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"L'Esprit est un dragon à deux têtes. L'une dirige l'autre, mais on ne sait jamais de laquelle il s'agit." Dévasté par un tragique destin qu'il juge insurmontable, le jeune Vincent décide de percer les mystères de la vie en quête de paix intérieure. Il invoque alors sa bonne étoile, espérant qu'elle le guide sur le chemin de la sagesse. C'est alors qu'une étrange fée apparaît et l'emmène à la rencontre des Mages, héritiers des quatre Vedas, détenteur de connaissances précieuses. Mais le prix à payer pour leurs révélations est élevé ! Au terme de son voyage initiatique, une découverte inattendue l'attend. Et tout au long de ses périples, l'Orange, symbole d'un bonheur proche, la suivra comme un précieux talisman.
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Seitenzahl: 158
Veröffentlichungsjahr: 2025
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À Toi, et tes 17 ans,
“Peut-être aimeras-tu quelques passages… Peut-être souriras-tu à quelques mots… Mais ce dont je suis sûr, c’est que certains paragraphes te paraîtront longs, et que d’autres te sembleront même ennuyeux et redondants.
Ce n’est pas le but, bien sûr, mais j’ai pensé, à juste titre ou non, qu’ils étaient nécessaires.
Tu décideras, alors, d’arrêter la lecture, du moins pendant un certain temps, ou bien, tu persévéreras et trouveras, peut-être ainsi, un engouement à la réflexion.
J ’aspire à ce que tu sois récompensé(e) par ta persévérance et que le fond de ces histoires soit réellement utile à ta conquête du bonheur, celle que nous espérons tous.”
dGé
“L’Esprit est un dragon à deux têtes. L’une dirige l’autre, mais on ne sait jamais de laquelle il s’agit.”
“À la flamme secrète qui veille en toi.”
Chapitre I
Vincent
Chapitre II
Le Drame
Chapitre III
L’Exil
Chapitre IV
Le Chabin,
Rig Veda
Chapitre V
Bebel,
Sam Veda
Chapitre VI
Butterfly,
Atharva Veda
Chapitre VII
Le Vénérable,
Yajur Veda
Chapitre VIII
L’Éveil
Épilogue
Vincent
Les yeux fortement clos, je ressentais tout mon corps engourdi, comme paralysé et en souffrance.
Chaque partie de mon être m’envoyait un appel à l’aide, tel un cri silencieux, vibrant dans mes veines et résonnant jusqu'au plus profond de mon âme.
Pendant que mon esprit tentait de trouver une échappatoire à cette détresse, un silence total et pesant se faisait entendre.
Étais-je devenu sourd ou étais-je tout simplement en train de vivre un songe, une réalité flottante, un étrange état où les sens se troublent, rendant incertaine la frontière entre le sommeil et l'éveil ?
Je crois que je rêvais tout en sachant que j’étais en train de rêver.
Ça m’est déjà arrivé ; que deux rares fois certes, mais je me rappelle que j’étais merveilleusement bien.
Lorsque mon improbable première épreuve arriva, je me retrouvai alors plongé dans une réalité à la fois lointaine et familière.
La frontière entre le réel et l'imaginaire était floue, et pourtant, rien ne pouvait altérer ma certitude que tout cela était bien un rêve.
Tout était permis dans ce monde enchanté. Je m'envolais au-dessus des montagnes majestueuses, je nageais parmi les poissons multicolores des océans tropicaux, je visitais des contrées inexplorées et m'émerveillais devant des créatures fantastiques. Je ressentais une liberté inégalée, comme si les limites de mon esprit étaient soudainement abolies.
Mais malgré toute cette félicité, une part de moi restait lucide. Je savais que cette splendeur finirait par disparaître dès que je me réveillerais.
Dans ce rêve clairvoyant, j'avais le choix de m'abandonner à cette illusion merveilleuse ou bien de tenter de déceler des messages cachés, des enseignements dissimulés dans chaque scène.
Je me questionnais sur la signification de cette aventure, sur ce que mon subconscient cherchait à me dire.
Et puis, lentement, le voile se leva. La réalité me rappela à elle, m'arrachant à ce monde féerique. Je réalisai que ce n'était qu'un songe éphémère, aussi intense soit-il, et que malgré tout, une partie de moi gardait l'espoir de retrouver un jour ce rêve et plonger à nouveau dans cette extase onirique ; car après tout, qui pouvait dire que ce monde réel était le seul à exister ?
Peut-être étions-nous tous des rêveurs éveillés, en quête de ces moments de grâce où l'imagination se mêle à la réalité.
Peut-être était-ce là que résidait le véritable secret de la vie : savoir reconnaître et apprécier les instants qui nous semblent à la fois familiers et pourtant si extraordinaires.
À la suite de cet apprentissage, je m’informais sur les nombreuses méthodes d'induction de rêve lucide et appris que ces songes offraient d’infinies possibilités d'exploration et d’imagination. Certaines personnes utilisaient cette pratique pour résoudre des problèmes, développer leur créativité ou simplement pour vivre des aventures extraordinaires. Cependant, tout le monde ne parvenait pas à atteindre cet état de rêve conscient.
Avez-vous déjà vécu cet état de grâce ?
Lors de ma seconde expérience, j’avais ressenti alors un sentiment de puissance ; j’avais la faculté de pouvoir orienter mon rêve là où bon me semblait.
C’est magique ! À cet instant, c’est non seulement l’esprit éveillé qui commande les pensées, mais il se permet de commander aussi le corps, lui faisant vivre ce qu’il lui plaît.
Imaginez que tout devienne possible !
Vous savez, c’est comme si vous regardiez un film et que vous teniez les manettes pour orchestrer tout ce qui va se passer ; vous choisissez les personnages, leur apparence, les paroles qu’ils prononcent, ainsi que les lieux, les scènes, les objets. On arrive même à incorporer les odeurs et le goût parfois. Enfin, on contrôle tout !
C’est une sorte de dédoublement de soi où deux identités prennent tour à tour le contrôle.
Tandis que l’écorce de notre corps reste allongée, tout le reste devient indépendant pour se mouvoir de son côté. On voit clairement tout ce qui se passe et on observe la scène comme un spectateur le ferait.
Dans ces moments-là, il y a deux êtres en moi, deux “moi” coexistant en parfaite harmonie.
D'une part, il y a cet être conscient, ancré dans la réalité tangible, observant avec lucidité chaque détail de cette représentation intérieure.
D’autre part, il y a cette essence libérée, explorant des horizons imaginaires, plongeant dans les abîmes de l'âme pour révéler des vérités qui échappent au monde matériel.
Et pourtant, malgré cette séparation, il ne semble pas y avoir de fracture entre ces deux entités. Elles fusionnent dans une symbiose singulière, chacune nourrissant l'autre.
Je deviens alors le metteur en scène de ma propre vie, guidant les acteurs des pensées et des émotions pour créer une intrigue complexe et captivante.
Mais là, assurément, je n’étais pas dans un de ces rêves éveillés.
*
Finalement, j’étais tout simplement en phase d’éveil, mais dans de très mauvaises conditions.
Impatient à présent de savoir ce qui m’arrivait, je décidai d’ouvrir les yeux.
Ouvrir les yeux… Mais impossible, je n’y arrivais pas !
Mes paupières semblaient soudées entre elles, me privant de la vision du monde qui m'entourait.
Alors que j'essayais désespérément de forcer mes paupières à se séparer, une angoisse s'empara de moi, comme si l'obscurité avait pris vie et cherchait à me dévorer.
Mes mains se mirent à trembler, cherchant un recours, n'importe quoi qui pourrait m'aider à briser cette insolite emprise.
Pourtant, aucun effort ne fut suffisant. Mes paupières restaient obstinément liées, interdisant tout contact avec la lumière et les détails colorés de mon environnement.
Sans repères visuels, tous les autres sens semblaient se décupler, tentant désespérément de compenser ce manque cruel.
J'entendais clairement le souffle de ma respiration et le battement erratique de mon cœur.
Une bouffée de frayeur m'envahit à l’idée de rester coincé dans ce sombre confinement. Le temps semblait s'étirer, se déformer, chaque seconde devenant une cruelle éternité.
Je me sentais piégé, comme si le monde extérieur avait décidé de me rejeter, de me voler la possibilité de voir et d'observer. La frustration grandissait en moi, se mêlant à l'impuissance.
Une lueur d’espérance traversa mon esprit. Je me rappelai les histoires ancestrales de héros qui, confrontés à l'opacité la plus totale, avaient réussi à ouvrir leurs yeux intérieurs pour percevoir une réalité cachée.
En cet instant, et avec une détermination renouvelée, je me plongeai dans une introspection profonde, cherchant à réveiller cette faculté endormie en moi.
Mes pensées se focalisèrent sur la volonté de voir, de déchirer cet écran noir et de redécouvrir la beauté du monde qui m'entourait.
Mais rêvais-je encore ?
Il me fallut encore bien du temps et de la volonté avant d’entrouvrir les paupières ; et comme je n’apercevais qu’une image trouble et diffuse, je me posais encore toutes sortes de questions.
Plus j'ouvrais les yeux et plus c'était blanc.
Étais-je devenu aveugle ?
*
Alors, empressé, je scrutais mon environnement dans l'espoir de percevoir le moindre indice, la moindre lueur de couleur.
Mais rien, seulement cette blancheur éblouissante qui envahissait tout mon champ visuel. Un nouveau frisson de crainte parcourut mon échine.
Je tentai de me remémorer les événements précédents.
Tout semblait flou, comme si mes souvenirs se dissipaient dans cette mer de blanc qui me submergeait.
Alors que je recommençais à perdre espoir, une voix douce parvint dans un recoin de mon esprit : “Calme-toi, respire, tout va bien aller”. J’étais saisi d'étonnement. D'où provenait cette voix ? Était-ce le fruit de mon imagination, mon intuition cherchait-elle à me guider dans cette épreuve ? Je ressentis fortement une présence.
Je décidai de me concentrer sur cette voix réconfortante, de la laisser m'apaiser malgré l’opacité qui persistait. J'inspirai profondément, sentant l'air remplir mes poumons. Je me dis que si je pouvais consciemment respirer, cela signifiait que je n’étais pas devenu fou, et surtout que j’étais toujours en vie.
Armé de cette certitude, je pris conscience de la nécessité d'explorer mon nouvel état de perception. Je m'efforçai de détourner mon regard de cette blancheur écrasante pour tenter de discerner les contours invisibles qui m'entouraient.
Petit à petit, des formes floues se dessinèrent, des ombres vaporeuses se formèrent devant mes yeux. Je réalisai alors que mes yeux n’étaient pas aveugles, mais qu'ils étaient en train de s'adapter à cette nouvelle réalité. Bien que le blanc persistât, de nouvelles nuances commençaient à émerger, offrant un aperçu de ce qui se trouvait au-delà de cette apparente vacuité.
Peu à peu, je me sentis moins effrayé. Je compris que cette épreuve était peut-être une opportunité de redécouvrir le monde autrement, de voir au-delà des apparences et de plonger dans l'inconnu avec curiosité et conviction.
Je fus rassuré en apercevant les arrêtes droites qui formaient des ombres et des teintes quelque peu différentes.
Je compris qu’il s’agissait alors d’un plafond, et non du paradis !
Je continuai à scruter cette pièce blanche. Des odeurs indéfinissables et menaçantes envahirent mes narines, telles une symphonie olfactive macabre. Les senteurs se mêlaient les unes aux autres, créant ainsi un parfum qui exhalait les prémices de la mort elle-même.
Et les éléments que je découvrais au fur et à mesure me portaient à croire que j’étais dans une chambre d’hôpital.
Mais qu’est-ce que je pouvais bien foutre ici ?
Je n’étais pas seul. J’aperçus, à quelques mètres, un autre lit qui me semblait occupé. Je continuais, curieux, mon introspection. Je vis, posée sur ma table de chevet blanche, une assiette blanche, elle aussi, dans laquelle se trouvait, seule, une orange.
Je ne pouvais pas la louper ; tel un joyau au milieu d'un océan de monotonie, elle était l'unique touche de couleur qui animait cette pièce austère, à part peut-être le sol, que je ne pouvais voir.
*
D'un pas assuré, une silhouette féminine à la chevelure d'un brun méridional entra dans la pièce. Elle portait juste une blouse légère, blanche bien sûr. Ce ne pouvait être qu’une infirmière.
S’approchant de moi, elle me lâcha :
─ Bonjour, ça fait plaisir de vous voir éveillé !
(Ce sont des petits mots censés réconforter le patient.)
─ Bonjour Madame… Mais que se passe-t-il ? Que m’est-il arrivé ? Qu’est-ce que j’fais là ?
─ Vous avez eu un grave accident de voiture, me confie-t-elle, et vous sortez à peine d’un coma de deux jours. Vous avez subi un choc cérébral, et pour le reste, ce ne sont que quelques contusions. Mais rassurez-vous, tout va bien à présent.
─ Je ne me rappelle rien, répondis-je.
─ Prenez votre mal en patience, ça reviendra, ne vous en faites pas.
─ Je ne sais pas, m’écriais-je ; je ne me souviens de rien, même plus de qui je suis !
Vous êtes sûre que ça va revenir ?
─ Bien sûr, affirma-t-elle, soyez tranquille, il est tout à fait courant de ressentir cela après avoir subi une forte commotion ; vous êtes affecté par une amnésie post-traumatique, ce qui a effacé de votre esprit tous vos précieux souvenirs passés… Mais soyez certain que ces souvenirs vous reviendront progressivement, ils trouveront leur chemin jusqu'à vous.
Ayez juste un peu de patience et prenez soin de vous en vous accordant du repos. Prenez ce cachet pour vous détendre et endormez-vous à présent.
J’aurais obéi sans la moindre hésitation si cette infirmière n'avait pas été si captivante, et surtout si elle n’avait pas été si légèrement vêtue. Mais il n'en était rien.
Bien que mes yeux fussent encore blafards, je trouvais à cette jolie femme des faux airs d’Olga Kurylenko, cette icône de beauté qui incarnait les rôles de Julia dans Oblivion aux côtés de Tom Cruise, ou encore celui de Camille dans Quantum of Solace, le célèbre James Bond avec Daniel Craig. Cette divine créature m’avait ensorcelé avec son aspect confiant, sa tenue légère qui lui conférait des apparences de déesse, et sa voix si suave, si caressante, capable d’éloigner toutes mes souffrances juste en l'écoutant.
Se penchant au-dessus de moi pour me remettre le médicament, je ne pouvais apercevoir que ses jolis seins dénudés qu’elle offrait à mes yeux, encore vitreux, comme pour me réconcilier avec la vie et ses plaisirs.
Je me disais que, peut-être, cela faisait partie des procédés d’aide-soignante pour requinquer un patient mal en point ; mais ce dont j’étais sûr, c’est que le voluptueux parfum qu’exhalait sa poitrine fit renaître en moi la fièvre des samedis soir d’antan et dont les formes devaient combler, comme il se doit, les mains d’un honnête homme !
Le frottement furtif de sa blouse en nylon sur la pointe de ses seins d'une volupté palpable, provoqua en moi une symphonie des sens. Chaque contact de ce tissu réveilla des sensations délicieuses, amplifiant mes perceptions dans les méandres de mon cortex sensoriel.
En était-il de même pour elle ?
Je me sentais vraiment mieux ; en fait, je ne me sentais plus, en dehors de ce qui fait qu’un homme se sente indubitablement viril… Merci Olga !
Mais finalement, mon état eu raison de mon envie et je m’endormis rapidement.
*
Je retrouvai aussitôt mes rêves très décousus, revoyant des bribes de mon accident, mais rien de précis.
À mon réveil, penchant la tête sur le flanc gauche, j’aperçus un homme, assis sur le rebord du lit d’à côté.
─ Bonjour Peter, me dit-il !
─ On se connaît ?
─ Oui, oui, on se connaît... on se connaît même depuis notre enfance, répondit-il sans sourciller.
Je voulus alors me relever pour décemment voir mon mystérieux interlocuteur.
─ Ne bouge pas ! dit-il.
Il fit le tour de mon lit, décrocha la commande suspendue au cadre et me la tendit ; retournant s’asseoir sur le rebord de son lit, il m’instruisit :
─ Avec ça, tu règles ton sommier comme tu le souhaites. Il monte, et descend bien sûr, et tu relèves le buste à souhait ainsi que les jambes…
C’est trop bien !
Je m’essayai sur cette manette - rien à voir avec celles de mon rêve éveillé - avec les difficultés d’un revenant de loin et arrivai péniblement à me relever afin d’entrevoir mon énigmatique compagnon de chambre.
Finalement, le sol aussi était blanc ! Certes, d’un blanc quelque peu cassé, mais blanc quand même, tout comme nos chemises de nuit d’ailleurs.
─ C’est affreux, dis-je, je ne me souviens de rien, comment vous appelez-vous ?
─ Avant de m’oublier, tu m’appelais “Vincent”.
─ Désolé Vincent ! C’est frustrant et désespérant comme situation. Tu étais dans la voiture avec moi ?
─ Oui, à côté de toi, me confiait Vincent ; j’ai eu des contusions comme toi, bien sûr, mais pas de choc cérébral important, et donc, je n’ai rien oublié.
─ Alors, suppliais-je, tu vas peut-être pouvoir m’aider à retrouver rapidement la mémoire, en ravivant nos souvenirs communs... C’est affreux ! Je ressens comme un vide autour de moi, avec cette peur de ne pas me rappeler des souvenirs importants, de ne pas même savoir quelle personne je suis… de ne pas pouvoir me remémorer les souvenirs qui ont marqué ma vie, voire de perdre toute notion de ma propre identité.
─ Tu es une bonne personne, affirma Vincent pour me rassurer. Ne t’en fais pas, tu es un véritable complice, fidèle et sincère, comme il est exigé d’un ami ou d’un frère. Souviens-toi ; dès notre tendre enfance, tel un duo d’acolytes, nous étions les incontestables souverains de la turbulence.
“Tels deux joyeux cancres, notre plus grand désir était de provoquer le rire chez nos chers camarades. Nous nous retrouvions ainsi, punis, relégués au fond de la salle de classe, de part et d'autre de l'imposante armoire centrale ; et nous divertissions l'assemblée en faisant glisser l'armoire d'un côté à l'autre, créant un spectacle exubérant de bahut mouvant.
À l’époque, dans une scolarité empreinte de sévérité et de rigueur, trônait fièrement un petit carnet de discipline, objet redouté de tous. Dès lors qu'une bêtise osait pointer le bout du nez, les professeurs, gardiens intransigeants des règles, s'empressaient d'y apposer leur signature, témoignage ainsi notifié de nos fautes. Les pages se remplissaient rapidement, s'ornant de multiples paraphes, comme pour mieux nous rappeler nos stupides cancreries.
“Et cette valse infernale ne faisait que s'accélérer. Les certificats d'indiscipline s'entassaient fatalement dans notre carnet maudit. La menace planait telle une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes, nous précipitant d'un pas assuré vers l’impitoyable conseil de discipline. L’instance tant redoutée se rapprochait à grands pas, tel un châtiment inévitable.
Nul ne fut surpris lorsque ce jour fatal advint, semblable à un orage annoncé dans la douceur d'un crépuscule d'automne.
“Après avoir vécu un parcours scolaire tumultueux, rythmé par des redoublements successifs, nous nous étions retrouvés dans la classe de 5ème, espérant que la fin d’année serait moins catastrophique.
“Mais la vie en avait décidé autrement et nous avions redoublé une fois de plus cette année-là, en passant par la case transition.
Puis ce fut le fameux redoublement de la 4ème, une année où les mots accueil et transition semblaient être nos compagnons de route.
Les épreuves du Brevet d'Études du Premier Cycle étaient venues s'ajouter à nos défis, mais nous n'avions pas réussi à les surmonter, échouant à deux reprises.
Au-delà de nos étincelants résultats scolaires, nous avions acquis des leçons de vie inestimables qui nous avaient aidés à construire notre propre chemin vers une certaine satisfaction.
“Souviens-toi encore qu’après l’adolescence, tu étais devenu, en quelque sorte, mon maître à penser.
Quand il s’agissait de prendre une décision, tu m’interrogeais, certes, mais au final, c’est toujours toi qui décidais, qui tranchais.
Je pense posséder, aujourd’hui, une connaissance approfondie de ta personnalité.
Depuis toujours, je m’étais évertué à révéler les précieuses leçons tirées de notre parcours commun, dans le but ultime de les mettre en pratique avec sagesse et discernement. Mon soutien indéfectible t'avait toujours accompagné, éclairant chaque étape de notre cheminement.
“Parfois, tu en tenais compte, parfois non, et tu agissais selon tes envies du moment. Malgré nos différences, nous nous complétions, et ne restions jamais fâchés très longtemps.
“Pourtant, souviens-toi, nos chemins se sont malgré tout éloignés lors de nos dix-sept ans, à la suite du drame.
*
Tel un halo de lumière tamisée, la baie vitrée s'étendait derrière lui, rendant le visage de cet homme insaisissable dans cette faible lueur. Les contours de ses traits étaient comme les ombres d'un tableau impressionniste.
