que je reçois un coussin dans la tête.
Je croise le regard de Kate et je peux facilement apercevoir ses yeux gonflés par les larmes. Je vais donc m’asseoir sur son lit, à ses côtés et je lui caresse son dos. Elle me regarde confuse par mon comportement envers elle puisque je ne suis pas souvent comme ça, puis elle recommence à pleurer.
— Mon cœur, qu'est-ce qui t'arrive ? (Je lui demande).
— Je déteste les mecs ! Ce sont tous de gros connards ! Me dit-elle en pleurant.
— Chagrin d'amour ?
— Bravo ! Je ne te pensais pas aussi perspicace !
Elle me dit ceci dans un ton tellement arrogant que l'expression de mon visage se durcit. Mais je reste toutefois calme car je peux comprendre ce qu'elle est en train de traverser.
— Raconte-moi. Vide ton sac. Ça te fera du bien.
— C'est Kyle ! Ce gros con m'a laissé tomber comme une merde ! Je pensais qu'on sortait ensemble parce que nos sentiments étaient réciproques mais non. Il sortait avec moi juste pour gagner un de pari de merde ! Mais pourquoi je te raconte ça ? Tu ne peux pas comprendre ! Un mec ne traverse pas de chagrin d'amour.
— Alors là ma petite, détrompe toi ! Ce n'est pas vrai du tout. Il y a certains garçons comme certaines filles qui ne traversent pas ces moments mais c'est rare. Moi par exemple, j'ai vécu un chagrin d'amour et j'ai mis énormément de temps à m'en remettre.
Elle se relève d’un seul coup, calmée et étonnée. Je pense qu'elle ne s'attendait pas à ce que je lui dise ça et elle ne comprend sûrement pas pourquoi je lui en parle. Mais je sens qu'elle veut savoir ce qui m'est arrivé et je ne vais pas lui priver de mon histoire.
25 ans auparavant
Je viens d'avoir 17 ans il y a un peu plus d’un mois, et ma dernière année de lycée est entamée depuis déjà trois semaines. Comme d'habitude, je n'ai pas d'amis. Je reste seul et tout le monde n'arrête pas de m'emmerder. Je suis leur souffre-douleur. Vous allez me dire « bah change d'école, dis le à tes parents, réagis ! » mais je préfère ne pas le dire à mes géniteurs pour ne pas les inquiéter. Et puis si je change d'école, c'est soit en pension soit dans un établissement à une heure de là où j'habite. Je vis à Chicago. Ou plutôt dans la banlieue de Chicago à une heure (si ce n’est pas plus) du centre-ville. Et la seule école dans laquelle mes parents pourraient m’inscrire si je changeais de lycée serait une qui se trouve en centre-ville. Et je n’ai pas envie d’aller là-bas, ni en pension.
Enfin bref, ma vie n'est pas celle que tout le monde voudrait avoir.
Je suis actuellement cours de littérature, une de mes matières préférées. Je m’y intéresse beaucoup. En fait, j’ai toujours aimé la littérature. Depuis que je suis petit, je lis énormément de livres et de toute sorte.
Puis là, en plein milieu du cours, le directeur rentre en classe accompagné de quelqu’un. Accompagné d’une jeune fille. Dès que je pose mon regard sur elle, je deviens hypnotisé. Elle est tellement belle.
« Jeunes gens, monsieur Dawson, commence le directeur, je vous présente Frances Hadway. À partir de maintenant elle va participer aux cours de littérature avec vous tout au long de l’année. J’espère que vous l’accueillerez comme il se doit. Monsieur Dawson, désolé d’avoir interrompu votre cours. Vous pouvez le reprendre maintenant. »
La fameuse Frances va s’asseoir à une table libre au fond de la classe et je ne peux m'empêcher de la suivre du regard. Elle est différente de toutes les filles que j’ai pu fréquenter dans mon passé. Elle dégage quelque-chose. Beaucoup de charme.
Elle m’intrigue tellement que je n’écoute plus le cours.
Monsieur Dawson me sort alors de mes pensées en faisant appel à moi plusieurs fois.
« Mon cher Eliot, pourrais-je savoir à quoi vous pensez pour ne plus s'intéresser à mon cours ? ».
Je le regarde bêtement et ne réponds pas à sa question. J’entends derrière moi quelqu'un m'appeler « couille molle » mais je ne fais pas attention.
Voyant que je ne suis pas prêt à répondre à sa question, monsieur Dawson reprend le cours comme si de rien n'était. Je le remercie silencieusement parce que je ne me sentais pas de faire face à ce prof dur à cuire malgré le fait que je l’apprécie beaucoup.
Quand la cloche sonne, toute la classe sort sans perdre de temps y compris Frances. À croire qu'ils se languissaient de partir.
C'est l'heure du déjeuner et tout le lycée se précipite pour aller manger.
Bon bah moi, comme d'habitude, je vais à la cafétéria sachant d'avance que je vais me faire humilier pour la énième fois.
Et en effet, après m'être servis, quelqu'un me pousse et je tombe à terre avec mon plateau. La sauce de mes pâtes s'est renversée sur mon t-shirt blanc (la poisse) et il est maintenant bon pour la machine à laver.
Je ramasse donc ce que j'ai renversé et pars en direction de mon casier, espérant avoir un rechange. Par chance, j'en ai un. Bon c'est un débardeur de basket parce que oui, je fais partie de l'équipe de basket de l'école en tant que remplaçant. C'est l'entraîneur qui en a décidé ainsi (faut croire que lui aussi ne m’apprécie pas beaucoup), même si j'aimerais jouer sur le terrain. J'ôte alors le haut sale (dans le couloir, je sais, mais il n'y a personne donc j'en profite) pour le remplacer avec le propre.
Quand je ferme mon casier, je me retourne et vois Frances en train de me reluquer. Je suis un peu mal à l'aise mais en réfléchissant bien, je peux comprendre sa réaction. Il faut se rendre à l'évidence, j'ai beau être le souffre-douleur de tout le monde mais ils n'ont jamais nié le fait que j'avais un corps plutôt avantageux.
Bref, malgré cette situation gênante, je prends mon courage à deux mains, et vais lui parler. Vu qu'elle est nouvelle, ça serait une bonne idée de faire connaissance.
« Salut, lui dis-je avec entrain et un grand sourire sur les lèvres, tu es bien Frances c'est ça ? »
Mais bien sûr que c'est elle, on est dans les mêmes cours ! Pourquoi je lui pose cette question débile ?
— Euh… oui et toi tu dois être Eliot ?
— C'est ça.
Bon je ne vais pas vous gâcher qu'on est tous les deux gênés. Pourquoi ? Peut-être parce qu'elle est nouvelle ? Je ne sais pas.
Ne sachant plus quoi dire, elle fait mine de fouiller dans son casier juste en face du mien, pendant que moi, je l'examine physiquement : brune avec quelques mèches rebelles de couleurs variées (bleus, roses, vertes, oranges et jaunes), yeux bleus, maquillée légèrement (pour une fois qu'une fille se maquille comme ça), taille moyenne mais beaucoup plus petite que moi (je fais 1m86 et elle, elle ne doit pas dépasser les 1m65), un style grunge et elle le porte très bien, et un physique fort avantageux.
Pensant qu'elle ne va pas me reparler de sitôt, je décide d'engager une conversation.
— Alors ? Hum... tu viens d'où comme ça ?
— Comment ça « comme ça » ?
Elle me regarde droit dans les yeux durement. Je ne pensais pas qu'elle allait réagir comme ça après que je lui pose cette question qui pour moi est tout à fait normale. Et puis... elle me stresse comme ça ! On dirait qu'elle va me tuer. Si ses yeux étaient des revolvers, je serais déjà mort. Pourquoi a-t-elle mal pris le fameux « comme ça » ? Peut-être qu'elle pense au fait que je l'insulte vis-à-vis de son style ou autre chose mais j'en ai aucune idée. Cependant, si elle pense que je l’injure, ce n'est en aucun cas ce que je voulais lui faire croire. Je souhaite juste savoir d'où elle vient c'est tout. Bon Eliot, rattrape toi, rattrape toi.
« Euh... Je voulais juste savoir d'où tu venais. Je ne pensais pas que ma question allait t'offenser. Je suis désolé. »
L'expression de son visage se radoucit à la seconde où je termine ma phrase. Elle continue à me regarder avec un regard plus doux cette fois-ci. Morale de l'histoire, cette fille est extrêmement susceptible et il faut faire attention à ce qu'on lui dit.
— Je viens de Melbourne en Australie.
— De si loin ? Pourquoi tu es venue à Chicago ?
— Pour le travail de mon père et on avait besoin de s'isoler un peu.
Quand elle mentionne le mot « père », il y a un déchirement dans sa voix. Pourquoi ? Je ne sais pas mais je ne m'attarde pas plus longtemps sur la question car je pense que ça lui fait du mal d'en parler. Donc je reste là, planté comme un débile, mes mains dans les poches de mon pantalon, à la regarder fouiller de nouveau dans son casier pour cette fois-ci, réellement prendre quelque-chose.
Après avoir fermé la porte de ce mini placard, elle me regarde de nouveau puis rougie. Je la vois mal à l'aise mais j'en ignore les causes.
Elle se ressaisit voyant que j'avais remarqué son état.
« Oh ! Hum... désolée pour tout à l'heure. Je ne m'attendais pas à ce que quelqu'un se change dans le couloir et vu que j'étais à mon casier et que toi tu étais en face de moi, je... hum... »
Elle n'arrive pas à terminer sa phrase donc je décide de couper court cette conversation qui nous fait réagir bizarrement.
***
L'après-midi se passe comme d'habitude : insultes bidons, affaires qui tombent exprès par terre, moi trébuchant à cause d'un croche-pied... La routine quoi.
À 15h30, c'est la fin des cours et je suis ravi que la journée se soit passée assez vite. Ma tradition c’est qu’après les cours, je ne rentre pas immédiatement chez moi, je vais m'asseoir au pied d'un arbre, sur l'herbe fraîche et lis (enfin plutôt au printemps/été parce qu'en automne/hiver il fait un peu froid donc j'opte pour la bibliothèque. Là, on est fin été mais il fait assez chaud donc...). En même temps, je regarde les élèves partir par leurs propres moyens. C'est pas très intéressant mais bon ça me plaît.
Quand je vois Frances, je suis assez content, c’est bizarre.
Lorsque je suis sur le point d'aller la voir, une voiture me devance et s'arrête devant elle. C'est James et sa bande de cons constituée de lui bien sûr, Britney, Lucas, Ethan, Carl, Alison et April. Je les déteste. Tout le monde les déteste mais ils sont tellement faibles et faciles à manipuler qu'ils ne leur montrent pas leurs sentiments haineux envers eux. Enfin pas moi. Moi, je leur montre bien ce que je ressens envers eux.
— Alors ma poulette ? On rentre seule ? Dit Carl avec un ton pervers, comme d'habitude.
— Ça te dit de monter avec nous ? Lui propose James.
— Euh... non merci. Je préfère rentrer à pied. Ça me fait faire du sport, réplique Frances.
— Oh ! Aller! Viens ! On ne va pas te bouffer !
Frances refuse de nouveau.
Voyant qu'elle n'est pas prête de céder, James sort de sa voiture et essaye tant bien que mal de l'installer sur la banquette arrière avec les autres. La jeune fille ne bronche pas et se laisse faire (vu l'emprise de James, c'est très dur de faire autrement) jusqu'au moment où il lui pince les fesses. Cela fait réagir Frances et celle-ci plaque sa main sur la joue du garçon. Lui aussi, il la gifle et la pousse dans la voiture mais la jeune fille se débat le plus possible.
Voyant que c'est en train de partir en vrille, j'interviens.
— Hé ! Laisse la tranquille ! (Je crie).
— Ouh ! Couille molle vient en force ! (Me provoque James).
— Laisse-la ! Frappe-moi si tu veux, mais elle, tu ne la touches pas !
Il ne se fait pas prier et me donne un coup dans le ventre, dans l’œil et sur le nez. J'ai certes, très mal mais au moins Frances n'est pas partie avec eux alors qu'elle ne voulait pas. Je regarde la voiture partir et Frances part aussi. Je la poursuis pour voir si elle va bien mais quand elle me voit, elle commence à courir sans savoir où aller. J'arrive à la rattraper facilement et l'arrête net. Elle me regarde et me gifle (comme si ça ne me suffisait pas). Ne comprenant pas son geste, je la questionne du regard.
— Pourquoi tu as fait ça ? J'aurais pu me débrouiller toute seule ! Me crie-t-elle.
— Frances, il te faisait mal !
— Mais de quoi tu te mêles ? Je ne suis pas un enfant ! J'ai l'habitude de ça ! Ça m'arrive souvent !
— Et tu le laisses faire comme ça souvent ?
— Je... tu... je sais ce que je fais je te signale.
Un grand silence s'installe entre nous.
Elle se comporte étrangement. Avec tout le monde. Je l'ai remarqué durant l'après-midi. Elle est distante et donne l'impression qu'elle a peur de quelque-chose. De quoi ? Pourquoi ? C'est des questions dont je ne peux répondre moi-même.
Je lui propose de la ramener chez elle et elle accepte tout en me disant qu’elle ne connaît pas le chemin pour rentrer chez elle.
On entre dans ma petite voiture et elle me donne son adresse.
Le trajet se passe en silence. Seul la musique du CD que j'ai mis ce matin met une sorte d'ambiance pour combler ces moments de silence.
— T’es sérieux ? Me demande Frances. Tu écoute Nirvana ?
— Euh... oui. J’aime bien leurs musiques. Mais si tu veux, tu peux changer, regarde dans ma boîte à gants. Il y a d'autres CDs qui peuvent éventuellement te plaire.
— Non, non ! J'aime bien moi aussi. Mais si ça ne te dérange pas, je vais quand même regarder ce que t’as.
— Vas-y, je t'en prie.
Le silence règne de nouveau et Frances regarde les disques que je possède. En tournant rapidement ma tête vers elle, je l’aperçois qu’elle sourit. Elle est radieuse.
Puis, le téléphone de Frances sonne et elle lâche ce qu'elle a dans les mains pour répondre. Je baisse le son pour ne pas la déranger. D'après ce que je peux entendre, je suppose que c'est son père à l'autre bout du fil. Elle raccroche deux minutes après, remet le son de la mélodie puis ferme les yeux. À la fin de la chanson, plus aucun bruit. Rien. Tout bruit est mort. Seul le bourdonnement du moteur vit encore.
Frances me regarde puis je fais de même pendant une fraction de seconde sachant que je suis en train de conduire.
Je décide de briser le silence.
— Frances, si tu ne connais pas le chemin pour renter chez toi, pourquoi tu voulais rentrer seule à pieds ?
— Il y a deux raisons. La première, c'est que je devais trouver une excuse pour ne pas monter en voiture avec la bande bizarre de tout à l'heure et la deuxième ne te regarde pas.
— Pourquoi ?
— Et toi, pourquoi tu ne te mêlerais pas de ce qui te regarde ?
Elle me dit cela d’un ton agacé. Je me tais donc, mal à l'aise pour la quarantième fois de la journée. Je ne sais plus où me mettre et ça se voit. Voyant mon état, Frances s’excuse, avec une voix plus douce cette fois-ci.
— Hum… désolée. Je suis désolée. Je ne voulais pas te mettre dans cet état. (Elle marque une pause). Quand tu arriveras à l'angle de la rue où j'habite, tu pourras me laisser là ? Mon père ne supporterait pas le fait que je sois avec un inconnu. Pas que tu le sois pour moi mais pour lui tu le serais.
— Tu n’as pas de mère ?
Elle baisse la tête et juste à ce moment-là, nous arrivons à l'angle de la rue où je dois la déposer. J'arrête la voiture et attends une réponse mais rien. Elle ne me dit rien par rapport à sa mère. À la place de parler, elle sort de ma voiture, prenant soin de fermer la portière et me salue d'un geste bref. Je fais de même.
Cette fille est assez étrange mais elle me donne envie de mieux la connaître.
Trois semaines sont déjà passées. Le bal d'Halloween approche à grand pas et je n'ai ni de cavalière, ni l’envie d’y aller. Donc comme chaque année, je resterai chez moi à regarder des films d'horreur avec ma petite sœur et mon grand frère qui est de passage à la maison pendant quelques temps. J'ai aussi un petit frère mais il a 2 ans donc je ne pense pas qu’un film d’horreur lui plairait. Lui, il sera au lit.
Avec Frances, on ne s'est pas plus rapproché mis à part le fait que je la ramène pratiquement tous les soirs chez elle.
Au lycée, elle reste avec le trio de pestes, Britney, Alison et April et je vois qu'elle se confie trop et qu'à un moment donné ça va dégénérer.
Et en effet, j’avais vu juste.
On est mardi et lors du déjeuner, Britney se met debout sur une des tables de la cafétéria et comme d'habitude attire l'attention de tout le monde dont moi.
« Mes chers amis ! J'ai un gros scoop à vous annoncer ! Cela concerne notre nouvelle amie Frances ! »
Le visage de la concernée pâlit d'un seul coup. Elle ne sait pas quoi faire et ce qui est en train de lui arriver.
« Bref, reprit Britney. Saviez-vous que sous ses airs de rebelle, la jeune fille nous cache un secret ? Notre chère Frances, bientôtt 17 ans, est toujours vierge ! »
Les rires résonnent dans la salle. Allez savoir pourquoi. Même moi, je ne comprends pas. Elle est vierge et alors ? Ça leur fait quoi ? Chacun sa vie sexuelle. Mais bon, dans ce lycée, les trois quarts des étudiants ont une obsession bizarre avec la virginité des gens. Bon après, c’est normal qu’à 16-17 ans ça nous travaille mais de là à ce que la virginité des autres les obsède, j’avoue que dans ce cas, ils vont un peu loin.
Frances, pour se défendre, monte sur la table aux côtés de Britney et prend la parole.
« Les gars, dit-elle, moi aussi j’ai une annonce à vous faire. Je ne serai plus vierge dans quelques instants. »
Elle choisit un garçon dans l'assemblée et ce n’est autre que Mike, un gars toujours dans sa bulle. Vu sa tête, il n'a pas l'air de comprendre ce qui se passe mais il ne met pas longtemps à se rendre compte de la situation et commence à sourire perversement.
Frances l’amène dans les toilettes et on ne les revoit plus durant les trente minutes qui suivent.
***
À la fin des cours, j'attends Frances dans ma voiture.
Après vingt minutes de patience, elle rentre enfin dans mon auto et je démarre.
Le début du trajet se déroule en silence. Je vois du coin de l’œil la jeune fille regarder par la fenêtre. À quoi pense-t-elle ? Ou bien pense-t-elle à quelque-chose en particulier ? Oh Eliot ! Arrête de te poser des questions comme ça !
Ayant assez de ce silence, je décide d'engager une conversation.
— Alors ? Tu as couché avec Mike dans les toilettes ?
— Ça ne te regarde pas Eliot. Ferme-la.
Visiblement, elle est énervée. Ça se voit. Ça se voit dans ses yeux quand elle me regarde. Ça s'entend au son de sa voix. Je peux même dire que ça se ressent par rapport à l’atmosphère qu’il y a dans ma voiture.
Elle me demande de façon plus gentille si elle peut fumer et je hoche la tête pour lui dire non en lui mentionnant que je ne fume pas et que je ne veux pas que ma voiture sente la cigarette. Elle m'ordonne alors de m’arrêter dans un parc sans demander mon avis et pour ne pas la contrarier, je l’écoute. Non, je ne suis pas un soumis mais Frances et énervée et quand elle est énervée, si on n’est pas d’accord avec elle, c’est la Troisième Guerre mondiale. C’est le seul truc que j'ai pu apprendre sur elle ces derniers jours en la raccompagnant chez elle.
Dans le parc, elle s'installe sur un banc et je la suis. Elle sort son paquet de cigarettes, en met une entre ses lèvres et l'allume. Elle me regarde par la suite et me tend son mégot mais je refuse. Elle insiste malgré tout et je cède à la tentation et tire une latte. Je m'étouffe et elle rigole. Pour ne pas passer pour quelqu’un de ridicule, j’aspire de nouveau une bouffée et cette fois-ci, ça passe mieux on va dire. En fin de compte, j'aime bien. Ça me rappelle quand mêmes quelques souvenirs lorsque j'avais 14 ans…
Elle me dit alors que je peux garder sa cigarette et en prend une pour elle.
Nous restons assis sur ce banc je ne sais combien de temps à parler, à un peu mieux se connaître. J'apprends qu'elle a des origines australiennes du côté de son père et italiennes du côté de sa mère qui celle-ci est morte quand elle avait juste 9 ans. La vie est mal faite mais bon, on ne peut rien y faire.
On rigole, on papote, tout va bien jusqu'au moment où elle commence à paniquer en regardant l'heure. Il est 19h15.
— Qu’est-ce qui se passe ? (Je lui demande).
— Il faut que tu me ramènes immédiatement chez moi. Il ne faut pas que j'arrive après mon père à la maison vu qu'il travaille. Il est très à cheval sur cette règle, me dit-elle paniquée.
Dans la voiture, j’essaie tant bien que mal de la rassurer vis-à-vis de son père mais ça ne marche pas du tout. Ça la fait encore plus paniquer. Elle se tortille dans tous les sens. Elle regarde derrière nous, sur les côtés, de part tout ! Comme si on était poursuivi. Elle se ronge aussi les ongles.
— Mon père va me tuer ! Rétorque-t-elle.
— Que pourrait-il te faire ? À part te gronder, je ne vois pas ce qu’il ferait.
— Il me gronde certes mais en plus de ça, même si j’ai fait une petite bêtise ou bien que je n’ai pas respecté une de ses règles, je suis privée de tout. Tout Eliot. Même de cours. Limite, il me séquestre dans ma chambre pendant quelques jours pour me punir. Et je déteste quand il fait ça.
Après cette révélation, tout le reste du voyage se passe en silence. Je me pose pleins de questions du coup. Mais pourquoi ? Pourquoi je suis aussi curieux ? Pourquoi je me pose autant de questions ? Ça me fatigue. Ça me rend fou. J'en ai marre ! À chaque fois que je rencontre une personne c'est toujours la même chose : je veux la connaître. Tout connaître d'elle mais quand je n’arrive pas à y parvenir, je commence à cogiter. Et alors, le cas de Frances est probablement le pire de tous. Elle est très renfermée sur elle-mêmeme. Elle parle très peu. Ou plutôt, elle ne parle pas du tout. Pratiquent jamais. Elle reste tout le temps seule. Au lycée, je la vois, elle est toujours dans son coin. Même si elle reste avec les pestes Britney, Alison et April (ce qui m’étonnerait qu’elle reste encore avec elles), elle est à l’écart. Ou plutôt, elle se met à l’écart. On dirait qu’elle a peur. Constamment. Quand elle parle aux gens, elle parait ouverte, extravertie, sociable mais en fait, elle prend énormément ses distances. Et quand il y a un truc qui la contrarie, elle devient la personne la plus renfermée de toutes. Et c’est actuellement ce qui est en train de se passer.
Après cette mini révélation sur le système de punition de son père, j’ai beau essayer de lui parler, de la rassurer, elle ne dit rien. Reste de marbre même si je sais qu’au fond d’elle, elle ressent des sentiments que même moi je n’aimerais pas ressentir.
Nous sommes arrivés devant chez elle en dix minutes, même pas. Sa respiration commence à devenir irrégulière et elle devient encore plus paniquée qu’il y a quelques instants.
« Ne t'attends pas à me voir demain. Il faudrait que le soir, tu passes chez moi me passer les cours que j’aurai raté. À plus. »
Elle part sans demander son reste et je la vois s'engouffrer dans sa maison. Son père est-il si stricte que ça ou était-ce un prétexte pour rentrer chez elle ? Oh Eliot ! Arrête de te poser des questions ! Demain, tu auras peut-être des réponses.
Sur-ce, je pars en direction de chez moi, ne pensant plus à rien et en chantonnant des musiques qui passent à la radio. Je profite de ce petit moment de tranquillité. Il est rare que j’en vive des comme ça. J'ai parfois, même très souvent, l'esprit hyperactif. Je peux faire des nuits blanches à cause de ça. C’est horrible.
Je suis enfin arrivé chez moi. Quand j'ouvre la porte, je trébuche sur un jouet de Michael, mon tout petit frère. En tombant, je ne passe pas inaperçu. Bien au contraire. Je fais tellement de bruit que ma mère arrive en trombe dans l'entrée, le petit dans les bras en train de brailler. Imaginez un peu sa tête : celle d'une mère désespérée à cause de son petit et pétrifiée à cause d’un bruit louche dans l’entrée. Mais quand elle me voit affalé par terre, elle commence à rigoler ce qui illumine son visage.
Je me lève et l’embrasse puis me dirige dans ma chambre pour me reposer un peu. Depuis que Frances est arrivée dans ma vie, je me pose énormément de questions. Il n’y a pas un jour où je ne m’en pose pas. Mais ce soir, je suis bizarrement tranquille contrairement à tout à l’heure, quand elle était dans ma voiture. Mais je ne m'attarde pas là-dessus et me délasse. Que ça fait du bien ! Cette sensation de tranquillité est pratiquement une découverte pour moi.
Mais, comme tout le monde le dit si bien, toutes les bonnes choses ont une fin. Ma sœur de 15 ans, Gabrielle entre dans ma chambre. On passe notre temps à se disputer. Il n’y a pas un jour où il n’y a pas une querelle entre nous. Bon, je l’aime bien quand même, c’est ma sœur. Mais je dois vous avouer qu’elle est très chiante. Surtout que cette année elle est rentrée au lycée. Dans le même que le mien. Je ne vous dis pas à quel point elle se la raconte. En plus, depuis qu’elle n’a plus son appareil dentaire, elle est devenue quelqu’un d’autre. Je ne sais pas comment expliquer. Mais je pense qu’elle a énormément pris de confiance en elle. Alors les garçons la regardent plus qu’au collège. Ce qui lui donne encore plus confiance en elle. Bon après, je ne vais pas vous cacher que c’est quand même une jolie fille : cheveux châtains, grands yeux marrons (c’est la seule de la famille à les avoir de cette couleur, avec mon père), corps avantageux… C’est normal qu’on la regarde mais parfois je trouve que c’est trop. Pour elle surtout parce qu’elle est devenue quelqu’un d’autre. Une personne qui se la joue un peu trop.
— Eliot, tu me passes ton ordinateur ? Me demande-t-elle d’un ton hautain.
— Non Gab’. Sors de ma chambre. (Je lui réponds sur le même ton).
— Oh allé ! J’en ai besoin pour un travail.
— Non je t’ai dit.
— Mais pourquoi ? Tu ne t’en sers même pas.
— Tu as le tiens je te rappelle.
— Et moi je te rappelle que mon ordinateur est en réparation.
Une voix nous interrompt dans notre confrontation. Une voix qui nous est plus que familière. Avec Gabrielle, on se regarde, pensant à la même chose et descendons les escaliers quatre à quatre. C'est bien lui. On n'avait pas rêvé. Notre grand frère Joseph (mais on l’appelle tous Joe), est là devant nous après six mois d'absence à cause de ses études à Boston. Il est revenu parce que dans quelques jours, il fête ses 21 ans et que pendant un certain temps, il n’a pas cours.
Physiquement, on se ressemble énormément. On pourrait nous prendre pour des jumeaux alors que ce n’est pas le cas : cheveux châtains, grands yeux verts foncés et grands. En revanche, niveau caractère, on est loin d’être les mêmes. Lui, c’est plutôt quelqu’un d’arrogant. Le genre de gars qui, à l’adolescence, ne faisait que faire des bêtises, rendait chèvre ses parents. Mais là, depuis qu’il est à l’université, il a quand même un peu changé. Il a toujours un peu gardé son âme d’enfant mais il n’est pas là à enchainer les bêtises (même s’il en fait toujours un peu). Il a gagné en maturité. Mais mine de rien, derrière cette apparence de « Bad boy » arrogant, il reste quelqu’un de très intelligent, avec beaucoup de culture.
Je suis tellement content de le revoir. Six mois que je ne l’avais pas vu quand même.
Je lui fais une accolade puis le serre dans mes bras et remarque que son odeur corporelle est toujours la même : cigarette mélangée à un parfum, je ne sais pas lequel, assez poivré.
— Ce que tu m’as manqué Eliot, me dit-il. Ça fait du bien de te revoir.
— C’est réciproque.
Ma mère nous appelle pour nous avertir que le diner est prêt.
Nous nous installons à table et tout se passe à merveille. Mes parents n’arrêtent pas de poser des questions à Joe à propos de ses études, comment se passe sa vie à Boston. Mais celui-ci répond sans enthousiasme et de façon insolente. Comme à son habitude. Ce qui énerve mes parents. Cependant, ils ne le montrent pas puisque ça fait quand même six mois qu’ils n’ont pas vu leur fils et qu’ils ne veulent pas que ça dégénère.
Parfois, je me demande si Joe fait vraiment exprès d’être comme ça. Peut-être qu’il est vraiment bête et qu’ils ne se rend pas compte de son insolence. Je ne sais pas. Je me pose souvent cette question parce qu’à chaque fois qu’il vient à la maison, il est toujours là à se confronter avec mes parents. Un peu comme Gabrielle et moi en fait. Mais bon, il est comme ça, on ne peut rien y faire. Plus le temps passera et plus il gagnera en maturité et arrêtera enfin de se comporter comme un gamin. Dans tous les cas, c’est mon grand frère et je l’accepte tel qu’il est. Il est cool au fond.
Après une conversation assez tendue, ma mère décide de changer de sujet et de s’adresser à moi.
— Eliot, commence-t-elle, j’ai une bonne nouvelle à t’annoncer.
— Qu’est-ce que c’est ? (Je la questionne).
— Ton ami Robert vient vivre ici. Il est arrivé il y a deux jours chez sa tante et il compte finir sa scolarité dans ton lycée.
— Sérieux ?
— Bien sûr. Sa tante m’a appelé cet après-midi pour me l’annoncer.
Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis content ! Robert Mackenzie, mon meilleur ami est ici. À Chicago, chez sa tante ! Je n’arrive pas à y croire.
Ce gars, c’est vraiment la personne la plus cool qui puisse exister. Bon, il n’a pas une histoire très joyeuse. Il a vécu jusqu’à ses cinq ans dans un orphelinat. Ses géniteurs l’ont abandonné lorsqu’il était tout bébé. Puis une famille avait enfin décidé de l’adopter. Il me semble qu’il m’a dit qu’il était anglais. Ses vrais parents l’étaient je crois. Jusqu’à aujourd’hui, il a toujours vécu à Londres. Sa famille adoptive est une famille qui a les moyens. Une grande famille de deux garçons et deux filles qui ont eux aussi été adoptés. Il a été dans les meilleures écoles de Londres, et a été éduqué comme ses demi-frères et sœurs l’ont été c’est-à-dire de façon parfaite. Le seul bémol est que c’est quelqu’un de très turbulent. Il l’a toujours été. Un peu comme mon frère mais en pire. C’est quelqu’un de très indépendant en fait. Il n’avait pas besoin de toute l’attention que sa famille lui donnait. Pour être honnête, il n’a jamais aimé sa famille adoptive, la trouvant trop matérialiste, superficielle. La seule personne qu’il respectait et respecte toujours c’est sa tante qui vit ici, dans la périphérie de Chicago. D’après ce que ma mère m’a dit, c’est pour ça qu’il est venu vivre avec elle. Et aussi parce que ses parents l’ont en quelque sorte mis à la porte.
Malgré tout, c’est un garçon qui a un bon fond. Ce n’est pas mon meilleur ami pour rien. Cependant, je dois vous avouer qu'il est très impressionnant. Je m’explique.
Je l'ai rencontré quand j'étais en colonie à Paris, j’allais avoir 14 ans et c’était juste avant un moment de ma vie que je ne veux pas revivre. Lui, c’était la star de la colonie. Déjà, à cette époque, il faisait deux têtes de plus que moi. Maintenant on fait pratiquement la même taille. Et puis, c’était le plus vieux des adolescents présents. Il avait 17 ans à cette époque-là. Aujourd’hui il en a 19 et entame, tout comme moi, sa dernière année de lycée (il a redoublé 2 fois).
En plus d’être le plus vieux, il profitait de ce privilège pour nous « dominer » en quelque sorte, pour se la raconter.
Toutes les filles étaient raides dingues de ses yeux bleu océan, de son physique avantageux, son sourire de tombeur. Aucune d’elles ne résistaient à son charme. Ça m’énervait un peu, même si je le trouvais cool, parce que la fille que j’aimais bien ne s’intéressait qu’à lui. Et un jour, Mackenzie (il préfère qu’on l’appelle comme ça) s’en est rendu compte et est venu me parler et m’a aidé à sortir avec elle. Il y est parvenu. Et c’est pendant ce séjour que j’ai perdu ma virginité avec cette fameuse fille. C’est aussi pendant cette colonie que j’ai tissé de réels liens d’amitié avec lui. Depuis, on ne s’est plus lâché.
Ça fait maintenant un peu plus d’un an et demi qu'on ne s'est plus vu. Je voyais un peu sa tante parfois mais lui, il n’est jamais venu ici. Alors je dois vous avouer que je suis impatient de le retrouver demain.
***
Je suis dans mon lit, bien emmitouflé dans ma couverture à penser de nouveau. À me poser des questions. Il est 6h30 je suis sensé me lever dans 30 minutes et je n'ai dormi qu'une heure. Ça m'énerve quand ça m'arrive. Le pire c'est que je pense à Frances. Tout le temps. Pourquoi hante-t-elle mes pensées comme ça ? Ce n’est pas possible. J’en ai marre ! Depuis qu'elle est arrivée, je ne peux m'empêcher de penser qu’à elle.
Pour me rafraîchir les idées, je me dirige dans la salle de bain et prends une longe douche froide et pars m'habiller : sweat-shirt gris simple, une paire de jeans déchirée et des vans noires.
Je vais dans la cuisine pour me préparer un café, puis, entends mon petit frère pleurer. Je vais le voir, ma tasse entre les mains, le calme et se rendort aussitôt. Je le regarde dormir. Ce que j’aimerais être à sa place. Dormir sereinement sans penser à rien. Sans cette sorte d’hyperactivité cérébrale.
Je regarde l'heure et commence à me dépêcher pour partir en cours. Je prends mon sac à dos et pars en direction du lycée à pied. Je pourrais aussi y aller en bus ou en voiture mais j'ai besoin de marcher pour me changer les idées.
Devant le lycée, je vois un mec de dos. Comment ne pas le reconnaître ? Mackenzie ! Je vais le voir et il me sourit à la seconde où il me voit. On se fait une accolade et on parle sans s’arrêter. Je suis tellement content. Je ne vais plus être seul et ça fait vraiment du bien de revoir une tête que l'on n’a pas vu depuis longtemps.
Avec Mackenzie, on remarque qu'on a quelques cours en commun ce qui est cool.
Midi sonne et nous nous installons à la cafétéria tout en parlant encore et encore. Les autres élèves me regardent bizarrement. C’est la première fois depuis des années qu’ils me voient accompagné d’une personne qui ne me traite pas comme eux ils me traitent. C’est la première fois qu’ils me voient avec un ami.
— Mec, me dit Mackenzie, les filles dans ce lycée sont trop canons ! Je ne comprends pas pourquoi tu n’es jamais sorti avec l’une d’elles.
— Et pourtant, c’est le cas, (je rétorque doucement en baissant la tête). Je suis sortie avec une seule fille depuis la dernière fois qu’on s’est vu et elle n’était pas dans ce lycée.
— Mais, il n’y en a pas une qui t’intéresse plus que les autres ?
— Oui peut-être.
— Et elle est où ? Montre la moi.
Je lui explique brièvement qu’elle n’est pas là aujourd’hui et lui raconte le peu de choses que j’ai pu vivre avec elle ces derniers jours. Je lui parle aussi de mes éventuels sentiments, ou je ne sais quoi, envers elle. Après cette tirade, mon meilleur ami ne dit plus rien. La seule chose qu’il fait, c’est de me regarder désespérément.
Et depuis, il ne s’est rien passé ? Me demande-t-il attristé.
— Non. Rien. Elle est trop bizarre comme fille.
— Bizarre ou pas, fonce, me crie-t-il. Tu vas l’inviter au bal d’Halloween quand tu iras lui donner ses cours ce soir.
— Mais…
— Il n’y a pas de « mais », me coupe-t-il. Tu lui proposes un point c’est tout.
Je ne sais pas si je dois vraiment l’écouter. Je connais à peine cette fille. Je ne me sens pas de l’inviter comme ça, à un bal. Mais en même temps, j’aimerais l’inviter. Ça pourrait m’aider à mieux la connaitre qui sait. Oh, je ne sais pas. Je suis perdu dans ma tête. Depuis qu’elle est là, je suis perdu. Un coup je me dis que j’ai le béguin pour elle et un coup, ce n’est pas le cas. Bon après, ce n’est pas parce que je l’invite à un bal que je suis forcément amoureux ou autre. Ça pourrait lui rendre service aussi. Pour son intégration au lycée par exemple. Non c’est bon. Si elle veut vraiment s’intégrer, elle n’a qu’à y aller d’elle-même. Mais en même temps j’ai envie d’y aller avec elle. Ce soir je lui demande. Oui. Je prends mon courage à deux mains et je lui demande. Elle ne va pas me manger après tout.
***
Le soir même, je pars direction la maison de Frances, me préparant à la façon dont je vais lui demander de venir avec moi au bal. « Hey ! Salut ça va ? Ça te dit de venir avec moi au bal d'Halloween ? ». Non. Trop direct. Bon je sais pas. Je verrai sur place.
Arrivé sur le porche de sa maison, je sonne et attends deux bonnes minutes. La porte s'ouvre et fait apparaître un homme, pas loin de la cinquantaine. Il a quelques cheveux blancs et des rides par-ci, par-là. L'expression de son visage est dure et je remarque qu'il a le même regard que Frances. C’est sûrement son père. Pas besoin de chercher longtemps pour le comprendre.
— Bonjour monsieur, (je commence nerveusement). Je suis Eliot Green, un ami de votre fille et je suis venu pour lui donner les cours qu'elle a manqué aujourd'hui.
— Comment tu connais notre adresse ? Me répond-il sèchement.
— Je... hum... Frances me l'a donné.
— Entre je t'en prie. Installe-toi dans le salon. J'appelle Frances.
Je ne sais pas quoi dire à propos du père. Il est bizarre. On dirait qu’il se méfie de tout. Un peu comme Frances en fait. Ce n’est pas son père pour rien.
J'entre dans la maison. Une grande maison lumineuse. C’est très joli. Tout est propre et chaque objet a sa place respective. Dans le salon, il y a un beau et grand piano noir. J’observe aussi la cheminée, avec des cadres photos installés au-dessus. La plupart d'entre elles sont composées d'une femme et d’un homme souriants et heureux, puis entre les deux se trouve une petite fille qui ne doit pas avoir plus que 5-6 ans. Ça doit sûrement être Frances et ses parents. Elle ressemble énormément à sa mère malgré son jeune âge sur la photo. Mais je la compare plutôt par rapport à maintenant. C'est comme si j’avais devant moi la mère de Frances alors que, bien entendu, ce n’est pas le cas.
J'entends des pas derrière moi et devine que c'est Frances. Je me retourne et lui souris en guise de bonjour et elle me le rend.
On s'installe à la table du salon et je lui explique ce qu'elle a manqué.
Une heure plus tard, je termine enfin mes explications et je décide de rentrer chez moi. Frances m'accompagne à la porte d’entrée et on se dit au revoir.
Quand j’ai commencé à marcher à peu près cinq mètres, je m’arrête subitement, ayant oublié de faire quelque-chose. Je retourne voir Frances qui était restée à l’embrasure de sa porte et lui propose nerveusement de venir avec moi au bal d’Halloween. Quand je finis de faire ma proposition, je baisse le regard à cause de mon manque de confiance en moi, jusqu’à ce qu’elle me réponde.
« Oui, pourquoi pas ? D'accord ! Me répond-elle en souriant.»
Une semaine est déjà passée. Aujourd'hui nous sommes vendredi et cet après-midi, nous n’avons pas cours pour que toute l'administration de l'école puisse organiser le bal d'Halloween de ce soir. Je profite donc de cette occasion pour garder mon petit frère, au moins ma mère peut se pomponner un peu. J'avoue ne pas être quelqu'un de très responsable, donc garder un bébé ne fait pas partie de mes points forts, si vous voyez ce que je veux dire. Mais ma génitrice avait vraiment besoin de ce moment de tranquillité.
Je suis sûr qu'en ce moment même elle est quand même en train de s'inquiéter. Pas pour moi ! Pour Michael ! Elle sait très bien que je ne suis pas assez mûr pour m'occuper d'un bébé, mais bon. Ça me fait évoluer et ça ne me fera pas de mal.
Je viens enfin de réussir à endormir mon frère. C'est un exploit ! Je vais donc m'installer sur le canapé du salon, allume la télé sans vraiment y prêter mon attention et décide de fouiller dans mon téléphone pour voir s'il n'y a pas de choses intéressantes à faire dessus. Je vais dans mes contacts et les compte (c'est le seul truc pertinent que j'ai trouvé à faire) quand je vois ce prénom. Ce beau prénom. Frances. Je viens de me rappeler que ce soir je vais au bal avec elle. Je ne pensais pas (au moment où je lui ai demandé de venir avec moi) qu'elle allait accepter mon invitation. Je songeais plus à ce qu'elle me remballe et qu'elle me claque la porte au nez mais non. C'était tout le contraire.
Je ne sais toujours pas comment je vais m'habiller mais ça ne reste qu'un petit détail que j'arrangerai au moment voulu.
Mackenzie nous rejoindra au lycée accompagné de Lucy. Cette jeune fille fait partie des femmes les plus jolies de l'école. Elle a tout pour elle. Et Mack n'a pas pu s'empêcher d'aller la voir et bien sûr, de la draguer. Mais nous savons tous que dès qu'il aura couché avec elle, on le reverra le lendemain avec une autre fille. C'est Mackenzie tout craché.
Bref, je m'ennuie. Et si j'appelais Frances ? Non, ça fait trop pot de colle je trouve. Surtout avant un bal. Mais je m’ennuie trop là ! Bon, je l'appelle. Non, je ne l'appelle pas.
Durant mon fameux dilemme, la porte d'entrée s'ouvre. C'est Joe et je remarque (ou plutôt entends) qu'il n'est pas seul et pour la première fois, je le découvre calme, respectueux tout en parlant à une fille. Mais attendez, cette voix, je la connais. C'est Frances ! Non, ce n’est pas possible. Je dois rêver. Pour en avoir le cœur net, je me dirige vers l'entrée et la vois vraiment. Je n'avais pas tort. C'est bien elle. Frances me regarde un peu confuse et moi aussi. Joe, voyant nos réactions, nous présente à chacun.
— Euh… Frances, commence Joe, je te présente mon petit frère...
— Eliot ?(Elle le coupe étonnée).
— Frances, qu'est-ce que tu fais là ? (Je réponds avec la même intonation).
— Et toi alors ?
— Bah... J'habite ici.
— Attendez, vous vous connaissez ? S’impose Joe confus.
— Oui. On est dans la même classe, lui dis-je. Joe, je peux te parler s'il te plaît ? Frances, va t'installer dans le salon, on va te chercher quelque-chose à boire.
