La communication NonViolente avec les enfants - Edith Tavernier - E-Book

La communication NonViolente avec les enfants E-Book

Edith Tavernier

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Beschreibung

Comment la Communication Non Violente peut-elle être utilisée en famille ?

Que peut-elle apporter aux relations entre parents et enfants ? L’éducation « sans punition ni récompense » est-elle réellement possible lorsque l’on refuse tout autant d’être un parent autoritaire que d’élever un enfant roi ?

Pour répondre à ces questions, Édith Tavernier, formatrice certifiée en CNV, mêle théorie, vécu et situations familiales réelles. Forte de 20 ans d’expérience de CNV au quotidien, elle partage les coulisses de sa pratique : gestion du coucher, passage à table, accès aux écrans, choix scolaires, conflits, frustrations, coopération…

L’autrice décrit comment elle a progressivement remis en question ses croyances éducatives et replacé la relation au cœur de l’éducation. En articulant expériences personnelles et principes de M. B. Rosenberg, elle montre concrètement comment la CNV peut transformer le climat familial, favoriser la confiance mutuelle, diminuer les tensions et soutenir un véritable apprentissage de la coopération.

Grandir et s’épanouir en famille grâce à la Communication NonViolente !

À PROPOS DE L'AUTEURE

Édith Tavernier est diplômée en sciences politiques et sociales. Journaliste puis cheffe de projet en collectivité territoriale, elle est aujourd’hui formatrice en CNV et accompagne des équipes dans la transformation de leurs pratiques relationnelles.

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Seitenzahl: 186

Veröffentlichungsjahr: 2023

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La Communication NonViolente

avec les enfants

Édith Tavernier préface d’Olivier Clerc

La Communication NonViolente

avec les enfants

La CNV en famille et au quotidien : retour d’expérience

Préface

En 1997, j’ai eu la grande chance de recevoir le manuscrit en anglais de Marshall Rosenberg, encore non publié, de ce qui allait devenir l’ouvrage de référence de la Communication NonViolente : Les mots sont des fenêtres (ou des murs). Dès la première lecture, j’ai senti que je tenais là un ouvrage hors normes, rare. Alors, non seulement j’en ai immédiatement acquis les droits francophones (j’étais à l’époque directeur éditorial des éditions Jouvence), mais j’ai aussi eu envie de rencontrer l’auteur pour me former avec lui. Comme moi, il vivait en Suisse à l’époque. En 1998, j’ai donc eu la joie de suivre cinq jours d’initiation à la CNV avec son fondateur, dans le canton de Neuchâtel.

Parmi les choses qui m’ont beaucoup marqué, durant cette formation, il y avait les exemples personnels que donnait Marshall de sa façon d’appliquer la CNV avec ses garçons. J’ai tout de suite vu le potentiel de ces cas de figure pour l’éducation de mes propres fils. À tel point, d’ailleurs, qu’en 2000 j’ai écrit un petit conte pour tenter de transmettre quelques éléments de la CNV à des tout-petits (mon aîné avait 4 ans) que je suis allé lire dans l’école Montessori où il était scolarisé1.

Durant mon initiation à la CNV, j’ai eu le sentiment d’acquérir littéralement une nouvelle paire d’oreilles (sentiment d’autant plus légitime que Marshall enfilait sur sa tête tantôt des oreilles de chacal, tantôt de girafe). La CNV m’a appris à écouter – derrière les mots – les émotions, les ressentis, les besoins de mon interlocuteur.

Or en matière d’éducation, une telle compétence n’a pas de prix.

Voilà pourquoi, quand j’ai reçu le manuscrit du présent ouvrage, par l’intermédiaire d’Anne Bourrit, formatrice en CNV émérite, que j’avais connue en 1998 en même temps que Marshall, j’étais très intéressé par le fait qu’il concernait précisément la manière dont la CNV peut être mise en pratique en famille et dans l’éducation des enfants.

La lecture de ce livre m’a enthousiasmé. Il cumule de nombreuses qualités. D’abord… il est court ! Eh oui, tant de livres tartinent sur des centaines de pages ce qui pourrait être dit de façon plus concise et plus efficace. Ensuite, s’il existe aujourd’hui de nombreux livres sur la CNV, je n’en avais encore lu aucun qui parlait non pas de comment la pratiquer, mais des résultats concrets qu’on peut attendre de sa pratique, à travers une expérience très personnelle. Mais surtout, même s’il est signé d’une seule personne – Édith Tavernier – son mari et ses deux enfants ont eux aussi activement participé à sa rédaction. Leurs témoignages ponctuent régulièrement l’ouvrage. Et ça, c’est formidable ! C’est-à-dire qu’en tant que lecteurs et lectrices, nous avons là les retours de première main de toute une famille de quatre personnes, tout au long de nombreuses années, sur ce que peut apporter la pratique de la CNV à l’éducation de nos enfants. Quel cadeau !

L’ouvrage que vous tenez entre les mains comprend également, au début, un exposé des fondamentaux de la CNV, plus particulièrement dans son rapport à l’éducation. Autrement dit, il peut être aussi bien lu par quelqu’un qui ne connaît rien à cette approche, que par une personne qui en aurait déjà une pratique approfondie. Un atout de plus !

Pour couronner le tout, c’est un ouvrage très bien écrit, très pédagogique, qui se lit donc agréablement et facilement. Et qui vous donnera certainement envie de vous inspirer de l’exemple de cette famille, d’autant qu’elle ne se positionne pas en donneuse de leçons, mais partage simplement une expérience, un vécu, d’une manière qui laisse les lecteurs tout à fait libres. Que demander de plus ?

Je souhaite sincèrement que ce livre contribue à sortir notre société de l’analphabétisme émotionnel et relationnel que favorise encore, hélas, une éducation scolaire trop centrée sur le seul intellect. Le plus grand levier de transformation de la société, j’en suis convaincu, réside dans l’éducation du cœur, l’éducation aux émotions, l’éducation à la relation aux autres qui – faut-il le rappeler ? – constitue la part la plus précieuse de notre vie. Sur son lit de mort, nul ne regrette le million qu’il n’a pas gagné, la maison ou la voiture qu’il n’a pas achetée : ce sont nos relations – familiales, amicales, proches – qui nous préoccupent jusqu’au dernier instant. Le plus bel investissement que l’on puisse réaliser, c’est donc bien dans ce qui favorise notre plein épanouissement relationnel. Lui seul peut nous procurer une plénitude de vie qui ruissellera sur tous les aspects de notre existence : travail, loisirs, famille, amitiés, etc.

Merci à Édith – tout particulièrement – mais aussi à Pierre, Matthieu et Agathe de nous offrir ce témoignage inspirant d’une éducation et d’une vie de famille qui tendent vers l’épanouis­sement de chacun.

Olivier Clerc

Auteur, notamment, de Le Don du Pardon (Trédaniel, 2010) et J’arrête de (me) juger (Eyrolles, 2014) ; et pour les enfants : Tu es comme tu es... et 2 autres histoires. Les secrets de la communication bienveillante (Père Castor, 2022).

1. Refusé à l’époque par un éditeur jeunesse suisse, ce petit conte a finalement été publié 18 ans plus tard (!) au Père Castor, sous le titre Tu es comme tu es, et connaît un succès considérable, avec des traductions en turc, coréen, chinois et russe. Sans doute qu’il fallait qu’une génération grandisse avec la CNV avant qu’il trouve son public !

Introduction

Ce livre est né d’une conversation avec ma collègue et amie Catherine Schmider, qui a fondé l’association Déclic – CNV & éducation2. Je lui partageais combien les échanges que j’entretiens avec mes enfants de 17 et 20 ans m’interpellent. En effet, ils m’expliquent régulièrement en quoi l’éducation que nous leur avons proposée, avec les valeurs de la CNV, leur a permis de construire leurs repères intérieurs et leur confiance en eux, leur capacité de choix et de discernement, les a aidés à savoir ce qu’ils veulent pour eux-mêmes et dans leur relation avec les autres, à comprendre leurs émotions et celles d’autrui.

Catherine m’a encouragée à témoigner de ce constat à travers un livre car, même s’il existe beaucoup d’ouvrages qui décrivent et explorent la CNV pour soutenir cette pratique, peu témoignent de ses fruits, de son importance et de ses retombées réelles, en particulier dans l’éducation en famille et sur une longue période, vingt ans en l’occurrence.

Ce livre raconte une histoire à quatre voix : celles de parents et de leurs deux enfants. C’est une conversation que nous avons eue durant l’été 2021 : nous avons ensemble relu notre histoire, avec l’aide de Malika Elkord, une collègue formatrice en CNV qui nous a interviewés pendant plusieurs jours. Nous y avons évoqué les questions que traverse chaque famille : petite enfance, adolescence, école, devoirs, écrans, vie quotidienne à la maison, amis, relations frère-sœur et parents-enfants. Mais nous avons également retracé les « grands choix » d’orientation et les questions existentielles de tout être humain qui grandit.

Chacun d’entre nous a partagé, avec son recul, la manière dont il avait vécu ces situations : les choix, les doutes, les joies, les difficultés, les apprentissages. Nous avons, ensemble, revisité notre histoire avec humour, légèreté, profondeur, émotion, et les enfants ont pu préciser à chaque étape comment ils avaient vécu ces expériences et ce que cela leur avait apporté.

Permettez-moi maintenant de vous présenter la famille :

• les parents : Pierre et Édith ;

• les enfants : Matthieu et Agathe.

Les parents : au moment de cette conversation, Pierre a 65 ans. Il est consultant formateur et accompagne depuis plus de vingt ans les acteurs du monde professionnel et associatif dans tous les enjeux du travail en équipe, et en particulier dans la mise en place d’une gouvernance participative grâce aux outils de la sociocratie3.

En ce qui me concerne (Édith), j’ai 51 ans. Je suis formatrice en Communication NonViolente (CNV)4 depuis 2014 et j’ai découvert la CNV en 2006, lorsque nos enfants avaient respectivement 2 et 4 ans. Cette pratique nous a donc accompagnés toutes ces années pour traverser notre aventure éducative.

Avant cela, nous avons tous deux travaillé dans le milieu de l’éducation populaire, dans lequel nous avons pu faire des expériences artistiques, d’animation, de journalisme. C’est d’ailleurs dans ce cadre que nous nous sommes rencontrés.

Les enfants : Matthieu a 19 ans et est étudiant à l’INSA, une école d’ingénieur. Agathe a 17 ans et vient d’achever son année de première au lycée.

Notre chemin éducatif nous a conduits à réinterroger les croyances éducatives que nous avions reçues de nos parents, et plus largement de notre société, et à oser prendre le risque de procéder différemment, avec d’autres postulats, d’autres convictions proposées par la CNV. Nous avons vécu des doutes, des découragements, des inquiétudes, et avons été souvent témoins de l’incompréhension de notre entourage. Mais vingt ans après, nous voulions partager les fruits de cette expérience pour encourager, soutenir les parents qui aspirent à cela également : l’éducation « sans punition ni récompense5 », c’est possible !

Nous ne souhaitons pas, à travers ce livre, ériger un modèle, donner des conseils ou une recette de ce qu’il « faut » faire pour éduquer ses enfants ! Nous avons fait, comme chaque parent, du mieux que nous avons pu avec nos histoires, nos croyances, nos blessures, notre environnement, nos personnalités et celles de nos enfants, qui sont forcément différentes des vôtres.

Il s’agit plutôt de témoigner d’une posture, d’une vision de l’être humain et de la relation que nous avons tenté de mettre en œuvre dans notre environnement propre et dans les choix et les questions qui se sont posés à nous au fil du chemin. Le fil qui nous a conduits pendant toutes ces années a été :

• de permettre à nos enfants d’exercer leur souveraineté en tant qu’êtres humains libres et légitimes, tout en leur apprenant à interagir avec les autres êtres humains qui les entourent : membres de la famille, amis, camarades, professeurs… qui exercent eux aussi leur souveraineté et leur liberté, c’est-à-dire d’apprendre l’interdépendance et la responsabilité dans les relations ;

• de créer les conditions pour associer nos enfants aux décisions qui les concernaient, pour leur apprendre à faire des choix et à être responsables de leurs choix, tant sur les grands sujets d’orientation que sur les questions du quotidien.

Marshall Rosenberg, le « père » de la CNV, aimait poser aux parents et aux enseignants deux questions pour faire comprendre le paradigme éducatif proposé par la Communication NonViolente. Cette interpellation a été pour moi une balise, un repère de discernement extrêmement précieux tout au long de ces années, chaque fois que j’avais un choix ou une décision à prendre concernant un de mes enfants.

Voici les questions que posait Marshall Rosenberg :

1. « Que voulez-vous que votre enfant fasse ? »

En général, tout parent sait très clairement ce qu’il voudrait que son enfant fasse ! Nous, parents, voulons que nos enfants fassent leurs devoirs et aient de bonnes notes, qu’ils obéissent quand on leur demande quelque chose (par exemple, ranger sa chambre, mettre la table), qu’ils disent bonjour en arrivant quelque part, qu’ils respectent un certain nombre d’heures sur les écrans, etc.

Il posait ensuite une deuxième question, déterminante à ses yeux :

2. « Pour quelle raison voulez-vous qu’il le fasse ? »

• Est-ce motivé par la peur ? La peur de ne plus être aimé ? La peur d’être puni ou rejeté ? Ou le désir de plaire, « d’acheter » votre amour ? D’obtenir une récompense ?

• Ou est-ce que vous voulez que votre enfant agisse pour des motivations intrinsèques, parce qu’il en comprend le sens pour lui, pour l’autre, pour la relation ?

Dans la première partie du livre, je vous propose d’expliciter les fondamentaux philosophiques et spirituels qui sous-tendent la compréhension de la CNV : les croyances, la vision du monde et de l’être humain, ainsi que le cadre relationnel qu’elle propose, sur lesquels nous nous sommes appuyés pour étayer notre démarche éducative et accompagner nos enfants tout au long de leur chemin.

Dans la deuxième partie, nous partagerons nos expériences et la manière dont nous avons mis en œuvre le paradigme éducatif que propose la CNV. Nous avons conservé la forme d’une conversation avec nos enfants pour que la lecture soit plus vivante pour le lecteur.

2. https://www.declic-cnveducation.org/

3. La sociocratie est une méthode de gouvernance qui vise à rendre les entreprises collectives capables de s’auto-organiser en installant l’équivalence par la régulation du pouvoir. En ligne : https://www.sociocratie-france.fr

4. « NonViolent Communication » (NVC) est le nom choisi par Marschall B. Rosenberg pour décrire le processus qu’il a formalisé dans les années 1960, et qui fait l’objet d’une marque déposée™ aux États-Unis. L’expression Communication NonViolente en est la traduction française. Les majus­cules et l’absence de trait d’union en font partie.

5. Titre d’une conférence donnée par Marschall Rosenberg à Genève en 2005, accessible librement sur Internet ou en DVD. En ligne : https://www.cnvsuisse.ch/produit/dvd-eduquer-sans-punition-ni-recompense/

PARTIE 1 Les fondamentaux philosophiques et spirituels de la CNV au service de l’éducation

Chapitre 1 Toute démarche éducative repose sur des croyances

Éduquer un enfant, et même décider d’en avoir un, implique nécessairement un système de croyances qui orientent les choix que nous faisons, parfois sans même y penser. La manière dont nous souhaitons éduquer notre enfant et la façon dont nous allons réagir ou interpréter certains de ses comportements sont conditionnées par ces croyances, qui sont comme des filtres avec lesquels nous interprétons la réalité. Nous avons besoin de nous appuyer sur des croyances, d’une part pour prendre des décisions et faire des choix qui soient conformes à nos valeurs, nos convictions, à notre vision du monde ou à celle que nous avons de l’être humain, et d’autre part pour être clairs et cohérents avec ce que nous souhaitons transmettre à nos enfants.

Si vous souhaitez réfléchir à votre manière d’éduquer vos enfants, il est donc important de prendre le temps d’interroger à un moment donné vos croyances éducatives et la vision que vous avez de vos enfants, de votre relation avec eux, et de vérifier qu’elles vous conviennent.

1. Prendre conscience des croyances qui guident nos choix

Nous n’avons découvert la CNV qu’après la naissance de nos deux enfants mais dans notre famille, la petite enfance a été l’occasion de « mettre à l’épreuve du réel » tout ce que nous avions appris ou intégré sans même nous en apercevoir en matière d’éducation ! Par exemple : « Est-ce qu’on laisse pleurer un enfant ou pas ? ». Ce qui nous a le plus aidés dans nos choix et notre attitude au quotidien a été de considérer nos enfants comme des êtres souverains, c’est-à-dire des petits humains aussi libres et légitimes de vivre ce qu’ils vivent, que nous pouvions l’être, nous, adultes.

Édith – La petite enfance, c’est vraiment le moment où nous avons posé les bases de cette prise en compte de la souveraineté de nos enfants. Cela a commencé par la première nuit de Matthieu. Il était dans un petit couffin à côté de notre lit et il pleurait. Je lui touchais la main mais il n’arrêtait pas de pleurer. J’étais démunie et Pierre a dit : « Il a peur, on le prend avec nous dans le lit ». Peu importe que l’interprétation de Pierre sur les pleurs de Matthieu ait été juste ou pas à ce moment-là ! Moi, j’avais la croyance « qu’on ne mettait pas un enfant dans le lit des parents ». J’avais l’impression de prendre un risque énorme. Mais à ce moment-là, j’ai accepté de faire une expérience qui dérangeait ma croyance, et nous l’avons pris avec nous dans le lit, posé entre nos deux têtes sur un gros coussin un peu surélevé. On lui parlait, il sentait notre souffle contre sa joue. Nous avons fait l’inverse de ce que je croyais qu’il fallait faire et pourtant, Matthieu a immédiatement cessé de pleurer. C’était incroyable ! À cet instant, tous mes schémas éducatifs ont volé en éclats et ça a été très déstabilisant pour moi. Ensuite, Pierre et moi en avons beaucoup parlé pour confirmer que nous faisions le choix d’écouter ses besoins au détriment de nos référentiels éducatifs habituels.

Dès la première nuit de Matthieu, la vie nous a proposé d’être à l’écoute, être à l’écoute de ses besoins, intuitivement, derrière les manifestations non verbales de notre bébé. Le lendemain, nous n’avons pas eu besoin de le prendre dans notre lit. Il a dormi dans son couffin. Les premiers mois de sa vie, Matthieu a beaucoup pleuré. Nous avons mis cela sur le compte d’une naissance particulièrement stressante car l’accouchement avait été long et difficile. Nous l’avons beaucoup pris dans nos bras, en lui parlant ou en chantant, pour le contenir et le rassurer. Ce sont des choses que beaucoup de parents font, je crois.

Pierre – Les premiers mois de Matthieu, c’est pour moi la découverte de la paternité : la contemplation de cet autre qui me fait père parce qu’il est fils. C’est une expérience existentielle que j’ai vécue comme extraordinaire. Ensuite, assister à la croissance d’un être humain, voir ses potentialités qui s’éveillent au fil des jours et deviennent des capacités de faire, de dire, de marcher, de discourir… c’est une fabuleuse aventure !

La souveraineté de Matthieu, de mon point de vue, c’était ma conviction que Matthieu n’était la propriété de personne, et surtout pas la mienne. Matthieu appartient à Matthieu et personne ne peut vivre sa vie à sa place. C’est le regard que j’ai porté sur lui depuis sa naissance et sur Agathe après lui. J’avais également la conviction profonde qu’avec des moyens limités – ceux d’un bébé – il était dès sa naissance capable de vouloir et d’exprimer ce qu’il vivait, ce qu’il voulait. C’était à moi, au début, de développer une écoute fine en partant du principe que si l’enfant interpelle, c’est qu’il a quelque chose à dire. C’était à moi de décoder ce que l’enfant me disait avec une appréhension du monde et des moyens qui se développaient petit à petit, au fur et à mesure qu’il grandissait. Dans la relation que j’ai eue avec Matthieu, puis avec Agathe, j’ai vécu dès leur premier jour la relation de deux libertés, d’une liberté qui s’adresse à une autre liberté, chacun dans sa position, avec les moyens du bord. Et du coup, je parlais à Matthieu bébé, même s’il ne pouvait pas me répondre, je lui expliquais : « Maintenant je vais te mettre de la musique, je vais partir à l’usine, maman ne va pas tarder à se lever et tu vas écouter la musique tranquillement jusqu’àce que maman arrive. » Et je suis certain qu’il entendait ce qu’il avait à entendre, comprenait ce qu’il avait à comprendre. C’est pour cela que j’aime parler de « liberté souveraine ». C’est pour cela que dès la première nuit, j’ai entendu Matthieu nous dire : « Je ne veux pas dormir dans mon couffin, j’ai peur et j’ai besoin d’être rassuré ». Au nom de quelle croyance pouvais-je lui refuser ce dont il avait besoin, qu’il réclamait et qui me demandait si peu d’efforts ?

2. Reconnaître la légitimité de l’enfant dans ce qu’il vit

Tous ces principes éducatifs qui sont des croyances comme : « Il faut laisser pleurer les enfants, sinon ils en profitent et font des caprices », que nous entendions autour de nous ou que nous lisions dans des revues ou des livres, nous les avons contestés, remis dans une perspective de relation. Si l’enfant pleure, c’est qu’il a un besoin, c’est qu’il vit quelque chose. C’est une manière de dire quelque chose et notre travail, c’est de l’écouter et d’essayer de comprendre, dans une écoute fine, sans croire a priori que l’enfant cherche à nous manipuler ou qu’il fait des caprices. Nous avons essayé d’évacuer les principes pour écouter profondément et être le plus possible dans la relation avec les moyens de chacun pour exprimer et pour comprendre. Nous avons toujours pris au sérieux les manifestations de Matthieu et d’Agathe : ils ont quelque chose à dire qui a besoin d’être entendu, donc on se met à l’écoute, et on parle ou on agit pour répondre au message de l’enfant par un autre message. Cela ne veut pas dire que c’est l’enfant qui commande car, pour qu’il y ait relation, nous ne devons surtout pas cesser d’exister. Mais reconnaître la souveraineté de chacun implique que nous soyons, dès le départ, équivalents dans la relation, dans le sens où deux êtres souverains s’expriment avec des moyens différents, qui n’ont certes pas les mêmes ressources pour s’exprimer, mais qui sont légitimes dans leurs besoins, leurs émotions, qui sont aptes à communiquer et sont à prendre au sérieux.

Bien sûr, la remise en cause de nombreuses croyances éducatives ne s’est pas faite sans que nous passions aussi par des questionnements et même des doutes. Qu’est-ce que je choisis dans cette situation particulière ? Comment écouter l’enfant qui pleure ?Qu’est-ce que je veux ?Qu’est-ce que je crois ?Quand ils grandissent, les questions se posent autrement : faut-il dire à l’enfant ce qu’il faut faire ? Le laisse-t-on gérer les devoirs ou est-ce que l’on gère les devoirs ? Faut-il l’obliger à rester à table ? Faut-il qu’il apprenne à obéir ? Est-il utile de punir, de récompenser ? Pour nous, ce fut un travail de discernement de chaque instant pour aboutir à des choix conformes à ce que nous voulions vivre. En 2006, j’ai commencé à me former à la CNV, qui m’a soutenue et confortée dans les choix que nous avions à faire sur ces questions : nous avons pu nous appuyer sur les paradigmes éducatifs de la CNV, qui ont été des repères précieux, et que je vous présente maintenant.

Chapitre 2 Les croyances éducatives et la CNV

• De quelles croyances éducatives avons-nous hérité ?

• Quelles croyances éducatives choisissons-nous decultiver ?