L'interview - Mickaël Robert - E-Book

L'interview E-Book

Mickael Robert

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Beschreibung

"Priorité au direct. Nous interrompons vos programmes pour ce flash spécial. L'information vient de nous parvenir à l'instant, le célèbre tueur en série qui se fait lui même appeler "le nettoyeur" aurait été identifié et arrêté ce matin..." Après des années de traque, l'arrestation du célèbre tueur en série aurait dû être la fin de cette histoire. Et si finalement ce n'était que le début du cauchemar. David Sarin était devenu le journaliste officiel de l'affaire du nettoyeur. Il s'était dangereusement passionné pour cette histoire au point de mettre le reste de sa vie de côté. L'arrestation du tueur en série allait le libérer de ce poids et il allait enfin pouvoir se reconstruire. De son côté, le nettoyeur annonce qu'il acceptera de révéler tous ses secrets à une condition : il ne parlera qu'à David. Le face-à-face entre les deux hommes risque de changer leurs vies à jamais. Une plongée dans les parts les plus sombres de l'âme humaine dont vous ne ressortirez pas indemne.

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Veröffentlichungsjahr: 2021

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Les divisions de la joie

Sommaire

PROLOGUE

CHAPITRE 1 : LE CHOIX IMPOSÉ

CHAPITRE 2 : LES CARTES POSTALES

CHAPITRE 3 : LE MODE OPÉRATOIRE

CHAPITRE 4 : Jour 1

CHAPITRE 5 : Le face à face

CHAPITRE 6 : Aux origines

CHAPITRE 7 : Le droit à la défense

CHAPITRE 8 : Le son du silence

CHAPITRE 9 : Jour 2

CHAPITRE 10 : La peur

CHAPITRE 11 : Les dangers de la vérité

CHAPITRE 12 : Jour 3

CHAPITRE 13 : La révélation

CHAPITRE 14 : Les réponses

CHAPITRE 15 : Le dernier entretien

CHAPITRE 16 : La force d’une idée

PROLOGUE

“Priorité au direct. Nous interrompons vos programmes pour ce flash spécial. L’information vient de nous parvenir à l’instant, le célèbre tueur en série qui se fait lui-même appeler “le nettoyeur” aurait été identifié et arrêté ce matin. Après treize années de recherches et de terreur, nous pouvons enfin mettre un nom et un visage sur celui qui est sûrement l’un des tueurs en série les plus dangereux de l’histoire de notre pays. Le suspect s’appelle Adam Vidal. Il a, comme on dit communément, le physique de monsieur tout le monde, ce qui lui aurait permis de se noyer dans la masse depuis toutes ces années. Il a pu être interpellé grâce à une jeune femme de 28 ans qui aurait réussi à lui échapper et à prévenir les autorités. Nous n’avons pas plus de détails pour le moment. Je vous rappelle que “le nettoyeur” a revendiqué les meurtres de 24 femmes et de 17 hommes. Nous rejoignons maintenant notre envoyé spécial qui se trouve devant le commissariat de la ville d’Arcours où a été emmené Adam Vidal suspecté d’être “le nettoyeur”.

*

David était bloqué devant son poste de télévision, un verre de vin échoué à ses pieds. Celui-ci lui avait échappé lorsqu’il avait entendu la présentatrice du flash annoncer l’arrestation de celui qui se fait appeler “le nettoyeur”. Il n’en revenait pas. Après treize ans de recherche, ils l’avaient enfin attrapé. David avait suivi cette affaire depuis le début et s’était passionné pour cette enquête, allant même jusqu’à jouer aux enquêteurs lui-même. Mais en tant que journaliste, il n’avait évidemment pas les mêmes pouvoirs que les inspecteurs chargés de l'affaire.

Cela dit, il avait pu leur venir en aide à deux ou trois moments au cours de ces treize années de traque. Un nombre de papiers incalculables sur cette histoire publiés dans le Relais, le journal pour lequel il travaille, trois livres entièrement consacrés à l’affaire et de nombreuses interventions sur les plateaux télé et stations de radio pour parler encore et toujours du “nettoyeur”. David était devenu l’expert de cette affaire pour les médias. Il ne vivait plus que pour cette histoire, lui coûtant probablement son mariage et le coupant de toute vie sociale. Il avait lui-même interrogé les témoins, les proches des victimes, les flics qui acceptaient de lui parler. Il en savait presque autant que les personnes les plus proches de l’enquête.

Alors, lorsque ce flash info est venu interrompre le programme de sa soirée - une bouteille de vin accompagné d’une bonne sélection de vinyles - il le ressentit comme un énorme coup de poing dans l’estomac. Il avait du mal à y croire. C’était fini. Il aurait dû se réjouir et savourer le fait que cette page de sa vie allait pouvoir enfin se tourner, mais quelque chose au fond de lui l’empêchait d’être à la fête. Comme s’il ressentait que, pour lui, ça ne serait en fait que le début d’autre chose. Un nouveau chapitre.

CHAPITRE 1

LE CHOIX IMPOSÉ

- On ne va quand même pas se plier à ses putains de caprices ?

L’inspecteur Levesque de la brigade criminelle avait hurlé cette phrase au visage de son supérieur. Depuis la veille - jour de l’arrestation de Vidal - il n’avait pas dormi et s'était consacré à l'interrogatoire du "nettoyeur" avec son collègue, l'inspecteur Gardin. Les deux hommes avaient malheureusement fait face à un mur. Silencieux et impassible, Vidal s’était contenté de reconnaître être le fameux tueur en série avant de s'enfermer dans le silence le plus complet. À une exception près.

- Ça ne m’enchante pas plus que vous, mais les ordres que je vous donne sont ceux que j’ai reçus. Ils veulent des résultats, et ils les veulent rapidement. Même si ça signifie de devoir céder à ses demandes.

- C’est des conneries, s’emporta un peu plus Levesque. On vient à peine de commencer l'interrogatoire. Depuis quand utilise-t-on ce genre de méthode aussi rapidement ?

- Ce n’est pas un interrogatoire comme les autres et vous le savez très bien. De toute façon, j'ai déjà fait les demandes nécessaires. Ça se fera avec ou sans votre accord.

- Encore faut-il que le type en question accepte votre demande, répondit Gardin. Et ça, c’est pas gagné.

*

Allongé sur le dos entre une couette en vrac et des piles de vêtements, David avait le visage marqué par la fatigue et le regard vide. Il fixait le plafond depuis des heures, sans penser à rien. Il avait totalement oublié, depuis un moment maintenant, la sensation que procure une bonne nuit de sommeil, et avait essayé à de nombreuses reprises de mettre le doigt sur le point de départ de ses nuits d'insomnies. Le résultat de ses recherches était toujours le même. Le départ de sa femme avait été, sans surprise, l’élément déclencheur de ses nuits sans sommeil. ll ne lui en a jamais voulu d’être partie. Il comprenait ses raisons, et pour être honnête, il avait fini par reconnaître qu’à sa place, il serait parti bien avant qu’elle ne le fasse.

Sophie et lui étaient pourtant un couple fusionnel. Un parfait cliché que les scénaristes de comédies romantiques et de films de Noël se plaisent à écrire. Elle s’amusait souvent à décrire leur histoire comme une publicité pour la Saint Valentin. Tout était parfait, et dans la suite logique de tout bon scénario, ils s'apprêtaient à passer à l’étape suivante. Avoir un enfant. Le couple commençait à songer sérieusement à l’éventualité de fonder une famille lorsque l’élément perturbateur a fait son apparition.

Le jour où David s’était vu confier la couverture de l’enquête sur “le nettoyeur" a marqué pour lui et pour son couple le début d’une plongée en enfer. David pouvait être considéré comme une des nombreuses victimes collatérales de Vidal. On se souvient toujours avec exactitude du nom et de l’histoire des tueurs en série. On se souvient un peu du nom des victimes. Mais on oublie en permanence de penser aux familles et aux proches de ces victimes. Aux parents, aux frères, aux sœurs, aux policiers, aux enquêteurs, aux journalistes qui ont dû évoluer dans cette atmosphère, côtoyer l’inimaginable et les parts les plus sombres de l’être humain. Toutes ces personnes qui n’en sont pas sorties indemnes et qui devront continuer à vivre avec cette violence.

Chaque jour David portait le poids de cette affaire et de ses conséquences sur les épaules. Alors lorsqu’il comprit qu’on avait enfin fini par l'arrêter, il fut surpris de ne pas se sentir submergé par la joie ou n’importe quel autre sentiment de libération. Il n’avait rien ressenti. Pas le moindre accomplissement, ni aucun soulagement. David s’était même étonné à se dire “tout ça pour ça”. Toutes ces années à attendre, à s'impliquer, à ne vivre que pour cette histoire et quand enfin, on le trouve, il ne ressent rien. Cette sensation d’inachevé lui collait en permanence au corps. Comme s'il lui restait encore une conclusion à écrire.

La sonnerie de son téléphone le sortit brutalement de ses pensées. Avant même d’avoir décroché, il savait qui l’appelait à cette heure-là. Il jeta un œil sur l’écran de son smartphone et le nom affiché sur l'écran lui prouva qu’il avait vu juste.

- J’arrive. Je suis là dans vingt minutes, avait dit David en décrochant.

- Je t’en laisse dix.

Son interlocuteur avait raccroché aussitôt son ultimatum posé. Maintenant, David avait 10 minutes pour se préparer et se rendre au travail.

*

Une douche express lui permit de finir de se réveiller. Il remit ses vêtements de la veille et remplit son mug Thermos d’un café Latte, enfila son sac en bandoulière et son casque sur la tête avant de sortir de son appartement en courant. Il n'était pas spécialement connu pour sa ponctualité, pourtant son patron fermait les yeux sur ses multiples retards tant que la qualité de son travail restait au niveau. Mais ces dernières semaines, David avait enchaîné les absences et n’avait rendu aucun article. L'ultimatum posé par son patron était donc logique et nécessaire.

Editors à fond dans les oreilles, David courut aussi vite que son corps le lui permettait et visiblement, il n’était pas en si mauvaise forme que cela, puisqu’il arriva à son bureau avec seulement deux minutes de retard. Il jeta son sac sur sa chaise et alla directement vers le bureau de son patron en saluant ses collègues sur son passage. Il prit une grande inspiration et frappa à la porte.

- Entrez, dit une voix grave derrière la porte.

David ouvrit la porte en essayant d’avoir l’air le plus désolé possible. Parce qu’il devait bien se l’avouer, il s’en foutait d’être en retard, d’être absent ou même de savoir ce que pouvait bien en penser son patron. La seule chose qu’il voulait éviter, c'était de perdre son boulot. Il en avait besoin pour payer son loyer et remplir son frigo. Le reste lui importait peu.

- Désolé Gabriel, je n'ai pas entendu mon réveil.

- Seulement deux minutes de retard sur l’horaire que je t’ai fixé. J’avoue que je m’attendais à pire. Assieds-toi.

David fut surpris du ton calme et léger de son patron. Gabriel Evra était connu pour son autorité naturelle. Il n’avait pas besoin de hurler ou de menacer pour se faire respecter. Toutefois, il accordait rarement de seconde chance. Il disait souvent que les erreurs doivent être constructives. “Faites une erreur et apprenez d’elle. Mais ne refaites jamais deux fois la même.” C’était la phrase qu’il répétait à chaque nouvel employé, et David avait eu droit à de multiples chances. Il s’attendait donc à un autre type d'accueil en entrant dans le bureau de Gabriel ce matin.

- Comment tu vas David ?

- Ça va merci.

- Non pas à moi s'il te plait. J’ose espérer que nous sommes assez proches pour éviter ce genre de réponses à la con. C’est pas le patron qui te pose la question, c’est l’ami.

David hésita quelques secondes avant de répondre.

- Je ne sais pas. Ça fait des mois que je dors peu ou pas du tout. Je pensais pouvoir retrouver une vie normale lorsque toute cette histoire serait finie, mais je ne crois pas que je puisse y arriver un jour.

- On pensait tous que tu arriverais à sortir la tête de l’eau une fois qu’on en aurait fini avec cette affaire. Mais c’est peut-être encore trop frais. Laisse-toi le temps d’encaisser la nouvelle. Je... je te demande pardon.

- Pourquoi ? demanda David surprit.

- C’est moi qui t’ai collé cette affaire dans les pattes. Si je ne te l'avais pas donné, si je n’avais pas insisté pour en faire une priorité pour le journal, tu n’en serais pas là. J’ai fait passer le boulot avant un ami.

- Tu as fait ton boulot. Et j'ai fait le mien, sauf que je n’ai pas réussi à le faire correctement.

- Tu as fait un boulot vraiment formidable sur cette affaire. On a jamais fait d’aussi belles ventes, ni d’aussi bons papiers. Sans compter le fait que tes livres ont cartonné.

- Mais regarde le résultat.

Regarde-moi aujourd’hui. Je n’ai pas réussi à rester détaché, je me suis trop impliqué. Et l’annonce de son arrestation n’a rien changé à ça.

- C’est ce que je vois. C’est pour ça que je dois encore une fois m’excuser, mais par avance cette fois.

- C'est-à-dire ? demanda David qui commençait à voir les problèmes arrivés.

- J’ai eu la brigade criminelle au téléphone ce matin. Les inspecteurs Levesque et Gardin s'occupent des interrogatoires de Vidal, mais il refuse de parler. Ils n’avancent à rien.

- D'accord, mais je ne vois pas ce qu’on vient faire là-dedans.

- Vidal leur a dit qu’il ne parlerait qu’à une seule condition.

- Laquelle ? demanda David tout en sachant qu’il n’aimerait pas la réponse.

- Je suis sincèrement désolé David. Je dois te demander de retourner dans la fosse aux lions. Mais cette fois, je suis avec toi si tu décides de dire non.

- Comment ça ? C’est quoi cette putain de condition ? s'impatienta David.