L'intrus du golf - HHA - E-Book

L'intrus du golf E-Book

HHA

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Beschreibung

L'auteur a choisi la Catalogne, une région qu'il affectionne tout particulièrement, comme décor de ses romans.

Après avoir poursuivi et arrêté une bande de sordides proxénètes trafiquants d'armes et de drogues, le commissaire Galindo et son équipe de limiers sont entraînés dans une folle aventure où se déchaînent les passions humaines.
Quête ésotérique, ambition personnelle, désir de richesse se mêlent sur un fond de terrorisme indépendantiste qui n'est pas sans rappeler des événements brûlants d'actualité...

Après Fatralitas !, HHA revient avec un nouveau thriller au cœur de la grande criminalité !

EXTRAIT

– Monsieur, je suis l’inspecteur principal Jimenez, je crois que c’est vous qui avez découvert le corps, vos papiers, je vous prie, et racontez-moi ce qui est arrivé.
– Commissaire Galindo, dit-il en montrant sa carte. Il était midi et demi passé de quelques minutes. J’avais un fer sept à la main et je tentais d’atteindre le green, quand un grand plouf m’a fait sursauter. Cet homme, dit-il en montrant le cadavre, venait de tomber du ciel. À l’aide de mon club, je l’ai sorti de l’eau et étendu sur le gazon. N’ayant pas votre numéro de téléphone, j’ai appelé mon directeur qui vous a avisé. Depuis, je monte la garde devant ce cadavre qui n’a pas de papier sur lui ni d’argent d’ailleurs. Voilà les faits. Le bébé est à vous, moi je suis en vacances et le hasard a voulu que ça tombe sur moi. Je voulais dire, sans jeu de mots, presque sur moi. Maintenant, si vous n’avez plus besoin de mes services, je vais aller me changer au clubhouse. Je passerai demain à vos bureaux pour signer ma déposition.

À PROPOS DE L'AUTEUR

L'auteur qui se cache derrière les initiales HHA est un touche à tout et curieux de tout qui vit à Genève. Il a été tour à tour ingénieur conseil, directeur d'exportation d'articles de haute fidélité espagnols, organisateur de salons, éditeur de magazines hauts de gamme.
Ses hobbys vont de la plongée sous-marine au pilotage d'avions de tourisme, en passant par le golf et le karaté. Il est aussi grand amateur de voyages, de lectures et de musique. Depuis peu, il s'est lancé dans l'écriture de thrillers. L'Intrus du golf est le deuxième de la série.

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Seitenzahl: 310

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Cette histoire, sans doute influencée par des rencontres qui m’ont marqué et l’actualité internationale, est le fruit de mon imagination, toute ressemblance entre les personnages de cette histoire et des personnes vivantes ou ayant existé ne pourrait être que fortuite.

Si vous avez l'impression d'être trop petit pour pouvoir changer quelque chose, essayez donc de dormir avec un moustique et vous verrez lequel des deux empêche l'autre de dormir.

Le Dalaï-Lama

À mon épouse Little Jane et nos deux fils, Patrick et Karel. Ils me pardonneront, j’espère, de m’être permis d’utiliser quelques-uns de nos souvenirs communs.

Prologue

Mais qu’est-ce qui lui avait pris de suivre les conseils de la belle Conchita Fernandez ? Galindo avait fait sa connaissance à l’occasion d’une affaire pénible dans laquelle une de ses amies était impliquée. Il l’avait revue plusieurs fois et elle avait réussi à le convaincre de prendre des leçons de golf. « Fucking Golf » est une expression qu’il avait entendue plusieurs fois ces derniers mois et avec laquelle il était entièrement d’accord. Au practice, où son professeur, prononcez « pro », tentait de lui faire réussir un swing correct, il avait vu autour de lui des personnes de tous âges et toutes corpulences envoyer des balles à bien plus de cent mètres avec une aisance qui le dégoûtait. Lui, en pleine forme, « jeune, grand, fort et beau » comme il aimait à dire en plaisantant, n’arrivait à envoyer les balles qu’à quelques dizaines de mètres, quand il les touchait. Après quelques mois, les choses s’étaient un peu améliorées. Aujourd’hui, Conchita l’avait prié de faire un parcours avec elle au Club de Mas Nou. Le golf à la « Mordillo » dessiné par l’architecte Ramon Espinosa de Platja d’Aro, la célèbre station balnéaire de la Costa Brava. Après la partie, ils feraient un peu de shopping dans la station puis passeraient la nuit à l’hôtel Aiguablava, situé à une vingtaine de kilomètres du golf.

– Mon mari est à l’étranger pour quelques jours, lui avait dit la belle d’un air malicieux.

– Alors, d’accord, je suis ton homme, avait-il répondu avec un sourire de sous entendu lourd.

– Bien, mon cher Commissaire, je passe te prendre demain vers huit heures, ça va ?

– Non, on prendra ma voiture, c’est moi qui passe te prendre, à la même heure. On ne sait jamais, la mienne n’est pas connue, la tienne peut-être.

Comme il était encore de bonne heure, la partie avait bien débuté, avec une température idéale. Conchita, golfeuse chevronnée, l’écrasait avec une facilité qui le désolait, mais comme il faisait beau et que sa vie ne dépendait pas de son score, les petites égratignures faites à son amour propre seraient vite oubliées le soir au lit avec la belle. Ils arrivèrent au trou numéro quinze, un par quatre avec un dog-leg à droite au deuxième coup, pour atteindre le green, légèrement surélevé. La balle de Galindo, très à gauche était à côté d’un obstacle d’eau. Il se plaça pour un coup qui, il espérait, allait lui permettre de rattraper son retard. Au moment où il allait frapper la balle, un grand plouf le fit sursauter. Quelque chose de lourd venait de tomber dans l’eau. Son coup était raté, bien évidemment. Furieux, il se retourna, prêt à frapper l’inculte iconoclaste qui s’était permis cette audace. Le cri d’horreur de Conchita lui fit regarder l’eau où quelque chose de clair remontait lentement à la surface. Une chemise puis une tête émergèrent lentement. Enfin le corps entier d’un homme se mit à flotter en tournant un peu sur lui-même.

– Puta Ciega ! D’où il sort celui-là ?

Puis il réalisa que l’homme était tombé du ciel. Il se servit de son club, qu’il n’avait pas lâché, pour tirer le corps vers le bord, puis il le hissa sur l’herbe. Il s’agissait d’un homme âgé d’une cinquantaine d’années, bien mis de sa personne. Vêtu d’un costume de lin blanc, chemise beige. Légèrement ventru, une petite bedaine débordait de la ceinture qui était peut-être trop serrée. Il fouilla les poches mais ne trouva ni papiers ni argent sur le cadavre. Ses collègues allaient se régaler pour l’identifier. Une marque sur le nez indiquait qu’il portait des lunettes. Comme il n’était pas bronzé, c’était certainement dû à des lunettes optiques, Une moustache à la Groucho Marx cachait les légères traces d’un bec-de-lièvre bien opéré. Au cou, il portait une fine chaîne en or et un pendentif de même métal frappé d’un drôle de symbole. Ses mains étaient délicates, fines et manucurées. Il pensa que ce n’était pas un ouvrier. Derrière l’oreille gauche, il remarqua un petit tatouage, comme une sorte de fleur, qui ressemblait à l’étrange motif du pendentif. Galindo prit plusieurs photos du cadavre et du tatouage avec son portable. Puis il téléphona à son directeur, surnommé l’Élégant, pour l’informer de cet amérissage forcé d’un inconnu.

– Bonjour mon cher Commissaire, je vois que vous vous êtes mis sérieusement au golf et que vous profitez de vos vacances. Ce cadavre, vous le laisserez à vos collègues de Gerona, c’est leur circonscription. Je les informe et dès qu’ils seront sur place vous pourrez terminer votre partie. Transmettez, je vous prie, mes amitiés à la charmante directrice du golf.

– Conchita, je pense qu’il vaut mieux que tu rejoignes le clubhouse, car cette affaire mystérieuse va attirer la presse. Les journaux et la télévision en seront bientôt remplis. Alors, bonjour la discrétion et l’anonymat ! Appelle un taxi et fais-toi conduire à Platja d’Aro. Mets ton sac de clubs dans le coffre de ma voiture. Voici les clés. Tu les laisseras au-dessus du pneu de la roue avant gauche. Fais ton shopping, je te téléphone dès que j’en aurai terminé ici.

Conchita partit avec la voiturette électrique. Galindo se plaça devant le corps tombé du ciel. Il fit reculer les quatre joueurs de la partie suivante qui s’approchaient du corps étendu, piqués par la curiosité.

– Police ! fit Galindo, exhibant sa carte de police. Reculez, il faut sécuriser la zone, les secours vont arriver.

Les joueurs obéirent, mais déjà les suivants se rapprochaient. La rumeur se répandit telle une brume matinale et rapidement il y eut foule autour de lui.

Chapitre 1

Un premier couple de la police fut sur les lieux au bout d’une demi-heure. La cavalerie de Gerona n’arriva qu’une heure plus tard.

Le chef de cette équipe fit reculer les curieux de plusieurs mètres puis s’adressa à Galindo :

– Monsieur, je suis l’inspecteur principal Jimenez, je crois que c’est vous qui avez découvert le corps, vos papiers, je vous prie, et racontez-moi ce qui est arrivé.

– Commissaire Galindo, dit-il en montrant sa carte. Il était midi et demi passé de quelques minutes. J’avais un fer sept à la main et je tentais d’atteindre le green, quand un grand plouf m’a fait sursauter. Cet homme, dit-il en montrant le cadavre, venait de tomber du ciel. À l’aide de mon club, je l’ai sorti de l’eau et étendu sur le gazon. N’ayant pas votre numéro de téléphone, j’ai appelé mon directeur qui vous a avisé. Depuis, je monte la garde devant ce cadavre qui n’a pas de papier sur lui ni d’argent d’ailleurs. Voilà les faits. Le bébé est à vous, moi je suis en vacances et le hasard a voulu que ça tombe sur moi. Je voulais dire, sans jeu de mots, presque sur moi. Maintenant, si vous n’avez plus besoin de mes services, je vais aller me changer au clubhouse. Je passerai demain à vos bureaux pour signer ma déposition.

– Bien, commissaire, je vous attendrai demain matin à mon bureau, voici ma carte. Je vous remercie d’avoir monté la garde.

– Je n’ai hélas pas réussi à empêcher les curieux de prendre des photos avec leurs téléphones, mais j’avais étendu ma serviette sur son visage, ce qui devrait éviter que la presse ne vous devance.

Galindo chargea son sac sur son dos, se fit indiquer le chemin le plus court pour rejoindre le clubhouse et s’en alla d’un bon pas. Après avoir pris une douche et s’être changé, il trouva les clés de sa voiture à l’endroit convenu. Il téléphona à Conchita, qui répondit d’une cabine d’essayage après plusieurs sonneries.

Ils se retrouvèrent sur la rue commerçante devant le magasin Stradivarius. Elle l’attendait au bord du trottoir, deux énormes sacs logotés aux noms des magasins de cuir qui ont contribué à la renommée de Platja de Aro. Après les avoir déposés à l’arrière, elle prit place dans la voiture, l’embrassa fougueusement et lui dit :

– Allons-y, mais raconte-moi !

Galindo lui fit un résumé et lui dit que c’était la police de Gerona qui s’en occupait. Il lui faudrait passer au poste pour signer sa déclaration, comme simple témoin.

Étonnamment, il y avait peu de trafic. Ils arrivèrent à l’hôtel en un peu plus d’une demi-heure. La suite qui leur avait été attribuée était en fait un appartement au rez-de-chaussée d’une petite maison attenante à l’hôtel. Après une sieste coquine, ils s’endormirent quelques heures. Galindo avait réglé l’alarme de son téléphone sur dix-neuf heures, ce qui devait leur laisser le temps de se préparer. Il avait réservé une table chez Massana, restaurant étoilé de Gerona.

Le repas fut une merveille. Le patron, qui connaissait bien le commissaire, leur conseilla le « menu dégustation ». L’amour ouvre l’appétit, c’est bien connu. Ils firent honneur aux préparations du Grand Chef. Le menu préparé par Pere Massana, était exceptionnel. Qu’on en juge.

D’abord la mise en bouche :

Chocolat glacé au panaché et aux filaments de citron confit – coque, émulsion de persil et rocher de tomate – pain de fougasse soufflé et jambon ibérique – anchois, fraise au poivre de la Jamaïque – baghrir à la crevette, poireau et un voile de lard gras – beignet liquide au « calçot » cendre et sauce romesco. Servis avec une coupe de Cava Raventòs i Blanc, Gran Reserva de la Finca 2007 – D.O. Cava

Puis le festival commença :

Yaourt au foie gras, gelée au café et croustillants de toffee.

P.X. Lustau San Emilio-Jerez.

Sphère de morue nacrée, glace pilée à l’eau de tomate et huile d’olive vierge. Pedralonga 2010 – Bodegas Pedralonga – Ries Baixes.

Couteau, crème de chou-fleur, pamplemousse thaï et citron vert.

V3 Viejas Verdejos 2009 – D.O. Ruedaiñas

Riz crémeux aux morilles, au museau de bœuf et au gras-double

Chanson – Côtes de Nuits Village 2008 – Bourgogne.

Loup, rôti de petits légumes, calamar et olives noires

E. Guigal – Crozes-Hermitage Blanc 2009 – AOC Crozes-Hermitage

Porc ibérique laqué, ses fritons soufflés et salade de citron au sel

Cran Claustre 2005 – Cellers Castell de Perelada – D.O. Empordà.

Et comme dessert :

Fausse pomme, sa soupe transparente et glace à la pomme et au laurier et beignet liquide au chocolat, accompagnés de Garnatxa Anubis Ambre 1996 – D.O. Emporda, suivis de deux cafés avec petit four.

Heureusement, les rations étaient petites, mais tout de même ! C’est le ventre plein et d’un pas légèrement chancelant que, bras dessus, bras dessous, ils retournèrent à la voiture qu’ils avaient laissée dans le parking souterrain situé à quelques centaines de mètres. Grâce au GPS, ils retournèrent sans encombre à Aigua Blava. À l’hôtel, ils prirent une douche en même temps. Ils économisèrent certes de l’eau mais perdirent du temps à se savonner l’un l’autre avec délice.

Le lendemain matin, Galindo passa au commissariat pour faire sa déposition. Et ils repartirent vers Barcelone. Galindo déposa la belle devant chez elle.

– Merci pour cette escapade mouvementée, Toro. La prochaine fois, on finira la partie. Cette fois, on a fait match nul sur abandon.

Chapitre 2

Officiellement en vacances, mais tenaillé par la curiosité, Galindo passa à son bureau. Pas grand monde ce matin, se dit-il. Il alla voir Amanda et lui raconta ce qui était arrivé sur le golf. Amanda, qui connaissait son chef et qui avait remarqué les petites valises sous ses yeux, s’abstint de lui demander avec qui se jouait la partie.

Il lui demanda si elle pouvait tirer quelque chose des photos du cadavre prises avec son téléphone.

– La tête du type est peut-être connue et ce tatouage qui reprend le motif de son pendentif m’intrigue. Regarde ce que tu peux trouver. Sectes, mafias, organisations diverses, etc. Le gars est tombé du ciel vers midi et demi, renseigne-toi discrètement auprès de l’aéroport de Gerona et du petit aéroclub de l’Emporda pour savoir s’il y a eu des vols privés à ce moment-là. Si ça ne donne rien, regarde auprès de Gerona info, des vols ont peut-être transité en provenance de la France. Peut-être que Perpignan/contrôle aura quelque chose à te raconter. Comme je suis en vacances, je vais me promener. Appelle-moi si tu as quelque chose. Bonne fin de journée.

Galindo sirotait un campari-orange sur la terrasse de Sandor, qui était devenu son bar de prédilection. Les belles femmes étaient nombreuses à se promener sur cette superbe place d’où on montait vers les rues « chics » de la ville. Les regarder était un plaisir sans cesse renouvelé. Son téléphone, qu’il avait réglé sur silence, vibra dans sa poche. C’était Amanda,

– Oui Amanda, déjà ?

– Que ne ferais-je pour satisfaire mon chef afin qu’il passe de bonnes vacances… Le bonhomme est inconnu au bâtiment « Espagne ». Je peux essayer Europol ?

– Oui, mais avec une grande discrétion, car les collègues de Gerona peuvent avoir la même idée et là, le clash pourrait avoir des répercussions très désagréables.

– Pas de problème, j’ai une copine là-bas. Je lui recommanderai le silence. Elle sera muette comme une carpe. Pour ce qui est du tatouage et du pendentif, il s’agit d’une rune celtique qui peut signifier « or ». Je n’ai rien trouvé d’autre. Désolée.

– Pas de soucis Amanda, on verra si avec Europol on a plus de chance.

Le lendemain, Galindo dégustait le petit-déjeuner qu’il s’était préparé : deux citrons, sans eau et sans sucre – son « rince cochon » comme il disait –, café, toasts, jambon et deux œufs sur le plat. La sonnerie de son téléphone interrompit sa lecture du journal La Vanguarda.

– Oui Amanda.

– J’ai une réponse d’Europol. D’après la photo, il semblerait qu’il s’agisse d’un certain Jarmo Alasalmi, de nationalité finlandaise, originaire d’Helsinki, né le 29 février 1968. Il a fait des études d’ingénieur, spécialisé en géologie. Il aurait annoncé un livre sur l’Europe et l’or. Ce livre n’est paru nulle part. Alasalmi a disparu il y a un mois et un avis de recherche circule en Allemagne, où il a été aperçu pour la dernière fois à Munich. Il était sorti de l’hôtel pour sa promenade du soir, puis… mystère.

– Merci ma belle.

Chapitre 3

– Espèce de crétins, vous étiez deux, vous ne pouviez pas le surveiller ? Et pourquoi n’était-il pas attaché ?

– On ne pouvait pas prévoir que ce salaud allait sauter. Il faut être complètement givré pour faire ça.

– Givré ou pas, ce Finlandais de mes deux est mort, et avec lui ses secrets.

Bruno Cardif était furieux. Jarmo Alasalmi avait été capturé après avoir été traqué pendant plus d’un mois par la puissante organisation dont il était le chef. Et maintenant il leur échappait définitivement. Certes, sauter de l’hélicoptère, était un geste totalement imprévisible. Et comment avait-il fait ? La portière de la cabine ne s’ouvre que du côté du pilote et contre le sens du vol. BC, on l’appelait par ses initiales, pressentait du louche, quelque chose n’était pas clair. Il fallait en avoir le cœur net.

– Raconte-moi encore une fois en détail ce qui s’est passé. Et j’ai dit, en détail !

L’homme en face de lui suait à grosses gouttes, la chaleur dans la petite pièce aux fenêtres fermées était étouffante.

– Vas-y, raconte.

– Avec Claude, on est arrivés à la clairière près de Tarbes, on était en avance. On attendait assis à l’ombre à quelques mètres de l’hélico qu’on avait, selon les instructions, recouvert du tissu de camouflage et on fumait une cigarette, quand une voiture s’est approchée. On a pensé que c’était l’équipe qui amenait le Finlandais. En effet c’était lui. Il était habillé en blanc, le costume était froissé. Il n’était pas attaché. Ceux qui l’ont amené sont remontés dans la voiture et repartis illico après m’avoir donné un sac avec les effets personnels du bonhomme. Le voici. On a dégagé l’hélicoptère et on est montés à bord. Je me suis assis sur le siège de droite, à la place du copilote et Jakob Satulas, c’est le nom qui figurait sur ses papiers, à l’arrière. Claude, qui est le pilote, s’est mis aux commandes et on est partis vers le sud, ça, je le sais, parce que les montagnes étaient devant nous.

– Alors, explique-moi comment le passager, assis à l’arrière, a pu ouvrir la porte côté pilote ? La vitesse du vol devait repousser celle-ci. Il a fallu une sacrée force pour réussir ce coup-là. Qu’est-ce que tu me caches ? Maintenant, je veux la vérité ou je te l’arrache de force et là, je te garantis que tu me répondras correctement. Pour la dernière fois, raconte ! Et dis-moi aussi ce que vous faisiez au bord de la mer, ce n’était pas sur votre route.

L’homme n’en menait pas large, il tremblait de peur et bégaya :

– On ne pensait pas que ça finirait mal. Le Finlandais nous a dit que, puisqu’il allait mourir, il avait droit à un dernier souhait. Il a demandé à voir la mer une dernière fois et de pouvoir piloter. J’ai dit à Claude qu’il ne fallait pas accepter. Mais ce con a commencé à parler de fraternité de pilotes et des choses comme ça. Il a pris la direction de la mer. En bas on apercevait une petite ville tout en longueur au bord de la mer. Le pilote a dit qu’il devait faire un écart vers les terres, car un vol d’avion publicitaire longeait les plages de Platja d’Aro. Puis il a signalé qu’on avait dépassé Palamós. Il a mis l’hélico en vol stationnaire et il allait refiler les commandes au Finlandais qui se faufilait le long de la paroi, quand tout à coup celui-ci a ouvert la portière et a sauté dans le vide. On n’a rien pu faire. Claude a remis les gaz et on est repartis. On a atterri à la ferme près de la Seu d’Urgell comme prévu.

Abasourdi par tant de bêtise, Cardif saisit une statuette posée sur son bureau et en ficha un tel coup à l’imbécile en face de lui qu’il lui arracha le sommet du crâne et l’œil gauche.

– Miguel, appela-t-il, débarrasse-moi de ce con et liquide Claude également. Et nettoie-moi ça, dit-il en montrant la statuette et le sang qui avait giclé sur le bureau. Ouvre aussi les fenêtres, cet imbécile a chié dans son froc, ça pue.

Miguel était l’homme à tout faire de BC, garde du corps, chauffeur et jardinier entre autres.

– Bien patron. Les roses seront belles cette année, ajouta-t-il en traînant le cadavre ensanglanté vers la cour.

– Et n’oublie pas qu’il faut donner l’impression que son hélicoptère s’est crasché. Abîme le rotor ou une pale.

Resté seul, BC se mit à réfléchir. Jarmo Alasalmi était mort, on allait retrouver son cadavre et alors, on se poserait des questions. Il devait faire porter le chapeau à Claude et à l’autre con. Les dénoncer pour avoir utilisé l’hélicoptère à des fins criminelles. Il décrocha son téléphone et composa un numéro qu’il connaissait par cœur.

– Bonjour mon cher, la charge de procureur n’est pas trop lourde à porter ? Comment va votre charmante famille ? Vous mariez votre fille dans quelques semaines à ce qu’on m’a dit. Félicitations, je vous envie, c’est un grand jour pour un père.

Son interlocuteur dut sentir comme des menaces dans l’intonation de BC, car il ne répondit pas.

– J’aimerais vous signaler un regrettable incident. Comme vous le savez, j’utilise les services d’un pilote, propriétaire d’un hélicoptère, pour répandre des engrais sur mes plantations. Or, nous avons retrouvé l’hélicoptère endommagé dans la cour d’une de mes fermes à la Seu d’Urgell. La portière est arrachée et pas de trace du pilote et du copilote. Pouvez-vous vous en occuper ? Et qu’est-ce que je fais de l’hélicoptère ? Pour l’instant, j’ai demandé à mon personnel de ne pas y toucher.

– Bien, je vous remercie. Mes hommages à votre charmante épouse.

Bon, une chose de réglée. À présent, il fallait mettre la main sur le manuscrit du livre que Jarmo Alasalmi voulait éditer, ainsi que les documents qu’il avait réunis. C’était une autre paire de manches. Il semblait que ce Finlandais de malheur faisait partie d’un groupe, c’est par là qu’il fallait attaquer le problème.

Chapitre 4

Il restait encore un jour de vacances à Galindo. À midi, il irait chercher Conchita, dont le mari rentrait au bercail le lendemain. Ils passeraient un bon moment à Sitges. Il avait réservé une suite au Melia. Dans ce grand hôtel ils n’attireraient pas l’attention.

Comme il lui restait quelques heures avant son rendez-vous, il décida de rendre visite à sa tante Llesenia Real-Mascara. La vieille dame était un puits de science, historienne et juge de paix à ses heures. Galindo voulait lui parler du tatouage qui l’intriguait et qui remontait sans cesse au premier plan de sa mémoire telle une rengaine à la mode que l’on se surprend à siffloter ou à chantonner à tout bout de champ.

– Eviano Galindo ! Je ne peux pas le croire, ça fait bien longtemps que tu n’es pas passé me voir. Je pensais, jeune ingrat, que tu m’avais oubliée.

C’est elle qui au décès de sa sœur s’était tout naturellement occupée de son neveu. Elle était la seule qui pouvait l’appeler par son prénom, qu’il exécrait.

– Entre, fais-toi une place où tu peux.

Galindo n’avait jamais compris cette passion de sa tante pour les livres. Il y en avait partout. Contre les murs, les rayons pliaient sous le poids de cette culture imprimée. Des piles étaient formées à même le sol. Il débarrassa un fauteuil des ouvrages qui l’encombraient et s’assit. Llesenia le regarda avec tendresse.

– Tu prendras bien une tasse de thé avec quelques biscuits, j’ai un paquet de ceux que tu adores.

Elle secoua une petite clochette et une ravissante jeune fille entra.

– Priscilla, je te présente mon neveu, le commissaire Galindo, dont je t’ai beaucoup parlé. Eviano, Priscilla est ma demoiselle de compagnie, secrétaire, confidente, et elle est devenue une amie. Elle achève sa thèse sur un aspect peu connu des civilisations amérindiennes. Tu peux nous préparer du thé ? Et amène aussi le paquet de biscuits qui est dans le buffet de la cuisine. Et si tu veux être bien vue de lui, tu oublies son prénom, il ne l’aime pas, appelle-le « Toro ». Toro, raconte-moi ce qui t’amène !

Galindo résuma avec précision ce qui lui était arrivé, omettant de parler de Conchita et du tatouage, puis il montra les photos qu’il avait prises et qu’Amanda avait eu le réflexe d’imprimer.

– Ça alors, Jarmo Alasalmi, l’homme de la ruée vers l’or dans les Pyrénées.

– Je n’y crois pas ! Tu connais cet homme ? Mais comment est-ce possible ?

– C’est pourtant simple, tu connais ma passion pour l’histoire. Quand ce Jarmo Alasalmi a tenu sa conférence à Toulouse, je m’y suis rendue. C’était en mars 2002. Et comme tu le sais, j’oublie rarement un visage. Pour la médaille, il y a plusieurs explications. Donne-moi le quatrième livre au dernier rayon à gauche, le rouge.

Priscilla, revint avec un plateau avec une théière en argent et trois tasses. Un paquet de biscuits calé sous son aisselle. La jeune fille fit le service et alla s’asseoir à côté de la vieille dame, qui lui répéta ce que Galindo venait de lui confier.

– Tiens ma chérie, lis-nous le deuxième paragraphe de la première page du chapitre V.

«… Les hommes étaient réunis en cercle autour de la statue de Ra et psalmodiaient inlassablement le nom de Ra. Juste à côté de la statue de la divinité, un prêtre vêtu d’une longue robe blanche, les yeux fous, invectivait les adorateurs. Après un long moment, il fit jurer aux présents obéissance, fidélité et le secret absolu sur la raison d’être du Cercle Divin. »

Après quelques instants, la tante reprit la parole :

– Ils avaient, paraît-il, un motif, comme ton pendentif, tatoué derrière l’oreille gauche, probablement parce que c’est le côté du cœur ou, si tu préfères, de la vie. Et je me souviens bien, ça m’avait frappé, Jarmo Alasalmi avait ce tatouage derrière l’oreille. Peut-être en hommage à l’or qui est, pardon qui était, la passion obsessionnelle de sa vie.

Galindo sursauta. Il n’avait pas parlé de ce tatouage. Et voilà que sa chère Llesenia lui annonçait tout de go où ce tatouage était placé.

– Est-ce que l’on sait si ces illuminés obsédés existent encore de façon organisée, genre société secrète ?

– Aucune idée mon chéri, mais je vais me renseigner auprès de mes confrères historiens.

– Je veux bien, mais sois très prudente et parles-en mine de rien. N’oublie pas que ce Finlandais a été assassiné et que ses assassins sont en liberté. S’il t’arrivait quelque chose, je ne me le pardonnerais jamais.

– Je serai très prudente. D’ailleurs je vais attendre que les journaux parlent de cet homme tombé du ciel. Comme j’étais à sa conférence, ça justifiera ma curiosité. Qu’en penses-tu ?

– C’est parfait, ton thé est toujours aussi bon, d’où vient-il cette fois ?

– C’est un mélange que me prépare ma boutique préférée, Planeta Te, à la carrer de Asturias. Dans la composition du mélange entre une qualité rare de thé blanc qui vient du Sri Lanka.

Regardant sa tante, ridée comme une pomme, les cheveux abondants, qui du gris étaient passés au blanc, il se demandait quel âge elle pouvait avoir à présent ? Soixante-quatorze ou soixante-quinze ans ? Puis, son regard se posa sur Priscilla. C’est vrai qu’elle était jolie cette petite, avec ses grands yeux noirs en amande, son visage un peu triangulaire qui lui donnait un air de Secotine, la journaliste de la bande dessinée de Spirou et Fantasio. Il fallait qu’il lui demande si elle roulait à scooter. Regardant sa montre, il vida sa tasse et dit :

– Hélas, je dois y aller, j’ai un rendez-vous de l’autre côté de la ville.

– J’espère qu’elle est belle et gentille, lui répondit malicieusement Llesenia, je te connais, vieux brigand. Allez, file, je t’appelle dès que j’ai du nouveau.

Chapitre 5

Galindo, assis face à l’Élégant, était passé pour lui donner le bonjour. Comme ses vacances l’avaient tenu éloigné une dizaine de jours, cette visite de politesse et d’allégeance s’imposait.

– Bonjour mon cher commissaire, vous avez bonne mine, visiblement les vacances vous ont fait du bien. Même si vous en avez profité pour dénicher une affaire.

– Je suis toute ouïe, Monsieur le directeur.

– Je vous avais fait part de mon appartenance à un « Cercle » international de hauts fonctionnaires, rattachés à la justice. Je vous avais dit également que le siège de ce « Cercle » était à Genève, à l’ONU. Figurez-vous que son secrétaire général, Gaëtan de La Harpe, vient de m’appeler pour me faire part d’une de ses préoccupations.

– Mais encore ?

– Une organisation internationale active sur les cinq continents est en train d’acheter de l’or à tout va, influant sur les cours. Comme les marchés des actions se sont plutôt bien comportés ces derniers temps, ces opérations sont passées pratiquement inaperçues. C’est la trop bonne tenue du cours de l’or qui a mis la puce à l’oreille des surveillants ou si vous préférez, des « observateurs » des marchés. C’est remonté au secrétariat du « Comité ». Mon ami se demandait si nous pouvions fouiner un peu, pour tâcher d’en savoir un peu plus. Comme la situation est relativement calme, j’ai pensé que vous pourriez faire quelques démarches pour identifier les acheteurs et qui se cache derrière eux. Un autre problème vient se greffer là-dessus : des accidents bizarres et à répétition bloquent les mines d’or dans de nombreux pays, paralysant du même coup la production. Si vous êtes d’accord, vous partirez pour Genève où vous serez attendu.

– J’accepte avec grand plaisir Monsieur le Directeur. Quand dois-je partir ?

– Demain matin, voici votre billet. Vous avez une chambre réservée à l’Auberge de Villette pour une nuit. Monsieur Gaëtan de La Harpe vous téléphonera pour fixer un rendez-vous. Pas de questions, je vous prie, je ne sais rien de plus pour l’instant. Allez mon garçon, et ne me décevez pas !

Agacé par les manières autoritaires de l’Élégant qui avait cette fâcheuse habitude de lire en lui et d’anticiper ses décisions, Galindo allait protester qu’il avait des affaires urgentes à suivre. N’importe quel prétexte ferait l’affaire pour repousser son départ d’un jour, juste pour le contrarier. À la mine du Directeur, il préféra baster. Il se leva et prit congé.

Après un vol sans histoire, Galindo, qui n’avait qu’une petite valise, qu’il avait gardée en bagage à main, s’était tout de suite dirigé vers la station de taxis. L’Auberge de Villette, un petit hôtel quatre étoiles à l’opposé de la ville de Genève, était située au centre d’un petit village proche de la frontière française. La course en taxi dura plus d’une demi-heure. Habitué aux tarifs espagnols, Galindo fut horrifié par la demande du chauffeur. Le montant dans son pays aurait permis de louer une voiture plusieurs jours, avec kilométrage illimité. Mais on était en Suisse.

– Bonjour Monsieur Galindo, oui, nous avons une suite réservée pour vous, pour une nuit. Elle est prise en charge par Monsieur de La Harpe. Par contre, je me permets de vous demander votre passeport ou une carte d’identité ainsi qu’une carte de crédit pour en prendre l’empreinte.

C’est une jeune fille sympathique, vêtue d’un tailleur gris souris très strict qui l’avait reçu. Elle portait les lunettes au bout d’un petit nez pour voir ce qu’elle écrivait sur l’ordinateur ouvert devant elle et baissait un peu la tête pour le regarder par-dessus les verres.

– Vous avez la suite 4, signez là, je vous prie. Elle fit signe au concierge, qui rejoignit Galindo.

– Si vous voulez bien me suivre Monsieur. Votre bagage est déjà dans la suite.

Celle-ci était belle, agréablement meublée. Une terrasse donnait sur le Salève, la montagne mythique des Genevois. Actuellement enlaidie par une monstrueuse carrière où on enlevait des tranches de montagne comme s’il s’agissait de la chair d’une carcasse de bœuf.

Il était installé dans sa chambre depuis à peine une dizaine de minutes quand le téléphone sonna. C’était le dénommé de La Harpe, qui, averti de son arrivée par la réception, lui annonça, après les échanges de phrases conventionnelles sur la qualité du voyage, de la chambre etc., qu’il serait à l’hôtel à dix-neuf heures. Galindo, appela le service d’étage pour se faire apporter une assiette de charcuterie avec un verre de vin rouge. Quelques minutes plus tard, un employé lui apporta l’encas commandé, qu’il alla déguster sur la terrasse. Légèrement assoupi, il sursauta quand la sonnette de sa chambre retentit. Il alla ouvrir. Une superbe femme de chambre se présenta en annonçant d’une voix mélodieuse :

– Room service ! Puis-je vous préparer la chambre ?

– Oui, bien sûr, allez-y, je vous en prie.

La jeune femme alla regarder la salle de bains, qui n’avait pas été utilisée, passa dans la chambre à coucher. Elle enleva le couvre-lit et replia le coin du drap. Ce faisant, penchée sur le lit, elle offrit à Galindo la superbe vision d’un minuscule string blanc qui contrastait agréablement avec son bronzage et sa jupe noire. La vue ne laissait pas beaucoup de place à l’imagination. Galindo hésita quelques secondes, profitant du spectacle, puis s’approchant de la belle, lui dit :

– Très joli ! Gardez-le bien propre petite, c’est un capital.

En sortant, il ne vit pas le charmant petit sourire de la femme de chambre.

Il fit rapidement le tour du village et, par déformation professionnelle, il agrandit le cercle de sa promenade pour mémoriser les moyens de s’échapper. Peu avant dix-neuf heures, il fut de retour à l’hôtel et préférant éviter des visites et des visions tentatrices, s’assit à la terrasse. Un homme grand et sec comme trique, entièrement vêtu de noir s'approcha. Il avait le visage allongé, presque deux fois plus long que large. Les cheveux blancs et une barbe pointue, blanche également, lui donnaient un air religieux. Un ecclésiastique, pensa Galindo, tant l’homme avait une allure austère et un peu maniérée. Ou alors un extraterrestre tiré des rencontres du Dr Spock, au cours des épisodes de Star Trek ! L’homme entra dans l’Auberge. Quelques minutes plus tard, il en ressortait et se dirigeait vers lui.

– Commissaire Galindo, je présume, fit l’inconnu en inclinant le haut du corps d’une façon un peu germanique. Permettez-moi de me présenter : Gaëtan de La Harpe. Je suis en partie responsable de votre présence à Genève. Que pensez-vous de ce charmant petit village, alors que nous ne sommes qu’à deux kilomètres de la ville ?

– J’aime beaucoup et l’Auberge est agréable, mais votre tentation était un peu téléphonée, quoique ravissante.

– Qu’est-ce qui vous a mis la puce à l’oreille ?

– Je pense que ce n’est pas du tout le genre de la maison, qui, avec ses quelques chambres, ne dispose certainement pas de réceptionniste, ni de concierge et surtout pas de jeune et belle femme de ménage, et qui plus est en tenue style grande maison.

– Bien vu mon cher. En effet, ce n’est pas le genre de la maison. J’ai demandé au propriétaire de pouvoir monter une farce à un invité. Me connaissant, il a accepté. Il ne connaissait pas le scénario complet. Vous dites que c’était un peu gros, peut-être, mais nous avons piégé deux candidats cette année de cette façon. La jeune femme de chambre est Delcine, ma secrétaire. Une de ses amies a joué la réceptionniste et le père de celle-ci le concierge. Laissez-moi vous présenter officiellement Delcine que vous avez déjà eu l’occasion de rencontrer.

– Je ne l’aurais peut-être pas reconnue, ne l’ayant entr’aperçue que de dos.

Delcine, rougit et allait répliquer vertement. Mais son patron la calma et lui assura que le commissaire ne pensait pas à mal.

– Delcine Berenguer est originaire d’une grande famille, très puissante, établie depuis sept ou huit générations au sud du Brésil. Son père, l’actuel patron des activités du groupe est le fils aîné du patriarche, qui est une relation de longue date. Il est difficile de définir avec précision les composants du cocktail de races qui a composé cette ravissante et efficace jeune fille. Mais je ne vous ai pas fait venir pour vous parler de ma secrétaire, les raisons sont nettement plus terre à terre. Nous en parlerons pendant le dîner. Je me suis permis de réserver une table au Mirtillo. C’est un excellent restaurant situé non loin d’ici et, c’est, d’après moi, l’un des meilleurs restaurants italiens de Genève.

Une fois à table, le patron s’approcha et leur remit la carte. Il ajouta qu’en plus de la carte, il y avait ce jour… et il énuméra une longue liste d’entrées et de plats inspirés par les produits frais du marché. Parmi les suggestions du jour, de La Harpe conseilla à Galindo les moeche, petits crabes frits, qui en période de mue, perdent leur carapace. On mange tout, c’est un délice que l’on trouve rarement. Lui-même choisit le tartare de sériole. Comme plat principal, ils décidèrent de partager un loup au gros sel. La commande passée, de La Harpe prit la parole.

– Je crois que votre directeur vous a expliqué dans les grandes lignes un souci que nous avons avec le marché de l’or. Nous assistons partout à des achats massifs. L’or, comme vous le savez, est l’un des refuges quand les marchés boursiers paniquent.

De la Harpe marqua une pause pour boire une grande gorgée d’eau minérale, puis il reprit :

– Comme la situation internationale n’est pas des meilleures actuellement, que les titres des grandes banques s’effondrent et que les bénéfices trimestriels de telle ou telle grosse société sont moindres que ceux qui étaient attendus, le cours de l’or évolue naturellement vers le haut et ses fluctuations passent pratiquement inaperçues.

Il s’interrompit car on leur apportait les amuse-bouches. De la Harpe dégusta le vin, un excellent Villa Antinori 2013. Il fit signe au garçon que le breuvage était à sa convenance et qu’il pouvait le servir. Delcine refusa, elle ne buvait que de l’eau. Oui mais gazeuse, précisa-t-elle. De La Harpe reprit :

– Vous avez fait de l’excellent travail, l’an passé avec cette ONG active dans la prostitution, le trafic d’armes et le blanchiment d’argent. Mais avant d’aller plus loin, j’aimerais vous parler d’un de mes amis qui collabore avec le « Comité » depuis de nombreuses années, non pas en tant que membre comme votre directeur, vous l’appelez l’Élégant, mais en tant qu’agent de terrain. Vous le connaissez et vous l’avez revu par hasard dernièrement. Il se fait vieux et pense qu’il est temps pour lui de passer la main… Il nous a proposé votre candidature. Il vous a chaudement recommandé et n’attend que votre acceptation et mon feu vert pour vous mettre complètement dans le bain et accélérer votre formation.

Il s’interrompit un instant puis reprit:

– Ne vous êtes-vous jamais posé la question de savoir qui avait mis votre direction au courant des avancées dans l’affaire de prostitution et qui avait aidé Claudia Sanz et Hubert Arnoux à s’en sortir vivants ? C’est Jorge qui effectuait son travail d’agent de terrain. [Voir Fatralitas !, Éditions RomPol 2017]

– Oui, mais je me suis heurté à un « no comment » de la part de l’Élégant, qui m’a avoué qu’il ne connaissait pas votre informateur. Le couple, Claudia et Hubert, est resté muet comme une porte de prison.

– Il est vrai que l’Élégant, comme vous l’appelez, n’en savait rien. Nous sommes les seuls, ici à Genève, à connaître nos agents.

Après un instant il revint à sa proposition.